‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 74 sur 158 · CHIT · texte numérisé non relu

CHIT

AGRIPPA

futalion est infiniment plus solide que celle dont s'est servi un théologien d'Utrecht , en alléguant la profession de théologie à laquelle Agrippa fut ë!evé à Dole et à Pavie , et Temploi qu'il eut auprès du cardinal de Sainte Crois, pour le concile de Pise (46).

Cela ne prouve rien du tout , parce que tous ces honneurs dAgrippa pre'ce'dèrent la première prédication de Luther contre le pape. Si l'on me demande pourquoi Agrippa parle plus durement de Luther dans son livre de la Vanité des Sciences que dans ses Lettres , je ne répondrai point que c'est un ouvrage où il se proposait de critiquer tout le monde ■" j'aime mieux me servir d'une autre raison. Quand il composa ce Traité , il était apparemment revenu de l'espérance qu'il avait d'abord conçue de Luther. Je crois qu'aussi-bien qu Erasme, il avait regardé au commencement ce réformateur comme un héros qui ferait cesser la tyrannie que les moines mendians et le reste du clergé exerçaient sur l'esprit et sur la conscience. Ignorans et voluptueux , ils fomentaient mille basses superstitions , et ne pouvaient Souffrir qu'on étudiât les belles-lettres : ils ne voulaient ni sortir de la barbarie , ni soufl'rir que les autres en sortissent j de sorte qu'il suffisait d'être bel-esprit , savant , poli , pour être l'objet de leurs violentes déclamations. Agrippa, Erasme, et quelques autres grands génies, furent ravis que Luther eût rompu la glace ; ils en attendirent une crise qui délivrerait de l'oppression les honnêtes gens ; mais quand ils virent que les choses ne prenaient pas le train qu'ils auraient voulu , ils furent les premiers à jeter la pierre contre Luther. Disons pourtant qu'Agrippa fut sujet à diverses alternatives. 11 protestait à Erasme, en lui envoyant sa déclamalion sur la Vanité des Sciences , qu'il n'avait point d'autres sentiraens que ceux de l'Eglise catholique : Illud te adnionituin t'olo , me de his quœ ad reh^ionem altinent nequaquam. secàs ser.tire quant sentit Ecclesia catholica (47). 11 souhaitait en dédiant l'apologie de cette Déclamation au légat du pape , que Dieu purgeât son Eglise de

(!{&) Voelii Disputât. Tlieoloeic. , fart. III -, ^ ('47) Àjrippa, Epist. XXXVl libri FI, p. 909.

l'impiété des hérétiques (48) ; et peu après il écrivit à Melanchfhoii le plus honnêtement du monde (49) '■ il le pria de saluer de sa part l'invincible hérétique Martin Luther : Snlulahis mihi ini'iclum illttm hœreticum iMartinuni Lutherum, qui, ut in Actibus ait Paulus, sentit fJco secundiini sectani quam hœresim i-ocant ; et lui témoigna souhaiter de sortir de Babylone : Utinam hic IVabuchodonosor (il parle de Charles - Quint ) aliquandà ex beslid redirel in hominem , aut ego relinquere possem istud Ur ChaUœorum (5o) ?

Un temps a été qu'on lui recommandait les frères (5i) : ainsi, ce qu'on vient de voir qu'il écrivit à Mélanchthon , était un retour de certains premiers mouvemens que ses disgrâces et les injustes procédures des théologiens catholiques lui inspiraient. En tout cas, il est bien certain qu'il a vécu et qu'il est mort dans la communion romaine. Nous toucheronsquelquesunes de ses opinions dans la remarque (T)- (0) Je ne crois pas qu'il ait écrit pour le dii'orce de Henri Vlll. ] J'ai lu dans l'ouvrage d'un fort habile homme , que Cramraer ayant fait « un )) voyage en Allemagne , où il acquit » la connaissance du célèbre Cornélius j) Agrippa , l'entretint de l'affaire du » divorce , et lui en représenta si « bien la nécessité , que ce grand » homme défendant avec chaleur les » poursuites de Henri , fut fort mal » traité par l'empereur , et mourut » enfin en prison (52). » Celui qui a critiqué cet ouvrage a répondu entre autres choses : i". que R. Wak- J'eld , qui écrivait en ce temps-la pour Henri VIH , a dit positivement qu'il répond au livre de l'éi'êque de Rochester , et à un autre qu'on croit être de f^iuès ou d' Agrippa : 2°. qu Agrippa est mort en France , et nullement prisonnier en Allemagne (53). J'ai trouvé

(48) Epiit. XII libri yil, pag. loiî.

(49) royez la lettre XIII du VII'. livre , pag. ioi3. // paraît assez favurable à la nouvelle Peltgion dans les lettres XyiII et LU du III'. livre.

(50) Epist. XII Ubri m, pag. ioi3.

(5il Epist. XVI et XXXIV Ubri III. Vide etiain Epist. XV ejusdem libri.

(02) Histoire de la Réformation d'Angleterre , par le docteur Biirnet ( it présent é.éque de Salishtirr ) , n Van. i53o , Uv. II , pag. zBo , édition ^Ainsterd.

