TOME H
uis, et que tout le monde l'a attribuée à dom Lamy; elle est intitulée : Lettre d'un théologien à un de ses amis, sur le libelle qui a pour titre : Lettre de l'abbé *'*'* aux révérens pères bénédictins, etc. (58); 9°. qu'on vit paraître
(53) Conduite des bénéilictins , pas. 2i.
(54) Pag. 25.
(55) Pas- 28.
(56) Pag. 29.
(57) Pag. 3.
(58) Pag. 35.
562 AUGUSTIN
une autre réponse qu'on n'attendait leur édition de saint Augustin . at>ee
pas : c'est celle que doindeSainte-Mar- une sommation aux auteurs de ces li~
the s'est vanté d'avoir faite en moins belles de comparaître devant monsei-
de deux jours ^ elle a pour titre: Ré^ gneur l' archevêque de Paris, et une
flexions sur la Lettre d'un abbé d'elle- instruction du procès que ionjait aux
magne, etc. (Sg); io°. que, du consentement de tout le monde, le meilleur ouvrage qui se soit fait jusqu'ici sur l'affaire de l'édition est celui qui a pour titre : Mémoire d'un docteur en théologie , adressé a messeigneurs les prélats de France, sur la réponse d'un théologien des bénédictins a la lettre de l'abbé allemand (60); 11°. qu'un homme, plus savant que poli, fit courir un manuscrit contre domde Sainte-Marthe , et l'intitula : Sainte-Marthe maui>ais théologien, et bon janséniste (61) ; qu'au manuscrit du savant succéda le manuscrit de je ne sais quel mélancolique de mauvais goûtj que la pièce avait pour titre : Antimoine pour servir de préseri'atif contre les calomnies du père de Sainte-Marthe (6a) ; et que le manuscrit du mélancolique fut suivi d'un autre, qu'on a attribué à un jésuite ; il est intitulé : f^indiciœ Peiawii (63) j 12°. que dans le livre intitulé : Solution de dii^ers Problèmes, et attribué à M. du Guet, les jansénistes prennent hautement en main la défense des bénédictins (64) ; i3°. qu'il a paru une tioisième réponse des bénédictins (65) ; qu'elle est intitulée : P^indiciœ editionis sancti Augustini h PP. BB. adornatœ ; qu'elle a précédé la plupart des écrits dont j'ai fait mention jusqu'ici; qu'elle n'est presque qu'une traduction de la réponse du père Lamy ; qu'elle est faite sous un nom emprunté, etc. (66).
J'ai vu aussi un ouvrage que l'on attribue à dom Lamy ; c'est une Plainte de l'apologiste des bénédictins à messeigneurs les prélats de France , sur les libelles diffamatoires que l'on ré pand contre ces religieux , et contre
(5g) Conduite des Bénédictins, pag. l^a.
(60) Pag. 44.
(61) Pag. 4-7.
(•62) Pag. 5.J.
(63) Pag. 5i.
(G4) Pag. 67.
(65) C'est sans tloule celle dont on avait parlé ilans la page 64 en rapportant ces paroles tire'es iVune lettre manuscrite de M. Simon au père Martianai ; Un bénédictin nommé dom Bernard de MontfaucQn. • ■ . , .t fait une vigoureuse répoa&e à l'abbé allemand, imprimée avec la permission du maître du .sacré palais.
(66) Conduite des kéncdictins, pag. 6S.
bénédictins sur leur édition de saint Augustin. Tout cela comprend 88 pages in-S". L'auteur ayant demandé aux prélats le châtiment de ses adversaires , remarque que la difficulté est de savoir qui sont ces esprits inquiets et séditieux, qui ont attaqué les bénédictins (6']). Elle n'est pas si grande qu'on le pourrait croire, ajoute -t -il. Il est vrai qu'ils se gardent bien de se nommer dans leurs libelles ; mais les RR.
