‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 99 sur 158 · ERT · texte numérisé non relu

ERT

phosé d'âne en philosophe , et puis de philosophe en âne. Il serait très-inutile que je remarquasse que ce sont des fables :

ceux qui m'en croiraient n'ont pas besoin de mes avis , et en feraient ce jugement sans les attendre ; et quant à ceux qui en jugent autrement , ils ne changeraient pas d'opinion en lisant ici que je ne suis pas de leur goût.

Notre Albert était *' fort petit (I;. Il mourut à Cologne le i5 de novembre 1 280 , âgé ou de qixatre-vingt-sept ans ou de soixantequinze. Il a écrit un si prodigieux nombre de livres , qu'ils montent à 21 volumes in-folio dans l'édition de Lyon , en i65i.

Un jacobin de Grenoble, nommé Pierre Jammy , l'a procurée **.

On (e) m'a communiqué deux ou trois particularités que l'on verra ci-dessous (K).

*■ Leclerc rappelle que ce fait a été trouvé faux par Pierre de Prusse qui en i483 avait assisté à l'ouverture du tombeau d'Albert, et mesuré ses os,

*^ Joly ajoute que le père de Monifaucon , dans sa Bilil. Manuscriptorum Nova , cite plusieurs manuscrits d'Albert - le- Grand , dont quelques-uns ont été inconnus à ceux qui ont parlé de ce fameux docteur.

(e) M. de la Monnaie.

fA) Il naquit l'an ïJQ3,oul'an i2o5.] Vossius a raison de censurer Nicolas Reusnerus , qui a mis la naissance d'Albert à l'an 1293, et la mort à l'an i382 : c'est avoir commence son livre par une be'vue. Quce magna est aiviç-of «s-Zst. peccantis in ipso operis ingressu, l'élut canlherius in pnrid, ut dici solet ; nam ab hoc -dlberlo Icônes et Elogia sua auspicatur (i). Voilà comment parle Vossius, sans se souvenir qu'ù la page 62 , par une faute qui n'est pas moindre que celle-là , il avait mis l'état florissant d'Albert à Tan 1160, et sa mort à Tan 87 de sa vie, en i2o8j et qui l'avait fait con-

(i) Vossius, (le Scient. MatLema!., pag. 362'

ALBERT

tempoi-ain d'Urbain IV, et de l'empereur Kodolphe.

(B) Il n'est point l'auteur d'un livre touchant les accouchemens . ] Cet ouvrage estintitule' de Naturâ Rerum, et traite amplement, et par le menu, du métier des sages-femmes. L'auteur soutient que cette matière peut très-bien appartenir à la plume d'un religieux, à cause que l'ignorance des accoucheuses fait périr beaucoup d'enfans, et les prive pour jamais de la béatitude céleste. Pierre de Prusse , moine de l'ordre de saint Dominique, soutient que ce livre de Naturâ Rerum a été composé par Thomas de Cantopré, disciple d'Albert-le-Grand ^ et il ne nie pas qu'on n'y trouve plusieurs préceptes sur la manière de procurer un heureux accouchement , qui ne peuvent être exprimés sans des termes sales : mais ce n'est point la nature, c'est la sensualité humaine qui a sali ces objets (a) : Admodù,in succenset in blaterones illos, qui Alberto imposuerunt, quod egissetobstelrivem :

fassus tamen Cantipratanum ad instructionem obstetricum in Opère perperhiii supposito prœceplori ejus Alberto iradidisse inodos et vias j'elicis obstetrlcntionis, cujus prœcepta cliartis committi nec voce tradi possunt absque expressione multoruni quce libido non naturâ Jœdai'il (3). C'eût été quelque chose de bien singulier , que de voir Albert-le-Grand entreprendre sur le métier des sages-femmes , et mettre la main à l'œuvre *.

Voyez la remarque (A) de l'arlicle

HlEROPHILE.

(C) Non plus que de celui de Secretis Mulierum.] Naudé se sert de ces deux preuves : i°. Albert ne s'est pas nommé au commencement de cet ouvrage ; celui qui l'a commenté débite un mensonge lorsqu'il soutient le contraire, a". On se sert fort souvent de l'autorité d'Albert dans ce livre : il faut donc juger que l'auteur a uescu quelque temps après lui (4).

(2) Petrns de Prussià , in Albeiti Magni Vjtâ, cap. XVIII.

(3) Tteoph. Rayoaudi Hoplolh. , secl. Il, ser. III , cap. X, pag. 3Ci.

* LecUrc remarque 1°. que le traite àe N'aturâ Rerura n'eslpoinC imprime; 2°. que ce n'est iju^un recueil sur toutes les matières de Physique , et non un traite' iV accouchement.

(4) Naudé , Apologie des grands Hommes , }>ag. 534

Ces deux preuves ne valent rien ^ et la conséquence qu'on tire de la seconde est nulle. Cent raisons différentes obligent les gens à ne point mettre leur nom au commencement d'un livre :

il n'y a point d'auteurs qui se citent plus, volontiers eux-mêmes que ceux qui suppriment leur nom 5 il n'est rien de plus ordinaire que de citer des auteurs contemporains *'. Voyez ci-dessous la remarque (R).

(D) *' // a traité quelques questions touchant la pratique du devoir conjugal. ] Pierre de Prusse , ne pouvant disputer le terrain sur le fait, se retranche sur le droit, et montre dans le XVIIP. chapitre de son livre (5), qu'il est avantageux et nécessaire de savoir les choses naturelles , sans exception des impudiques ; et qu'ainsi , Albert-le-Grand ,. et quelques autres casuistes, ont eu raison de travailler sur des sujets remplis d'ordure : car, sans cela , les confesseurs ne seraient pas en état de remédier aux désordres de leurs pénitens : Qualia item niulta ah Alberto de usu conjugii in-/^°.S. d. 3i, subfinem, scripto comprehensa Jatelur , illud ex ipso Alberto ibidem prœfalus [ dicendum.

primo , quod hujusmodi turpes quœstiones nunquam tractari deberent , nisi illa cogèrent monstra quœ his temporibus in confessione audiuntur 1 ne ergo ConJ'essarii rudes sint medicinœ quam facere debent adeo frequenlibus morbis , justum censuit Albertus in illud oletum stylum demittere (6). 11 serait à souhaiter , nous dit-on , qu'il n'y eût que les confesseurs qui nourrissent leur esprit de ces puantes écritures ^ mais il faut qu'il y ait des livres où l'on trouve la résolution des cas de conscience qui concernent ce vilain sujet : Necessarium est enodationem solidam atque légitimant dubiorum circa fœdilates illas emergentium prostare alicubi apud probatos doctores , cujusmodi fuit Albertus, qui proindè reprehensione

*' Ces raisonnemens de Bajle contre ceux de Naudé ne sont pas du goût de Leclerc. Dans ^espèce , cependant , les uns valent les autres.

