ÈRE
coni'enire proferhium uhi quis Jorlunam tenuem , sed cujn liberlatc conjunctant, anteponil amplis opihus, sed ohnnxiis serwituli. C'i'jus ienteiiliœ non rejragor; nani damnai us est Abderilarutn aër , et item pnscua. Voyez Isaac Vossius sur Pomponius Méia (8).
(D) Qui attribue à Hercule la fondation de cette iHlle.'] M. de Saiiinaise fg) n'a prouvé , (|ue par le témoignage de Tzelzès , (pie la fondation d'Abdère ait été attribuée à Hercule :
il pouvait en donner un meilleur garant ; car nous apprenons d'Apollodore (10) qu'Hercule, ayant enlevé les cavales de Diomède , fut averti que les Bistons avaient pris les armes ; que là-dessus il donna ces caiales à garder à un jeune homme qu'il aimait , nommé Abdère , et marcha contre les Bistons; qu'il en tua une partie; qu'il mit les autres en fuite ; qu'il tua aussi Diomède ; mais qu'à son retour il trouva que les cavales avaient mis Abdère en pièces ; qu'il bâtit une ville auprès du tombeau de ce jeune homme, et qu'il livra ces cavales à Eurysthée. Etienne de Byzance dit seulement que la ville d'Abdère fut ainsi nommée à cause d'Abdère, mîgnon d'Hercule (11) ; il ne dit point si ce fut Hercule qui la bâtit , ou si ce fut le jeune mignon. Ce dernier .sentiment est rapporté par Marcien d'Héraclée (12). Le septième livre de Stiabon , si on l'avait tout entier, déciderait peut-être la chose : les extraits que l'on en a marquent seulement que le nom de la ville d'Abdère est celui d'un bomrae qui fut mangé par les chevaux de Diomède. Remarquez qu'Hygin semble dire fort clairement qu'Abdère était un des domestiques de Diomède , et qu'il fut tué par Her-
(8) Page i35.
(9) Salmasii Exercitat. Plinian., page i6"o. (10; Apollodori Biblioth., lib. II.
(ii)'AtO 'AotTHflTO!/ TOI/ t/IO!/ 'Kpiy.o!*
'Hf.ciiiKÎiUç èpa!//tivc.w. S.numaise a fort bien dit qu'au lieud'ASSnpÎTau il faut lire'Aa^npou , qui est le nom qu' 4pollodore (il dit Apollonius) a donné au mignon J^Hercule. Pinedo el Reilelius disent qu'il faut coiriger aind; mais il< n'averlissent pa< que Saiimaise Va^'aU remarqué a^'ant eux. Le premier^ cite Apollonius , et n'a pas pris garde que c'était une faute d'tmpressian , ou de mémoire , dans Saumaisc pour ApoUodore. On pom-ail citer Philoslrate.
(la) Apitd Salmasii Exercit. Pljnian. p. 60.
ABDÈRE
culc ; Dinincdem , regeni Thraciœ, et equfis (jutKuor ejus, qui cnine huriiand yescebantur ^ ciini Ahdcr^t Jiimulo interj'nctt (i3}, .M. de Saiimaise dit làdpssas ({•'il ne faut point chcrclier runiformite dans les fables : il a raison ; on trouve le blanc et le noir sur les naê.nes choses dans les ëcri. ains du temps fabuleux j mais peut-être qu'on pourrait dire qu'Hygin a voulu signifier qu'Hercule, seconde d'Abdère , tua ce cruel roi de Thrace qui nourrissait de ciiair humaine ses che- Taus. Je ne garantis point ce sens. Vige'nère avait dt-j;' remarque l'opposition qui se trouve entre Hygin et Philostrate (i4 • On pouvait encore dire que ce d."rnier esf très-ditïërent d'ApoUodore : car il veut (i5; que Dioluède ait abandonne Ab 1ère à ses cavales; qu'Hercule . allant délivrer son favori, l'ait trouvé à demi mange; et que , pour punii- Dioméde, il l'ait fait servir de nourriture à ses cavales (i6;. Pliilostrate ne veut point, roinnie ApoUodore , qu'Hercule ait fait b.ltir une ville au|)rès du sépulcre de son atni. Mais d'ailleurs Apollod'ire ne dit point, comme Philostrate, ((u'Hercule ait ordonné des jeux ou d.s exercices en l'honneur d'Abdère.
