‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 151 sur 158 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

milles, ou qu'il se forme deux paviis.

N'achevez pas de réveiller mille mauvaises passions, qu'il faut tenir enchaînées comme autant de bctes féroces 5 et malheur à vous , si vous êtes cause qu'elles brisent leurs fers. Grâce à Dieu , la guerre civile de la grâce universelle, et quelques autres encore, n'ont pas été dignes (il s'en faut beaucoup) de l'application que j'ai ouï faire de quelques vers aux disputes schismatiqucs. On comparait les préparatifs et les troupes auxiliaires des deux chefs à cette décoration de théâtre :

/tilles, vautours , serpens , griffons , Hippocentaure! et Trphons , Des taureaux furieux dont la gueule béante Elit transi de Jrajeur le grand cheval d'Allante j Un char que des dragons étincelans d'e'clairs Promenaient en sifflant par le vide des a,rs De'mogorgon encore , à la trine figure , Et l'Horreur et la Mort, s'y voyaient en peinture (8). '^

M Amyraut eut la joie de se réconcilier avec ses plus ardens adversaires , et il ne fallut pas que les grands du monde se mêlassent toujours de la pacification. M. le prince de Tarente s'en était mêlé en i64g :

je ne sais pas si les parties lui donnèrent plus de peine que n'en donnent aux maréchaux de France les diflférens qui relèvent de leur ressort ; mais, quoi qu'il en soit , il vint à bout de son entreprise , et mieux peut-être que n'aurait fait un synode (g). Pour ce qiii est de la réconciliation avec M. du Moulin, ce fut M. de Langle, ministre de Rouen, qui la procura.

Dès qu'il en eut fait la proposition , M. Amyraut y donna les mains avec joie, et offrit toutes les avances. Il écrivit une lettre le premier , et M. du Moulin lui répondit fort honnêtement. On publia ces lettres pour l'éditication de l'Eglise. Elles sont datées de l'an i655. M. Daillé a inséré la réponse de M. du Moulin dans l'un de ses livres (lo). La raison et la charité nous portent à croire que ceux qui avaient tant crié, et tant.

(8) yorez la Vie d'Escbyle de M. Le Fèvre.

(ij) // accorda, dans le château de Thouars, le iG d'octobre 1G49, M. Amyraut avec M. de Champvernou , ministre de Taillehourg , et avec M. Vincent , ministre de la Rochelle. Voyez les Actes authentiques de David Blondel, pag. 85. Ce M. de Champvernou s^appetait Guillaume Rivet , et e'titit frère d'A.Bdrè Uivet, professeur en théologie à Leide.

(10) Vindicise Apoloq a: , elc. , pag. 4i8.

Dl/i

AMYRAUT.

excité de tempêtes contre un dogme qu'ils ont reconnu enfin innocent, et dont enfin le défenseur leur a paru un tidèle serviteur de Dieu , ne sont point morts sans s'être couverts de confusion , pour le moins au pied du trône de la Majesté divine , à la vue de cette prévention mortifiante , ui leur avait montré comme un ogme affreux une hypothèse où il n'y a nul venin. Voyez ce qui suit.

(F) Il y eut au synode J'Alencon des députés si ardens contre son hypothèse , qu'ils ne parlaient que de déposera] S'ils ont vécu encore trente ou quarante ans, je ne vois pas de quelle manière ils osaient regarder le monde 5 car enfin , cette doctrine , qu'ils jugeaient digne des anathèmes les plus "foudroyans , se trouva êti-e celle des plus grands hommes qui servissent les églises réformées de France. Ce fut celle de M. Mestrezat , celle de M. le Faucheur, celle de M. Blondel , celle de M, Daillé , celle de M. Claude, celle de M. du Bosc. 11 fallut que les particularistes reconnussent bientôt pour leurs frères , et pour de fidèles ministres de Jésus- Christ, les partisans de la grâce universelle ; et l'on a vu que les ministres réfugiés, qui ont signé un formulaire au synode de Rotteidam en l'année 1686, n'ont point été soumis à quelque déclaration qui donnât la moindre atteinte au système de M. Amyraut (11). D'où venaient donc les vacarmes que l'on fit au commencement contre ce système ?

D'où vint que la même doctrine passa d'abord pour un monstre, et puis pour une chose innocente ? Ne faut-il pas reconnaître là le doigt du péché originel, et l'influence de mille passions ténébreuses, qui doivent enfin produire, si l'on est du nombre des prédestinés , une salutaire et mortifiante humiliation ? Le pis est qu'on ne profite pas du passé ; chaque génération fournit les mêmes symptômes, tantôt plus grands , tantôt plus petits ; car on peut bien dire très-souvent , lorsque l'on voit en campagne lés factums, les dénonciations , les apologistes , les thèses ,

Jamque faces et saxa volant (12) ,

(11) Vorezlaremarque (M.) de V arlicleXi ki\,\.îi.

