‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 156 sur 158 · i)//OV êÇ T/IV OTH'JiJV TotUTM •} *p ÀVÈ?.9{?V · texte numérisé non relu

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•riv 'A//t<f)âf5iov xé^oj/a-iv mJ"» 6êôv (4(»)jFif etiam apuil Ompios jons teniplo proxintus , qiiem Ampliinraï nuncupanl : ad quevi nequa diuinarn remj'a~ ciunl , tipque aut ad lustrttndiini , aitt nd manus lavandas , aqiid ed uti jas putant : solùm , qui tiiorbo oraculi tnonilti lei^ati fueririt , signatum aurum (irgentunwe more niajorum in fonteni abjicmnl. Hinc enimjam deum Arnphiaraum adscendisse tradiint. Notez que tout le monde ne croyait pas la résurrection d'Amphiaraiis, et qu'on osait la nier en plein the'âtre j témoin ce vers allégué par Cicéron :

Audisne hœc , Aivphiaraë sub terram abdite (47) ?

(E) On lui consacra des temples :

son oracle fut très-celèhre-'] Les habitans d'Orope furent les premiers qui déifièrent Amphiaraits. Ils lui bâtirent un temple à douze stades de leur ville , dans l'endroit où la terre s'entr'ouvrit , et l'engloutit et lui et son chariot (48)- Nous avons vu ci-dessus (49) qu'il y avait divers sentimens sur la véritable situation du lieu oià il tomba dans un abîme. Quoi qu'il en soit, toute la Grèce se conforma au goût des Oropiens sur l'apothéose de ce prophète : elle convint que c'était au temple qu'ils lui bâtirent qu'il fallait consulter l'oracle de ce nouveau dieu (5o). Pau«anias nous apprend qu'un Recueil d'oracles en vers hexamètres contribua fort à donner aux peuples une grande idée d'Ami>hiaraiis , parce que l'auteur de ce Recueil y inséra la réponse que ce devin avait donnée touchant la guerre de Thèbes.

(46) Pausan. , lib. I, pag. 33.

(47) Cicero, Tuscal. Quxslion. , lib. II, cap.

xxy.

(48) Paiisanias, lib. I , pag. 33-

(49) Dans la reman/ue (B).

(50) Pansan. , Itb. I , pa^. 33.

C'était lui donner beaucoup de reliefj car Ton était prévenu de cette opinion , qu'anciennement il n'y avait que les personnes inspirées d'Apollon qui répondissent de vive voix aux consultans , je veux dire en forme d'oracle. Les autres devins ne s'occupaient qu'à expliquer , ou les présages des oiseaux et des victimes, ou les songes. Mais quelque avantage que cela donnât à notre Amphiaraiis sur ses confrères, on ne demeura point persuadé que sa véritable fonction dût être semblable à celle de la divinité de Delphes ; car on ne le consulta que pour recevoir en songe la réponse qu'il avait à faire. C'est une marque que, pendant sa vie, il s'adonna principalement à l'explication des songes. Voilà , ce me semble, le précis de la narration de Pausanias (5i). Je ne trouve point que Pvomulus Àmasaeus l'ait bien traduite, et j'aimerais mieux m'en fier à la version de Vigénère quoi qu'elle ne soif pas assez exacte. La voici : Jophon Cnosien, l'un des interpréteurs des oracles, publia ceux d'Amphiaraiis en vers hexamètres ; ce qui attira tellement les peuples, que tout soudain ils y accoururent de toutes parts. Car pas un des det'ins , hors mis ceux qu'anciennement la J'ureurd' Apollon esmouuoit , ne rendait les oracles ; mais estoient tous, ou interprètes de songes, ou jugeaient les choses advenir par le fol des ojseaux , ou par les entrailles des Lestes sacrifiées. Au moyen de quoy il semble qu' Amphiaraiis se soit principaltmnnt addonné a la prédiction par les songes. Ce qu'on collige de cecy ; qu'après qu'il evst esté déijié, il institua cette manière de devinemens. Et faut en premier lieu que ceux qui l'ont a L'oracle a lui , soient bien et deucinent purgez; laquelle purgation ou netloyement consiste a sacrifier comme il faut h ce dieu , et accomplir les cérémonies requises tant envers lui que tous les autres dont les noms sont là escrits. Cela fait, et ayant immolé un mouton , ils eslendcnt sa peau en terre , et s' endorment dessus , attendans l'esclaircis sèment de leur fait , qui leur doibt apparoistre en songe ( Sa ). Philostrate

(51) Idem , ibidem.