Je crois qu'il n'y a qu'un seul auteur (17J qui ait dit que Patrocle fut frère de cet Abdère. On prétend pouvoir prouver par les médailles que les Abdérites aimaient mieux rapporter le nom de leur ville à Abdéra , sœur de Diomède , qu'au mignon d'Hercule (.8).
(E) De se retirer ailleurs. ] Justin dit que Cassander , ayant peur qu'ils n'envahissent la Macédoine, entra en traité avec eux , et les plaça sur les frontières. Ou s'est un peu moqué de cette peur de Cassander (19) ; lui qui faisait trembler toute la Grèce , pouvait-il craindre que les habitans d'une seule ville qui fuyaient des rats et
(i3) Hygini Fab. XXX.
(i4 Vigéoère, Annotât, sur le Sépulcre d'Abdère, dePbilostrate.
(i5) Pliilostr. iu Iconib.
(16) Vigénère dil Jaussement que Tatien , fians Ton Disconrs contre les Gentjb, ditqu Hercule trouva Abdère a demi mange.
(i-) Ptolem. Hepbxât. o/7ud Photium , page 484.'
(18) Spanhemii Epistola at Laur. Beger.
(19) Vorez Gl.ireanu* , dam le Jusliu Vaciorum de M. Grarviiis , page 333.
des grenouilles ne s'emparassent malgré lui de tout un pays ? M. .Vloréri , (jui apparemment n avait jamais su qu'oQ eût demandé raison de cette peur a l'iustoi-ien Justin , a fait tout ce qn il fallait pour lui épargner cette censure; car il déclar.' que Cassander lecut les Abdéritains dans la Macédoine ai'ec beaucoup de honte. Ceux qui s'en lieront à son dictionnaire ne songeront pas à critiquer cet ancien historien. On ajoute que cette bonté de Cassand.r se déploya Van 3G5o du mn/i le, s. Ion la chronologie d'Jluscbe. Qui croirait , en lisant cela , qu'Eusebe n'a p;is dit un seul mot de celte action de Cassander, et qu'il necompte point les temps selon les années du monde ? Venant au fond, je disque, selon Justin , les Abdériies furent })!acés par Cassander sur les frontières du pays avant qu'il tuât les fils d'Alexandre : or , selon Calvisius {20) , il acheva de s'en défaire l'an du mofide 364i; ainsi la chronologie de notre homme est aussi fausse que la bonté de Cassander est contraire au seul historien qu'il a pu suivre.
(F) Qu'ils y retournèrent bientôt, etcl Ce q^ue Lucien rapporte de la maladie des Abdérites arriva sous le règne de Lysimachus , et, par conséquent , est postérieur à l'aventure des grenouilles; car, selon Justin (21) , elle précéda le temps auquel Lysimachus et Cassander prirent la qualité' de roi. Ajoutez à cela qu'au temps du dernier roi de Macédoine, la ville d'Abdère était assez florissante. Le préteur Lucius Hortensius la pilla ; mais sa conduite fut désapprouvée par le sénat romain , et la liberté fut rendue aux Abdérites (22).
(G) Les Abdérites ont été fort décriés du côté deiespritet dujugernent.^ On a déjà vu comment Cicéron les accommode dans ses lettres à Atticus. Il n'est pas plus obligeant dans un autre livre (23) où , après avoir rapporté une opinion qu'il ci-oit ridicule , il ajoute, <7ua? quideni ontnia siint patrid Democnti quant Democrito digniora. Juvénal, ne pouvant nier que Démocrite n'eiU beaucoup d'esprit et
(20) Moréri suit ordinairemenl la chronologie de Catvisius.
(21) Jnstin. , lib. XK cap. II.
(221 Livlus, lib. XLIII, c. 4 ext.
(23) Cicejro de Natur. Deor.,/t6. /, e. 4*-
(^ rs >^f' *-» -•-
ABDÈHE.
