AUBERTIN
fait que se conformer au jugement de » de rancienne foi qu'il est obligé
M. Daillé le fils , dont voici les paro- i> d'admettre, afin de ne passer pas
les: Le nom de M. Aahertin demeure » lui-même pour novateur. » M. Ar
immorlel ici -bas, et i^ii^ra toujours nauld l'a traité beaucoup plus déso-
dans ce grand et incomparable ou- bligeamment , quoiqu'il avoue (lo)
uragti de L'Eucharistie qui, jusqu'à qu'd serait fort h souhaiter que quei-
présent, est demeuré au-dessus de tou- que personne habile trai^ aillât à rt-Ju-
tes les attaques de ceux de l'autre ter les livres des noui>eaux ministres ,
communion , dont pas un n'a ose le et entre autres celui d'Aobertin et ceux
combattre de bonne guerre, ni l'entre- de M. Daillc. 11 soutient « que
prendre tête a tête, s' il faut ainsi dire. » l'ouvrage d'Aubertin est un ou-
Ceux-la mêmes qui passent parmi eux n vrage très-méprisable ; que ce mi-
pour des colomnes et des chefs de par- » nistre était un hommu de peu
ti , n'ont pu faire autre chose que lui » d'esprit , qui n'avait qu'une basse
porter quelques coups obliques, selon » critique sans élévation et sans ju-
les règles de ce nouvel art qu'ils ont n gement, qui a lu beaucoup parce
inventé, et que le désespoir de leur » qu'il ne faut pour cela que des
cause leur a jait mettre en pratique )) yeux et du loisir, mais qui a lu
sous le nom spécieux de méthode de » sans discernement et sans lumières ,
prescription f8j. M. Daillé désigne là m qui ne distingue point entre les
les théologiens de PortKoyal , qui , » bonnes et les mauvaises raisons j
dans leur livre de la Perpétuité de la » qui se récrie à tout moment sur
Foi, ne combattirent de tout l'ouvrage «les preuves les plus faibles j qui
de M. Aubertin , que l'Histoire du » s'est corrompu le sens commun ,
changement de créance : encore ne » par l'accoutumance de répéter tou-
oombattirent-ils celte histoire que par des raisonnemens , et non pas en opposant preuves de fait à preuves de fait. Voyez le IP. chapitre du P'. livre de la grande Réponse de M. Claude , où il montre que l'auteur de la
» jours les mêmes absurdités , et qui , » bien loin d'at'oir remporté une belle » i^ictoire sur l'école de Rome, n'a » fait que découvrir la faiblesse des M calvinistes (ii). "
(E) M. Claude eut mille occasions
Perpétuité de la Foi attaqua le livre déparier du mérite du livre d'Auber^
de M . Aubertin d'une manière oblique tin. ] En faveur de ceux qui , sans au-
et indirecte. tre peine que celle de lire cet article ,
(D) Une querelle entre MM. de souhaiteront de savoir le plan d'Au-
Port-Royal et M. Claude fit con- bertin , je copierai ces paroles de
naître le nom d^ Aubertin et le caractère M. Claude : k fout le livre d'Auber-
de son ouvrage. 1^ L'auteur de la Per- » tia est un corps de disputes sur
pétuité de la Foi ne choisit à réfuter « le sujet de l'Eucharistie, qui est
dans le gros ouvrage de ce ministre , » divisé en trois parties. Dans la pre-
que l'Histoire de l'Innovation. Cela j> mière, il traite la matière par l'E-
fournit assez d'occasions de produire » criture Sainte et par le raisonne-
sur la scène le nom et le travail d'Au- » ment humain. Il produit ses passa-
bertin. Voici un passage de la Perpé- » gesetses argumens , il réfute les ré-
tuité de la Foi. « Aussi Aubertin , » ponses qu'on y fait ^ il rapporte les
» ayant bien vu qu'il n'y avait pas w passagesetles argumens de ceux de la
» moyen de soutenir une folie si visi- n communion de Rome , il y satisfait ;
» ble (9) , a cru devoir réformer ce » et il répond à peu prés à tout ce
» plan. Et voici à quoi se réduit ce « qne les controversistes ont dit jus-
.) que ce ministre , qui a consumé » qu'ici de plus considérable sur ce
» malheureusement sa vie à chercher J) sujet. Dans la seconde, il examine la
;> dans les écrits des anciens de quoi » créance de l'Eglise durant six cents
» obscurcir la vérité , a trouvé de m ans , par une discussion exacte de
)) plus plausible, pour rendre viaisem- » tous les passages de part et d'autre ,
M blable le prodigieux renversement » et il fait voir que la transsubstan-
(8) Vie de M. Daillé, pag. ii. (10; Dans la préface de la Perpétuité Jéfeu»
(9) Il entend la supposition de Blondel , que ""'•
la transsubstantiation élail née long-temps après (n) Perpétuité défendue , 'if. /, chap. /,
Be'renger. prg. 5.
5i6 AUBI
» tiation et la présence re'elle sont des » dogmes inconnus pendant tout ce » temps-là. Dans la troisième, il fait j) l'histoire de rintroduction de ces j> doctrines (12). » M. Claude avait déjà dit dans sa première Réponse , que M. Aubertin , après avoir traité à fond toutes les questions de l'Eucharistie par/' jEc/ùare Sainteetparle raisonnement , et ai'oir remporté une belle victoire sur toutes les subtilités de l'école romaine, examine J'ort au long tous les passages des saints pères qui ont été jusqu'ici produits sur cette matière de part et d'autre , faisant voir par ce moyen a toute la terre le changement que l'église romaine a fait ; en faisant lui-même une perpétuelle comparaison de la créance ancienne et de la noui'elle ; a quoi il ajoute l'histoire de la naissance et des progrès de la transsubstantiation et de la présence réelle (i3).
(F) // fut exposé dans son agonie aux vexations du curé * de Saint-Sulpice. j II se présenta à la porte du malade, avec le bailli de Saint-Germain , à neuf heures du soir. La canaille , au nombre de quarante personnes , le suivait avec des armes.
Celui qui frappa à la porte contrefit la voix du médecin afin qu'on ouvrît. Dès que la porte fut ouverte , toute la troupe se jeta impétueusement dans la maison, et se mit à dire que le malade souhaitait de faire son abjuration entre les mains d'un curé , mais qu'on l'en empêchait j qu'on venait donc pour délivrer de cet esclavage sa conscience. Le fils aîné du ministre agonisant défendit autant qu'il put les montées ; mais enfin pour empêcher que cette canaille ne rompît les portes des chambres, on consentit que le curé et le bailli entrassent seuls à la chambre du malade. Les cris et les huées de leur escorte firent un peu revenir M. Aubertin de son assoupissement léthargique, si bien qu'il déclara fort distinctement sa persévé-
(12) Claude, Réponse au Livre de M. Ârnauld, Hv. /, chap. II , pag. 25.
(i3) Claude, Réponse au II'. Traité, chap. I.
" Ce curé était J.-J. Olier Sulpicîen dont le père Giry, minime, a composé la Vie, i68^ , in-i2. Le Maire, dans sa Défense de la foi catholique, fait une scène d'édificalion de ce dont Bayle fait une scène de scandale. Leclerc et Joly rapporteat le texte de le Maire et adoptent sou récit.
GNÉ.
rance dans la religion réformée. Le curé et le bailli sortirent , et eurent bien de la peine à faire retirer la ca naille. Elle revint peu après , cria qu'on avait fait sortir par force le curé , et aurait enfoncé et pillé toute la maison , si deux notables n'eussent interposé leurs prières, l^iciniam non latuit extrema hœc cala^ mitas , quœ pii viri spirans adhuc spolium cujusuis illudere parati injuriée exponebat. Lamentabili istâ occasione infeliciter usus prceferuidi sed tumultuosi zeli vir Joannes Jacobus Ollerius , basilicœ S\ Sulpitii curatus , et sndalitatis quœ de propaeandâ fide diciiur primipilus , etc. (i4). Peut-on songer à cela sans se souvenir de ce triste mot de Lucrèce ?
Tanlùm religio potuit suadere malorum '.
Un zèle furieux de religion de quoi n'est-il point capable ?
Tristius haud illo monslrum , nec sœvior ulla Peslis et ira deûin Slrgiis sese exlulit undis (i5).
Il ne laisse pas même mourir les gens en repos. Après les avoir tourmentés pendant leur vie, il %'a leur tendre des pièges jusque dans les bras d'une maladie qui ôte l'usage de la raison.
Il se prévaut des raomens où l'âme est aussi malade que le corps , et où
Claudicat ingenium , délirai linguaque mens- 9ue(i6).
(i4) Darid Blondellus, Prœfat. lit. Âlbertini de Eucbaristiâ.
(i5) VirgiL, JEneïd., lib. III, vs. 214. (i6) Lucret. , lib. III, vs. 454.
AUBIGNÉ (d') * (A).
' Il s'appelait Tlie'odore Agrippa. Leclerc et Joly renvoient à la remarque (Q) de l'article Jeanne d'Albret, reine de Navarre. C'est à la remarque (R) qu'il est question d'Aubigné.
(A) ] J'ai lu dans le Mercure
Galant de janvier 1705 (i), que Jean d'Aubigné fut favori et chancelier de Jeanne d'Albret , reine de Navarre et mère de Henri If^, et en grande faveur auprès de ce prince 5 c^yC il mourut a Genève , après l'avoir quitté ensuite de sa conversion ; qu'il était alors amiral de Bretagne, gouverneur d'Olerou et de Maillezais , et gentilhomme de
(i) Mercure Galant, janvier 1705 , paga 233 et suiv.
AUDEBERT.
la chaJitbre du roi; qu'il nous reste de lui une Histoire de France écrite «p'ec un désintéressement qui lui a attiré les louanges de tous les auteurs contemporains , et de ceux qui sont t'émis
ciat , à Bologne , pendant quelques années , et il revint d'Italie si satisfait du pays , et des gens qu'il y avait pratiqués , qu'il em-
jnéme plus de cas que de celle de M. de Thou, qui est cependant fort estimée ; qu'Otton remarque que , lorsque dans son histoire il en est à la mort de ce grand prince (a) , il dit
après lui ; qa'on regarde son ouvrage pl^yg tout l'art de sa poésie à la comme un che.f-d' œuvre en fait d lus- j - ,• jr> « n »
toire , et que quelques auteurs en font description de Rome , a celle de
■■ " P^enise et a celle de Nap les (a).
Ces trois poëmes ont été insérés
au premier volume des Délices
des poètes de France. On verra
que la plume tui tombe des ^malns , et ci-dessous de quelle manière les
Vénitiens récompensèrent la description de leur ville. Il avait composé d'autres poëmes , qui auraient pu être communiqués au public , si son fils , qui était conseiller au parlement de Bretagne , lui eût survécu quelque temps {b). Scévole de Sainte- Marthe a fait réloge de notre Audebert , avec son éloquence ordinaire. Il lui a donné les qualités les plus essentielles à un honnête homme. M. Moréri a fidèlement rapporté le précis de cet éloge. Je ne doute point qu'il n'ignorât les conséquences avantageuses que les protestans ont tirées de ce chapitre de Scévole de Sainte -Marthe , pour justifier d'une horrible accusation l'un de leurs plus illustres ministres. On ne saurait assez déplorer, ou la malice, ou l'ignorance de l'homme , quand on songe * que Théodore de Bèze a été accusé d'une infamie abominable , sur un fondement
qu'il n'a plus la force de rien écrire ; que cette histoire est en deux volumes in-folio j qu'elle a été revue , corrigée par ses soins , et imprimée sur un trèsbeau papier et en de très-beaux caractères, à Maillezais , dont il était gouverneur ; que Constant , son fils , t^iceroi des lies d' Amérique , où il passa en 1643 , était père de madame de Maintenon et de M. le comte d'Aubigné dernier mort , chevalier des ordres du roi et gouverneur de Berri (3). Dans le Mercure Galant du mois de février i^oS (4), on a corrige' la faute touchant le nom de baptême de d'Aubigné. On a dit qu'il se nommait Agrippa et non Jean. On a dit aussi que son Histoire universelle est en trois volumes , que le troisième est rare , et a été imprimé à Loudun ^ qu'il a pris soin de composer lui-même sa yie , dont il y a un manuscrit à Paris , écrit de sa main , et que c'est une pièce curieuse. Le marquis de Tigni , frère de M. Tévêque de Noyon , est le chef de la branche aînée de la maison d'Aubigné , et père de M. le comte d'Anbigné , à qui le roi a donné le régiment royal (5).
(î) Henri IV.
(3) Il n'a laissé qu'une fille qui est marie'e à M, le duc de Noailles.
(4) Mercure Galant , yVmer 1705 , pag. 207.
(5) Mercure Galant , janvier 1705 , pag. a32 , 233.
aussi frivole que l'est son épi- AUDEBERT (Germain), prési- gramme , de sua in Candidam dent en l'élection d'Orléans *, et Audebertum benevolentid. a été un homme de beaucoup de ^^^ Sammanbanus , Elogior. hb. 11.
mente, et bon poète latin, au (^O) I^elictis , pmter en quœ commémorai XVP. siècle. Il fut disciple d' Al- poemata , SUvamm aliquot libris qui luccm
* Il ne fut jamais président, dit Leclerc , c'est ce qu'on voit par son épiUplie rapportée dans la remarque (B).
expectore poleranl ab ejiis hœrede , etc. , Samniartliaous, Elogiorum lib. II.
* Tous les honnêtes gens, dit Joly, sous-criront sans peine à celte réflexion.
5,8 AUDEBERT.
M. Maimtourg renouvela cette accusation dans son Histoire du Calvinisme. On le réfuta très-solidement par l'examen de la pièce même , et on n'oublia point de fortifier l'apologie par le grand mérite d'Audebert (c).
Théodore de Bèze s'était déjà servi de cette raison (A). M. Graverol le ministre avait eu dessein de publier les épitaphes de cet
(B) yoici une occasion très-commode de publier les ëpitaphes d'Audebert.] Pour ne point la laisser perdre , j'insérerai ici mot à mot ce que la personne que j'ai nomme'e m'écrivit et m'envoya.
Je uous prie d'agréer que je iious em^oye un extrait Jidèle des épitaphes de Germain Audebert et de son fils.
Si je les eusse rfcues dans le temps qu'on me les ayait promises , je les aurais ajoutées a la petite apologie latine de Théodore de Bèze , quune occasion singulière m'obligea de don-
illustre magistrat, dans une dis- ner au public Une pièce si authenti . , *?■ ':i ^.f an irinr que me parait seule capable de mettre
sertation latme qvi il mit au our / , ^P ,.^^„,„,„^ Jroce dont on a en ce temps-la (rf) ; mais il les •^^^^«e^ i^ chai
reçut trop tard. II nie les a com- "- -
muniquées , et voici une occasion très - commode de les publier (B). On y verra l'histoire de notre Audebert toute telle fendre.
qu'un dictionnaire historique la « Cy gist Messire Germain Audebert, doit fournir. Le sieur Konig a coupé cet auteur en deux (C).
Sainte-Marthe n'est pas le seul qui ait fait l'éloge de cet honnête homme (D)
•gé la mémoire de cet excellent serviteur de Dieu . par quelque éuasion qu'on tâche d'en éluder la force , et uous rendrez un sen^ice signalé a la vérité , si uous donnez au public ce nouveau moyen de la dé-
natit de cette ville d'Orléans , prince des poètes de son temps , qui pour sa seule vertu fut anobli lui et les siens naiz et à naistre parle ti-ès-chrestien roi de France et de Pologne Henri 111, et fait chevalier. Et pour comble d'honneur , Sa Majesté lui donna deux fleurs (C) Jur.e., Apologie pour les Ke'for^e's , de lys d'or pour -tt- - chef <^ ses
Ire, part. , pag. l4« et suie.
(d) Elle est intitulée , De JuvenilibusTlieodori Beza Poëmatis, et imprimée à Amsterdam, en i683, m- 13.
(A) On fi.t servir son grand mérite a la justification de Bèze ,... qui s'était déjà servi de cette raison.'] C'est dans sa 1I*=. Apologie contre Claude de Sainctes. Il dit que, lorsqu'il composa l'épigramme , Audebert était déjà avocat au parlement de Paris. Voici son latin. Quid quitm eousque proveheris ut meam curn honestissimo viro , et jam tum in Senatu Parisiensi advocato , quem vacant , nunc verb in civitale Aureliensi magna curn dignitate versanti , amicitiam et familiaritatem summam ad nefarium et execranduin illud scelus transféras , quod à nnbis ne nominnri quideni sine horrore potest , a vobis autem in vestris Mis gurgustiolis , ut omnes norunt , pro ludo eljoco ducitur , quis te ipsum vir honeslus non execretur (i) ?
(i) Bc2a , Operum lom. II , pag. 36o.
armes , pour la décoration d'icelles.
Nostre saint Père le pape Grégoire XIII, et le duc et seigneurie de Venise, le firent pareillement chevalier, et ceuxci lui envoyèrent par leur ambassadeur l'ordre de Saint-Marc jusques en France. Et nonobstant ces grands honneurs , il s'est tousjours plu à exercer Testât d'élu dans cette élection l'espace de 5o ans, tant il estoit amateur de sa patrie. Ce que considérant Sadite Majesté, ayant créé et érigé uu président et un lieutenant en chaque élection de France , exempta ledit Messire Germain Audebert , et voulut qu'il présidast et précédas! l'un et l'autre. Il a escrit trois livres de Venise, un de Rome, un de Naples , deux de Sylves, trépassa l'an iSgS, le 24 de décembre, âgé de quatrevingts ans ou environ.
i( Et sons le mesrae marbre gist Messire Nicolas Audebert, conseiller du roi en sa cour de parlement de Bretagne , fils dudit Messire Germain Audebert , grand imitateur des vertus
AUDIGUIER.
paternelles, qui tre'passa cinq jours imprimés à Hanaw, en l6o3 ^ mai
après son père , en l'âge de quarante- ce n'était pas la première e'dition. Ou
deux ans. Leurs âmes soient entre les peut voir par-là qu'il est moins facile
bienheureux. »
« Audeberlorum , Germani palris et Nicolai fila Tumutus.
