‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 21 sur 158 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Dire que tous le=! auteurs avouaient quHeloise était nièce du chanoine tulbert est une mauvase preuve contre Papyre Masson, qui a dit qu'elle était iille naturelle d'un chanoine.

Bien n empêche que Fulbert n'ait eu une sœur qui ne se soit pas bien conduite : je dis „ne sœur, car il était oncle maternel d'Héloïse, auun^ culus. Je m étonne qu'André Du Chêne (69J ait cru pouvoir réfuter Papyre Masson par la même preuve dont M. Moreri se sert. 6°. Il ne paraît pas qu Abc'laid se soit introduit chez le chanoine sous prétexte d'enseigner la théologie à Uéloise : pourquoi spéciûe-t-on ce que les auteurs qu'on doit suivre ne disent q l'en général? Ces termes , erat cupidus ille ualdè , atque erganeptimsiiam ut ampltiis seniper in doctrinam pro/iceret Ulteratoriam plurimiini studiosus (70), ne désignentils pas moins la théologie qu'une autre science ? 4°. Il ne paraît point qu'Héloise ait eu beaucoup d'estime pour Abélard , avant même qu'ils fussent logés ensemble. 5°. 11 n'est pas vrai qu'il la mena en Bretagne, quand elle se fut dérobée de chez son oncle : il l'envoya bien dans cette province ; mais il se tint à Paris se précautionnant le mieux qu'il pouvait contre les entreprises de Fulbert, jusqu'à ce qu'il l'eut apaisé, en lui promettant d'épouser sa nièce. Alors il fut la joindre en Bretagne , comme on le voit dans la relation de ses infortunes.

L'Histoire abrégée d HAoïse et d'Abélard, qu'on a imprimée depuis peu (71), n'est point exacte sur ce point.

On y suppose qu'Abelard sortit de Paris en même temps que de la maison du chanoine; qu'il y retourna quand il eut su que son écolière était grosse ; et qu'il l'enlei'a de nuit , afin de l'épouser clandestinement, en attendant que ses parens lui permissent de l'épouser publiquement. Il n'avait nul dessein de l'épouser quand il l'enleva , et il ne prétendit jamais que son mariage dût être connu dans le monde.

6°. Uéloise ne lui dit point franchement quelle ne prétendait pas par ce mariage prii^er l'F.glue d'un docteur qui , selon son espérance , y serait bientôt un illustre prélat. Rien cle sem-

(69) Nota ad Hist. calamit. Abœlardi-

(70) Abœ'.ardi Oper.,^a^. ii. (-■i) yé la ffare^ en itigï , in-13.

ABÊLIENS.

blable ne se trouve dans la longue déduction qii'Abélard nous a laissée des raisonnemens d'Héloïse contre leur mariage. Voye=l'articled'HÉLoïsE(72).

^°. Il ne dit point qu'il l'ait épousée pour le repos de sa conscience : pourquoi M. Moréri veut-il mieux savoir les motifs de ce mariage qu'Abélard même ne les a sus ? 8°. Il ne fallait pas joindre ensemble les noces et le couvent d'Argenteuil : il y eut im milieu entre ces deux choses. Héloïse ne fut envoyée dans ce couvent que parce que son oncle la maltraitait, fâché de ce qu'elle niait fortement son mariage.

9°. C'est donc une étrange fausseté que de dire que ce mariage ne fut pas si secret que Fulbert n'en fût averti; car ce fut en sa présence qu'on bénit les noces dans une église. Posl paucos dies nncte secretis orationum i^igiliis in quâdam ecclesid celebratis, ibidem siimmo vtane, aidant ulo ejiis atque quibusdom nosiris uel ipsius amicis assistentibiis , niiptiali benedictione conj'œderamiir (73). io°. 11 n'est pas vrai qu'Abélard ait fait leçon à un grand nombre décoliers en Champagne, depuis que la mauvaise vie des moines de Ruis l'eut contraint d'y retourner, et dans le temps que l'abbé Sriger fit sortir les religieuses d'Argenteuil. Le père Lenfant a copié quelques-unes de ces fautes (74)"

(72) A la remarque (X).

(73) Abaelardi Oper., pag. i6.

(74) Len/ant, religieux dominicain , Hist. générale de tous les siècles, au 21 avril. C'est un ouvrage en 6 vol. in-j2^ divise selon les jours de Vanne'e^ et imprime' il Paris Van 1684.

ABELIENS OU Abéloniens, secte d'hérétiques qui s'était formée à la canijîagne , proche d'Hippone, et qui était déjà éteinte du temps de saint Augustin. Elle avait d'étranges principes, et peu propres à la faire durer (Aj. Elle ordonnait à chacun d'avoir sa chacune ; elle ne trouvait point bon et ne souffrait point que l'homme fût seul ; il fallait , selon les statuts de l'ordre , qu'il eût une aide semblable à lui ; mais il ne lui était pas permis de s'appuyer sur cette aide; je veux

direde s'unir corporellement avec sa feinme : c'était pour lui l'arbre de science de bien et de mal, dont le fruit lui était sévèrement défendu. Ces gens-là réglaient le mariage sur le pied du paradis terrestre , où il n'y eut entre Adam et Eve que l'union du cœur : ou plutôt ils se réglaient sur l'exemjîle d'Abel ; car ils prétendaient qu'Abel avait été marié , mais qu'il était pourtant mort sans avoir jamais connu de femme. C'était de lui que leur secte avait pris son nom («). Quand un homme et une femme étaient entrés dans cette sorte de société, ils adoptaient deux enfans, un garçon et une fille , qui succédaient à leurs biens , et qui se mariaient sous les mêmes conditions de ne faire point d'en— fans , mais d'en adopter deux qui différassent en sexe. Ils ne manquaient pas de trouver de pauvres gens dans le voisinage qui leur fournissaient des enfans à adopter. Voilà ce que saint Augustin nous en apprend {b) ; et comme il est presque le seul qui en parle, il faut croire que cette secte ne fut connue qu'en peu de lieux , et qu'elle ne dura pas long-teinps. On croit qu'elle commença sous l'empire d'Arcadius , et qu'elle finitsous celui de Théodose-le-Jeune. Tous ceux qui la coinposaient , réduits enfin à un seul village , se réunirent à l'église catholique.