(53) Le Grand , Histoire du Divorce de Heu-

dans les Lettres d'Agrippa certaines choses qui me persuadent qu'il ne fut point du sentiment de Crammer. L'ambassadeur de sa majesté impériale à Londres (54) écrivit à Agrippa le 26 de juin i53i , pour Teshorter à soutenir les intérêts de la reine (55), et le fît souvenir d'un endroit de la Vanité des Sciences qui censure Henri Vlll :

Hoilik adhuc nescio cul régi persuasum iiudio , ut liceat sibijani plus t^ii^inti onriorum uxorern dimlttere , et nubere pellici (56). Agrippa fît réponse, que de bon cœur il s'engageait à cette en

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comptait pour engagé à cet ouvrage ; car dans la lettre qu'il écrivit à la reine de Hongrie , après qu'il se fut retiré à Bonn , il représente comment il donnait toutes ses veilles à son emploi d'historiographe , quoitpi'il n'en ei\t encore retiré aucun profit. Je ramasse des mémoires, dit -il, pour l'histoire de la guerre d'Italie et de Hongrie ; et outre cela , j'ai un plus grand dessein en tête , c'est d ccrirs pour la reine Catherine notre tante.

Voici ses propres termes : Sed longe majus his negotium pro vestri sangui-

treprise , pouvu que l'empereur lui nis décore , pro lud , inqunm , mater-

expédiât , ou ses ordres , ou sa permission. Il marqua très-fortement qu'il détestait ces lâches théologiens qui approuvaient le divorce ; et voici ce

qu'il dit touchant la Sorbonne : Non secuit (Sg). .Te ne pense pas que ce est mihi incognitum queis arlibus res dessein ait iamais été esécuté : l'aii-

tcrdAngliœ celebratissimn regina mets humeris impositum suscepi , in quo licet multi hacteniis operam siinm col- Incdrunl , nullus alhuc noduni rei dis-

ICOg/llt

hœc apud Parislorum Sorbonani traciata e^t , quœ cœteris tanti sceleris ausum temerario porrexit exemplo. Vix me continere queo , quin imilalus poëtani illuin exclaniem ; Dicite , Sorbonici , in theologiâ quid valet aurum ? Qaantiim pietatiset fidei illorum pectore clausum putabinius , quorum ve

.1' teur, en disgrâce à la cour impériale, trouva bon sans doute de ne se pas exposer à l'indignation du roi d'Angleterre. Si Crammer l'avait gagné (■"), il faudrait qu'il eût fait cette conquête pour le plus tôt en l'année i532 : et si Robert Wakfeld pub'ia son livre avant l'année iSS'a (60) , il est sûr

nalis magis quam sincera conscientia que le traité qu'il réfute , et qui pasest , qui extimescendas uniferso orbi sait pour être de Vives ou d'Agrippa , christiano determinationes auro uena- n'est nullement d'Agrippa. Notez que lesfecerunt,acserfatamtotannisfi- Sandérus , qui nomme plusieurs audei et smcerilatis opinionem nunc tan- teurs qui écrivirent contre le divorce dem extremâ ai'ariliœ infnmiâ corru- (61), ne parle point de ce dernier. perunt {5-]) ? Il ne laisse pas de représenter le péril où il s'exposerait en écrivant contre un divorce que tant de théologiens avaient approuvé :

gens , dit il , qui me i'eulent beaucoup de mal à cause de ma f^anité des Sciences. L'ambassadeur revint à la charge , lui fit espérer que la reine d'Angleterre écrirait , ou à l'empereur , ou à la reine de Hongrie , touchant l'ordre d'écrire sur cette matière, et lui expliqua pourquoi Erasme, Vives , et les autres bonnes plumes du temps , ne devaient pas être choisis aussitôt que lui (58). Agrippa se

ri VIII , tom. II, pag. ii5. Voyez aussi toni. I, pag. 24Ç)-

(54) il est nommr dans les LeUres (Vyf grippa, Eiistocliius Cliapusius, el dans celles d'' Érasme, ■Euslatbius Chapiisiuiî.

'55) Agrip. , F.pist. XlXUbri VI, pay. 978.

(56) Agrip. de Vanitate Scieuliar., cap. LXIII, pag. 124.

(5r) AEfippa, Kpist. XX lihri VI , pitg. çr;^.

(58)Fpistr XXfXWW yi, pag. ^S6. Vide rliam Epistol. XXXII f, pug- 99^-

(5o) Epist. XXI libri VII , pag. 1024.

(*) AoRiPPi ne s'était pas encore lais-é gagner en i533, temps auqueV, si je ne me trompe, il publia son Apologie contre les Docteur-; de Louvain ; et il n'a pn le faire drpuis , sans la même lionleuse prévarication qu'd y reproche à la Sorbonne. Eodem , y dit-il, parl.nnt de ce corps fameux, his recenùbus annis delerminavil, Papain non potse dispentare ut fraler ducal uxoremfralris morlui sine hberis , alque proptereà malrimonium inler Angliœ Bcgem et Cietaris amilam , velut cnntra jus nalurale el divinuin , indi'penrabile . pro incesluoso , abominabili , el sacrdego adullfrio damndrunl, magna Sorbonœ infamid. C'um non mullis annis anl'e pro Augustino Furnario dvt ac Palrtcio Genuensi delerminavissenl oppoHltim. [Agrippœ Apolog., etc., cap. 2. ] Ce n'est pas, au reste, dans la seule édition de i536 que se trouve le passage que , sous la Lettre X, Crénius remarque avoir élc relrancbé du Traité de la Vanité des .Sciences dans l'édition de Lyon. Ce passage reparaît encore dans l'édition de iSSg, et on le trouve dans toutes les précédentes éditions de ce Traité.

PlEM. CRIT.

(Go) W. le Grand, tom. I, pag. 249, du nue cet Oni-rage est intitule', Cotzcr. Or, selon le Catalogne d'Oxford. pag. 246 , le Cotzer /ut impriinr il Londres , l'an iHt].

