LVIII
(8; Plaut. in Menxcbmis , acl. I , scen. II , Vf. 34.
(9) Ovid. Melam., lib. X, l'v. 53a.
(to) Virgil. Eclo^. X, i-f. I-.
(il; TjeUiii .cur L v0O|)bign.
du mal à Vénus , de ce qu'elle avait inspiré à plusieurs d'entre elles de Famour pour les mortels Afin d en tirer vengeance , elles chantèrent devant Adonis quelques airs qui lui donnèrent une passion violente pour la chasse. C'est peut être par-là qu'il devint odieux à Diane j car gens de même métier ne s'aiment pas trop.
Quelques-uns ont dit que la colère de Diane fut cause qu'un sanglier tua ce jeune homme(i2).
(D) Lorsqu'un sanglier lui eut tué son cher Ad nis.] Théocrite feint que Vénus s'étant fait amener ce sanglier, le querella rudement j mais qu'il lui fît ses excuses sur la passion violente qui l'avait saisi à la vue d'une si belle cuisse. 11 la voulut baiser, et le fît d'une manière trop emportée. H en eut tant de regret, qu'il trouva que ses défenses méritaient d'être coupées, et qu'il les brûla lui-même (i3;. C'est ainsi qu'un écrivain docteet poli (i4) a expliqué le dernier vers de cette idylle de Théocrite. Les éditions portent Ïkxii Tcèç ipcDTtiç, cxcussit atiiores; mais il croit qu'il faudrait lire hJ^ôvrcti dentés, au lieu d'êpoiTitç- Ce terrible baiser me fait souvenir d'une pensée du cavalier Marin : il introduit le dieu Pan , qui se vante que les taches qu'on voit sur la lune sont les impressions des baisers qu'il lui a donnés. II fallait qu'il y allât d'une grande force. Quelles caresses! pour peu qu'on y ajoutât, elles ressembleraient à celles des singes. Onditqu'ilsétoulTentquelquefois leurs petits à force de les caresser. Qu'aurait dit Horace sur tout ceci, puisque pour une bien plus petite chose il a parlé de cette manière?
Sii'e puer furens
Impressil memorem dente labris nolaiit'
iVo/i , si me salii audiat ^
Speres peipetuutn diitcia barbare
Ijteitentern uscula^ quce Venus
Çuintd parle sui nectaris imbuit (i5^.
Nous parlerons peut-être de ces sortes de morsures dans l'article Flora.
Notez qu'un très bon critique m'a fait savoir que la correction ô<fôyTotf pour ificuTeti n'est point nécessaire. La
(12) Apollod. , Lb. III, pag. 238.
(i3) Theoc. EiSùhX. XXXI, ou XXX se Ion d^nutres édit.vns.
(■4^ M. <\e Longepierre. Voyez sa traduction de liion , pag. 47, édit. de Paris, en 168Û , in- 11.
(iSJHorat. Od. XIII, lib. I, w. n.
ADONIS
xréritable explication lïe ce i^e/'i, dit-il, est que le sanglier Tm Truft ■yrpuTikBait , en se jetant dans le Jeu, Ïkxh tocç 'îpai- 1*5 , brilla en même temps ses amours. Il Y a non-seulement de la rai son y mais de la finesse , à dire que ce sanglier, briilé auparat'ant parsonamour, aidait trouvé a son tour le secret de le briller. Politien a bienfait valoir cette pensée dans l'cpigramnte qu'il fit sur Pic de la Mirande , qui jeta au feu ses i^ers d'amour. Ajoutez a tout ceci , qu'il est bien difficile de s'imaginer comment l' amoureux sanglier aurait pu mettre ses dents au Jeu et les briller , sans se brûler lui-même.