(le sagesse, pre'tend que c'est une preuve que les grands hommes peuvent naître sovis un air grossier et dans le pays des sots :
Cujus prudenlia monutral SummO! passe viros , cl magna exempta
dtUuros Vervecuin in palrid , crassoijue sub aère
nasci (24)'
Martial n'a guère juge plus avantageusement des Abderites, quand il a dit:
Si paliens , forlisque tibi , durusque videiur, Abderilanœ pectora plebis habes (25).
Vigcnère s'abuse grossièrement sur ce passage ; il le croit adressé au criminel qui repre'senta sur le théâtre l'action de JMutius Sce'vola en mettant la main dans le feu (36) ^ mais il s'adresse à ceux qui seraient si dupes , qu'ils prendraient cela pour un acte de constance, vu que ce criminel ne l'avait fait que pour s'exempter d'être brûlé vif.
JVam c'iiin dicalur lunicâ prœsenie molesta Vre manum, plus est dicere, noiijacio (2^).
Isaac Vossius, qui était quelquefois assez singulier dans ses pense'es , a fait pour les Abdérites une apologie d'un tour nouveau. Il avoue que plusieurs d'entre eux naissaient ou devenaient fousj mais il prétend que ce n'était pas une marque de stupidité, vu que la folie ne s'attaque pas à des lourdauds et à des stupides qui n'ont rien à perdre, et qu'elle s'empare très-souvent des plus grands esprits (aSj. Et quant à ce quHippocrate a fait mention de plusieurs Abdéritains dont la fièvre avait été accompagnée de délire (29) , M. Vossius prétend que ce n'est point de là qu'est né le proverbe qui décriait celte ville; mais plutôt de la passion agréable qui succédait à leur fièvre. Ilx affecta jucunclissimo , ijui ipsoruni Jebribus succedtre solebat , ut lestatur Lucinnus scripto de Conscribendâ Historid (3o) , ils devenaient passionnés pour les vers et pour la musique, et ils faisaient les comé-
(24) Juvenal. SatJr. X, vers. 49-
(25) Martial. Epigr. XXV, lib. X.
(261 Visénère , Annot. sur le Sépulcre d'Abdère , de PViiloslrate.
(27) Maniai. Epigr. XXV, lib. X.
(28) Isaac. Vossius in Pompon. Mclam. p. i35.
(29) Mipporr. lib. III., àv Morb. vulgar. (3oJ Is. Vossius , in Poicp. Melam, p. i35.
diens dans les rues. Une folie comme celle-là , dit-il , ne tombe point sur des gens grossiers et flegmatiques :
Tamelegam insania non cadU in crus- SOS et pituitosos, nediiin in l'éft^ecea capita. Cet auteur aurait dû se souvenir de la maxime d'Aristote , qu'une hironuelle ne fait pas le printemps. Pourquoi tourne-t-il en coutume et en habitude une suite de fièvre qui n'arriva qu'une fois ? Ce qu'il cite de Lucien est un fait unique qui ne foude point de tels proverbes. Je dirai en passant qu'Erasme n'a pas bien pris la pensée de Cicéron (3i) j car on doit inférer des paroles de ce Romain , non pas queleshabifans d'Abdère fussent stupides , mais que, par un grand égarement d'imagination, ils donnaient dans des paradoxes incroyables et insoutenables. Abderilanis naturd peculiarem fuisse mentis stuporem indicat M. Tull. inlibrisdelYaturdDeorum, c'est ce que dit Érasme (82). De fort habiles gens (33) citent cela comme le propre texte de Cicéron , tant il est vrai que les recueils de nous autres gens de lettres tiennent du naturel de la renommée ; ils acquièrent de nouveaux traits en changeant de place (34). Ceux qui prétendent que le, terme (ÏASjiipoKÔyrjç , qui se trouve proverbialement dans le discours de Tatien contre les Grecs , signifie un conteur de sornettes , un donneur de billevesées, ne confirment point l'accusation de stupidité que l'on intentait aux Abdérites : un niais, un sot, un butor , n'en donnent pas à garder aux gens. Outre que Tatien applique son mot aux doctrines de Démocrite , qui sans doute n'étaient pas les rêveries d'un gros animal.
(H; La maladie qui régna pendant quelques mois dans Abdère.'\ Lucien, qui en a décrit les symptômes , a prétendu en trouver la cause dans ce que je m'en vais dire. Archélaiis, bon comédien, avait joué FAndromède d'Euripide devant les Abdéritains, au milieu d'un été fort chaud; plusieurs sor-
(3i) Celle qui est au I". livre de Naturâ Deorura.
