‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 43 sur 158 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

aïo

ADAM

voyé à Loudun pour y prêcher en quelle année le père Aciam fui pendant que ceux de la religion le procureur de la province de

Champagne à Rome : la Bibliothèque des jésuites ne le marque pas {g) ; mais elle m'apprend qu'en 1674 il était supérieur de la maison professe à Bordeaux. Je pense qu'il mourut dans cet emploi en-

y tinrent un synode national ,

sur la fin de l'année i65c). Ce fut

apparemment ce qui l'engagea à

la composition d'un ouvrage qui

l'a fait connaître aux protestans

de France plus qu'autre chose,

et plus que bien des auteurs de viron l'an 1680. Il avait publié

la première volée n'en sont con- quelques sermons de controverse ^ '^ ' ' ' ' sur la matière de l'eucharistie, qui fut l'évangile du jour par toute la France pendant la querelle de M. Arnaud et de M. Claude : il les avait, dis-je, publiés depuis l'impression de l'ouvrage du père Sotuel , et il les avait prêches , je pense , dans le fort de cette contestation. Ils ne sont pas mal tournés ; mais ils tiennent un peu trop du dramatique par le personnage d'interlocuteur qvi'ou y donne quelquefois à M. Claude.

Je n'en parle que par ouï-dire.

Le père Adam passa par les mains du père Jarrige , mais beaucoup plus doucement que plusieurs autres , et il en fut quitte à bon marché (K). Au reste , il ne fut pas le premier qui parla peu obligeamment de saint Augustin (L), et qui tâcha de persuader que saint Paul outrait les choses* par son tempérament trop vif (M).

(g) Pexit collegium Sednnense in prot'inciâ Campanice , à f/iiâ electiis est Prvciirator ad iirbim. Sotuel, BiLlioth. Sociel. Jesu, pag. 397.

• Au chapitre JI du livre II de la Confession de Sancy , il est parlé dUtn frère Gilles qui disait (pie S. Paul se serait bien passe de dire beaucoup de choses qui sentaient le fagot. Rem. Crit.

Z. J. Leclcrc nie que le père Adam ail pris à tache de persuader que saint Paul outrait les choses.

nus. Jn ministre de Poitiers (e) , ayant changé de religion peu après la clôture de ce synode , écrivit une lettre où il critiqua fort malignement le ieûne que cette compagnie avait ordonne a toutes les églises réformées du royaume (/). M. Daillé , qui avait été le modérateur de cette assemblée , répondit à la lettre de cet ex-ministre. Celui-ci lui répliqua:

le père Adam voulut être de la partie , et publia une réponse à l'écrit de M. Daillé (H), l'an i6(ïo.

M. Daillé leur répondit à tous deux dans un même livre. Il n'a peut-être jamais fait d'ouvrage qui lui ait mieux réussi que celui-là , ni qui ait été tant lu par toutes sortes de gens , parmi ceux de la religion ; et voilà pourquoi le père Adam , qui s'y trouve presque à chaque période , et souvent sous un caractère d'esprit qui fait impression , leur est plus connu que cent auteurs qui le surpassent. Cet ouvrage de M. Daillé demeura sans repartie (I) , et il ne faut pas s'en étonner : ceux qui auraient dû répliquer n'étaient pas de la force d'un tel adversaire , qui , même dans une mauvaise cause , aurait pu les mener battant. Je ne sais point

(e) ri s'appelait M. Cottibi.

(/) yojyez la Vie de M. Daillé, pag. 33 et

(A) yi été un fameux prédicateur.^ Voyez la lettre que M. de Balzac lui écrivit le i5 de janvier )C>^3 (i) , après

(i) Cetti' Lettre est la onzième du livre III de

ADAM

avoir lu les (fiiinze sermons qiie ce jesuife lui avait envoyés.

(B) On lui eilt interdit la chaire.^ C'est ce que nous apprenons d une lettre de Guy Patin . écrite le 13 d'avril i65o. Notre archet'cque , dit-il , a défendu ta chaire a M. Brnussel , docteur de IVauarre et chanoine de Saint-Honoré , qui est grand janséniste et point du tout mazarin , pour a^'oir prêché depuis trois jours un peu trop hardiment. Le père Adam jésuite etit éprout'é la même rigueur pour avoir prêché contre saint yiuguslin dans l'église de Saint-Paul , et V avoir appelé l'Africain échauffe , et le docteur bouillant, sans le crédit des jésuites et des capucins , qui en ont détourné l'archevêque (3).

'Cj // eut assez de bonne foi , etc.] Il faut entendre ceci cum grano salis , avec quelque restriction : et l'on se tromperait si l'on s'allait figurer que ce jésuite ne retint rien des obliquités artificieuses de ceux qui ont prétendu que saint Augustin n'est favorable, ni aux calvinistes, ni aux jansénistes 5 car dans le même sermon qui excita tant de plaintes, et qu'il divisa en deux parties, il destina la seconde à montrer par la doctrine de ce père , que Jescs-Chbist était mort pour tous les hommes j sans en excepter aucun ; et il avait déjà publié un livre intitulé Citlvin défait par soi-même , et par les armes de saint Augustin , qu'il avait injustement usurpées sur les matières de la grâce , de la liberté , de la prédestination '3'. Or, il ne faisait aucune dillîrulté de dire que Jansénius et Calvin enseignent la même chose sur les matières de la grâce , et il répondit peu de jours après son sermon à quelqu'un qui lui en reprochait l'excès : Je ne crains rien ; personne ne peut attaquer mon sermon ni mon livre de la Grâce , qu'il n'entreprenne de soutenir Calvin ('4)- Qu'est-ce donc que l'on doit entendre par la bonne foi que je lui donne? On doit entendre que la liberté avec laquelle il expliquait ses pense'es sur les défauts de

la première partie des LeUres choisies , pag. ïoC), e'dit. de Hollande.

(2 Patin, Letire XXXVII, pag. 162 du toin. /, edit. de Genève., en i6<)i , în-12.

(3) Défense de saint Augustin contre le père Adam , pag. 2.

(4) Là même.

saint Augustin marquait clairement qu 11 voulait bien que l'on sOt qu'il ne tenait pas saint Augustin pour un Tn^ r "'''^ de foi dans ces matières.

{D) Les jansénistes ne laissèrent pas tomber cette incartade. ] Peu de jours après ils publier, nt un écrit de soixante pages in quarto, dont voici le titre : Dejense de saint Augustin contre les erreurs , les calomnies , les in- ^ectives scandaleuses que le père y4 dam jésuite a prêchéts dans léglist deSaint- J^aul , le second jeudi du carême sur ce texte de l'évangile de la Chananée : « Je ne suis envoyé qu'aux bre- ■» bis perdues de la maison d'Israël. » Ils l'accusèrent d'avoir dit : « 1°. Que « saint Augustin était embarrassé"" et » obscur en ses écrits , qu'étant un » esprit africain , ardent et plein de " chaleur , il s'était souvent trop em- M porté , était tombé dans l'excès , M avait passé au delà de la vérité, en J) combattant les ennemis de la grâce, » comme il arrive quelquefois ({u'ua » homme qui a dessein de frapper son » ennemi , le frappe avec tant de vio- » lence, qu'il le jette contre un ar- » bre , et lui donne un contre-coup , » contre son intention 2° Que saint » Augustin même, en établissant con- « tre les pélagiensle péchéoriginel, s"é- » tait emporté jusqu'à l'excès de l'er- » reur, en disant que le péché origi- •n nel était puni dans les enfans qui ') mouraient sans baptême , de la » peine du feu et du dam. 3°. Que " saint Augustin n'était pas bien assu- » ré en ce qu'il a écrit, puisque, sew Ion la remarque de M. Gamache , )> il a changé trois fois dans la ma- )) tière de la grâce. » Ces reproches et quelques autres de cette nature avaient déjà paru dans un livre da père Adam. Ceux qui n'auront pas ce livre les trouNeront dans un ouvrage qu'il est facile de consulter ; je veux dire dans les f^indiciœ Aitgustinianœ , où le père Adam est le premier des adversaires modernes de saint Augustin que le père Noris ait réfut('s.

