‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 20 sur 158 · ARD · texte numérisé non relu

ARD

lui un asile; mais il éprouva qu'il n avait fait que changer de mal.

Les mœurs incorrigibles des moines , et la violence d'un seigneur qui leur ôlait la meilleure partie de leurs revenus, de sorte qu'ils étaient contraints de nourrir de leur propre bourse leurs concubines et leurs enfans (/) , l'exposèrent à mille chagrins, et même aux plus grands dangers fS). Sur ces entrefaites , l'abbé de Saint- Denis chassa les religieuses d'Ar— genteuil. Abélard , mù de pitié pour Héloise , leur prieure , lui fit présent de l'oratoire du Paraclet , oli elle s'établit avec quelques-unes de ses compagnes. Depuis ce temps-là il fit souvent des voyages de Bretagne en Champaguepour les intérêts d'Iléloïse, et pour se délasser un peu des embarras de son abbaye. On en causa, nonobstant la mutilation (T) que ce pauvre homme avait autrefois soufferte. Voilà jusqu'où il a conduit l'histoire de ses malheurs , dans une lettre qui subsiste encore. Le reste de sa vie doit être cherché dans d'autres écrits, et consiste principalement en ce qu'il eut un nouveau procès d'hérésie devant l'archevêque de Sens. Il demanda qu'il lui fût permis de justifier sa doctrine dans une assemblée publique : cela lui fut accordé.

On convoqua un concile à Sens , auquel le roi Louis ^ II voulut assister en personne. Ce fut l'an 1 140. Saint Bernard y fut mandé pour y soutenir le personnage d'accusateur. On lut d'abord à l'assemblée les propositions qui

[l) Vnusqnisque de propriis olim niarsupiis se et concubinas suas cuni filiis et JiUahus sul/stentaret. Abalardi Epist., pai^. M.

54 ABÉLARD

avaient été extraites des livres de enterrer au Paraclet {q). Nous Pierre Abélard, et cette lecture parlons de ses écrits dans l'article fit tant de peur à l'accusé , qu'il de François d'AMBOiSE; et pour interjeta appel au pape. Le con- ce qui est de ses erreurs et de ses cile ne laissa pas de condamner persécutions synodales , nous en les propositions {m) ; mais il n'or- toucherons quelque chose dans donna rien contre la personne l'article de Bérenger de Poitiers, accusée , et rendit compte de II est remarquable qu'il ne se fit tout au pape Innocent II, en le nul scrupule de son mariage , priant de confirmer la condam- quoiqu'il fût dans la cléricature nation. Le pape n'y manqua pas et possesseur d'un canonicat (r). (il) : il ordonna <{ue les livres J'ai été surpris de voir qu'il ne d'Ahélard fussent brûlés, etqu'on fait aucune mention de son maîl'enfermat , et lui défendit de tre (ç) Roscelin (Z) , qui passait plus enseigner. Il s'apaisa quel— en ce temps-là pour un subtil loque temps après , à la solHcita- gicien , et que l'on regarde corn— tion de Pierre le Vénérable , qui me le fondateur de la secte des avait reçu fort humainement cet nominaux. Il a eu de l'attachehérétique dans son abbaye de ment lui aussi pour cette secte , Clunj^ , et qui l'avait même ré- qu'il trouva très-propre à la viconcilié avec saint Bernard (o), i'acité de son esprit pénétrant, aile promoteur de l'oppression (V) gu et inventif il) Il effrayait les que l'innocence avait soufferte s^cns par le moyen de cette sciendans ce concile. La retraite de ce , et les foudroyait et terrassait Cluny fut la dernière dont Abé- par tant de sortes d'ergoteries et lard eut besoin. Il y trouva ton- de syllogismes quil ne les rente sorte de charité; il y fit des dait pas moins étonnés que conleçons aux moines ; il y fut éga- fus. Je ne crois pas qu'il se soit lement humble et laborieux. En- jamais mêlé de l'explication du fin, étant devenu infirme, per- droit civil (AA), comme quelsécuté de la gale (^) et de plu- ques-uns le prétendent. On versieurs autres incommodités , on ra dans la dernière remarque le l'envoya dans le prieuré de Saint- catalogue des erreurs de M. Mo- Marcel , lieu très— agréable , sur réri (BB). Vous trouverez dans la Saône , auprès de Châlons. II un ouvrage du père Jacob (w) une y mourut le 21 d'avril 1 142 (X), longue liste d'auteurs qui ont à l'âge de 63 ans. Son corps fut parlé d' Abélard *.

. eaVOyé à HéloiSe (Y) , qui le fit r^^ royes la leltre de Pierre le Vénérable

, . „ ■ tr- 1 • ■!> à/?i-7oJ.«e, c/«n5/c5 0Euvresd'Abélard,p.337.

{m) Voyez la Vie de saiot Bernard , par (,.; Quid te ctericum atnue canonicumfa.

Cxeofi.oi, moine de Clmri>anjr , li^re III ^ cer<? o«orte/. ALœlardi Episl. I, ime. 16.

chap. > , et la lettre Ct^XXXIX de saint (s) Otho Frising. de Gest. Frid , libr. I.

UernuxA Elle est insérée dans les OEuvres cap. XT.VIl. Aveniini Annal. Boior., lih. VI.

d Abélard, p«5- 272. WNaude,add à 1 Hist. deLouisXI. n. 160.

^^^ 7'^^" ^'"l-fu^f^^ '^^ ^"'o"' ^"- ^«^ C"^*' «/"' I>« ^l''"^ Scriptoribus ca-

iiard et les OEuvres d Abélard, ;,«§. 3oi. Lilonensibus , pag. ilç..

(o) Voyez la lettre de cet abbé à Inno- * Depuis la mort de Bayle , D. Gervaise

cent II, dans fc OEuvres d'Abélard , ;j. 335. a publie la Vie de Pierre Abëlard et celle

(p) Plus solitù scabie et quibusdam cor. d He'ioïse , son e'pouse , 1720, 2 i>ol. in 12.

poris incommodilatibus gravabatur. khx- 3<Ay,surlafoidesJournalislesdeTrei>oii3c,

lardi Oper. pag.V^i. dittjuc cen'esl quunpanégyrique perpétuel.

ABÉLARD

(A) Il naquit au village de Palais*.'] Son père avait un peu étudié avant que de porter les armes , et il eut grand soin de faire instruire tous ses enfans, et surtout l'aîné. On ne saurait bien dire si Abélard était cet aîné ; car il parle sur cela d'une manière qui a

d'Abélard avec l'abrégé que Pasquier en donne, qu'elle ait été abrégée fort exactement. Voici l'ordre de ses aventures , selon l'abrégé. Abélard se v'int camper à CorbeU , la première fois qu'd quitta Paris. Il revint à Paris lorsque Champeaux se fut fait moine.

donné lieu à deux opinions différen- Il fut contraint d'en sortir pour la se- " ' ' 1 - r. ■ : conde fqis , et alors il s'ea alla à Me-

lun. Il retourna à Paris , ayant su que Champeaux était allé résider à son éyêchéde Châlons. Champeaux, averti de ce retour, revint à Paris pour traverser Abélard. Celui-ci fut enfin contraint de quitter la partie, et se fit écolier d'Anselme , lecteur eu théologie à Paris : il devint ensuite lui-même

relinquens , Martis curiœ penilùs lecteur en théologie, et fut prié par

tes. Voici ses paroles : Primogenitum suuT/i quanta charioreni habebat , tanto diligentliis erudiri curai'it. Ego l'ero, quanta ampliiis in studio lilterarum profeci, tantb ardentitis in eis inhœsi , et in tanlo earuni aniore illectus surn , ut militaris gloriœ pompant cum hœreditaie et prœmgati^a primo genitorum meorum frntribus de

abdicarem ut Minen'ce gremio educarer. Pasquier , en vertu de ces expressions, ne balance point à le prendre pour le Gis aîné (j) ; mais d'autres disent positivement qu'il était cadet.