(12) Virgil. jEn. , Ub. /, vs. i5o.

et que les livres coup sur coup volent en foule de lieu en lieu : laissez-les faire : ils s'accorderont bien , et à peu de frais :

Hi motus animorum , atque hœc cerlamina

lanla , Pulveris exiguijaclu compressa quieseent( 1 3) •

Mais on ne peut pas le dii'e toujours. Les choses sont quelquefois poussées à l'extrémité : Res in nervuni erumpit. (G) Le synode d' Anjou lui permit de publier une réponse aux trois unlumes de M. Spanheim sur la Grâce universelle.'] Elle est intitulée iS'jyectwew Anunaduersionum in Exercitaliones de Gratiâ uniuersali, et fut imprimée à Saumuren 1648, in-4°. 11 n'est pas vrai , comme on l'assure dans le Mélange critique, tome 1, page 129, que M. Amyraut ait attaqué M. Spanheim , ni que son volume soit contre les thèses de M. Spanheim. 11 est contre les trois volumes de celui-ci , qui fut l'agresseur. Voyez les Lettres de Sarrau, pages 83 , gS, 108, édition d'Utrecht , en 1697.

(H) llapuhliéun très-grand nombre de Hures.] Il publia en i63i son Traité des Religions. Cinq ans après , il publia six sermons , sur la nature , l'étendue., etc. de l'Ei>angile. Il en a publié plusieurs autres , en divers temps. Son livre de l' Elévation de la J'oi et l'Abaissement de la raison , parut en 164 1 La Défense de Calcin sur la doctrine de la réprobation absolue parut en latin la même année :

et l'an i644 ^^ français. Il commença ses Paraphrases sur l'Ecriture en 1644 : l'Épître aux Romains fut paraphrasée la première j il continua par les autres épîtres, et finit par les Evangiles:

mais il eut la même sagesse que Calvin, de ne toucher pas à l'Apocalypse. De peur que son nom n'empêchât les catholiques romains de lire ses paraphrases, il ne l'y mit pas. 11 publia , en 1647 , une Apologie pour ceux de la religion, un Traité du franc Arbitre, et un autre de Secessione ah Ecclesiâ Romand, deque Pace inter Evangelicos in negotio Religionis constituendd. Il traita depuis plus amplement cette matière de la réunion des calvinistes et des luthériens , dans ITrenicon qu'il fit impri-

(i3) Virgil. Georg. , lib. IV , c»

AMYRAUT.

raer l'an 1662. Son livre de la f^ocation des paUeurs , parut en 1649. Il avait proche sur cette matière devant M. le prince de Tarente, pendant la tenue d'un synode provincial dont il fut modérateur. Ce prince souliaita que ce sermon ft\t imprime, et que la matière fût traitée plus amplement ; car c'était un grand lieu commun entre les mains des missionnaires. C'est pourquoi .M. Amyraut ne se contenta pas de faire imprimer son sermon, il publia aussi un Traité complet sur cette importante controverse, et dédia le tout à M. le prince de Tarente. Sa Morale Chrétienne , en six volumes in-8°. , dont le premier fut imprimé l'an i652, est le fruit des conversations qu'il avait souvent avec M. de Villarnoul , seigneur d'un mérite extraordinaire , et l'un des plus savans gentilshommes de l'Europe, héritier, en cela aussi, de son aïeul maternel , M. du Plessis-Mornai. Il y a peu de matières sur quoi M. Amyraut n'ait écrit. Il a publié un Traité des Songes ; deux volumes sur le règne de mille ans, où il réfute un avocat de Paris , nommé .M. de Launai, qui était un grand chiliaste (i4)i la f^ie du braire ta lYoue , surnommé Bras-defer; et plusieurs autres ouvrages, dont je ne parle pas, ou dont je parle dans le reste de cet article. Il monta même sur le Parnasse ; car il fît uri poème in\\\.w\é L' Ap'dogie de saint Etienne a ses juges. On a'taqua cet ouvrage du coté qui donnait le moins à craindre à certains égards , puisque ce ne furent point les poètes qui s'élevèrent contre, et que ce furent les missionnaires. On prétendit que l'auteur avait parlé du Saint-Sacrement de l'autel avec la dernière irrévérence ^ mais il publia un Ecrit poursajustiûcation, duquel je ne puis riendii'e de plusà propos que ce que M. Daillé en a dit. Ecoutons-le donc: « Quant à V Apologie de saint Etienne V. a ses juges, que vous (i5) employez » ensuite pour nous convaincre d'avoir » maltraité votre sacrement, si vous, )) et ceux <jui s'en sont si fort offensés, » aviez daigné lire la lettre que l'au- » teur a fait imprimer pour se justi- » fier, vous et eux n'en auriez pas

(i4) foyez M. Anclllon , aux pag. 129, j3o .'lu premier tome de son Mélange critique de ïjitliratare.