(52) Vigénère surl'Ampliiaraùs de Philosirate, pag. 400 du /". tome.

AMPHIARAUS.

va Jions apprendre quelques autres < ëreinonies que l'on observait en ce !icu-ià. Les dieux , dit-il (53), sont coustumiers d'nctrojer les oracles a ceux qui sont sobres. Car il se trouva une fois en Gière un prophète appelle ^mphiaraiis. J'estime (interrompt le rny ) que uous voulez dire celuy qui J ut fils d'Ioclée , et en s'en retournant de Thèbesjut englouty dedans la terre.

Celui-là sans autre , respondit Apollonius , lequel jusqu'au) ourd'huj rend des oracles au territoire athénien , et eni^oye a ceux qui l'en requièrent , des songes sur ce qu'ils luy demandent.

Mais les près très du lieu enjoignent à ceux qui viennent là se conseiller , de s'abstenir un jour entier de toute fiande , et trois jours de fin; à celle Jin qu'ils puissent mieux en leur pensées pures et nelt<]yéc.s concevoir et l'accueillir les raisons des choses qui leur seront manifestées en songe. L'a oh si le l'in estoit un médicament propre a dormir , ce sage Amphiaraiis sans double l'auroit ordonne aux songeurs , et que , remplis jusqu'au regorger de mangeaille , et de ce breul'age comme une bouteille, ils descendissent en la plus secrette partie du temple où se rendaient de tels oracles. Prenez garde que Pliiloslrate assure qu'au temps d'ApoHonius l'oracle d'Amphiariiùs conservait encore sa réputation : cependant Plutarque confesse que tous les oracles de la Beotie (54) , entre lesquels il met celui-là , avaient cesse (55). Ne faisons point d'incident sur ce qu'Apollonius met cet oracle dans l'Attique , et non pas dans la Beotie, comme Plutarque. Ils parlent du niéme lieu 5 mais comme ie territoire d'Orope fut un sujet de contestation entre les Athe'niens et les Thébains , ceux-là prétendant qu'il appartenait à la Beotie , et ceux-ci qu'il appartenait à l'Attique (56) : de là est venu que certains auteurs ont pu dire que le temple d'Amphiaraiis était dans la Beotie , et les autres qu'il était dans l'Attique. Clément d'Alexandrie , reprochant aux païens la cessation de leurs oracles , parle nom-

(53) Pliilostrate , Vie d'Apollonius, liv. II , chap. XI , pag. 476. Je me sers de la traduction de Vigénère.

(54) Plularcb. de Oraciilor defeclu , p. 4 11. (^5) // excepte celui de Lebadie.

(5()) f^oyez Pausaiiias , lib. I , paj;. 33 ; et Slrabon, lib. IX, pag. 'i-<5.

me'ment de celui d'Amphiaraiis (07) :

voilà donc un second témoin contre le héros de Philostrate. Disons en passant qu'il en fait mention dans un autre lieu , que son traducteur a perverti. Le voici : "H Tov 'A^<|)iotpeov tÔv crùv toiçctt- TO. TOfç tvn 0/fé'a.ç ç^a.Ti'ja-a.a-t ptiâ. yiviS

Aut jiniphiaraiim , qui cuni septem quiadversiis Thebas bellum gesserunt, Jèrtur Trojd capta unâ generatione fuisse posterior : il fallait dire wrtor , (58).^

Hérodote nous peut apprendre combien cet oracle était estimé j car il dit que de tons ceux que Crœsus , roi de Lydie, fit consulter, il n'y eut que celui-là et celui de Delphes qui firent de bonnes réponses, et qui recurent des dons maf;nifi(jues de la part de ce monarque (5q). Je m'étonne de ce qu'il observe que les dons envoyés par Crœsiis à l'oracle d'Amphiaraiis furent mis au temple d'Apollon Isménien , dans la ville de Thèbes (60).

Pourquoi ne furent-ils pas consacrés dans le temple même d'Amphiaraiis ?