(ni V^oyes Bocliart, Geogr. sacr-, lib. II , cap XP'I , qui croit que la fable de la continence d'Ada?ti pendant \io ans apiis la mort d'Abel a donné lieu au nom de ces hérétiques.

{b) August., deHcer., cap. LXXXriI.

Vide ibi Lambert. Danaeum.

(A) Peu propres h la faire durer.j

ABELLI.

C'était un état trop violent que celui de continence entre un liorcime et une femme qui avaient d'ailleurs toutes choses communes , et dont la société e'tait censée un vrai mariage 5 c'était , dis-je , un état trop violent pour durer beaucoup ; nutluni uiolentum durablle. Les abe'liens n'étaient que des encratites et des novatiens mitigés : ceux-ci condamnaient hautement le mariage ; les abéliens le louaient et le retenaient. Il est vrai que ce n'était presque que de nom : ils en aidaient l'apparence ; mais ils en reniaient ta force. Hi nonien quidem conjugii et nuptiarum retinueriint , fini aiileni et effectuni earuni prorsùs susLulerunt (i). S'ils avaient cru que le mariage était un sacrement, ils avu'aient été sur cet article ce que les zuingliens ont été sur celui de l'eucharistie : ils n'eussent admis que la figure , et point du tout de réalité. Or , c'est ce qui a dîl contribuer à l'extinction de la secte. Vous trouverez, dans le dictionnaire de Furetière (2), que

Boire et manger, coucher ensemble , C'est mariage , ce me semble.

Voilà l'idée naturelle qu'on se forme de cet état 5 et, dans cette idée, le dernier des trois attributs passe pour le principal, et pour la diflérence spécilique. C'est celui-là que l'on nomme la consommation du mariage : sans celui-là le contrat le plus solennel , les fiançailles, la bénédiction nuptiale, ne passent que pour des préliminaires dont on se dégage facilement. C'est celui-là qui serre le nœud et qui le rend indissoluble. C'est la fin , le but et la couronne de l'œuvre; c'est le non plus ultra. Il y avait donc peu d'apparence que beaucoup de gens, même après que la nouveauté du dogme serait passée , voulussent avoir le nom et le lien de gens mariés , et se priver de ce que le célibat avait dès lors de plus éclatant, sans goûter les fruits et les délices du mariage. Il n'a donc pas été nécessaire, quand j'ai dit que les principes de cette secte étaient peu propres à la faire durer , que je lisse quelque allusion au bon mot qu'on attribue à Si.^le V : JVon si cfiiai^a in questa religione , non dur ara (3). Les

fi) Danrciis in lib. Âugustiai de Hœres., cap.

Lxxxrii.

(ï) Furetière, au mot Mariage.

Ci) Confess. cathol. de Saacy , liv. I, chap. I.

adoptions y tenaient lien de générations ; et, à cause de cela , on ne pouvait pas dire des abéliens ce que Florus remarque touchant les premiers habitans de Rome : Bes eral unius œtatis, populus uirorum (4). Si d'autres causes ne s'en fussent pas mêlées, cette secte aurait pu durer éternellement : Per sœculorum millia ( increclibile dictu) gens œlerna est in qud nemo nascitur. C'est ce que Pline a dit des esséniens (5) , et ce que l'on dit tous les jours des moines.

(4t Florus , lib. T; , cap. I.

(5) Plinius, lib. r, cap. Wll.

ABELLI (Antoine), docteuren théologie , jacobin , abbé de Notre-Dame de Livri en l'Aulnoi , confesseur de la reine mère , et auparavant son jjrédicateur , fit imprimer des Serinons sur les lamentations de Jérémie, à Paris, l'an i582. Je ne fais que copier la Croix du Maine et du Yerdier- \au-Privas; et si je ne corrige point les fautes qu'ils peuvent avoir commises , au moins proposerai-] e mes doutes (A). Si M.

Moréri en avait fait autant, peutêtre saurait-on aujourd'hui la vérité ; car rien ne jjousse davantage les curieux à faire part au public de leurs éclaircissemens que l'aveu que font les auteurs qu'ils ne savent pas telle ou telle chose. C'est ce qui m'obligera à proposer souvent mes doutes. M.

Moréri avait tant d'occasions , que je n'ai pas , de consulter ceux qui pouvaient rectifier ces sortes de choses , qu'il devait plus faire ici que copier la Croix du Maine.

( A ) Proposerai-je mes doutes. ] Il me paraît un peu étrange qu'un jacobin jouisse d'une abbaye , et qu'on lui en donne le nom. Je ne connais point ôe pays en France qui s'appelle l'Aulnoi. Si l'on a voulu dire le Laonais , c'est une autre chose : mais d'ailleurs , je ne trouve aucune ab-

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