» Audeberlorum si quis depingere laudes Cogitet, ille slbi nihilo plus explicet , ac si lasane sapiens solem illustrare laboret.
Parcendum verbis igitur , vanoque labori. Sil dixlsse salis , situs bîc jacet Aiideberttis, El paler , et gnalus patris cilô fata seculus. Norainat hœc quisquissincerânomina linguà, Virlutum ell;iudura gazas simul émit omnes. Quas qui nescierit commuais luminis expers Credalur furvis semper vixisse sub antris. •<
Ces trois épitaphes se trouvent écrites en lettres d'or sur un marbre noir attaché a la muraille de la (galerie du cimetière de Véglise de Sainte-Croix d^ Orléans , en entrant a main gauche, eni'imn 60 pas dans la galerie. Elles ont été copiées mot a mot sur l'original par une personne fidèle. Ici finit l'extrait delà lettre de M. Graverol. Concluez de ce qui est dit de la charge d'Audebert dans la première de ces épitaphes , que M. Jurieu s'est trompe , lorsqu'il a dit qu'Audebert mourut après ai'oir passé dans tontes les plus belles charges de la robe (3).
Sainte-Marthe aurait pu lui e'pargner ce mensonge , car il est expressément remarqué qu'Audebert fut si modeste, qu'il se contenta d'une charge fort au-dessous de son mérite. JVec sibi quidquani , dit-il , de solild modestid detraxit, contentus eâ quam apudsuns jamdudiim exercebat fecligalium indiclionumque prœfeclurd, humilifortassè illâ et obscurd , si hominis dignitatem respicias , sed quant eo tantiun anima susceperat, ne nullam reipublicœ partent attigisse , sibique soli uixisse dicerelur (3).
(C) Konig a coupé cet auteur en deux.'\ Il nous donne un Germanus Audebertus , et un Aurelius Audeherlus. Il nous renvoie pour le premier à la page 191 des Eloges de Sainte-Marthe , et il dit du second qu'il a composé trois poèmes en l'année i6o3. Scripsit P^enetias, Romani, Partfienopen, carminé, A. i6o3. Cette date est une nouvelle faute , puisqu'Audebert mourut en l'année iSgS.
11 est vrai que ces trois poèmes furent
(2) Jurieu, Apologie pour les réformés , /'*. partie , pag- i^5.
fi) Saramarlli. , in Elcgiis.
qu'on ne pense de bien composer la Bibliothèque des auteurs. Ceux qui ne connaissent point la chronologie des éditions ni la différence des noms de baptême et des noms de patrie , sont bien sujets à se tromper.
Germanus est le nom de baptèmtd'Audebert ; Aurelius est son nom d« patrie. Ce qu'il y a d'admirable , c'est de voir que M. Konig nous renvoie à un auteur qu'il n'avait pas vu luimême ; car s'il avait pris la peine de jeter les yeux sur l'endroit qu'il cite de Sainte-Marthe, il y aurait vu que Germanus Audebert est celui qui a composé les trois poèmes de Venise, de Rome, et de Naples , f^enetias , et
Romani, et Parlhenopen ed car-
minis niajeslate descripsit. Quand on renvoie son lecteur à quelque livre, il faudrait payer d'exemple, il faudrait y aller soi-même tout le premier.
(D) Sainte- Marthe n'est pas le seul qui ait fait l'éloge d'Audebert."] Un avocat aux conseils, qui s'est donné en latin le nom de Rodolphus Botereius, a loué magniQquement Audebert dans son histoire de France (4). Il n'oublie point les honneurs que le pape et la république de Venise lui firent ; mais au lieu que l'épitaphe attribue à Grégoire XIII l'honneur qu'Audebert reçut de la cour de Rome, il l'attribue à Grégoire XIV. 11 dit où l'ambassadeur de Venise conféra la chevalerie de Saint-Marc , et devant ffuel concours de monde. Gregorius Xll^ ac f^eneti illum cu'italis jure et ecjuestris ordinis dignitatc donârunt • effiisiîis P'eneli , qui per oratoreiu suum in suburbano Tybure gcntiliaco , assidente speclaculo et cont'ii'io longd corond hnminum literatissimoruni , Audebertum torque aureo difi Marci insignit>erunt.
(4) Botereius , lib. V , pag. '460 el seqq. ad ann. i5g8.
AUDIGUIER (N. d') , auteur de plusieurs livres (A) , qu'on li-
* Son nom de Iiaplême était Vital. Letlcrr le dit ue' vers l565. Ayant succédé à son père, magistrat royal , (peut-être à Toulouse), il fut le 26 février 1591 attaqué par onze
sait beaucoup au temps de leur nouveauté , et qu'on ne lit plus aujourd'hui , florissait au commencement du règne de Louis Xni. Le sieur Soi'el ayant dit que l'auteur de la Polixène (a) eût pu produire vn jour de meilleu' res choses , s'il n' eus t point esté aussi malheureux que d'Audiguier , ajoute c^xiils ont tous deux esté assassinés * par ceux qu'ils tenoient pour leurs amys (b). « Je crois bien , dit-il ail- « leurs ( c ) , que d'Audiguier » avoit bon esprit; mais c'estoit » plustôt un soldat qu'un homme j) d'estude , comme il fait paroîs-
liommes. Remis de ses blessures , il sortait pour la première fois le 8 avril suivant, lorsqu'il fut attaqué encore par les mêmes hommes qui étaient des ligueurs.
(fl) C'est le titre d'un roman dont l'auteur s'appelait Molière.
* François de Molière, personnage ne'glige' (on pourrait presque dire oublié) par tous les faiseurs de clictionnaires historiques , est auteur d'un roman intitulé : la Voliocène. Il fut assassiné en l623 , ( Voyez la Biographie universelle au mot MoLlÈRE ). Audiguier fut assassiné en la maison et en la présence
AUDIGUIER.
» tre dans toutes les épistres dé- >) dicatoires de ses livres , oîi il » parle quasi toujours de son »> épée , ou de quelque chose qui » en approche : et l'on raconte » aussi que, pour monstrer qu'il » n'escrivoit que par négligence, » il disoit un jour , par une bra- » vade de Gascon (d) , qu'il » tailloit sa plume avec son épée.
» Il y en a qui assurent que l'on « lui repartoit , que c'estoit donc » à cause de cela qu'il escrivoit » si mal ; mais il ne faut pas » estre si satirique. Il n'y a » point de doute que cette façon » de se vanter avoit beaucoup de » grâce, et qu'elle mérite d'être >) mise au rang des apophtheg- » mes françois. » D'Audiguier avait un neveu *' qui a passé pour l'auteur de la traduction de la Stratonice, roman italien; mais on croit que Malleville l'avait faite , et qu'étant un de ses meilleurs amis , il la lui donna (e). Il y a eu un d' Audiguier ** ,
d'une présidente. « On le fit , dit CoUetet avocat au parlement de Paris , dans {'Histoire (manuscrite) ^''^^^"^'^ qui a publié quclques plaidoyers
» français , jouer au piquet; on 1 » compta tant de fois son jeu qu'il ne put » s'empêcher de dire à celui qui le fourbait: » Vous comptez mal ; parole qui fut rele- « vée d'un démenti; en même temps plu- » sieurs satellites sortis de derrière une ta- » pisserie se jetèrent dessus lui, et quelques I» efforts «m'il fit de parer leurs coups avec un » escabeau qui lui servit quelque temps de » bouclier et de plastron, il fallut qu'il ccdâi •' à la force, et ce d'autant plus que ses enne- •• mis se saisirent d'abord de son épée qui était •■ sur un lit. Jl fut percé de plusieurs coups, et n rendit ainsi l'espritsous l'effort de ces tigres » de qui la rage ne se put assouvir que par » son dernier soupir, ce qui advint au faubourg » Saint-Germain vers Tan 1624- Si bien qu'il • mourut âgé d'environ cinquante-cinq ans. » Voyez Examen critique et Complément des dictionnaires hislorir/ues les plus répandus (par M. A. A. Barbier), tom.I"-. , p. 56.
(6) Sorel, Berger extravagant, remarques sur le XIII". livre , pag-. 493 , édition de Rouen , chez Osmont , en 164^1 ««-8". deux volumes.
(c) Là même , paff. 486.
(/*). J'ignore s'il est le même que le neveu, qui était le bon ami de Malleville *^, mais je sais
(d) Voyez le Socrate chrétien de Balzac, discours X, pag. 263.
*■ Ce neveu s'appelait Pierre. M. Barbier, dans son Examen critique , etc. , donne des détails curieux sur les traductions diverses des Aventures de Lazarille de Tonnes- Audiguier neveu passe pour auteur d'une des traductions de cet ouvrage ; il l'est seulement d'une partie.
(e) Pellisson, Histoire de l'Académie française, pag. 292.
*' II s'appelait Henri , sieur du Mazet , et était, ditLeclerc, avocat général de la reine mère, dès l652.
(/) Marolles, Mémoires, pag. 41 • *'Malleville (Claude) était l'ami d'Audiguier neveu. Pellisson prétend même que la traduction de Siratonice est de Malleville. C'est à l'ami de Malleville que l'on doit r£ro//ît'nc.
AVENTIN
qu'il a vécu au XVII'. siècle (g) ; et je crois que ce neveu est l'auteur que l'on appelait D'Audiguier le jeune, et qui publia, entre autres ouvrages , VEromene.
Un passage, que je cite ci-des-
» de nos bons traducteurs. Son der- » nier ouvrage , qui est les Amours » d'Aristandreetàe Cléonice, n'était » pas des pires de son temps.»
(B) Un passage me fait croire
que l'on tua notre d' Audieuier l'an i63o.] Ce passage est pris d'une lettre de Balzac, datée du 20 d'août
SOUS , me fait croire que 1 on tua 1630*. D'Audiguier n'y est pas nom notre d'Audiguier l'an l63o (B). mé, et l'on a mis des étoiles à la place
de la personne que Balzac avait nom-
(g) MaroUes, Dénombrement des auteurs, pag. 407.
(A) Il est auteur de plusieurs hi'res.'\ Il publia à Paris, chez Pierre Billaine , en 1617, le Vrai et ancien Usage des Duels. C'est un livre de 53a pages in-B°. , qui n'est pas indigne des bibliothèques. Il publia aussi quelques vers français : les Amours de Lysandre et de Calliste , celles d'Aristandre et de Cléonice , la Flat^ie , la Mineri^e *' , etc. Ce sont des romans, qui eurent beaucoup de cours f i). II traduisit en français les Nouvelles de Miguel de Ceri'antes*^ . Voici le jugement que Sorel a fait de cet auteur, dans un ouvrage qui a suivi de bien loin son Berger extravagant.
« Je ne pense pas , dit-il (2) , qu'on 3> doive mépriser absolument le sieur » à^Audiguier , auteur des Aventures w de Ly sandre et de Calliste. Quoij) qu'il n'eût pas beaucoup d'étude , » il écrivait en ce temps-là d'un style •» assez vigoureux et assez net , comme » on voit dans plusieurs romans qu'il « a composés , dans ses lettres , et }) dans quelques traductions. Au com- » mencement , ayant fait un livre « appelé la Philosophie soldade , il 3> avait encore un peu de gasconisme ; 5) mais il s'instruisit dans ses traduc- 3) tions des Nouvelles de Cervantes ^ » et du livre de la Perfection chré- M tienne fait par Rodriguez *^ : de M sorte qu'il pouvait passer pour un
*' Le Lysandre est de 1616, Hit Leclerc , (M. Barbier, Examen et Critique des Dictionnaires, etc., dit. 1607), réimprimé en 1620; V Arislandre de ifizS; la Minerve de iGîS.
(i) Notez que Sorel a critiqué les deux premiers, dans ses remarques sur le Berger extrav.igant, principalement dans le XIII'. livre de ces remarques.
*^ Les Nouvelles de Cervantes ont été imprimées en iGiS , dit Leclerc : M. Barbier dit
(3) Sorel, Bibl. franc. , pag. ïfii.
^^ Imprimé en 1623 , dit Leclerc.
mée; mais je ne doute nullement que ce ne fût l'écrivain dont je donne ici l'article. Je crois que son caractère n'est pas mal représenté dans les paoles suivantes (3). « Encore vaut-il mieux se réjouir innocemment à l'hôtel de Venise, que de se faire tuer aux Marais du Temple comme le pauvre**''. Je le plains certes en qualité de mort et de malheureux, et suis fâché qu'il n'ait eu loisir de songer au salut de son âme , et de demander pardon à Dieu. Mais de m'imaginer qu'une grande lumière de la France soit éteinte, et que nous ayons perdu un grand personnage, je le connaissais trop pour en avoir une si haute opinion.
Il était véritablement homme de cœur, et avait certaines fougues d'esprit qui n'étaient pas mal plaisantes , pourvu qu'elles ne fussent pas imprimées. Mais il n'y avait point moyen de le souffrir parmi les auteurs modernes , et dans le recueil des vers de ce temps. Néanmoins il comptait pour rien son courage et toutes ses vertus militaires, et ne se piquait que de bien dire et de bien écrire. Il était d'ailleurs si persuadé de son mérite en ce genre-là, que pour l'avoir un jour voulu guérir de cette fâcheuse maladie , il ne m'a jamais bien aimé depuis, et il est mort, je m'assure , avec ce mal de cœur contre moi. »
* Leclerc croit que d'Audiguier fut tué en 1626; Colletet, dans le passage rapporté en U note ci-dessus, a dit vers 1624-
(3) Balzac , Lettres, ^V. rill , lettre XLII, p. 387 , 388 , du tom. /". des OEuvres de Balzac , édition de Paris , chez Joly , en i665 , en deux volumes in-folio.
AVENTIN (Jean), célèbre par ses Annales de Bavière , a fleuri au XVr. siècle (A). Il était de
basse naissance
relier d'Abensperg dans la Bavière (B). II étudia premièrement à Ingolstad , et puis dans l'université de Paris , sous Jacques le Fèvre d'Étaples, et sous Josse Clictou. Étant retourné en Allemagne , l'an 1 5o3 , il s'arrêta quelque temps à Vienne, oii il enseigna en chambre l'éloquence et la poésie. Il s'en alla en Pologne l'an iSo-j , et enseigna publiquement la grammaire grecque dans Cracovie. Il revint en Allemagne , et passa quelque temps à Ratisbonne , d'oii il se transporta à Ingolstad l'an iSop, et y expliqua quelques livres de Cicéron. Comme il passait pour fort habile homme , on le fit venir à Munich l'an 1 5 1 2 , afin d'être précepteur du prince Louis et du prince Ernest (a). Il voyagea avec le dernier de ces deux princes (6). Après cela , il entreprit de composer les Annales de Bavière (C) , et y fut encouragé par les espérances que les ducs de ce nom lui donnèrent de fournir aux frais. Il n'oublia rien pour répondre là-dessus à l'attente de ses maîtres : il consulta le mieux qu'il put les archives d'Allemagne , et il s'appliqua tout entier à cet ouvrage. Il n'a point perdu sa peine , car il s'est acquis par-là beaucoup de réputation. Il reçut en iSag un affront qui lui causa un chagrin dont il fut rongé tout le reste de sa vie. On le tira par force du logis de sa sœur à Abensperg, et on le mit en prison.
Personne n'a jamais su au vrai
(a) Ils étaient Jils d'Albcrt-le-Sage , duc de Bavière.
(b) Voyez /'Histoire de Bavière du sieur le Blanc, loin- III , pag. l\\t\, l^iS.
AVENTIN
fils d'un caba- le sujet d'une telle violence , que
l'on aurait poussée plus loin , si le duc de Bavière n'eût pris ce savant personnage sous sa protection. La mélancolie indomptable qui accompagnait Aventin depuis ce temps-là , bien loin de lui faire prendre la résolution de continuer à vivre dans le célibat, comme il y avait vécu jusqu'à l'âge de soixante - quatre ans , le poussa peut-être à songer au mariage. Cette nouvelle passion ne fut pas si forte qu'elle ne lui laissât la liberté de consulter la Sainte Écriture et ses amis sur ce qu'il avait à faire. Il ne trouvait que des conseils remplis de beaucoup d'incertitude (D) ; c'est pourquoi il fallut qu'il donnât lui— même la résolution de ce problème , et il conclut pour le mariage (E). Il ne fut plus question que de chercher un parti , et il eut l'imprudence de s'en rapporter à une vieille rusée qui le trompa vilainement (F) ; car elle lui amena une femme du pays de Suabe , qui avait trois grandes imperfections , une femme, dis-je, pauvre, laide , et chagrine , qui lui donna lieu de faire bien des expériences (G). Il loua une maison à Ratisbonne depuis ses noces, et puis il fut attiré à Ingolstad en i533 pour y être précepteur du fils d'un conseiller du duc de Bavière (c). Il y voulut transporter sa femme ; et pour cet effet , il fit un voyage à Ratisbonne, pendant les fêtes de Noël; mais il y arriva atteint de la maladie dont il mourut le 9 de janvier i534 , âgé de soixante-huit ans.
Il ne laissa qu'une fille , qui n'a-
<c) Leonardus ab Eck.
AVENTIN. 523
dit-il (4) , est assez célèbre en l'histoire romaine , principalement par l'empereur Antonin , qui , dans son Itinéraire, la nom/ue A ventinium. Cel auteur serait bien embarrassé , si l'en exigeait de lui qu'il prouvât quK cette ville est assez célèbre dans l'his-
croyait pas qu on trouvât qi eût porté d'autre nom que celui d'//busina , qui lui est donné dans l'Itinéraire d'Antonin ; et c'est pour cela
vait guère que deux mois {d). Il fut enterré dans l'église de Saint- Hémeran, à Ratisbonne , oii son épitaphe lui donne l'éloge de
bon catholique (e). Cependant,
, 11 \ •'„ 'i^^ cette viue est assez ceienre aans 1 ms-
par les recherches que les ]esuites ^^.^^ romaine. Le docte Lambecius
ont faites, il s'est trouve qu il ne croyait pas qu'on trouvât qu'elle était un bon luthérien caché (H).