(Ej Qui se rapportait à l'inspiration des écrivains canoniques.^ a Que per- )) sonne ne s'étonne si le père Adam a » dit en son sermon, que saint Au- 3) gustin a excédé par l'ardeur de soa )) zèle , puisqu'il a écrit dans un mé- » chaut livre plein de faussetés et

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» d'erreurs (*) , que celte faiblesse » n'est pas si criminelle que Dieu ne » la souffre en la personne des auteurs i) qu'il inspire, et que nous appelons

i> canoniques et que le Jeu naturel

» de saint Paul était bien capable Je » le porter dans des expressions de ceti> te nature.... Pour prouver qu'il y a M qne]qiiefois de la faiblesse dans les )) auteurs canoniques , et qu'ils par- » lent suit'ant leur imagination dans » l'expressiondes choses que Dieu leur M a révélées,, il dit que lorsque le n prophète Elie se plaint de l'impiété j) de son siècle, il dit a Dieu , que la » foi est éteinte dans le cœur de tous ■» les hommes, et qu'il est resté seul de » tous ceux qui l'adoraient sur la » terre... David assure que l'on n'a » jamais uu plus de désordre et plus )> de corruption que de son temps , » qu'il ne se trouve pas un seul homme » qui fasse une bonne action. » Voilà le dogme que les censeurs du père Adam lui reprochèrent. Il en résultait que la doctrine inspire'e , et l'espression de l'inspiré , étaient deux choses différentes ; que Dieu était l'autenr unique de la première ; mais qu'il laissait l'autre à l'imagination de celui qu'il inspirait, et qu'il n'empêcliait pas que cette imagination n'allât plus loin que le Saint-Esprit. C'était sans doute la pensée du père Adam ; car l'exemp'e d'Élie et de David , qu'il allègue, ne servirait de rien à un homme qui serait persuadé que Dieu révéla qu'Elie était le seul adorateur du vrai Dieu , et qu'au temps de David il n'y avait pas un seul honnête homme sur la terre. 11 faut donc que celui qui emploie ces exemples soit persuadé que Dieu n'avait point révélé cela , mais seulement que le nombre des gens de bien était petit.

Sur ce pied-là , l'imagination de l'inspiré rend universel ce qu'on lui donne avec restriction : elle tombe dans le sophisme, à dicto secundiim quid , ad dictuni simpliciter ; en un mot , elle sophistique la révélation, elle trompe l'Église, elle ment. Les jansénistes ne manquèrent pas de s'écrier que cette doctrine était impie , et qu'elle ouvrait la porte à mille attentats contre l'autorité de l'Écriture (5) : Car si Dieu

(*) Troisième partie, chap. Vn,pag. 622. (5) DéTeDsc de saint Augustin contre le père Adnm , pag^. 11.

souffre, dirent-ils (6) , quelque faiblesse dans les auteurs canoniques qu'il inspire ; s'ily a un feu naturel en saint Paul, qui ne soit point celui de Dieu, tout ce qu'un libertin ou un hérétique trouvera dans les livres saints contre son sentiment , il dira que c'est ce qui vient de la faiblesse ou du feu naturel de l'homme et non de l'esprit de Dieu... Vouloir reconnaître dans l'Ecriture quelque chose de la faiblesse et de l'esprit naturel de Ihomme, c'est donner la liberté a chacun d'en faire le discernement, et de rejeter ce qu'il lui plaira de l'JEcriture , comme venant plutôt de la faiblesse de l'homme que de l'esprit de Dieu.... Le libertin dira que le feu de l'enfer ne durera pas toujours, et que lorsque saint Matthieu a dit , allez maudits au feu éternel , cest une expression excessive , pour marquer la longue durée et la grandeur des peines préparées aux méchans, suivant l'imagination de cet évangéliste (7). Ces messieurs prétendirent que le V)ère Adam n'en avait jamais usé ainsi que pour se pouvoir défaire des earpressions de saint Paul , qui lui sembleraient dures et contraires h ses sentimens , et pour enseigner l'art de se jouer de la force invincible des paroles du docteur des nations sur la grâce et sur la prédestination divine, aussi-bien que celles de saint Augustin, S'il se voit pressé par le chapitre neuvième de l'épîlre aux Romains , où saint Paul dit, que Dieu fait miséricorde à celui qu'il veut, etendurcit celui qu'il veut , il pourra répondre que c'est le feu naturel de saint Paul qui l'a porté dans des expressionsde cettenature^ que cest la faiblesse que Dieu souffre dans les auteurs canoniques ; que c^est l'expression d'une chose révélée suivant l'imagination , le naturel et le tempérament de saint Paul (8). Je ne rapporte point ce qu'ils repondaient sur ce qui avait été cité d'Élie et de David : je dirai seulement qu'ils trouvèrent une grosse erreur de fait dans la première de ces citations^ car l'auteur canonique qui a rapporté la plainte d'Élie , ne l'a point rapportée comme l'expression d'un homme inspiré, mais comme l'expression d'un homme qui se

f6) Là même.

7) Là même , pag. i6.

(8) Conférex ce qui esl dit page Î74 '^^ ''Avis aun Réfugiés.

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trompait, et à qui Dieu reve'la qu'il se trompait. Ainsi cet auteur, en rapportant une fausse plainte d'Elie , ne s'est nullement ëcarle' de Tesactitude la plus historique. Ces messieurs firent souvenir le public , que « eutre » les propositions extraites des leçons i) publiques des jésuites de Louvain , i> reconnues par eux, et censurées par }> les facultés de Louvain et de Douai , i> l'an id88, l'on voit les deux sui- 3) vantes : i°. -^Jin que quelque chose » soit écriture sainte , il n'est pas né- » cessaire que toutes les paroles soient i' inspirées du Saint-Esprit, 2°. // » n'est pas nécessaire que toutes les » i>érités et toutes les sentences soient » immédiatement inspirées par le Saint- » Esprit à l'auteur sacre. « Mais ces deux propositions-là , quelque qualification qu'elles méritent d'ailleurs , sont bien difl'e'rentes du dogme du père Adam , et infiniment moins dangereuses (9).

Je me suis e'tendu sur ceci , parce que j'ai remarque' que c'était un fait qui a été ignore de ceux qui, à l'occasion des sentimens de quelques théologiens de Hollande, ont tant écrit pendant ces dernières années sur l'inspiration des livres sacrés. Au reste, toutes les communions ont leur père Adam : il se trouve partout des écrivains , à qui d'autres doivent faire la même leçon qui fut faite à ce jésuite. Voici celle que M. Saurin , ministre d'Utrecht , a faite à M. Jurieu , ministre de Rotterdam (10): « La compa- » raison qu'a faite M. J. , del'imagina- » tion des prophètes, laquelle a reçu )> des impressions d'en-haut avec une » l'oue qui , étant mise en branle , ne » cesse pas d'aller quand la main j) cesse de la remuer (11), est encore » uue autre profanation. Car, s'il ne » l'a point appliquée aux grands pro- » phètes , cela y va de plein droit : » ou bien il devait montrer que leur » imagination ébranlée ne roulait pas » au-delà de l'impression, par sa pro- » pre impétuosité , de même que la i) loue que l'on a mise en branle,

(9) Voyez la Réponse de M. Simon aux senliïiicus de ({Uf^lques théologiens de IloUande , cliap. XII ; el son Histoire critique du Nouveau ■J r^ilamenl, chap. XXIII. Voyez autsi /aBililioiViéqiie universelle, lotn. X, pag. iSa, loin. XI, ijug. 80, el tom. XIX, pag. ijgg.

(10) En 1692.

Ùi) y^oiei'/rt XX^. Lettre pastotaledc 1689.

" comme il dit quecela arrivait à d'au- « très inspirés, en qui Dieu produit « ces moui'emens extraordinaires pour 3) signe et pour prodige , et qui uont » soutient plus loin qu'ils ne de- J> fiaient. A quelle marque veut-il que » l'on reconnaisse ces gens là que Dieu )» envoie pour signes, si leur imagi- » nation une fois remuée confond » ce qui vient de Dieu avec leur folie, }> et s'ils débitent le vrai et le faux » avec l'extérieur de gens hors du 3> sens , et qui sont dans un mouue- }> ment déréglé. Ce mélange d'inspiraî) tion divine et d'extravagance ca- » chéessouslemêmeextérieurqui res- )) semble à la manie, blesse l'idée que )> nous avons de la sagesse de Dieu « (12) )). 11 y a des gens d'une imagination si ardente , qu'ils ne rapportent jamais, sans l'outrer, cequ'onleur adit.

Ils se contentent de retenir la chose , et ne se chargent pas des expressions de celui qui leur a parlé : ils en substituent d autres, qui sont revêtues de tout leur feu , et par conséquent une image peu fidèle de ce qu'on leur avait dit. Ces gens-là croient aisément que les prophètes et les apôtres ont ainsi traité les idées que le Saint Esprit leur communiquait.

(1) La i'ersion qu'il ai'ait faite des hymnes en i>ers français {ii) ."] Ce qu'on trouve là-dessus dans la IX*. partie des difficultés proposées à M. Steyaert, mérite que je le rapporte : « Il y a » long-temps qu'un livre de prières n'a » été plus estimé que celui qui a pour » titre : L'Office de l'Eglise et de i> la f^ierge, en latin et en fran- 1) cais , auec les Hymnes traduites en )) i^ers : qu'on appelle autrement Les » Heures de Port-Royal. Il s'en fit en )) un an quatre éditions : ce qui donna •f> tant de jalousie aux jésuites, qu'il ■» n'y a rien qu'ils n'ayent fait pour )) les décrier. Ils y firent de méchantes r> objections, qui furent aussitost rei> poussées. Ilsy op[)osèrent les Heures » du père Adam, sous le nom d'Heures » catholiques , comme si les autres w eussent esté hérétiques. Les hymnes )' v estoient aussi ti-aduites eu vers; » mais si ridiculement , que cela ne fit

{12) Saurin, Examen de la Doctrine de M. Jorieu , pour servir de réponse à un libelle intitule Seconde Apologie de M. Jurieu , png' 21.