(tii) Sanderi Hist. Schismalis An|li»!.

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(P) Ses accusateurs n'ont pas été alitis familiarissimè , quem nimirîim

bien informés de ses a-'enlures. ] J ai non raro ubi Agrippam seclarer , Inro

dit dans la première remarque , qne ex pilis concinnato aUigatuni duxi ,

Paul Jove , Thevet , et Martin Del at uerc natwalis ernl canis mnsculus ,

Fiio, sont ses principaux accusateurs , cui alias femellam ferè colore et re-

etjai promis de montrer leurs fautes; liqud corporis conslitutione simi/em ,

les voici donc : quant Gallicè Mademoiselle ( Domi-

1°. Paul Jove !e fait mourir à Lyon nam ) appellahat , me prcesente , nd-

dans un rat'cliant cabaret , et le char- junxit. Cet auteur ajoute qu'Agrippa

ge du soupçon infilme de magie , par aimait follement ce chien , qu'il le

la raison que vous allez voir. ^:,'a/7>o, baisait souvent , (ju'il le faisait quel-

dit-il (62) , menait toujours ax'ec lui quefois manger à sa table , qu^l le

un diable sous la figure d'un chien soufiVait dans son lit, et que pendant

noir. Aux approches de la mort , que lui Wier et Agrippa étudiaient

comme on le pressait de se repentir , sur la même table , ce chien se tenait

il 6ia au chien un collier garni de clous toujours couché entre eux deux au

qui formaient des inscriptions nécro- milieu d'un tas de papiers. Or, comme

niantiques , et lui dit va-l'en, mal- Agrippa était des semaines tout en-

litureuse bète qui es cause de ma perte tières sans sortir de son poêle, et

totale. Ce chien prit tout aussitôt la qu'il ne laissait pas de savoir presque

fuite l'ers la Saône , s'y jeta , et n'en tout ce qui se passait en divers pays

sortit point. Cet auteur avait donné du monde, il y avait des badauds qui

de grands éloges à Agrippa du coté disaient que son chien était un diable

de Tesprit et de la science , jusqu'à qui lui apprenait tout cela. Il n'y a

dire (jue cette science lui avait pro- pas long-temps qu'un soldat réfugié

curé la dignité de chevalier que l'em- me disait fort sérieusement que ,

pereur lui avait donnée: P'ir educalus pourvu que M. de Mélac (66) eût son

inlilteris,eta Cœsare eruditionis ergo dogue, il revenait toujours victo-

equestris ordinis dignitate cohonesta- rieux. Il m'assura que , dans l'opinion

tus (63). Commençons par-là notre générale des soldats , ce dogue était

critique. un esprit familier qui révélait à son

H est certain , par le témoignage maître les postes des ennemis , et leur

d'Agrippa , que son ordre de cheva- nombre , leurs desseins , etc. M. de

lerie fut la récompense de ses exploits Mélac n'était point fâché peut-être

militaires (64)- D'ailleurs , il n'est pas qu'on crût cela : cette opinion pouvait

mort à Lyon ; et enfin, Jean Wier, faire que les soldats ne craignissent

son domestique , témoigne que ce rien sous sa conduite (67). Voilà de

chien noir était un vrai chien, et qu'il quelle nature étaient les bruits sur

l'a souvent mené avec un cordon de lesquels Paul Jove s'était fondé,

crin. Silentio involi'i , dit-il (65) , 2°. Passons à Thevet. On ne peut

diutiiis oh verilatis prœrogatiuam non nier , dit -il (68) , qu'Agrij)pa n'ait

patiar qiujd in dii'ersis aliquot scrip- esté misérablement ensorcelé de la

toribus {*) legerim , diabolum formd plus fine et exécrable magie qu'on

canis ad extremum Agrippée halitum puisse imaginer , et de laquelle , au

comileni ipsi fuisse , et posteà nacio veu et sceu d'un chacun , il ajait proquibus modis eranuisse. Satis equi- fession si évidente ( ainsi que le pré-

dem mirari h\c nequeo iantœ existi- sent discours le justifiera) qu'il n'est

Tuationis uiros tant insulsè aliqiunido possible de reculer en arrière par néloqui , sentire , et scribere ex inanis- gatires , palliations , ou déguisemens.

sinio l'ulgi rumore. Canem hune ni- Or , voyons à quoi se réduisent les

griim mediocris statures , gallico no- preuves que ce présent discours apmine Monsieur , quod Dominum. so-

nat , nuncupatum noi'i ego si quis (G6) Lieutenant gênerai dans les années de

"^ o « France: il servaU dans les années d Alleinaf;ne

(62) Paulas Jovius in Eloglis, cap. XCI. pendant la guerre qm a éle terminée l'an 1697.

)- ; ,,.,., o I r yoreilaremarque{i)del articlet,UiDt.v,alaJin.

(Oi) J't.iOui. (f,-) rorez ce que PluUirque rapporte de la

(64; Voret ct-dessus la rémarque [D). j,,,;,^ j^ Sertorius , dans la Vie de ce général. (65; Joann. Wier, de Magis, cap. V, p. m. ((jg) Thevet , Hisl. «les Hommes illustres , (*) Jovius in Elogiis, et ex hoc .iudrcas Hou- lom. Vil , pa^. 221 , édil. de î'aris, en 1671 ,

ilurlFin libro Exemploriini Geruuo. et alii. en S vol. in-ii.