Pourquoi , au défaut de cela , ne furent-ils pas portés dans toute autre ville, plutôt qu'à Thèbes, dont les habitans avaient encouru une note désavantageuse par rapport à cet oracle ? Car il leur était défendu de s'endormir dans le temple d'Amphiaraiis ; et c'était le seul moyen de consulter l'avenir en ce lieu-là. La raison pourquoi cette défense leur fut faite était qu'Amphiaraiis ayant offert aux Thébains, ou de leur servir de devin, ou d'être leur compagnon d'armes , ils choisirent le dernier parti. Vous trouvez toutes ces choses dans Hérodote (61), et avec une distinction si claire entre le temple d'Apollon Isménien , et celui d'Amphiaraiis , qu'il est fort étrange que Barthius ait pu dire qu'ils n'étaient pas diflérens (63). Au reste, Hérodote raconte cela en parlant d'un Européen qui fut employé par Mardonius pour consulter les oracles de la Grèce. Il n'a point su

(57) Clemens Alexandrin. inProtreptico, ;>. g.

(58) Idem, Stromat. , l,b. I, pag. 334 , CT- Bailhius sur Stace , tom. II , pag. liS, adopte la faute du tiaducleur, et l'impute à Clément d'Alexandrie.

(Sg) Herodot., lib. I, cap. XLVI et seqq. (60) Id. ibid. , cap. LU.

((m) Idem, lib. VIII, cap. CXXXIV.

(62} Barthius in Statium, tom. II , pag. iZ'j.

AMPHIARAUS.

par quel songe Amphiaraiis fit connaître à ce gênerai du roi des Perses la mauvaise destinée qui rattcndalt.

Plutarque était mieux instruit l;>dessusj car il rapporte ce songe (63).

Il y a des auteurs qui disent qu'Amphiaraiis s'apparai^sait aux consultans : 'A^^iioaoç //tsv •ya.f: x.a.1 Tpoi^avioc fv BoiccTist. K-xi ' Afji.^i?,oX,oç 6V AiTœAi'ot.

Pl^ùnTfAùùJi-jTl Te TSLt CfstIVOVTStI' OWTOI é'i ■7ra.tT<*.X^f THC -J.»? <fia,TJt.TTOÎ/3-(V iùTTTif

iç'ifii 5rêpiVo>.ot (64)- Je crois qu'ils veulent dire qu'il se faisait voir en songe. Quoi c(u'ii en soit , son oracle n'était pas moins révère que celui de Delphes, ou que celui de Dodone, ou que celui de Jupiter Hamraon ^ c'est Valère Maxime qui le dit : Eadem gens sumnio comensu ad ^4.inphiarauin decorandum incnbuit , lociini in qiio humatus est , in formam condiiionemque lempli redigendo , aUjue indè oracula capi instiluendo.Oujus cineres idem honoris posiide/it , quod Pythicce C'irlinœ, quod aherio Dodonœ , quod Hnmmonis fond dalur (65). Cicéron n'en a pas dit tout-à-fait autant ; mais néanmoins il en a parlé avec éloge : yintphiaraûni sic honorafit Jama Grœciœ , deus ut haberetur, atque ut ab ejus solo , in quo est humatus, oracula peterenlur (66).

Notez qu'il y avait à Corintlis un temple d'Araphiaraiis (67); mais n'ajoutez point de foi, ni a Pompanius Mêla (68), ni à Solin (69) , qui disent qu'il y en avait im à Rhamnus. Ils se trompent. Il n'était point là ; mais proche d'Orope, comme je l'aidéjà dit, et comme on le peut prouver par Dicéarque, par Strabon, par Pausanias, etc. Voyez Isaac Vossius , à la page i5i de son Commentaiie sur Pomponius Mêla.

(F) // excella principalement a de-

i'iner parles songes; mais il fut

l'ini'enteur des divinations qu'on J'ait par le fou.'] A l'égard de cette invention , je ne puis citer que ces paroles de Pline : Aruspicium Dclphus (invenit), ignispicia Amphiaraiis, auspicia

(63) Plotarcb. de Oraciilorum defecta , pag.

(64) Arislides , Orat. in Asclepiadas , apud Bartbîum in Statium , tom. II, pag. i38.