(i3) Voyez la République de M. Vt^Mi- . part. II , pa'^.' ig ; pari. III , pa§. ï34 el 4j4-

2i4 ADAM.

■» que relever l'e'clat de celles de Port- Charenton nomme' M.

» Koyal. Enfin , ils les déférèrent » l'inquisition àf home, et einployè- )) rent tout leur crédit pour les y faire n condamner (i4)- " Le cardinal Spada lit entendre à M. de Saint-Amour, que si Ton accusaitautribunal de Flnquisition cet ouvrage du père Adam, elle le condamnerait. M. de Saint- Amour répondit , que si tes Heures qu'il défendoit avaient à esira flustritts... il aininit autant quelles le fussent seules, que dons la compagnie de celles du père Adam, et qu'il ne ju

AUix , croiraient, sans hésiter, que le père Adam a fait un livre contre lui , s'ils n'avaient point d'autres lumières que celles que l'article de ce jésuite fournit dans le continuateur d'Alegambe : et voilà comment les moindres fautes sur les noms propres sont capables de faire illusion aux lecteurs. Un homme qui aurait pris une fois M. Allix pour VAllius de ce continuateur, serait capable de le mettre au catalogue des enfans célèbres , et de l'envoyer à M. Baillet(i6j , comme une addition 5

geoii pas qu'il fallust accoutumer ces car il le croirait imprimé dès l'année pères a composer un méchant lii're , 1660 , et réfuté par un jésuite fa dès qu'ils en verraient paroistre un boa , qui ne leur plairait pas , dans l'espérance qu'ils auraient de Juire condamner l'un et l'autre , sous ombre de tenir la balance égale , et de

meux.

(I) Cet ouurage de M, Daillé demeura sans repartie.'} Les curieux ne seront pas fâchés de voir ici ce f(ue le fils de cet habile ministre a observé

mettre lu paix entre Its uns et les au- touchant ce livre. // est entre les

très (i5j.

(G) Comnirncèrent e/z i65o , et finirent en i65i ] Le père Sotuel ne marque que cinc| ouvrages du père Adam'^ Le dernier est sa Réponse à une lettre de M. Daillé , et parut en 1660; et voici les titres des précéderis : Cali'inus a seipso et à sancto j4ugustina projligalus , Parisiis, i65o, in-S" j Psalmi JJat'idis , latine et gallicè , cum canticis undecim , quibus ulLtur Ecclesia,Pâris'ns , i65i, in-i

mains de tant le monde, dit-il, et il a été si bien reçu , qu'an en a drja fait deux éditions. Ceux de notre cantmunian, pour lesquels il était fait principalement ,y troui'enl auec satisfaction In plupart de nos controverses traitées d'une façon fort capable de les instruire , et notre religion justifiée de tous les blâmes dont ses ennemis la chargent ordinairement. Et si l'on peut tirer quelque avantage du silence de nos parties , il semble qu'ils nient

Fidelium Régula , ex sacra Scripturd passé condamnation eux-mêmes , puis-

et sanrtis Patrihus deprompta , Parisiis , ifiSi , in-12; Prêtes cathalicœ , latine et gallicè , Parisiis, i65i , in-8 et 12.

(H) Une réponse à l'écrit de M.

Daillé.'] Le })ère Sotuel intitule cet ouvrage, Responsum ad Epistolain D.

.Alla Ministri CharenUmensis Hœretici. C'est latiniser misérablement le nom de M. Daillé, et c'est une mar-

que jusqu'à présent ils n'y ont rien opposé, ni l'un ni l'autre , quoiqu'ils aient souvent promis le contraire , et qu'on leur en ail fait des reproches plus d'une fais (17). M. Daillé le fils venait de dire une chose , qui insinue manifestement que le père Adam fut le convertisseur du ministre Cottibi. Je dois donc la remarquer comme l'une des prouesses de celui qui fait le sujet

que que le père Sotuel ne lisait guère de cet article. Écoutons donc encore

1„„ 1; t . /-. - . f^;, ri.-i. •-.. j- m T^:lI'

les livres de controverse. Car où est le controversiste à qui les livres latins de M. Daillé soient inconnus, et qui ne sache, par conséquent , que ce ministre se nommait en Latin Dallœus ? Tous ceux qui savent confusément qu'il y a eu un ministre de

(14) DiflScuIlés proposées à M. Steyaert, IX^. part. , pag. 42.

(i5) Là même , pag. 45.

* Joir donne le lilre de onze. Le quatrième intitulé^ le Ti>niboan du Jansénisme , et les cinq lleimeii avaient été oniis par Sutuel.

une fois l'historien de M. Daillé « Non-seulement le néophyte romain, 3> qui était la partie intéressée, se dé- )j fendit lui-même, en mettant au >' jour une assez grosse réponse; mais , J) de plus, comme si sa cause n'eût » pas été en siireté entre ses mains , )) il vint à son secours un fameux

(16) Il publia en 1688 un livre intitulé. Des Enfans devenus célèbres par leurs études, ou par leurs écrits.

(17 Abrégé de la Vie de M. Daillé , pa^. 'i^. H fut imprimé Cajt 1670.

AD

» jesiiife , de qui quelqu'un de sa » communion a dit qu'il n'est le prej) mier homme du monde que de nom )' seulement. On entend assez par )) là que c'est le père Adam , qui , «pour soutenir SON PROSÉLYTE , fit pa- » raître en m^me temps que lui une 5) seconde réponse , à peu près de ■» même taille et de même force que la » sienne. »

Ce previicr homme âa passage qu'on vient de lire m'a fourni dans la première e'dition de ce dictionnaire une note marginale, qui fera présentement une partie du corps de cette colonne. Voici ce que c'est : « J'ai ouï dire que >' la reine mère, ayant demandé à un « grand seigneur, qui l'avait accom- » pagnée à un sermon du père Adam , » ce qu'il en pensait, il la remercia )i d'y avoir été si bien convaincu de j) l'opinion des préadamites. On lui J> demanda l'explication de cette é- >) nigme ; il répondit : Ce sermon m'a ty fait ijoir très-clairement qu Adant '> n'est pas le premier homme du » monde. » Vous trouverez ce conte dans la suite du Ménagiana (i8j, et vous y apprendrez que le grand seigneur qui répondit cela à la reine était le prince de Guémené, et que le sermon qui donna lieu à ce bon mot , Jut très - mal reçu a la taille et à la cour (19). Le père Adam y tit une comparaison fort odieuse des Parisiens ai'ec les Juifs qui aidaient crucifie IVotre- Seigneur. Il compara la reine h la P^ierge, et le cardinal Mazarin a saint Jean l'euangélisle. Notez f[ue d'autres donnent ce bon mot à Benserade. Lisez sa Vie , au-devant de la dernière édition de ses OEuvres (ao).

(K) Il en fut quitte a bon marché-l Je trouve trois passages qui le concernent, dans les libelles de l'ex-jésuite Jarrige. Voici le premier : Le père Jean Adam , l'un des meilleurs prédicateurs qu'ils ayent , interprétait a ttneursutine du couvent de Saint-Macnire le Traité de la Génération , et parlnit ai'ec autant de clarté des parties qui contribuent h la procréation des ert/'ans, que le sieur du Laurent

(18) Page 3q de l'édition de Hollande.

(iq) Ce fut un Sermon de la Passion, prêché par le père Adam, à Saint-Germain de l'kuxerrçis.

(20) Celle de l'an 1C97.

AM. 2i5

dans son Anatomie (21). Le second contient ces paroles : Tous ceux qui, l'an \Q\Q , estoient dans le collège de Poitiers, scawent les querelles de Jean Adani et de Jacques Biroat , deux personnes les plus considérables de l'ordre. Ils se sont si hostilement atta ■ quez, qu'ils ont fait paroistre, par un secret de la Providence de Dieu , leurs puantes ordures, et Jacques Biroat a demeuré convaincu , etc. (il).

Le troisième porte que le plus excellent de leurs hommes de chaire, nommé Jean Adam, estfi!s d'un couturier {^i).