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porlc. En premier lieu , Antoine de Lève chérissoit telleiiie-nt ce personnage , que , par son conseil , adi'is et prudence, il l'cnoit a bout des desseins de SCS hautes et superbes entreprises ; ce (J'ii a fait que certains eni'ians à cet Espagnol ses victoires ont dit que par art migique et Agrippine il a grippé sur ses ennemis ai^ec ses mains podacres et crochues , ce que beaucoup de vaillans capitaines n'eussent seau par le cliquetis de leurs armes et combats Jurieux (69). En second lieu, les enseignemens d'Agrippa sont tellement déraisonnables , que le docteur Jean f^uier , quoiqu'on plusieurs endroits de ses œui'res il le loue et exalte grandement comme son bon maistrc , il est néanmoins quelquefois contraint de lui donner un coup de pied et le désai^ouer (70). On nous renvoie au chapitre XLIV du H*, livre des Illusions et Apparitions des Esprits (71)» pour y trouver que Jean Vuier se moque ( avec Cardan au XVÎIP. livre de la Subtilité' ) des resueries d' Ag'ippa , qui Jhrgeoit des apparitions pins que ridicu'es. En troisième lieu, son li^'re de la Philosophie cachée a esté condamné et censuré par les chresliens... ; et pour cette occasion , fut contraint Agrippa d'abandonner la Flandres , oh il ne put estre s'^uffert , faisant prof ession de la magie : de manière qu'il prit la route d' Italie , où, il séjourna t'espace de trois ans ou eni^imn , et y épancha plus que n'eût été requis du poison ai>ec telle abondance , que plusieurs gens de bien appercei^ans qu'il en at'oit en si peu de temps infecté l'air de l'Italie , lui donnèrent la chasse si uife qu'il n'eut rien de plus hasif que de se retirer h Do'e , où il lent publiquement le Hure de Verbo mirifico (72). En quatrième lieu , il obscurcit tellement la Bourgoii;ne des fumées et brouillard de ses sciences noires , que s'il n'eust fait un trou à la nue , il est bien à craindre qu'ai'ec le feu on ne l'eust éclairé de p'us près qu'il n'eust sceu souhaiter. En cinquième lieu , il se rendit à Lyon , fort piètre et dénué de

(69) Là même , pag. 223.

(70) Là même, paf;. 225.

^^ (7') •^'^ n ai point trouvé de livre qui ait ce titre ni celle division dant les OKtivrcs de Jean Wier , imprimées à Amsterdam, en 1660, iiî-Zf. (72) Thevet, Hommes illustr. , pag. 22G.

facultez ; il chercha tous les moyens qu'il put pour uivotcr , remuant le mieux qu'il pouuoit la queue du baston , et il gagnoit si peu qu'il mourut en un chétif cabaret , abhorré de tout le monde , qui le détestoit comme un maudit et exécrable magicien , parce que tousjours il menoit en sa compagnie un diable sous la figure d'un chien. Thevet ajoute à cela le reste du conte que Paul Jove a inséré dans ses Eloges.

Il serait facile de montrer la nullité de ces cinq preuves. Il n'est pas besoin de réfuter la première , puisque Thevet a reconnu qu'Antoine de Lève ne s'adressait point à Agrippa pour quelques prestigieux et iniques charmes (73) , mais plustost , pour la rare merveille de son esprit (74) ; et que l'empereur ne le prit h son seriàce , par l'intercession d'Antoine de Lève , que pour l'asseurance qu'il ai'oit que par son rneur et rassis jugement il pourrait suri'enir aux grandes affaires qui lui étaient tombées sur les bras. Voilà donc l'accusé hors d'ailàire , par la confession même de l'accusateur : il est bien plus malaisé de justifier celui-ci d'une très-crasse ignorance. Je n'ai remarqué dans les Lettres d'Agrippa aucun vestige de ses liaisons avec Antoine de Lève, et je m'étonne que, sur la foi d'un auteur comme Thevet , tant d'habiles gens aient débité qu'Agrippa^iit/rti'orj d'Antoine de Lèue , et capitaine en ses troupes (•j5). Il ne fut jamais au service des Espagnols : il ne servit que dans les troupes de l'empei'eur Maximilien ; et je ne pense pas que , depuis la harangue qu'il fit à Pavie , l'an i5i5 , il ait endossé le harnais. Voici quelques mots de cette harangue : Neque mireris , marchio illustrts , Joannes Gonzaga strenuiss. mililum dux , quod cùm me projiimis his annis felicissimis Cœsareis casiris prœfectiim cognosceres, nunc me sacrariim lilterarum prœpositum pulpito cernas (76). 11 fit encore quelque séjour en Italie : il y eut pour patron Guillaume Paléolo-

(73) Là même , png. 223.

(743 XiV même , pag. 22.'».

(75) Naudé , Apologie «les grands Hommes , pag. 4o5. Voyez aussi Teissier , Elog tirés fie M. (te Tliou , tom. II , pag. 99 Vojez ci-dessous Citation (79;.

(-6) Agrippa , Oprr. , lom, II , pag, lo-jS.

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gue , marquis de Monferrat , à qui il dédia son Traite De liiplici ratlone cognoscendi Deiim, l'an i5i6;77) : il enseigna à Turin , et il rejiassa les Alpes vers le commencement de Faiinee 1618(78;. Qu'on me montre qu'Antoine de Lève ait servi l'empereur Maximilien. Mais voici une ignorance encore plus crasse. Agrippa n'obtint le titre de conseiller et historiographe de Charles-Quint que par le moyen des amis qu'il rencontra à la cour de la princesse Marguerite , gouvernante du Pays-Bas. Cliarles- Quiut n'était point alors dans le Pays-Bas : il y vint quelque temps après , si pre'venu contre Agrippa, tjue, sans les bons offices du cardinal Campège , et du cardinal delà Mark. , il Taurait fait mettre dans un cachot. Le sieur Clavigni de Sainte-Honorine dit que la fin d'Agrippa n'ei\t pas ëtë moins funeste que celle de Lucilius Vaninius , si le cardinal Campège , et Antoine de Lève, ses protecteurs , n'eussent détourne Charles-Quint de le faire punir (79).