'^ Leclerc et Joly ont renvoyé h V article San- CBEz la réfutation de cette remarque,

(5) Le titre de ce chapitre est : Quod scirc naluralia etiam impudica utile sit et necessarium.

(6) Tlieoph. Raynaudi Hoploth. , secl. II , serm. III , cap. X , pag. 36i,

ALBERT

vacat , etiamsi illum ueluti scriptionis putorem suis commentariis imrniserit (7). Mais il serait encore plus nécessaire d'abolir ce qui rend nécessaires ces sortes d'écrits; car, quelque bonne que puisse être l'intention des auteurs , c'est à des livres de cette nature qu'on peut appliquer mieux qu'à cent autres le peccare docentes historias (8).

(E) On a dit qu'il traînaillait à la pierre philo sr>phale.'\ Naudé nous apprend que Mayer , le grand fauteur des alchimistes , n'a point eu honte d'asseurer en ses Symboles de la table d or des douze nations (*') , que saint Dominique aidait eu premièrement la connaissance de la pierre philosophale ; et que ceux à qui il l'aidait laissée la communiquèrent à ^Ibertle- Grand, qui acquitta, par le moyen d'icelle, en moins de trois ans, toutes les debtes de son éi'esctié de Ratishonne (9). Mayer se fonde sur trois livres de chimie, qu'il attribue à Albert-le-Grand. On lui répond qu'il a tort de les lui attribuer (io)j et on le prouve , tant parce qu'il n'y en a pas un qui soit recueilli dans ses œui^res , ou spécifié par Trithème , que parce que celui de la Quintessence lui a été faussement attribué par François Pic {*''). Pour prouver ce dernier fait on n'imite point Velcurion (*^) , et Guibert (*'*), qui ont soutenu qu'Albert-le-Grand se moque des alchy- Ttiistes et de leur transmutation prétendue dans son troisième lit^re des minéraux (*') : on n'a garde de se servir de cette preuve , i^eu qu'il y soustient une opinion du tout contraire ; mais on montre que l'auteur du livre de la Quintessence se qualifie religieux de l'ordre de saint François , et dit qu'il l'a composé lorsqu'il estait en prison. Ces deux circonstances se doii^ent indubitablement rapporter à Jean du Rupëscissa,

(F) On a dit-, qu'il était un insigne magicien.] Il y a long-temps que Tri-

{'î'i Idem, ihid.

(8) Horat. Od. Fil, lib. III, vs. 19. (") Lxb. VI.

(9) Naudé , Apologie des grands Hommes , yag. 519.

(10) L'a même, pag. Szo.

l*') Lib. III àe Auro.

<*') Lib. III Physie. , cap. XIII.

(*■*) Alchym. jmpugnalae lib. Il , cap. VII.

(*') TractaCu I, cap. IX.

thème l'a voulu justifier de cette accusation. Cela paraît par ces paroles:

IVon surrexit post eum uir similis ei, qui in omnibus litleris , scientiis et rébus tant doctus , eruditus, et expertusfuerit. Çuod autem de Necromantiâaccusalur, injuriam patitur uir Deo dilectus {lï ). Naudé prétend qu'on ne peut fonder cette accusation que sur deux ouvrages qui ont couru sous le nom d'Albert-le-Grand, et sur FAndroïde. Voilà donc deux preuves j voyons ce qu'il dira de chacune :

1°. Le premier des deux écrits est celui de Mirabilibus , Pautre est le Miroir d' .Astrologie , oit il est traicté des autheurs , licites et défendus , qui ont escrit de cette science (12). François Pic {*•) , et Martin Del Rio (*') , conviennent que c'est faire un grand tort à Albert-le-Grand de le croire autheur de celuy de Mirabilibus ; et qu'ainsi ne soit, le dernier le descharge en ces propres termes : Alberto Magno tributus liber de Mirabilibus , vanitate et superstitione refertus est , sed magno doctori partus supposititius.

Le Miroir d'Astrologie a esté condemné par Gerson (*') , et agrippa (**J, comme superstitieux au possible, et par François Picus (*') , et beaucoup d'autres , a cause que son autheur maintient en icelui une opinion grandement erronée en faveur des livres de magie qu'il soustient , sauf un meilleur advis , devoir estre conservez soigneusement , parce que le temps approche , que pour certaines causes, lesquelles il ne spécifie , l'on sera contraint de les feuilleter , et s'en servir en quelques occasions (i3). Il semble donc que si notre Albert avait composé un tel livre , il le faudrait prendre pour un magicien ; mais Kaudé n'accorde point cette conséquence , vu (jue le jésuite Vasquez dit formellement (*^) que les livres de magie

(11) Trithem. de Scriptor. Ecclesiast., p. jqS.

(12) -N'audé, Apologie des grands Hommes, pag 523 , 524.

(") Lib. VII de Prœnot. , cap. VII.

(") Disquisit. M.ig. , lib. I , cap. III.

('5) Libro de Libris Astrolog. non tolerandis, proposil. III.

(•*;/« Epistolis.

{"■) Lib. VII , de Prajnot. , cap. II.

(i3) Naudé , Apologie pour les grands Hommes , pag. SaS.

(•6) Part. I, quœst. II, art. III, dispul. XX, cap. IV, in princip.