C'est par-là que ceux de l'église
romaine tâchent d'affaiblir le ^^,.^ ^j.^^ l'auteur des Annales de
poids de son témoignage contre ^g s'être pas nommé Abusinensis.
la conduite des papes , et contre Patria ejusfuit Abusina, undèfalsb ,
la mauvaise vie des prêtres ; car «""» *« nominare debuisseï Abusinen-
, , ^ . -11 f • 11 ' seva, cognomine usas est AVEVTimlo).
les protestans ont mille fois aile- j^,^.; ^/^^^ ^(^j.^l ^^ j^^ agrémens
gué les annales d'Aventin , pour <je celui d'une des montagnes de
montrer les désordres de l'Égli- Kome ?
se. La plupart des autres écrits (C) Il entreprit de composer les
de cet auteur n'ont pas été im,-
primés (I). M. Moréri a mal
réussi dans cet article (K).
(d) Il avait eu un fils qui était mort.
(e) Tiré de sa Vie, composée par Jérôme Ziéglérus. Elle est à la tête de ses Annales.
(A) // a fleuri au XVl'^. siècle. ] Il naquit l'an 1^66, et mourut l'an i534 : d'où Vossius infère avec beaucoup de raison , que Génebrard s'est trompé, en faisant fleurir cet historien l'an i366 (i). Le père Gaultier a suivi la faute de Génebrard. Dans l'Épitomé de la Bibliothèque de Gesner , ou met faussement la mort d'Aventin à l'an iSîQ.
(B) // était fils d'un cabaretier d' Abensperg , dans la Bai'ière.'] Jérôme Ziéglérus dit que cet homme se nommait Jean Timrmair , et que de là vint que Léonard d'Eckh donna dans une épigramrae le nom de Thurniomarus (2) à Jean Aventin(3). Il ajoute que l'annaliste de Bavière se nomma Ai'entinus , à cause que l'ancien nom d'Abensperg est A^entinium. L' Empereur Antomn,cor\iixi\iet-il , la nomme Abusina dans son Itinéraire. M. Bullart n'a pas bien entendu ceci. La uille d^ Abensperg ,
Ci) Vossius, de Histor. Latiois , pag. 655.
(2) Il ne semble pas que Vun de ces noms vienne bien de Vautre. Il y a peul-élre dans Vun OH dans VauLfe quelque faute d'impression,
(3) Zieglertis , m Vitâ Joaonis Aventini.
Annales de Bavière.] Il eut pensiou pour cela. Il y mit la première main peu avant la mort de l'empereur Maximilien. L'ouvrage comprend sept livres, et s'étend jusqu'à l'année i533*', Vossius remarque toutes ces choses.
Annales Bojorum libris vu reliquit..,.
Terminatur ejus historia anno cio 13 xxxin. Extremis Maximiliani temporibus jam coeperat historiam suani scribere auspiciis etliberalitate fruens Guilielmi et Ludouici Bai^ariœ Ducum , qui patri suo Alberto successerant anno ï5o8 (6). Ces Annales ne virent le jour qu en l'année i554 *'.
Ce fut Jérôme Ziéglérus, professeur en poésie dans l'université d'Ingolstad , qui les publia ^ mais , comme il l'avoue lui-même dans la préface, il en ôta les invectives qui regardaient les gens d'église , et plusieurs contes qui ne faisaient rien à l'histoire de Bavière. Multa sine diibio emenddsset (Aventinus) , pleraque forsitan mutdsset etiam , siperfala licuisset Int^ectiuas quasaam contra ecclesiasticas personas , itemjabulosas narrationes nihil quidquam ad historiam facientes , non fraude sed
(4) ftullart , Académie des Sciences , lom. I,
pag. 147.
(5) Lambec, Comment. Bibliotli. Cassar., lib. II , cap. yi, pag. 471, in not. margin., num, 2 , apud Magirum, Ëponjmol. , pag. gi.
*' Il Cnil à l'an i4'^°, dit Leclerc.
(6) Vossius, de Histor. Latinis , pag. 655.
*^ Joly dit que Tauteur en avait publié un Essai en allemand , dès i522 , à Nuremberg,
judicio omisimus (7). La précaution de Ziéglërus , et la bonne foi avec laquelle il confessa les mutilations , n'e'taient point deux choses qui fussent nées l'une pour l'autre ; car cet aveu excita la curiosité' des protestans , et les obligea à tâcher de déterrer ce qui avait été supprimé : et ils cherchèrent si bien un manuscrit de ces Annales non tronqué, qu'ils le trouvèrent Il fut publié à Bâle, Tan i58o, pas les soins de Nicolas Cisnerus. Le titre de cette édition porte Joannis Auentini Annalium Bnjorum libri vu, ex authenticis manuscriptis codicibus recogniti , restiluti , aucti dUigentiâ Nicolai Cisneri. Coefl'eteau n a pu s'empêcher de faire éclater son chagrin contre l'édition de Cisnerus.
Voici comme il parle : Auentin n'est point auteur digne de foi en ces matières'ecclésiastiques , n'ayant eu autre but en ses Annales, que de déshonorer le clergé ; et surtout il est récusahle en l'histoire de Grégoire f^ll — JJ incontinence de sa plume en ces matières aidait été cause que Ziéglérus en sapremière impression en aidait retranché beaucoup de narrations mensongères , et beaucoup d' in^'ectives contre les ecclésiastiques ; mais les protestans , qui détournent leurs oreilles de la vérité pour s'adonner aux fables , n'ont pu supporter cette correction , et nous ont publié ses Annales ai>ec toutes ses ordures (8).
(D) // ne trouva , sur son mariage , que des conseils remplis de beaucoup d'incertitude. ] Voici ce que M. Bullart récite à l'égard des réponses que les livres firent : « Socrate le laissait » en peine, par ce discours qu'il a » autrefois tenu à un jeune homme >} qui était dans la même irrésolu- » tion : Mariez-fous , ou ne i^ous ma- » riez pas , i^ous ne pouvez manquer )) a vous repentir de l'un et de l'autre. » Il n'eût pas eu besoin d'autre coni> seil s'il eût cru celui de Diogène , » qui disait aux jeunes gens qu'il
» n'était pas encore temps qu'ils se » mariassent, et aux vieillards , que
■» le temps était passé. Euripide
(7) Ziégler, in Priefalione. Cisner, dans sa Préface , montre ^u'Aventin , i'il avait vécu , n'aurait point changé ce que Ziéglérus prétend qu'il aurait changé.
(8) Coeffeteau, Réponse au Mystère d'Iniquilé da sieur du Plessis, pag. 0^3.
AVENTIN
» flattait son désir, en disant que la » femme est une douce consolation au ■» mari dans ses maladies et dans ses » adversités ; mais il l'afHigeait par )) plusieurs autres sentences qu'il pro- )) nonce ailleurs contre ce sexe (9). n C'est un pur roman , et une occasion mendiée de débiter un lieu commun ; car la Vie d'Aventin marque expressément qu'il n'examina , avec deux de ses amis, que des passages de l'Ecriture. Sœpiîis multos locos ex sacris litteris suadenles et dissuadentes matrimonium protulit.
(E) Il conclut pour le mariage. ] Continuons d'entendre parler le même M. Bullart. « Aventin , lassé de cher- » cher des avis permi les morts et les » vivans , et espérant de rencontrer )) une femme selon ses souhaits , s'én cria tout à coup : Je suis vieil , j'ai )> besoin d'une compagnie qui m'as- » siste et me serve dans la caducité )> de mon âge. » Voici ce que dit Ziéglérus : Senectutem suam omnino considérons , tandem prorumpens in hcec verba dixit : « Senex sum , mi- » hi ministrari opus est. » Sa conclusion fut selon les règles de la logique. Conclusio sequitur debiliorem partem.
D'un côté , ses livres et ses amis lui conseillaient de délibérer toute sa vie ; et , de l'autre , son infirmité lui conseillait de se marier. Par sa conclusion , il se mit du côté le plus infirme. Mais n'eut-il pas deux enfans en peu d'années , et cela , quoique la laideur et les criailleries de sa diablesse de femme ne fussent pas fort propres à l'échauffer ? Il avait donc tort de dire qu'il lui fallait une femme à cause de la caducité de sa vieillesse , il lui en fallait aussi une à cause des restes de jeunesse qu'il sentait encore,
(F) On le trompa vilainement."] Son historien lui fait ici beaucoup de tort j car voici comme il s'exprime : Duxit Suevam , morosam mulierem , illepidam , et omnino pauperem , deceptus ab anu quâdam , quœ ei illam utfaviulam saltem adduxerat. La vieille ne lui amena point cette fille de Suabe sur le pied d'une femme qu'il dût épouser, mais comme une simple servante. En quoi donc est-ce qu'elle le trompa ? 11 fallait que Ziéglérus prît
(9) Bullart, Académie des Sciences, pag- ï4'-
AVENTIN. 5^5
la peine de nous l'apprendre j car eu rement , l'un qu'elle était laide, l'auprenant droit sur ses expressions, on tre qu'elle était pauvre. Mais cette peut facilement disculper la vieille , connaissance ne peut pas nous faire et faire tomber toute la faute sur le conclure qu'il agit imprudemment • bon vieillard. On croira qu'ayant ré- car elle pouvait lui promettre l'exempsolu de se marier , et n'ayant perdu tion de mille incommodités insupporque trep de temps à s'y résoudre vu tables. Comme il avait beaucoup de son âge, il prit la première fille qui lecture , il savait les axiomes des anlui tomba sous la main , et ce fut sa ciens sur la discorde de la beauté et propre servante : et ainsi le voilà un de la pudicité (i3), et sur l'orgueil sujet propre à grossir la liste des Colle- qui accompagne les belles filles (li) , têts et de tant d'autres qui se sont et qui s'empare d'une épouse richemariés avec leurs servantes (lo). ment dolée (i5). On apprend ces axio- (G) Sa femme lui donna lieu de mes au collège , et l'on trouve tous les faire bien des expériences. ] « Ayant jours mille occasions de les appHi» franchi le pas , et décidé toutes ses quer : de là vieut qu'ils demeurent >) délibérations par son mariage, il fortement imprimés dans la mémoire » n'eut plus rien à faire qu'à méditer et cela augmente la peur d'en éprou- » sur le changement de sa vie, et à ver la vérité , si l'on s'expose à cou- M considérer s'il est moins fâcheux de rir cette fortune. Nous pouvons donc « nourrir une femme pauvre , que de croire , avec beaucoup de vraisem- » souffrir de l'orgueil d'une riche j blance , qu'Aventin considéra qu'eu » de posséder celle que personne ne épousant une femme jeune et jolie, il « veut que d'en garder une belle, exposerait son front à une disgrâce » Comme la sienne était pour le moins honteuse et tout-à-fait mal plaisante. » aussi mauvaise que la Xantippe de H savait sans doute que la beauté ne » Socrate, l'exemple de ce grand phi- donne point l'exclusion à un désir » losophe pouvait encore lui servir très-sincère de se comporter chaste- » de consolation (n). m Sans mentir, ment 5 mais d'ailleurs, il s'imaginait ce docte Allemand fut bien malheu- qu'elle rend très-difficile l'exécution reux : il croyait entrer dans un bon de ce désir. La cajolerie , presque port , et se mettre à couvert de mille inévitable dans ce cas-là , est d'une incommodités, et il s'exposa à une tem- force merveilleuse pour vaincre les pêtecontinuelle.Encoresisafemmeeût bonnes résolutions. Quand il consiété jolie et riche ; mais elle n'avait eu dérait son âge, il ne pouvait que s'apour dot que sa laideur et son humeur larmer déplus en plus : sa soixantequerelleuse. Afentinus t^ir doctus , quatrième année était un nouvel magnijudicii integritatisque, sedfoitu- épouvantail , et il disait peut-être en nâ admodiim tenui, quam corrupit ul- lui-même : Si l'on fait ces choses au teriiis ductd uxore rixosd et malorum bois uert , que sera-ce du bois sec ? THorum , ut cum duobus malis pau- Un jeune mari n'est pas à coui^ert de pertate et uxore malâ ipsi fuerit con- cette infortune , comment l'eViteraifiictandum {17,). je, moi qui suis bien l'ieux ? Les Nous lui ferions injustice peut-être, maux réels , dans la condition d'un si nous supposions qu'il n'épousa point "vieux mari qui a une jeune et belle cette femme sans avoir profondément fename , quelque vraisemblablement raisonné sur les inconvéniens. Elle ne qu'ils se fassent craindre, sont pourpouvait pas le tromper sur l'article de
la laideur , il avait des yeux. On ne f'^) ■ • ■ ^"ra est adeà concordia forma ,
la lui avait amenée que comme ser- Mquepudidtiœ
vante ;. il n'avait donc point espéré , . .'"'^- '/"'• ^ ' "/O'-
au'elle serait riche. Voilà, donc Jeux " " " " ^V;r::£:"x^:"rSf-
défauts qu il lui connaissait tres-clai- (,4) Pauus inest puUhris se,uUur,ue super.
biaformam.
(10) yoyez le Ménagiana , pag. aSi , et la Ovidius, Fast. , Wi. /, vy. ^ig.
remarque (E) de l'article BmsEÏs. (l5) Ità islœ soient quœ viros subservi're
(il) BuUart, Académie des Sciences, pag. Sibi postulant dote frelce féroces.
^■^z' N <- • • r. Plant, in Mena:ch., ad. V , sein. II, vs. 16.
(12; Lonringins, Dissertât, de Rebusp. apuà Voyez tes Elecla Plantina de Philippe Pareiis,
Mjgirom, EponymolBg. Critic. , pag. 90. au met Conjugium.
AVE NT IN
tant moins difficiles à éviter que les maux inJaginaires. Je veux dire qu'un tel mari a plus de sujet de craindre les chagrins de sa jalousie , que l'infide'lité de sa femme. 11 arrive plus souvent qu'on lui est fidèle sans qu'il en soit bien persuadé , qu'il n'arrive qu'on lui soit infidèle sans qu'il en ressente des inquiétudes. 11 y a donc quelque apparence qu'Aventin se défia encoie plus de soi-même que d'une épouse jolie , et qu'il raisonna comme ceci : Je veux qu'elle soit chaste effectivement ; mais suis-je bien assuré que je n'aurai pas la faiblesse d'entrer dam des défiances , en m apercevant qu'elle plaît a mes voisins et à mes amis , et qu'ils tachent de lui plaire ( i6 ) ? Que ma jalousie soit aussi mal fondée que l'on voudra , elle n'en sera pas un bourreau moins farouche et moins barbare. Le plus sûr est de ne s'y pas exposer , et de prendre à femme cette servante dont la laideur me tirera d'inquiétude; car, casta est quam nemo rogavit : oii trouverait-elle des corrupteurs , quand même elle formerait de mauvais desseins ? et comme d'autre côté elle est pauvre , je n'aurai pas lieu de craindre qu'elle soit impérieuse : ce sera un esprit soumis , qui n'osera point parler haut et me contredire. iVe saisje pas ce qu'ont dit les anciens poètes (i^) ? Si nous supposons qu'il prit la chose par ces endroits-là , nous le trouverons plus malheureux qu'imprudent ; car enfin , les raisons qui l'auraient déterminé à son choix sont spécieuses et éblouissantes : mais il faut aussi supposer que le troisième défaut ne lui était pas connu, et que sa servante avait eu l'adresse de cacher son humeur chagrine , grondeuse , bourrue , acariâtre. Elle n'eut garde de la découvrir : elle connut bientôt que son maître était résolu à sortir du célibat à quelque prix que ce fût , et sans doute il ne tarda pas long-temps à faire reluire quelques rayons qui la portèrent à croire qu'il ne chercherait pas hors de son logis
(iC) Magno periculo custoditur quod muliis placet. Publius Syrus.
(17) L'un d'eux a Ji'C Sponsam sine dole non habere loquendi liberlatern. Et voici ce qu'a dit Plaute , in Aulular., Jet. III, scèn. V, ys. 60.
Quse indotata est ea in potestate est viri. Doutai mactaat kK malo et daiuno viros.
la femme qu'il voulait prendre. Comme il ne faut point juger des choses par l'événement , gardons-nous bien de le blâmer d'imprudence sous prétexte que son mariage fut mallieureux. Le s plus sages y sont attrapés, Caton fut trompé par ses propres raisonnemens dans une semblable matière (18). En ua mot, pour dire qu'Aventin fut imprudent, il faudrait savoir deux choses : l'une , qu'il ne mit pas en balance les raisons qu'on a vues ci-dessus , et les raisons du parti contraire j l'autre , que s'il eût épousé une femme jeune, riche et jolie, il n'eût pas eu autant de chagrins qu'il en sentit ayant épousé sa servante. Voilà deux sources de jugemens téméraires : on condamne les gens sans savoir ni les motifs secrets, îîiea pesés , bien examinés , qui les déterminent, ni ce qui leur serait arrivé s'ils eussent choisi d'une autre façon.
(H) Les jésuites ont découvert qu'il était un bon luthérien caché. ] Je dis caché; car puisqu'il fut enterré dans une église catholique , avec les cérémonies ordinaires , et qu'on mit à son épitaphe tierce religionis amator, il faut croire qu'il ne se déclara point publiquement pour les protestans , non pas même à l'article de la mort , dans ce moment décisif où il n'est plus question de dissimuler. Il est même vrai que le style de son histoire est tout catholique romain , si l'on excepte les endroits où il parle si librement contre la tyrannie des papes , et contre les mauvaises mœurs du clergé (19). Il ne faut donc pas trouver étrange que M. du Plessis l'objecte à ceux de l'église romaine , comme un témoin qui a été de leur religion.
M. du Plessis ne savait pas les anecdotes que le père Gretser avait publiées. Voici un passage de ce jésuite : Addit Plessœus inveclivœ Aventinianœ hanc clausulam ; haec quidem licet professione romanus , plura forte, silicuisset, dicturus. Professione romanus, hoc est catholicus non fuit Aventinus , sed hœreticus ; cujus criminis ut alia probamenta deessent , id tamen salis superque liqueret ex epistold Melanchthonis adAventinum
(18) Voyexla remarque (L) de l'article (Marc)
PORCIOS.
(ig) Voyez Rivet , dans sa Réponse à Coeftet«au puur du Plessis, tuin, II, pag. 167.