Il ne vit point Agrippa , et ne lui tit point payer ses gages : tant s'en faut qu'il se soit servi de ses conseils pour se de'barrasser îles grandes affaires qui lui étaient tombées sur les bras. C'est «ne plaisante preuve de l'habileté' d'Agrippa dans le droit , que de dire que Charies-Quinl le recul au nombre de ses conseillers. A la jurisprudence , dit Thevet (80) , ilai"iit donné une si uiife atteinte , que ( comme j'ai ci-dessus remarqué ) l'empereur Charles-Quint le reçut au nombre de ses conseillers II avait dit dans la page préce'dente , (.[n Agrippa fut si bien reçu h la cour de cet empereur , qu'il fut du nombre de ses conseillers. Ne sait-on pas que le titre de conseiller du roi se donne à une infinité de gens , à des me'decins , à des historiographes, à des auteurs qui entrent dans les conseils du prince aussi peu que le dernier de tous les bourgeois ? La deuxième raison de Thevet ne prouve rien.

Agrippa a parlé de quelques a])paritions si ridicules , que même l'un de ses meilleurs amis s'en est moqué j donc il a été magicien. Que devien-

(-7) Ibid. , paç;. 480 et •;i8.

(78) Voyez tes Lettres , pag. '^28 , 730. (■:i)) Clavigni de Sainte-Honoriue , de l'Usage des Livres suspects, pag. 106.

(80) Thevet, Hommes illustr. , pag- Î22, 2î3.

draient Bodin , Martin Del Rio , le Loyer , et la plupart des di'mouographes , si cette manière tle raisonner avait lieu ? La troisième raison fourmille de faussetés. Si Agrippa eût fait profession de magie , on ne se fût pas contenté de le faire sortir de Flandre ; on ne punit pas si doucement une telle profession. Il ne fut jamais en Italie depuis les censures de sa Philosopliie occulte. Cet ouvrage ne parut qu'en i53i. Si A,;ripi>a eiU épanche dans l'Italie avec tant d'abondance le poison de sa magie , le cardinal de Suinte-Croix Taurait-il choisi pour l'un des théologiens du concile de Pise ? Le pape lui auraitil écrit un bref si honnête en l'an i5i5 (81) ? Bien loin que notre Agrippa chassé d'Italie se soit retiré à Dole , il n'alla en Italie qu'après avoir* quitté DôIe. La quatrième raison suppose faux. Agrippa se fit des affaires à Dole pour avoir donné dans les hypothèses de Capnion , dont il expliquait le livre de f^erbo mirifico. On sait les longues querelles des moines et de Capnion. Le cordelier Catilinet , aimant mieux prêcher contre Agrippa devant la princesse Marguerite , que disputer ou s'éclaircir avec lui à Dùle , prit le parti de l'allerdiflaraer à Gaud sur la chaire de vérité : mais il ne l'accusa point de magie ^ il ne l'accusa que d'attachement à la cabale judaïque , et de pervertir l'Ecriture par des explications cabalistitpies (82).

Les déclamations mal placées de ce cordelier , qui , au lieu de prévenir la cour et le peuple contre un professeur absent , devait l'accuser dans les formes devant les juges académiques, n'empêchèrent point que le célèbre Jean Colet ne loge;1t Agrippa chez lui à Londres , et que l'empereur Maximilien , aïeul de ta princesse Marguerite , ne lui donnât de l'emploi en Italie (83). La cint[uième raison de Thevet a déjà été réfutée : il n'a fait <(ue copier Paul Jove \ et ils ont été l'un et l'autre assez iraprudens pour parler de la misère d'Agiippa. Beau moyen de persuader à un lecteur judicieux , que cet homme était un grand

(81) Agrippa, Eplst. XXXVIIlLbri I, pag.

(82) Voyez rEiposliilalio rl'Agrippa , au II'. tome de ses OEiivres , pag. 5o8.

(83) Agrippa, Oper. , loin. II , pag. 5g6.

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magicien ! Belle méthode de le persuader au peuple , lorsqu'on sait d'ailleurs , que dès qu'il y a un prince ou seigneur auquel l'heur rit , soudain on lui jette le chai aux jambes qu'il courtise agrippa (84) !

3°. Quant à Martin Del Rio , il raconte ces trois ou quatre choses : 1°. Agrippa en voyageant payait dans les hôtelleries en monnaie qui paraissait très-bonne ; mais , au bout de quelques jours , on s'apercevait qu'il avait donné des morceaux de corne ou de coquille (85). 2°. Charles-Quint le chassa de sa cour et de ses états , et avec lai deux autres personnes de condition qui lui avaient promis de grands trésors par le moyen de la magie (86). 3°. Le même empereur ne remit point la peine de mort à Agrippa ; mais il le condamna au bannissement après qu'il eut su sa fuite (87).