PP. jésuites prennent tant de soin de s'en faire honneru dans le monde , et ils se découvrent d'ailleurs par tant d'endroits , dans ces séditieux écrits , qu'on ne peut les y méconnaître , sans prendre plaisir à s'aveugler soi-même.
11 propose ensuite ses conjectures , et après quelques considérations générales, il donne quelque chose de plus précis et de plus décisif (68). (c Et déjà, dit-il , pour la lettre de l'abbé allemand, quand ces pères ne s'y seraient pas rendus reconnaissables à l'air, à la voix, à l'accent, aux principes, à la doctrine , c'est un fait qui ne paraît plus aujourd'hui ni contesté, ni désavoué de personne, que c'est le père Langlois , jésuite du collège de Louis-le-Grand , qui en est l'auteur. Et, assurément, ce bon père ne prétendait pas qu'on l'ignorât, puisque le débit de son ouvrage s'est fait même dans son coUége , d'une manière assez publique. Pour les autres libelles, comme la lettre de l'abbé commendataire , et celle du moine non réformé , outre qu'on sait encore qu'ils en ont fait des présens dans le monde, et qu'ils y ont fait trophées de leurs prétendues victoires, combien de fois ontils pris plaisir à s'y caractériser , à s'y nommer , à s'y faire regarder comme nos parties ! Il est bon, messeigneurs , de vous faire voir sou?
quelles livrées, et de quelles couleurs ils s'y dépeignent : je ne me servirai que de leurs propres termes :
Considérez, dit-on dans ces lettres, ce que font les jésuites, ces gens que
(67) Plainte de l'Apologiste des Bénédictins , pag. 10.
(68) Pag. ,j.
AUGUSTIN
>) t>ous pouuez soupçonner d'élre vos » parties. Prenez-les pour modèles en )> cette matière , ils répondent à tout. » Ayant rainasse plusieurs autres caractères, il continue de cette façon : « Je » ne pense pas qu'à tous ces traits on » puisse douter que ce sont des jésuii) tes. Mais on dira que ce ne sont » que quelques particuliers en petit » nombre. D'accord j on sait que ce » ne peuvent être que quelques partii) culiers ; on n'a jamais vu de corps jj entiers prêter leurs mains pour fai- » re une même lettre. Mais n'a-t-on » pas sujet d'attribuer des écrits à tout » un corps, lorsqu'on en parle com- « mune'ment dans ce corps avec ap- » probation et complaisance ? Que ■» dis-jo! lorsqu'on s'en fait honneur, )) qu'on en distribue les présens, qu'on » en fait trophée dans le monde, com- >) me l'on sait que les jésuites le font » si souvent de ces belles lettres ? En 3) un mot , messeigneurs , quelque }) scandaleux que soient les écrits faits » par les particuliers d'un corps, on » a sujet de les attribuer à tout ce » corps, lorsque les supérieurs ne se )) mettent pas en peine d'en arrêter » le cours^ lorsque n'en étant pas les j) maîtres, ils ne témoignent pas par » un acte public qu'ils les désapprou- ») vent , ou lorsqu'ils ne font pas eux.ii mêmes aux personnes offensées des » réparations aussi éclatantes que les 3) injures et les calomnies l'out été.
3) C'est par cette règle qu'on a tou- 33 jours regardé comme l'ouvrage du 13 corps des jésuites l'écrit scandaleux 33 de la Comédie des Moines, où pres- 3) que tous les religieux sont traités 3) avec une indignité et une dérision 3) qu'on aurait peine à pardonner aux 33 plus déchaînés hérétiques. On l'a , 3) dis-je, justement attribuée à tout !e 3) corps , quoique composée et jouée 33 par leurs jeunes gens , parce qu'il 3) n'a jamais paru que les supérieurs 33 en aient fait nulle satisfaction, nul- 33 le justice (69). » 11 fait voir après cela que c'est à M. l'archevêque de Paris à juger du différent (70) ; et il somme ses parties de paraître en personne à ce ti'ibunal , et de prout^tr leurs dii'erses accusations ; a peine , s'ils manquent a.L'un ouà l'autre, de se
(69) Plainte de l'Apologiste des Bénédictins , pas- 21-
(7«j Pag. 23.
