‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 61 sur 158 · LAUS · texte numérisé non relu

LAUS

Il rendit de grands services à ce Nectanabe, après quoi il voulut s'en retourner à Lacédémone ; mais il mourut de maladie en chemin , l'an 3 de la io4^. olympiade (E). Il était âgé de quatrevingt-quatre ans , dont il en avait régné quarante-un (h). M. Mo— réri a fait ici quelques fautes (F).

Nous verrons dans l'article de CoxoN si Cornélius Népos et Justin ont fait leur devoir sur l'histoire d'Agésilaùs. Ce prince ne voulut jamais souffrir que l'on fît son effigie, soit en bosse, soit en plate peinture (/), et il le défendit même par son testament.

Quelques-uns ont cru qu'il en avait usé de la sorte parce qu'il n'ignorait pas sa laideur , dijjfidens formœ suce (m). Jamais personne n'a vécu dans une plus grande simplicité que lui (G). Mais il savait très-bien loger l'esprit , le cœur et la religion d'un souverain (H) sous cet extérieur de reforme , et sous cette frugalité philosophique. Il avait une si grande tendresse pour ses enfans, qu'il s'amusait avec eux aux exercices les plus puériles (I), comme est celui d'aller à cheval sur un bâton.

Il ne sera pas inutile de remarquer le peu de cas qu'il faisait de ceux qui tiraient beaucoup de gloire de nourrir et de dresser des chevaux pour la dispute du prix aux jeux olympiques. Il voulut leur faire voir que ce n'était pas grand'chose , et que c'était une affaire de dépense , et non pas une preuve de mérite et de vertu ; et pour cet effet il persuada à sa

(A) Plut, in Agesil., pag. 617 , 618 ; Corn. Nep. , in Agesil.

(/] Plut, in Agesil. circa init. Voyez aussi Ciceronis Epislol. ad Famil. XII , lib. V.

(m) Apuleius in Apulogiâ , pag. 282.

AGÉSI

sœur d'aspirer à cette victoire [ji).

Cette dame , ayant fait dresser des chevaux à cet exercice, se mit sur les rangs , et gagna le prix. Ce fut la première femme qui remporta cette gloire (o). Elle s'appelait Cynisca. Je ne crois pas que Dicéarque l'ait ignoré, lui qui se plaignait de ne trouver pas quel était le nom de la fille d'Agésilaûs (K). Il l'aurait su s'il avait fait ce que fit Plutarque (L).

(n) Plutarclx. in Agesilao , peig^. 6of>, D. (o) Pausaa., lib. III ^ P"g- 88 et 96.

(A) Onjîl l'injustice a Léotychide , etc.] On ne peut qualifier autrement la manière dont il fut traite, si Ton en examine bien les i-aisons. Agesilaiis ne niait point que, selon les lois du pays , la couronne n'appartînt aux iils de son frère ; mais il soutenait que Le'otychide n'était pas fils d'Agis; et , pour le prouver, il se servait de ces deux moyens. Il disait en premier lieu, queTiméa, mère de Le'otychide, s'e'tait tellement coifiée d'Alcibiade , qui s'était réfugié à Lacédémone, que son mari soupçonna que l'enfant qu'elle eut quelque temps après n'avait point d'autre père que ce galant. Cela regardait Le'otychide : c'était lui que Timéa mit au monde vers ce temps-là 5 c'était lui qu'Agis n'avait reconnu pour son fils qu'au lit de la mort. Agesilaiis alléguait , en second lieu , le témoignage de Neptune. Il disait qu'Agis avait été chassé du lit de sa femme par un tremblement de terre , et que Timéa était accouchée de Léotychide plus de dix mois après (1). Ces deux raisons ne valaient rien : la maxime, Pater est queni nuptiœ demonstrant , les ruine de fond en comble.

Si , toutes les fois qu'un mari prend quelque ombrage de voir son épouse sensible aux visites et aux tête-à-tête d'un étranger, il fallait exclure de la succession lesenfans qui naissent vers ce temps-là, où en serait-on? Ainsi, »[uand même ce qu'a dit un historien serait vrai, que Timéa ne faisait point de scrupule devant ses femmes de don-

(i) Ejc Plut, in Agesilao, pag. 597; el Xe- ■u.i.h. de Rrb. Graec. , l,b. III, pa^. Ï14,

Page 1