4°. Agrippa tenait à Louvain un pensionnaire fort curieux. Un jour qu'il sortit hors de la ville , il recommanda à sa femme de ne laisser entrer personne dans son cabinet. Le pensionnaire en obtint pourtant la clef : il y entre, et y lit un livre de conjurations : il entend frapper à la porte une et deux fois sans interrompre sa lecture : le démon veut savoir qui l'appelle et pourquoi 5 et parce qu'on ne sait que lui répondre, il étrangle le lecteur. Agrippa revenant à son logis , voit les démons qui sautent sur sa maison j il les appelle , et apprend d'eux ce qui était arrivé. Il donne ordre à l'homicide d'entrer dans le cadavre et de lui faire faire quelques tours de promenade à la place la plus fréquentée des écoliers , et puis de se retii-er. Cela fut fait. Le pensionnaire, après trois ou quatre tours de promenade tomba raide mort. On pensa long-temps que ce fut de mort subite ; mais certaines marques de suffocation rendirent la chose suspecte dès le commencement : ensuite , le temps apprit tout ; et Agrippa , fugitif dans la Lorraine , commença d'y vomir les hérésies qu'il avait retenues dans le cœur (88).

(R4) Tlievet, Hommes illustr. , ptig. 224.

(85) Del Rio , Disqiiisit. Magicar. , Ub. II, au/eu. XH , nuin, 10.

(86) Ibid.

(87; Del Rio , Disquisit. Magicar. Ub. F, secl.

tSS; Jbid. , l,b. Il, ijiiœstion. XXIX. <ecl. I.

La misère d'Agrippa , et la peur qu'il fait paraître tant de fois dans ses épîtres de n'avoir pas de quoi manger, réfutent pleinement la première de ces histoires. Quand on a un moyen si court de payer ses créanciers , on ne doit pas être en peine de quoi vivre : c'est la pistole volante. Il n'est point vrai que Charles-Quint ait jamais chassé Agrippa de ses états : il était trop habile homme pour punir de celte manière un magicien dispensateur des trésors ; il aurait craint que les autres princesne profitassent à son dommage des secrets d'un tel banni. Del Rio réfute la seconde historiette par la troisième j car il prétend dans la troisième , que sa Majesté Impériale eût fait mourir Agrippa , si elle l'eût eu en sa puissance , et que 1 arrêt de bannissement fut postérieur à la fuite de ce magicien. Pures fiibles. Agrippa présentait requête sur requête au conseil de cet empereur, ou pour être payé de ses gages, ou pour avoir son congé (89); et, quand il fut las de n'obtenir rien , il s'en alla à Cologne , où il parla le plus jiardiment du monde aux magistrats , contre les moines qui arrêtaient l'impression de son ouvrage (90). Il vécut tranquillement à Bonn , jusqu'à ce qu'il en partit pour aller en France. Charles-Quint auraitil souffert cela à un homme qu'il aurait banni de ses états ? L'eût-ii souffert à un magicien , qui n'aurait évité le dernier supplice que par la fuite ? Sur la quatrième historiette , soit renvoyé à Gabriel Naudé , dont voici les paroles : On la peut nier encore plus raisonnablement avec Ludwigius {*) , que Del Rio ne l'asseure , p'êu qu'il l'a traduite mot pour mot d'un Hure intitulé le Théâtre de la Nature, divulgué en italien et en latin sous le nom de Strnze Cicogna , et en français et espagnol sous celui de f^alderama (91). On peut se servir d'une autre réfutation ; la voici : Del Rio remarque que la femme qui avait prêté la clef au pensionnaire fut répudiée depuis par Agrippa. 11 faut donc que ce soit

(89) fide Operum ejiis volumen II , à pa^. 975 , usque ad paginam 984 : l'e"' pt^S- *'*''7 ** sequeiit.

(90) Ihid. , paij. io33.

(*) Qutesl. AA^Daimonomag. , fulio 187.

(91) X,ia<lé , .\pol- pour les grands Ilorames ,

AGRIPPA

la troisième femme de ce magicien.

Or la seconde ne mourut qu'en iScsg :

il faut donc que Taventiire du pensionnaire soit postérieure à Fan iS^g ; il faudrait donc qu'Agi ippa eftt pris

justifier Agrippa , entre aulres raisons , par la Jafeur de deux empereurs , et autant de roia (()\j. C'est su|>poser queCliarles Quint eut de l'amitié pour Agrippa ; mais on n'a qu'à lire les

la fuite vers la Lorraine depuis l'an plaintes de cet auteur fgS) pour voir

i53o ou environ : il faudrait que de- clairement le contraire. De plus , Nau-

puis qu'il fut installe' à la charge d'His- dé suppose qu'on ne s'avisa de crier

toriographe de Charles-Quint , il eût contre la Philosophie occulte que

été louer une maison à Louvain pour long-temps après quelle eut c(é pu-

y tenir des pensionnaires : mais rien bliée ; il prétend qu'on ne cria contn

n'est plus faux que cela j car , i°. il n'alla point en Lorraine comme fugitif: il y alla pour exercer une belle charge à 5Ietz , laquelle lui avait été oflVrte avec tous les agrémens possibles , pendant qu'on lui présentait ailleurs des conditions honorables (qa . 2°. Il n'alla en Lorraine qu'en iSiS , et il avait encore sa première femme. 3''. Les doctrines qu'il soutint en ce pa}'S-là , et pour lesquelles il fut exposé aux vexations de quelques moines , n'élaient ni magiques , ni hérétiques ; elles roulaient sur la question si sainte Anne , mère de la sainte \^ierge, a eu trois maris, et un enfant de chacun ; ou si elle n'a eu qu'un mari et une ûlle. Agrippa soutint ce dernier parti (gS) , qui fait infiniment plus d'honneur que l'autre à la mémoire de sainte Anne. 4"- H ne paraît jioint tpi'il ait demeuré ailleurs {ju"à Anvers et à Malines , depuis qu'il fut fait historiographe de l'empereur , jusqu'à ce quil se retira chez l'électeur de Cologne ; et je ne pense pas que jamais il ait tenu de pensionnaires à Louvain. On pourrait donc se dispenser de répondre à Martiii Del Kio et à ses consorts , jusqu'à ce qu'ils eussent iia peu arrangé les circonstances des temps et des lieux.