AVENTIN
quant ex ipso autographo recitai'i lib, a , contra Cal^inianum Replicatorera cap. 19 (2e). Coeileteau n'a point su cette particularité \ néanmoins il a soutenu hautement qu'Aventin était hérétique : Quant à ce, dit- il (21) , que du Plessii fait Auentin de profession romaine, nous ne l'accorderons jamais. Son langage le découvre , et on voit par toutes ses Annales comme la passion le transporte contre le saint siège. C'est pourquoi , pour le trancher court , tout ce qu'on nous abjecte de lui ne vaut pas une feuille de chêne, et ne le jugeons non plus digne de réponse que l' imposteur Benno, sur les mémoires duquel il a écrit la f^ie de ce pontife (aa). Aventin a été traité d'auteur luthérien dans Tlndice des livres défendus : Fromond, néanmoins, ne le croit pas hérétique , mais seulement semblable à Érasme , en fait de parler trop librement contre les défauts des moines : Liberrimce enim linguœ ( hœreticce dicere non ausim , neque puto ) et plané Erasmicœ in monachorum et ecclesiasticorum vitia fuit Aventinus (a3). Plus etiam uimio favens schismaticis , et parùm iatejjrâ fîde res rom. pontificum prodidisse perhibetur , idebque meruit in classe auctoruni cautè legendorum ab Indice expurgatorio recenseri. Les plus vastes mémoires ne savent pas tout ce qui est assez commun. J en vais donner un exemple. Conringius avait oublié que ceux qui publièrent à Ingolstaff les Annales d'Aventin en retranchèrent ce qui ne leur paraissait pas d'un bon catholique (a4). Libri ejus, dit-il (a5) , post morlem demùm ab ipsis pontifie iis fngolstadii sunt edili , ut hinc appareat primas saltem editores non improbâsse quce ibi reperiantur. 11 avoue qu'Aventin entretenait commerce de lettres avec plu-
maine. P'ixit superiori seculo quando maxima illa sacrorum mutatio fteret , et multa pontificice reltgionis dogmata improbavii. Per luteras familiaritatem coluit cum protestanlium nonnullis, et cum PhUippo quoque Melanchlhone ; rcperire taruen non potui reliquisse eum peniiiis ecclestam rornanam utut in protestantes l'ideatur propensior ; vixit enun et mortuus est in illd ecclesid , sepultusque Regmoburgi in monasterio sancti l'.nicrami ceremoniis ponlijiciœ ectlesi<e usilatis (26;. Je remarque qu'on peut comparer fort justement le sort d'Aventin avec celui de Fra-Paolo.
(I) La plupart des autres écrits de cet auteur n'ont pas été imprimés *.] Vossius remarque qu'Aventin apprend à ses lecteurs , dans la page 286 de ses Annales ( c'est la 344 dans l'édition de i58o ) , qu'il avait publié V Histoire d'Oetingcn, ville de Suabe, publicatœ a se Historiée Utinensium me ■ minit {i']). Gesner n'a point fait mention de cette histoire, il n'a parlé que d'une Grammaire puliliée par Aventin, l'an 1 5 19, et d'un livre touchant la manière de compter sur ses doigts, publié à Ratisbonne , l'an i532 , auquel l'auteur avait joint le sommaire d'un grand ouvrage , qui ne demandait que le secours d'un Mécène pour sortir de dessous la presse. Voici le titre du livre , imprimé en i53a : Numerandi per digitos manusque ( quinetiam loquendi ) veterum consuetudinis Abacus , sive ExpUcatio ex Bedâ cum picturis et imagmibus , una cum capitibus rerum quibus illustrabitur Gerniania ab Aventino , modo contingat benigniis Mecœnas. Gesner rapporte le précis de ce grand ouvrage d'Aventin. On connaît par-là que cet auteur avait formé un plan très-beau et très-vaste pour illustrer les antisieurs protestans, et nommément avec qiùtes d'Allemagne. La seule vue gé- Melanchthon , et qu d penchait de n^rale des matières qu'il embrassait leur coté , ce qui n empêcha pas qu'il est capable d étonner. Voyez la lettre
qu'il écrivit à Vadianus , l'an i53o ( 28 ). 11 devait publier bientôt une Chronique semblable à celle d'Eusé-
(26) Idem, ibidem.
* Joly dit qu'on trouve un catalogue exact des ouvrages d'Aventin dans la Biblioiheca medice et injimte latinitalis, de Fabriclus.
{l'i) Vossius, de Hist. latinis , pag. 655-
(28) C'est la XLIX'. de la centurie publies par Coldast.
ne mourût dans la communion ro-
(20) Gretser, in Examine Mysterii Plessaeani , cap. XLf, pag. 354-
(21) Coeffeteau, Réponse au Mystère d'Iniquité , pag. 676.
(22) Savoir Gre'goire VII.
(23) Libert , Fromondus , in lib. de Orbe TerrBe immobil. , pag. 24, 26.
(24) Voyez, la remarque (C).
(25) Conringius, <z;)U(i Magirum , Eponymolog. Critic. , pag. 90.
AVERfiOES.
be , une Histoire ecclésiastique de- improprement que de dire que Nicopuis le commencement du monde las Cisner a publié ces Annales avec jusqu'à son temps , quelques anciens des additions ; car , manifestement , Grammairiens, un Dictionnaire grec cela voudrait dire qu'il y aurait ajouet latin, des Notes sur Claudien (29), té certaines choses de son fonds et de etc. On ne sait ce que ces ouvrages son crû. Or , c'est ce qu'il n'a point sont devenus. Pour comprendre qu'il fait. Son travail revient à ceci : il a ait pu suffire à tant d'écrits , il faut publié ces Annales sur un manuscrit qu'on sache qu'il commençait à étu- d'Aventin qui n'avait point été châdier dès la pointe du jour , et que tré ; de sorte que son édition est plus souvent il se remettait à l'étude un ample que celle de Ziéglérus, parce peu après souper jusqu'à minuit (3o). qu'elle contient tous les endroits que Comùie il a rompu la glace à ceux qui Ziéglérus avait supprimés. Les paroont travaillé sur les antiquités de Ba- les de Vossius , qui ont fait bronvière (3i}, il ne faut pas s'étonner cher Moréri , n'auraient pas trompé qu'ils aient trouvé des fautes dans ses un homme attentif j elles insinuent Annales (Sa). 11 en trouverait beau- assez clairement que Cisner ne fit aucoup plus dans les leurs , s'ils lui tre chose que restituer à Aventin ce avaient fourni les avances qu'il leur qu'on lui avait ôté : Annales Bojoa fournies. Lambecius l'a repris en rum libris vu reliquit : quos ex aubeaucoup de choses (33). thenticis codd. restituit et auxit JN^i-
(K) M. Moréri a mal réussi dans colaus Cisnerus (35). Vossius a un cet article. ] 1°. Que dans la premiè- peu tort de n'avoir pas touché quelre édition il ait parlé d'Aventin sous que chose de l'édition mutilée : s'il la lettre I , c'est une faute pardon- en eût parlé , ce que je viens de cinable , mais la rechute lui doit être ter eût été plus clair, o". Un prêtre , reprochée. Il ne pouvait pas ignorer qui l'est autant que M. Moréri, souque tout le monde se plaignait qu'il tient un étrange personnage , lorseût placé les hommes illustres sui- qu'il qualifie considérables les advant le nom de baptême. Pourquoi ditions de Nicolas Cisner j car ces n'a-t-on pas ôté ce sujet de plainte additions ne consistent qu'en invectidans les éditions suivantes? a". Aven- ves contre les papes et contre le clertin est né l'an 1466 , et non pas l'an gé romain. 7°. Les autres pièces qu'A- 1460. 3°. Ayant une fois fait cette ventin /«iwa ne sont point celles dont faute, il ne fallait pas donner soixan- les sentimens ne semblaient pas bien te-huit ans de vie à Aventin mourant orthodoxes au cardinal Baronius. C'est l'année i534. Il fallait mentir encore contre les Annales de Bavière que ce une fois , en le faisant vivre septan- cardinal s'est fort'fâché. 8". Il ne falte-quatre ans ^ et , pour n'avoir pas lait point citer Baronius , T. IX anajouté ce second mensonge au pre- ni A. C. 772 (36) ^ car cela signifie mier on a commis une très-lourde que Baronius a consacré pour le moins bévue: on a prétendu que depuis neuf tomes à la seule année 772.
l'année 1460, jusqu'à l'année i534 , . ,„..,... «,,
., , • -i u-i. À„^ (35) Vossius, de Hist. Lalinis, pajT. 655.
il ti V a que soixante - huit années. )J.v . ' „ . , iw • .
"J " M ^ . TVT 1 r (3o)Vosaius, l unique auteur que moreri ait
4°. Il n est pas vrai que i\lCOlas Ues- consulté touchant Aventin, te pouvait si bien ner ait donné au public les Annales préserver d'erreur; car il die ex T. IX. ad an-
d'Aventin. Il fallait dire Nicolas Cis- «""» 11^-
ner (34). 5°. Ce serait parler très-
(29) Voyet Gesner , Bibliolli.,/otio 386.
(30) Ziéglérus , in ejus Vitâ.
(3i) Conringius, a;?u<i Magirum Eponymolog. critic. , pas- 90.
(3î) Biunnerus, dani ses Annales de Bavière , le critique souvent. Voyez Zeiller, de Histor. , pag. i3.
(33) Lambec, Commenlar. Biblioth. Csesar., lib. II , cap. I, II. Vide Magiri Eponymol., pag. 91 •
(34) Dans l'édition de Hollande on a dit Nicolas Gesner.
AVERROÈS (a) , l'un des plus subtils philosophes qui aient paru entre les Arabes , était de Cordoue (b) , et a fleuri au XIF. siècle (A). Il eut un extrême atta-
(a) Voyez tous ses noms dans la remarque (G) .
{b) Dans /e Lindenius renovatus, on dit faussement i/ue Cordoue est une ville d'Arabie,
AVERROÈS
chement pour Aristote , et il en sèment de la religion de ce pliicomraenta les ouvrages avec tant losophe (H), car on veut que nond'habileté , qu'on le nomma le seulement il ait méprisé le ju- Commentateur par excellence, daïsme et le christianisme , On admire que , ne sachant mais aussi le mahométisme , qui point de grec , il ait si bien pé- était sa religion extérieure. Di-
nétré le sens de l'original ; on a donc raison de croire que, s'il eût su cette langue , il eût compris parfaitement les pensées d'Aristote : Qui grcece nescius
vers auteurs ont travaillé à la traduction latine de ses ouvrages (I). J'espérais qu'avant que cet article fût donné aux imprimeurs, j'aurais le plaisir de con-
fcliciter adeà mentem Aristotelis sulter le volume oii don Nicolas perspexit; quid non fecisset si Antonio a parlé fort amplement
linguam sctsset grœcam (c) ?
Voilà ce que disent quelques savans; mais d'autres assurent qu'il l'a fort mal entendu (B), tant parce que son esprit était médiocre , que parce qu'il ignorait la belle littérature. Il fut professeur dans l'académie de Maroc (C) , et se rendit fort habile dans la médecine ; mais il en savait miieux la théorie que la pratique (D). On le regarde comme l'inventeur d'un sentiment fort absurde , et fort contraire à l'orthodoxie chrétienne ( E ) , et qui néanmoins fit des progrès si formidables parmi plusieurs philosophes italiens , qu'il fallut le faire proscrire par l'autorité papale (F). Ce sentiment est qu'il y a une intelligence qui , sans se multiplier , anime tous les individus de l'espèce humaine , en tant qu'ils exercent les fonctions de l'âme raisonnable. Il n'y a guère de livres oii il paraisse qu'Averroës ait eu de mteilleures intentions, que dans celui qui a pour titre , Destructiones Destriictionum contra Algazelem
d'Averroës ; mais je me vois privé de cette satisfaction , et réduit aux seuls extraits du journaliste de Paris. Vous allez voir ce que j'en tire. << Averroës de Cordoue V fut instruit par son père dans » la jurisprudence et dans la re- » ligion du pays. Il était exces- » sivement gras , bien qu'il ne » mangeât qu'une fois le jour. Il » passait toutes les nuits à l'étude )> de la philosophie ; et , lorsqu'il » se sentait fatigué, il se diver- » tissait par la lecture de quel- » que livre de poésie ou d'hisîoi- » re. Jamais on ne le vit jouer , » ni rechercher aucun autre amu- » sèment. Les erreurs dont il » fut accusé donnèrent lieu à » une sentence par laquelle il fut u dépouillé de son bien , et obli- » gé à se rétracter. Après sa » condamnation , il fit un voyage » à Fez, puis retourna à Cordoue, » oii il demeura jusqu'à ce qu'à » l'instante prière des peuples » il fut rappelé à Maroc , oii il » passa le reste de sa vie , qu'il » finit en 1206 {d). » Les journalistes de Leipsick m'apprennent
(G). On parle fort désavantageu- que don Nicolas Antonio , dans
cette partie de son ouvrage , s'est
(c) Vossius , de Philosophorum seclis , pag-. Qo. Voyez dam la remarque (l) les pa- (d) Journal des Sarans du i"^'. juillet voles de Keckermaa. 1^7 i P'^S- 4?^ i C'^''- d^ Hollande.
TOIUK U.
53o AVERROÈS.
fort servi d'un écrit de Jean Léon, chose très -singulière touchant qu'Hottinger a publié (e). Je puis l'eft'et de quelques discours qu'il donc , quant à cela , aller aux prononça contre le plus jeune de sources aussi bien que lui. Je di- ses fils (0). Il composa beaucoup rai donc que l'on trouve dans cet de vers de galanterie ; mais écrit, que le peuple de Cordoue quand il fut vieux il les fit jeter éleva Averroës à deux belles au feu (f) (P). Je ne sais d'ovi charges , que son père et son du Verdier Van-Privas a pris aïeul avaient possédées (K) : c'é- ces paroles : Averroës fut rompu taient celle de grand justicier, et par une roue quon lui mit sur celle de chef des prêtres. Il était Vestom.ac. Vous les trouvère» capable de s'en acquitter , puis- dans un chapitre qu'il intitule : qu'il entendait fort bien la ju- de plusieurs Hommes lettrés anrisprudence et la théologie, ciens et modernes, lesquels mou- Apres l'étude de ces deux scien- rurent misérablement (g). J'ai été ces , il s'attacha à la physique , à surpris de la prodigieuse stérilité la médecine , à l'astrologie et que j'ai trouvée dans la Biblioaux mathématiques. Pendant théque orientale de M. d'Herbequ'il avait les charges dont j'ai lot (Q). On avait lieu de croire parlé , le roi de Maroc lui envoya qu'un homme qui avait une si des députés , pour lui offrir celle vaste connaissance des livres arade juge de Maroc et de toute la bes étalerait mille beaux re- Mauritanie, et à telle condition , cueils concernant les aventures qu'il conserverait tous les em- et les dogmes d' Averroës ; et l'on plois dont il jouissait en Espa- voit, au lieu de cela , une briègne. Cette proposition lui plut : veté surprenante , et qui , bien il s'en alla à Maroc ; mais y ayant loin de nous instruire de ce que établi des juges comme ses sub- nous ignorions , nous peut faire délégués , il s'en retourna à Cor- méconnaître ce que nous avions doue. On dit des merveilles de appris, sa patience , et de sa libéralité , ^j^ y.^^. ^,„„ ^^^^ ^^ y^^is quibusdam
et de sa douceur (L). Il renvoyait iUusUibus apud Arabes , traduit par Jeau !•« *„„„„♦ +^.,o 1/3C -r^^r^^as Léon, et publié par Rottingtr, au chap. III a son lieutenant tous les procès ^u W. liyrc de sa BMiothec^lbeologL.
criminels, et n'y opina jamais. (g.) c'est le xriw. du w. livre de ses Tant de bonnes qualités n'empê- diverses Leçons. chèrent pas qu'il n'eût beaucoup ^^^ ji ^ fleuri au XW. siècle.'\ d'ennemis , qui le traversèrent Je n'en vois guère donner d'autre extrêmement, et qui l'accusèrent preure que celle-cv : c'est que ses d'hérésie; ce qui eut des suites deux fils furent vus par Gilles de Ro- ■T ^. , " 1 • 11 me * a la cour de Frédéric Barbebien fâcheuses , et bien accablantes pour lui (M). Il ne mourut * C'est une faute considérable , dit Leclerc, .1 A^ 1 '!• ' 1 d'avoir supposé que les deux fils d'Averroës fupomt sans en être délivre glO- rem vus par Gilles de Rome i U cour de Frédé-
rieusement. Ce qu'il répondit à ^^'^:TVZ>.::n?r;^^\Z^
un jeune gentilhomme qui le Gilles de Rome ne mourm qu'en i3i6.. « Pour ••.ji- 1 r:il^„»-" moi, dit Joly. ie pense que Gilles de Rome
priait de lui accorder sa hlle, est . „,, j,„ voir les ci; d'Aveiroë» i la cour d'au-
assez curieux (N ). On raconte une • =•"» Frédéric Ce n'a pu être à la cour de Fré-
^ ' » deric !"■. , comme la prouve M. Leclerc ;| a»
(•) Aeta Eruditor., Lips. 1697, P'^S- 3o5. » peine i croire que c« soit à celU d» Frédéric
AVERROÈS
vousse (i). jEtatem ex eo eolligimus quod Mgidius Rnmanus in nono Quodlibeto ref'erl se duos ejus filios fidisse in auld Frederici Barbarossœ.
Is vero regere cœpit anno cio. cm. ac imperawit annos xxxvii. Ces paroles sont de Vossius , à la page 1 14 de son livre Je Philosophiâ , chapitre XIV.
Voyez-le aussi au chapitre XVII du Traite de Philosophonim Sectis, pag.
91, où il prouve, parle témoignage du Concdlator, et de ce même Gilles de Rome , qu'Averroès a fleuri Tan 1 1 5o; il nous renvoie aux Quodlibets de ce Gilles , lib. II , Quœstione de unitateintellectds. Reincsius observe qu'on met la mort d'Averroës à Tan SgS de l'hégire, qui est le 1 198 de l'ère chrétienne (a). Je voudrais que M. Konig, qui nous renvoie à Reinesius , n'eût point placé cette mort à l'an 1226.