C'est le sentiment du Père Alexandre.

Militaris gloriœ pompant cum hœreditalc primogenitis fratribus derelinquens, dit-il (q), en parlant d'Abélard. Il y en a même qui le font le plus jeu-

un chanoine de l'ouloir donner tous les jours une heure de leçon à sa nièce. Il accepta le parti volontiers ; et, après auoir quelque temps continué ce mé ■ lier 5 ^mour se mit de la partie entra eux. Il y a plusieurs fautes dans ce narre, i". Aliélard ne se campa à Corboil qu'après avoir été à Melun.

2°. Quand il sortit de Melun pour la seconde fois , Champeaux s'était réti-

ne de la famille (3). Si j'avais à choi- ré dans un village auprès de Paris, et

sir , je ne préférerais pas la dernière explication à la première. Il ne faut pas douter que le surnom Palatinus qu'il portait n'eût pour fondement le mot latin Palalium , qui était le nom de sa patrie. Il était si connu sous le nom de Peripateticus Palatinus , que Jean de Sarisbéri ne le q-ialifie jamais autrement (4). Il y en a qui soupçonnent que la raison de celte épithète

non pas à son évêché de Châlons :

cette prélature ne lui avait pas encore été donnée ; il n'était que chanoine régulier : et je m'étonne que Pasquier n'ait pas senti l'absurdité des démarches qu'il faisait tenir à un évêciu^ en le tirant de son siège épiscopal {iÇttr le faire disputer à Paris contre un régent de philosophie. 3°. Abélard n'eut point du dessous en cette ren-

venait de quelque palais magnifique contre j il ne sortit de Paris que pour où il faisait ses leçons (5) j ce n'est aller voir sa mère qui voulait se faire

point cela

(B) Une école à Melun. ] Je n'ai pas trouvé , en comparant la relation

religieuse. 4*"- Anselme enseiguait la théologie à Laon , et non à Paris.

5°. Le chanoine ne demanda point des leçons pour sa nièce; ce fut Abélard qui fit prier le chanoine de le prendre dans sa maison. 6°. Abélard avait désiré la jouissance d'Héloise avant que

^ de lui avoir fait aucune leçon. Dans

traducteur français) , la Biograpliie quelle défiance ne doit-on pas être à ■ *"^' l'égard d'une infinité de livres , puis-

que Pasquier bronche tant de fois en si lîcau chemin .'

(C) Un spinosisme non développé.] J'en fais juges fous ceux qui entendront ces paroles : crat in ed senlentid de communitnte unii'ersalium , ut ennidem essenlialiler rem lolam simid singults suis inesse astruerst indud-

* Leclerc prétend iju'il fallait écrire an Palets, et que c'est ainsi qu'on e'crit et qu'on parle dans le lieu même. Niceron avait écrit comme Bar le, tt ainsi ont fait les éditeurs du More'ri de I75(j , Ladvocat,' Chaudon, FoUor, Wathins {ou du moins son universel!

(i) Pasquier, Reclierches de la France , liv . VI. chap. XVII.

(i) Natal. Alexander, sœc. XI et XII , part. III , pag. 7.

(3: Du Pin, BlbllotVi., tom. IX, pag. io8.

(4) Vorez son Polycratlcus , pag-. in, et son Metalogicus , pag. "45, 802, 814, etc. , e'dit. de lerde,en 1639, in-8.

(5) Jacques Thomasius , in Vilâ Ab^Iartli. Voyez ci-dessous , citation (i3)-

ABÉLARD

iluis , quorum quiJem nulln esset in essenlid diversilus , sed sold multitudine accidentiimi t'arietas (6). Les scotistes , avec leur uni^'ersale formnle h parle rei , ou leur unilas Jormalls a parte rei , ne s'éloignent point tic ce sentiment. Or je dis que le spinosisme n'est qu'une extension de ce dogme ; car , selon les disciples de Scot , les natures univeiselles sont indivisiblement les mêmes dans chacun de leurs individus : la nature humaine de Pierre est indivisibleraent la même que la nature humaine de Paul. Sur quel fondement disent-ils cela ? C'est que le même attribut d'homme qui convient à Pierre convient aussi à Paul. Voiià justement l'illusion des spinosistes. L'attribut , Aisen\.-\\s, ne diffère point de la substance a laquelle il comnent : donc partout oie est le même attribut , là aussi se trouue la même substance ; et , par conséquent , puisque le même attribut se trompe dans toutes les substances , elles ne sont qu'une substance. 11 n'y a donc qu'une substance dans l'univers 5 et toutes les diversités que nous voyons dans le monde ne sont que diflerentes modifications d'une seule et même substance. L'adversaire d'Abélard n'eût eu rien de bon à dire contre cela ; et je ne vois point ce que le cordelier Frassen (^) , qui n'a rien change' à la doctrine de Scot , au milieu des lumières philosophiques qui ont éclairé ce siècle, pourrait répondre à Spinosa. MJis les autres scolastiques n'auraient besoin , pour renverser totalement ce mauvais système , que de distinguer entre idem numéro , et idem specie , ou similitudine. Pierre et Paul n'ont point la même nature ni le même attribut si, par même, vous entendez autre chose que semblable. .

(D) Comme une espèce de batterie.'] 11 faut l'entendre lui-même. Quia locum nostrum ab cemulo noslro J'eceral occupari , extra ciuitatem in monte Sanctœ-Genouefœ scholarum nostrarum castra posui , quasi eum ohsessurus qui locum occupaverat nostrum.

Quo audito , magister noster statïm ad urbem impudenter rediens, scholas quas tune habere paierai, et conuenticulum fralrum ad pristinum reduxit

(6) Aliaelartli Epist. 1, pag. 5.

il) ^oyez le capucin Ca>imlr de Toulonse, ùi Atom. Peripatet., loin, V, pns- '^"•

monasterium , quasi militem suuiit qiiem deseruerat ah ohsidione nnstrd liberaturus (8). La vie d'Abélard, que M. Thomasius (9) a publiée en Allemagne , m'apprend une chose qu'André Du Chesne , François d'Amboise , et peut-être tous ceux qui avaient parlé d'Abélard , ont ignorée ; c'est qu'au milieu de ses ennuis et de ses persécutions, et depuis qu'il eut placé HéloÏ5e dans le Paraclet , il retourna sur le mont Sainte-Geneviève, pour y faire des leçons publiques. C'est de quoi Jean de Sarisbéri, qui y fut soa écolier, ne nous permet pas d'être en doute. Ciim primiim, dit-il (10), adolescens admodiim , studiorum causa migrâssem in Gallias anno altero postquàm illuslris re.x jlnglorum Henri~ eus, leo justitiœ , rébus excessit hutnanis , contuli me ad peripateticum Palatinum (11), qui tune in monte Sanctœ - Genouefce clarus doctor et admirabilis omnibus prœsidebat. Ibi ad pedes ejus prima artis hujus rudimenta accepi, et, pro modulo ingenioli mei, quicquid excidebat ab ore ejus totd mentis at'iditate excipiebam. Dcinde post discessum ejus, qui mihi prœproperus i^isus est , adhœsi magistro yilberico, qui inter cœteros opinatissimiis dialei-ticus enitebat , et erat ret^erà nominalis seclœ acerrimus impugnator. Voilà manifestement l'année 1 1 36. Il faut donc que Pierre Abélard soit retourné à Paris long-temps après le concile de Soissons, et qu'il en soit sorti peu d'années avant le concile de Sens.