Je m'étonne que le célèbre Naudé n'ait ]ias eu la prévoyance d'objecter aux. accusateurs d' Agrippa It; grand nombre de faussetés historiques dont je viens de les consaincre.

(()) // y a des erreurs de fait dans

les moyens de son apologie. 1 J'ai

Gabriel Naudé en vue *. Il tilche de

(92) Agrippa , FpUt. IX et X lihri II ; mais fiurlOiit t'Oie:: son Kemercîment à messieurs de Melx, pig. ioi|2.

(t)3) fovpi les OEuvres d'Agrippa , tom. II, pag. 583;:',:.

* Barle l'a pas re'eve, dit -^oly , toutes les fautes de Nauile, au >ujfl d' Agrippa. C'est a ton , par exemtle , t/ue G. Naudé avance au Agrippa se rétracta dans la préface de la

ce livre que pour se venger des injures qu'on croyait avoir reçues dans celui de la '^'anité des Sciences. 11 est fort vrai que ce dernier livre irrita furieusement plusieurs personnes. Les moines, les suppôts des académies, les prédicateurs , les théologiens s'y reconnurent. Agrippa était lui esprit trop ardent. Ex ejiis libri fde Vanitate Scientiarum) quaUcuntjue gustudeprehendi hominem esse ardentis ingenii , fariœ lectionis , et niultœ niemoriœ , alicubi tauien majore copia quam delectu , ne dictinne tiimultuosd ueriiis quant compositd. In omni génère rentm vitupérât mala , laudat bona; sed sunt qui nihil aliud sustinent quant laudari vgG). Ses peintures étaient trop fortes ; les couleurs en étaient trop noires, ses traits étaient trop marqués. On s'en f;lcha donc , je l'avoue; mais il n'est pas vrai que cette colère ait eu un ellét rétroactif sur un livre qu'on eût laissé en repos plusieurs années. Naudé eût mieux fait de garder cette jiensée pour une autre application : il ei\t trouvé où la placer tôt ou tard , quand même il n'aurait pas eu autant de lecture qu'il en avait. Je m'explique. Il n'est point rare que des zélateurs laissent long-temps en repos im livre et celui qui l'a composé , t|uel c[ue puisse être d'ailleurs ce livre , pourvu qu'il n'attaque point personnellement ces zélateurs. Mais si, au bout de dix , quinze , vingt ans , ils se brouillent avec l'auteur; si quelque

Pliilosopbie occulte, de ce quijiouvail s'être glissé de contraire à la doctrine de VEgUte. La rétractation ne pouvait , dit Jolr , être sincère, pute que Agrippa fit imprimer lui-même cet ouvrage peu de temps (^lroi< am) avant sa mort. On verra dans la remarque de Barle les motifs qui por^ tèrent Agrippa à cette publication.

(94) Naudé , Apol. des grands Hommes, p. ^og.

(gâ) Agrippa , Epist. libro Î'^I , pag. Ç)',S , et alihi pasiim. J^OYezle Ile. volume de ses OEa ' vres, pag. 25 1 , 44' > 584, *' '" endroits notés ci-de<sns page aqo note (gg''-

(96) Erasni.is.Episl. lib. XXVII , p- «083.

AGRIPPA

nouvel ouvrage vient faire des descriptions où Ton puisse reconnaître ce que Ton cache le plus soigneusement que l'on peut au peuple j le premier livre ne peut plus jouir de son repos : il devient he'retique, impie, brùlable. On commence alors d'être ronge du zèle de la maison de Dieu , on le persuade aux bonnes gens; mais ceux qui ne sont point dupes voient bien quelle est la passion honteuse que Ton couvre sous le beau masque des intérêts de la piêtê. Rendons justice aux théologiens de Louvain : ils ne méritent pas la flétrissure dont l'apologisfe d'Agrippa les charge par un tel endroit. La Philosophie occulte ne fut imprimée qu'après la De'clamation de la Vanité des Sciences : il suffit de leur reprocher qu'ils usèrent de mille chicaneries pour tiouver des propositions condamnables dans celte Déclamation. Voyez la forte réponse qui leur fut faite : elle est au second volume d'Agrippa , et commence à la page 252.

Faisons eu peu de mots l'histoire de cette Philosophie occulte. Agrippa fit cet ouvrage dans ses jeunes ans (97) , et le montra à l'abbé Trithème , dont il avait appris bien des choses (98).

Trithème en fut charmé, comme il paraît par la lettre qu'il lui écrivit le 8 d'avril i5io (99); mais il lui conseilla de ne le communiquer qu'à des personnes affidées. Je ne sais si l'auteur le communiqua à trop de gens , ou si les premiers qui en eurent une copie manquèrent de discrétion : la vérité est qu'il en courut diverses copies manuscrites presque par toute 1 Europe.

Il n'est pas besoin d'avertir que la plupart étaient fort défectueuses : cela ne manque jamais d'arriver en pareil cas.

On se préparait à l'imprimer sur une de ces mauvaises copies : c'est ce qui détermina l'auteur à le publier luimême avec les additions et les changemens dont il l'avait embelli depuis qu'il l'avait montré à l'abbé Trithème.