(E) Grand attirail de cérémonies anniversaires. ] Aristophane dans sa comédie de la Pais compte la fête d'Adonis pour Tune des principales fêtes des Athéniens. Presque tous les peuples de la Grèce la célébraient : les femmes y jouaient le principal personnage , en pleurant la mort de ce falant, ou de ce mari (16) de Vénus : ''émince miser abili planctuinprirnœi'O flore succisani spem gentis solitisfletibus conclamabant, ut lacrymare cultrices T^eneris sœpè speclantur in solemnibus Adonidis sacris ( 1 7}. Elles y faisaient des funérailles en peinture , comme nous l'apprend Plutarcjue , dans la Vie d'Alcibiade, et dans celle de Nicias. Les courtisanes n'étaient pas des moins empressées à célébrer cette grande solennité, comme on le peut recueillir d'un passage du poète Diphilus, rapporté par Athénée fiS).
On n'oubliait pas de dresser deux lits, dans l'un desquels on couchait la figure de Vénus, et dans l'autre celle d'Adonis. C'est ce qu'on apprend de ïhéocrite (19). Les esprits forts se moquaient d'un culte de religion qui consistait à pleurer : Çuid absurdius qu'am. . . . homines jam morte deletos reponere in Deos, qu&rum omnis cul-
(16) Fenus, dam l Idylle XXX'. de TLéocrite , le nomme son mari.
'SU //.OU TOV a.vé'p' «Tw^stç- Tun' meuin virum percussisti?
Bion dans Vldjlle sur la mort d''.4donis , représenle Kénus, /iurjOlTa. TTOtriV , appelant son mari! et CîcérOD, de Naturà Deorum, lib. III, cap. 23, parle d'une Vénus de Syrie, mariée à Adonis. Voyez Vldjlle XV de f béocnle ; el Fi.m. MaterDus , de Error. prof. Relis- , pag. il. (!•;) Amm. Marcel. , lib. XIX, cap. I (i8) Alben. , lib. VU , pag. 392.
^»9> Tlieocnt. Eidyl). XF.
tus essetjuturus in luctu (20) ? Saint Augustin approuve cette raillerie :
Sacra sunt f^eneris, dit-il (21;, ubi amatus ejiis Adonis aprino dente exstinclus jui'enis Jnrmosissimus plangiliir. Les peuples de Syrie étaient encore plus fous à cet égard-là que les Grecs , puisqu'ils ne se contentaient pas de gémir et de pleurer , ils se donnaient aussi la discipline; et après s'être fouettés, et avoir assez pleuré , ils faisaient le sacrifice des morts pour Adonis, et se rasaient la tête. Les femmes qui ne -voulaient pas être rasées devaient se prostituer tout un jour aux étrangers ; et l'argent qu'elles gagnaient était employé à un sacrifice qu'on oflVait à Vénus. Le deuil finissait par la joie ; car on feignait qu'Adonis avait recouvré la vie. Lucien , qui nous apprend ces circonstances , dit aussi que les Syriens prétendaient qu'Adonis avait été tué par un sanglier dans leur pays (22). Voyez la remarque (/), où nous dirons , entre autres choses , que cette fête se célébrait encore à Alexandrie, au temps de saint Cyrille. La procession était pompeuse , puisque la reine même y portait le simulacre d'Adonis. Arsinoé, femme de Ptolémée Philadeiphe , reçoit sur cela de l'encens de Théocrite (23). Les femmes qui accompagnaient la reine portaient des fleurs et des fruits, etcent autres choses. On prétend que tout cela, et le simulacre même d Adonis, devaient être jetés dans la mer , ou dans des fontaines. Voyez Hesychius, Zenobius , Suidas , le Scoliaste de Théocrite , cités par Fasoldus , aux pages ^5 et 76 de sou lérologie des anciens Grecs. Les jardins d'Adonis ont passé en proverbe, pour signifier une chose de passade, et qui n'est pas faite pour durer. C'est manifestement en ce sens-là que Platon, que Plularque, et que l'empereur Julien, se sont servis de ce proverbe, dont l'origine venait de ces pots et de ces corbeilles de fleurs qu'on portait en procession pendant la fête d'Adonis. Voyez Erasme à l;i page 23 de ses Adages. Au reste, il y a de l'apparence que la célé-
(20) Cic. de Natnrâ Deor., lib. I. cap. XV.
(21) Augi.st. de Civil. Dei, lib VI, cap. VII. Voyei aussi Firm. Mater, de Errore profan. Re-
(22; Luciaous, de Deâ SvrlS.
