‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 16 sur 158 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

tant de bonheur, qu'aucun de ceux qui eu mangèrent ne fut ni tué ni bles>é.

Pour entendre -.et usage de la tulle, souvenez-vous de ces paroles de Martial :

"ûdiTl^Gy^ '^'""'' '"S'ndis spongia mensi,

(L) Les modernes aient osé en débiter tant de choses particulièrt-s.'] Je me servirai de la judicieuse réflexion de l'historien qui m'a servi de principal guide dans cet article. L'on ne peut trop remarquer, dit-il(27), celte journée et l'on ne peut assez blâmer les anciens annalistes de n'avoir rapporté aucune circonstance d'une action si mémorable. A/nis , d'un autre coté, quand on aime un peu lauérité, on a peine 'a excuser ce que des auteurs modernes (u8,) , dont le mcrite est grand d'ailleurs , ont écrit de cette bataille. Ils en parlent comme s^ils avaient été présens à tous les conseils , et comme s'ils avaient vu tous les mouveniens des deux armées; ils décrivent, nonseulement les armes des Français et des Sarrasins , mais la manière dont Charles et Abdérame rangèrent leurs troupes, ils 1 apportent de longues harangues remplies de choses qui ne sont ni vraies , ni convenables ; ils disent de que/le-i ruses se servit Abdérame l'adresse dont Charles en évita f effet et achèvent par lu description des postures différentes où. on trouva les corps de ceux qui demeurèrent sur le champ de bataille , sans oublier la plainte des mourans , et les louanges que les chefs de l'armée de France, c'est a-dire, Charles et Eudes, se donnèrent l'un à l'autre.

(26) Martial. Epig. CXLIf, lib. XI V.

{■i') Cordemoi , Histoire de France , p. 4o6. (28) // eue en marge Paul Emile el Faucbèt.

ABDÈRE , mignon d'Hercule.

Voyez la remarque (D) de l'ai-— ticle suivant.

ABDÈRE , ville maritime d»

Thrace , proche l'embouchure du Nestus {a). Il y en a {h) qui veulent que la sœur de Diomède l'ait bâtie (A) ,et qu'elle lui ait donné son nom; mais qu'en la 3 1 '. olym-

{cC, Herodol. , lib'. VU. cap. CIX, CXXVl. (il Solin, chap. X. Voyez aussi Mêla, lib. //, cap. II.

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piade , ceux de Clazomène la rebâtirent , et lui firent porter le leur. Si l'on en croit Hérodote , ils ne firent qu'en jeter les fondemens , sous la conduite de Ti— mésius (c) : on les chassa (B) , on rendit nulle leur entreprise; et ce sont les Téiens <pii , à proprement parler, bâtirent Abdère, lorsque , se voyant près de tomber entre les mains d'Harpagus, lieutenant de Cyrus , ils aimèrent mieux abandonner leur patrieque de se voir sous la domination des barbares. Ils s'embarquèrent donc tous , et allèrent achever ce que Timésius n'avait fait que commencer {d). Il en courut un proverbe (e) qu'Erasme n'a pas trop bien entendu (C). Je ne parle pas de l'opinion qui attribue à Hercule la fondation de cette ville (D) :

il vaut mieux se souvenir de quelques singularités qu'on a débitées touchant Abdère. Les pâturages des environs avaient une telle force, qu'ils donnaient la rage aux chevaux {f). Il y eut une si grande multitude de grenouilles et de rats dans cette ville (g) , au temps de Cassander , roi de Macédoine, que les habitans furent contraints de se retirer ailleurs (E) ; inais il faut croire qu'ils y retournèrent bientôt (F) , ou que d'autres allèrent occuper leur place. Les Abdéritesont été fort décriés du côté de l'esprit et du jugement (G) ; et néanmoins il est sorti beaucoup de grands hommes de leur ville : un Protagoras , un Démocrite , un Anaxarque , l'historien Hécatée , le poète Nicsenétus

et plusieurs autres dont les catalogues des hommes illustres faisaient iBention (/?). Rien n'est plus étrange que la maladie qui régna pendant quelques mois dans Abdère (H), du temps de Lysimachus (i). C'était une fièvre chaude qui se dissipait au septième jour par quelque crise; mais elle causait un tel trouble dans l'imagination des malades , qu'elle les convertissait en comédiens. Ils ne faisaient que réciter des morceaux de tragédie , et surtout de l'Andromède d'Euripide , comme s'ils eussent été sur le théâtre : de sorte qu'on voyait dans toutes les rues je ne sais combien de ces acteurs pâles et maigres qui faisaient des exclamations tragiques. Cela dura jusqu'à l'hiver suivant , qui fut fort froid , et par-là plus propre à faire cesser cette rêverie. M. Moréri rapporte très-mal ce fait (I).