i^oir condamnés comme calomniateun, et leurs libelles censurés comme dijD'amatoires. Mais , pour ne leur donner pas lieu d'abuser d'une citation uague et indéterminée pour le temps , et de peur aussi de les presser de trop près , nous leur accordons deux mois de temps, à compter du jour que notre citalion sera dei^enue publique à Paris (71). Enfin, il montre quel est l'état de l'affaire, et puis, dans l'instruction du procès, il réfute diverses choses publiées contre les bénédictins.
J'ose dire que M. l'archevêque de Paris , et un concile national même , se seraient trouvés embarrassés dans le jugement dune telle cause j car, outre que les questions du jansénisme sont toutes pleines d'équivoques, deux communautés puissantes et bien lettrées , qui ont chacune leurs amis et leurs ennemis, peuvent tailler beaucoup de besogne et faire naître des incidens à l'infini. Le meilleur expédient , lorsqu'il s'élève de ces disputes, est de recourir au bras séculier , comme à un dieu de machine , qui vienne couper le nœud. C'est ce qui est arrivé dans celle-ci. Le roi ordonna à M. le chancelier d'écrire une lettre à M. l'archevêque de Paris, afir. qu'il ne fût plus parlé de cette querelle , et que les parties cessassent de rien publier là-dessus ( 72 ). Mais , quoi qu'il en soit, on peut dire que les bénédictins prirent le parti le plus raisonnable qu'il y eût à prendre , tant pour montrer qu'ils se tenaient bien assurés de leur fait , que pour arrêter le cours des libelles. Ils demandèrent une procédure régulière , où leurs accusateurs fussent obligés de se nommer , et de prouver juridiquement les faits en question.
Sans cela on ne saurait se promettre une bonne issue 5 car, dans les causes même les plus mal fondées, ceux qui ont la liberté de ne plaider qu'au tribunal du public , par des livrets anonymes , se trouvent toujours en état de faire les Gers, et d'insulter, et d'étourdir , pourvu qu'ils ne- manquent ni d'écrivains , ni d'imprimeurs. Un simple particulier , qu'il ait raison ou qu'il ait tort , se voit réduit au silence dès que les factums
(71) Là même , pag. 2^.
(72) fous la trouverez dans les Lettres liisloiques du muis de janyier 1700 , pag. gg.
AULJNOl. AURAT. AURÉLIEN.
ne se vendent plus. Il ne pourrait pas les continuer sans soutenir la dépense de l'impression , et il ne peut pas la soutenir. Cet inconvénient ne se trouve pas dans une communauté riche et puissante comme celle des jésuites.
On va contrefaire , à Amsterdam , cette édition ; ou la donnera en plus petits caractères , et on la vendra h beaucoup meilleur marché que celle de Paris (73). On avait dessein d'y répandre les notes critiques d'un savant homme qui se cache sous le nom de Joannes Phereponus ( 74 ) i mais je viens d'apprendre qu'on a changé de dessein , et que ces notes critiques seront imprimées à part , avec le commentaire de Louis Vives sur l'ouvrage de Cn'ilate Dei, etc. On a eu peur de rebuter les catholiques romains : c'est pourquoi on leur laissera une entière liberté d'acheter ou de n'acheter pas des notes suspectes.
Elles seront dans un tome séparé , sans lequel on vendra toutes les œuvres de saint Augustin , exactement conformes à l'édition de Paris , à tous ceux qui ne voudront pas se charger du reste.
("3) yojes M. Bernard Nouvelles delà République des Lettres , mois de inars 1699 , pag.
(^4) I'<^ même.