(65) Valer. Maximus , lib. yill , sub fin.

(66) Cicero, de Divinat. , lib. I , cap. XL. (6-) Paiisan. , Ub II , pag. G5.

(68) Pomponius Mrla , Ub. Il , cap. lit. (og) Soliaua, cap. Kll.

avium Tireiias Thebanus , inlerpreCationem ostentorumct somniorum Ainphictyon (70}. Stace ne parle \t<nnt de cela , quoiqu'il se plaise à parltr souvent de Thabileté d'Amphiaraiis à deviner par plusieurs moyens :

Quis mihi siJereot lapsus, menlemque sinislri Fulguris , aul cœsis saliat quud numen in

exlis , Quaiidu lier, undè mora , quœ sœfis uulit

arinis , Qute pacem rnagis kora velu, quis jamomne

futurutn Proferel , aul cum quo volucres mea faUi lo-

quenlur (';i) ?

C'est ainsi qu'il exprime les regrets de toute l'armée sur la mort de ce devin. Il dit dans un autre lieu :

.... Quanùim subilà diversus ab illj Qui tripodas laurusque sequi , qui dodus in

omni Nube salutato volucrem cognoscere Phccbo

Je laisse plusieurs autres passages de la même force , et j'aime mieux observer que ce poète n'insiste pas sur la principale propriété de ce devin :

c'était de prédire par les songes, comme je l'ai déjà dit f-S). Il fut le premier qui s'abstint des fèves comme d'une chose qui nuisait à cette science (71). UfcèToç ii drÎT^iTo nuxuav'AfjL- <|>ia.:aoç, «TictTuv Si 'aviipmv f^a.iTiia.v ('j5). 11 ne sera pas inutile d'indiquer ici de quelle manière il devint prophète. H entra dans une maison aussi ignorant qu'un autre des choses futures ; mais le lendemain il en sortit bien capable de les prédire. Cette maison demeura fermée depuis ce temps-là , et fut appeUe fatidique. Elle avait, à l'égard tles divinations, la môme vertu que les poètes attribuaient au Parnasse à l'égard des vers :

Tfpc in bicipiti soninidsse Parnafso JUemini , ul repente sic poêla prodii-em (76).

On y devenait prophète dans une nuit ; et c'était alors que l'on pouvait dire que le bien venait en dormant. Vous verrez dans le passage que je vais citer que ce changement d'Amphia-

(70) Plin. ,;,*. Fil, cap. LVÎ.

(71) Statlus, Tlieb., lib. FUI , l's. 177,

(72) Id. , ibid, lib. Fil, vs. 706.

(73) Dans la remarque (E).

(74 ^oyet la remarque (l) de l'article P»-

TBACORAS.

(75 Geoponicor. lib. II , apud Barlliioqt in Statium , tom. II , pag. i3".

(76) Peraitij , in Prolojo , us. a.

raiis se fit à Phthie (97). "Oots-Ssv <r«

èxSàv , JtStl T>IV Vt/XTSt È'J/KitTAKOl/^Dâê/î ,

MstVTêysa-ÔAf ToTe Trpûrov , ri^ 01 *Ma.o-ioj 4)«,s-iv , Mp|*TO' Tsa)Ç <f'« »v 'hy.^iu.oatoç Tcù ïxêivœv XÔ'J.û) , kTiûitmc Tê KSti ow /xivTiC x*i TO oltcKf/.a, Àtto toutou cruy- KÎK\nça.i Tov TTAvro. ««Jji ;tpôvûv (78). /rt posticaf'ori parle domus est , quant Phllasil Fatidlcamnuncupant. In eam enim ingressus Amphiarnus ( queniadmodiim ipsi narrant Pfdiasii) cùm noctem unam obdnrniisset , staûm divinare cœpit . ciim antè indoctus plane fuisset; id cùm ita ei'enisset , in reliquum omne tempus occlusœ illœ œdes jfuerunt.