(E) // se transporta h Laon. ] Olhon de Frisingen a mal arrangé les choses, quand il a dit qu'Abélard étudia d'abord sous Pioscelin , et puis sous Anselme de Laon, et sous Guillaume des Champeaux, évêque de Châlons (12).

L'ordre des temps n'est point là gardé ; et d'ailleurs ce Guillaume ne fut

(8) Abœlardi Epist., pag. 6.

(g) Il est fils de Jacques Thomasius, professeur à Leipsic , auleur de celle Vie d'Abélard iinprime'e à Hall en iS^i. Voyez ci-dessous ^ ciutlion (i3).

(10) Jo. Sarisber. Mclalog., lib. II , cap. X, pag. 802.

(11) C'esl-à-dire , Abélard , comme l'auUur l'explique lui-même, pag. ill^. In liâc opicione, dit-d, deprehensus est peripaleticus Palatinus Abelardus nosler.

(12) Oiho Frising.de Gestis Frider. I, lib. I, cap. XLVII.

ABÉLARD

que cUm accessissem , utjructum indè colligerem , deprehendi illam esse Jiculneani cul maledixit Dnniinus , seic illam ueterem quercum cui Pompejum Lucanus comparât dicens :

.... Stat magni nominis uinbra ,

Qualis frugifero quercus sublimis in agro,

point ëvéque pendant qu'Abëlard fut son disciple. Je viens de jeter les yeux sur un livre (i3) , où l'on conjecture qu'Abëlard succéda l'an mg à ce Guillaume en la charge de professeur en thëologie. Mais premièrement il ne paraît point que ce prëtendu prédécesseur ait enseigne cette science.

De plus il est très-certain qu'Abëlard Ce passage méritait d'être copie ; il fitdesleçonsen thëologie à Paris avant montre le tour d'esprit d'Abëlard , l'année 1119; car il n'est pas possible et ce que sont un grand nombre de que tout ce qui lui arriva depuis ses personnes.

premières leçons jusqu'au concile de (G) Très-capable de se faire aimer. "l Soissons se soit passé dans deux ans : C'était le propre de notre homme que or, l'onadebonnesjireuvesque cecon- la vanité; et d'ailleurs, étant beau cile fut convoqué l'an 1 121. Joignez garçon , et à la fleur de son âge , saà cela que Guillaume des Champeaux chant faire des vers , ayant une répudevint ëvéque de Châlous l'an iii3 tation extraordinaire, et ne manquant (i4) ; et que, comme cette promotion point d'argent , il faut trouver moins l'éloigna des écoles de Paris, Abë- étrange qu'il ait espéré qu'onluiouvrilard s'en alla à Laon pour y étu- rait la porte , en quelque lieu qu il dier en théologie- Je ne sais pourquoi s'adressât. Tanti quippè tune nominis d'autres disent que ce fut à Châlons eram , et juvenlutis et forniœ gralid u'il s'en alla pour y faire cette étu- prœeminebam , ut quamcumque J'emi- ( 1 5). narum nostro dignarer amnre , nullam

(F) Content de la capacité de cet uererer repulsam (i6j. Pour un philoimme. ] C'était un vieillard qui n'a- sophe qui avait vécu dans la continence (17), il ne raisonna pas en malhabile homme sur ces matières , lorsqu'il espéra que la conquête d'Héloïse serait plus aisée que celle d'une autref qu'il l'espéra , dis-je , par la raison

homr,

vait jamais eu beaucoup de génie ; de sorte qu'on le mettait aisément à bout dès qu on le tirait de sa routine. Il ne payait que de verbiage ceux qui le poussaient l'épée aux reins , comme

faisait le pointilleux et le subtil Abë- que le savoir d'Héloïse donnerait lieu

lard, dont on connaîtra mieux le caractère si on lit ce que je m'en vais copier, ^ccessi ad hune sentm , cui magis longcei^us usas quam ingenium fel niemoria nomen coniparai'erat : ad quem si quis de aliqud quœstione pulsandum accederet incert.us , redibat incerlior. Mirabilis quidem erat in oculis auscultantium , sed nullus in conspectu quœstionantium. f^erborum usum habebat mirabilem , sed sensu cnnteniptibilem et raiione uacuum.

Cùm ignem accendcret , domum suam Jïwio implebat , non luce illuslrabat.

j^rbor ejus tota injoliis aspicienlibus a longe conspicua i^idebalur , sed propinquantibus etdiligentiiis intuentibus infrucluosa reperiebatur. Ad hanc ila-

(iS) Historia sapientise et stiiltitise , collecta à Cbristiano Thomasio , tom. /, ffiJg- 8i. On y trouve la Vie d^Âbélard , dont on aparté ci'dessus , c'est-à-dire , celle que Jacques Tlioxnasius a compose'e.

(1^) forez les Notes de Du Chesne sur la relation (i'Aliélard , pag. ii47-

(i5) Du Pin , Bibliolh , tom, IX, pag, log , l'dii. de HoLl.

à un commerce réglé de lettres où l'on oserait mieux déclarer les choses que dans la conversation. Tanto J'aciliits hanc niihi puellam consensurani credidi , quanta ampUiis eani litterarum scientiam et habere et diligere not'eram , nosque etiam absentes scriptis inlernuntlis inp'icem liceret prœsentare , et pleraque audaciiis scribere , quam colloqui (181. Les billets doux et les vers tendres ne sont pas de faibles machines; et surtout lorsqu'on sait chanter soi-même les chansons passionnées que l'on compose. Abélard toucha de telle manière le cœur d'Héloïse , et lui mit le feu au corps si furieusement par sa belle plume et par sa belle voix , que la pauvre femme n'en put guérir de sa vie. Duo , lui dit-elle (19) ,fateor, tibi specialiliter inerant , quibus Jeminarum qua-

(16) Abaelardi Opéra, pag, lo.

(17) Frena libidini cœpi laxare , qui antea vixeramcontinenlissimè . Aba;lardiOpera,pn^.g.

(18) Abasiaidi Oper., pag. ly.

(19^ Ibidem , pag. 46.

ÔS

ABÉLAED.

rumlibet animos staùin allicere paieras , dictandi uidelicet et cantandi gratin. Voyez la remarque (F) de son article où ce passage, rapporté un peu plus au long, apprendra combien ces choses ont de force sur le sexe.

(H) ^ la tâtonner et h la baiser. ] Pour mieux cacher le jeu à l'oncle , il faisait semblant de se servir quelquefois de la permission qu'on lui avait accordée de châtier Héloïse. Il dit que l'amour , et non pas la colère préceptorale , le portait à donner le fouet à son écoliére de temps en temps , et que c'étaient des coups les plus doux du monde. Voici le plan qu'il nous donne des leçons qu'il faisait à la jeune fille. Sub occasione disciplinœ amori penitiis uacabamus , et secretos recessus , quos amor optabat , stiidiuni le<tinnis offerebat. Aperlis itaque libris pliira de aninre quam de lectione verba se ingerebant , plura erant oscula quant sententiœ. Scepiiis ad sinus quant ad libros reducebantur manus , crebniis oculos amor in se rejlectebal, quam lectio in scripturam dirigebat.