'i5) // s'adresse au père Adam.

» cette mauvaise opinion , et peut- » être même que vous vous éfoune- » riez de l'illusion que les préjugés » de votre passion ont causée dans » votre esprit, lui faisant prendre, » comme dites , contre votre trans- » substantiation , des choses qui n'a- » vaient été écrites que contre les » extravagances de l'idolâtrie des » païens (i6j. i>

(I) Ze cardinal de Richelieu lui fit parler de son grand dessein de réunir les deux Eglises. ] Le jésuite qui s'entretint là-dessus avec .\I. Amyraut s'appelait le père Audebert *. M. de Villeneuve, qui était alors lieutenant de roi à Saumur , les ayant fait dîner ensemble , et cela , avec tant de complaisance pour le ministre , qu'il lui donna le haut bout sur le jésuite, et qu'il n'y eut point pour le coup de Benedicite à sa table , fit en sorte que l'après-dînée ils se pussent entretenir en particulier. Il est vrai que M. Amyraut déclara qu'il ne pourrait s'empêcher de communiquer à ses collègues tout ce qui se passerait. Le jésuite débuta par avouer que le roi et son éminence l'envoyaient faire des propositions d'accommodement sur le fait de la religion ; et puis , étant entré en matière , il fit entendre qu'on sacrifierait au bien de la paix l'invocation des créatures, le purgatoire et le mérite des œuvres j qu'on limiterait le pouvoir du pape , et que, si la cour de Rome refusait d'y consentir, on en prendrait occasion de créer un patriarche ; qu'on donnerait la coupe aux laïques , et qu'on pourrait même se relâclier sur d'autres choses , si l'on remarquait dans les protestans un véritable désir de paix et de réunion.

Mais il déclara , lorsque M. Amyraut le mit sur les dogmes de l'eucharistie, qu'on ne prétendait pas y rien changer ; sur quoi l'autre lui répondit , qu'il n'y avait donc rien à faire. Leur conversation dura environ quatre heures. Le jésuite voulut exiger le

(16) Daillé , Répliqae aux denx livres d'Adam cl de CoHiby, //«. pari. , chap. Xyil,p. 108.

' Leclerc prétend que cetti' conférence pre'tendue n'a pas même de vraisemblance. L'abbé Renaudoi ayant qualifié de fausseté ce projet de réunion ', Bar h (, dant le n<>. XXV II de sa Suite des Kéliexioos sur le prétendu Jugement du public , pag. 748 du tant, iv des auvres diverses , 1727-1'; 3i), se couvre du Mémoire, qu'il a cité, d' Amyraut fils.

AMYRAUT.

secret. M. Arayraut lui protesta que, selon la déclaration qu'il en avait faite d'abord à M. de Villeneuve , il communiquerait à ses collègues l'entretien qu'ils venaient d'avoir ; mais , qu'il lui répondait de leur discrétion.

Dès le soir même , il leur rendit compte de la conférence , et il ne fit point scrupule d'en parler dans l'occasion, après que le cardinal de Richelieu et le père Audebert furent morts.

(K) Il fut très estimé du maréchal iâe Brezé/] 11 était gouverneur de Saumur , et il n'y allait jamais sans envoyer prier M. Amyraut de le venir Toir. Il le priait même fort souvent d'aller à son château de Milly, où il demeurait ordinairement 5 et lorsqu'il reçut la nouvelle de la mort du duc de Fronsac son fils, amiral de France, il voulut avoir toujours auprès de lui M. Amyraut. Il en reçut plusieurs visites durant sa dernière maladie , et il se recommanda même à ses prières , et vouhit que l'on priât Dieu pour lui dans le temple de Saumur. Il mourut dans le château de Milly, en i65o.

(L) Du maréchal de la Mellleraie.'] Du temps qu'il était de la leligion , il avait étudié à Saumur avec M. Amyraut. Il s'était toujours souvenu de cette ancienne connaissance , et, dès le lendemain de son arrivée à Saumur, lorsque la cour y était en i652 , il envoya faire un compliment à ce ministre , qui ne manqua pas de lui aller faire la révérence tout aussitôt , et d'en être reçu comme à l'ordinaire , avec mille marques de considération.