(23) Theocrit. Eidyll. XV. Voyet U sommaire dt celle lùflte
ADONIS
brafion tle cette fête n'a pas moins duré à Antioclie qu'à AlexanJrie. Julien TApostat fit son entrée clans la première de ces deux vilKs, l'an 36i , lorsqu'on y célébrait la fête d'Adonis, ce qui fut pris pour mauvais augure.
Ei'eneial autt^m ii}Jtin diebtis, anniio cursu completo , Adonia ritu feteri ceLbrari, arnnla f^eneris , ut Jabulœ Jîngunt, apri dente ferati deleto, quod in adullo flore secUirum est indicium friigum Et l'isum est triste, quod amplam urbem principumque domicilitnn introèunte imperatore mine primiiin ulidabiles undique planctus et lugubres sonus audiebantur (a4) • Une pareille chose parut de mauvais augure aux Athéniens en deux occasions (aS)
religion et de la mythologie païennes.
Un des interlocuteurs de Piufarque soutient fort sérieusement et fort gravement , qu'Adonis et Bacchus sont la même divinité, et que les Juifs s'abstenaient du porc , à cause qu'Adonis avilit été tué par un sanglier. Or il prétend que leur religion, leurs fêtes, leurs cérémonies , étaient à peu près ce qu'on faisait dans la Grèce pour Bacchus j et il dit même que leurs lévites étaient ainsi appelés, à cause de ACtioc ou d'E^'ioç, Lysius, Ei'ius, deux noms de cette divinité. Ausone déclare que Bacchus, Osiris, Adonis, etc.
étaient un seul et même Dieu ^29).
Macrobe sa encore plus loin (3o).
(G) Proserpine en deuint amoureuse
(Y) Fuunride f^cnuseldeBacchits'.] dans les enfers.'^ S'il en^ faut croire Dans l'endroit où Athénée rapporte Apollodore ( 3i ) , elle n'attendit pas qu.lques exemples d'expressions énig- tant à l'aimer , et n'attendit pas même matiques (26;, il n'oublie point l'o- qu'il fût sorti du berceau. Vénus, charrade qui fat rendu à Cinyras j le voici : méedela beauté de cet enfant, le mit
dans un coflVe , et ne le montra qu'à Proserpine. Celle-ci protesta qu'elle le voulait garder. 11 fallut que Jupiter prononçât sur le diftérent ; et voici de quelle manière il le partagea : qu'Adonis serait libre pendant les quatre premiers mois de l'année , et qu'il passerait auprès de Proserpine les quatre suivans , et auprès de Vénus les quatre autres. Il aurait mieux vahi mettre la portion d'Adonis au milieu de l'an j et peut-être l'avail-on ainsi dit avant que les abrévialeurs ou les copistes d'Apollodore eussent mis sa Bibliothèque dans 1 état où nous l'avons, (^uoi qu'il en soit , Adonis no voulut point des vacances que Jupiter lui avait données : iJ y renonça en faveur de Vénus; car il lui fit présent de ses quatre mois. D'autres (32) disent, 1°. que la muse Calliope, chargée de la décision de cette dispute par Jupiter , ordonna qu'Adonis serait si.t mois à Vénus , et six mois à Proserpine. 2°. Que Vénus , indignée qu'on ne lui donnât qu'à moitié ce qu'elle voulait avoir tout entier elle seule , inspira à toutes les femmes de Thracn un tel amour pour Orphée, fils de Calliope , que chacune le voulant ôter aux autres, elles le mirent en cent
(29) Âuson. Epigramm. XXX.
ho) Macrob. SaturaaI. , lib. /, cap. XVII l et XXI.
(30 ApoUod. Eibl. , lib. III , t^ag. 240. (32) Hygin. Asironom. , lib. II, cap. VU ■
'il YitvûfiA, /istTtKiu KuTT^iav sivJ'pSv
tU Ti
nivTœv ùivBfùi>Tù6v , S'ûo /' a,ùrov cTst/-
'H/nh exxuvcj/J-h» XctBploiç iptr/tAoîç , é
/' Ixstuvœv.
