AGIS
l'un des éphores , qui avait été le grand promoteur de la réforme , le mit en justice, allégua les signes célestes (C), et poussa un prince du sang royal , qui s'appelait Cléombrotus , et qui était gendre de Léouidas , à s'assurer du royaume. Léonidas , transi de peur, se réfugia dans un temple, oïl sa fille , femme de Cléombrotus , l'alla joindre. On le cita ; et , parce qu'il ne comparut point, on le déclara décliu de sa dignité , et on la conféra à Cléombrotus. Il obtint la permission de se retirer à Tégée. Les nouveaux éphores firent un procès d'innovation à Lysander et à Mandroclidas : ceux-ci persuadèrent aux deux rois de s'unir et de casser ces éphores. La chose fut exécutée , mais non jjas sans que la .ville fût dans un grand trouble.
Agésilaiis , l'un des éphores substitués à ceux que l'on venait de casser, aurait fait mourir Léonidas sur le chemin de Tégée , si Agis ne lui eût envoyé une bonne escorte. La réformation aurait ]m alors s'établir si Agésilaiis n'avait trouvé le moyen d'éluder les bonnes intentions des deux rois.
Sur ces entrefaites , les Achéens demandèrent du secours :on leur en donna ; et ce fut Agis qui eut le commandement des troupes.
Il acquit beaucoup de réputation dans cette campagne (D). A son retour il trouva les choses si brouillées par la mauvaise conduite d' Agésilaiis , qu'il lui fut impossible de se maintenir. Léonidas fut rappelé à Lacédémoue :
Agis se retira dans un temple , et Cléombrotus dans un autre. La femme de ce dernier se conduisit d'une manière qui la rendit
admirable à tout le monde (c).
Léonidas se contenta de faire exiler son gendre, après quoi il s'appliqua tout entier à la ruine d'Agis. Un des éphores , qui souhaitait de ne point rendre ce qu'Agésistrata lui avait prêté , fut le principal instrument de l'infortune de cette famille. Agis ne sortait de son asile que pour aller se baigner. Un jour qu'il retournait du bain à son temple , cet éphore l'entraîna dans la prison. On lui fit son procès, on le condamna à mort , et on le livra à l'exécuteur. Sa mère et sa grand'mère demandaient avec instance que , pour le moins , on accordât à un roi de Lacédémone la permission de plaider sa cause devant le peuple. On craignit que ces paroles ne fissent trop d'impression , et l'on se hâta dès l'heure même d'étrangler Agis.
L'éphore, débiteur d' Agésistrata, permit à cette princesse d'entrer en prison : il permit la même chose à la grand'mère , et puis il les fit étrangler l'une après l'autre. Agésistrata mourut d'une manière tout-ii-fait glorieuse (d].
L'épouse d'Agis (e) , princesse très-riche , et fort sage , et l'une des plus belles femmes de la Grèce , fut arrachée de son logis par le roi Léonidas , et contrainte d'épouser le fils de ce prince. C'était un jeune garçon peu capable encore du mariage. Il régna après son père, et eut une fin jiour le moins aussi tragique que celle d'Agis, dont il avait tâché d'exécuter les desseins. Il s'appe-
i'c) Elle s'appelait Chki.onis. Foyer- son iirliclc.
{(l) Voyez l'article Amphabks.
(e) Elle se nommait Agiatis.
lait Cléomène {f). M. Moréri ne rapporte pas comme il faut ce que dit Agis (E) à ceux qui plaignaient sa destinée. Les autres dictionnaires sont très-fautifs sur cet article (F). Meursius ne devait pas dire que cet Agis régna neuf ans {g) ; car le passage de Diodore de Sicile , qu'il allègue , regarde un autre Agis. Celui dont il est ici question perdit la vie dans la i35*. olympiade. Les considérations de Plutarque sur le supplice de ce roi se verront dans l'article Ampharès.
{/) Tiré de Plutarque , in Vitâ Agidis et Cleomenis.
{g) Meurs, de Regao Lacedaem. , p. 87.
(A) Par un désir de gloire assez raffiné.^ La narration de Plutarque (i) nous insinue clairement qu'Age'sistrata fit voir à son fils le préjudice qu'il se ferait à lui-même par son plan de rëformation, vu les grands biens qu'elle posse'dait 5 mais il la pria de vouloir sacrifier ses richesses à la gloire de son fils. Car jamais , lui dit-il , je ne pourrai aller du pair at'ec les autres monarques sur le chapitre des richesses : les i^aleLs des satrapes , les valets des financiers de Séleucus et de Ptolémée sont plus riches que tous les rois de Lacédémone : mais si , par ma tempérance et par la grandeur de mon âme je m'élève au-dessus du luxe de ces princes , et si je puis introduire dans mon royaume l'égalité des biens , j'arriverai a la véritable grandeur, je passerai pour grand prince.
C'est là un raffinement de l'amonrpropre. On vous surpasserait, quelque progrès que vous fissiez par une certaine route; prenez-en une toute contraire, où vous n'aurez pas de rivaux : ceux qui vous mettront en balance avec d'autres pourront soutenir qu'en son genre votre mérite ne cède point à celui d'autrui. Mais, l'oserait-on dire, si la dispute roulait sur des qualités de même espèce , les unes visiblement inférieures , et. les autres visiblement supérieures, comme l'au-
(i) Plularcli. in Agide, pag. 798.