(G) On lui a donné.... entre autres éloges, qu'il travaillait à être honnête homme, et non pas à le paraître.'] Adraste, dans ses complaintes pour la mort d' Amphiaraûs , déclara qu'il avait perdu l'œil de son armée, un homme également propre à prophétiser et à se battre :

Tloôs'a) çpxTtaiç

'O<f9A>~fA0v i/uâiç , â//<|iÔTfpcv ,

MctvTf'v T ÀyaiBov

Ksi/ J'oupl [/.ÔLfvaLO-bcu (79)-

Deiidero exercitùs Oculum mei ulrumque, Valent bonum , El ad pugnanduin hastd.

En effet, ce n'était pas un devin qui n'agît que de l'esprit : son bras était redoutable , et il excellait dans les exercices du corps. On prétend qu'il fit un carnage horrible des ennemis le jour qu'il mourut :

jirdel inexplelo .ttevi Mavorlis amore,

El fruilur dexlrd , aique anima Jlagranle

superbit.

Hic hominum casus lenire et demere falis Jurafrequens, quantum subito diversus ab illo

I nnumeram Jerro plebem ceu lelhifer annuf , jiul jubar adversi grave sideris immolât um-

brii Ipse suis (81).

En un mot , c'était un prophète brave , et tel que le devait être celui qui joignait la royauté avec la science de

(77) ^'''« '^" Péloponnèse.

(78) Pansanias , lih. Il , pag. 56.

(79) PinHar. Od. f^/ Olympion. , l'S. sfi.

(80) Ce qui manque ici a été cité dans la reviarque précédente ^ citation ("tï).

(Si) Stalius , Theb. , lib. Fil , vs. 703.

AMPHIARAUS.

l'avenir. Stace le nomme le roi prophète :

Jamque erit ille aies , quo le quoque conscia

fali Tempta cotant^ reddalque luus responsa sa-

cerdos , Talia f/ltidico peragunlsolennia Rf.oi(82).

Pour ce qui est de l'adresse dans les exercices où les Grecs se piquaient tant de remporter la victoire, il me sullira de remarquer que notre Amphiaraùs gagna le prix de la course et celui du disque aux jeux Néniéens , que les généraux célébrèrent pendant qu'ils marchaient contre la ville de Thèbes (83), Prenez garde à ces paroles de Stésichore :

©piéc-xûjv fJih yùp 'A^^iiapstoç , "Ajcovt; (Tr vlK-cta-iv MiXia,yf)OÇ (84)-

Saltu quidem me Amphiaraiis ,

Jaculo ver'o superat Meleager.

Quant aux belles qualités de son âme , voyez le VIII*. livre de la Tbébaïde , et la tragédie d'Eschyle intitulée'ETTna. i7r) ©n'^aç , Septein contra Thebas , dont je citerai un passage dans la remarque (I) , et trois beaux vers dans la remarque suivante. Voyez aussi les éloges que l'on donne à sa modestie dans un fragment de l'empereur Julien (85).

(H) Sa maxime de trai'ailler plus à éire honnête homme qu'à le paraître , est un grand sujet à réflexions.'] Rapportons d'abord le fait : Aristide « ja- « mais , pour honneur qu'on lui iîst » ne s'esleva, ni pour rebut ou refus » qu'il souflrist aussi ne s'abaissa , » ni ne se troubla , ayant opinion 3) qu'un bon citoyen se doit tousjours » également tenir prest, et offrir corps w et esprit à servir la chose publique , i> sans en espérer ou atendre aucun » loyer mercenaire, ni d'argent, ni » d'honneur et de gloire. Et pourtant, » un jour que l'on prononçoit au théâ- « tre certains vers de l'une des tragé- )) dies d'jEschylus , faits en la louange j) de l'ancien devin Amphiaraiis , dont « la substance estoit (elle :

» // ne veut point sembler juste, mais l'eslre, n Aimant vertu en pensée profonde , i> Dont nous voyons ordinairement naistre n Sages conseils , o« tout le inonde abonde ;

{Si) Id. ibid. , lib. VIII , vs. 206.

(83) ApoUddor. Bibliothec. , lih. III , p. 189.

(84) Aihen., lib. IF, cap. XXI, pap. 172,

(85) A la page 3o3 des Olîuvres de Julien^ édition de Leipsick , en j6g(î.