M- Béger (k) , qui a publié ses conjectures sur une médaille des Abdérites (K) , qu'il croyait avoir été frappée pour être un monument de cette fâcheuse maladie, a changé de sentiment lorsqu'il a vu la belle dissertation qui lui a été écrite sur ce sujet (/) , où l'on trouve bien des choses concernant la ville d'Abdère. J'en rapporte quelques-unes dans la dernière remarque. Il se faisait à certains jours , dans cette ville, une espèce de cérémonie qu'on pour-

(c) Voyez son article.

(c/)Herodut., lih. /, cap. CLXrilI.

(e~i Strabo, lih XIV. paf>. 443.

r/)Pliniiis, lib. XXV, cap. mi.

\g) Justin, lib. XV, cap. II.

(h) Tlhûç-oi iS"' 'Ad'tipÎTa.i Ctto tÔiv ttiv*iioyf.a.<^aiv stva.'jpot.^'OVTsti. Pluriini aiitem Jbderitœ exslite're , de quibus doclorum virorum indices commémorant. Slephauus Byzant. , vcrbo' A^S^Dpa..

{i) Lucian. Quomodô Hisfor. sit conscri- Lenda , initia.

(À) Laurent ius Begerus. Son livre a été imprimé à Berlin, in-^., l'an 1691.

(/) Par M. Ézéchiel Spanheiin . Elle est impritnée avec le traité de M. Bëger.

ABDERE. 35

rait appeler en quelque manière Diomède. Il fallait dire que, selon Soauto du fé: car c'était sans doute ^"\ ' .'" ^'^"'; "^^ Dioméde ra%ait b^ltie - -- ■ ~ -■ - et lui avait donné son nom, d'où .M. de

Saumaise a eu grand droit de conclure que cette sœur s'appelait Abd.ra (i).

11 y a dans Goltzius une médaille où l'on voit une tête de femme , avec cette inscription ABAHPA2 KOPA2 (2). Nos plus savans médaillistes la

un acte de religion. On dévouait une personne , et puis on l'assommait à coups de pierres. Je crois qu'il n'y a qu'Ovide qui en parle ; il miet cela entre les malédictions qu'il souhaite à son enne- rapportent à la sœur de Diomédê"

Aut te dei>oveal certis Abdera diebus , Saxaffuc devotitm grandine pliira pelant {ni).

Les commentateurs sont muets sur ce passage. Il faut qu'on ne trouve pas l'origine ni les circonstances de cette cérémonie. Je di-

fondatrioe dAbdère (3).

(B) On les chassa. ] Hérodote le dit expressément ùrro QpxiKcÙv èfêxa^iiç à Thracibus expiilsus (4j. Nous verrons dans la remarc[ue suivante , une méprise de Pinedo sur ce sujet. Toutes les apparences veulent que les imprimeurs soient la seule cause de cette autre méprise , Thracibus ejectis , <[ai se voit dans la docte lettre de !\I. de

rai ailleurs (n) qu'il y avait dans Spanheimà M. Béger. Ils ont mis ejec- Abdère un temple de Jason que '",p' ^^f" ^'^ ^^T'"* '/r Parménion fit détruire. ^^^„ LnVntenduS Voici

(m) Ovid. iu Ibim , vers. 494- (n) Dans l'article Jason.

(A) La sœttr de Diomède fait bdlie.'] Il n'y a point d'horanie qui puisse

Erasme n'a pas trop bien entendu.^ Voici le proverbe : "A^i'ifa. Kst>.î) T/tiMV stToixi'ît. j Abdère la belle colonie des Teiens. .Cela veut dire , selon Erasme : Si i^ous me chagrinez trop ,je sais bien où je me retirerai. Hoc œnigmate proi^erbiali signi-

ajouter foi à M. Moréri sans être per- ficamus, non déesse quo conj'ugiamus.