AULNOI (Marie-Catherine le JuMEL DE Berneville , comtcsse d'),siconnueparsesécrits(A),fut mariée à François de la Motte , comte d'Aulnoi. Elle en était
(A) Elle est fort connue par ses écrits,'] Le premier qui parut , est intitulé f^of âge d' Espagne. Elle y avait suivi la reine d'Espagne , première femme de Charles IL Ses autres ouvrages sont Mémoires de la Cour d'Espagne, qui ont été imprimés trois fois en France, et une fois en Hollande; Mémoires de la Cour d'Angleterre; Hippolyie, comte de Duglas ; Histoire de Jean de Bourbon, prince de Carency; le Comte de ff^aruik. Ce sont autant de petits romans qui se sont fait lire- Elle a aussi donné plusieurs contes de Fées, et une Paraphrase sur le Miserere (i).
(i) Mercure Galant, Janvier 1705, pag. 247 et suivantes.
AURAT, D'AURAT (Jean), en latin Aiiratus. Voyez Daurat.
AURÉLIEN (Lucius Domi- Tius {a) ) , empereur de Rome au IIP. siècle , a été l'un des plus grands guerriers de l'antiquité.
On ne sait pas bien oii il naquit (A) , mais on demeure d'accord que son extraction ikait assez basse, et que sa mère, qui se mêlait de deviner , était prêtresse du Soleil {b). Il était de belle taille , bel homme , trèsrobuste , et d'un génie extrêmement vif (c). Il aimait le travail , le vin , et la bonne chère {d) , mais non pas les femmes (e) ; il observait exactement la disci-
veuve, lorsqu'elle mourut au mois dejanvier 1705. Sa mère, qui s'é- pline , et il la faisait observer tait remariée en secondes noces avecla dernière sévérité (B). On à feu M. le marquis de Gadaigne , est morte à Madrid , où elle jouissait d'une pension considérable , que le roi Charles II lui avait
vit en lui une chose très-admirable , c'est qu'il demeura pauvre au milieu d'un très-grand nombre de belles charges qui lui furent
donnée , pour un grand service conférées (C). Il avait une si forte qu'elle avait rendu à l'état, pen- passion de dégainer, que les sol-
dant qu'elle était à Rome. Philippe V lui conserva cette pension. La comtesse d'Aulnoi a laissé quatre filles (a).
(a) Mercure Galant , janv. IJOS, page i/j^ et suivantes.
(a) L'empereur Claude, en lui écrivant , ne le nomme que Aurelianus. Vopiscus , in Aurel. , cap. XVIl.
{Il) Vopisc. , in Aurelian. , cap. XIK.
(c) Ibidem , cap, IV et VI.
{d) Ibidem, cap. IV.
(e) Ibidem , cap. VI.
AURÉLIEN
dats lui donnèrent le surnom A' Épée-à-la-main , pour le distinguer d'un capitaine qui s'appelait comme lui (D). Il faisait un tel carnage dans les combats , qu'il tua quarante-huit Sarmates en un seul jour , et qu'on se servait du nombre de mille pour compter les coups mortels qu'il avait donnés aux ennemis {/)■ Cette pensée trouva place dans les chansons et les vaudevilles {g) : il eut en cela le même avantage que le premier roi des Juifs {h) , et il le mérita beaucoup mieux :
car on ne prétendait pas que Saiil eût fait mourir de sa main les mille ennemis dont les chansons lui attribuaient la tuerie; mais c'était ainsi que la chose était entendue à l'égard d'Âurélien. Il fut adopté par Ulpius Critinus , l'un des plus grands homroes de ce temps-là (i). L'empereur Valérien , qui ménagea cette affaire {k) , le fit lieutenant du même Critinus (Z), général des frontières de l'Illyrie et de Thrace (m), et le désigna consul l'an 3.58. Ces récompenses , et quelques autres , furent accompagnées des agrémens les plus sensibles , vu les éloges et témoignages d'estime qui servirent de
avec tant de gloire ,
les armées