Ce maréchal ayant appris la dernière maladie de M. Amyraut, le fit visiter par un gentilhomme , et lui témoigna que si sa goutte lui eût permis de supporter le carrosse , il serait venu le voir. 11 était alors à son château de Montreuil-Bellai , à quatre lieues de Saumur.

(M) De M. le Goux de la Berchère. ] Il fut relégué à Saumur, l'an 1687 , et il y demeura jusqu'en i644- Comme il avait beaucoup de mérite et beaucoup d'érudition , il aimait les gens de lettres , de quelque religion qu'ils fussent. Il voulut d'abord connaître M. Amyraut, et il le trouva si digne de son amitié , qu'il se forma entre eux une gi-ande liaison. Ils se voyaient ordinairement deux fois la semaine ; ainsi l'on ne doit pas s'é-

tonner que le ministre ait pu fournir des mémoires pour la Vie du président. Il n'est pas besoin de dire ici que M. de la Berchère mourut premier président au parlement de Grenoble , et que M. son frère lui succéda ^ mais il est bon de dire que ce dernier , voulant faire écrire la vie de l'autre , pria M. Amyraut de lui communiquer des mémoires touchant ce qui s'était passé entre eux de particulier. M. Amyraut lui envoya, entre autres choses , le récit de la conférence qu'il avait eue avec le père Audebert^ car dès que le bruit se fut répandu dans Saumur qu'il s'était entretenu secrètement a\ ec ce jésuite , M. de la Berchère voulut savoir de luimême ce qui en était. JM. Amyraut lui en récita une bonne partie , eu lui recommandant le silence. Cet endroit de ses Mémoires n'a pas été employé dans la vie de M. de la Berchèi-e , qui a été donnée au public.

Il dédia , en 1648 , son livre des Droits du mariage à cet illustre magistrat , qui était alors premier président de Grenoble.

(N) Des intendnns de la province d'Anjou. ] Il ne manquait jamais de les aller saluer , et ils lui rendaient tous sa visite, et lui marquaient une grande considération. Lorsqu'en i658 il alla prendre les eaux de Bourbon , il reçut mille honnêtetés à Bourges , de M. Mandat, intendant de la province. Il ne tint qu'à lui d'aller loger chez cet intendant , qui l'en pria , et chez qui il dîna avec l'archidiacre do Bourges , et avec quelques autres ecclésiastiques.

(0) Des éi'êques et des archevêques. ] Voyez ce qui a été dit ci-dessus (17) concernant M. l'évêque de Chartres. J'ajoute ici, qu'en Tannée 1662 M. l'archevêque de Paris , Haidouïn de Péréfixe, étant allé à Saumur pour un vœu que la reine mère avait fait à Notre-Dame des Ardilliers (18), fit dire à M. Amyraut , qu'il serait bien aise de le voir. M. Amyraut fut très-disposé à lui rendre une visite :

mais il fit entendre qu'il ne lui donnerait point le titre de monseigneur.

L'archevêque y ayant donné les mains,

(17) Dans la remarque (D).

(18) Elle en dans l'église des pères de l'Oratoire , au bout d'un faubourg de Saumur.

AMYRAUT.

il lui parla d'affaires d'etal , il lui elala tous les efforts que Ton faisait en Xainton{;e pour entraîner ceux de la religion au parti des princes , et le pria de travailler à rendre inutile toute cette machination. M. Amyraut l'assura qu'il n'y avait rien à craindre de

reçut deus visites de ce ministre , s'entretint avec lui près de deux heures chaque fois , et le traita fort civilement. On parla entre autres choses des livres de .M. Daillé , dont le prélat dit beaucoup de bien par rapport à rcrudilion.

(P) Et par-dtssus tous le cardinal la part des protestans de France , et Mazarin. J II arriva à Saumur , en qu'il écrirait à plusieurs ministres de i652 , quelques jours après que le roi Xaintonge , afin que le synode qu'ils et la reine mère y furent arrivés : devaient tenir bientôt témoignât auet comme il apprit qu'à la table de thentiquement sa fidélités La chose la reine on avait parlé amplement fut exécutée. Deux jours après cette d'un sermon du sieur Amyraut , il audience , le cardinal , sous prétexte pria le comte de Comminges de té- de voir le collège de ceux de la remoigner à ce ministre qu'il serait bien ligion , et la bibliothèque de Jl. da aise de le connaître. Ce comte était Plessis-llornai , eut un autre tête-àgouverneur de Saumur , et avait beau- tète avec M. Amyraut, dans le cacoup d'amitié pour M. Amyraut : il binet de ce dernier. Ils parlèrent de lui avait promis que ceux de la reli- l'édit de Nantes, et sur ce que M. Amygion pourraient s'assembler à l'ordi- raut , interrogé si Henri IV avait été naire le dimanche, quoique le roi fût dans l'obligation de le donner, avait