O Cinjra , rex Cjpriorum quihus kirlus po-
dex fst , Infans tibi genilut est fonnosissimiis et pul-
chritudinis Inler universos homines summoperè admi-
randce.
Illuin duo numina in potestate habebunt , OccuUis et ai/iis calUbus allentinille subiget,
iltuin fera alter.
Athénée ajoute que cela signifiait Vénus et Bacchus; car tous deux l'aimèrent. Platon le comique avait rapporté cet oracle (î^j.Il n'estpasle seul poète qui ait parlé de ces amouis de Bacchus. On trouve deux vers dans Plutarque , qui assurent que Bacchus , ayant vu le bel Adonis dans l'île de Cypre, en devint amoureux , et l'enleva (28). Ce que Plutarque ajoute est curieux, et pourrait en un besoin faire leçon à ceux qui nous donnent tant de généalogies orientales de la
(24) Amm. Marcell. , lib. XXII, cap. IX.
(a5; Plutarcl.. in Alcib. , pag. 100 ; in Niciâ , pag. 532.
(a6; Atlien. , iib. X , cap. XXII , pag. 456.
(2') In AdODJdc , apud Alhen. , lib. X , cap. XXlI , pag. 456.
(îS) Plut, ^ympâ■s. , lib- IV , cap. V.
ADONIS. ooy
pièces. L'une des plaintes que Venus mois que les jours sont si courts et les fait de son fils dans les Dialogues de iniin si Ioniques. Dans les pa^'s dont je Lucien, est qu'il Tenvoie courir tantôt parle, la drUercnce du plus lon^ jour sur le muit Ida pour Anchise, tantôt de l'année, et du plus court, netlonnc sur le inont Liban pour le bel Assy- point lieu à celte expression. Il y aurien, dont il lui enlevait la moitié , rait bieu d'autres choses à corri 'er par le soin qu'il avait pris de le faire dans l'Adonis de cet auteur. *'
aimer de Proserpine. (33 Arnobe(34) (I) Que le prophète Ézéchiel a et Cleini;n{ Alexandrin (35) ont parle' parlé de la Jttc d'^4donis.'\ Saint Jédes amours de celte dernière déesse rôme a cru que le Thamraus de cts pour Adonis : et c'est sans raison que Sylburgius voudrait mettre dans le
père grec 'AitTajvêr, au lieu de 'Ajcé'iié't ;
car, si on lisait AiSccvii, on ferait dire
à Clément Alexandrin une fausseté :
savoir , que l'amour de Proserpine
pour Pluton était un adultère. Mé-
ziriac est l'auteur de cette dernière
remarque. Voyez la page ^o3 de son
Comaieutaire sur les épîtres d'Ovide.
Le jugement de Calliope me fait souvenir de ces deux vers :
Et viiuld lu dignus et hic, et quitquis amores, Aulmeluel dulces, aut expenelur amaros{Z6),
(H) JVous dit la-dessus le blanc et le noir. ] D'un coté , et avec peu de vraisemblance, qu'Adonis séjournait six mois chez Proserpine, et six mois chez Vénus , sans les toucher , lit à part:' Aviu T^d ^iiyKO.^tûS'iiv x*( 7rpcç-ipvii^iTÔctt (3y) ; et de l'autre , qu'il passait six mois entre les bras de Proserpine, et autant entre les bras de Vé-
paroles d'Ézcchiel : HtneJ.t entrer par l'huis de la porte de la maison de l'Éternel qui est ^^ers Aquilon ; et i^oici il y avoit là des femmes q li estoient assises pleurantes Tliamnius (3e)) , est Adonis. Il n'a pas oublié de remarquer les deux fates de cette fête : d'abord on pleurait Adonis comme mort; et puis on le chantait , et on le louait comme revenu au monde : Plangiiur à mulieribus quasi mortuus, et pos'.eh rct'iuiscens canitur atqne laudatur (40). Saint Cj'rille nous apprend diverses particularités de cette fête. 11 dit qu'on la célébrait encore dans Alexandrie (41)5 et quand il explique ces paroles, malheur sur le pays... qui ent'oie par mer des ambassadeurs, et ce en des uaisseaux de jonc sur les eaitr (4a) , il veut qu'on ies enrende d« s lettres que l'on envoyait pour faire savoir qu'Adonis était retrouvé. Jls prenaient, dit-il (43,i, un t^ase de terre; et ensuite , écrivant une lettre aux