AMPIIIARAUS.

y> tout le monde jeta incontinent les » yeux sur Aristiues , comme sur ce- » lui à qui véritablement , plus qu'à » nul autre appartenoit la louange » d'une si grande vertu : car il n'es- 3» toit pas seulemeat ainsi ferme et w roide pour résister à faveur et à }> grâce seulement, mais aussi à ire et » à haine semblablement ; pour ce )» que là où il estoit question de jus- » tice , amitié ne lui eust sceu rien » faire pour ses amis , ni inimitié » contre ses ennemis (S6). "Voilà le plus bel éloge du monde. Ampbiaraiis était digne d'admiration s'il le méritait : Aristide , qui a paru le mériter, est un homme incomparable. Voici les paroles d'Eschyle à la louange d'Amphiaraiis , dans la tragédie mlitulée"E7rT* ÎTri QôCctç, Septeiu contra Thebas , uers. 544 • Où yàLp iTox-siv Afiçoç , À\K sivai Ôèàsi.

'Eç Àç Ta, xêJvst /Sx*ç-*v«i jiuuKiuy.dLTdi. Tfon enim opliinus videvi , sed esse volet. P rofundo mentis sulco fruens , Ex quo sana germinant consilia.

Faisons quelques réflexions sur un sujet qui en peut fournir une inûnité, et disons, i°. que, si les païens n'ont point pratiqué la véritable vertu , ils l'ont du moins bien connue : car ils ont loué ceux qui, en faisant une belle action, ne se proposent pour récompense , ni un intérêt pécuniaire, ni l'approbation publique ; et ils ont méprisé ceux qui ont pour but , dans l'exercice de la vertu , la réputation , la gloire , l'applaudissement de leur prochain. Soyez désintéressé tant qu'il vous plaira quant au profit , à l'acquisition des richesses ou des charges , si vous ne l'êtes point quant à la louange , vous ne faites que ramper ; vous n'êtes point guéri de la maladie de l'amour-propre , vous n'êtes sorti que des pièges les plus grossiers , vous ne faites que porter une chaîne plus déliée : en un mot, vous vous trouverez dépeint dans le traité de M. Esprit, sur la Fausseté des vertus humaines. Appliquez à toutes les vertus la belle règle que Sénèque vous a prescrite par rapport à la libéralité; elles seront véritables : maissanscela elles

(86) Plutarchus m Vitâ Arislidis , pag. iio. 3*' me sers de la version (i'Amyot. ^o>"es le même Plularque dans srs Apopbtliegmes, ptig. iS(J, et de Âuditndi^ Poëlis, pan- i2.

ne le seront point. Voici la morale de ce philosophe j il répond à celle objection : « Quoi! celui à qui j'aurai )> lait du bien ne saura pas de qui il » l'aura reçu ? » Quid ergà! ille nesciet à quo acceperil ? Priniuin ntscitit si hoc ipium beneficii pars est : ihindè multa aliaj'nciam, muUa tribuam, per qiiœ intp-llti^al ctillius auclnrem. Denique ille ntscial ticccpisse se : e^o sciam me dédisse. Parum est, inquis, Parum , si j'œnerare cogitas ; sed si dare quo génère accipienti maxime prnfutunim erit, dahis ; contenlus eris te teste, y-llioqiiin non benefacere délectât , sed videri benef'ecisse. ^nlo , inquis, sciât: debitoremquceris. P^olo utique sciât : quid, si illi util iiis est nescire ? si honestius, si gralius ? non in ntiam partent abibis ? f^'olo sciai : it'a lu honnnem non seri'abis in tenebris? JVon nego , quoties patitur res , percipiendum gaudium ex accipienlis uoluntate ; sin adjuuitri illum et oportet , et pudet ; si quod prœslamus of- J'endit , nisi abscomlilur ■■ beneficium inacla non milto. Quidni? ego illinon sum indicaturus me dédisse : ciini inter prima prœcepta ac ninximè necessaria sit , ne unquant cxprnbrcm , imo ne admoneam quideui ? Hœc enim beneficii inter duos lex est : aller statlni oblii'isci débet dati , aller accepli nun' quant (87).