Quoque miniis suspicionis haberemus, l'erbera quandnquè dabat amor non Jurnr , gratia non ira , quœ omnium unguentorum suat^itatem transcendèrent (20), Mais il y eut des occasions où tout de bon il voi'lut recourir an fouet: c'était lorsqu'elle ne se trouvait point d'humeur, ou que le respect de quelque fêle solennelle lui inspirait quelque scrupule. Voyez la remarque (E) de l'article d'HÉLoisE. N'oublions pas la réflexion d'Abélard sur la simplicité du chanoine. Quanta ejus sinipdcitas esset i'ehemenler admiratus , non minus apud me obslupui quam si agnam teneramfamelico lupo committeret. Qui cùm eam mihi non solUm docendam , i'eriim etiam uehementer constringendam traderet ; quid aliud agebat quam ut fotis meis licentiam penitùs daret , et occasionem etiamsi nollemus offerret , ut quam fidelicet blanditiis non possem , minis et uerberibus faciliiisjlecterem? Comme il cite assez souvent les anciens poètes , je m'étonne que sa jeune brebis liurée a un loup affamé ne l'ait pas fait souvenir de ces paroles de Virgile :

Eheu , quid volui misera mihi l Floribut austruin

(20) Ibidem, pag. n.

Perditus, et liquidis immisi fonlihui npros f a i).

(I) Que de vers d'amour l'\ Depuis qu'il eut goûté les plaisirs de la jouissance , il ne se plaisait point à faire leçon , et il demeurait à son auditoire le moins qu'il pouvait. La nuit était un temps tout-à-fait perdu pour ses études (22). Il vaquait à d'autres choses ; il aurait donc voulu avoir à lui tout le jour pour étudier. Voilà pourquoi son école lui était fort ennuyeuse. Aussi ne faisait - il que répéter ses vieilles leçons 5 et s'il lui venait quelque pensée , elle ne roulait pas sur quelque difficulté philosophique, mais sur des chansons amoureuses , qui furent chantées long-temps en plusieurs provinces. lia negligentem et tepidunt lectio tune habebat, utjam nihil ex ingénia , sed ex usu cuncta projerrem, nec jam. nisi recitator pristinorum essem inuentorum : et si qua im^enire licerel , carmina essent amatoria , non philosophiœ sécréta. Quorum etiam, carminum. pleraque adhuc in mullis , sicut et ipse nosti , frequenlantur et decantantur regionihus , ab his maxime quos i^ita similis oblectat (23).

Voilà donc un fait constant, qu'il savait faire des vers; mais je ne saurais croire qu'il soit l'auteur du fameux roman de la Rose , et qu'il y ait fait le portrait de son Héloïse sous le nom de Beauté. C'est pourtant ce que j'ai lu dans un livret réimprimé en Hollande (24) • Celui (ïS) qui se donna tant de peine pour ramasser et pour conférer les manuscrits d'Abélard , me paraît plus digne de foi que ce livret Or, il dit positivement que le roman de la Rose est l'ouvrage de Guillaume de Loris , si l'on en excepte la fin qui fut faite par Jean de Meun *. Plusieurs

(21) Virgilii Ecl. II, V. S8. TorM /et Nouvelles lettres contre le calvin. , de Maimbourg, pag. 74 1.

(22) Ttediosum. mihi vehemenler erat ad scholas procedere, vel in ei.v niorari pariter et laboriosuin , curn noctumas amori vigitias , et diurnas studio consecrarem. Abzelardi Opéra , pag. 12.

(23) Ibid.

(24) Histoire d'Héloïse et d'Abélard, en 1693, in-12.

(îS) Fr.inçois d'Ambolse. f^ofei sa préface apologétique à la tête des OEuvres d'Abélard , qn''djit imprimer à Paris, l'an 1616, in-4°.

* Leclerc reproche à Barle de faire la part de Jean de Meun trop petite , et dit que le premier demi-quart de l'oui'rage seulement est de Guillaume de T.oris. Cesi aller trop loin. Sur les

ABÉLARD

autres écrivains , bien informes, assurent la même chose. L'histoire d'Abélard et d'Héloise a été insérée dans ce roman.

(K) Sur les terres du comte de Champagne.} On découvre cela en conférant deux passages. Voici le premier :

j^d cellaiii quandani recessi, scholis more solitn i/acalurus (26). Voici le second : Nocle latenter anfu^i , alque ad terram comitis Theobuldi proximam , ubi anted in celld moraUis Jueram, abscessi (27). Pasquier n'a rien compris au premier, puisqu'il y a trouvé ce sens : Se retirant en un arrièrecoin du monastère, lisait tantôt en philosophie, tantôt en théologie (38}. Ce ne fut nullement dans l'enceinte de l'îibbaye de Saint-Denis qu'Abélard dressa une école : il n'en eût pas été moins importun aux moines , dont il censurait les dérèglemens ; et c'était à cause de ses censures qu'ils souhaitèrent de se défaire de lui. M. Ducange explique très-doctement, selon sa coutume , ce que c'est que cetla. Voyez la remarque (A) de l'article ParaclEt, où j'explique les diverses stations de Pierre Abélard.

(L) Un sigrandnombre d'auditeurs."] Touchant le grand nombre d'écoliers qu'il eut , Voyez la remarque (A) de l'article Foolqce, prieur de Deuil.

(M) Sur le mystère de. la Trinité.} L'occasion qui porta notre Abélard à écri^re sur cette matière , fut que ses écoliers lui en demandaient des raisons philosophiques. Ils ne se payaient point de paroles, ils aimaient mieux des idées , et ils disaient hautement, qu'il n'était pas possible de croire ce que l'on n'entendait pas , et que c'était se moquer du monde que de prêcher une chose qui est incompréhensible , tant à celui qui parle , qu'à ceux qui écoutent. Humanas et philo-

22,000 vera environ que contenait le roman de Sa Rose, près d'un cinquième (/fiSo vers) est atlribui'' à Guillaume de Loris ; le reste est de Jean de Meun. Depuis son édition publiée en 1814, ^^- Me'on a eu communication d'un manuscrit de ta bibliothe'que du roi contenant la seule partie de Vouvrai^e allribue'e a Guillaume lie Loris. Ce manuscrit présente un dénoùment que M. Méun a fait imprimer. Ainsi, Jean de Meun n acheva pas l'ouvrage , mais en refit la fin sur un plan plus étendu.

(26) Abwlardi Opcr., pag. 19.

(2-) Idem , pag. 26.