nus: Ef ;C/«v«,C£7ro.«3-£v ivrctiç s^.^xsi^.aic femmes de Biblos, comme si Adonis
Tifç A(^|:oJ'iTilç, aiTTTtf, Ka.i \;< Taiç à.-\-
«ixaiç T»; nep!r«(ÇÔviiç (38). Remarquez qu'on disait quel({ue chose de si-mblable touchant les conventions de Cérès et de Pluton ; savoir, qu'il fut accordé que Proserpine demeurerait avec lui six mois, et qu'elle irait achever l'année chez Cérès. Les anciens n'étaient point assez féconds , ils appliquaient à trop de sujets le denoOlment de leurs fables. D'ailleurs, l'Egypte , la Phénicie , l'île de Cypie , qui ont été la scène d'Adonis, ne sont pas assez éloignées du soleil , depuis le mois de septembre jusqu'au mois de mars, pour qu'on puisse dire qu'Adonis est alors dans le sépulcre , ou dans les enfers : et je ne sais pas à quoi songeait M. Moréri, avec ces six
(33) Lucian. Dialog. Veneriset Lanz.
C34) Arnob. , lib. ir ,pag. 1^5.
(35) Clem. Alex, in Prolrep. , vag. 2i.
(361 Virgil. Ecl. ///, ^s. 109.
(f;) Scholla^t. Theocriti, ad vs. 31, Etdrll. V.
(38) Ihid.
eût été K'éritablement retrouvé , et la mettant dans ce uase, ils le scellaient , et le mettaient sur la mer, après avoir employé quelques cérémonies . Ce vase, à ce qu'ils assuraient, se rendait de luimême à Biblos dans certains jours do l'année , et quelques feintes chéries de f^énus l'y recevant , cessaient de pleurer, après avoir ouvert la lettre , comme si f^énuseiit letraurc srm Adonis. Lucien dit qu'il a vu à Byblos la tète de carton que les Egyptiens y envo3'aient tous les ans, sans autre cérémonie que de la jeter dans la mer.
Les vents la portaient tout droit à Byblos dans sep t jours, qui était le temps
(3g) Eiécbiel , cliap. VIII , vs. i4- Je me sers de la version de Genève.
(4o) Hieron. , lib. III. Comment, in Erediiel. (4i) CyriU. in Esaîam , lih. II.
(42) Esaie, chap. XVIII , vs. 1 et 2.
(43) CyriU. in Esaîam , /iV. //. Je me sers de la Traduction de M. de Lonf-epierre qui rapporte cp passage dans ses Notes sur Bion , pag.
ADONIS
ordinaire qu'on employait pour pas- plus raisonnable dépenser que Nicanr ser d'Egypte à celte -ville. Procope de der a parlé de cette laitue comme
Gaze raconte ceci tout de même que saint Cyrille (44)- Selon ce dernier , les Grecs croyaient que Vénus était descendue dans les enfers, pour le recouvrement d'Adonis : et comme ils disaient qu'à son retour on avait su qu'elle l'avait retrouvé ( 4^ ) , il f 'allait que les commencemens tristes et
d'un aliment d'Adonis, que de croire qu'il en ait parlé comme d'un asile qu'Adonis chercha contre le sanglier.
J'avertirai mon lecteur, que M. de la Monnaie n'est pas de ce sentiment.
Voici une remarque , qu'il a bien voulu me communiquer: « Le uolto.- » (fuyeiv des manuscrits est préférable
lugubres delafête se terminassent par » de beaucoup au noiTiK^u.'yctiv des im- -1 1 .':...; . : .' at: J.. .1 i' 1 ;«.
de grandes réjouissances
{K) Sous des laitues.^ C'est Callimachus qui a dit que Vénus cacha Adonis sous des laitues (46). Selon Cratinus, elle en fit autant à Phaon, pour qui elle avait beaucoup d'amour.