répondu que oui ; mais que , quand même c'aurait été une grâce au commencement , l'observation en serait aujourd'hui une chose nécessaire , le Onlintcequiavaitétépromis.M. Amy- cardinal lui dit qu'il avait raison , et raut prêcha le dimanche sur ces pa- lui cita cette maxime du droit : Quod rôles, Cruisfnez Dieu, honorez le roi, initio fuit voluntatis , ex post-facto et fut ouï de beaucoup de personnes Jil necessitatis. On sera peut-être bien de la cour, qui en furent très-satis- aise de voir ici ce que M. de Gui-

dans la ville • mais il lui déclara en même temps qu'il fallait qu'ils interrompissent leurs assemblées les trois premiers jours après l'arrivée du roi.

faites , et qui parlèrent de son sermon avec éloge , non-seulement au roi , dès qu'ils furent sortis du temple, mais aussi le soir pendant le souper de la reine. Ce fut alors que le cardinal .Mazarin ouït parler de ce sermon , et qu'il apprit de la bouche de M. de Comminges le zèle que M. Amyraut , et tous ceux de la religion de ces quartiers-là , avaient témoigné pour le service du roi dans les derniers troubles. L'envie qu'eut le cardinal de voir ce ministre fut si grande , qu'il la lui fit témoigner dès le lendemain matin par le juge de la prévôté : de sorte que M. de Comminges , ayant vu qu'il n'avait pas été le premier porteur de la nouvelle , dit à M. Amyraut en riant : Je wois bien , monsieur , qu'au premier jour nous aurons besoin df i'olre intercession auprès de son Eminence : ce qui uous proui'era l'utilité de l'invocation des saints. La première visite fut assez courte ; mais on pria M. Amyraut de revenir le lendemain à huit heures.

Le cardinal lui fit toute sorte d'honnêtetés; il le lit asseoir atiprès du feu.

taut (19) dit à madame de la Trimouille, en présence de la reine : Son Eminence est chez le minisire Amyraut : ce sont deux ecclésiastiques en~ semble ; mais je suis sûr qu'ils ne parleront point de religion ; son Eminence n'y trouverait pas son compte.

Pendant les cinq semaines que le roi fut à Saumur , 51. Amyraut fit plusieurs visites au cardinal , et en fut toujours bien reçu ; et lorsqu'il prit congé de son Eminence, elle lui dit de lui écrire directement foutes les fois qu'il aurait à demander quelque chose , soit pour le parti en général, soit pour ses intérêts particuliers. Il ne se servit d'une telle permission qu'après le voyage qu'il fit à Paris , sur la fin de l'année i658. Il vit trois ou quatre fois son Eminence , qui lui fit beaucoup de civilités. 11 lui parla du synode national , dont on demandait la convocation depuis tant d'années. Le cardinal répondit que les raisons qui avaient empêché de l'accorder subsistaient encore , et vou-

(ir)) Il était capitaine des gardes de la reine, et c .c'-.' de 31. de Cciitniinses.

AMYRAUT.

lut qtie M. Amyraut lui en écrivît. On se donna l'honneur de lui en écrire deux fois : il répondit de sa propre main ^ et depuis , toutes les fois qu'il lui fit réponse , il se servit à la vérité de la main d'un secrétaire , mais il signa proprio pugno.

{Q) IL témoigna en diverses occasions que l'obéissance des sujets était son dogme favori. ] Dans V Apologie qu'il Y>vih\Ï3. pour ceux de la religion, l'an 1647 ) '' excuse le mieux qu'il peut leurs guerres civiles de France j mais il déclare néanmoins , qu'il ne veut nullement entreprendre la défense de la prise des arfnes contre son prince , pour quelque cause que ce puisse être... : et qu'il a toujours cru qu'il convient beaucoup mieux a la nature de l'Evangile , et a la pratique de l'Eglise ancienne , de n'avoir recours à autres armes qu'à la patience , aux larmes et aux prières.... (20). Et à toutes les fois , ditil (ai) , que je repasse les yeux de l'esprit sur l'histoire de nos pères , je ne puis que je ne regrette très-sensiblement qu'ils n'ayent couronné tant d'autres belles vertus , dont il nous ont laissé les exemples, de l'imitation des premiers chrétiens , en cette invincible patience qu'ils montrèrent sous les persécutions des empereurs. Un écrit latin (22) , qu'il publia deux ans après , fait voir comment il soutint cette cause contre les plaintes d'un ministre de la Rochelle , qui aurait bien mieux fait de ne se pas reconnaître au livre de M. Amyraut , que de s'en formaliser. Le livre De la Souveraineté des rois, publié en i65o, à l'occasion de la mort tragique de Charles 1^^. , roi d'Angleterre , témoigne encore avec plus de force les sentimens de notre M. Amyraut , sur la prise d'armes des sujets contre leurs princes. Il n'y avait pas moyen de se taire , car on ne cessait d'imputer Cette tragédie au parti presbytérien , et d'en tirer mille conséquences odieuses contre les protestans de France.