Mclchior Adam se trompe quand il dit qu'Agrippa, ayant corrigé et augmenté ce livre dans un âge plus avancé, le fit voira l'abbé Trithème. Il

(gr) Voyez-en la préface.

(g8) Agrippa , Epist. XXXIII libri III, p. 8oo'.

(90^ Elle fst à la léle du livre , et a la page ■■o^ du Ilf. tome de ses OEufres.

avait léfuté, dans son écrit de la Vanité des Sciences, sa Philosophie occulte ; et néanmoins il la publia , afin d'empêcher que d'autres ne l'imprimassent pleine de fautes et mutilée (100). II la fit approuver par des docteurs en théologie et par des personnes que le conseil de l'empereur commit spécialement à cette lecture : Liber illc jam niiper per aliqiios Ecclesiœ prœlaLos et doctores sacrarum humanantmque litleranimerudilissimos, et ex Cœsaris consilio ad hoc specialiler deputatos commissarios examinatus et probatus Juerit,deindè etiarn totius Cœs<\rei consitii assenait admissus, et ejusdeni desareœ majeslatis authentico diplomate et appensd in rubid cerd Cœsaris aqui- Id prit^ilegiatits, insuper Antverpiœ , et postca etiam Parisiis , sine contradictione impressiis et publiée uenditus et distractus sit (101). Sur ces approbations il obtint un privilège de sa majesté impériale , il fit imprimer son livre à Anvers , et le dédia à l'électeiir de Cologne. Son épître dédicatoire est datée de Malines , au mois de janvier i53i ; et c'est la treizième du VI*. livre de ses Lettres. Ce livre parut l'an i53i. 11 fut réimprimé d'abord à Paris. Ces deux éditions se vendirent sans nul obstacle. L'auteur fit travailler à une troisième à Cologne. Le père Conrad d'Ulra , inquisiteur de la foi, en eut le vent , et fit arrêter Tirapression ; mais la vigoureuse requête d'Agrippa aux magistrats eut sans doute son effet, puisqu'il y a une édition de Cologne de la Philosophie occulte en i533. Elle contient trois livres , au lieu que les précédentes ne contenaient que le premier (102). On y joignit, après la mort d'Agrippa, un quatrième livie qui n'est point du même auteur. Optirno jure his iTibris raagicis) anniuneratur uboniinabilis libellas nuper in lucem ab inipio hondne emisstts , Iribulusque Henr. Corn, yigrippœ, rneo olim hospiti et prœceptori honorando , ultra annos quadraginta jam mortuo , ut hinc falso ejus manibus jam inscribi sperem, sub titulo quart i libri de occull d philosophid seu de cerenioniis magicis ; qui insuper

(100) yojez-en la préface.

(loi) Agi-. Epistola XXrHibri VU, p. io33. Voyei aussi paf;. loifS.

(102) Vorei Ir'pitre dédicaloiie du II'. et du III^. livre au même électeur de Coloîine.

datais libiorum trium de Occulta Philosophiaomniumquemagicariimoperationuni jacialur (loj). C'est ainsi que parle Jean ^Vier. J'ai vu une édition in-folio de la Philosophie occulte, en i533 , sans le lieu de l'impression. Le privilège de Charles-Quint y est à la tète, en français, daté de Malines , le 12 de janvier iSag, si je ne me trompe.

Voyons présentement les mensonges qui sont répandus dans ces paroles de Naudé : « Les théologiens de M Louvain censurèrent rigoureusement j) sa Déclamation contre les Sciences : » Jean Catilinet, cordelier, déclama )> publiquement contre l'explication )) qu'il avoit faictc à Dole de f^erbo mi- » rifico : les jacobins de la ville de » Metz escrivirent contre les proposi- » tions qu'il avoit divulguées pour }> soutenir l'opinion de Fabert Stapu- ■» lensis, touchant la monogamie de ■» sainte Anne ; et toutefois pas un H de ces censeurs ne put trouver au- )) cun sujet de rien dire ou remarquer ■» sur les deux premiers livres de sa )) Philosophie occulte , qui furent im- » primés long-temps auparavant toutes )) ces pièces, tant à Paris qu'à Anvers ■» et ailleurs.... (io4). « Notez qu'il x'épète ces mêmes mots, long-temps auparavant, dans la page 4 '6. Pour comprendre toute la faute, il faut se souvenir que Catilinet déclama l'an iSoQj que les jacobins de Metz écrivirent sur sainte Anne l'an i5ig^ et que la Déclamation sur la Vanité des Sciences parut en i53o , un an avant la Philosophie occulte, 't L'avarice des librai- » res , et la vanité de certains es-

» prits , ajoute ÎS^audé (io5) ,

» font tort à la mémoire de cet auteur, » lui attribuant un quatrième livre )> plein de cérémonies magiques , vai- » nés, superstitieuses et abominables , )) et le mettant en lumière avec les

» trois de sa Philosophie occulte

» Wierus asseure (*), pour la défense )) d'Agrippa , que ce livre ne fut di- ■» vulgué que vingt-sept ans après sa » mort, et qu'asseurément il ne l'a- )) voit point composé (io6). »

(io3) Wierus , de Magis, cap. V , p. io8.

(io4) Naudé, Apologie pour les grandi Hommes, pag. 4ii.

(105; Là même, pag. 4^3.

(*) Lib. Il , de Prsestigiis.

(io6) Naudé , Apologie pour les grands Ilomlaes, pas- l\^'-\-

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