Qu'avait fait Athénée de son bon sens lorsqu'il avança que les poètes ont voulu signifier par une semblable allégorie , que les laitues causent une espèce d'impuissance à ceux qui
j) primes. Nicandre , dans l'endroit » que cite Athénée, parle d'une sorte » de laitue , sous laquelle , dit - il , » Adonis s'était réfugié , lorsque le » sanglier le tua. Cela fait un fort >) bon sens ; au lieu qu'il y en aurait » trop peu à dire que c'est de cette 3) laitue qu'Adonis avait trop mangé )) lorsque le sanglier le tua : l'expres- )) sion ne serait ni claire ni suivie, )) et ce ne serait qu'un mélange con-
çu mangent ordinairement? Si elles » fus de l'allégorie et de la fable. Il avaient cette vertu , Vénus les aurait- » faut prendre garde de plus queÙpUtt^ elle choisies, pour en faire une cou- » étant du féminin, il faudrait «cou verture à ses mignons? Ne les eût-elle « îh Ka.'rçt^etyèv, parce que aloi's cî/ se pas abhorrées jusqu'aunom et à lavue? » prend adverbialement pour quo.^ » ii'eût-elle pas craint que leur simple II est certain que Casaubon a préféré attouchement ne fît un mauvais effet? xstTst^i/^aSv à x.cttAcfia.'^œv (49): il a Remarquez une difiërence entre Cal- confirmésonsentiraentpar les paroles limachus et Eubulus : ce dernier a qui se trouvent dans la même page dit , qu'après qu'Adonis fut mort , d'Athénée , h KctXtLiç èpiS'a.Kiva.t; ùttù- Vénus l'enterra sous des laitues : d'où nfù-^cti (5o), in pulchris /actuels abdiil infère que cette plante n'est bonne disse ; mais il aurait dû prendre garde que pour les morts (47). L'origine de qu'Athénée ne les rapporte qu'après
avoir cité un long passage d'un poète qui a dit que si quelqu'un mange de ces laitues il ne peut rien faire avec une femme (5i). Remarquez bien que les paroles de ce poète suivent immédiatement ce qu'a dit Nicander. Or c'est un signe qu'Athénée n'a point écrit oS na.Tct.i^uyei]/, mais mv ou iiç xctT*- <fa,yùv. C'en est un signe d'autant plus clair, que nous voyons que cet auteur ayant cité Callimaque , qui a dit que Vénus cacha Adonis sous des laitues , observe que c'est une allégorie destinée à montrer que ceux qui mangent ordinairement cette herbe , deviennent lâches et invalides par rapport à cette déesse : Axxn-j/o/ic.t/vTûiv Tâvwoix-
'Tûëv l<n tla-ÔiVÙs ilO-ï TTfOi ÀifpoS'io-ict OJ
tous ces contes pourrait bien être ce que l'on disait , qu'Adonis , ayant bien mangé d'une certaine laitue qui croissait dans l'île de Cypre , fut tué par lin sanglier. Ceux qui feront rétlexion sur l'endroit où le sanglier le blessa , trouveront sans peine le dénoûment de tout ceci. Adonis était devenu impuissant pour avoir trop mangé de ces laitues : voilà pourquoi on a feint qu'après cela il reçut à l'aine une blessure mortelle. Il ne faut donc point préférer le mot xaTi»<^!/yav à celui de xa.Tai<^a.yciv (48) ; et il est beaucoup
^44) Pfocop. Gaj. Comment, in Esaï. , cap.
(45) 'Av«x6ot'3->)c i'i i^ AJût/ x.a,i [j.n\ «.cti iiupi^Bctt KiyoÔTKç tÔv ^yirovy.iiov a-ouvii- /î!7-9ai ustl à.voLTKiprci)/. Cyiil). in Esaïam hh. II.
(46) Jpud Aiheoxum Itb. II, cap. XXVIII, pa{;. 6(j.
(^r)' Ibidem.
(43) Dnn\ le passage de Nicaiirler , rapporte pur Allicnée , fà même.