ALBERT

sont nécessaires , et les magiciens permis de Dieu, afin que les libertins soient aucunement relirez de l'athéisme (i4)- D'ailleurs, Naiidé pose en fait que Roger Baccon est l'auteur de cet ouvrage , comme François Ficus le soutient dans son premier livre contre les astrologues (i5). Voilà pour la première preuve de l'accusation. Voyons maintenant ce qu'on répond à la seconde :

2°. Il y a des gens qui ont cru qu'on pouvait faire des testes d'airain sous certaines constellations , et en tirer des re'ponses qui servaient de guide dans toutes les affaires que l'on avait. Un certain Yepes rapporte {^) qu'Henri de Villeine en avait fait une à Madrid , qui fut brisée par le commandement de Jean II , roi de Castille. Virgile, le pape Silvestre , Robert de Lincolne, et Roger Baccon, ont eu de semblables têtes, si l'on en croit certains écrivains (i6). Albertle-Grand a été jugé plus habile; car on prétend qu'il m'oit composé un homme entier de celte sorte , ayant travaillé îo ans sans discontinuation a le forger sous dii^ers aspects et constellations : les yeux pur exemple... lorsque le soleil estoit au signe du zodiaque correspondant h une telle partie, lesquels il Jondoit de métaux meslangés ensemble, et marqués des caractères des mesmes signes et planètes, et de leurs aspects dwers et nécessaires: et ainsi la leste, le col, les espaules, les cuisses et les jambes, Jaconnez en divers temps, et montez et reliez ensemble en forme d'homme , aboient cette industrie de réuéler audit Albert la solution de toutes ses principales difficultez (17). C'est ce qu'on appelle FAndroïde d'Albert-le-Grand. Elle fut brisée , dit-on , par Thomas d'Aquin , qui ne put supporter avec patience son trop grand caquet. Henri de Assia et Barlhétemi Sibille asseurent qu'elle était composée de chair et d'os ; Pliais par art , non par nature : ce que toutefois estant jugé impossible par les aulheurs modernes, et la i^ertu des

(i4) Naudé, Apologie pour les grands Hommes, pag. 527.

(i5) I-à même , pag. 526.

(*) Àpud Einanuel de Monra , secl. II , cap. Xr, art. VI.

(16) Naudé , Apologie des grands Hommes , pag. 528.

(17) La même, pag. S29, 53o.

images , anneaux et cachets planétaires estant en grande vogue, l'on a tousjours creu depuis... que telles figures ai'oient esté faites de cuiure, ou de quelque autre métail, sur lequel on ai'oit travaillé avec la faiseur du ciel et des planètes (18). C'est sur ce piedlà que Naudé réfute les accusateurs d'Albert ; c'est-à-dire, qu'il suppose que la prétendue Androïde était composée de métal. Il montre par de trèsfortes raisons , qu'elle ne pouvait , ni entendre, ni parler, ni servir d'instrument au diable pour la parole ; et que si le diable avait parlé dans cette machine , il l'aurait fait sans le concours des organes métalliques qui la composaient. Il n'aurait donc pas été nécessaire d'employer tant de temps et tant de cérémonies pour forger cette machine : une bouteille , ou une trompette , n'auraient pas été moins propres à soudre toutes les difficultés d'Albert-le-Grand. Enfin, Naudé remarque que ceux qui parlent de cette Androïde n'apportent aucune preuve du fait. Tostat , avec tout son esprit et toute sa science , ne laissait pas d'être fort crédule :

ainsi son autorité n'établit rien. Si l'on veut soutenir qu'une tradition répandue comme celle-là doit avoir quelque fondement , Naudé en donne un fort plausible (19) : c'est qu'Albertle-Grand peut avoir eu dans son cabinet une tête, ou une statue d'homme , semblable à ces machines de Boece , dont Cassiodore a dit (*) :

Metalla mugiunt , Diomedis in cere grues buccinant, œneus anguis insibilat , aves simulatœ f'ritinniunt , et quœ propnam vocem nesciunt ab cere du/.cedinem probanlur emittere can~ tilence.

(G) Un grand miracle a parlé

pour sa justification. ] Selon le père Théophile Raynauld, les accusateurs d'Albert disent qu'un jour des rois il traita Guillaume , comte de Hollande , et roi des Romains , qui passait par la ville de Cologne ; et que, pour rendre remarquable son repas, il changea l'hiver en un été tout plein de fleurs et de fruits. Ilorridum hyenien in florigeram fructiferamque

(18) L'a même , pag. S'il , 532. Il c'Ue Pereg., Qa. III , decad. cap. II. Qu. III.

(iq) I.d même , pag. 5içf , 54o.

(*■) Lib. / Variarum Kpisl. XLV.

ALEERT.

œstateni i^ertit , ut scrihil Tiilhemius in Chron. Spanh. anno 1254 (^o)- Trithème le rapporte en efl'et. On ajoute à cela la tète parlante , le livre de 3Iirabilibus , et celui de Secretis Mulierum. Le père Théophile re s'amuse point à opposer à ces sortes d'accusations les éloges que plusieurs historiens donnent à la vertu de l'accuse'. Il recourt au témoignage que Dieu lui-même a rendu à la sainteté d'Albert par diverses opérations miraculeuses , en préservant de toute corruption son cadavre, jusque» à aujourd'hui : Testimn/iiiim quod ejus sanctitali Deus perlilbuit, patratis in ejus giatiam viiris plerisque operibus, et ipsius Alberti corpore ad hune usque diein à tabe et putrefactinne exempta. Cet apologiste ajoute que la métamorphose de l'hiver en été , et la tête parlante , sont deux grands mensonges , et que les deux livres en question ont été faussement attribués à Albert-le-Grand , et que saint Thomas n'avoue point (*) qu'il ait autrefois brisé chez son maître cette tête parlante : Hyems in feris amœnitalem t^ersa, et caput œneum articulalè loquens , ad Deum FabuUnum sunt ableganda tanquàrn conjicta et Jalsh jactata de tanto l'iro... Libri autem Magicicfui Alberto njfmgebantur sunt supposititii (21.) Voyez ce que ce jésuite rapporte de quelques machines qui rendent des sons très-harmonieux.

Il veut bien qu'Albert ait eu une tête si artistement composée, que l'air que l'on y sonfllait y ait pu prendre les modifications requises pour former la voix humaine. Quant à l'exemption de pouriture , voici ce que j'en ai lu dans Thevet : « Nostre Albert, après 3) avoir vécu 87 ans , mourut l'an de » notre salut 1280 , à Cologne , où il 3) s'estoit retiré pour estudier ; et là , 3) au milieu du chœur du couvent des 3> jacobins , son corps est enterré, et i) ses entrailles furent portées à Ra- 3) tisbonne , lequel , du temps de l'emi> pereur Charles-le-Quint , estoit en- )) core entier , et fut déterré par son X commandement, et après remis en 3) son premier monument. (22) » Le

(20) Theophil. RaynauJi Uophlotb. , seet. II, lerm. I , cap. XIV, pog. 149-

(*) /// Contra Cent., cap. CIV.