Ma deuxième réflexion est qu'il arrive rarement que le but d'être loué Soit la fin unique de ceux qui ne se contentent pas du témoignage de leur conscience. Observez bien les personnes qui aspirent à ces deux choses, l'une d'être honnêtes gens, l'autre de le paraître , vous verrez que leur ambition ne se borne pas à joindre ensemble la réalité et les apparences de la \ertu. La vapeur subtile de l'encens ne leur sullit pas : ils souiiaitent qu'il s'y mêle quelque chose de plus grossier. La réputation toute seule leur paraît une récompense trop spirituelle ; ils travaillent à l'incorporer avec les commodités de la vie, et ils font bientôt servir la louange et l'approbation à s'acquérir du crédit auj>rés de ceux qui distribuent les charges, et puis ils se servent de ce crédit pour s'enrichir ou pour contenter toutes leurs passions. Ainsi la pljis sûre voie

(87) Seneca, de BeneCc. , lib. II , cap. X.

AMPIIIARAUS.

pour conserver la pureté de son âme , c'est de faire ce que Ton a dit d'Amphiaraiis et d'Aristide. Travaillez à être honnête honjoie^ que ce soit votre grand but : ne cherchez pas à le paraître j car cette recherche a des suites plus dangereuses que vous ne pensez.

3°. On attribue à Socrate d'avoir dit qu'il n'y a point de plus court chemin pour parvenir à la vertu que de travailler à être tout tel que 1 on veut paraître : Seniper id egisli ut qualis haberi uelles talis esses : quam fiant ad gloriam proximam et cfuasi cfinipendiariam Socfalcs esse dicebat (88). Voici les paroles mêmes de Socrate : 2l/VTÛ^a)T«.T« Tê KO.) à.!r<^U.\tçi.'TV\

Kcù jc«,\M's->t ôJoc , ce KfiTÔCot/Xe , Ôti «!v jioùxii (Toxîfv à.ya.boç sivai, touto hcjli yivîtÔai oLyndov 7riipû.ça,i (89). f^elim , ô Crilobuîe , scias hanc esse bret^issimam , securissimani , oplimamcjue ad hœc omnia fiant, in quocunqae vnlueris bonus apparere, in eodcin effici quoque bonus conari. Ce conseil est fort sensë; car la passion de jouir d'une glorieuse apparence et d'obtenir l'applaudissement public est si forte et si commune parmi les gens même qui n'ont pas beaucoup d'envie d'être vertueux inte'rieurement , qu'on peut promettre de grands progrès dans la vertu à toute personne qui s'efforcera de mettre une parfaite conformité' entre l'état réel de son âme et l'opinion qu'elle veut que l'on ait d'elle.

Mais il faut avouer qu'il y a moins de désintéressement dans cette route que dans celle d'Amphiaraiis: Paraissez honnête homme, soyez-le ; jouissez d'une belle réputation , mais soyez-en digne : n'usurpez point l'estime de votre prochain, Voiià ce que conseillait Socrate : il ne voulait point priver de la fumée des éloges. Amphiaraiis vous aurait dit : Soyez honnête homme , et ne fous mettez point en peine si on le saura , si on vous en louera.

4°. Vous me direz que l'un ne va

(88) Pelnis Alcyonius , in Medice Legato priore , circajinein.

(89) Xenophontis Memorab., lib. II, p. 474i et de la traduction de Charpentier, jiag. i6o. Voyez aussi Plalon , Epîtrc IV, pag. ii';!\; les Offices de Cicéron , liv. II , cliap. XII , p. -it-i; ce qu'a dit Postal dans l'Epîlre dedicaluire de ses Histoires Orientales sur ce vers de la XVI', ïpîlre du I'^. litre «i'Horace :

Tu reclè vivis, si curas ess: quod audis.

point sans l'autre, et que, puisqu'avee de fausses vertus, c'est-à-dire, avec l'adresse de couvrir d'une apparence d'honnête homme une mauvaise âme, ou vient à bout d'obtenir une belle réputatiou , on l'obtient encore plus sûrement avec des vertus réelles. Vous conclurez de là qu'Amphiaraus et ses semblables se faisaient honneur de mépriser une chose qu'ils savaient bien qui ne leur manquerait pas. Et moi je vous répoudrai qu'assez souvent il est beaucoup plus facile d'être honnête homme que de passer pour honnête homme, et qu'il n'y a point de conséquence nécessaire de l'une de ces deux choses à l'autre, par quelque bout que vous commenciez. Vous n'avez besoin, pour être honnête homme, que de vaincre vos passions 5 mais, pour le paraître , il faut combattre les passions d'autrui , et en triompher. Vous avez des ennemis artificieux et vlolens qui répandent contre vous cent sortes de médisances.