Il aurait dû nous renvoyer à Hottingei , et le rectifier ; car ce docte Suisse , ayant dit, après Jean Léon , qu'Averroès décéda l'an 6o3 de l'hégire , fait correspondre cette année-là à notre année laaS (3). C'est un grand
• II , pnisqa'il n>9t pas facile de comprendre
• comment Gilles de Rome, mort le 21 décem- « bre i3i6, a po se troaver dans un certain nge
• à la cour de ce prince avant isSo ; ce ne put
• être non plus ii celle de Frédéric III, élu en
• i3i4- Je ne puis rien dire de certain i^ur ce su- » jet, ayant cbercbé inutilement le livre de Gilles
• de Rome. • Ni Joly, comme il le reconnaît, ni Leclerc n'a vu le livre de Gilles de Rome (^gidius Romanus) appelé aussiGilles Colonne {/Egidius Columna ) , que cite Nandé , cité à son tour par Bayle. L'édition de Louvain 1646, in folio , que j'ai aons les yeux , est intitulée : B. jïlgidii Cotutnnœ... Quodlibela revisa, correcla. ei yariè illuslrala , studio M. F. Pétri Damasi de Coninck. Cet ouvrage n'a que six Quodlibela : ainsi déjà , c'est une faute de Naudé ou de ses imprimeurs d'avoir indiqué le Quodltbel IX. Crst dans le second, n°. lu (page 102 de l'édition susdite) que Gilles de Rome parle d'Averroës, en ajoutant : Filii cujus dicuntur fuisse cum imperatore Frederico qui temportbus nostris obiii. Gilles de Elome ne dit pas en quel pombre étaient les Ëls d'Averroës ; il ne pnrle de leur séjour a^ee Frédéric que comme d'un on-dit. Il ne désigne le Frédéric que par ces mots : l'empereur Fre'df'rie <jui mourut de notre temps. Or , ce ne peut être, comme le dit Leclerc , que Frédéric II, le seul empereur de ce nom qui mourut du vivant de Gilles de Rome, et c'est toujours au XII'. siècle que celte circonstance Hxe l'existence d'Averroës.
(i) Nsndé, Apologie des grands bommes accu lés de magie, chap XIV, pag. S'i4 : i( ciie Gilles de Rome , quodllbet IX. Voye* aussi Pétri Petiti Medici pansiensis Observât, misccll»n. , pag. 191.
(2) Reinesins, Epist. XV «d Hofmannnm , pag- 32.
(i) Hotting., Bibliotb. Tbeol . png. 97g.
abus : elle correspond en partie à notre année iao6, et en partie à notre année 1207. La Bibliothèque rabbinique de Bartolocci m'apprend qu'Averroès a fleuri depuis Tan ii3i jusqu'à Tan I2i6, qui fut celui dé sa mort 5 que ses Commentaires sur la Physique d'Aristote furent achevés à Séville, l'an 1 187, et que ses Commentaires sur la Métaphysique du même Aristote furent écrits l'an 1 192 (4).
(B) Quelques savons prétendent qu'il a fort mal entendu jiristote. . . parce qu'il ignorait la belle littérature. ] C'est le sentiment de Louis Vives. JYomen est commenlatoris nactus , ditil (5) , homo qui in Aristotele enarrando nihil minus explicat , quam eum, ipsum , quem suscepit declarandum.
Sed nec potuisset explicare etiam si diuino Juisset ingénia , quUm esset humano , et quideni intra mediocritatem. Nam quid tandem adferebat , quo in uiristotele enarrando posset esse probe instructus ? non cognitionem weteris memoriœ , non scientiam placilorum priscœ discipUnœ , et intelligentiam sectarum, quibus Aristoteles passim scatet. Ilaque videos eum, pessimè philosophas omneis antiquos citare , ut qui nullum unquam legerit , ignarus graecitatisaclatinitatis, pro Polo Ptholomceum ponit, pro Protogord Pyihagoram , pro Cratylo Democi'itum ; Ubros Platonis titulis ridiculis inscribit , et ith de iis loquitur , ut uel cceco perspicuum sit litteram eum in illis legisse nullam. At quant confidenter audet pronuntiare hoc aut illud ab eis dici , et quod impudentius est , non dici : quiim solos widerit Alexandrum, Themistium, et JVicolaum Damcsce~ num : et hos , ut apparel , versos irt arabicum perversissimè ac corruptissimè. Citât enim eos nonnunquam , et contradicit , et cum eis rixatur, ut née ipse quidem , qui scripsil intelligat, Aristotelem vero quomodà legit ? non in sud origine purumet integrum, non in lacunam latinam derivatum , non enim poluit linguarum expers , sed de latino in arabicum transvasatum. Il prouve ensuite par un exemple les égaremens de cet interprète d'Aris-
(4) Bartolocc. , Bibl. rabb. , tcm. I , pag. lii Il tile Caserr. , in Chronolog. Compendio.
(5) Lndovicns Vive» , de Causis corrnptar. Arinm , lib, V ,pag. 167.
AVERROÈS
tote(6). VoycE Cœlius Rhodiginus , qui dit à peu près la même chose , ge'nëralemenl pai'lant (7). Ne vous fiez pas au père Rapin , qui lui fait dire cela touchant Avicenne (8). Ce jésuite ne citait pas toujours sur l'original.
Ne méprisez pas pourtant ce qu'il va vous dire. « Comme Averroès ne con- « nut Aristote que par une traductiosi » peu fidèle , il tomba lui-même dans » des altérations de sens si horribles, » queBagolin, philosophe de Vérone, j) Zimara et Mantinus entreprirent i> en vain de le corriger (9). »
(C) // fut professeur da/is l'académie de Maroc. ] Ce fut sous le troisième roi de la race des Almohadcs , après l'expulsion des Almoravides.
Lisez ce passage de Reinesius : Quent Averroè'm appellant uu/gà scholœ , ejus noinen integrum est Abualff^alid Mohammed , ebn Achjncd , cbn Mohammed , ebn Roshd '■ docuitque in ulcademiâ Maroccanâ auspiciis Jacobi, tertii ex Almohadis ., post éjectas Almorai'idas reges (10).
(D) Il se rendit fort habile dans la médecine , mais il en savait mieux la théorie que la pratique. ] Sou principal ouvrage de médecine est celui qu'on nomme Colliget. 11 y traite de cette science en général : on ne sera pas fâché de trouver ici un morceau de la préface : Ex prœcepto nobilis domini Audelach Sempse , qui pro consilio suorum philosophorum Avosait et At'enchalitinjunxit mihi utconscriberem opus , quod arabica sermone totam medicinœ scienliam contineret , ad approbandum judicandunn'e sententins i'eterum , collegi hoc opus Colliget, id est, unii'ersale, sic inscriptum propter ordinem doctrince obserwandum , qui paulatim ab univ'ersalibus ad particularia procedet. In hoc enim libro unil'ersales régulas inchoavi, et deinceps fauente Dca aliurn libruin de iis quœ particularia sunt instituam^ etc. (11).
Pour faire comprendre qu'il se piquait d'exceller en médecine , il me suflira
(6) C'est-à-dire , par une citation d'un passage de la Métapliysique d'Aristoti'.
(^) Ccelius Uliodigiuus, Autiq. Lecl., lib. III, cap II , pag. iio.
(8) Rapin, Kéilexions sur la Pliilosopliie, nnm. i5, pag. 33<), 34" I édition de Hollande.
{,)) LU mhne.
(10) Reinesius, F.pir.t. XV atlHofraanii., pag. 32.
(Il) fimfat. Arerroit , apud Gesnerum , in rjbliolli. ,j'olio 101.
d'avertir qu'il était l'émule du grand Avicenne , et son ennemi si capital , qu'il évite de le nommer dans ses écrits ''' : Ai^icennœ viedici œmulus et inimicissimus fuit , ut eum nominare in suis libris s^ereatur (la) : son affectation à cet égard est sensible. C'est apparemment cette alTectafion qui a été cause qu'en réfutant une doctrine soutenue par Avicenne , il ne l'attaque que comme le sentiment de Galien. Je parle de la doctrine qui établit que les esprits animaux qui causent la joie sont lumineux , et que ceux qui causent la mélancolie sont noirs. M. Petit n'a pas pris garde à l'afrectation d' Averroès. JVunc quibus mentis penetrationibus Aferroïs hanc Avicennœ opinionem impugnet, uideamus : quanquam ea loco directe Auisennam non petit , sed Galenum , spontaneum melancholicorum metum ab humoris qui in iis abundat nigredine repetentem ; ueriim quœ ibi Galeno objicit , pari impetu in memoratam Ai>icennœ opinionem redeunt (i3), Averroès , ou expressément , ou par un défaut de mémoire , a tenu une conduite toute différente de celle-là à l'égard d'Avempace ; car il le nomme comme l'auteur d'une remarque qu'il avait pu lire dans Philoponus (i^).
Cela soit dit en passant. Or, qu'il ait été plus habile dans la théorie que dans la pratique , il l'avoue lui-même , comme le remarqueM. Petit. Aferroës jatetur de se ultro in septimo eoruni Librorum quos Colliget vulgus appellat , cap. 6. -Ego, inquit, non studui ei scientice (jnedicinœ) ut u'ulear nùhi in eâ esse sujfficiens : et alibi negat se in eorum numéro esse qui cegris remédia adhibent (i 5). Ce passage de M . Petit est tout autrement exact que ces paroles de Vossius , Auerroës Cordu-
* Cliaufcpié rapporte nn passage de Freind , auteur de VHisluire de la Médecine depuis Galien, qui contredit formellement ce qu^avançait Champier, cité dans la note (12) sur le double fait de l'inimitié et de l'afiectation de ne pas nommer Avicenne.
(12) Sympborianus Camper., apud Gesneium, ibidem folto lou. VoyeT- Ccelius Rhodiginus au chap. XII du XXX'. Hure , pag. i684 , et Scaliger contre Cardan., £xerc., £,XI ,nwn. 5.
(i3) Petrus Petitus, Dissertât, de Homeri Nepentlie , pag. 89.
(i4) Voyet le même Pétri Petiti Miscellan. Observât.; lit. III , cap. XyiII.
(i5) Idem, ibidem , lib. II , cap. Fil, prg. 99, 100.
AVERROES.
liensis, coi^nomento Commentator, me- que c'est un monstre forge par Avcr-
dicus non tant practicus , quhm iheore- roè's , Fi^menlum et momirum ab
ticus. Fuit meihcus Memarolini re- -^cerroeco/i/îcmn* (ai), avait dit dans
îfis (i6). Les dernières paroles affai- le chapitre III , que Thcmistius et
blissent les premières plus qu'elles ne Averroès enseignent la même chose,
les confirment ; car être le médecin ^uerroës ilaque et ut e.ristuno anto
d'un prince tient beaucoup de la pra- eittn Tliemislius concordes posuéie
tique. Je ne dis rien de Memarolini animam intellecliuam realilerJistingui
(17), qui n'était pas un nom propre, ab animd corruptibili , uerîim ipsain
mais un nom de digoité , et par con^ se'quent peu propi-e à être uni au mot re^is. M. Mcrcklinus n'a pas songé à cela , lorsqu'il a dit , videtur medicus fuisse régis 3/iramamnlini (18). Symphorien Champier a été ici le mauvais guide : il a dit qu'Averroè's a vécu tempère Miramalinl régis apud Cordubam (19)- Notez que les médecins de Paris , grands partisans de la saignée, ne conviendraient pas aisément qu'Averroè's fut médiocre dans la pratique de la médecine ; car on dit que son exemple a contribué beaucoup à extirper une erreur qu'ils désapprouvent. Lisez ces paroles d'Etienne Pasquier. « Combien de siècles avons- » nous exercé la médecine , estimants » qu'il ne falloit saigner un enfant ^> jusquesàcequ'ileubtattcintl'aagede « quatorze ans , et que la .saignée leur » estoit aujiaravant ce temps ,non un » remède , ains leur mort ! Hérésie en il laquelle nous serions encore au- " jourd'huy , sans Averroès, Arabe , J> qui premier se hazavda d'en faire » l'espreuve sur unsien fils aagé de six » à sept ans * , qu'il guérit d'une « pleurésie (20). »
(E) On le regarde comme l'int^enteur d'un sentiment fort absurde , et fort contraire à l'orthodoxie chrétienne. ] 11 vaudrait mieux dire , ca me semble , qu'il l'a éclairci et développé , et que l'ayant soutenu avec plus d'apjillcation qu'on ne faisait auparavant , il lui a donné une espèce de nouvelle vie j car le même Pomponace , qui assure dans le chapitre IV
(16) Vossius, de Pbilosopbiâ , cap. XIV , jmg. u4-
(l'j) Ce n'est pas bien latiniter cette dignité'.
(18) MercMinus , in Lindenlo reaovato , l>ag. 94.
(19) Sympli. Camperius , de Claris Medicis. * Chnufepié, d'après Freind, fait voir tjiie c*est
une erreur de Pasc^uier; car Averroès dit luimême que ce fui Avenioar tlui pratiqua cela sur son propre fils.
(20) Pasquier , au II', tome île ses LeHT£) , ((V. XIX, pag. 543.
esse unam numéro in omnibus hominibus ; morlalem fera muhipUcatam.
(22). Les jésuites de Conimbre remontent plus haut , car ils veulent que Thcophraste ait entendu de cette façon la doctrine d'Aristole son maître. ()ccurrit alia sententia existimantium in disciplina Aristotelis ponendam esse unam duntaxatanimam inttllectricetn, siue unum intelleclum qui omnibus hominibus assistât , ut soUs lumen unii>ersitati. Sic enim A ristotelem interpretati sunt ejus discipultis et scholœ successor Theophraslus , Themislius , Sitiiplicius , Ap'erroës , aliique non pauci , etsi non omnes eodein modo de hnjusmodiinlellectulocutifuerint{'i.'i).
Ils ajoutent que plusieurs modernes ont avoué que, selon les hypothèses d'Aristote, renlendemenl de tous les hommes est une seule et même substance. Hoc quidem argumcnLum permoi'il etiam ad prœdictam inlelleclils unitatem in Aristotelis doctrinâ assereiidam non paucos è recentinrihus peripateticis , in qiiibus sunt Thom.
Anglicus , Achillinus , Odo , Jnndunus , Mirandulanus , Zimara , f^icomercatus , et quidam alii (24); mais qu'entre ces modernes les uns veulent qu'elle soit dans tous les hommes comme une forme assistante , et que les autres soutiennent qu'elle y est en qualité de forme informante. Ce dernier sentiment est celui de Mirandulanus (25) , et d'Achillinus (26). Mai^ voici une méprise toute semblable à celle de Pomponace. Les jésuites do Conimbre imputent ailleurs à Averroès l'invention de l'unité de l'entendement de tous les hommes. Cela pa-
(31) Pomponatius, de Immortal. Anirnse, aap ly, pag. 9.
(22) Idem , ibid. , cap. III , pag. 7.
(23) Conimbricenses in II . lib. de Animai , cap. I , Quœst. VU, art. I , pag. Sy.
[2i,)Ihidem.
(■>.5) Miranduliinns , de Kversionc singnl;iris Ccrtaminif, l,b. XXXII, sect. I ellib. XXXI If, sect .II ,et VI.
(ifî) Achillinus, Ub. it lDt£llii;einjis.
AVERROÈS
raîtra plus surprenant, lorsqu'on verra les paroles qui précèdent celles où ils l'aflirment Secunda ( sententia ) Jiiit uificennce 9 Metaph. cap. quarto , et in llb. JVatur. parte 5 , jiuenipace in epistolâ de luviine, et Grcec.i cujusdam Marini cujus mentinnem J'acit hoc loco Philoponus , ajentium intellectum agenlem esse substantiam quandam separatam , quant yii'icenna C/iolcodœam nuncupabat. Idem plaçait -^ferroi in libella de Bealiludine ^nimœ, cap. 5 , et in epitome Metaph. tractalu 4 , qui errori errorem subnectens , alioruni vestigia secutus , ununi omnium hominum ûnxit communem intellectum , ut alibi retulimus (27).
C'est dire que l'unité d'entendement est une fiction qu'Averroës a ajoutée aux erreurs des autres 5 et néanmoins il est clair que cette fiction n'est point difiérente de la doctrine qu'on venait d'attribuer à Avicenne , etc. Souvenons-nous que l'entendement des hommes, au dire d'Averroès , est la dernière des intelligences , celle qui occupe le plus bas lieu de l'univers (28}. Esse mentium infimam omnium , et unicam. IVarn sicuti cœlestes globi singuli singulas habere mentes uidentur , ita et orbis hic inferior unam , ut ipse l'ult, hnbet, quœ non hujus hominls sit, l'el illius , sed humanœ speciei mens sit, et dicatur, ut speciei unicce unicus sit intellectus in hoc orbe inferiori , ut plerique intelligunt , ubique tntus compingi (29). Quoi qu'il en soit, lors({ue ces jésuites réfutent la prétendue unité de l'entendement de tous les hommes , ils n'attaquent que ce philosophe , tant on est persuadé que pour le moins il mérite d'être tenu pour le principal défenseur de cette chimère.
Ils remarquent que Scot a dit qu'Averroës s'est rendu digne d'être excommunié par le genre humain , et que d'autres disent que sa doctrine est un monstre si efiroyable , que les forêts de l'Arabie n'en ont jamais produit de plus grand. Hœc commentatoris seu commtntitoris potiiis de unitate intellectUs sententia adeo stulta est , ut
(27) Conimbriceuses in lib. JII de Anima , cap. y , Quasi. I , art. I , pag. 226.
(28} Commenlnlor ipsr, Comm. XIX, lib. III Je yinimii., ponil ipsam esse ulcimam intelligentiarum. Poniponalius , de Tminort. Anima:, cav. IV,pag.i,.