(ai) Th Raynaudi Hopbloth. , pag. i5o.

(22) Thevet, Histoire Jes Hgmmes illastres, tom. II , pag. 8^.

jésuite Radérus a fait quelques vers latins sur Fincorruption de ce corps (23). Ils finissent ainsi :

IlUus (i4) doctas mirentur sœcula charlas , Miror ego salvas posl tria iœcla manus.

M.Moréri, au lieu de trois cents ans , n'en met que deux cents. Ce n'est , ni sa coutume, ni son génie, d'amoindrir les choses de cette nature.

(H) Ceux qui lui attribuent l'int^ention de l'artillerie se trompent. ] « Jean-Matthieu de Luna (*) , qui vi- 3) voit il y a plus de six-vingts ans 3) (25) , soustient , contre l'opinion i> toutesfois de Polydore , Magius , 3) Mayer , Puncirole , Flurence Ri- 3) vault, Bezoldus, ettous les autheurs 33 qui ont escrit de l'invention des 3) bastons à feu, que ce fut Albert-le- 3) Grand qui trouva le premier l'u- 3) sage du gros canon , de l'arque- 3) buse et du pistolet (26) • sans néan- 3) moins que j'aye remarqué dans 3) tous ces autheurs aucune chose qui 3) peust approcher de cette opinion , 3) sinon que telles machines furent )) mises en pratique de son temps , 3) et par un moine allemand , qu'ils )) nomment Berthold Schuuarfz , ou 3) par un chimiste, lequel, au juge- 33 ment de Cornazanus , auteur assez 3) ancien , demeuroit en la ville de 3) Cologne , en laquelle il est certain )3 qu'Albert-le-Grand demeura tous- 3) jours depuis qu'il eut pris l'habit de 3)jacobiu. 3) Voilà comment Kaudé réfute son Jean Matthieu de Luna. La dernière chose qu'il affirme est fausse; car ceux qui ont fait l'histoire d'Albert le-Grand disent qu'il entra dans l'ordre de saintDominiquel'an 1222* ;

(23) Bullart les rapporte , Académie des Scienc. , tom. II , pag. 149.

(2^) C'esi-a-dire , d'Aristote.

{*) Libro de Rerum Inventorib. , cap. XII , foiio 10.

(25) C'est Naudé qui parle , pag. 5i8 de TApologie des grands Hommes , imprimée à Paris , l'an lôsS , «n-S".

; 26) Moréri , au lieu de cela , ne parle que de la poudre à canon, de quoi !Vaudé ne dit rien. foici , dit Leclerc , comme il faut arranger le tout , suivant le pire Echard , qui e^t exact. « Jlberl prit l'habit en Italie à la fin de ' 122a , ou en 1223. Après avoir demeuré dans

- son couvent pendant un an , il fut envoyé' pour » étudier à Padoue ou à Boulogne. De là il

- passa en Allemagne , et > fut préfet des élu-

• des , à Htldesheiin , et puis successivement » à Fribourg en Brisgaw , à Batisbonne et à

• Strasbourg. Ensuite on l'envoya a Cologn:

ALBRET

qu'après que ses supérieurs l'eurent » sus ses pieds (28). » On conto la envoyé à Cologne , pour y enseigner même chose de quelques autres per

la théologie et la philosophie , et qu'il se fut acquitté de cet emploi avec l'étonneraent de ses auditeurs , il alla se faire admirer à Hildesheim , à Fribourg , à Ratisbonne , et à Strasbourg ^ qu'il retourna à Cologne, Tan 1240 j qu'il y eut , entre autres disciples , Thomas d'Aquin , auquel il laissa sa chaire *' , lorsqu'il s'en alla professer dans la ville de Paris; qu'après avoir enseigné trois ans dans Paris , il retourna à Cologne 5 qu'il fut fait provincial de son ordre , l'an ia54 *'; qu'il fit les visites des provinces à pied; qu'il alla à Rome par ordre d'Alexandre IV ; qu'il y exerça la charge de maître du sacré palais ; qu'il y fit des leçons en théologie; qu'il retourna en Allemagne , l'an 1260 *^; qu'il y fut élu évêque de Ratisbonne; qu'au bout de trois ans , il obtint la permission de quitter son évêché; qu'il retourna dans sa cellule de Cologne; que le pape lui commanda peu après d'aller prêcher la croisade *'' par toute l'Allemagne et la Bohème ; qu'en 1274 > il assista au concile de Lyon ; qu'il y eut le caractère d'ambassadeur de l'empereur ''''; et qu'enfin il retourna à Cologne (27). Comment se peut-il faire que Naudé , qui avait tant lu, ignorât toutes ces courses d'Albert-le-Grand?

(I) Notre Albert étail fort petit. ] « Quelques-uns écrivent , que bai- M sant les pieds de sa Sainteté , quand J) il fut arrivé à Rome, le pape lui com- » manda de se lever , le croyant en- ') core à genoux , quoiqu'il fût des-

>• ou il enseigna d'abord la philosophie , et •• puis la théologie. Le père Echard croit aussi " eju'il avait été à Paris vers 12>^8 , et que de • là il vint à Cologne. * Leclerc ^ dans iu note, a dit Boidogne y au lieu de Bologne ; remarque qu'il e'tait d'autant plus ne'cessaire défaire, que Joly, qui, suivant son usage, copie Leclerc sans le citer, n'a pas corrige cette locution. - , ., . l,

•;■ Saint Thomas, dit Leclerc, n'avait alors pendant (JUelqueS SlCClCS 1 Une qu'une anne'e d'e'iude , et il suii' mailre à Paris. Albert commença élu mois d'octobre iil^S , et puis retourna a Cologne, à la Jin de i'i48, ayant reçu le bonnet de docteur. Saint Thomas le suivit encore celle foi'.

*^ En 1255, dit Leclerc.

*' Au plus tard en laS^, dit Leclerc.

*■* Echard n'en dit rien.

"^ Leclerc remarque que Echard a montre' qu'on n'avait nulle preuve de ces faits.

(27) P'uyei. BuUart , Acadéin. des Scienc. , toni. II , pag. i46, et suiv.

sonnes. Voyez la remarque (H) de l'article de Jean André : et souvenezvous de la distinction des logiciens entre quantitas ntolis , et quanlitas i'irtiitis. Le petit Albert-le-Grand y fait penser (29).