31. Amyraut ne crut pas devoir laisser sans réponse l'injustice de ces reproches. Pendant les troubles de la dernière minorité , ce ministre inspira

(20) Apologie pour ceux de la Religion , p. rS.

(21) Pag. -fi.

(22) Intitule, Adversùs Epistolic HisloricK Criminaliones Mosis AœjTaldi UefeDsio.

toujours aux peuples , par ses prédications , le parti de l'obéissance ; et lorsqu'on le consulta sur la manière dont on se devait conduire , il répondit qu'il n'y avait pas d'autre parti a prendre que de se tenir au gros de l'arbre. Apparemment , les personnes qui le consultèrent y allaient de bonne foi , et ne pénétraient pas l'artifice perpétuel qui règne dans ces sortes de confusions. Les rebelles ne manquent jamais de soutenir qu'ils ne veulent que remédier aux abus , et chasser d'auprès du maître les mauvais conseillers qui l'environnent. 11 faut être bien simple pour donner dans ce panneau , et pour avoir besoin de consulter son directeur de conscience. La distinction du pape et du saint siège n'est pas un sophisme si grossier. Enfin M. Amyraut déchargea pleinement son cœur dans l'épître dédicatoire de sa Paraphrase latine des Psaumes. C'est là qu'il soutient et qu'il établit que , par les véritables principes du christianisme , les sujets ne doivent point prendre les armes contre leurs souverains. Il se déclara hautement pour ce qu'on nomme l'obéissance passive Cet ouvrage fut dédié au roi d'Angleterre Charles II , peu après que ce prince fut remonté sur le trône. L'auteur avait fait connaissance, à Paris , avec un chapelain de ce même prince, l'an i658. Deux ans après, il lui témoigna sa joie du rétablissement du roi , et le félicita de l'évêché de Durham. On lui fit réponse que le roi le remerciait. C'est ce qui encouragea M. Amyraut à lui dédier sa Paraphrase des Psaumes :, mais il ne le fit qu'après avoir su de l'évêque de Durham que ce monarque en serait bien aise.

(R) En ce qui regardait la conscience, il exhortait a désobéir.'^ Cela parut lorsque le sénéchal de Saumur lui communiqua un arrêt du conseil d'état, qui ordonnait à ceux de la religion de tendre devant leurs maisons le jour de la Fêle-Dieu. 11 le lui communiqua la veille de cette fête , et le pria de donner ordre qu'on s'y conforraAt , de peur que la désobéissance ne fît soulever le peuple contre ceux de la religion. M. Amyraut lui répondit qu'au contraire il s'en allait exhorter ses ouailles à ne point tendre , et qu'il serait le premier à ne tendre

AMYRUTZES.

point ; qu'il avait toujours prêche qu'il faut obéir aux puissances supérieures, mais qu'il n'avait jamais entendu cela à l'égard de semblables choses , qui intéressent la conscience. En sortant du logis du sénéchal , il alla de maison en maison exhorter ses paroissiens à tout souffrir plutôt que d'exécuter cet arrêt. Le sénéchal le fit publier à son de trompe : le consistoire s'assembla . remercia M. Amyraut de sa conduite , et chargea les anciens de tenir la main à ce que personne ne tendît. Le lieutenant de roi refusa de prêter main forte au sénéchal , et empêcha le tumulte qui commençait à se former. L'arrêt fut révoqué quelque temps après.

(S) Dans le synode de Loudun , il aurait cté de la table , etc. ] Si tous ceux qui liront ce livre étaient des Français de la religion, cette remarque serait superflue ; mais elle ne le sera pas à l'égard des autres lecteurs. Il y avait ordinairement dans nos synodes de France quatre personnes qui formaient ce qu'on appelait la table. L'une de ces quatre personnes était le président de la compagnie ( on l'appelait le modérateur ) ; les trois autres étaient l'adjoint au modérateur , le secrétaire , et celui qui recueillait les actes.

