‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 3 sur 158 · DICTIONNAIRE DE BAYLE · texte numérisé non relu

DICTIONNAIRE DE BAYLE

Ijwle, décrié par un certain nombre .d'écrivains plus ou moins obscurs , a obtenu aussi quelques suffrages illustres. Le roi de Prusse disait que le Dictionnaire liistoiique et critique « est le Bréviaire du bon sens , et que c'est la lecture la plus utile que les personnes de tout rang et de tout état puissent faire. »

Voltaire , qui lui a donné place dans son Catalogue des écrivains du siècle de Louis A//^, lui rend hommage dans plusieurs de ses éci^its, soit en vers, soit en prose. Dans ses Lettres à S. A. monseigneur le prince dé^^ (Brunswick) , il le proclame c le premier des dialecticiens et des philoso- )) plies sceptiques. » « Ses plus grands ennemis, ajoute- t-il, » sont forcés d'avouer qu'il n'y a pas une seule ligne dans » ses ouvrages qui soit un blasphème évident contre la re- )) ligiou chrétienne ; mais ses plus grands défenseurs avouent » que, dans les articles de controverse, il n'y a pas une » seule page qui ne conduise le lecteur au doute et souvent )) à l'incrédulité. »

Ailleurs Voltaire s'écrie :

Qu'a servi contre iJayle une inf;hne cabale? Par le fougueux Jurieu , Bajle persécute' Sera des bons esprits à jamais respecté.

Le Dictionnaire historique et critique se compose de deux parties : le texte et les remarques. Ce sont ces remarques qui ont valu à l'auteur des éloges môme de ses antagonistes.

« Les titres de son Dictionnaire, sont, dit Crousaz , un

j- DISCOURS PRÉLIMINAIRE

» tissu alphabétique de crochets , où il suspend ce qu if

» trouve à propos.»

« Il avait , dans ses digressions ou remarques , l'art de » rappeler, dit Jean Leclerc, ce c[u'il voulait et qui valait » souvent mieux ou qui était plus curieux ou plus singulier » que la matière principale. »

Malgré le mérite reconnu du philosophe de Rotterdam , aucune couronne académique n'a cependant, jusqu'à présent , été décernée à un Eloge de Bajle. Mais , il faut le dire, lorsqu'en 1772, l'académie de Toulouse proposa pour sujet de prix de 1773 l'éloge de Bayle , une lettre de cachet fit défense de le traiter, et l'académie substitua au iioni cl un proscrit pour cause de religion , le nom d'un canonisé , saint Exupère , évêque de Toulouse au IV. siècle.

Les Toulousains n'avaient, au reste , pas attendu jusques-là pour honorer « un des plus grands hommes que la France )) ait produits. Le parlement de Toulouse , dit encore Vol- )) taire (i) , lui avait fait un honneur unique , en fesant va- » loir son testament c[ui devait être annulé comme celui « d'un réfugié , selon la rigueur de la loi , et qu'il déclara » valide comme le testament d'un homme qui avait éclairé » le monde , et honoré sa patrie. L'arrêt fut rendu sur le n rapport de M. de Seneaux , conseiller. » A ceux qui arguaient de la mort civile prononcée contre tous les réfugiés , Seneaux répliquait : C'est pendant In cours menu de cette mort civile que son nom a obtenu le plus grand éclat dans toute VEurope.

Bayle était mort le 28 septembre 1706. Un siècle après , il fut question de lui élever un monument. On ne recevait pas de souscription à moins de dix francs (2). Le moment n'était pas favorable, et le projet n'eut pas de suite. Le gouvernement d'alors n'eut pas besoin d'arrêter un zèle qui n'existait pas 5 Bayle, trop peu lu , ne pouvait exciter l'intérêt que d'un très-petit nombre de personnes.