(K) On verra ci-dessous quelques particularités.'] k Le livre de Set-retis Mulierum, attribué mal à propos à Albert-le-Grand , est l'ouvrage d'un de ses disciples nommé Uenricus de Saronia , sous le nom duquel il a été imprimé plus d'une fois.

Voici les termes de Simler : Henrici de Saxonia , Alberti ma^ni discipuli , liber de Secrelis Mulierum , impressus .^ugustœ anno D. 1498, per .Antonium Sors (3oj . Et dans le Catalogue de M. de Thou, vous trouverez Henrici de Saxonia de Secrelis Mulierum, de P^irtutibus Uerbarurn, Lapidum , qunrundam animalium , aliorumque , m- 12, I^rancof., 161 5 (3i). 11 est visibleque le nom d'Albert, plusfameuxqueceluide Henri, adonné lieu à la supposition.... Jean Pic de la Mirande dit qu'Albert-le- Grand condamna dans un âge plus mûr les livres de magie qu'il avait

composés étant jeune. Androïde

n'est point le mot dont on se sert quand on parle de l'homme artificiel d'Albert-le-Grand. C'est un mot absolument inconnu et purement de l'invention de Naudé , qui l'a employé hardiment comme établi. »

(28) Là même , pag. 148.

(29) Dans un autre ordre, le non est in tanio corpore mica salis contient la même distinction.

(30) Simler, Epitorae BiblioiVi. Gesneri , pag.

(3i) A la page i56 de la II'. partie du Catal; Bibliotli. Tbuan. 1679.

ALBRET ( famille). Elle a été

■it Albert son (jgg pj^g iîlustres de France par les grands hommes qu'elle a produits , dont le mérite a brillé dans les dignités les plus éminentes du royaume. Tout le monde sait qu'elle a possédé la Navarre et le Béarn. M. Moréri parle au long de cette famille ;

ALBU

j'y renvoie mes lecteurs . et je n'examine pas même si tout ce qu'il en a dit est correct. Je remarquerai seulement une chose qu'il ne dit pas : c'est qu'il ne reste plus de mâle de cette grande maison , depuis que le marquis d'Albret (a) fut tué en Picardie , dans la maison du marquis de Bussi-Lamet. Il avait épousé la fille unique du maréchal d'Albret , son oncle , l'an ifi62; mais il ne vint nuls enfans de ce mariage. Apparemment le maréchal consulta plus les intérêts de sa maison que l'inclination du cousin et de la cousine ; car on dit qu'il n'y eut guère de bonne intelligence entre le mari et la femme. Elle s'est remariée avec le comte de Marsan , l'un des fils du comte d'Harcourt. Le marquis d'Albret, son premier mari , était en état d'ariver aux premières charges de la guerre. Il était déjà maréchal de camp , et il devait achever la campagne de 1678 , sous le maréchal de Schomberg , qui fut envoyé sur les frontières de Champagne , au commencement du mois d'août. Pendant que son camp volant s'approchait de Charleville , le marquis d'Albret lui demanda congé pour quelques jours. On n'a point douté que ce ne fût pour une affaire de galanterie. Quoi qu'il en soit , il fut tué chez le gentilhomme ci-dessus nommé , qui se tira fort bien d'affaire, en justifiant sou alibi {b). Voilà le lit d'honneur oti périt le seul reje—

(a) Il s'appelait Charles A.manieu d'Albret.

TIUS. 365

ton qui restât de tant de héros.

Sa famille avait mérité de finir dans une occasion plus glorieuse.

Le maréchal d'Albret était mort gouverneur de Guyenne deux ans auparavant. Il avait obtenu , en i653 , le bâton de maréchal de France : ceux qui ont dit qu'il le mérita pour s'être assuré de la personne du prince de Condé , ne savent pas bien la chose. Ce ne fut point lui qui l'arrêta (ce fut M. de Guitaud (c) ) : il ne fit que conduire les princes au bois de Vincennes. Il commandait alors les gendarmes de la garde.

Il avait appris en Hollande le métier de la guerre , et s'appelait le comte de Miossens. C'est sous ce nom-là qu'il reçoit beaucoup d'éloges dans un écrit de M. de Saint-Evremont (d) Il fut fait chevalier des ordres du roi , le i". de janvier 1662, et gouverneur de Guyenne, au mois de novembre \6-^o. Il avait épousé, en 1545, Magdeleine de Guénégaud , fille puînée de Gabriel de Guénégaud , trésorier de l'épargne (e). Il a été l'un des héros de Scarron : cela paraît clairement dans les ouvrages de cet écrivain.

(c) Voj-ez Benjaminus Priolus, de Rébus Gallicis , lib. V , cap. lll.

{d) Voyez les OEuvres diverses de Saint- Evremont , totn. II, pag. ^i, nn et suiv. édition de Hollande en lÔgS.

{e) Voyez le père Anselme , tom. II, p. 285.

ALBUNEA, lieu célèbre proche de Tibur (o), en Italie. Voyez la dernière remarque de l'article

TiBUR.

(a) Aujourd'hui Tivoli.

ALBUTIUS SILUS ( Caius ) ,

(b) Voyez la Lettre CXX rfe Bussi-Rabu- orateur réièbrp dii tPTnn« d' Antin , I":. partie, pag. 262 , édition de Hol- «'^dceur ceieore OU temps a AUlande. guste , était natif de r^ovarre .

:i(>6 ALBUTIUS.

et il s'y ôtait avancé jusqu'à la (A) Il lui arriva quelques disgrâces

chareo "d'édile; mais il en sortit rf«'« ^e Wre«//1 II croyait un jour ne

" 1, • 1. ■ \ ■ r A. pousser (lu un beau lieu commun, en

,-, cause d une insulte qui lin fut [y^^.^^^ • ^'^„ ^j^^,,^^ ^^^^5^ . j^,^, ^^^

faite par d<'s gens qui avaient les cendres cl par la niemnire de

ncrdii hriir procès. C'était lui qui t^otre père, et uous ffa°nercz votre

avait été Irnr ium'et qui leur 'f"»e.A,„^s qu'il eut enlumine et ac-

-, ' . 1 tionne celte pensée le mieux nu il put,

,„,,M<.n.;ait la sentence : dans ce l'avocat nui lui était opposé se mit

niciMC temps, ils \c renversèrent ;, dire : ÎVous acceptnns In condition.