(i9) Pasquier, Recherche delà France, liv. VI,

.hap, xrii.

snphicas rationes requirelant, et plus qiiœ inteliigi, quàm quœ dici possenl , ejflagitabanl ; dicentes quidem uerborumsuperjîuam esseprolationem quam intsilligentia non sequeretur, nec credi posse aliquidnisiprimiliis intellectum ; et ridiculosum esse aliquem aliis prœdicare , quod nec ipse nec illi quos doceret intellectu capere possent , domino ipso arguente quoi cœci essent duces cœcorucn (29I. Là-dessus, il se mit à leur expliquer l'unité de Dieu par des comparaisons empruntées des choses humaines. Pasquier l'accuse d'avoir soutenu qu'on ne dei'oit croire une chose dont on ne pouvait rendre raison ; qui estoit en bon langage, poursuit-il , destruire le fondement général de nostre Joi (3o). Je ne lui demande pas qui lui a dit qu'uu professeur approuve toutes les fantaisies de ses éco-liers , lorsqu'il a la complaisance d'en prévenir autant qu'il peut les mauvaises suites ; car il y a quelque apparence qu'Abélard trouvait assez raisonnables les maximes qu'il attribue à ses auditeurs : mais il ne faut pas appuyer cette apparence sur le passage que Pasquier allègue ; il vaut mieux la fonder sur ces paroles de saint Bernard: (^uidniagis contra fidem, quàm credere noll^quidquid non possis ratione attingere? deniquè exponere folens (Abœlardus) illud sapientis, qui crédit cita, levis est corde ; cita credere est, inquit , adhibere fideni anle rationem (3 1 ) . Le traité qu'Abélard composa sur ce sujet plut extrêmement à tout le monde , hormis à ceux qui étaient du même métier que lui; c'est-à-dire, qui étaient professeurs en théologie.

Fâchés qu'un autre eût trouvé des explications et des éclaircisseraens qu'ils n'auraient pas pu trouver, ils crièrent à l'hérétique, et firent tant de vacarme , que peu s'en fallut que le peuple ne lapidât Abélard. DuO illi prœdicti œmuli nostri ita me in clero et populo diffamai'erunt , ut pêne me populus paucosque qui aduenerant ex discipidis nostris prima die nostri aduentûs lapidarent , dicentes me très deos prœdicare et scripsisse, sicut ipsis persuasumjuerat (Sa). Leurs cabales

(29) Abaelardi Oper., pag. îo.

aô) Pasquier, Recherche de la Frauce, liv. VI , chap. XVll.

(3i) Hernard. F.pist. CXC.

(32; Ahœlardi O^er., pag. 10.

6o ABÉLARD.

toutes-puissantes extorqnèrent du le- Alexandre (36) prouve fortement cela, gat du pape (33) la condamnation tant contre Jean Picard, chanoine de qu'on a vue dans le corps de cet arti- Saint-Victor , qui a mis ce concile à de. Ils avaient fait accroire qu'Abe- Tan ui6, que contre Binius, qui l'a lard admettait trois dieux: cependant misa Tan 1 136. Onavait déjà censure', il est certain qu'il eiait très-orthodose dans la préface des œuvres df Pierre sur le mystère de la trinilé, et que Abélard, les fautes chronologiques de tous les procès qu'on lui Gt sur cette Binius, et celles de quelques autres. matière sont de mauvaises chicane- On avait dit que Platine avait placé ries, qui procédaient ou de malice sous le pape Lucius II le synode qui ou d'ignorance. La comparaison qu'il condamna Abe'lard ; que Binius avait emprunta de la logique (c'était son donne' dans cette erreur de Platine; fort que la logique ) va plutôt à re- qu'il en avait commis une autre en duire à une les personnes divines mettant sous l'année i\^n le concile qu'à multiplier en trois l'essence de de Soissons et celui de Sens; et que Dieu : et voilà néanmoins qu'on l'ac- Génébrard n'a mis qu'une année d'incuse, non pas de sabellianisme (34), tervalle entre ces conciles. Pour jusmais de trithéisme. Sa comparaison tifier que ce sont des fautes , on avait est que , comme les trois propositions dit que le pontificat de ce Lucius , d'un syllogisme ne sont qu'une même qui ne fut pas d'un an tout entier, vérité, de même, le Père, le Fils et tombe sur l'année ii45, et qu'il se le Saint-Esprit ne sont qu'une même passa 2o années entre la tenue du essence. Sicut eadem oralio est propo- concile de Soissons et la tenue du sitio, assumplio, et cnnclusio; ha, concile de Sens. On soutient que 1 eeadcmessentia est Pater, elFilius ,et vêque de Préneste, qui présida au Spiritus Snnctus (35^ Les inconvé- concile de Soissons en qualité de léniens qui peuvent sortir d'un tel parai- gat du pape , sortit de France environ îèle n'égalent point , ou pour le moins l'an 1 1 20 , et qu'il n'y revint plus. On ne surpassent point ceux qui naissent pouvait remarquer plus d'une faute du parallèle delà trinité avec les trois dans ces paroles de Platine qu'on a dimensions de la matièij. Ainsi, puis- citées: Qui (Abœlardus), prœsente qu'on ne doute pas de Rrthodoxie de etiam Ludovico rege,rationibus victus, M. Wallis, mathématicien d'Oxford , non modo sententiam muta^it , sed qui a fait extrêmement valoir le pa- etiam monasticam i^itam etie/igionem ralléle des trois dimensions, on ne induit, ac deinceps una ciimdtscipiilis doit pas douter de celle de Pierre Ahé- quibusdam in loco deserto sanctissimè lard, sous prétexte de la comparaison iHxit. Premièrement, il est certain du syllogisme. Ce qu'il y a de certain, qu'Abélard s'était fait moine , avant c'est que, sur le pied du sjdlogisme, et que l'on tint aucun concile mntrfi sur celui des trois dimensions, il s'en lui. En second lieu , c'i st au

r J it U; — ,,.,.^1« »^-.rf.f A».fi A^ li f*.i Jl^ c — « ....^ T #^nic Vil ncQi«:l

contre concile

«,.u..,Li^ o.u».u . , — V.W v,^. que. Or, il est faux que

trois dimensions l'an i685. Cela pa- dans ce concile Abélard se soit rendu raît par les nouvelles de la république aux raisons de ses adversaires, et des lettres, à l'article III du mois de qu'il ait abjuré ses opinions. Il dejuillet, à l'article X du mois d'août, manda dès l'entrée qu'on le renvoyât et à l'article XII du mois de septem- au pape. En troisième lieu , il n'est bre. 11 fut réfuté par un autre minis- pas moins faux qu'il ait vécu depuis tre l'an 1694- f^oyez l'Examen de la ce temps-là dans un lieu désert avec Théologie de M. Juneii,Y}^v M. 'iiXM- quelques disciples ; car il passa tout rin , page 83i. le reste de ses jours chez les moines (Ji) Eni'iron Z'a«H2i.] Le père de Cluny. On voit bien que Platine a j „, „ 'j mispêle mêle ce qui regarde les deux

(iî) Conan , eveque de PreneHe. Il présida i ui ' V ^^f.-» AlitHa-rl Tn

k ce Laie de Soissons. conciIes assembles conti e A.Kla. d. l.a

(34) Othon de Frislngen , ae Ge«t. Fndpr. , plupart des fautes que je viens de

lih I cap. XLVII, du pourtant qu'on l'ac-

cusa de rkéresie de SabelUus au concUe de ^^^^ ^^^ Ale«nder, Hi,.. Eccl,, s>.c. XI H

735)"Ab«larai Oper., pag- «o- X" - P"-'- ^^^ ■ P'^S' ^^ ' " "l'

ABÉLARD

relever sont reprochées à B lleforét , dans la préface mentionnée ci-dessus, où d'ailleurs on le censure avec raison d'avoir glosé sur Tépitaplie d'Abélard, comme si les louanges outrées que Ton y lit étalent une preuve de son im;)riKlence et de son orgueil insuppoitable. 11 est certain que cette épitaphe fut composée par l'al)hé de Cluny, après la mort d'Abclard. Plusieurs historiens ont mal distingué les deux conciles qui traitèrent la cause de ce personnage. Paul Emile veut que celui de Sens soit le premier où elle ait été examinée f37) : Du Maillan débite le même mensonge, et l'accompagne de plusieurs autres (3S;; comme, qu'Abélard n'osa comparaître; que tous ses écrits furent condamnés au feu ; et que la seconde fois quil fut cité les prélats disputèrent longuement avant que de le condamner.