De ces trois passages, il n'y a que le premier qui puisse faire du tort à la mémoire du père Adam; car le second fait tombersur la tête du seul biroat les orduies (jui se découvrirent en conséquence de leur démêlé. Ainsi tout ce que la chronique scandaleuse et les anecdotes avaient révélé au père Jarrige , concernant le père Adam, se réduisait à quelques leçons d'anatomie, faites à une religieuse, sur la génération des enfans. Encore un coup , c'est sortir à peu de frais des mains de Jarrige, on me l'avouera , pour peu que l'on fasse réflexion sur le caractère de son ouvrage. Si cet auteur nous avait dit l'ilge de la religieuse, nous pourrions plus sûrement juger de la faute. Parler de CCS chosesavec unejeune religieuse est sans doute un grand péché , à cause qu'il est moralement impossible qu'une telle conversation n'excite des sentimens impurs; mais je voudrais bien qu'un casuiste de bon sens, qui ne fût ni trop relâché, ni trop rigide, examinât cette question ; Une reli-

fieuse , d'un âge si avancé qu'elle coûterait une leçon d'anatomie sur les organes de la génération avec la même indifférence que l'e.rplication des parties de l'oreille, pècherait-elle par la curiosité d'entendre cette leçon ? Je crois qu^on m'avouera qu'il est fort permis à une femme, de quelque condition qu'elle soit , de savoir tout ce c[ui se dit touchant la circulation du sang. Ce n'est point un péché à elle de savoir que les plus subtiles parties du chyle passent des intestins aux veines lactées, et de là successive -

(21) Jarrige, jésuite, mis sur lechafauil , Chap. X.

(22) Là même.

(23) .Tarrige, Réponse à Jacqncs Beauféi , chap. XIV.

ADAM

ment dans le réservoir de Pe'qiiet , dans le canal tliorachiqne , dans la veine soiiclaviôre, dans la veine cave, dans le ventricule droit du cœur, dans l'artère du poumon , dans la veine du poumon, dans le ventricule gauche du cœur , dans l'aorte. Elle peut savoir sans pe'clië le jeu des valvules qui sont aux extre'raite's des veines et des artères, les anastomoses, la sécrétion de l'urine, etc. Pourquoi serait-elle donc criminelle d'achever tout son cours d'anatoraie , et d'e'tudier exactement tout ce quisedit sur les parties , tant intérieures qu'extérieures, qui sont destinées à la procre'ation des enfans ? Le crime ne saurait consister dans la simple connaissance de ces choses : il faudrait donc qu'il consistât dans lespense'es impures quLaccompagneraient , qui pre'céderaienl, qui suivraient cette etude-là :

mais j'ai suppose' qu'on fût dans le même calme que si l'on e'tudiait l'anatomie de l'oreille. Voilà le cas et l'espèce sur quoi il faut raisonner. Ne m'èrigeant point en casuiste, je donne la chose à décider à qui il appartiendra j et je dis seulement <pie , pour ]"ouer au plus sur, il vaut mieux que es personnes qui ne sont pas de profession à devoir connaître ces choses , et surtout celles qui ont fait vœu de continence , n'aient jamais une telle curiosité, et ne la contentent jamais : de sorte que le père

Le père Adam, quatre jours après son sermon , avoua à une personne qui lui représentait !e préjudice que cette prédication pouvait causer. Que Gabriel à Porta , jésuite , disait souvent qu'il serait a désirer que jamais saint y4uffuslin n'eût écrit de la Grâce (aS).

Long-temps avant la naissance du jansénisme, il y avait eu des théologiens qui avaient déclaré fort librement que saint Augustin poussait les choses trop loin , et que, quand il avait en tête certains adversaires , il s'éloignait de leur erreur si ardemment, qu'il semblait passer jusqu'à l'extrémité opposée : par exemple, qu'en combattant l'erreur des pélagiens, il semblait s'avancer trop vers celle des manichéens, et qu'en combattant les manichéens , il semblait adopter l'hérésie de Pelage. Un Irlandais, nommé Paulus Léonardus , cite là dessus Génebiard , Cornélius Mussus, évêque de Bitonte , Cajetan, et Sixte de Sienne (a6). Mais le père Annat en cite bien d'autres, dans le même livre où il s'eftbrce de prouver que saint Angustin n'est point du sentiment de .Tansénius (ay). Voyez ce que le père Noris a répondu à cette grandi' nuée de témoin";, produite contre ce grand évêque d'Hippone. Quelques protestans ne s'éloignent pas de cette pensée, que saint Augustin outrait les choses. Je ne parle pas du Commentaire Philosophique (aSj, où l'on approuve en quelque manière le

Adam n'aurait pu convenir du fait , jugement du père Adam ; ni de la Bi-

sans avouer qu'il était tombé en faute. La plus grande charité des gens n'irait guère qu'à ceci : c'est que son auditrice en était logée à la maxime , amare liceat , si poliri non licetT DUnt caremus i'eris , gaudia Jalsa jut^ant.

(L) Il rie fut pas le premier qui parla peu obligeamment de saint Augustin.'] M. Sarrau écrivit à M. de Sauinaise , en 1646, que les jésuites disaient tous les jours eu chaire, que saint Augustin n'était point la règle delà foi, et que, pour se débarrasser des objections qu'on lui faisait, il avait avancé bien des choses indiscrètement. IVon est hic paler rei^ula ftdei. Ut se expedirel ab argumentis hœreùcoriuii sui tempnris , milita libérais et inconsideratiiis dixit, quibus non tenemiir (24).

{^l\) Vide Epistol, Sarravii , pag. irjG.

bliothéque Universelle (29), où saint Augustin est représenté tout tel que le père Adam l'aurait voulu : je parle de M. Daillé, qui , non-seulement enveloppe saint Augustin dans l'accusation générale qu'il fait aux Pères , de sembler donner dans un précipice , quand ils en fuient un autre (3o); mais qui l'accuse aussi d'avoir traité trop les choses à la manière flottante des philosophes académiciens (3i). 11 a paru depuis quelque temps un petit livre inii\.\\\é Afis importuns a M. Ar-

(iS) Défense de saint Angusiin cont/e te père Adam , pitg- 24.

(26; Paulus Léonard. Respous. ad Exposlulationes contra scieutlam inediaui , pag. ii-, ii8.

(27) Annati Augustinus vindicalus à Bajanis.

Ç28) Pari. III , pag. 4. Vo^ez aussi le Suppléinpul ., pag. 2,

(29) T^me Xir, pag. 287.

(30) Daillé, de l'Emploi des Pères, pag. i53. (3iJ L'a mente, pag. 3t)'i.

AD

naud sur le projet d'une nouvelle Bibliothèque d'auteurs jansénistes, dans lequel on parle d'un tiers parti qui se forme, qui ne sera ni janséniste , ni moliniste, et qui mettra saint Augustin entre ciel et terre , ni trop haut, ni trop bas. Ce milieu pacifierait les troubles, si l'on voulait être bien raisonnable. Parla, il serait permis d'être janséniste ou moliniste, selon que le cœur en dirait. Ne doit-il pas suffire aux je'suifes que saint Au£;nstin ne soit point la règle de la foi ? En demandaient-ils davantage dans les livres dont les députes des jansénistes (82) tirèrent plus de cent propositions qui attaquaient l'autorité de ce père ?

(M) De persuader que saint Paul outrait les choses par son tempérament trop t^if.'} Il y a dans la censure du sermon du père Adam (33) un passage du père Caussin , où saint Paul et saint Augustin sont comparés à deux grandes mers, qui s'enflent par impétuosité d'esprit tellement en une rii-e , qiCils semblent uouloir laisser l'autre a sec pour un temps ; inais , comme V Océan, après s'estre largement répandu d' un costé, retourne dans les limites que Dieu lui a ordonnées , aussi ceux-ci, après avoir couru sur les esprits rebelles, qui s'élèvent contre la vérité, retournent dans une égalité paisible , pour édifip.r la maison de Dieu {*). Voilà cette roue qui fait plus de tours qu'on ne lui commande , à laquelle nous avons vu qu'un ministre a comparé l'esprit prophétique (34).

Saint Paul et saint Augustin se débordent de temps en temps ; mais ils retournent ensuite comme la marée dans les bornes que Dieu leur marque. 0 le beau moyen de répondre à tous les passages de saint Paul, qui incommodent! On n'a qu'à dire qu'il avait alors inondé toute la campagne , et qu'il faut l'attendre à son retour dans le lit que Dieu lui avait donné. Le chevalier Edwin Sandis m'apprend une chose qui vient trop bien ici pour n'y être pas insérée. Je scay de trèsbonne part , dit-il (35) , qu'en Italie

(32) En 1653. Voyet le Mémorial liistorique touchant les cinq Propositions, pag. 82.

(ii)Pag. I-.

(*) De la Cour Sainte, torn. III, maxime VI de la pre'deslination , «uni. a.

(34) Ci-dessus remarque (E) , vers la fin-

(35) RelatiouJe la Religion, chnp. XXVI, pag. 2i5.