(32) Adagior. chil. IV, centur. VI , num. 27.
(33) Cicero, de Naturd Deorum, Abilerilanos sliipori mentis obnoxios scribtt, I.aur. Begcru.s , OIj.-cvv. in ^'umism. quaed. pni:. iC. Vorei aussi Lloyd et Hoffmann, au mot Abdera.
{i^).Wobililate viget , viresque acquiriteundo. Virgil.,.«:n. ,W. IV, vers 175.
ABDÈRE
talent du théâtre avec la fièvre , et , comme ils avaient l'imagination tout imprimée de la tragédie, les rêveries que la fièvre leur causa ne faisaient que leur représeuter Andromède, Persée , Méduse et ce qui s'ensuit , et ré- Teillaient de telle sorte les idées de ces objets et du plaisir de la représentation , qu'ils ne pouvaient s'empt— cher de réciter et d'actionner à l'imitation d'Archélaiis. Je pense que les premiers qui donnèrent cette comédie dans les rues , après que leur fièvre continue fut passée, gâtèrent plusieurs autres convalescens. Les dispositions étaient favorables alors aux progrès de cette contagion. L'e<prit est sujet ans maladies épidémiques tout comme le corps ; il n'y a qu à commencer sous de favorables auspices et lorsque la matière est bien préparée. Qu'il s'élève alors un hérésiarque ou un fanatique dont 1 imagination contagieuse et les passions véhémentes sachent bien se faire valoir, ils infatueront en peu de temps tout un pays, ou, pour le moins, un grand nombre de personnes. En d'autres lieux ou en d'autres temps , ils ne sauraient gagner trois disciples. Voyez - moi ces tilles de Milet qui furent pendant quelque temps si dégoûtées du monde , qu'on ne put les guérir de la fantaisie de se tuer qu'en menaçant d'exposer nues aux yeux du public celles qui se tueraient (35). Le remède seul témoigne que leur passion n'était c[u'une maladie d'esprit , où le raisonnement n'avait nulle part. On vit à Lyon quelque chose de semblable, vers la fin du quinzième siècle (36). La diflérence qu'il y a entre ces maladies et la peste ou la petite vérole , c'est que cellesci sont incomparablement plus fréquentes. Je croirais volontiers que le ravage que le comédien Archélaiis et ]e soleil tirent dans l'esprit des Abdérites (3-) est moins une marque de stupidité que de vivacité; mais c'était toujours une marque de faiblesse ; et je m'en rapporte à ceux qui ont observé quelles gens étaient les plus ébranlés de la représentation d'une pièce de théâtre. Quos (^iermres ou er-
(35) PluUrcli. de Fortibas fact. malierqm.
(36) Brodœiis, Miscell., lib. V., cap. XXriI.
{'i"]) La maxime ordinaire des plidosophes , ^ol et homo générant homtnGm, était, ici véfitable d'une façon fpe'ciale.
roics ) aicxerunt poelœ ; frequens cntm consessus ihtntri , in <juo sunl mulierculœ et pueii , moveliir audtens tant grande cariuen :
Adsum nique advenio Acheninle vix via alla
atque ardua , Pe-r .'peluncas taxis struclas asperit , pen-
denlibus , Maximii, ubi rigida constat cras sa caligo
mfenitn (38).