Philippe de Berganie soutient que l'hérétique (39), ayant été convaincu, en présence du roi Louis , par les puissantes raisons de ces doctes et catholiques prélats, abjura ses fausses doctrines, se fit moine , et passa le reste de ses jours fort saintement dans un désert avec quelques-uns de ses disciples.

On trouverait mille chroniqueurs qui ont copié les uns des autres ces mêmes mensonges. Un petit livre (4o) , que j'ai déjà cité, met dans la bouche d'Héloïse ces paroles: Çae n ava/icèrent point ces deux faii.r prophètes ^ qui déclamèrent si fortement contre vous au concile de Reims I Ces deux faux prophètes sont saint Bernard et saint Norbert. Héloïse n'a point dit qu'ils aient crié dans quelque concile, et en tout cas ce n'est point dans celui de Reims. (0) Les accusations de crime d'état.'] C'est un artifice dont on s'est servi tant !de fois depuis que les Juifs l'employèrent contre Notre Seigneur {^l'j, qu'il est étrange qu'on l'ose employer encore aujourd'hui., Ne devrait-on pas craindre qu'une lâcheté aussi uséedevieil-

(3-) Pauli .Silmilii, Hist. Franc, in Ludovico Vil.

(38) n» Haiilan, Histoire de France, sous Louis VII.

(39) Il le nomme Baliardus , in Snpplem. Ctron. ad an. ii35.

(40) Histoire d'Héloïse et d'Abélard, avec la lettre passionnée qu'elle lui écrivit. Imprime' il la Haye, en lôgS, tn-12.

(41) Evang. de tainl Luc, chap. XXIII , V. 2.

lesse que celle-là ne fût incapable de séduire? Non , on ne le doit pas craindre; le monde est trop indiseipliuable pour profiter des maladies des siècles passés. Chaque siècle se comporte comme s'il était le premier venu; et comme l'esprit de persécution et de vengeance a tâché jusqu'à présent d'intéresser les souverains dans ses querelles particulières , il tâchera de les y mêler jusqu'à la fin du monde :

et nous pouvons bien appliquer ici la sentence de Salomon, ce qui a été c'est ce qui sera ; et ce qui a été. fait c'est ce qui se fera (^ij. Nos desce'ndans diront, aussi-bien que nous,

Qui méprise Colin n'estim-^ point son roi Et n'a, selon Colin, ni Dieu, ni foi ni ici (43). '

(P) Sont assez curieuses.'] Abélard , nepouvant avoir de l'abbé de Saint-Denis la permission de se retirer, eut recours aux machines de la politique.

Il savait que plus les moines de Saint- Denis se plongeaient dans le désordre, plus la cour exerçait d'autorité sur cette abbaye et en tirait du profit. Il fit donc entendre au roi et à sou conseil qu'il n'était pas de l'intérêt de sa majesté qu'un religieux comme lui, qui censurait éternellement la mauvaise \ie de ces moines , demeurât long-temps parmi eux. On entendit à demi-mot ce que cela voulait dire; et l'on donna ordre à l'un des principaux de la cour de demander à l'abbé, et aux confidens de l'abbé, pour quelle raison ils voulaient retenir par force un moine dont la vie ne s'accordait pas avec la leur , et qui , à cause de cela , ne leur était bon à rien , et pouvait aisément leur procurer quelque honte. La conclusion fut qu'Abélard se retira. Je me souviens à ce propos d'avoir demandé un jour à un homme qui me contait mille et mille dérèglemens des ecclésiastiques de Venisç , comment il se pouvait faire que le sénat soufirît des choses qui faisaient si peu d'honneur à la religion et à l'état. On me fit réponse que le bien public obligeait le souverain à user de cette indulgence; et , pour m'expliquer cette énigme , on ajouta que le sénat était bien aise que le peuple eût le dernier mépris pour

(42) Eccle.'!., chap. T . v. 9.

(43} Despréaux, sal. IX , v. 3o5, 3of7.

ABÉLARD

les prêtres et pour les moines ; car dès lors ils sont moins capables de le faire soulever. L'une des raisons , me diton , pourquoi les jésuites ne plaisent point là au souverain , c'est qu'ils eardent mieux le décorum de leur caractere; et qu ainsi, se jaisant plus respecter au menu peuple par un extérieur plus réglé, ils sont plus en état d'e.t citer une sédition J'ai de !a peine à m'imaginer qu'un désordre aussi affreux <{ue celui-là soit véritable. Où en serait-on si Tautorité souveraine avait besoin de se maintenir par un tel expédient, et si le clergé se rendait plus formidable par ses bonnes que par ses mauvaises mœurs î Ce désordre serait mille fois plus déplorable que celui dont parle Tacite , lorsqu'il dit que, sous un mauvais gouvernement , la grande réputation n'expose pas à moins de périls que la mauvaise. Intra^'it aninium iiiilitnris gloriœ cupido , ingrata temporibus, quibus sinistra erga eminentes inlerpretatio nec niiniis periculuni ex magna Jamâ, quàmex w(«.'d(44). Mais voyons les paroles mêmes d Abélard. Interuenientiùus utnicis quibusdam nostris regeni et consiliuin ejus super hoc compellai'i , et sic quod uoleham , impétrant. Stephanus quippè régis tune dapifer , l'ocato in partem ahbate et faniiliaribus ejus , quœsiuit ab eis cur invitum retinere relient, ex quo incurrere facile scandalum passent, et nuHam utilitatem habere ; citm nullateniis v'ila mea et ipsoruni coni'enire pnssent. Sciebnni auteni in hoc regii consilii sententiam esse , ut qiionnniis regularis abbalia illa esset , magis régi esset subjecta atque utilis , quantum videlicet ad lucra temporalia, Undè me J'acilè régis et sunruni assensum consequi credideram; sicque actum est (4^)- Quelques pages après, il dit qu'un seigneur breton s'était prévalu de la mauvaise vie des moines de Ruis, afin de s'emparer de leurs biens (46)- Oter à dos gens qui par la sainteté de leur vie se sont acquis la vénération des peuj)lcs , ôter, dis-je, à de telles gens ce que la cliarité des fidèles leur a donné, n'est pas une petite entreprise ; mais on ne croit pas risquer beaucoup en l'ô-

(44) Tacitus , in Vitâ Agricolœ, cap. V.

(45) Abâtardi Oper. fa^. 27.

(4ti) l^x inordinaùone scilicet ipsius monasleriinactus occasionem. Âbailardi Oper. pag. 33.

tant à des personnes qui scandalisent le public.

(Q) (^)ui , comme de nom'eaux apôtres.'] Lisez ce qui suit. Quosdam adfersîim me noi'os apostolos , quibus mundiis pluvimiini credebnt, excitai^erant. Quorum aller (c'était saint Norbert) regularium canonicorutn filam , aller (c'était saint Bernard) monnchorum se resuscilasse gloriabalur (47).