d(; son Irilumal , en le; tirant par All>utius ré|)liqua qu'il n'avait point

les pieds. Cet alfront l'oMii^ea à ""''f ''*' Pi"fi , q»'»» n'avait dit cela

'. . . -.*. 1 , ■ (luc comme une figure de rhétorique,

sortir tout aussitôt de sa patrie, ^'^ ,|„^ ,,^„ bannirait les figures si

et à s'en aller à Rome , oii il s'as- l'on prenait ainsi les choses au pied

socia avec l'orateur Munacius tlf la lettre. Uaufre avocat répliqua

Vlancu». I/éinulation les avant q'"'»" pouvait vivre sans ces figures ,

... , -, , T.- et <|u elles n avaient qu a périr si elles

brouilles , il dressa un auditoire ^«..i^icnt. Les jugesdonnérent lieu au

à part, et eiidii il se hasarda à serment; et ainsi Albutius perdit sa

plaider des causes. Il lui arriva cause pour s'entre amusé à de faux

(luclnues disivrAces dans le bar- Ij'iUans de déclamation. Il en eut tant

' ' . ^ ■ I' I 1- ' . ■ •"■ »'«'pit, (ju il renonça au métier (1).

reau (A),, qui 1 obligèrent a y re- y,^;^; ^^ ^^,,^,,, dit Suétone : Ciim in

nommer, l'.lant vieux et iiiconi— Itte quadam centamuirali ab adversa-

uuulé d'un abcès, il s'en retour- rio quemul impiumerga parentes inces-

na àlNovarre, OÎl , ayantCOUVO- -^ebat ju-vurandum quasi per figurant

, , I -1 ' . j *"■ <^"tulisset : « Jura per patris ma-

qu.' le |)eu])le, il représenta dans „ irUque cineresquiinconditijacent, »

une bnigue harangue les raisons et alla in hune modum, arripiente eo

qui reinpècliaient de vouloir vi- condiWmcm, ncc judicibus aspemnnti-

vre, et se laissa mourir de faim '""' """„^'"'-' ""'A'""' suiinvidiâ ne-

' . , . , , ■ ., . iiotium oiflixil (3). Depuis ce temps-

[^,1). .Senecpie le peie , uui lavait 1;, l^s maîtres recommandèrent à leurs

OUI quelquetois , parle de lui am- élèves de ne se point servir de ces 6-

pleiiieut , et rappcnie plusieurs gures maià propos (3).

extraits de ses harangues (A). H {i^Scneta^yrirfalionelihnlIICoMror.

lui donne l'éloo-e de n'avoir «U (2)Sueton. d«- t-lansUlielorib. , en;». ^/.

ni sounrir m taire une iniure ;

et \\ appelle cela une grande pro- ALBUTIUS (Titus) , philoso-

bilé : Horno siinirnœ pr-ohitiUis , plie de la secte d'Epicure, alla de

</n/ ncc fticcrc injtaiiun ncc j>a- Rome à Athènes , dès sa première

ti scirt't. Sénèipie le philosophe jeunesse, et prit un tel goût aux

aurait mieux delini la nature de manières grecques , qu'il aimait

la probité. Mbutius composa une mieux passer pour Grec que pour

ffutoriipic comme il e.»t aise de Romain y<7 ' ; ce qui donna lieu à

le rccueiUird'unpassagedeQuin- une plaisanterie de Scévola (A),

tiheu ^l'V hupioUe I.uci!iu> tourna fort ma-

(iil Su«ton. il>" O'avis. Rlioku-. . im;'. f'T.

liencniont dans l'uno de ses sa—

,. ,,, , tires, connue nous [apprenons

w Uw ;Mx«i«.. de Cicerou (6). ^ous apprenons

i^t-') Jtt»4iius . «iwi pbscurus yrcfissor lit- de ce mèuic auteur , i". qu'Al-

irnlil ^ KA^ItutCti/n \ Quiulil. lusUt. . itC>. Il, <^a> Cieero in Bruto . cap. 26 et 35.

ox^i» >■ (*■ Idem , Ub. l Je Finib. , cap. 3.

ALBUTIUS.

butius était un épicurien passionné (c) , et qu'il aurait été meilleur orateur s'il avait eu moins d'attachement à la secte d'Épicure {d) ; 2°. qu'il entendait bien l'érudition grecque (e) , et qu'il avait publié quelques Harangues {f) ; 3". qu'il avait été dans les charges de la république ; qu'il avait gouverné la Sardaigne en qualité de propréteur {g) , et qu'il n'obtint point du sénat la procession (B) qu'il avait demandé qu'on fit en action de grâces aux Dieux pour ses exploits ; qu'il fut accusé de concussion (C) et banni (D) ; et qu'il s'en alla philosopher à Athènes [h). La plaisanterie de Scévola fut une semence d'inimitié entre eux deux (E). Les dictionnaires ne sont pas ici exempts de fautes (F).

Je ne crois pas que notre Titus Albutius soit le même que celui dont parle Horace (G) dans la IF.

satire du IP. livre. On ne trouve rien de ce médecin Albutius , qui est mis par Pline au nombre des plus célèbres {i).

(c) Idem, lib. /deNatiirâ Deorum, c. 33. (rf) Idem , in Bruto , cap. 26 et 35. (e) Cicero in Bruto , d. 1.

(/) n,id.

ig) Tdem , de Provinc. Consular. , ca;?. 7, et in Pisonem , cap. 38.

(h) Cicero , Tusciil. y , cap. 37.

(i) Plinius, lib. XXIX, cap. I.

(A) Son goût pour les manières grecques donna lieu à une plaisanterie de Scéi'ola.'] Elle consistait en ce que, quand il recevait visite d'Albutius à Athènes, il le saluait en grec, et le faisait saluer en la même langue par tout son monde. On ne peut sentir le ridicule qu'il y avait là-dedans, si l'on ne songe à l'action même. Voici comment Cice'ron s'exprime : Res verb bonas l'erbis electis grai'iter ornatèque dictalas quis non légat ? nisi qui se plané grœcum dici t'elit , ut a Scœfold est prcetor salutatus Athenis Albutius

Quem quidem locum cum multd fenustate et omni sale idem Lucilius , upud quem prœclarè Scœfoia:

Grœcum te , Àlbulî , quàm Romanum atque

Sabitiuin Municipem Ponlt , Trilanni , cenlurionum Prœclarorum hominum ac primorum, signife-

rdinque , MaluisU dici. Grœcè ergb Prœlor Jihenis , Id r/uodmaluKli, te, ciimad me accedt salulo t \U.ifi , inquam, TUe: lictores, turma omnC,

cohorsffue , XoLÏfi. Hinc hoslis Mut! Albutius , Aine ini-

tnicus (i).