AM. 2,7

ils ont une si vif'e jalousie contre quelques parties de iEscriture , et surtout contre tes épistres de saint Paul, que quelques jésuites naguères en publiques prédications et autres leurs fauteurs en conversations privées , exaltans saint Pierre comme un esprit excellent, censuraient saint Paul comme personne de cerveau bouillant et fougueux , qui s'estoit laissé emporter en la pluspurt de ses disputes si immodérément aux saillies de son zèle, et a l'acrimonie de son esprit, qu'Une falloit pas faire grand estai de ses assertions : ains, que sa lecture est fort périlleuse, sentant l'hérétique en divers endroits; etqueptut-estre ileust mieux valu qu'Un'eust jamais escril. Encnnformité de quoy , j'ai ouy dire a des catholiques romains plus d'une fois , qu'on a j'a souvent et par plusieurs fois consulté bien à certes entr'eux île censurer en quelque manière, et réformer les épistres de saint Paul : quoyqu'a dire ce que j'en pense , je n'y puisse presterfoy ; tant est l'entreprise. en soy blasphématoire et abominable, et tant serait désespéré le scandale en ces temps. Mais , comme qu'il en soit, il est certain qu'ils estiment saint Paul au-dessous de tous les escrivains sacrez : et je scay de proprescience, et ouïe , que quelques-uns d'entr'eux enseignent en leurs chaires , que ce saint apostre n'avoit autre assurance de sa prédication , que la conférence qu'il en fit avec saint Pierre ; et qu'il n'osa publier ses épistres, que tout premier saint Pierre ne les eust approuvées. Noûà des gens bien maladroits; car , si les épîtres de saint Paul furent approuvées par saint Pierre, elles ont toute l'authenticité qu'on peut souhaiter.

ADAM ( Melchior) a vécu dans le XVIP. siècle. Les soins infatigables qu'il a pris de recueillir, d'ajuster et de publier les Vies d'un très-grand nombre de savans , méritaient que quelqu'un lui rendit un semblable office ; et cependant je ne pense pas que personne le lui ait rendu. M. Moréri s'était engagé à parler de lui ; mais il ne se souvint plus de sa

ADAM

promesse lorsque le temps de l'exécuter se présenta (a). L'engagement et la non— exécution ont subsisté jusqu'ici dans toutes les éditions de son dictionnaire (b). Il était difficile d'oublier un écrivain dont on empruntait si souvent beaucoup d'articles. Pour moi , qui me sens très-redevable à ses travaux , je voudrais lui témoigner ma gratitude en donnant un long détail de sa vie ; mais je n'ai su trouver nulle part les matériaux nécessaires. Voici ce que j'ai trouvé. Meixhior Adam naquit dans le territoire deGrot-

imprimé l'an iGrç) : celui des jurisconsultes vint ensuite , et enfin celui des médecins. Ces deux derniers furent imprimés en 1620.

Tous les savans dont on voit la vie dans ces quatre tomes in-8''. , ont vécu *' au XVP. siècle, ou au commencement du XVI P. , et sont Allemands ou Flamands ; mais il y a une vingtaine de théologiens des autres pays , dont notre auteur publia les Vies séparément, en l'année i6i8 *^. Tous ses théologiens sont pro tes tans.

Quoiqu'il n'ait composé que peu de ces Vies , il n'a pas laissé de

kaw en Silésie , et fit ses études donner beau^coup de temps à cet dans le collège de Brieg , oii les ouvrage , et d'y prendre beauducs de ce nom avaient grand coup de peine , parce qu'il a mis soin de faire fleurir les belles- en abrégé les écrits qui lui fourlettres , et surtout la religion ré- nissaient les matériaux , soit que

formée (c) : j'entends celle qu'un catholique romain appellerait le calvinisine. Le jeune homme apprit dans cette école à être bon réformé. Il eut part , pour continuer ses études , aux libéralités qu'un grand seigneur (d) avait destinées à l'entretien d'un cer-

ce fussent des Vies proprement dites , soit que ce fussent oraisons funèbres , programmes , éloges , préfaces , ou mémoires de famille. Je ne dis rien des som-

maires qu'il a mis aux marges en fort grand nonabre. Il a oublié quelques personnes qui n'étaient

tain nombre d'écoliers. Il devint pas moins considérables que plurecteur d'un collège à Heidel- sieurs de celles dont il a parlé (A).

berg (e) ; et ce fut dans cette ville

qu'il publia, en l'année i6i5, le

premier volume de ses Hommes

illustres. Ce premier volume ,

qui contenait les philosophes, et,

sous ce nom-là, les poètes, les

humanistes, les historiens , etc. ,

fut suivi de trois autres : celui

qui contient les théologiens fut

(a) Sons le mot Aiiam , il dit : chercliez Melcliior Adam ; mois quand on va à Melcliior, on ne trouve rien là-dessus.

(b) On a écrit ceci en Juin it)g8.

(c) Melch. Adam , in Epist. dedicat. German. Theol.

(d) Joacliim lîcrgerus. Voyez CËpilrc dédicatoire de ses Pliilosophes d'Allemagne.

(e) Henn. Witle , Diuriiim Biogijjih.

Les luthériens ne sont pas contens de lui (/) ; ils le trouvent trop partial , et ne veulent pas que son recueil serve de règle pour juger de l'Allemagne savante (g').

*' Au lieu de ont vécu, Joly dit qu'il fallait écrire sont morts ; ce qui , à la lettre , ne serait pas plus exact, puisqu'il y en a un dit XIII^. siècle , un du XIV^. , et quatorze du XV^.

*^ Bayle a déjà compté quatre autres volumes. Celui-ci est le cinquième dont il parle. Joly a donc tort de lui reprocher d'avoir omis la mention d'un volume. Tous les cinq , réimprimés en i653 , in-S"., l'ont été aussi en 1706 , in-folio en cinq parties.

(/} Vide Konig. Bibliotli. veter. et nov. , page'i., ubi citatur Heun. Wilte pra-fat. Menior. Tlieologoruni , /ifl°'. \'^ et i8.

(§■) MorhofiiTS, Pol)liistor.,p«5-. 192, 209.

ADAMITES

Il mourut l'an 1622. Il a fait d'autres ouvrages (B). Consultez M. Paillet , à la page 1 77 et 1 78 du IF. tome des Jugemens des Sa vans.

(A) // a oublié quelques personnes qui n'étaient pas moins considérables que celles dont il a parle.'] 11 l'avoue lui-même ^ mais il déclare qu'il n'y a point eu en cela quelque aflectation , et que le défaut de mémoires en a e'te la seule cause. 11 se proposait de suppléer ces oublis dans d'autres volumes. Voici ses paroles : Quœdam mihi tnonendus aut rogandus es , nd leclor. Prlniiim, ne prœterilos aut omisses non priucos queraris , haud indignos qui hoc in thealro appareant. In eo niea , nd lector , culpu nulla est; sed penuria f'ecil historiée : quant nancisci nullam uspinm potui. 3Ialui itaque prorsùs tacere de niultis prœstantibus viris, quàm, ut ille de Carlliagine, pauca dicere ; et trita i7/a, Natus est , obiit , scribere. Suppleri tamen poterit hic defectus , l'olente />eo, et muluas opéras tradentibus bonis patrtceque amantibus , si hujus i'olundnis toinus secundusfuerit adornatus. Quod idem dictumi^olo, de reliquis /^i/Ji Jurisconsultornm et politicorum, medicorum ac pliilosophorum (i).

(B) Il a fait d'autres oui'rages. ] Savoir: ytpographum Monumentorum Heidelbergensium . Nolœin (Jrationem Juin CœsarisScaligeri pro RI . T. Cicérone contra Ciceronianuni Erasmi. Parodiœel Metaphrases Horaliance (2)- Il n'est pas vrai, comme on l'assure dans le catalogue d'Oxford , qu'il soit l'auteur d'une Hisloria KcclesLastica l'icclesiœ Hamburgensisel Breinensis, C'est l'ouvrage d'un chanoine de Brème, nommé Adam, qui vivait dans le XI*.

siècle. Conringius et Possevin qui l'ont rais dans le X*. se sont trompes. Voyez Mollèrus à la page 65 de la l""". partie de VIsagoge ad Historiam Chersonesi Cinibricœ.

(i)Melcli. Adam, prn;/a^ Tlieolog. Germanorum.

(2) Ex Diario Biograph. Henningi Witte.

ADAM, menuisier de Nevers, et poète français. Cherchez Bil-

LALT,

ADAMITES (a) , secte ridicule qui , selon quelques auteurs , était une branche des carpocratiens et des valentiniens (b). Théodoret lui donne un certain Prodicus pour fondateur (A). Saint Épiphane témoigne que le nom d'adamites * leur venait d'un certain Adam qui vivait au temps qu'ils furent ainsi appelés (c). Il y a plus d'apparence qu'Adam , îa tige de tout le genre humain , était la source de ce nom-là , comme nous l'apprend saint Augustin (<'/);carces misérables imitaient la nudité dans laquelle nos premiers pères vécurent pendant l'état d'innocence , et condamnaient le mariage , par la raison qu'Adam ne connut Eve qu'après son péché , et ajîrès sa sortie du * paradis. Ils croyaient donc que, si l'homme eut persévéré dans son innocence , il ne se fut fait aucun mariage. Aussi faisaient-ils profession de continence et de vie monastique (e). Quant à la nudité, ils ne l'observaient que lorsqu'ils étaient assemblés (B) pour les exercices de leur religion {f].