(I; M. Moréri rapporte très-mal ce fait (Sg).] Jl n'est pas vrai que les Abdérites mourussent sur les théâtres ni que la maladie qu'ils curent alors ait donné lieu au pio verbe, ai(/e/âica mens. On mettrait bien en peine les gens , si on les obligeait de prouver qu il y a eu autrefois un tel proverbe : il ne sudirait pas de soutenir que les Abdérites passaient communément pour des sots : il faudrait montrer qu'on se servait des propres termes , abderilica mens , pour signifier cette opinion générale ; or il est sftr qu'Erasms n'a cité personne qui ait employé ces termes. Mais laissons cet incident ; abandonnons même comme fausse la réfiexion que voici : c'est qu'une chose aussi passagère que le fut cette maladie des Abdérites, de laquelle Lucien est le seul qui ait parlé , et encore ne l'a-t-il fait que pour en former l'exorde d'une dissertation ; c'est, dis-je, qu'un fait comme celui-là ne semble pas pouvoir donner lieu à un proverbe qui difJame éternellement tout un peuple ; car si l'on me dit , par exemple , cpie le sera sapiunt Phryges pouvait n'avoir été fondé que sur une seule faute des Phrygiens , je donnerai d'abord une bonne différence , puis qu'il est certain que, dès que la chose eut été tournée en proverbe, on ne l'appliquait pas aux Phrygiens plus qu'à une autre nation, au lieu que les reproches t[u'on faisait aux Abdérites les regardaient littéralement et coutinuelleraent, et de la manière que ceux qu'on fait aux Normands et aux Gascons regardent ceux à qui on les fait (4<^)' Mais, encore un coup, ti'aitons cela de fausse chicane , et contentons-nous de
(38) Cicero , Tuscul, lib. 1. cap , XVI.
(3f)) // a commis bien d'autres fautes. Voyei les remarques (A), (C) et (E).
(4o) // est sur que les proverbes qui attaquent la Normandie et la Gascogne sonlfoniles sur der défauts permanens et d'habitude ^ qui passent de génération en génération.
ABDÈRE
ce coup à bont-porfant. Le proverbe de M. More'ri, ahdtritica mens, ne scr\ait qu'à imputer aux Abilerites beaucoup de bêtise; or, la maladie dont paile Lucien n"etait point bêtise , ce nVtait qu'une iinat^ination déréglée , et une sorte de folie qui attaque plutôt les gens de beaucoup d'esprit qu'un sot et un bébéte' : donc M. Moréria eu tort de dire que son i)roverbe eut pour fondement la fureur que Lucien a rapportée. Si je nomme Lucien , ce n'est pas que je ne sache que M. Morëri n'a cité ~que Cœlius Pdiodiginus, comme on le lui a déjà reproché (4 1)- ^'fst Charles Etienne qui lui a fourni cei'e citation. Lui et une infiuité d'autres gens ont rempli et remplissent tous les jours les espérances que cet auteur italien conçut en se résolvant de ne point citer. 11 espéra qu'on le citerait lui-même , ce que l'on n'aurait point fait s'il avait mis à la marge de son livre le nom des auciens qu'il copiait.
(K) Sur une médaille des Abdérites.'] D'un côté , elle représente un grifibn , et de l'autre une tête d'homme sans barbe, couronnée de laurier, avec ces mots: Eni AI02 AAIOT. M. Béger conjecturait que cette médaille , consacrée à Apollon sous le titre de Jupiter malfaisant , sub Joi'e sinistro , la même chose qu'à Rome, sub f^ejoi'e . avait été destinée à signifier les trop chaudes influences du soleil qui étaient cause des imperfections pour lesquelles on difiamait les Abdérites , et qui cependant les rendaient de bons disciples d'Apollon. j\l. de Spanheim entend par cette inscription le préteur ou le gouverneur d'Abdère (42) , et il dit que, le griffon ayant été le symbole de Téos , comme il paraît par plusieurs médailles , il ne se faut pas étonner que les habitans d'Abdère, colonie des Téiens , aient marqué le même symbole dans leurs monumens publics. C'est ainsi que les colonies en usaient à l'égard de leur ville mère : l'exemple de Syracuse et de Corfou, qui avaient pour armes un Pégase , à l'imitation de Corintbe, en est une preuve. Pour ce qui est de la tête couronnée de laurier, elle représente ou Abdérus , le mignon
(41) Dans l'édition de Hollande de son dic~ tioniiaire, (4^) Epidius, Lait filius.
d'Hercule , on Tisaraénes le Clazoménien , ré\ cré comme un héros par les Téiens domiciliés à Abdère (43). Isaac Vossius entend par l'inscription de cette médaille , Jupiter frumentarius ; comme si C,iùç Kxi^ç était la même chose que Çsi/ç êTrixapcriof (44) -, et il fonde son explication sur ce que la ville d'Abdère était environnée d'un bon terroir , propre partout ou aux moissons ou aux pâturages , d'où vient que les Tiiballes, dans leur extrême disette , se jettent là, selon Diodore de Sicile , comme sur la plus fertile campagne que l'on pût trouver (45).