qu'après la mort de cet empereur toutes les légions conspirent à le mettre sur le trône («). Cela se fit l'an ^"jO. 11 vint peu après à Rome ; et dès qu'il y eut affermi son autorité, il marcha vers la Pannonie , où les Goths avaient fait une irruption (o). Il leur donna bataille, et les obligea de repasser le Danube, et de demander la paix. Après cela, dès qu'il eut appris que les Marcomans , les Juthonges (p), et quelques autres nations , avaient résolu de porter la guerre en Italie , il marcha contre eux, et les vainquit vers le Danube dans un grand combat. Il en tua encore beaucoup , lorsqu'ils voulurent repasser cette rivière , et il empêcha les autres de s'en retourner en leur pays , et les enferma dans les terres des Roniains. Le défaut de vivres , et cent autres incommodités qui les obligèrent à lui demander la paix , ne leur inspirèrent pas une soumission qui lui pût être agréable. Leurs députés parlèrent assez fièrement, et il les renvoya avec beaucoup de hauteur ; car comme il s'imaginait qu'il avait coupé la retraite à cette armée , il ne croyait
préface aux déclarations de l'em- pas qu'elle lui pût échapper. Il
pereur (E). On ne trouve pas qu'Aurélien fasse figure sous l'empire de Gallien ; mais sous l'empire de Claude , il a les premiers emplois , et il commande
(J") Vopisc. , in Âureliano, cap. VI.
[g) Id. ibid. et cap. VJI.
(h) Voyez le 1". livre de Samuel , (
xrin, vs. 7-
(i) Vopisc. , in Aurelian. , cap. XIV.
{k) Id. ibid., cap. XV.
yl) Ibidem , capile X.
{m) Ibidem , cap. XIII,
'tap.
se trompa : les ennemis se dégagèrent ; et , ayant pris le devant , ils entrèrent en Italie, et firent de grands ravages autour de Milan. Il ne put les suivre avec asser de promptitude, car son armée était plus pesante que la leur. Ils le battirent par surprise
(n) Ibidem , cap. XVII.
(o) Zozini, libr. I, pag. 65^, 655.
(p) Ils étaient les plus voisins de la Rhétie et de l'Italie.
566 AURÉLIEN
aux environs de Plaisance {q) , et et de châtier les malversations
s'ils eussent entendu l'art militaire aussi bien que lui , ils eussent été capables de ruiner l'empire après une telle défaite; mais comme ils n'en surent pas profiter , et qu'ils ne marchèrent point serrés , il les défit en plusieurs rencontres, et les réduisit à rien (r). Ce fut pendant cette guerre , que l'on consulta dans Rome les livres de la sibylle : il faudra que j'en rapporte quelques circonstances, qui feront connaître la religion d'Aurélien , et l'irréligion de ses flatteurs (F). Il poursuivit apparemment les ennemis jusqu'en Allemagne , et il fut obligé de s'y arrêter quelque temps , pour repousser les Vandales, qui avaient passé le Danube. Il les vainquit , et les obligea à lui demander la paix , et il fut bien aise de la leur donner \s). Il retourna à Rome plein de colère , à cause des séditions qui s'y étaient élevées , et il les punit avec une extrême cruauté (/). C'était son vice dominant ; et ce fut à cause de cela, que plusieurs ne voulurent point le mettre entre les bons princes , et qu'au dire de Dioclétien, il était plus propre à commander une armée, qu'à être empereur (G). Il faut néanmoins prendre garde que son naturel sanguinaire ne l'empêcha point de se faire aimer du peuple : sa libéralité, et le soin qu'il prit de maintenir l'abondance
(/y) Vopiscus , in Aureliano, cap. XXI.
(r) Tiré de M. rf*^ Tilleniont, Hist. des Empereurs, tom. ITl, png. io!5o cl suiv. Il cite Dcxippe principalement. Voyez aussi ses notes.