Voilà Cice'ron qui dit positivement qu'Albutius était alors prêteur à Athènes , et ne'anmoins les vers de Lucilius témoignent qu'Albutius , faisant des visites à Scévola , était salué en grec, et avec des airs moqueurs qui le piquèrent , et qui le rendirent ennemi de Scévola. N'est-il pas clair comme le jour que, selon Lucilius, c'était Scévola, et non pas Albutius qui exerçait la preture ? Si Albutius eût été préteur, il eût reçu et non pas fait les visites 5 et s'il en eût fait, on n'aurait pas osé les recevoir avec des plaisanteries piquantes. Je m'étonne donc, ou que Cicéron ait donné la preture à Albutius , ou que, s'il l'a donnée à Scévola , comme il est très-apparent .

on n'ait pas corrigé la faute qui s'est glissée dans les éditions. Il faudrait lire , lit à S cœuolâ estprœtore salutatus Athenis Albutius (2) , et non pas , ut a S cœi'old est prœtor salutatus Athenis Albutius. M. Dacier cite ces vers de Lucilius, et les traduit de telle sorte, qu'il déclare que Scévola était préteur à Athènes lorsqu'il se moquait d'Albutius qui lui allait faire sa cour (3). Corradus estime qu'Albutius étudiait à Athènes, et que Scévola y passa, en faisant le voyage de Rhodes, dont il est parlé dans le premier livre de l'Orateur (4).

(B) Il n'obtint point du sénat la procession , etc.'] Cicéron parle de cela afin d'ôter aux amis de Gabinius et de Pison la consolation qu'ils en tiraient. Il leur fait voir que les choses n'étaient point pareilles : Hdc consolationeutun'

(1) Cicer. de Finib. , lib. I , cap. III.

(2) Corradius, in Brutum Cicer. , pag. 189, veut que l'on corrige ainn. D'autres Critiques sont du même sentiment. Vojez le Cicéron de M. Gronovius.

(3) Dacier sur Horace , Satire // , liv. II , pag 121, édition de Hollande.

(4) Corrad. ia Brutum Ciceroais , pag. 189.

ALBUTIUS.

tur etiam T. Alhulio supplicationem hune ordinem denegdsse, qubd est primùm dissimile : res in Sardiniâ cum mastrucatis latrunculis à proprœtore , unâ cohorte auxiliariiigesta , et bellum cum marimis Syriœ gentibns ac tyrannis consulari exercitu imperioque confectum. Deindè Albutius, quoda senatu petebat, ipse sibi in Sardiniâ antè decrei^erat : conslabat enim Grascum hominem ac let^em in ipsd pro^>incid quasi triumphdsse. Itaque hanc ejus temerilalem senatus supplicatione denegatd notai'it (5). On croit qu' Albutius commandait dans laSardaignel'aa 649 de Rome (6j.

(C) Il fut accusé de concussion.'] On n'en peut douter après avoir lu ces paroles : Mutins auieni augur, quod pro se opus erat ipse dicebat , ut de pecuniis repetundis contra T. Albutium.

Is oratoruni in numéro non fuit , juris civilis inteUigentid , atque onini prudentiœ génère prœstitit (7). Il n'est pas si certain que Mutius Scëvola ait été' l'accusateur ; j'aimerais mieux dire qu'il se trouva seulement mêle' dans cette cause , et oblige' d'e'claircir ou de soutenir quelque cbose qui le concernait, et qui allait à la charge de l'accusé. Il avait assez d'éloquence pour un coup de cette nature \ mais d'ailleurs il n'était point orateur : c'est ce que nous lisons clairement dans les paroles que j'ai citées. Quelques critiques y aiment mieux cette leçon :

Mutius autem augur, qubd opus erat, per se ipse dicebat (8) : peu m'importe ^ car, en lisant ainsi, on ne laisse pas d'avoir lieu de conjecturer que Scévola ne fit qu'intervenir dans cette cause, et parler sur quelque incident.

Cette conjecture , dont je parlerai encore dans la remarque (E), se confirme puissamment par une raison que Cicéron allégua contre celui qui lui disputait la charge d'accuser Verres.

Il dit que Caïus Julius , ayant une semblable dispute contre Cnéius Pompée, daus l'afTaire d'Albutius, se servit de deux moyens : l'un , que ce Pompée avait été le questeur d'Albutius; l'autre, que les habitans de Sardaigne l'a-

(5) Cicero de Provinc. Coosular. d. 1.

(6) Proust , Comraentar'io i;j usum Delphini, in Ciceronem de Claris Oratorib.

(7) Ciciro in Briito, d. I.

(8) Corrad. in Brutum CiceroDÎs , pag. 18g. Douza in Lucilium , pag. 99.

vaient prié d'accuser Albutius (g). Il fut jugé que Pompée ne serait pas l'accusateur. On peut donc conclure que cette fonctio^n demeura à Caïus Julius.

Le lecteur, qui ne le savait pas , apprendra ici , en chemin faisant , qu'on n'approuvait point à Rome qu'un magistrat supérieur fût accusé par soq subalterne : JVeque ferè unquam i^enit incontentionem de accusandoquiquœs' torfuisset, quin repudiaretur. Itaque, neque L. Philoni in C. Seruilium noniinis deferendi potestas est data , neque M. Aurelio Scauro in L. Flaccum , neque Cn. Pompejo in T. Albutium : quorum nemo propter indignitateni répudiants est , sed ne libido t>iolandœ necessitudinis autoritate judicum comprobaretur (10). Apulée vient troubler ce que j'ai tâché d'établir j car il dit dans sa seconde apologie que C. Mutius accusa A. Albutius.

Mais il est facile de répondre à cette objection ; puisque, d'un côté, les personnes dont parle Apulée ne s'appellent point comme celles dont il s'agit ici , et que , de l'autre, on ne saurait appliquer au Scévola dont il est ici question ce qu'Apulée remarque de son C. Mutius. Il est certain que notre Albutius s'appelait Titus, et non pas Aulus; et que notre Scévola se nommait Quintus Mucius : et, comme il était augure , on le désignait souvent par cette charge , Quintus Mucius Scœvola augur. L'accusateur dont parle Apulée était un jeune homme qui faisait son coup d'essai pour se mettre au monde , pour se faire connaître dans le barreau : Neque autem glorhe causa nie accusai ut M. Antonius Cn. Carboneni , C. Mutius A.