M. de Spanheira ne lui nie pokrt cela, et il rapporte un autre passage de Diodore de Sicile où Abdère est comptée pour l'une des plus puissantes villes qui fussent alors dans la Thrace (46) . 11 en rapporte aussi un d'ime lettre attribuée à Hippocrate, où l'on se contente dédire qu'Abdère n'est pas une ville obscure, /J.ia. vùXioiv oÔk as-n^/oç: mais il ne laisse pas de réfuter Vossius sur le sens de la médaille. Je ne finirai point sans remarquer qu'on aurait grand tort do prendre pour une preuve de peu d'o~prit ce qui se passa entre ceux d'Abdère et Hippocrate au sujet de Démocrite (47)- Le grand intérêt qu'ils prirent à la santé de ce fameux philosophe , leur concitoyen, fait honneur à leur jugement.
11 est vrai ({u'ilippocrate ne confirma point l'opinion qu'ils avaient conçue touchant Démocrite : ils le croyaient fou , et il parut plus sage qu'eux à Hippocrate. Cela n'y fait rien ; je suis sûr que dans toutes les villes de la Grèce on aurait jugé de Démocrite comme ses compatriotes en jugèrent.
On en ferait aujourd'hui autant d'un philosophe qui se moquerait de tout , qui dirait que l'air est rempli d'images , qui étudierait le chant des oiseaux , qui s'enfermerait dans les sépulcres, etc. . et il n'y aurait que les esprits du premier ortire et qui volent au-dessus des préjugés qui fussent capables de juger sainement de lui : or, ces gens-là sont très-rares en tout
(43) C^est ainsi que M. de Spanlieim nomme celui d^Héroàoie, appelé TiiAh<rttç.
(44) Is. Vossius in Pomp. Meiam , pag. i3S. (45, Diod. Sicul., lib. XV, p. 354.
(4G) Idem, lib. XIII ,png. 194.
(4:) Vorei les lettres écrites de part et d'autreàce suiet parmi celles d'Hippocrate.
temps et en tous lieux. Ils sont aussi rares et peut-vtre plus que les fjens de bien qui . au dire de Juvénal, tiraient à peine le nombre des emboucluires du Mil (48).
(48) Pari quippè boni ; numerus vix est loli-
dein , quoi Thebarwn purits y vel divitis oslia J\tU. Juvénal, sat, XIII, v. 2b".
ABDIAS de Babylone , auteur qui mérite d'être placé panni les plus hardis légendaires. C'est un imposteur qui se vante d'avoir vu JSotre-Seigneur Jésus-Christ , d'avoir été l'un des soixante-douze disciples , d'avoir assisté aux actions et à la mort de plusieurs apôtres , d'avoir suivi eu Perse saint Simon et saint Jude , et d'avoir été établi par eux le premier évèque de Babylone. L'ouvrage qui court sous son nom est divisé en dix livres, et a pour titre :
Historia cerlaminis apostolici. * Wolfgang Lazius {ù) en trouva le manuscrit dans une caverne de Carinthie; et quoiqu'il fût habile homme , il se laissa tellement tromper par cet écrivain fabuleux , qu'il se prépara à le donner au public comme une pièce importante. Il ajouta foi à l'inscription de ce manuscrit, qui portait qu'Abdias , évèque de Babylone , établi par les apôtres mêmes, avait composé en hébreu cette histoire de leurs actions, et qu'Eutropius l'avait traduite en grec {b) , et Africanus en latin. 11 la publia à Bâle (c) , l'an 1 55i , avec quelques
* Cliauffepié , au mot Abdias , promet des rem ar /lies sur l'auteur Je celte histoire, t/ui n'est , dit-il , ni d'Abdias ou Adee , ni de Crathon , etc. ; mais il n'en nomme pas l'auteur, qu'il croit ai-oirt>écu dans le septième siècle, et peut-être plus tard.
(fl"' Médecin à l'ienne en Autriche , et fiisfiographe de l'empereur Ferdinand I. Voyez l'épitre dédicatoirc de son édition.
(b) La préface de Juliiis Africanus dit qu'Eutropius était disciple (/'ALdias.