(s) Vojez Tillemont, le même.
[t) Voyez la remarque (H).
firent oublier sa cruauté (H). II entreprit l'expédition du Levant, contre Zénobie {v) , dès qu'il eut puni les séditieux, et rétabli l'ordre dans Rome {x). Il termina cette guerre par la prise de cette brave princesse ; il la termina , dis-je , assez prompte— ment , quoiqu'il trouvât en son chemin plusieurs ennemis à combattre , et plusieurs villes à réduire. Nous avons vu ailleurs {j-) ce qui l'empêcha de ruiner celle de Tyane. Il s'exposa tellement, lorsqu'il assiégeait Zénobie dans la ville de Palmyre , qu'il fut blessé d'un coup de flèche {z). Il battit les Perses , qui étaient venus au secours des assiégés , et l'on ne saurait exprimer la réputation qu'il s'acquit par la conquête de tous les états de Zénobie {ad). Comme il s'en revenait en Occident , il apprit que les Palmyréniens s'étaient soulevés. Cette nouvelle le fit retourner en Syrie , et il arriva à An— tioche avant qu'on sût qu'il venait [bb]. Il châtia Palmyre avec une cruauté énorme , car il y fit tout passer au fil de l'épée (ce).
Il était encore à Cares dans la Mésopotamie lorsqu'il apprit le soulèvement des Egyptiens. Il marcha contre eux avec son bonheur et sa diligence ordinaires :
il défit leur chef, il le prit , il le
(y) En 272.
{x) Vopisc. , cap. XXII.
(y) Dans la remarque (E) de l'article Apollonius de Tyane.
(z) Vopiscus , in Aureliano, cap. XXVI.
(aa) Voyez dans Tillemont, Hist. des Empereurs, lom. III ,pag. io55, la liste des peuples qui lui envoyèrent des présens. Voyez aussi ci-dessous la citation (61).
{bb) Tillemont , Hist. des Kmper. , tom. III, pag. io56.
(ce) Voyez la remarque (L).
AURÉLIEN. 56
fit mourir , et soumit ainsi l'É- savions en détail par des descripgypte en très-peu de temps {dd). tiens exactes, et telles qu'on les L'envie de réunir à l'empire les donne aujourd'hui des conque- Gaules , l'Espagne et la Breta- tes et des batailles , nous le pourgne, qui obéissaient à Tétricus , rions assez admirer, et nous le fit revenir en Occident. Il ga- trouverions bien raisonnable la gna une bataille auprès de Chà- plainte de Junius Tibérianus (!)• lons-sur-Marne , et ce fut la dé- car enfin Aurélien était un homcision de l'affaire, d'autant plus me qui transportait le guerre que ïétricus se livra à lui peu- d'Orient en Occident , avec la dant le combat (ee). Il revint à même facilité qu'on la transpor- Rome , et y triompha de Zé- te aujourd'hui d'Alsace en Flannobie et de Tétricus avec une dre. On le regretta beaucoup , pompe extraordinaire {ff)- Il et l'on érigea en son honneur repassa en Gaule ; et ayant su les monumens les plus magnique les Barbares étaient entrés fiques. On le déifia (K), on lui dans le pays des Yindéliciens fit bâtir un temple. Remarquons {gg) 1 il courut tout aussitôt de qu'il n'y eut point de divinité , ce côté-là, et remédia au mal. pour qui il témoignât plus de Il passa delà dans l'Illyrie; et zèle que pour le Soleil (L). Il ne jugeant pas qu'il pût conser- ne laissa qu'une fille unique, dont ver la Dace, dont Trajan avait fait le petit — fils vivait encore au une province au delà du Danu- temps de Dioclétien (M). C'était be , et qui avait été perdue sous un sénateur vénérable par sa Gallien , il en retira les troupes vertu , et