(T) Je parlerai... dans une remarque et de quelque autre petite méprise.^ Patin , dans sa Lettre CXIII de la première édition, dit (28) qu'il y ai' oit en i663 un médecin de Niort, nommé jM. Lussand , qui vouloit faire imprimer une Apologie pour les J\Iedecins , contre ceux qui les accusent de trop déférer g la nature : il dit que ce médecin entendait parler et ai'oil principalement en l'eue ISl. Amyraud , ministre de Saumur , qui en a ainsi parlé dans le dernier tome de sa 3Iorale Chrestienne. .. H témoigne {1^) n'être pas fort content de M. Amyraud dans cette occasion ; car l'oici ce qu'il ajoute : « Si M. Amyraud daigne se » donner la peine de répondre à ce j> livre , il est homme à dii'e là-dessus )) de belles choses , que Lussand ne i> sait point , et qui ne sont point dans j) son livre. Je luy enay suggéré quel-

(23) Mélange Critique de Litlérature, loni. I, pag. i33 , i34-

(24) Palin , Lettre CXIf de la première édition.

» ques-unes, dit-il, et entre autres, » de beaux passages et de bonnes au- )' thoritez; mais il n'en a pas fait cas. » Cela L'awoit apparemment fiche ; car l'oicy comme il parle ensuite : « Aussi M est-il dans une province qui n'est M pas loin du pays d'Adieu-Sias , où » on est ordinairement plus glorieux » que sçavant, etc.» Je ne copie point toute la suite de ce passage , que li. Ancillon a rapportée , et qui est fort désobligeante j mais j'avertis mes lecteurs qne la personne si mal traitée par Patin , est le médecin de Niort , et non pas le théologien dont je donne ici l'article. Je les avertis aussi , que le Traité des Religiom contre ceux qui les estiment indifférentes , n'est pas le seul livre de M. Amyraut dont il se soit fait deux éditions (aS) : je suis bien certain que l'Apologie pour les protestans a été mise sous la presse plus d'une fois ; que le Traité de la Prédestination , imprimé eu i634 , fut réimprimé à Saumur, l'an i658, avec l'échantillon de la doctrine de Calvin , et avec la réplique à M. de la Milletière sur son offre d'une conférence amiable pour l'examen de ses moyens de réunion ; que ces deux derniers traités avaient paru l'an i638 , et que le libraire t|ui les réimprima en i658, avec le Traité delà Prédestination , déclare (26) , qu'il redonne ces trois livres au public , parce que l'on ne les trouvait plus.

Je sais aussi qu'on réimprima onze Sermons d'Amyraut sur divers textes de l'Ecriture , l'an i653 ; que la Vie de la Noue a été réimprimée à Leide ; que les thèses de ce professeur et celles de ses collègues , ont été réimprimées à Genève ; et que son 1 raité de l'état des fidèles après la mort a été imprimé à Londres en anglais , et à Utrecht en flamand.

(iS) On r affirme dans le Mélange Critique , pag. i32. La \",. esl de i63i , et la i^.de ifiSz.

(26) Dans l'ÉpUie de'dicaloire aux étudions en théologie.

Am'RUTZES (a) , philosophe péripatéticien , natif de Trébizonde , s'était acquis une grande considération à la cour de l'empereur David , son maître , et

(a) Dans /e Supplément de Moréri on le nomme ?nal AuiMUla.

520 AMYRUTZES.

avait signalé sa plume en faveur lui-même (f). C'est dans la re-

des Grecs contre les décisions du lation qu'il composa de ce qui

concile de Florence {b) ; mais il s'était passé au concile de Flo-

ternit toute sa gloire par l'apos- rence , et qu'il adressa à Dénié—

tasie ou il tomba. Il fut un de trius , gouverneur de Napoli de

ceux qui accompagnèrent l'em— Remanie. Il y assure , entre au-

pereur David à Constantinople , très choses , que le patriarche de

lorsque Mahomet II l'y fit trans- Constantinople fut étranglé pen-

porter, après la prise de Trébi- dant la tenue du concile , et que

zonde, en l'année t^'oi. Ce phi- les médecins attestèrent ce fait-

losophe , se laissant gagner aux là {g).