Iléloïse , à la page quarante-deuxième, les nomme de faux apôtres. Voyez cidessus la lin de la remarque (N) , où l'on réfute l'auteur de la nouvelle histoire d'Héloïse et d'Abélard.

(R) Les moines de l'abbaye de Ruis.... l'élurent pour leur supérieur."] Le bénédictin ((ni a tant travaillé sur les antiquités de Paris a eu grand tort de censurer Belleforêt, qui avait dit qu'Abélard posséda une abbaye dans la Bretagne. Qu'il ait été abbé en Bretagne, cela est faux; car, au sortir du Paraclet , il se retira a Cluny , et a persévéré en icelle congrégation jusqu'à la mort (48). Voilà un auteur bien mal informé. 11 ignore que Pierre Abélard eut une abbaye en Bretagne avant et après la cession du Paraclet.

S'il avait bien lu la lettre (49) dont il cite quelques passages , d y aurait vu cela avec la dernière évidence.

(S) .Ci même nu.r plus grands dangers.] Les moines tâchèrent souvent de l'empoisonner; et, ne pouvant en venir à bout dans les %iandes ordinaires, à cause de ses précautions, ils essayèrent de l'empoisonner par le pain et par le vin de l'eucharistie. Un jour, n'ayant pas mangé d'une viande qui lui avait élé préparée , il vit mourir son compagnon qui la mangea. Les excommunications dont il foudroyait les plus mutins de ses religieux ne remédièrent pas au désordre. Enfin il craignit plus le poignard que le poison, et se compara à celui que le tyran de Syracuse fit mettre à sa table sous une épée qui ne pendait qu'à un fil(5o).

(T) On en causa , nonobstant sa mutilation.] La médisance se déchaînait si furieusement contre ce jiauvre

(47) Abaflardi Oppr. ,pflg. 3i.

(48) Du Brpul, Antiq. de Paris, pag. 888, édition lie i63g, 1/1-4.

(4fj) Celle ti'Abélaid qui contient la lelatioa de sa vie.

(/io) Abaslardi Opéra , pag. 3a et t^o.

homme , qu'encore qu'on sût qu'il n'avait plus de quoi contenter une femme , on ne laissait pas de dire qu'un reste de volupté sensuelle le tenait attaché à son ancienne maîtresse. Quod rue Jacere sincera chantas compel/ebat , solita Jeroganiiurn pra^'itas imjjudentissimè accusahal , dicens me adhuc quâdam carnalis cnncupiscentice obleclatione teneri , qui pristinœ dileclœ subslinere abscnliani idx aut nunquani paterer. C'est la plainte que l'on trouve dans la page 35 de sa relation. 11 se consola par l'exemple de saint .Tc'rôme, dont l'amitié pour Paule servit d'entretien aux médisans ^ et il crut réfuter invinciblement la calomnie en remanjuant que les plus jalous commettent leurs femmes à la garde des eunuques. Le père Thé iphile Raynaud s'est moqué de cette raison , parce qu'il avait lu quantité d'exemples de commerce impur entre des femmes et des hommes mutilés. Jix quibus omnibus liquet qu'am frigida fuerit Pétri Abelardi apologia , càiu redargutus de nimid familiantate cuni amicd quidem sud Ueloïsd, et aliis monialibus paraclitensibus reposait , eunuchos, qunlis ipse factus erat , tutà et absque omiii periculo passe uersari cum fcminis (5i). J'en dirai quelque chose dans l'article Combabus. Héloïse aimait si ardemment Abélard, quoiqu'on le lui eût châtré, que les vertus de cet homme pouvaient courir de grands risques auprès d'elle. Voyez nos remarques suif l'article de cette femme. Ces paroles de Virgile,

. . . Nolumque furere quid femina possit , Triste per augurium Teucroruiii peclora ducuni (02) ,

représentent en quelque manière la conduite de ceux qui craindraient que la passion d'Héloïse n'ait eu trop de force sur la chasteté de son Abélard.

(V) Le promoteur de l'oppression ] C'est de quoi nous parlerons dans l'article de Bérenger de Poitiers.

(X) Le 21 airil 1142.] Cela montre que le nouvel auteur de la vie d'Abélard s'est fort abusé en le faisant vivre Tan 1170. ,Tc parle de l'auteur d'un petit livre imprimé à la Haye en 1693, où l'on trouve, avec V Histoire

(5i) Th. RaynauJ , «te Euniicliis , pag. 148. (53) Virgilii ,¥.neia., M. K, v. S.

abrégée d'Héloïse et d' Abélard, trois autres petites pièces.

(\ ) Son corps fut eni'oyé a Héloïse.^ Pasquier assure qu'Abélard, par son testament , ordonna délre inhumé dans le monastère du Paraclet (53j. François d'Amboise l'assure aussi (54) ; mais il n'en donne point d'autre preuve que le témoignage de Pasquier. Ce qui me rend incrédule là-dessus est que Pierre le Vénérable n'en fait aucune mention dans la lettre qu'il écrit à Héloïse, où il lui rend compte des dernières heures d'Abélard (55). Bien plus, l'absolution d'Abélard fait foi que l'on n'envoya son cor^is au Paraclet qu'atîn de gratifier Héloïse. C'est une marque qu'elle avait demandé cette faveur. Or, quel droit aurait eu l'abbé de Cluny de faire d'une disposition testamentaire la matière d'un bienfait? Le calendrier de l'abbaye du Paraclet confirme puissamment tout ceci^ car on y trouve ces paroles : vui hal. januar. obiit Petrus , cluniacensis abbas , cujus concessd habet ecclesia nostra corpus magistri nostri Pétri (56j. Le silence d'André Du Cliesne , dans ses notes sur l'épître où Abélard raconte ses infortunes est une grande raison pour moi contre Pasquier. il y en a qui, sans parler de testament, disent qu'on donna à Héloïse le corps de feu son mari, comme il avait témoigné perses lettres qu'il souhaitait que l'on fît (57) : mais on ne cite ni ces lettres, ni personne qui les ait citées. J'ai trouvé l'endroit à la page 53 de ses œuvres. Il était alors dans son abbaye de Ruis, et craignait d'être assassiné de jour en jour. Ouodsime Dominus in manibus inimicorum tradiderit (écrit-il à Héloïse) , scilicet ut ipsL prœi'alentes me interficiant, aut quocunque casu fiant unii'ersœ carnis absens a vobis ingrediar , cadai'er obsecro nostrum ubicunquè vel sepultum , uel expositum jacuerit, ad cimiterium i'estrum deferrifaciatis , ubi filiœ nostrœ, imà in Christo sorores, sepnlcruni nostrum sœpiiis ^'identes, ad precespro

(5?>) Pasquier , Recbercte de la France, livre n, chap. WII.

(54) Prœf. Jpolog>-c. Oper. Abœlardi.

(5.0; /nOperib. Aba-I,irdi , pag. 33;.

(56; y4pud Aiidr. Qiiereetanum , ' ( sit-e Du Cbesne ) in \0ti9 ad Hislor. calamit. Aba:Iardi , i« ejtts Operibiis.

(5^) Cave, Histor. Liiter. Script. Eccles. pag- 6Î2.

