‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 105 sur 113 · TOME n · texte numérisé non relu

TOME n

(108) In juvcntate absolatus. Le traducteur a mis peut-être in au lieu de ab ; et ainsi , l'on pourrait traduire exempt de jeunesse.

(109) Ilottingeri BibliotLieca theolog. , pag.

(110) Preedictus em^^tor nthil respondens , std

AVERROÈS

» ville périra bientôt , car j'ai vu le )) mépris du peuple pour les choses » saintes , et son attachement pour les )) choses défendues et malhonnêtes. »

Tune dixit Ai'errois omnibus adstantibus ,«. Scitotehanccivitatem mox rui- » turam,quoniamvidipopuluraquœad » (idem pertinent viluisse, atcpieprohii> bita, atque in honesta grata extitisse, » majorisque fecisse i>.Ltsicul dixerat successit : non adhuc elapsls quinquaginla annis , Chrisdcolœ oppugnârunt Cordubam, multas alias ciu itates (m).

On peut recueillir de ceci qu'il y a des \ices qui sont de tout pays , et de toute religion , et de tout siècle. Voilà des mahométans d'Espagne , qui faisaient au XII«. siècle ce que plusieurs chrétiens de Pai'is ont fait au XVII*. Fallait-il acheter un exemplaire des Psaumes de M. Godeau , on marchandait fort longtemps , et l'on ne concluait rien si le prix n'était médiocre. Mais s'agissaitil du Parnasse satirique , on en donnait sans marchander le prix énorme que le vendeur demandait. Notons aussi qu'ily a de bonnes actions , dont on trouve des exemples dans chaque pays , dans chaque siècle , et dans chaque religion. Si des chrétiens , dans ces derniers siècles, ont jeté au feu leurs poésies profanes , leurs vers d'amour, leurs vers lascifs (iia) , Averroès fit la même chose , sous la px'ofession du mahométisme. Je dis sous la profession , car on doute qu'intérieurement il ait rien cru en matière de piété (ii3). Sa prédiction sur les malheurs de Cordoue ne réfute point cela : il est assez naturel de croire qu'une horrible corruption de moeurs , et qu'une dépravation de goût , qui fait mépriser ce que l'on estime saint et aimer ce que l'on croit malhonnête, causeront de grands désordres dans une ville.

(Q) J'ai été surpris de laprodigieuse stérilité que j'ai trouvée par rapport a

manus crumense imponens decem aureos numeravit et persolvit, et librum accepit, et in pace reeessit , ibidem, fS- ^9°'

(iii)Ibid.

(ti2) Pic delà Mimnde le Jtt : voyeilafin de la remarque (0) de L'article Adonis. Pétrarque eut envie de le faire. Voyez M. Baillet, Jugement sur les Poètes, tom. II f, pag. 24- H •«« repentit d'avoir fait de cet poe'sies. Vojet la III'. du FUI*, livre de ses Lettres familières, pag- aiS.

(ii3) Foj'ez les remarques (II) el (M).

ce fameux philosophe dans la Biblio théque orientale de M. d'Herbelot,] Premièrement, on a lieu d'être surpris de ne trouver point dans cette Bibliothèque notre philosophe arabe , sous le nom que tous les Occidentaux lui donnent, je veux dire sous celui d'AvEERoÈs. Je veux que ce nom ne soit pas le véritable , mais un nom fort corrompu par plusieurs transports d'idiome en idiome : n'est-ce pas un assez juste motif de le placer en son rang dans un dictionnaire, que de voir qu il n'y a presque que celuilà qui soit employé parmi les Occidentaux ? Que si l'on aimait mieux donner l'article de ce philosophe sous le nom arabe bien orthographié , il fallait du moins en donner avis sous le mot Auerroës; et par conséquent, M. d'Herbelot , qui n'a point tenu cette conduite, a oublié une chose qui ne devait pas être négligée. On ne trouve dans le corps de son ouvrage , ni Averroës , ni Aben-Roè's , ni Aben-Roïs. On est donc contraint de recourir à la table des matières : cela n'est point agréable. Mais qu'y trouvet-on? Averroè's (ii4) , avec un renvoi aux pages 3o3, 719, 81 5. Que trouve-t-on à la page 3o3 ? qu' Averroè's est un de ces philosophes qui ont cru que le monde était éternel. On trouve à la page 8i5, que Mohammed Al-Gazali a cru qu' Averroè's a eu des principes fort contraires h ceux du musulmanisme. Mais dans la page 71g, vous trouvez l'article de notre homme sous le terme Roschd. Cet article ne contient pas vingt lignes :

en voici la dernière moitié : « Aver- » roè's est le premier qui ait traduit )> Aristote de grec en arabe , avant » que les juifs eu eussent fait leur » version : et nous n'avons eu long- » temps d'autre texte d'Aristote que » celui de la version arabique de ce » grand philosophe, qui y a ajouté » ensuite de fort amples commentai- » res , dont saint Thomas et les autres M scolastiques se sont servis , aAant » que les originaux grecs d'Aristote » et de ses commentateurs nous eus- » sent été connus (ii5). » Je trouve là bien des choses auxquelles je ne puis ajouter foi j car je remarque que

114) C'est une faute d'impression.