{/) Apud Allât, de Perp. Cons. , p. 886. (g) Id. , ibid. , pag-. 908.

promesses du sultan, abjura son christianisme , et se fit turc avec ses enfans , l'un desquels , sous le nom de Mehemet-Beg, traduisit

(A) ylllatius donne lieu de le prendre pour le protovestiaire de l'empe-

en arabe plusieurs livres des reur de Trébizonde. ] AUatius , à la

chrétiens par ordre de Maho- T^A^eCf'iQ AuPerpetuus Consensus, n'si-

met II. Ce prince donna des em- "^^^it parle que par conjecture du livre

plois considérables dans le sérail ^^ cet Amyrutzes composa contre f , , .le concile de rlorence : mais dans les

a Amyrutzes , et s entretenait additions il nous apprend qu'on lui

quelquefois sur les sciences et sur avait envo3'ë de Tile de Chio l'ou-

des matières de religion avec lui, Y^^^ même ; puis il dit que Doro-

ou avec Mehemet-fceg {c). De la JT ' '*'"*=,'?^^'%\"? ^^ ^«"embase ,

j ^ Ail ,- ^, - lait connaître (*) la condition de cet

manière dont Allatius s est expri- homme , cujusnnm condainnis uir

mé , on prendrait ce philosophe i^te fuerit. Il rapporte le passage de

pour le protovestiaire de l'empe- Doï'"*liee en grec et en latin. Le grec

reur de Trébizonde (A). N'ou- P^^te que Mahomet lit embarquer

,,. . , T »i P""'^ Constantinople 1 empereur Da-

bhons point de dire qu Arny- vid , et quelques autres personnes , et

■.^niy-

d'rr '1 • 1 "i»i rutzium vrotni'estiarium. C'est ainsi

e Trébizonde 1 honora ,„.'Anat;..e f..o i * r ^^'^^i-^insi

'- - qu Allatius traduit et ponctue, il ne

rutzes ne commença point à être entre autres tôv ^iKÔo-o<^oy 'Afxufo

estimé des princes lorsque l'em- '^°'' 'rf'»'^*^ sç-'ap'ov , philosophum .

- ~ •- - - A.- rutzium prolnvestiarium. C'est

onora qu'AHatius traduit et ponctue,

avait faut donc point douter qu'il n'ait cru

très- qu'Amyrutzes et le protovestiaire n'e'-

car il

de son affection ; car 11 y

long- temps qu'il s'était vu

considéré à la cour de Constan- î-^^*:"* "^l"!"" ' ^^ '{"'Jl "^ lui ait attri

i;,,«,o« Tl A,+ „ , J„-, „ • • ou^ l'i suite dti passage de Dorothe'e,

tmople. Il fut un des principaux ^^, y^^ ^^-^ ^J^^ p^ersonnage étaii

savans avec lesquels 1 empereur cousin germain de Machomet Ëassa ;

Jean Paléologue délibéra sur son qu'il avait trahi l'empereur David, et

voyage d'Italie {d) , et il ac- qi''«'près la prise de Trébizonde, il

compagna cet empereur dans ce voyage (e) , comme il le raconte

(b) Léo Allatius , de Perp. Consensione , lib. ni, cap. III, pag. gSS et iSyg.

(c) Guiilot, Histoire de Mahomet II, lom. I , pag-. (\!\\ ,et lom. II , pag. i36.

[d i'Histoire Polit, de Constantinople le nomme ai>ant Bessarion cl Gemiste. Kojez Allât, de Perpétua Consens., pag. 883.

(e) Ccl empereur arriva à Fcnisc , le?) de fc.rier i '|38.

reçut de grands honneurs de son cousin et du sultan Mahomet ; qu'il était ruse , grand , bien fait , bon tireur d'arc et propre à toutes choses. Sa parenté avec Machomet était fondée sur ce que sa mère était sœur de la mère de Machomet : ces deux soeurs étaient filles de Jagarus. Je n'ajoute pas I>eaucoup de foi à ce discours :

car ;e vois que M. Guillet , en citant

(*) In Synopsl lîistoiiariira.

AMIMONIUS.

la TurcoGrœcia de Crusius , dit que le protovestiaire de Tempereur de Trébizonde s'appelait George j qu'il était d'une raine avantageuse , et d'une si grande adresse à tirer de l'arc, qu'il y surpassait tous les Grecs et tous les Turcs; qu'il était tils d'une ûUe d'un prince chrétien appelé lagrus , qui avait marié son autre fille en Servie , où elle eut un fils qui fut le renégat Machmut (i). Très-volontiers je mettrais une virgule dans le p,assage de Dorothée, aprèsA^ufoi/T^nv, afin de faire deux personnes de ce philosophe et du protovestiaire, qu'Allatius confond ensemble.

(i) Guillet , Histoir. de Mahomet II, loin. I, pas- 4-'9-

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