‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 44 sur 158 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Il y avait auprès de Byblos une rivière nommée Adonis , qui descendait du mont Liban. Elle devenait rouge une fois l'an , à cause que les vents y transportaient beaucoup de poussière qui ressemblait à du vermillon. On ne manquait pas alors de dire que c'était le temps de pleurer Adonis ; que c'était le temps oii il recevait des blessures sur le Liban , et oii son sang coulait dans cette rivière {t).

(t) Lucian. de Deâ Syriâ.

(A) Fils de Cinyras, roi de Crpre.] Presque tous les auteurs conviennent que Cinyras régnaiten cette île (i) , encore que quelques-uns aient dit qu'il avait règne' premièrement dans l'Assyrie (2). Voyez l'article Byblos. Ovide le fait naître dans l'île de Cypre 5 mais il veut que Myrrha, fuyant son père, qui la voulait tuer , après qu'il eut connu son inceste , ait traverse' l'Arabie , et soit accouchée d'Adonis au pays des Sabe'ens (3). Il n'eût pas mal fait de remarquer en quatre mots , que Cinyras était passé de l'île de Cypre dans l'Arabie, ou que Myrrha s'était embarquée dans celte île. Lorsque Adonis naquit, sa mère avait déjà été métamorphoséeen l'arbre d'où coule la myrrhe. Nous apprenons de Ptolomée , fils d'Héphestion, que Vénus, cherchant Adonis , dont elle avait su la mort, le trouva à Argos, ville de Cypre, dans le temple d'Apollon Ery thien. 11 y avait donc des gens qui disaient qu'il avait été tué dans cette île. Properce est de ce nombre, lorsqu'il dit dans la XIIP. élégie du II«. livre :

TesUs, qui niveum quondain percussii Ad»nim Kenanteni Idalio vertice , durus ttper,

Il y avait à Araathonte , dans l'île de Cypre , un temple d'Adonis et de Vénus (4). Strabon dit que Byblos était le séjour du roi Cinyras, et qu'on

(i) Voyez Meursiust^e Insulâ Cypro, lib. II, cap. IX.

(2) Âpollodor. , lib. III , pag. 338.

(3) Ovid. Metam., lib. X, vs. 480 et 5iî.

(4) Paosan. in Breoticit.

AUOÎ^ IS.

y voyait des temples d'Adonis (5).

Notez qu'Antouius Liberalis conte que Myrrha, qu^il appelle Srayrna , était ne'e au mont Liban , et que son père s'appelait Theias (6). Apparemment Panyasislui avait donné le même nom, et non pas celui de Tlioas, qu'on lit aujourd'hui dans Apollodore (7). On le lit aussi dans Probus sur la X*. églogue de Virgile , avec cette circonstance, que ce Thoas étai t roi de Syrie et d'Arabie : c'est d'Antimaclius que Probus emprunte cela.

(B) frémis. . . . l'enlet'a.'] Ce fait n'a été guère remarqué par les anciens écrivains : je m'en étonne , car il était connu d'un chacun. Les peintres en faisaient la matière de leurs tableaux, tout comme du ravissement de Ganymède : c'est ce que Plaute nous apprend :

Ms. Die mihi: numrfuà vtdhti tabulait! pictam in parietSy Ubi atjuila catamiluni raperel , aul ubi Venus Adoiieum ?

Pï. Scep'e (8).

(C) Le ciel lui sembla un séjour peu agréable en comparaison.,., des bois où. elle suii^ait Adonis , qui était un grand chasseur.'] Lisez ce passage d'Ovide :

j4bslinet et cœloi cœlo pitsferlur Adonis. Hune tenet: huic cornes est : assuetatjue sem~

perin uinbrd Indulgere sibi , formainque augere cûlendo, Perjuga , per sj/lvas, duinosaque saxa va-

gatur (9).

Virgile représente Adonis sous une autre idée que sous celle de chasseur :

iV«: te ptxniteat pecoris y divine poêla , El formosus oves ad Jluinina pat^it Ado~ nis (10)-

Peu de gens, ce me semble, ont parlé de ce mignon de Vénus comme d'un berger. Servius débite sur ce passage certaines choses qui ne sont pas moins éloignées de la traditive commune que celle-là. (Quelques-uns ontdit que cette inclination pour la chasse était l'ouvrage des Muses (11). Elles voulaient

(5)Slrab. , W. XVI , pas- 5îo.

(b) Antonin. Liberalis , ea^,. XXXIV.

(■■) Vide Munckeii Notas in Hysin. , eav.

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