‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 53 sur 158 · A FER · texte numérisé non relu

A FER

et vous en dira des circonstances curieuses (E). L'abbé Faydit , dans ses Remarques sur Virgile, page 3, le fait de la maison royale des Domitiens.

(A) Tibère qui haïssait mortellement Agrippine. ] Cette princesse doutait si peu que ce fût lui qui eût suscité ce procès, qu'elle n'en témoigna point de ressentiment à Domiiius.

Celui-ci , la rencontrant un jour dans les rues, se détourna : elle crut que la honte l'avait porté à faire cette démarche \ et l'ayant fait appeler , elle lui dit de ne rien craindre , et que ce n'était point lui , mais Agamemnon qui était cause de tout cela : ©ipe» , AouiTii , où ya.fl iru y.'ji Tai/Tcev ctWioç tî , «ixx 'Kya.fA.iy.voiv. Bnno sis animo, Doiniti ; non enim tu horum causa es , sed Agamemnon (i). C'est une marque qu'elle avait lu l'Iliade.

(B) La uieiilesse , lui ayant usé l'esprit , ne put néanmoins l'obliger a ne plaider plus. ] Ce défaut n'est que trop commun ; il n'y a pas beaucoup de gens qui sachent faire leur retraite bien à propos , ni qui puissent dire comme Horace :

Est mihi purgatam crebrb ijui personel aurem : Sohe senesceniem inaLurè sanus etfuurn, ne Peccet ad exlremuin ridendus , el ilia ducal (ïj.

Les poètes et les orateurs devTaient être les plus diligens à se retirer , parce qu'ils ont plus de besoin que les autres d'un grand feu d'imagination : cependant il ne leur arrive que trop de se tenir dans la carrière jusqu'au dernier déclin de l'âge. Il leur semble qu'on a condamné le public à boire jusques à la lie tout leur prétendu nectar. Mais si autrefois les législateurs renfermèrent dans certaines bornes le temps où I on se pouvait marier (car ils défendirent aux femmes de cinquante ans , el aux hommes de soixante de le faire (3) , et s'ils sup-

(i) Dio CbssÎus , ad ann, 792, P(t§. ''Sa.

(2) Horal. Epist. /, lib. l\\s. 7.

(3) Çuid est quare npud Poëlm fallacissimus Jupiter dfsierit librros lutlere ? Utrwn sexngeciariHs factus eu ^ et dit lex Papta fibuiam iinposuit? Laclant. , Ub. I , cap. XVl. CapUi PapicB Pofjpeœ legis n Tibeito Cœsaie, quasi sexageiiani generare non pussent^ addito obrogavii. Suelon. in Ciaiid. , eap. XXI II, et ibi GommemaWrtt.

posèrent qu'après un certain âge il ne fallait plus songer à procréer des eufans , soit à cause de l'extinction , soit à cause de l'ailaiblisseuient des facultés ; chacun devrait aussi se faire des bornes pour la production des livres, qui est une manière de génération à quoi tout âge n'est nullement propre.

La comparaison employée par Horace me fait souvenir d'un précepte que Virgile nous a laissé ; les vittux poètes s'en devraient faire l'application :

Hune quoque., ubi aut morbo gravis , auliam.

segnior annis Déficit , abde doino , nec turpi ignosce .»<>■■

necla.

Frigidus in Venerem senior , frustraque la'-

borem Jngratum trahit ; et si quando ad prcelia

ventutn est , Vl quondam in stipulis magnus tine viribiu

ignis , Incassuin furil (4).

Les vieux poètes , dis-je , devraient proliter de celte leçon , et ne pas vouloir monter sur le Parnasse lors même qu'ils sont devenus semblables à ce cheval dont Pline a parlé après Aris ■ tote : Générât mas ad annos triginta très..., Opunle et ad quadraginta durasse tradunt adjutuni modo in atlollendd priore parte corporis (5). Ils obcurcissent par-là leur première gloire à l'exemple de notre Domitius Afer.

Voyez ce qui sera dit de Jean Daurat dans son article. Il y en a qui consacrent à des poésies dévotes leurs Muses sur le retour : ce sont pour l'ordinaire des fruits insipides {6). Je dis , pour l'ordinaire; car sur toutes sorte* de sujets on a de fort excellens ouvrages composés par des vieillards.

(C) Quintilien.. s'etaitjort attaché à lui. ] Cliarles Etienne , Lloyd et Hofman dans leurs dictionnaires, Glandorp à la page 3o6 de son Onomaslicon , et plusieurs autres , remarquent que Quintilien nous apprend cette particularité au livre V : Confitetur senem Domitium sibi adolescc/ilulo culium ; mais ils disent tous qu'il ajoute que l'autorité que Domitius avait eue était fort diminuée : Sed priore autoritnte multiirn imminutâ.

Je n'ai point trouvé cela dans cet ea-

(4) Virgil. Georg. , lib. III, vs. oS.

(5; Plin., hb. rill, cap. XLII.

(6) Vu-iei. Baillel, Jug. sur les Poètes, lom. III, pag. 246- Voyei. aussi ce qu^U dit des e'crits co'uposés en vieillesse , iom. /*^. det Jugcn*. de» Savens, pag. 383.

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