Ils s'assemblaient dans un poêle, afin de chasser le froid par le moyen du feu qu'ils allumaient sous la chambre : ils quittaient leurs habits en y entrant , et se mettaient , aussi-bien les femmes que les hommes , aussi-bien les

(a) Saint Augustin les nomme Adamiani , après saint Epiphane , qui les appelle 'AcTa-

{b) Vide Danscum in August. de Haeres. , cap. XXXI

* Chaufepié conteste l'existence des irritables Adamites avant lajîn du IV' , siècle.

(c) Epipban in Synopsi , tom. I , lib, II , pag. 397.

id) August. de H:cres. , cap. XXXI.

(e) Voyez la remarque [C).

{/) Kpipli. ILeres., lib. LU.

220 ADAM

ministres que les laïques , au même état que l'on est en sortant du ventre de la mère. On s'asseyait pêle-mêle sur des bancs qui étaient les uns au-dessus des autres , et l'on faisait ses dévotions ; après quoi l'on reprenait ses habits , et l'on retournait chez soi.

Si quelqu'un faisait quelque faute, on ne le recevait plus dans l'assemblée (C) : on disait qu'ayant mangé , comme Adam , du fruit défendu , il devait être chassé comme lui du pai-adis ; c'est ainsi que ces gens-lk nommaient leur église. Yoilà ce que saint Epiphane en rapporte (D) , non pas pour l'avoir lu dans quelques livres , ou pour l'avoir appris de quelqu'un d'entre eux ; mais sur ce qu'il eu avait ouï dire à plusieurs autres personnes. Il ne sait point si de son temps cette secte était entièrement abolie , ou si elle subsistait encore. Évagrius fait mention de quelques moines de la Palestine qui , par un excès de dévotion , et pour bien mortifier leur corps , s'en allaient , tant hommes que femmes , dans des solitudes , tout nus , excepté les parties que la pudeur défend de nommer, et s'exposaient là d'une manière fort étrange (E) aux rigueurs du chaud et du froid (g).

Nous parlerons des adamites modernes sous le mot Picards. Je vois que les catholiques et les protestans se reprochent les uns aux autres (F) d'avoir de ces adamites dans leurs pays : peut-être n'ontils pas plus de raison les uns que les autres de se le reprocher. Si je n'avais pas d'autre caution que Lindanus {h), je ne croirais pas

(» Evagr. Hist. Eccl., lih. I. rnp. YV/. [h] Liudan.Dul)iUiilii/>ifl/. If,png. 171.

ITES.

qu'en i535 on vit des adamites à Ajiisterdam , riches et de fort bonne famille , courir tout nus , et qu'il y en eut d'assez fanatiques pour monter sur des arbres oii ils attendirent vainement que lo pain leur tombât du ciel, iusqu'à ce qu'ils tombèrent eux-mêmes à demi morts sur la terre. Je citerai ailleurs (/') un écrivain (A) qui atteste une partie de ces faits.

(i) Dans la remarque (B) de l'article Picards.

{h) Lambertus Ilortensius, in Hist. Tumult. ADabaptist.

(A) Théodorct lui donne un certain Prodicus pour fondateur (i).] Baroniiis le place sous l'anne'e 120, et lo fait antérieur à Valentin ; ce qui l'oblige de censurer en un autre endioit (2) ceux qui le mettent entre les disciples de Valentin. Selon cela, Lambert Daneau que j'ai cite' ne serait pas digne de créance. Je parlerai à part de ce Pkodicos.

(B) Ils ne V obsen^alenl que lorsqu'ils étaient assemblés. Daneau s'est donc abusélorsqu'il a mis au nombre de leurs erreurs, qu'il faut que les chrétiens de l'un et de l'autre sexe aillent nus par les rues. Oportere christianos homines i>ersari in Publico , in cœtu Kcclesiœ , in precibus, nudos, sii'e mares sint , sii^efœminœ (3).

(C) (Jn ne le receuait plus dans /'fliiem&Ze'e.] Saint Ëpipbane témoigne que ces gens-là professaient la continence et la vie monastique , et qu'ils condamnaient le mariage. MoviÇovTêf Tj x,a.'i 'iy)cpat.Tiuo/ut.îvoi ïvTêç >ieLi ycL/Liav y.» éiX'^fji^voi (4). Monachoruni ac conlincntium instituta sectantur nupliasque condeninant. 11 ne faut donc point douter que leur discipline ne condamnât la fornication et l'adultère ; et qu'ainsi , ils n'excommuniassent et ne chassassent de leurs assemblées ceux qui commettaient cette faute. Et il esta

(i) Tbeodoret. Hieiel. Fabul. , Ub. I.

(2) Hatoaius ad an. 1^5, num. 33.

f3) D.inaius , in Augustin, de Hœres. , cap. XXXr,fuUo83.

(/|) lîpiphij. in Synopsi , tom. I, Lb.II, pas- 397-

ADAMITES

remarquer, qu'encore que cet ancien père ne veuille pas convenir de ce que disaient les adamites ; savoir , qu'ils se dépouillaient à cause qu'ils n'avaient point de honte de leur nudité , non plus qu'Adam : il est, dis-je, à remarcraer qu'encore que saint Épiphane àime mieux attribuer leur conduite à une lasciveté insatiable, qui voulait procurer des amorces à la vue (5) , il ne dit pas néanmoins qu'il se fît des actions impures dans leurs assemblées.

C'est donc faussement que Baronius lui impute de les avoir appelées des bordels , lupanaria : il s'est servi du terme de i^mKio; , latibuluni, et de celui de cr-TrMxuyya,, caferna (6) ; et cela dans la signification de tanière, d'antre, et de caverne simplement, comme il paraît de ce qu'il remarque que c'est le nom qu'il voudrait donner aux conventiculesdes hérésies. Manifestement il fait allusion à ce qui est dit dans l'Evangile , qu'on avait fait de la maison de Dieu une caverne de brigands {•j). La notion d'impureté cor- })orelle , ou de commerce charnel entre les deux sexes, n'a point lieu ici. Le père Gaultier a donc grand tort de dire , en citant saint Épiphane, que les adamites , ayant laissé leurs habits à la porte de leurs assemblées , se mêlaient indifiéremment avec les femmes qui leur tombaient sous la main, mulieribus promiscuè ulentes (S). Pour la citation d'Alphonse de Castro , qu'on voit après celle de saint Epiphane à la marge du père Gaultier, elle ne peut que multiplier le nombre des faux accusateurs. Lambert Daneau , qui accuse de la même impureté les adamites, ne cite point saint Epiphane, mais Clément d'Alexandrie cité par Théodoret: Exstinclis in siio cœtu lucernis promiscuè coëunt , quemadmodiiniex ClemeiiteStrom. notât Theo- Joretus (9). On verra bientôt que ce passage n'a pas été bien allégué. Il est assez étrange que saint Epiphane et saint Augustin n'aient rien ouï dire

(Sy'Evêxst à.x.if'içau (SJovîc xô/jaiç èxfSstXfAMl iy-TTOioÙTHç TMV ^îh^iv. Id insatUUœ libidini tnbuunt qute ejusinodi ocults illecebras objUil. Epiphan. Hxresi LI[ , pag. 4G0.

(6) Epiph. Hœres. lll , pag. 459.

(7)]Matth. chap. XXI , li.

(8) Ganlter. Tabul. Chronogr. , seculo II , cap. XXXIII.

(9) DanKus , in Âugastin. de Haeres. , cap. XXXI, foUo 83.

de cela; car ce sont des choses que la renommée ne laisse point périr, lorsqu'une fois elle s'en trouve saisie, à moins que la fausseté n'en devienne tout-a-fait palpable. Encore n'arrivet-d pas toujours, en ce cas-là, que la renommée lâche prise. Voyez dans la remarque suivante le moyen d'accorder ces deux pères avec Clément d'Alexandrie.