qui avait été proconet les habitans , et il donna à sul de Cilicie. Comptons pour un ceux-ci une partie de la Mésie mensonge ce que dit Abulpharaet de la Dardanie , qu'il couver- ge , qu Aurélien , en faisant la tit en une nouvelle province paix avec Sapor , roi de Perse , {hh). Il avait en Thrace une bel- lui donna sa Jîlle en mariage le armée, qu'il voulait conduire (//). On prétend aussi qu'il lui contre les Perses après l'hiver , envoya des médecins grecs , qui lorsqu'il fut tué par l'un de ses enseignèrent aux Perses la médegénéraux (//). Ce fut au mois de cine d'Hippocrate {mm). Notez janvier 2'^5. Nous ne connais- que les médecins étaient des sons qu'en gros les grandes ac— gens qu'il n'employait pas dans tions de sa vie ; mais si nous les ses maladies : il ne se servait
guère d'autre remède que de (rf(f) Vopisc. , j/iAureliao. , ca;).XYXi7. l'abstineucc {nn). Au reste , ce
ee) ^ores TillemoQf , Hist. des Emper. , c t. „ l „l-« . l . v, ^
tom.m,pag.io',^,iobc). ^ fut uu bonheur pour les chre-
{ff) f^oyez-en la description dans No^h- ticUS , qu'uU priuce si Sanguicus, chap. XXXIII , et suif ans.
{gg) C'est en partie le pays qu'on nomme (.kfc) Vopisc. , in Aur. , cap. XLII , pag.
aujourd'hui Bavière et Suabe. 528.
(hh) Qui fut aussi nommée la Dace, ou (II) Tillem., Hist. des Empereurs , tom.
la Noiwelle.Dac£. Voyez les preuves de tout Ut , pag. 1 182.
ceci dans TiWemoay , Hisl. des Empereurs, [mm) AbulpLarage , cite' par Tillemont,
lom. III , pag. 1067. '« même.
'(il Vopiscus , in Aurielano , cap. XXXF. [nn) Vopbc. . in Aiirelian. , cap. T.
AURÉtIEN.
naire ne s'appliquât pas à les détruire. J'avoue qu'on met sous son règne l'une des persécutions de l'Eglise ; mais il y a des historiens qui n'en font aucune mention , et ceux qui en parlent conviennent qu'elle fut courte (oo). Ne finissons point, sans observer une distinction que fait Vopiscus , et que peu de gens
la multitude des lieux qiri se veulent faire honneur d'avoir produit les hommes ilhistres. On se prévaut de l'incertitude du fait , on espère de ne pouvoir pas être solidement réfutiJ, on avance donc sans preuve et par vanité qu'ils sont nés en tel et tel lieu. De là vinrent les disputes sur la patrie d'Homère (3). J'accorde à Vopiscus que l'importance est, non pas de savoir d'où sont les grands princes , mais de savoir comment ils ont gouverné : Nec tamen mngnorum
savent faire {M): Telle fut la fn principum ^irtutibus summaSciendi
d'Jurélien , dit-il {pp) » prince est, ubi quisquesUgenitus, sedqualis
plus nécessaire que bon. Ce que "* republ. fuerit. Néanmoins comme
l'Aneeloni raconte de quelques ".«"^ sommes naturellement fort cu-
., & j , • r a "^"'^ ^^ savoir le temps et le heu de
pièces de marbre qui furent k naissance des grands hommes, je
trouvées sous le pontificat d'Ur- crois qu'un historien est obligé à faire
bain VIII , lorsqu'on aplanit toutes les recherches possibles pour
l'endroit oîi Aurélien avait fait ^«"^^^t^r là-dessus tous ses lecteurs,
, ^. ^ , , ^ et que l on a droit de se plaindre de
batir un temple sur le mont la négligenced'uneinfmite'd'écrivains
Quirinal {qq) , est fort propre à qui n ont pas pris cette peine, donner une grande idée de la {^) 11^ faisait observer la discipline magnificence de cet édifice.