(39) t œliiis lUiodigmus, Antiq.Lcrt.,{i^. ///, cap. II j paj^. loij.
mérita Scotus in 4- d. 43. q. 2. dixc rit dignum esse .Ai'erroem qui ob has ineplias ex hominum communione averruncetur ; alii fera koc ejusjîgmentum monstrum vocârint quo nullum majus jirabum sylt^ce genuerint. Certè hoc unum sut esse debuisset ad eos coarguendos quijilium Rois tanti faciunt , ut ejus animam Aristotelis animam esse dicant (3o). La dernière partie de ce passage nous apprend qu entre autres éloges on a donné à cet Arabe celui d'avoir l'âme d'Aiistote. Les jésuites de Conimbre veulent que , pour réfuter cela , il suffise de prendre garde à la doctrine de l'unité de l'entendement. Cette réflexion est fausse ; car cette doctrine , comme l'avouent plusieurs modernes , n'est qu'une extension et qu'un développement des principes d'Aristote. Je pourrais faire plusieurs remarques pour prouver c«la , mais je me contente de celle-ci : c'est que , selon l'hypothèse de ce philosophe , la multiplication des indi- ^ idus ne peut avoir d'autre fondement que la matière , d'où il s'ensuit que l'entendement est unique , puisque selon Aristote il est séparé et distinct de la matière, f^iderunt Aristoletem simpliciter prohare intellectum possibilem esse immixtum et immaterialem.
(3i). Cette observation est de Pomponace. Quod t^ero unicus sit intellectus in omnibus hominibus sife postibili$ ponatur , patere potest ex eo quoniam apud peripateticos est celebrata proposition multiplicationem indiuiduorum in ediem specie nonposse esse, nisiper materiam quantam, ut dicitut'j. et 12.
Metaph. et 2. de Animâ{ii). Quelque fondée que cette opinion d'Averroè's puisse être sur Aristote , elle est dans le fond impie et absurde. Elle est impie , puisqu'elle conduit à croire qiie l'âme , qui est proprement la forme de l'homme , meurt avec le corps (33) ; elle est absurde, car que peut-on dii'e de plus insensé que de soutenir que deux hommes qui s'entretuent , dirigés chacun par ses actes intellectuels , ont la même âme ? Que peut-on imaginer de plus chimérique que de prétendre
(3o) Conimbric. , in lib. Il de Anima , cap^ l , Quœst. VII , art. II , pag. 60.
(3i) Pomponatius, de Immortal. Aiiiuix, ca;f. IV , pag. 7.
(32) Id., ibid., pag. 8.
(33) Vo^n la remarque ^H), vert lujin.
AVERROÈS
que deux philosophes , dont l'uu nie, lui , ou au dehors? S' il agit. rautreafiirme la même thèse en même quel monstre ne sera-ce vi
audehors, quel monstre ne sera-ce point qu'un temps , ne font qu'uu seul être à Te'- acte d'intelligence posé hors de l'ingard de l'intellect? Examinons ce qu'un tellect, etdans une autre personne (36)? adversaire de Pomponace proposa con- Cecinronve trop : il en faudrait inférer tre cette extravagance. que 1 entendement divin ne peut point
Premièrement , il la réfute en tant produire dans Tâme de l'homme ua qu'elle pose que l'entendement n'est acte d'intelligence , sans le produire pas dans l'homme, et puis en tant dans lui-même. Or, cela est faux et qu'elle pose que tous les hommes n'ont absurde. L'autre membre de la que»
qu'un même entendement. Sur le pre mier point , il demande , pourquoi un entendement qui doit unir son action à celle de l'homme , et cela de la manière la plus intime qui se puisse concevoir en ce genre-là , croirait se déshonorer , s'il s'unissait avec les organes , pour composer avec eux un individu 1,34) ? Vous comprendrez aisément l'union intime dont on paile là , si vous prenez garde que , selon les averl'oïstes , l'âme de l'homme n'est point capable d'entendre sans le secours de cet intellect assistant. Il faut donc que cet intellect supplée par son action à ce qui manque à l'âme de l'homme ; et par conséquent nos actes intellectuels dépendent de deux principes , dont l'un est comme un sujet passif et incomplet , l'autre est un piincipe actif et qui perfectionne. Il est donc vrai que le concours de ces deux principes se termine à un même effet , et qu'ainsi l'action de l'entendement des averroïstes s'unit d'une façon trèsintime avec l'âme qui entend. Cette difficulté n'est point forte, car l'union que l'on objecte n'est pas plus intime que celle de l'action de Dieu avec l'action de la créature , selon la doctrine du concours : et néanmoins il ne s'ensuit pas que ces deux causes se doivent unir personnellement. L'auteur prétend prévenir cette réponse , en disant que l'action de l'intellect des averroïstes est immanente et particulière , ce qui ne se peut pas dire du concours
de Dieu (35) 5 mais on pourrait lui faire de bonnes répliques : ainsi sa dispute n'est pas triomphante quant au premier point , comme elle l'est quant au second j car voici comment il presse Averroës : Cet intellect dont vous parlez, est ou Dieu, ou bien une créature. S''il est Dieu, je vous fais celte question : Agit-il au dedans de
(34) Antonius Sirmondus, de Tmmortatitate ADÎma! adversus Pomponat. et issethm, pag. 368.
(35) Idem , iOid. , pag. 36>).
tion réduit aux abois les averroïstes.
Si Dieu forme en lui-même les actes d'intelligence qui sont dans l'homme, combien d'erreurs nourrira-t-il dans son sein ? Sed neque intra Deuni contineri potest ( intellectio ) quàd immenses in eum errores loties inueheret , quoties opinione sud fallerentur ho • mines ; neque enim prorsiis uUa i'ateret excusatio , quin prima ac summa Veritas è se ipsd monstrosè deficeret , si assignanda ipsi essent , si in sinu ejus et complexu reponenàa quascumque esse possunt falsa homiman judicia (37). S'ils répondent que cet intellect est créé , l'auteur réplique qu'une créature ne paraît pas pouvoir être suffisante à modifier si à propos toutes les âmes humaines en même temps (38). Outre que les opinions contraires qui régnent parmi les hommes ne sauraient loger ensemble dans un seul entendement. Quomodô in unam et eandem intelligentiam simul cadet contrarietas illa opinionum et sententiarum, quam loties in hominibus experimur, ciim unus ail , aller negat de eodem idem ? quœ eadem quœstio impedirc potest adversarium in responsione jamjam explosa de intellectu divine. Cette dernière objection a la même force contre ceux qui voudraient dire que cet intellect est Dieu. C'est aussi par-là que l'on réfute invinciblement le spinozisme (3g). Notez que l'auteur avoue , que toute la force de son objection consiste en ce qu'il prétend avoir prouvé que l'action de l'entendement des averroïstes sur l'âme de l'homme est immanente (4o)- Je ne
(36) Quid hoc portenli intellectio ut extra intellectuin consistât et quiUetntoto ab eo disjunctd supposito? Sirmondus, de Iinmoit. Aaiuiii;, pag. 370.
(3^) Idem , ibidem.
(38) Idem, ibidem, pag. S^i, i')i.
(39) l'oyei l'article SnJiott., remarque (S), num. III
(40) Antou. Sirutoadus, Je Iiuiuvrt. Aiiim.-e, pag. 372.
AVERROÈS
crois point qu'ils soient obligés de convenir qu'il prouve cela. Quant au reste , il déclare qu'il ne trouverait rien à redire à la pensée d'Averx-oè's , si ce philosophe n'eût parlé que de l'action de l'entendement divin considéré comme la cause première. Restât ergo, ul suum istiul soninium integrum yit-'erroès somnii loco et niendacii haberi sinat , aut certè interpretetur ipse , de nctione intellectds dii^ini , quâ parte non intellectus quideni prœcisè , sed est prima causa , in onines causa- Tum secundarurn , adeoque inferiorum intelligenliarum effcclus ex minute sud injluens aliquid (4')' -^^
it'a possit accipi , non disputa , illud contentas ostendisse , quod nisi quid sindle sonet ejus doctnna , inanis ac slulta sit ; si quid autem simile , ne pilum quideni nabis adversantem habeal (43). Il nous avertit qu'il s'est abstenu des objections que Thomas d'Aquin a proposées contre l'hypothèse de cet Arabe. Je vous avertis qu'elle se trouve parfaitement réfutée dans un ouvrage de M. Duplessis-Mornai (43).
On s'étonnera que des génies aussi sublimes qu'Aristote et qu'Averroès aient forge tant de chimères sur l'entendement j mais j'ose dire qu'ils ne les eussent jamais forgées , s'ils n'eussent e'té de grands esprits. C'est par une forte pénétration qu'ils ont découvert des difficultés qui les ont contraints de s'écarter du chemin battu, et de mépriser plusieurs autres routes où ils ne trouvaient pas ce qu'ils cherchaient. La plus certaine connaissance qu'ils eussent de la nature de l'âme , est qu'elle est capable de penser successivement à mille choses ; mais ils ne pouvaient comprendre comment elle réduisait en acte cette faculté :
l'action des objets , leurs espèces , leurs images e'purées tant qu'il vous plaira dans le cerveau , rien de tout cela ne paraît capable de donner à l'âme l'intelligence actuelle. Voyez avec quelle force le père Mallebranche réfute tout ce qu'on dit de la manière dont nous connaissons les choses (44)> Il n'a point trouvé d'au-
(40 Idrm , ibidem.
(42) Idetn , ilndein, pag. S^S.
(43J Celui de la Vcrilé de la Religion clirétieniie, au chap. XK.
(44) Mallebranclie , Recherche de la Vérité , lii\ ///, chap. I elsuivans de In, II'. partie ,
tre ressource , que de dire que nous les voyons en Dieu, et que les idées ne sont point produites dans notre âme. Quelques anciens philosophes ont dit que Dieu est l'intelligence générale de tous les esprits , c'est-àdire, qu'il leur verse la connaissance comme le soleil répand la lumière sur les corps. Lisez ces paroles des jésuites de Conimbre : Prima sententiajuit yilexandri libro secundo de Anima cap. 20 et 21, existiniantis intellectum agentem esse intellectum uniuersaleni omnium conditorum , hoc est Deum , quod eliani Platonis dognia libro sexto de Republicd fuissec reditur, qui intellectum. agentcni nostros animas cœlitiis irradianteni comparawit soli , ut ex Themistio hoc in tih. , rej'ert difus Thomas, i part., quœst. 79, articula quarto. In eundent errorem lapsus fuit Priscianus Ljrdusasserens, intellectum agentem non esse partent animœ , sed mentem primam atque difinam, t^el ideam. boni (45). Quand une matière est fort abstruse , il ne faut pas s'étonner que les plus grands philosophes en parlent nn peu de travers ou sur des suppositions malaisées à comprendre. Or , s'il y eut jamais de matière difficile , c'est celle de la formation de la pensée. Elle est peut-être plus impénétrable que celle de l'origine de l'âme. C'est beaucoup dii'e , car la réflexion de Bartholin sur une chose que l'on raconte de saint Anselme est de bon sens. On assure que cet archevêque de Cantorbéri, se voyant proche delà mort, à l'âge de soixante-seize ans , souhaita un petit délai , afin d'achever une question très-obscure qu'il avait commencée sur l'origine de l'âme (46).
« S'il eût obtenu encore soixanfe- « seize ans de vie, dit Bartholin, je }) doute qu'il eAt pu venir à bout d'une }> question si obscure.» Plaidé dubito, si fel totidem annos quos fixerai illi addidisset Deus , uitœ arbiter, ad finem quœstionis dubiœ unquhm potuerit pert^enire (47). Notez que la plupart des cartésiens enseignent qut; comme il n'y a que Dieu qui puisse
(45) Conimbrie. , in lib. III de Anima , cap. V , Quœst. I , art. I , pag. 226.
(46) Vojre» l'article de cet Anselme , remai» que (À).
(4";) Thom. Bortholiauf , Dissertât. VI de Ici^urdis liliris, pa^. ■)Gi\.
AVERROÈS
mouvoir les eoqis , il n'y a aussi que proscrire par taiitorité papale.'] Vax
Dieu qui puisse modifier les esprits Ils exceptent les actions qui rendent l'âme criminelle. Mais , pour tout ce qui s'appelle sensation, imagination, passion , mémoire , idée , ils prétendent que Dieu en est la cause efficiente et immédiate , et que l'action des objets ou le mouvement de nos esprits animaux n'en est que la cause occasionelle. Ce sentiment n'est qu'une extension de celui qu'on attribue à
rapporte ailleurs (4^) les paroles d'une bulle de Léon X , approuvée dans le concile de Latran. J'ajoute ici que Raimond Lulle sollicita instamment le pape Clément V à condamner les Commentaires d'Averroës sur Aristote , et qu'il tâcha d'engager Philippe-le-Bel , roi de France à solliciter la même chose. Il représenta que ce sont des livres remplis d'erreurs pernicieuses . et ç^\n peuvent
im fameux interprète d'Aristote , et conduire peu à peu les jeunes gens à que M. du Plessis-Mornai réfute par l'impiété : il pria , il présenta des
(les raisons spécieuses, mais dont nos cartésiens ne s'embarrasseraient pas.
Voyons quelque chose de ce qu'il avance. Quant a L'opinion d Alexandre (d'Aphrodisée ) , qui prétend un intellect agent universel, qui imprime l'intellect possible , c'esl-a-dire , la capacité d'un chacun, et la réduise en
requêtes , il fit un livre sur ce sujet ; mais il trouva sourds et le pape et le roi de France (5o). Présentement , il n'est nécessaire, ni de demander cela, ni de prier qu'à tout le moins il soit défendu de tenir ce philosophe pour un oracle : son autorité est nulle, et personne ne perd du temps à le lire;
action , la plus part des raisons cy- mais il y a eu des siècles bien infatués
dessus déduictes contre Ai'crroës, sert de sa doctrine. Lisez ce qui suit:
aussi contre lui. Mais par ce que par Congruentior et exaudilu facilior
cet intellect agent il semble entendre ^'uisset petitio , pro qud nunc, {quce
I)ieudiremesme,ily acecideplus,que Dei benignitas est,) non est sata
Dieu qui est tout bon et tout sage , n'imprinieroit point en notre entendement les folies et les malignités que nous y remarquons ; qu'il n'y laisserait pas aussi tant d'ignorance , et de ténèbres , que nous y tastons , ains vaincroit en tous la contagion qu'ap ■ porte ce corps , et bien qu'il n'inspirast ou n'injluast tant de choses a l'un qu'a l'autre , selon les dii'erses capacitez de ceste table rase , que pour le moins il n'y peindrait pas un monde de faux traicts , que nous y pouvons voir chacun en soy-mesme. En après , oii ï influxion serait perpétuelle , ou bienenlrecouppée. Si perpétuelle, nous entendrions tout ce que nostre imagi-
gendum. JYimiriim ne Averroës oraculi loco esset in scliolis : quod cuni superiori seculo , et paucis anterioribus , invalnisset , prœsertim in Ilalid, ut Canus lib. lo de Locis, c. 5, notauit : occasio fuit magnornm in oris illis errnrum , et inutilis diligenliœ , qud aliqui non miniis in pervolutando Awrroë collocabant aperce , qu'am in sacris litleris ponant , qui iis maxime delectantur : nec fldei miniis Averroï tribuerunt, qu'am optimi quique fidèles canonicis scriptoribus ; quod indignissimum fuisse , nemo non fidet. Nunc Auerroïs in scholis depontanns ei'asit(5i). Louis Vives s'était bien plaint de l'autorité que ce
nation nous représenterait sans labeur philosophe arabe avait obtenue. Quem
et sans art ; si entrecouppée , il ne se roit pas en nous d'entendre chose quelconque, ny de vouloir quand nous voudrions. Or , au contraire , nous avons peine à com.prendre certaines choses, et nous faut gagner sur l'ignorance de nostre esprit , comme pied à pied : et y en a d'autres que nous entendons dès qu'elles se présentent, et quand nous voulons (^S).
(F) qui pt des progrès si formidables, qu'il fallut le faire
(^%) Du Plessis-Mornai, itcliiiiou chrélicuue, chap.
de la Vérité de
philosophi de nostrd scholâ , qui post eum scripsére , ila sunt amplexati ut penè autnoriiate Aristoteli adœqudrint , nec solùm qui longo post intervallo vixerunt, sed qui illiusquoque œtate ; quod factum est et ignorantid meliorum , et admiralione mercimonii linguâ et sensis peregrini : ut
(49^ Dans l'article Spixoii , remarque (P) , a tajin.
(5o) Tbfop. Raynaldus , Erotem. de malis >r. boDÎs libris , num. 3/)0 , pag. aoo \ il aie Oharlc» Bouille, dans la Vie de Havuiond LuUe.
(Si) Iilmn , ibtd-r,.
AYERROÈS.
gratiam ei conciliare.t apuâ primas nofitas , apud posteras uelustas (Sa).
11 marque là un coup de bonheur :
certains esprits fortunés plaisent d'abord pour leur nouveauté, et enfin à cause de leur antiquité'. Que mes lecteurs examinent, s'illeur plaît, ce raisonnement d'un moderne. On ne doit pas s'étonner de uoir que les hommes aient eu tant d'estime pour Averroës , puisque te père de Cardan, qui se mêlait de magie , nous assure que les démons mêmes ont admiré sa doctrine, de laquelle Bajazet se dit^ertissait dans les plus sensibles douleurs de la goutte: qui n'est pas une preuve moins aoantageuj,e pour montrer sonmérite , qued'at'oirétonnéles intelligences (53).
Si ce qui concerne Bajazet n'est pas rapporté plus fidèlement que le reste, j'en doute beaucoup (54). Pour bien rapporter ce qui regarde le père de Cardan , il fallait dire , que l'un des esprits qui lui apparurent faisait profession d'être averroïste , et non pas qu'Averroè's avait étonne' les intelligences; et il fallait ajouter que Cardan même insinue que ce conte de son père était fabuleux. Ille uero palam auerroïstam se profitebatur. Uœc seu historia , seu fabula sit , ita se kabuit. Quod fabula fideatur satis argumento esse débet quod, etc. (55).
(G) Il n'y a point de livre où Auerroës paraisse avoir eu de meilleures
intentions, quedansses Destruc-
tiones Destructionum contra Algazelem : ] ou bien Deslructorium Destructorii. Le titre arabe est Hahapnlah altahapalah (56). Averroës réfute dans cet ouvrage les opinions métaphysiques qu'Algazel avait soutenues contre les philosophes. La plupart de ces opinions d'Algazel sont très-mauvaises : car, par exemple , il a combattu ce que les philosophes disaient, que le monde est l'ouvrage de Dieu , et que Dieu est un agent ;
(5î) Lndoy. Vives, ie Causis corruptarum Arlium , lib. V, pa^. 167.