Albutium quippè homines erudi-

tissimi, juuenes laudis gratiâ primunt hoc rudimentum forensis aperce subibant, utaliquo insigni judicio cit^ibus suis noscerentur, quimos incipientibus adolescentibus ad illustrandum ingenii florem apud antiquos concessus , diit ejcolet^it (11). C'est ce qui ne convient point à notre Mutius Scévola 5 il fut consul l'an 636 de Rome (12) : il était vieux quand Cicéron n'avait que dix-huit ans; c'est-à-dire, l'an de Rome 665 : et Albutius ne fut accusé

(q) Cicero , Divinatione in Verrem, cav, iq. <\o) Idem, ibid.

(11) Apul. Apolog. //.

(13^ Cicero , in LkUo , inil.

ALBUTILS.

qu'après son retour de Sardaigne , où T. ALbutius , nonne animo cequissimo il était propréteur en Tannét; 649. ■^thenisexsulpliilosophabatui?cuita- Voyez la remarque suivante. Peut être nien illud ipsum non accidisset si in que les copistes d'Apulée ont peu à repubUcâquiescens Epicurilegihuspa- Ytea , en passant de faute en faute, ruistet (i6j. M. Gassendi a très-mal couverti C. Julius , en C. MiUius. 11 cité ce passage, puisqu'au lieu de si est certain que € Julius a été l'accu- in republicd.... paruisset , il a dit nisi sateur d'Aibutius; et si Apulée l'avait in republicd.... paruisset [i-]). Ceux qui nommé , il serait à cet égard dans voudront quelque preuve de ce que l'exactitude ; maison ne saurait le jus- j'ai dit qu'Albutius fut accusé à la

"■'' ' ' " ' ' requête des habitans de Sjrdaigne

n'auront qu'à lire ceci : Julius hoc sècum autoritatis ad accusandum nfferebat , quàd ut hoc tetnpore nos abSiculis , sic liim ille ab Sardis rogatus ad caussam accesserat (18). Joignez à cela ces paroles du chapitre XVI du 11^.

livre des Offices : Aut patrocinio , ut nos pro Siculis , pro Sardis Julius.

C'est ainsi qu'il faut lire avec Lambin, ou pro Sardis, contra Albutium Julius , avec Manuce. Consultez Suétone (19).

(E) La plaisanterie que lui fit Scét'ola fut une semence d inimitié entre eux deux. ] C'est ce que Lucilius remarqua dans ses Satires : Hinc hostis Mutî Aibutius , hinc inimicus. Un savant homme a cru qu'ils étaient souvent appointés contraires, et qu'ils le furent nommément dans la cause de Graiiius , accusé par Aibutius , et défendu par llutius. 11 dit que pour le moins Mutins eut beaucoup de joie de l'absolution de Granius. Il prouve cela par un passage de Cicéron , auquel il avoue que d'autres ont donné une explication diflérente j savoir , qu'Albutius accusa Mutius de concussion : Sœpè inter se dissentirent et contenderent , ut qiàun Aibutius Granium oppugnabat , et Mucius eum de-

titier en ce qu'il avance , que tous les accusateurs qu'il a nommés étaient de jeunes aventuriers qui cherchaient à signaler par quelque cause célèbre leuravénement au monde. 11 emprunte de Cicéron tous ces exemples , comme l'illustre M. Graevius l'a judicieusement remarqué (î3) : pourquoi donc les réduit-il tous à une espèce , puisque Cicéron en a fait diverses classes (i4^ ? N'est-ce point à cause qu'ils ne lui eussent de rien servi, s'ils eussent été divisés? Voilà une cause très-féconde de la falsification des faits.

Quand on ne les trouve pas tels qu'on les souhaite , on leur donne , en les alléguant , le pli et l'entorse dont on a besoin.

(D; Il fut banni."} Nous ne trouvons point cela aux mêmes endroits de Cicéron où il est parlé du procès d' Aibutius , et ilne faut point s'enétonner; car, quand on ne fait point la vie d'un homme , on se contente de dire de lui ce qui concerne le sujet présent.

Lorsque Cicéron a dit quelque chose du procès d'Albutius, il n'avait en vue que les personnes qui avaient parlé ou voulu parler contre l'accusé : il n'était donc pas nécessaire qu'd touchât à l'issue de cette cause. Lorsqu'il a parlé de l'exil d'Albutius, il n'avait

en vue que de montrer le bon usage fendebut, certè illo absolutogaudebat,

ut libro Secundo de Oratore scriptum t'idebis , quamuis aliter alii i'erba illa sint interpretati , et putdrint ipsum Scœi'olain ab Albutio de pecuniis repelundis accusatum fuisse , quàd ut nos de uiro tali credamus adduci non possumus (20). Je ne saurais m'accommoder, ni du sens que ce critique rejette, ni de celui qu'il approuve. J'aimerais mieux croire que Cicéron a

(i6) Idem , lib. F^ Tnscalan. , cap. 3;.

(ir) Gassendi, de Viiâ Epie, lih. JT, cap. ri , pag. 188 , in~fulio ou les Citations en marge vont très-mal.

(18) Cicero, Divination, in Verrera, cap. ig.

(19) Sueton. m Julio , cap. 55.

(30) Corradns in Brutum Ciccr., p^g- iSq.

que l'on peut faire de Texil ; il ne fallait donc pas qu'il remarquiU pourquoi Aibutius avait été exilé. C'est à nous à faire un tissu de ces diflerens passages j et, parce moyen , nous trouvel'ons qu'Albutius, ayant été accusé de concussion, à la requête des habitans deSardaigne, fut condamné et banni :

u4lbutius ccM in Sardinid triumphdsset,Romœ damnatus est (i5). Quid

(i3) Grsevios, Notis in Cicer. de Offic. , lib. II , cap. XI F.

(i4) /' donne son accusation contre Ferres pour un exemple : il n'a donc point prétendu citer seulement ceux tjui avaient accuté dans leur pretnière jeunesse.

(i5} Cicero i>i PisOD, , cap. 38.

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