ABÉLARD

me Domino f un Jenàas ampliùs im'iientur. Voici Tabsolution d'Abëlard : elle devait être mise sur son tombeau ; et c'est pour un tel usage qu'Hëloïse l'avait demandée à Pierre le Vénérable (58). Ego Petrus , cluniacensis ahbas , qui Petruni Abœlardum in luonachum cluniacensem recepi , et corpus ejus jfurùm delatum Hehiisœ ahbatissce et monialibus Paracleti concessi , authoritate omnipotentis Dei et omnium sanctorum absolvo eum pro ojjicio nb omnibus peccaiis suis (Sgl. Belleforèt a débité un grand mensonge lorsqu'il a dit que les os de Pierre Abélard furent déterrés et brûlés (60). La préface apologétique du sieur d'Amboise réfute cela invinciblement.

(Z) Son maître Roscetin.'] Salabert , prêtre d'Agen , révoque en doute , dans sa Dissertation sur la secte des nominaux {61), que Roscelin ait été précepteur de Pierre Abélard. Nous examinerons ses raisons dans l'article Roscelin *'.

(AA) De l'explication du droit ciuil.'] François d'Amboise se trompe , ce me semble, lorsqu'il croit qu'Accurse a parlé de notre Pierre Abélard dans la glose sur la loi Quinque pedum prœscriptione.N o\c\\qs paroles d'Accurse ; Sed Petrus Bnilardus , qui se jaclai'it qubd ex qudlibel quanlumcunque dijjicdi lillerd traheret sanum intellectum , liîc dixit NESCio (6a). Alciat loue la modestie de ce Pierre Bailard qui avouait de si bonne foi son ignorance là-dessus : Magnus ille j4ndreas Alciatus in Mo quem de Quinque pedum prîescriptione icnpsù tractutu, postquhm Petrum Bailardum célèbrent sud tempeslale projessorem laudauit qubd ingénue fassus esset eam legem a se non intelligi, etc. C'est ainsi que parle François d'Amboise (63) : et ses propres expressions suffisent à le condamner; car, afin qu' Alciat ait raisonné juste, il faut que le professeur célèbre

(58) yorei les OEuvres d'Abélard , pag. 343. (Sg) In "Operibus Abœl., pag. if^S.

(6u) Bcllel'orêt, Chroniq. de France.

(61) Elle a pour titre Pbilosophia noiuinalium vindicata, et est imprimée à Paris , en l65i , in-S.

* Cet article n'existe pas.

(62) Jpud Fr. d'Amboise , Prief. jipol. Ope- TDm Âbîelardi.

(63) Voici les paroles (VÀlciat : Adeô aatem existimata est difficilis, ut Petrus Bailàrdus , non incelebris teonjestate suâ professor , ingeouè fassus sit eam à se non inlelligi.

qu'il a loué ait été professeur en droit. Quelle merveille serait-ce qu'un piofesseur de dialectique avouât qu'il n'entend point un certain endroit embrouillé du code ? Aussi voyons-nous 3ue ce Bailard est un professeur en roit dans Pieri'e Crinitus, qui le nomme Joannes Bajalardus. Concluons qu'il ne s'agit point ici de notre Pierre Abélard, et que Pasquier, qui a cru faire une l'emarque qui ne devait pas être oubliée , en luia| pliquant ce qu'a dit Accurse (64), aurait mieux fait de n'en rien dire. Au moins devait-il bien prendre garde qu'il y a dans le passage d'Accurse, non pas Petrus Abelardus , comme il le prétend, mais Petrus Bailàrdus. Que , s'il était vrai que ce glossateur eût eu en vue notre Abélard, il faudrait dire , ce me semble , qu'il se serait abusé ; car on ne voit aucune raison de croire qu'Abélard se soit mêlé de jurisprudence.

Voyons les paroles de Crinitus. Quœsilum est superiori œtate a i^iris doctinribus quidnam in jure nostro ci^^ili prœscriptto quinque pedum signaret , qualisque J'oret inedintellectus. Quam rem Lanrentius P'alla et alii coniplures ciim non satis perciperent , hdc und se ratione dejendebant , qubd Joannes Bajalardus , inter eos qui jds civile PROFiTENTUR t^ir consultissimus , ingénue njffîrma^'it se illud ignorare {65}. Thomasius ne devait pas conclure de ce passage que Pierre Abélard ait été quelquefois nommé Baialard {66).

Voici une obs^ï^tion que M. de la Monnoie me communiqua après a%oir lu ma remarque (AA). Je suis sûr que l'on aura plus d'avances pour se bien déterminer, quand on aura comparé ses pensées avec les miennes ; c'est pourquoi je me persuade qu'il me permetti'a de mettre tous mes lecteurs en état de comparer. Je suis persuadé , dit-il , que c'est d'' Abélard qu'Accurse, sur la loi Quinque pedum , a entendu parler. Abélard, j'en coninens , ne Jaisait pas projession de jurisprudence ; 7uaiii il panait pour universel , et pour un homme qui prétendait ne rien trouver au-dessus de son

(64) Pasquier, Recbercbe de la France, iiV. r/, cap. XVII.

(65j Crinitus, de honestâ Discipl., lib. XXV., cap. IV.

(66) Jacob. Thomas, in Yitâ Pétri Âlslardi, num. 3. .

ABÉLARD

intelligence ; qui totum scibile sciebat , comme on a dit de lui dans son épitaphe. Accurse, dans l'endroit cité, ne nous en donne point d'autre idée que celle-là; et ceux qui , sur les paroles du glossateur, ont cru que Petrus Baylardus ou Bailarilus ai^'oil été un célèbre professeur en droit, se sont trompés. Il n'y en a jamais eu de ce nom-la. Bailardus n'est autre qu'Ahélard, et c'est une des dix nu douze manières dont on a écrit le nom de cet auteur. Les Italiens, très- sujets à ces sortes de retranchemens , ont dit Bailardus pour Abailardus , comme Kagona pour Aragona , Naldo pour Arnaldo , Berto pour A\heY\o ou Lamberto. On ne niera pas du moins que Jacques-Philippe de Bergame , moine uugustin, n'ait appelé notre Jtbelard Baliardus (67), C'est Tobservation de M. d£.la Monnaie. Je m'en vais dii'e une chose dont je ne m'avisai pas dans la première édition. Je crois qu'Abelard mourut avant que l'étude du droit romain fût connue en France. On lavait ressuscitëe en Italie quelques années auparavant (68;, et l'on peut bien s'imaginer que l'enfance de cette nouvelle vie dura quelque temps. Il est donc hors d'apparence qu'on aiteu recours à notre dialecticien français pour l'explicatiou d'une loi particulière difficile au sou- "5'erain point, et d'un très-petit usage. On ne s'amuse guère à débrouiller de pareilles choses après qu'on prétend avoir ëclairci les plus importantes, ou lorsqu'on tâche de renchérir sur les premiers inîerprètes. Il se passe donc du temps avant qu'on en vienne là. S'il e'tait permis d'employer les règles de M. Ménage, on dirait peutêtre que le Bai/ardus d'Accurse est une corruption du mot Bulgurus, Balgarus , Bailgarus , Bailgardus , Bailardus, Ceux qui copient mal les noms propres, et ceux qui ne les prononcent pas bien, peuvent introduire peu à peu de grands changemens. Peutêtre avait-on dit du jurisconsulte Bulgarus ce tpj'Accurse , trompé par ces corruptions de nom, attribua à Petrus Bailardus.

(BB) Des erreurs de M. Moréri.'] 1°. Il est faux qu'Abelard ait enseigné la théologie à Corbeil , et à Melua. 2".

f6-) Voyei ci-dessus , citation (Bg).

(68) Korei l'article Ibkesisi.

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