(D) f^oilh ce que saint Épiphane en rapporte.^ Il ne dit point que chacun se ruât sur sa chacune , dans leurs assemblées: c'est ce qui acte touché dans la remarque précédente. 11 leur impute encore moins les hérésies de Prodicus dont le père Gaultier donne la liste (10), et que Moréri leur impute pour la plupart. Moréri n'est pas aussi blâmable en cela, qu'en ce <{u'il assure que saint Epiphane nomme leurs temples des lieux infâmes, à cause des crimes abominables qu'il commettaient dans ces cat'ernés d'horreur et de prostitution. Cet auteur ajoute , qu'ils rejetaient la prière. Daneau le dit aussi sur la foi de Clément d'Alexandrie :

Deum a nobis precanduni et orandutn esse negant, quia scit ipte per se quibus egeamus. Clemens hoc de illis tradit lib. 7 Slrom, (i i). Cependant saint Epiphane et saint Augustin disent le contraire: T-jy.vù yà.i aJç Ik /jl»' Tfoç... crt/vsfj/OVTou, xa.( cutcdc; tÀç dvxyvd-

Ils s'assemblent tout aussi nus qu'ils étaient au sortir du ventre de leurs mères , et en cet état ils font leurs lectures , leurs Or.usoss , et leurs autres exercices de religion. C'est ainsi que parle saint Epiphane , dans le sommaire du II* livre du tome 1*'. ; et voici les termes de saint Augustin : JYudi itaque mares fominœque conveniunt , midi lectiones audiunl , nudi Orant , nudi célébrant sacramenta ( 1 2 ,' . Le moyen d'accorder ces deux derniers pères avec Clément d'Alexandrie serait de supposer que les adamites , auxquels celui-ci donne Prodicus pour fondateur, ne suivaient pas toutes les erreurs de Prodicus. Cette supposition n'a rien d'extraordinaire ; il ne faut tjuelquefois que trente ou quarante

(lo)Gaulter. Tabul. Clirouojr., seculo II , cap. XXXIII.

(il) Daiiœus, iu August. île Ha;res. , cap. XXXI, fuUo 83.

(12J Augtist. de liserés. , cap. XXXI.

ADAMITES

ans , pour rendre une secte fuit dissemblable à celui qui l'a fondée. Ainsi l'on n'est point exact lorsqu'on attribue aux adamites toutes les extravagances deProdicus, sous prétexte qu'il a e'té leur fondateur. En efiet , il est constant par le lémoij^nage de saint Épiphane, et par celui de saint Augiistin , qu'ils se dépouillaient totalement dans leurs assemblées ; mais Clément d'Alexandrie , bien loin de dire rien de semblable des sectateurs de Prodicus, observe qu'avant que d'en venir aux prises , ils faisaient ôter les chandelles qui leur auraient donne de la honte : To KOL'raiKT-X.^vvjv olÔtUov tjiv îropvi)£«v Tst^THV ifino-ioa-ûvrii 'iKTroéoov 7ront7-at.jtAÎyouç ^£ç ail Tov xi^^vot/ ■TTiptTfOTr^ jiy.iyvua-Ôcti (i3). Liimine aniolo quod eorum J'nrnicatoriant hanc justiliam pudnre ajjiciebal aveisâ lucernâ coïre. Ainsi Daneau n'a pas eu raison d'appliquer aux adamites ce que ce père avait dit des sectateurs de Pi'odicus. En uu mot, quand je considère les calomnies des païens contre les premiers chrétiens et celles des catholiques contre les protestans , par rapport aux assemblées nocturnes, je ne crois pas de léger tout ce que le gros de l'arbre impute.

(E) D'une manière fort étrange.'] Ils renchérirent sur les autres moines, dont le même Évagrius fait mention , qui, n'ayant pas un habit en propre, vu que celui qui avait été porté un jour par un religieux servait le lendemain à un autre , avaient du moins l'usage de quelque habit (i4)- Les solitaires dont je parle se contentèrent de porter une ceinture^ et quant au reste ils renoncèrent, autant qu'ils purent, à l'humanité : ils ne voulurent point se nourrir des alimens qui servent aux autres hommes : ils se mirent à paître comme font les animaux; et ils ne paissaient qu'autant qu'ils en avaient besoin pour ne mourir pas.

Ils devinrent enfin semblables aux bêtes : leur figure changea , et leur sentiment aussi. Dès qu'ils voyaient d'autres personnes , ils prenaient la fuite ; et s'ils se voyaient poursuivis, ils se sauvaient à toutes jambes , ou dans quelque trou inaccessible. Quelquesuns rentraient dans le monde , et faisaient semblant d'être fous, afin de

(i3) Clfm. Alex. Stromat. , lib. III , p. 43o. (j4; Evagrius, Hist. Ecoles. lib.I, cap. XXI.

témoigner plus de mépris jiour la gloire, lis allaient manger dans les cabarets , ils entraient dans les bains publics , ils conversaient et ils se lavaient avec l'autre sexe ; mais avec tant d'insensibilité , que ni la vue , ni le toucher, ni même l'embrassement d'une femme ne leur causaient aucune émotion. Ils étaient hommes avec les hommes, et femmes avec les femmes ; ils voulaient être de tous les deux sexes : MïTat à.vJ'pôov j'i à.vé'pa.ç ùvoLi , y.iTO. yu-

VctluSv Ti a,Ù yilVa.lKa,ç, iKltTipcLÇ Tê fA.i- Tê^V^êlV i^iXilV <^ÙTiCtlÇKa.l fJ.» fAi5.Ç. jîvc(,((l5).

Cum i>iris quidem l'iri sunt,feniinœ uero cumjeniinis, nontninmnius sed utriusque iiniul sexUs este cuyiunt. Il y a de l'apparence qu'ils n'avaient pas beaucouj) de peine à contrefaire les fous , et qu'ils l'étaient eiî'ectivement ; c'est à eux pour le moins qu'on peut appliquer ce que Fvutilius Numatianus n'a pas eu raison de dire de toutes sortes de solitaires :

Quœnain perverti rahïes lam stulta cerebri^ Diim mala jormides , nec bona passe

pâli (i6) ?

Au reste leur nudité était bien contraire aux principes de ces religieux dont je parlerai dans la lemarque suivante, et ne pourrait pas même bien s'accorder avec la doctrine du père Sanchez.

(f ) Se reprochent les uns aux autres.2 M. Moréri assure qu'il y a des adamites en Angleterre , où ils font leurs assemblées de nuit . et n'apprennent que ces mots ; « Jure , parjure, et ne découure point le secret. » On a eu raison de lui dire dans l'édition d'Amsterdam qu'il n'y a point de telles gens en Angleterre ; que la police j- est trop bonne pour y souffrir une infamie de cette nature , qui nepourrait pas demeurer cachée, et qu'il n'y a gucie d'apparence non plus , qu'il y en ait en Pologne; car il avait dit qu'il s'y trouve encore de ces déi^oyés. Il ne pourrait pas se défendre , en disant qu'il ne prétend point que ces gens-là se montrent nus au public, mais seulement qu'ils se déshabillent dans leurs conventicules nocturnes , ce qu'une bonne police peut ignorer : il ne pourrait point ,dis-je, alléguer cela pour sa justification, puisqu'il venait de parler

(i5) Evagrius, Hist. Ecoles, lib. /, cap. XXI. {!&) Rulil. Uiner. , lib. /, vs. 445.

ADONIS

des adamites de Bohème qui allaient toujours nus , à ce qu'on prétend. Il faut donc que M. Moreri, s'il a entendu ce qu'il disait, assure qu'il y a encore aujourd'hui en Angleterre des gens qui , par principe de religion , vont toujours nus , tant hommes que femmes. Or, c'est ce que la police ne souffrirait pas, et ne saurait ignorer.

Voilà donc un catholique qui soutient qu'il y a des adamites dans les pays protestans. .Te ne dis rien de ces contes vagues et ridicules louchant la Hollande qui se voient dans le Sorberiana , à la page i^. Mais voyons d'autre côte un ministre qui dit qu'il y a des moines en Italie, nommes adamites, qui vont nus en conséquence des vœux qu'ils font conforme'ment aux règles les plus sacrées de leur ordre : yJc ne niinc quidem, dit-il (17), nomen ejus (haeresis Ad'djmanoram) exslaret , nisi monachi quidam, qui se Julso pielatis et l'ilœ austeritatis prœte.xlu comniendârunl , horuni hcerelicnrum impudentes prorsiis mores reiinuissent, et inter sanctis' sima ordinis et regulœ suœprœcepta posuissent; quales ii qui etiani nunc hodiè adamitœ dicuntur, uigentque pluriiniim in IlaLid. . . f^ivunt enim nudi , non nccessilale quâdam adacli vel inopid i'estimentorum , sedex l'oliprofessione.

Je voudrais qu'il eftteu plus d'empressement pour prouver ce fait, que pour, faire une opposition entre la conduite de ces gens -là, et celle des anciens moines , qui ne s'étaient jamais vus nus (i8j , et qui disaient qu'un homme de leur profession ne pouvait contempler lui-même sa nudité, sans faire une chose indigne de lui (19). Un casuiste moderne , qui n'est pas des plus rigides (20) , compte néanmoins pour un péché véniel , propria l'erenJa aspicere ex quddain cwiositate , absque alid niald intentione et periculo ; et pour un péché mortel, aspicere i^erenda allerius sexds operta l'estibus ità sublilibus , ut paiùm aspectui ob-

(17) Lanib. Danseus , in August. de Hœres., cap. XXXI.