suadé qu'Abdère, bitie parles Téien.s, a porté le nom de Diomède , qui en était roi , et que c'est Hérodote qui nous l'apprend. Or , ce n'est qu'un tas de mensonges : car, en premier lieu , ce qui regarde Diomède est un fait du temps poétique ; mais l'abandon de Téos par ses habitans , et leur retraite dans la Thrace, où ils bâtirent Abdère, est un fait du temps historique et qui se rapporte à la Sg". olyrapia

si quis prœler niodum pergat esse mo' lestus [5). Le Portugais Pinedo , contraint d'abandonner sa patrie , alin de se garantir des avanies de l'inquisition , adopte ce proverbe en ce senslà j mais il ajoute qu'il n'en prend pas toujours bien de faire ces sortes de retraites, et qu'il en parle par expérience. Çao(proverbio) signijicabaliir 7ion deesse quo conj'ugiamus , si nobis contumelice inferantur , ntjecére Teii :

de. C'est donc une étrange bévue que sed hoc non semper féliciter snlet ei^e de joindre ces deux choses de telle manière , qu'on met le temps de la fable après celui de la vérité. Si vous voulez suivre Hérodote touchant la construction d'Abdère par les Téiens, ne nous allez plus parler de Diomède, qui, en cas qu'il ait jamais été, était mort depuis plusieurs siècles ; ou , si TOUS voulez parler de cet ancien roi de Thrace , avertissez-nous que vous rapportez une opinion différente de celle qui concerne les Téiens. En second lieu , Hérodote, quand il parle de la construction de cette ville , ne fait pas plus de mention de Diomède que du grand-turc. Enfiu il n'est pas vrai qu'Abdère ait porté le nom de

nire : et dodus et expertus loquor(6).

S'il n'avait pas eu plus de rai?on de se plaindre que de dire , comme il fait dans la même page , que les Téiens avaient chassé le Clazoménien Timésius , qui commençait à bâtir Abdère, SCS plaintes seraient les plus mal fondées du monde. Mais revenons à Erasme. «Ce que j'ai à lui critiquer n'est

(i) Salmasii Exercital. Plinianae, page 160. (îj Abderce virginis ; nufa,; doricè , pro xôciiç.

^3) Spanbemii Epist. adLaarent Begerum.

(4) Herodot. , Ub. I , cap. CLXVIII.

(5) Erasmm , Adag. , chiliade II, cent. If^, nain. 53.

(6) Pipedo in Sleplian. de Urbib. , p 5.

pas tant l'explication du proverbe (jiie ce qu'il ajoute , que peut-être Cice'ron a fait allusion à cela dans ses epîtres à Atticus. 11 en cite deux endroits (7), dans lesquels il est visible que Ciceron ne parle d'Abdèrc que pour la représenter comme un lieu où les afl'aires se traitaient sottement , et sans rime ni raison. Mais si Erasme , qui s'est servi d'un peut-être , ne laisse pas de mériter quelque censure, que dirons-nous de ce ton afiîrmatif de More'ri , Cicernnfait sans doute eiUusion ? Oii^ea dirons-nous, lorsque nous saurons à quoi l'on rapporte ci.tte allusion ? Ce n'est pas au fait qu'Érasme a conjecturé; la faute serait plus légère ; c'est à un certain éclat qxiil est siir que ceux de Clazomène , chassés de L'Aiie, donnèrent à la ville d'Abdère , qui la rendit si célèbre , et qui donna l'occasion à ce prouerhe des Grecs , Aiîdère LA BELLE. Je le répète encore, il est visible que Ciceron ne parle d'Abdère que pour en tourner en ridicule le gouvernement. C'est donc une grande faute que d'avoir dit qu'il jail sans doute allusion à l'éclat , à la gloire et à la beauté de cette ville. Mais , de plus , il n'est pas vrai que les Clazoméniens soient la cause de ce prétendu grand éclat qui fit naître le proverbe. J'avoue que, Selon Solin, ils rebâtirent Abdère que le temps avait fait tomber en ruine, et qu'ils la firent plus grande qu'elle n'était ; mais voilà tout ce que nous lisons d'eux ; et si l'on consulte Hérodote, on trouvera que les Thraces ne leur donnèrent pas même le temps de la bâtir.

Après tout , n'est-il pas certain que Strabon rapporte expressément le proverbe aux Téiens, qui, pour n'être pas exposés à l'insolence des Perses, se réfugièrent à Abdère ? Le nom des Téiens n'est- il pas contenu dans le proverbe ? Outre cela, que Moréri nous dise un peu 011 il a trouvé que, quand les Clazoméniens vinrent bâtir cette ville dans la Thrace, on les avait chassés de l'Asie. Hérodote ni Solin n'en disent pas un seul mot. Enfin je ne vois personne qui n'entende le proverbe plutôt au désavantage qu'à l'avantage d'Abdère. Érasme même n'a point rejeté l'explication de Vadianns , quoique peu glorieuse à cette ville. Exislimat

(7) Epis». Xyi,libr. IV, el Epist. VU, lib.

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