'ii5) D'Herbelot, Bibliolb. Orient., ^k^. 719^ soion. I.

AVERROÈS

de savans hommes disent qu'Averroës ignorait la langue grecque (i i6). Je sais d'ailleurs que les califes Almanzor, Abdalla, et Almamon , qui ont précédé de quelques siècles Averroës, tirent traduire eu arabe quantité de livres grecs (i i7). H n'y a donc point

c^u'on lit dans quelques auteurs, que 1 empereur Frédéric II, qui a fleuri avant saint Thomas et après Averroës , fit mettre en latin les livres de cet Arabe. On peut inférer cela de ces paroles de Cuspinien (122) : Libroa niultos ex grœco et ex arabica latinos

d'apparence que la première version Jieri curavit , inter quas et Aristotelis arabe des ouvrages d'Aristote eût été volumina fuerunt , et muUa medico-

faite par Averroës , quand même on supposerait qu'il n'était pas ignorant de la langue grecque. AÎfarabe , qui a fleuri au X*. siècle, trouva dans la Alésopotamie la Physique d'Aristote (n8j. On lui attribue ordinairement la traduction des Analytiques du même Aristote : c'est M. d'Herbelot qui nous l'apprend (119). Rigord raconte qu'un concile tenu à Paris l'an 1209 condamna au ^^^ quelques livres d'Aristote que l'on es-

rum ; et de ce passage de Wolphan< Hungerus dans ses notes sur Cuspinien (i23) : Curawit quoque ens Jieri translationes operum Aristotelis , et scrip torum medicinœ , ex lint^ud i^rœcd et arabica, quœ in hune usque diem in scholis lectœ suiit , atque etiamnum leguntur : et Bononiam easdem misit , ut academice ojfferrentur qiiod ejus ex epistolis apparet. Voyez aussi la chronique de Carion (124) , où il est dit nommément , que cet

pliquait dans les collèges , et qui empereur fit traduire l'Almageste de avaient été apportés de Constantino- Ptolomée , et plusieurs ouvrages d'Aristote , de Galien , et d'Avicenne, etc. (i25). Vous trouverez les mêmes nomsdansleThéâtredeMatthias(i26), sous la citation du VII*. livre des Annales d'Aventin, et de la Chronique de Carion. Je ne sais pourquoi on ne nomme pas Averroës j et cependant je m'imagine qu'il est un de ceux qui furent traduits par les soins de cet empereur. Je voudrais savoir , comme je l'ai déjà dit , comment s'appelaient ceux qu'il employa à traduire ces écrivains.

Prenons garde à une chose cmi se trouve dans la Bibliothèque de AI.

d'Herbelot, c'est que les mahométans regardent comme un pur atheis>i<e la doctrine de ceux qui, en admettant un premier moteur , soutiennent aussi que le monde est éternel (127). On attribue cette doctrine aux plus fameux philosophes qui aient fleuri parmi les Arabes, à notre Averroës , à Avicenne, à AIfarabe (128). Les chrétiens font pour l'ordinaire un semblable jugement de cette doctrine, et il est sûr qu'on ne la pourrait soutenir sans traiter de fable l'Écriture Sainte.

pie depuis peu de temps , et traduits de grec en latin : Delati de novo à ConstanlinopoLi et a grœco in latinum translati (i2o). Ceci ne s'accorde point avec M. d'Herbelot, car il en résulte qu'environ le temps que mourut Averroës on se servait à Paris d'une traduction d'Aristote faite sur le grec.

11 est sûr, qu'avant le milieu du XII*. siècle , la philosophie d'Aristote s'enseignait dans l'université de Paris.

Voyez les plaintes de saint Bernard rapportées par M. de Launoi (lai).

Ce mênie passage de Rigord montre que les livres grecs d'Aristote étaient en France au temps d'Averroës. Enfin je voudrais bien que l'on me nommât quelques traducteurs de l'Aristote et du commentaire arabe d'Averroës , qui aient vécu entre Averroës et Thomas d'Aquin. Tous les traducteui's latins de ce philosophe arabe , qui sont venus à ma connaissance , sont postérieurs à ce docteur angélique.

Ce n'est pas que je veuille rejeter ce

(116) Voyez ci-dessus aux citations (5) et (9).

(117) Voyei le père Rapin , Comparaison de Platon et d'Aristote, pag. 4o3 4°4' Voyez aussi i(f. d'Herbelot. , Bibliothéq. orient., pag. 546.

(ii8) Rapin, Comparaison de Platon et d'Aristote, pag. 404.

(119) d'Herbelot, Bibliotb. orient., pag. 337.

(120) Rigordus, in Vilâ Philippi Augusti , apud Launoium, de Varia Arislot. Fortnnâ, cap. I , pag. 6.

(121) Laanoias , ibid. , cap. III , pag. 34 ft se^q.

(122) Caspin., in Frideric. II, init , pag, l\\Q. (i23j Hungeri Anoot., in Cuspinianum, p.i5o.

{12.')) Peucer., in Chronlc. Carionis, lib. V , pag. 684.

(126; Pag. 956.

(127) D'Herbelot, Biblioth. orient. ,pas. ^37. col. 2.

(138) là même, et pag. ivi , colon. 1.

Page 1