(53) Clavigny de Sainte-Honorine, de l'Usage des livres suspects, pag. 4^, 4g-
(54) Je ne trouve dans Paii\ Jove, Elog. Viror. l)ellicS viilute illu.str. , lib. IV , pag. 334 i sinon t/ue Bajatel II Peripatelici Averrois opiniouibus ablectabatiir.
(55) CarJanus Je Sublililale , lib. XIX, pag.
(56) fWe» Reiuesius , Epist. XV , ad Hofm., m-- 33.
qu'il est unique , simple , incorporel , et qu'il ne peut point y avoir deu»
natures incréées (57). Puisqu' Averroës soutient le parti des philosophes sur toutes ces propositions , on ne peut nier qu'il ne travaille en faveur de l'orthodoxie. C'est l'un de ses plus beaux ouvrages , au sentiment du père Rapin (58). Mais d'ailleurs, la bonne cause peut-elle trouver son compte dans les services que lui pourrait faire un tel défenseur, lui qui niait que la création fût possible , et qui soutenait que tous les êtres spirituels sont éternels , et que Dieu ne connaît pas les choses particulières , et n'étend point sa providence sur les individus de ce monde (Sg) ?
(H) Ou parle fort désauantageusement de la religion de ce philosophe.'] Vous trouverez dans le Dictionnaire de Moréri, que le christianisme était selon lui une religion impossible ; que le judaïsme était une religion d'enfans ] et que le mahométisme était une religion de pourceaux : et qu'ensuite il s'écriait , moriatur anima mea morte philosophorum, , c'est-à-dire , que mon âme meure de la mort des philosophes. Voilà de quelle manière il imitait Balaam , qui dit, que je meure de la mort des justes, et que niafln soit semblable à la leur (60). M. Moréri ne rapporte pas exactement ce qui concerne le christianisme : Averroës le nommait , dit -il , une religion impossible , à cause du mystère de l'Eucharistie. 11 est sûr que ce philosophe n'en parlait pas si obligeamment, quand il faisait réflexion sur la pratique de la communion de Rome. Lisez ces paroles de M. Daillé , adressées au père Adam ; « Les sages du monde ne vous ont » point pardonné cette étrange » créance, non plus que les Juifs : té- » moin la parole du philosophe » Averroës , que le cardinal du Per- » ron(*) rapporte sur la foi de Sar- >) ga , l'un des pères de votre société , » qu'il ne trouvait point de secte pire,
(57) Fojrei la Biblioth. de Gesner, folio 10» verso.
(58) Rapin, BéflexioQS sur la Philosophie, num. 80 , pag. 363.
(5q) Voyez Possevini , Riblioth. selecta: lib.
XII, cap: xxxri.
(60) Nombres, chap. XIII , vs. 10.
(•) Du Perron, derEucbar., liv. III, chap. XXIX , pas. 973.
AVERROÈS
» ou plus badiite , que celle des chrc- » tiens, qui mangent et déchirent eux- » mêmes le dieu qu'ils adorent {6i). » Avant que de passer outre, je fais deux remarques contre ce docte ministre.
La l'^. est que le cardinal du Perron n'est point proprement celui qui rapporte cette parole sur la foi de Tun des confrères du père Adam , il ne la rapporte que comme citée par M. du Plessis ^ car c'est M. du Plessis qui allègue sur ce sujet ce que le je'suite Scarga observe touchant la pensée de ce philosophe arabe (6a). La II*. est qu^au lieu de Sarga , il fallait dire Scarga. Rapportons maintenant le passage d'un autre ministre: Si nous
recevions la sainte Cène a genoux
nous serions en scandale et en achoppement aux infirmes , mais nous donnerions occasion aux infidèles de blasphémer le sacré nom de Dieu , et d'avoir en horreur le christianisme. Car nous ne pouvons oublier le lamentable exemple de ce philosophe païen {*) , qui, ayant vu manger le sacrement qu'on avait adoré, dit , qu'il n'avait jamais vu de secte plus folle et plus ridicule que celle des chi'e'tiens , qui adorent ce qu'ils mangent 5 et c'est à ce propos que ce malheureux s'écria : que mon âme soit avec celles des philosophes,veu que les chrétiens adorent ce qu'ils mangent (63). Ce même ministre allègue ailleurs un passage de Cicéron , qui cadre beaucoup avec la pensée d'Averroës (64) : « Ecquem )> tani amentem esse putas , qui illud M quQ vescaturDeumcredatesset{65)?
» c'est-à-dire, et qui pensez-vous si » insensé, que de croire que ce qu'il j) mange soit Dieu ? » Cicéron parla ainsi , en considérant qu'on donnait au blé le nom de Cérès , et au vin le nom de Bacchus. Cîimfruges Cerercm, vinum Liberum dicimus, génère nos quidem sermonis lUimur usilalo (66).
Le père Lescalopier avoue que cet illustre païen est fort raisonnable ,
(61) Daillé , Répliqae au père Adam et à Cotliby, I". part.,chap. XVJ ,pag. ii6.
(62) Du Plessis, Traité de la Cène, pag. 1106. (*) Averroès.
(63) Drelincourt , Di«\ogiie,IX contre le» missionnaire» sur le service des Églises réformées. pag. 3o5 , 3o6. '
(64) Là même. Dialogue VI , pag. i36.
(65) Cicero , de Naturâ Deorum , lib. JII , cap. XVl.
{^) Idem, iiiJ.
quand il raisonne de la sorte à l'e'gard de Cérès et de Bacchus; « mais, ajoute- » t -1/(67), c'est une extrême sagesse » sous le christianisme , que de man- « ger ce que l'on croit être Dieu , et » nous regardons comme coupables » d'une intidélité très-insensée ettrès- » stupide ceux qui ne prennent pas » à la lettre les paroles de Jésus-Christ, » ceci est mon corps , et qui nous ob- » jectent en se moquant ces paroles » ide Cicéron : » Amenlissmœ ac stolidissimœ injidelitalis damnamus hœreticos homines , qui Christi Doviini hoc eit ipsius veritatis pianissimo di-
sertissimaque verba , etc (68).
Illud Academicum , sublato cachinno procaciter usurpant , academicorun non Jîdelium nepotes : Ecquem tara amentem esse putas , qui illud , quo vescatur , Deum credat esse ? At cum npostolo catholici respondemus :
Nos stulti propter Christum; utinam vos silis prudentes in Christo (69) !
Il ne s'agit point ici d'examiner la qualité de ces réflexions ; il ne s'agit que des pensées d'Averroës. Je remarque que Vossius n'a parlé qu'en général du mépris de ce philosophe pour la religion chrétienne : il n'a point considéré en particulier le résultat de la Transsubstantiation.
Quam pariim viderit tanins philosofjhus in verâ et unicà salutis via ar~ guit illud quod diceret , malle se animam suam esse cum philosophis quam cum christianis (70). Quelquesuns disent qu'Averroès naquit chrétien , et qu'il se Ct juif, et ensuite mahométan. De christiano judœus , de judœo factus est mahumetanus (71).
D'autres disent qu'il écrivit contre les trois grands législateurs , Moïse , Jésus-Christ et Mahomet ; et qu'il fournit les matériaux du livre de Tribus Impostoribus (72). D'autres observent qu'il n'a jamais cru qu'il y eût des diables (78) ; et qu'ainsi
(&i) Lescaloperius, in Cicéron., de Nat.Deor., pag. 62 a.
(68) Idem , ibidem.
(69) Idem, ibidem.
(70) Vo.sius, de Philosopbor. Sectis , cap. XF'II , pag. gi.
(71) Anton. Sirmondns, de Immortalilate Animât , pag. ag.
(72) Claudius Berigardus, in Proamio Circuli Pisani , pag. 5.
(73; NauJ£, Apologie des grands Houuues,
54o AVERROÈS.
Cardan a fait violence à sa doctrine , aussi M. du Plessis : Arislote estoit, au
quand il introduit un démon qui se dire de plusieurs , peu religieux , et
disait l'un de ses disciples et secta- u4werroës son interprète du tout im-
teurs ^74)' On ne peut rien pronon- pie (78). JYul n'ignore combien
cer de plus fort que ce jugemeut ou * ce \œu d'Érajnie, Vtinain prodisset ingens illuil opus adveniis Âuerroëm
iwp,um KCLt Tpiç HXTOLpOLTOV (76). Il
écrit cela à un homme qui lui avait fait
savoir (jue son grand ouvrage contre ligion d'Averroè's, il ne faudrait ] Averroës e'tait imprimé. Alterum oublier les traits que ses hypothè magnum opus secluuL in libros sex et miaJragi/.lu ex peripatcticâ disciplina conjecimus advtrsiii Ai'erroëm , quod etiitm eacusum est (7(5). D'où vient donc qu'Erasme en souhaite la publication?
N'est-ce pas un signe qu'en répondant à ses amis il ne mettait pas toujours sous ses yeux leurs lettres , et qu^il en avait oublié quelques circonstances ?
Quoi qu'il eu soit, son vœu me fait souvenir d'une lettre de Pétrarque oiî l'on exhorte un savant théologien à réfuter Averroës , ce chien enragé, qui aboie si furieusement contre Jésus-Christ. Pétrarque ajoute qu'il avait fait des recueils pour un tel ouvrage, mais qu'il n'a ni le loisir , ni le savoir qui lui seraient nécessaires pour écrire là-dessus. 11 appelle impie le silence que tant de grands hommes ont gardé , et il souhaite qu'on lui dédie , quand même il serait déjà dans le tombeau , l'ouvrage qu'il exhorte son ami à composer. Extremum quœso ut citm primiim perceneris quo suspiras , quod citojore conjido , contra canem illum rabidum Awerroëni , qui Jurore actus infando , contra Dominum suum Ohristdm , contraque calholicamjîdem
Au'erroës principalement presse Véternitédu monde , et l intellect unit>ersel, qui toutes fois ne peuvent compatir acec piété {'jcj).
Pour achever le tableau de l'irrépas èses sur l'âme de l'homme fournissent. 11 est sûr qu'il n'admettait point de peines et de récompenses après cette vie 5 car, à proprement parler , il enseignait la mortalité de l'âme humaine. Je sais bien qu'il reconnaissait que l'entendement ne mourait jamais , et qu'il en faisait une nature éternelle ; mais à cet égard il ne le considérait pas comme une substance appropinée à chaque homme, et par conséquent, quoi qu'il avouât que le principe des opérations actuelles de Pierre et de Paul subsistait après leur mort, il ne laissait pas de croire que tout ce qui avait appartenu en particulier à Pierre et àPanl, et quant au corps , et quant à l'âme , cessait de vivre lorsqu'ils mouraient. Il niait donc le paradis et l'enfer. Vossius, qui a bien compris cette doctrine , n'eût pas dû l'attribuer absolument à Mirandulanus , puisque cet auteur ne l'adopte point comme véritable en elle-même , mais seulement comme l'interprétation légitime des paroles d'Aristote (8o).
Aurait-on osé dans des livres imprimés se déclai'er pour un sentiment impie , et qui exposait les gens aux feux de l'inquisition? Le passage de
latrat , collectis undique blasplwmiis Vossius que je vais citer servira de ejus , quod , ut scis , jam coeperamus ; preuve que les écrivains les plus docsed me ingens semper , et nunc solito tes ne distinguent pas toujours ce major occupatio , nec minor temporis qu'ils devraient distinguer. Ils impuquam scientiœ retraxil inopia , totis tentquelquefois à un philosophe , non ingenii virilms ac nervis incumbens , pas ce qu'il croit absolument , mais ce rem a multis magnis t^iris impie ne- qu'il dit , qu'il faudrait croire si 1 on glectam , opusculum unum scribas , voulait suivre les opinions d Aristote , et mihi illud inscribas , seu tune i'ivus ou de quelque autre fondateur de secte. ero, seu intérim abiero (nn). Citons Bifnriamjubetconsiderarehominisin-
tellectum ( Averroës ) , ut est intellectus , et ut est forma quam obtinet ,
(74) Cardan. , âe Siibtilitate , lib. XIX , pag.
(75) Erasmus , Epist. XXIX, lib. X,pag.
(76J Ambrosias Lcft, Kpist. ad Erasmum. Cette Leure est la XX^III'. du X^. livre parmi celles d'Èr»sme , pag. 53 1.
(77) Fianciscus PctraicL» , Epistolâ iiltinui hbri sine tilulo, par;, ()5o.
(78) Du Plessis-Mornai, de la Vérité de la Religion chrétienne, chap. XX,Jolio 258 veisu.
(79) Va infnie, folio îSg.
(80) Forez ci-dessus,, remarque (E) , cilolion (?.3), ce que j'ai cite des jésuites de Coniuibrc.
AVERROÈS. 541
Priori modo ait édition, continue-t-il, ne peut pas valoir grand'chose ; car Bagolin , h l'égard d'une partie des oeuures d'Ai'erroës , se sentit de la traduction d'un Juij nommé Jacques Mantinus : et a l'égard de l'autre partie , on employa les traductions précédentes , et même celles que lYiphus et Zimara n'aidaient nullement corrigées en traînaillant sur Auerroës. Le traducteur Mantinus suivit les traces d'Abraham deBalmis, qui avait très-mal réussi. On ne peut donc se promettre qu'un traducteur , qui a eu de si mauvais guides, ait bien exprimé l'original ; et comme Bagolin n'entendait rien dans l'arabe, il ne pouvaitpoint juger de ces interprétations (86). Je m'en vais copier un long passage de Keckerman, où l'on souhaite que Dieu veuille susciter un traducteur qui délivre de la Ai'erroïs Arahicos codices in JHurovd crasse et ténébreuse barbarie des prereperiri posse putabat Scaliger , so- cédens les œuvres d'Averroës. C'est
dum nobis unitur eum h morte nostrd superesse , quippè ceternum , nec dure homini essentiam, sed uniri illi per operationem snam phantasmatum interfentu. Hano sententiam etiam sequitur Antonius Mirandulanus Ei^efs, singid. certam. tib.
xxxu. sect. I., et lib. seq. sect. 11 , et vu S iniiliterque Cardanus : quem propiere'a reprehendit, ac refellil Cœsar Scaliger Exercit. cccvi (81), sect. 3o. Et sanè ea sententia Scripluris è diametro afersatur ; ut quœ suam cuique animam , sua etiam a morte prœmia , et pœnas , adsignent (82).
(I) Diwers auteurs ont travaillé h la traduction latine d' Averroës.'] Voici un passage de M. Huet , qui nous apprendra le nom de quelques-uns île ces traducteurs , et en même temps une méprise de Scaliger. f^ix ul/os
lamque conuersioneni ab Aimegando Blasd , Jacoho Mantino , Johanne Francisco Buraiid , Abrahamo de Balmis , P^itale JVisso, Calo Calony mo , Johanne Bruyerino Campegio , Paulo Israëlitd , aliisque adornatam in lucem fenisse. Ego tamen his versavi manibus arabicum Averroïs lihrum , ex Oriente hue olim à Postello devectwn ; quod miror Scaligerum fugisse , Pnstello olim amicitid et lilterarid consuetudine conjunctum.
Eo libro continentur in Logicam, Rhetoricam , et Poëlicam commentaria ; quœ adJacobi Mantini et Abrahami de Balmis interprelationem h me expensa , Jîdem eorum et arlem apertè
alors que l'on verrait les grands services que cet Arabe a rendus à la philosophie. Quidet quantiim utiiuersœphilosophiœ Averroës iste proJUerit , tàm clarum perspectumque haberemus , si quem nobis Deus uirum excitaret , qui latinam ejus uersionem ab istd , qud scatet undique molesta barbarie liberaret , et stylo latinn saltem mediocri et intelligibili in gratiam philosophiœ studiosorum uerteret. Ad quant rem illa , quœ nuper Ai'icennam arabicum nilidissimis typis dédit clarissima typographia medicea plurimùm adjumenti adferret , si lingua arabica Averroem ederet , alque ità occasionem uiris ejus linguœ peritis
mihi comprobârunt (83). Notez qu'il y faciliorem prceberet barbarœ versionis a eu des rabbins qui ont traduit en ^"i^ndandce , et ad intelligentiam tra~
hébi'eu quelques ouvrages d'Averroës (84). Il est bon que j'observe ici ce que je trouve dans Possevin. Ce jésaite assure que ceux qui étaient si entêtés de ce philosophe arabe , ne le pouvaient lire que dans des versions pitoyables , avant l'édition que Jean- Baptiste Bagolin fît faire à Venise ,
ducendœ .- alihs certum est , Averroem à muais neglectum iri, à quibus legeretur diligenter , nisi tam mullis locis non intelligeretur. In Posterioribus Anal, apparet singularem operam prœstitisse et immortalitatc dignissimam : Et Epilome Lagicee , quam scripsit, laudatissima est ob sa-
chez les Junctes, l'an iSSa (85); cette rias causas, ut et Logica ejusquœsita.
JVemo tam interpretum ueterum uideri potest proximus Aristotelis menti atque hic Arabs (87). Je doute qu'il y ait aujourd'hui beaucoup de gens qui fassent un pareil vœu , ou qui fondent
(86) Idrm, ibid.
(81) Il fallait dire ccctii.
(82) Vossius de Origine et Progressa Idololalriœ, lib. III , cap. XLII , pag. g52.
(8d) Huelius, de Claris Interpretibus, pag. i85.
(84) f^ojei la Bibliotb. rabbinique du pèrt Rarlolocci, tom. I , pag. i3 el suiy.
(85) Possevious , Bibliotb. selectœ Ul/. XII c'ap. XVI , pag. 43, tom. II. ' '
($■}) Keckermannns, in Pr-necogaitis IoïicJ$ Trael. II, cap. II, nuin. 32, pag. io3. '
AVERROÈS
de si belles espérances sur une version la noblesse , et parmi les gens de letaccomphe des œuvres d'Averroès , très , plusieurs personnes qui le haïsou qui lui donnent deji grands éloges, saient et qui le {contrôlaient Un
(K) Le peuple de Cordoue Vélcfa a jour qu'il faisait leçon dans l'audideux belles charges que son père et son aïeul aidaient possédées,'] Son aïeul était l'un des plus fameux jurisconsultes de son temps ; il passait pour un second Malicb , qui a été l'un des quatre plus grands casuistes de la religion mabométane : Unus ex ■quatuor primariis juris muhammedanorum Canonici inlerpretibus (88) ; et il fut d'ailleurs un savant théologien.