Ceux qui les écoutent sont crédules, et deviennent de nouveaux distributeurs de calomnies : s'ils sont incrédules , ils forment des difficultés , et ils apprennent par-là à vos ennemis comment il faut proposer les calomnies , afin de les rendre plus vraisemblables.

Vous ignorez quelquefois toutes ces machinations ^ et quand vous les sauriez, ou en tout, ou en partie , pourriez-vous aller de lieu en lieu vou»

justifier? Étant honnête homme, comme je suppose que vous l'êtes , pouvezvous savoir les fourberies de vos ennemis , et les biais obliques par où il faut prendre les esprits vulgaires ?

N'aimez-vous pas mieux laisser une populace dans l'erreur que d'employer tout votre loisir à disputer le terrain à des calomniateurs ? Votre vigilance su dirait-elle jamais à renverser ce que leur malignité biitit sur des cœurs crédules, mal tournés, et infiniment plus flexibles au procédé de ces gens -là qu'à toute vot:e éloquence et à toutes vos raisons ?

On verra dans la remarque (L) de l'article de César, que la même louante qu'Eschyle donne à notre Amphiaraiis a été donnée par Salluste à Catoa d'Utique.

(1) On le compte parmi les gens sages qui ont eu le malheur d^éire engagés à des entreprises dirigées par des

AMPHIAllAUS.

étourdis.] Peu importe que ce soit moi ou ua autre (jiii fournisse les paroles du comnaenlaire de ce texte, il ne s'agit point ici de style , mais de faits , ou de pensées. Employons donc hardiment le vieux gaulois d'un commentateur de Philostrate (90) : Iiy jjoui'nns ■ nous remarquer et aopercevolr l'un des eschaniiUons de nostre paui'retéet misère, qu'ilj'ai/le que les prudens et bons personnages portent ainsi, la Jolie enchère pour les insensez et pervers : qu'un fol estourdy de Tydeus , accariastre , querelleux , et esceruellé perturbateur du repos public , nonobstant qu'il snit estranger , nonobstant toutes les belles remonstrances, toutes les prédictions et admonestemens du plus sage homme de la Grèce , et tenu mesme pour prophète., ait ainsi i^oix en chapitre et soit creu pour faire entreprendre une guerre non aucunement nécessaire , et qui leur retourne a perdition et ruine pour tous. Et si faut encore que ceux qui y contredisent avec de très-apparentes et plus que légitimes raisons , communiquent au péril et danger des esi^entez qui l'ont suscitée, l'oire en ayent leur première part : tant a tousjours accoustumé d'avoir de crédit le maui^ais conseil desbauché par dessus celui qui est sain.

jIu moyen de quoi , non sans cause , ny à la i^ollée , s'exclame le poète Eschyle en la tragédie des Sept à Thèbes, desplorant, soubs la personne d'Ethéoclés , le bon et sage Amphiaraiis , en cette sorte :

^iu T'iZ '^vvtt.Kkâ.TTOii'TOi opviSoç yS/:oTo7ç

AlZilOV â,vé'ptt TOJS-I J'UTTlClÇ'îpOIÇ.

'Ev ttclit] Trfiyu «T' ÏtÔ' '0/j.iKia.ç x-iLunç

ia.etX.liV, CiÙJ'iV Kctf^OÇ où K'jjuiçioç :

Et ce qui suit après.

« O le malheur, dit-il , qui associe )> un homme de bien h des mortels im- )) pies et détestables ! Il n'y a certes » rien pire en tous les affaires du mon- )> de , que la nieschante compagnie , j) dont l on ne peut jamais rappor- ■» ter aucunfruict... Ce defin-cy (/e » fils d' Oïcleiis , dis -je,} prudent , 1) juste , sincère , et déi^ot personna- )> ge , grand annonciateur des choses 3) adfenir, pour s'estre meslé auec des }> médians présomptueux , privez de

(go) Vigéncre , sur l'Amphlaraiis de Philostrate , pag. 4o 3, 404 'iu !"■ yct. , édition in-4'' ■

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