Il paraît qu'Antoine Bret, connu par son édition de Molière, avait eu vers 1760 le pi^ojet de donner une nouvelle édition du Dictionnaire de Bayle (3) ^ mais Bret est moit en 1792 , sans avoir donné suite à ce projet.

Feu M. Desoer, qui en 18 17 donna un grand élan à la librairie française par la publication de sou prospectus des

1,1) Notes du troisième Discours sur l'homme. {1) Voyez Journal de Paris du 19 février 1806. (3) Lettre de Voltaire à IJret du 10 octobre 1761,

DE LA ONZIEME EDITION. iij

OEuures de Foliaire , eut presqu'eu même temps l'idée de réimprimer Bayle. Lorsqu'il m'en parla, je venais de m'engager à donner des soins à une édition des OEuvres de f oit aire (4) 5 et nous ajournâmes le Bayle à trois ou quatre ans. Le prospectus n'en fut donc publié qu'en août 1820* et le premier volume parut en octobre de la même année. C'était la onzième édition du Dictioruiaire de Bayle. Mais, avant de parler des travaux que j'ai faits pour cette édition, j'ai à jeter un coup d'oeil sur celles qui l'ont précédée.

Je n'ai toutefois fait entrer en ligne de compte , ni le Projet etfiai^vwiits d'un Diclionnaiie critique, Rotterdam, chez Reinier Leers, 1692, in-8°. (5) , ni V Extrait du dictionnaire historique et critique, l'^G'j ou 1^80. 2 volumes in-8, avec un Avant-propos qu'on sait être du roi de Prusse.

l6()'j. Première édition.

La première édition est celle de Rotterdam , 169^, deux volumes en quatre parties in-folio. Chaque volume a sa pagination. L'impression n'en était pas achevée que le libraire en avait vendu tous les exemplaires. Il augmenta le tirage des feuilles qui n'étaient pas encore imprimées , et réimprima tout ce qui précédait , c'est-à-dire , depuis la lettre A

(4) Je n'ai point fini cette édition entreprise par madame Perroneau et compagnie ; les premiers volumes avaient e'té très-bien accueillis , et l'oo augurait si bien de cette édition, que .M. Brunet la recommande dans l.i troisième édition de son HJaniiel du libraire , tom. 111 , pag. 576. Je n'avais encore publié que vingt-neuf volumes sur cinquante qu'elle devait avoir, et je n'en ai en tout donné que trente et un ( savoir les tomes 1 à XXill , et XXV à XXXII ). Les entrepreneurs ayant, sans raison plausible, rompu notre traité, et chargé un autre homme de lettres de finir l'édition , furent condamnés à me payer des dommages - intérêts. Je ne puis dire si le continuateur choisi par madame Perroneau a fait mieux ou pire que je n'aurais fait : mais je puis assurer que j'aurais fait autrement que lui. Je n'aurais pas supprimé le conte du Crocheteuv borgne qui est dans rédition de Kehl \ j'aurais rétabli plus de "vingt pages dans le volume des Elémens de la philosophie de IVe^vion; je n'aurais pas oublié de donner dans les derniers volumes les pièces promises par des notes des premiers , etc. , etc. J'aurais eu Pattention de mettre les diflérens morceaux dans les Aolumes où j'avais promis de les donner. Sans doute j'aurais commis quelques fautes ; mais il m'eClt été impossible , je le reconnais, d'y être aussi plaisant que mon continuateur, qui , page 97 de son ^o". volume, cite des l'ers de f^oltaire ( mort comme chacun sait en 1778) sur la mort de niademoiselle Clairon , qui n'est morte que vingt-cinq ans après le poète. Je ne sais si j'aurais mérité les éloges, en partie anticipés, que fait de mon travail le iManuel du libraire; mais ces éloges mêmes me fesaient un devoir de donner l'explication qu'on vient de lire.

(5) Voyez ce qui est dit de ce Projet dans la P^ie de Bayle par Desmuizeaux. que j'ai placée dans le tome XVI-

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