(18) Àpiid Socraf. Hist. Eccles. , lib. IK, cap. XXIII ; et Sozomen. , lib. I, cap. XII f.

(19) f^vrez dans /'Historia liidicra de Balthasar fioniface , pag. 181 , cominnnl saint Jérôme soutenait se quoque ipsam virginera eriibeseere deberc, nec se sibi nudam o^Iendere ; et des exemples sur cela loue's par Théodore!.

(20) Sancbez, de MaUiinOQ., lib. IX, DisptU. XLfl, nuin. 27 el 28.

stent ('î\). Voir nager une personne nue de diflérent sexe est , selon lui , un péché mortel. Deux hommes d'un caractère grave, comme deuxprélats qui s'entrevoient nus, commettent , ditil (22),^ un péché mortel. Le Bernia parle d'un homme qui ne portait jamais la main qu'avec le gant à ses parties honteuses (23). Pourquoi un casuiste ne ])Ourri ait-il pas exiger qu'on s'abstînt de les toucher à nu, aussi-bien quede les contemplera nu? Un ancien philosophe, par alFectation de chasteté, n'y allait ni avec le gant, ni sans gant : il s'éloignait bien en cela du principe d'Anacharsis (2.^). Cet ancien philosopheétait le sévère Xénocrate : Arisloteles, irridens Chalcedonium Xenocrateni , quod niejendo uirilibus non admoueret maniim, inquit, « Purœ qui- >/ dem nianns, at inquinatamens (aS). » Nous dirons dans la remarque (0) de l'article Hadrien VI, que la Mothp-le- Vayer n'a j)oint dù prendre au pied de la lettre le passage de Bernia.

(21) Ibid. , num. 25 et 26.

(22) Ibid. num. 27 el 28.

(23) Voyez la Molhe-le-Vayer, Hexam. rust.,

(24j ^((ie Plularchum, de Garrulit. pag. 5o5 ; et Clément. Alexandrin., SlromaX. , lib . y,pai!.

(25) Atben. , lib. XII, pag. 53o.

ADONIS , mignon de la déesse Vénus , était fils de Cinyras , roi de Cypre (A). Les poètes ont prétendu que Myrrlia {a) , fille de ce roi {b) , devint si éperdunient amoureuse de son père , qu'elle se fit introduire dans son lit , sans qu'il sût qui elle était. Quelques-uns disent qu'elle se servit de l'artifice des filles de Lot (c).

Adonis fut le fruit de cet inceste ; il était parfaitement beau , et il parut si aimable aux yeux de Vénus , qu'elle l'enleva (B) , et qu'elle quitta tout pour être avec lui. Le ciel même lui sembla un séjour peu agréable , en comparaison des montagnes et des bois où elle suivait Adonis , qui était

{a) Voyez l'article Mybrha.

(fc)Ov'id. Melam. , lih X, vs. i'i'J.

[c) Hy-ia, , cap. CLXIV .

2?.4 ADONIS

un grand chasseur (C). Jugez si que mâle , jouissait de Vénus , les poètes n'ont pas distillé tou- et en tant que femelle, se doutes les figures de leur art (^) pour naità Apollon (i). D'autres, sans représenter la douleur inexpri— lui donner les deux sexes , n'ont mable qui saisit le cœur de cette pas laissé de dire qu'il était le fadéesse lorsqu'un sanglier lui eut vori de Vénus et de Bacchus tué son cher Adonis (D). Jamais (F). Il y a un scoliaste qui asdeuil n'a été plus célébré ni plus sure qu'Adonis fut aimé de Juimmortalisé que celui-là ; près- piter (k) , et que Proserpine en <jue tous les peuples du monde en devint amoureuse dans les enfers perpétuèrent le souvenir par un (G). Elle ne laissa pas d'avoir grand attirail de cérémonies an- quelque compassion pour sa riniversaires (E). Quelques auteurs vale désolée , qui demandait avec disent que ce ne fut pas un san- instance la résurrection de son glier, mais un Dieu, sous la for- amant (l) ; elle voulut bien conme de cette bête, qui tua Adonis, sentir à s'en passer pendant six Ce fut Mars , selon quelques- mois en faveur de Vénus. Il fut uns (e) ; ce fut Apollon , selon donc dit qu'Adonis passerait six quelques autres (f). Mars , di— mois avec Vénus et six mois avec sent ceux-là , fit le coup afin de Proserpine. Le scoliaste que j'ai satisfaire sa jalousie, et pour se cité nous dit là-dessus le blanc et venger de Vénus qui lui préfé- le noir (H), et quelques-uns ne rait ce rival. Apollon, disent parlent pas si avantageusement de ceux-ci , se porta à cet excès de la complaisance de Proserpine violence , afin de venger son fils (m). Onallégorisecepartaged'an- Erjmanthus , qui avait été aveu- née, comme s'il fallait entendre glé pour avoir vu Vénus pendant par-là, ou le temps que les semenqu'elle se lavait, fraîche sortie ces sont successivement sous la d'entre les bras de son Adonis terre et sur la terre («) , ou le (g). L'endroit de la plaie semble temps employé par le soleil à parindiquer quelque principe de ja— courir tour à tour les signesmérilousie (h) ; mais la seconde tra- dionaux du zodiaque et les signes dition ne s'accorde pas avec ceux septentrionaux (o). Ces explica— qui ont débité qu'Adonis était tions me paraissent moins soliim hermaphrodite qui , en tant des que la pensée de ceux qui ré-

(d) Ovidius , Metam. , lib. X. Bion , Ei- ^ï^"^^"* '«. ^^^^^ d'Adouis à l'his-

cT^Ax. tt. Voytz aussi Théocnte, EicTi^xA. toire d'Osiris [p). Les anciens ne

xi ; et entre les modernes M. Ménage , dans convenaient Uas du paVS OÎl était

ici Poésies grecques , /7fl^. 167. -^ J^ J

(e) Servius iii Eclog. X; Firm. Matern. , fi) Plolem. Hephast. apud V\ioX\^xm, pag. pag. 22 ; IN^onnus Dionysius, lib. XLI ; Cy- ^85.

rillus in Esaiam. (A) Sclioliast. Theocriti in Syracus. , iiVe

(/) Plolem. Hepbœst. a;)z/</ Pliolium, Eidyll, Xl^.

pag. liJZ. ^ ^ , , , (/J ^(«^e Seldenum, deDiisSyiis, W. //•,

(g) AioTt îV'oi Xo^/o^svnv 'A(^to<r/TJ)V, Àtto cap. XI , pag. 269 , et la remarque (I).

tSç 'AJûjvkTcç //l'^tœç. Quod post congres- {'"} ^'oyez la remarque ,G .

sum ciim Adontdelavantem Venerem yidis- (") Scboliast. Theocriti , Eidyll. Xy.

set. Ibidem. {») Macrobius. Saturnal., lib. T. cap. XXT.

(/() Triuc aper insequitur , tolosque sub ip^ l'ojez le IJI". volume de lu Bi)pliollié-

inguine dentés, queUDivtrselle, pag.'] Berkr!jus. inStepba-

Abdidil Ovid. Melam., hh.X, vs. 7i5- num B^iaot. Vojez' hy.(t.h<iZç.

ADONIS

la scène d'Adonis ; les uns la mettaient dans la Syrie; les autres dans l'île de Cypre ou en Egypte, comme on le verra dans les re— m.arques. On a dit d'Hercule deux choses bien opposées par rapport à notre Adonis : l'une , qu'il en fut amoureux , et que la jalousie porta Vénus à indiquer au centaure Nessus comment il pourrait dresser des embûches à Hercule {q); l'autre, que ce héros, voyant sortir beaucoup de monde d'un temple dans une ville de Macédoine , y voulut entrer pour y faire ses dévotions ; mais qu'ayant appris qu'Adonis était la divinité qu'on y adorait , il s'en moqua (r). Quelqu'un débite qu'Adonis était né de Jupiter , sans le concours d'aucune femme {s). Saint Jérôme a cru que le prophète Ezéchiel a parlé de la fête d'Adonis, (I). Au reste, il est difficile de comprendre pourquoi les anciens ont feint que Vénus cacha ou même qu'elle enterra ce sien mignon sous des laitues (K), puisqu'ils observaient que cette plante rend inhabile à l'acte vénérien. On comprendrait peut-être leur allégorie s'ils avaient entendu par-là que Vénus avait m.is sur les dents son favori , et qu'elle l'avait fait tellement passer par l'alambic, qu'il n'était plus comparable qu'à la terra damnata , et qu'au caput mortuum des chimistes; mais ils ne parlent pas d'une telle explication; ils n'ont pas dit tous qu'il soit mort de sa blessure (L).

{q) Plolem. Hepiixst. apud Photium , pag. 473.

(r) Scholiasl. Theocrifi, advs. 21 , Eidyll. y . Zenobius et Aposlolius in Proverb.

[s) Val. Prob. in Ecl. X. Virgil. ex Pbilcstepliano.

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