Ce fut lui que le peuple de Cordoue, secouant le joug de son prince, et voulant avoir i)our maître le roi de Maroc, députa à ce monarque pour négocier cette grande affaire. Il en obtint toutes les faveurs qu'il lui demanda de la part de ces mutins , et il retourna vers eux comblé de bienfaits
et de caresses, ayant été créé chef gens de lettres nécessiteux , soit qu'ils ind-juge du royaume l'aimassent , soit qu'ils le haïssent. Ses
toire de jurisprudence , le valet de l'un de ses ennemis lui alla dire quelque chose à l'oreille. Il changea de couleur , et répondit simplement , oui , oui. Le lendemain , le même valet retourna à l'auditoire , demanda pardon , et confessa devant tous les écoliers qu'il avait dit une grosse injure à Averroès, en lui parlant à 1 oreille. Dieu te bénisse , lui répondit-il , puis que tu as déclaré que je suis pouniu de patience. Il lui donna ensuite une certaine somme d'argent, et lui dit , Refais point a d'autres ce que tu m'as fait. Quoiqu'il fût riche , et par son mariage , et par ses charges , il était toujours endetté , parce qu'il faisait beaucoup d'aumônes aux
des prêtres, et granc de Cordoue. Il mourut après avovr joui de ces dignités un fort long temps, et laissa un fils qui était légiste, et qui fut destiné aux mêmes emplois par les suffrages des babitans de Cordoue.
Le roi de Maroc confirma cette élection j et par ce moyen notre légiste se vit revêtu d'un beau caractère. On trouve que l'autorité de ses charges s'étendait sur toute l'Andalousie, et sur le royaume de Valence. Sa vie fut longue , et il la passa joyeusement. Après qu'il fut mort ses dignités furent conférées à son fils AveiToès par les suffrages du peuple (89). Notez qu'à la prière de plusieurs grands ,
3ui imploraient sa clémence en faveur 'Ibnu Saigh, fameux médecin, détenu dans les prisons pour le crime d'hérésie , il 1 avait mis en liberté. Ibnu Giulgiul disait pendant cette procédure , Le père d'Auerroës ne sait pas qu'il a eu un fils qui sera un beaucoup plus grand hérétique que celuilà (90). Ce n'était point se tromper.
(L) On dit des merveilles de sa patience, et de sa libéralité, et de sa douceur. ] Il y avait à Cordoue , parmi
(»)8) HoUing. , Bibl. theolog., lib. II , cnp. III, paf;. 27».
(8û) Tiré d'un livre de Viris qnibusHam illostribus «puil Arabes, IrailuU en lauu par Jean Léon l'Alricain , elpuhlié par Hotlinger, Bibliolec. theolog., citp. JII , pag. 27a.
(îjo) Idem , ibid. , pag. 369.
amis le censurèrent un jour de ce qu'il distribuait son bien à ses ennemis :
Malheureux que fous êtes , réponditil , fOus ne savez pas que faire du bien a ses parens et à ses amis n'est point un acte de libéralité : on se porte a cela par des sentimens de la nature. Être libéral , c'est communiquer son bien à ses ennemis ; et parce que mes richesses ne viennent pas de ce que moi ou mes ancêtres ayons exercé la marchandise j ou quelque art , ou le métier des armes , mais de la profession de la t'ertu , n'esl-il pas juste que je les dépense par la vertu ? Je trouve que je ne les ai pas mal placées ; elles m'ont servi h convertir en amis ceux qui étaient mes ennemis (91). Joignez à cela ce que j'ai dit concernant sa sobriété j sa vigilance , son application à l'étude , etc (9a). Il ne voulut point consentir que le plus jeune de ses fils fût élevé aux honneurs qu'on lui offrait à la cour de Maroc ; et bien loin de voir avec joie la déférence que l'on témoignait à ce jeune homme , et dans laquelle on se proposait de faire plaisir au père , il s'en chagrinait tout de bon (93). Quel dommage que tant de
(91) HottÏDger. , Bibliotbeca tbeolog. , lib. II, cap. III, pag. 373, 174.
(92) Ci-dessus dans le texte de cet article, au passage du Journal des Savans, citation i,d).
(gS) j^pud Hottinger , Bibliotb. ibcolog-,
AVERROÈS
Tcrtus , et tant de bonnes qualités , n'aient pas été accompagnées de l'orthodoxie , et qu'au contraire elles aient été jointes aux erreurs les plus énormes ! Les écrits de ses adversaires ne le diliamaient que du côté de l'bérésie , et ses panégyristes ne le louaient que du côté de la vertu et de la science , etc. Hic a multls laudalus , a nonnullis vero aliis uituperio affectas
est Adversarius ejus scripsit epis-
tolam qud i^itiiperabatur Auerroès , eum de hceresi infamando ; et alius scripsit atiam laudando eum de nobilitate , justitid , et doctrinâ : quœ quidem epistolœ sunt longissimœ (94).
(M) Ses ennemis l' accusèrent d'hérésie , ce qui eut des suites bien accablantes pour lui. ] Plusieurs nobles , et plusieurs docteurs de Cordoue , et nommément le médecin Ibnu Zoar , lui portaient envie , et résolurent de lui intenter un procès de religion. Ils subornèrent de jeunes gens , pour le
Îirier de leur faire une leçon de pbiosophie. Il y donna les mains , et leur découvrit dans cette leçon sa créance de philosophie ; /nter legendum aulem suam philosophalem Jîdem detexerunt (^5). Ils en firent dresser un acte par im notaire , et l'y déclarèrent hérétique. Cet acte fut signé par cent témoins , et envoyé à Mansor roi de Maroc. Ce prince l'ayant vu , se mit en colère contre Averroès , et dit tout haut : H est clair que cet homme-la n'est point de notre religion. Hune nostrœ legis non esse palet. Il fit confisquer tous ses biens , et le condamna à se tenir au quartier des juifs. Averroès obéit; mais étant allé quelquefois à la mosquée , pour y faire ses oraisons , et ayant été chassé à coups de pierre par les enfans , il se retira de Cordoue à Fez, et s'y tint caché.
On le reconnut dans peu de jours , et on le mit en prison, et l'ondemanda à Mansor ce qu'on en ferait. Ce prince assembla plusieurs docteurs en thiiolo-
fie et en jurisprudence , et s'informa 'eux de quelle peine un tel homme était digne. La plupart répondirent qu'en qualité d'hérétique il méritait la mort , mais quelques-uns représentèrent qu'il ne fallait pas faire mourir un tel personnage, qui était principalement connu sous la qualité de lé-
(i)4) Tbidem,pag. 27g.
(^; Ibidem , pag. l'jQ.
giste et sous celle de théologien : de sorte , dirent-ils , qu'on ne divulguera point par le monde qu'un hérétique a été condamné , mais qu'un légiste , qu'un théologien , a subi cette sentence : doit il arrii-'era , 1°. que les infidèles n'embrasseront plus notre Joi , et qu'ainsi notre religion sera amoindrie; a°. que l'on se plaindra que les docteurs africains cherchent et trouvent des raisons de s'ôter la uie les uns aux autres. Il y aura plus de justice à le faire rétracter devant la porte de la grande mosquée , où on lui demandera s'il se repent. Nous sommes d'avis que f^otre Majesté lui pardonne en cas qu'il se repente ; car il n'y a aucun homme sur la terre qui soit exempt de tout crime. Mansor goûta ce conseil , et donna ses ordres au gouverneur de Fez pour une telle exécution. En conséquence de quoi , un vendredi à l'heure de la prière , notre philosophe fut conduit devant la porte de la moscfuée, et mis, tête nue, sur le plus haut degré , et tous ceux qui entraient dans la mosquée lui crachèrent au visage.
La prière étant finie , les docteurs avec des notaires , et le juge avec ses assesseurs, vinrent là, et demandèrent à ce misérable s'il se repentait de son hérésie ? Il répondit par un oui : on le renvoya ; il se tint à Fez , et y fit des leçons de jurisprudence. Mansor lui ayant permis quelque temps après de retourner à Cordoue , il y retourna, et y vécut misérablement privé de biens et de livres. Cependant le juge
3ui lui avaitsuccédé s'acquittait si mai e sa charge , et en général la justice était si mal administrée dans ce payslà que les peuples en gémissaient.
Mansor , voulant remédier à ce désordre , assembla son conseil , et y proposa de rétablir Averroès. La plupart des conseillers eu furent d'avis : c'est pourquoi il lui envoya un ordre de venir incessamment à Maroc , pour y faire les fonctions de sa première magistrature. Averroès partit aussitôt avec toute sa famille , et passa tout le reste de ses jours à Maroc (96). Il y fut enterré hors de la porte des Corroyeurs (97). Son tombeau et son épitaphe y ont paru fort long-temps (98).
(96; Hottingerus, Biblioth. tbeolos. , pag . 376 et seqq.
(97) tbiiUm , pag. i^y.
(98) Ibidem.
AVEllROÈS.
Il ue faut pas oublier ce qu'il répondit à ceux qui demandèrent quelle e'tait la situation de sou âme, pendant la persécution. Cet étal-la , leur dit-il, me plaisait et me déplaisait. J^étais bien aise d'être déchargé des Jonctions pénibles de la judicature ; mais il me fâchai t d'ai^oir été opprimé par de faux témoins. Je n^ ai point souhaité , ajoutet-il , d'être rétabli dans la charge de magistrat , et je ne Vai reprise qu'après que mon innocence a été manifes-
(N; Ce qu il répondit a un jeune gentilhomme , qui le priait de lui accorder sa fille , est assez curieux. ] ic Donnez-la moi , lui dit ce galant , je » vous en paierai son pesant d'or ».
O domine judex , da mihi in uxorem filiam tuam , et quanti eam ponderat^eris , itidem auruni tibi tradam (100) . (( Savez-vous , répondit Averroës , si )) ma fille est belle ou laide ; savez- » TOUS si vous en serez content ? » J'ai vu sa copie , reprit l'autre , c'est-àdire , son frère (loi). Je crains , re'pliqua Averroës , que uotre ardeur impétueuse ne vous ait empêché de la connaître (102). Le jeune homme se retira tout honteux , et ne revint point à la charge. Cette fille fut mariée depuis par son père à un parent du roi de Maroc (io3). Quand j'ai dit que la réponse d' Averroës était curieuse, j'ai eu égard à deux choses : en premier lieu , aux circonstances , et puis à l'obscurité du traducteur. Je le soupçonne de s'être mal exprimé.
Il n'entendait guère la langue latine : l'apparence est que les mots arabes ont plus de sel que sa traduction , et ainsi les esprits curieux seront bien aises qu'on leur propose à examiner ce petit fait-là. C'est une assez grande singularité de voir un galant qui , poids pour poids , veut troquer son or contre une fille qu'il n'a point vue.
Le prix monterait bien haut , même en Espagne , où les gens sont beaucoup moins gras qu'en plusieurs autres pays. Averroës n'aurait pas mal fait de demander au galant , sayez-
(99) Il'i'l'^'", VS' ^l^-
(100) Ibidem, pag. 275.
(loi) Comparatioaem ejus vidi , fralrem scilicet ejus, ibiU.
(io2)Timeo te eam non cognoTisseobimpetum tuiim , ihiJ. , png. 276.
(lo'i) Ibidem,
COUS si majille est d'une taille délice ," ou si elle a trop d'embonpoint ? Cet éclaircissement pouvait être de conséquence , puisqu'au second cas la marchandise eût plus coûté , et moins valu. Selon nos coutumes , rien ner serait plus singulier qu'un galant qui n'aurait point vu !a fille du principal magistrat du lieu de sa résidence ^ mais parmi les mahométans , cela est commun : ils ne permettent point aux filles de se montrer aux fenêtres , et devant la porte du logis , de courir de lieu en lieu , et de recevoir des visites chaque jour. Cependant j'ose dire qu'il y a quelque chose de Considérable en ce que le noble cordouan (ro4) ne savait que par conjecture si la fille d' Averroës était belle. Voilà quelquesunes des circonstances à quoi j'ai eu égard.
(0) On raconte une chose très-singulière touchant l'effet de quelques discours qu'il prononça contre le plus jeune de ses fils. ] Je ne m'amuserai pas à traduire en notre langue ce qui doit me servir ici de commentaire ; cela n'aurait que très-peu de grâces en français. 11 me suffira de dire qu'Averroès souhaita plutôt la mort de son fils , que de le voir désobéissant , et qu'il fit là-dessus une imprécation à laquelle ce jeune homme ne survécut que dix mois. Voici bien du latin : je ne le prends pas d'Hottinger, car je l'ai trouvé plus correct dans un autre auteur. De AveiToïs carmir.um ejfflcaciâ hanc historiam historicus jirabs re- Jert : Quâdam die eo exislente cum amicis quibusdam colloqtientibusque , ingressus estjilius ejus cum aliquibus sociis jnuenibus , quos cùm animaduertisset j4uerroé's , protulit duo carmina , hujus sensus : Rapuerunt pulchritudines tuce , capreolo pulchritudinem suam , donec miratus est omnis pulcher in te : tibi est pectus ejus , et oculi ejus , et stupor ejus ; werîim cras cornua sua patri tuo erunt. Post quœ dixit : Sit maledicta peregrinatio :
quando eram jiwenis , aliquando patrem nieum puniebam ; nunc autem senex filium meum punire non possum.
At Deum deprecor, ut priusquam uideam aliquidcontra voluntatem meam, eiim mori faciat. Sicque priusquàrit
(io4) Juvenis qnidam e« nobillbus civiUlis,
Ibidem, pag. ^^.î.
AVERROÈS
transirent menses decem filius ejus u jwenis , ac quando tempus cum calmortuus est , et major solus remansit , w t^iiie senecluteque agitauit me , tum qui judex opinionis et sectœ ejffeclus w parui yoluntali meœ. Vtinani 'natus est (io5). Bartholin , qui me fournit n fuissent senex , et injui^entute absoce passage , attribue saus raison aux » lutus (108) ! » Quel souhait plusdivers de ce philosophe le grand efl'et gne d'un philosophe pourrait-on faire? dont il s'agit , et qu'il ne faut impu- Rapportons ce que fit Averroés à ter qu'à l'imprécation en prose qu'A- l'égard des vers d'amour d'un autre verroës prononça. Les compilateurs ont écrivain. Il y avait à Cordoue un phirecueilli beaucoup d'exemples de pa- losophe , médecin et astrolo"ue reilseflets de telles imprécations (106). nommé Abraham Ibnu Sahal , qui ' (P) Quand il fut vieux il fit jeter par un caprice de sa mauvaise fortuauyèu ses vers de galanterie. ] Le dis- ne, devint amoureux, et se mit à
cpurs qui accompagna cet acte est tout confit en sagesse. L'homme , dit-il , sera jugé par ses paroles ; et si j'ai mal parlé , je ne veux point donner a connaître ma folie. Si mes vers plaisaient à quelqu'un , il me prendrait pour un homme sage , et je ne reconnais point que je le sois. Vous voyez là un bon caractère. Averroés , ayant fait la faute , la répara : il voulut se dérober également à l'approbation qu'il ne croyait pas mériter , et au blâmequ'il méritait. 11 se serait trouvé
faire des vers , se souciant peu de la dignité doctorale. Postea ob disgratiam suœ fortunée , amore capitur , et dignitate doctorum postpositâ , cœpit edere carmina (109). Les juifs , ses confrères de religion , l'exhortèrent à ne donner point au public de ces poésies impudiques. Il leur fit en vers une réponse profane. Cela fit qu'ils eurent recours à l'autorité du magistrat \ et comme Averroés était le grand juge du pays, ce fut à lui qu'ils s'adressèrent. Ils lui représentèrent que
une infinité de gens qui auraient lu cet Abraham avait corrompu par ses
ses vers d'amour l'encens à la main qui les auraient admirés , qui auraient béni sa mémoire. Ovide et Catulle sont des exemples de cela. Il ne voulut point de cette louange. D'autres eussent trouvé fort mauvais qu'un si grand homme , un légiste et un philosophe si excellent , eût fait des vers
poésies toute la ville , et principalement la jeunesse de l'un et de l'autre sexe , et qu'on ne chantait autre chose dans les festins nuptiaux. Averroés s'indigna contre ce poè'te , et lui fit défendre de continuer, à peine d'être châtié selon l'exigence du cas , ou comme il plairait au juge. 11 enten-
de galanterie. Il prévint leur critique dit dire que sa défense n'arrêtait point
en donnant ordre que personne ne pût lire ce qu'il avait composé sur une telle matière. Ses autres ouvrages de poésie sont tous perdus , hormis une très-petite pièce où il déclare , qu'étant jeune , il a désobéi à sa raison , mais qu'étant vieux , il l'a suivie ; sur quoi il pousse ce souhait :
Plût a Dieu que je fusse né vieux , et que dès ma jeunesse j'eusse été dans Vétat de perfection ! Voilà , ce me semble , le vrai sens de ces paroles latines de Jean Léon (107). De suis quidem carminibus lantiim duo reperiunlur ad werbum significantibus :
la veine du juif, et il voulut être assuré de la vérité. Il envoya chez ce poète une personne de confiance , qui lui revint faire ce rapport : Je n'ai trouvé chez lui que l'aîné de vos enfans , qui écrivait de ces poésies. 11 ajouta qu'il n'y avait dans Cordoue ni homme , ni femme , ni enfant , qui n'eussent appris quelque chose des vers d'Abraham Ibnu Sahal. Alors Averroés cessa ses poursuites. Une seule main , dit-il , peut-elle fermer mille bouches? Ayant vu un jour chez un libraire que l'Alcoran ne fut vendu qu'un ducat , et que les poésies de ce
(c Inobediens enim fui voluntati meœ juif furent achetées dix pistoles au
premier mot (i 10), il s'écria : « Cette
(io5) Thomas Bartholinas , de niedicis Poëtis, png. io5, 106.
(106) foyei Camerarius aux Méditations historiques, loin. I , liv. V , chap. VI, et lom.
///, ub. II , chap. xr et xri.
(107) Jpud Hottinger, , Bibliolh. tbeolog. , pas- 298.