(p6) Voyez Tillemont, Hist. des Empereurs, tom. III , pag. \o%b etstiii'.
(pp) Hic finis Aureliano fuit , principi inagis necessario quàm bono. Vopisc. , in Aurel., cap. XXXV II.
igif) Francesco ÂDgeloni , Historia Augusla , da Giulio Cesare infiuo à Costantino il Magno, illustra ta con la verità delle anticlie medaglie , pag. 332.
(A) On ne sait pas bien ou il naquit.^ Vopiscus , ayant rapporté trois opinions (i), ajoute qu'il arrive ordinairement que la patrie de ceux qui sont nés dans un chétif lieu est inconnue. 11 eu donne cette raison , c'est qu'ils mentent sur ce sujet , afin de se rendre recommandables à la postérité par l'éclat du lieu natal.
JEvcnit quideni ut de eorurn firorum genitali solo nesciatur , qui humiliori loco nali , plerique solum génitale conjingunt , ut dent posteritati de locorunisplendore Jiilgorem (a). Je crois qu'il y a une autre chose qui contribue encore plus à cela, je veux dire
(i) Orlus , ulplures loquunlur, Sirmii, familid obtcuriore; til iionnulti, Dacid Bipcnsi. Ego autPin legisse meinini auctorein, qui euin Mœsi penitum prœdicarel. Vopiscus , in Aurel. , cav. JII. '^
{i) Idem, ibidem.
avec la dernière séuérité. ] Ajoutons à cela qu'il eut le bonheur de voir que cette sévérité ne cabra point les soldats , et qu'elle ne fît que leur donner une crainte qui les empêcha de sortir de leur devoir. Ce fut sans doute un bonheur , car les généraux ont quelquefois autant de sujet de craindre les suites d'une trop grande sévérité , que celles d'une trop grande mollesse. Celui-ci se trouva très-bien de punir rigoureusement et sans rémission. Militibus ita timori fuit, ut siib eo posleaquam seniel cum ingenti sefcrilate castrensia peccata correxit, nemo peccaverit. Sa tus deniquè omnium militem qui adulterium cum hospitis uxore commiserat , ita punivit, ut duarum arborum capita inflecteret , et ad pedes militis deligaret , eademque subito dimitteret , ut scissus ille utrinque penderet. Quœ res ingénient timorem omnibus fecit (4).
Vous voyez dans ces paroles latines que , pour punir un soldat qui avait commis adultère avec la femme de son hôte , il se servit du même supplice qui fut employé par Alexandre pour punir le traître Dessus , qui avait
(3) Voyez la remarque (A) de l'article Rotterdam.
(4) Vopisc. , in Aureliaoo, cap. VII , pag.
AURÉLIEN
ôlélavie au roi Darius. On ne peut rien voir de plus beau que les orilres d'Aurëlien touchant ce que les soldats devaient faire et ne pas faire. Saint Jean Baptiste ne leur eût pas défendu , plus de choses, s'il eût voulu descendre dans le détail (5). Aurëlien ne leur voulait pas permettre de toucher à aucun fruit, ni de se faire donner du sel, du bois, ou de l'huile ni de s'e'carter des règles de la chasteté. Ne dirait-on pas qu'il avait dessein d'introduire dans les armées la discipline monacale ? Hujus epistola militaris est ad vicarium suum data hujus modi .-Si vis tribunus esse, iraô si vis vivere , manus militura contine.
Nemo puUum alienum rapiat, ovem neraocontingat; uvamnullusauferatj segetem nemo deterat ; oleum , sal , lignum , nemo exigat : annonâ suâ contentus sit. De praedâ hostis, non de lacrymis provincialium , habeat ; arma tersa sint , ferramenta samiata. , . alter alteri quasi servus obsequatur :
à medicis gratis curentur; aruspicibus nihil dent ; in hospitiis caste agant; qui litem fecerit , vapulet (6).
Il était si rigide , que l'empereur Valérien , qui avait pour lui une estime singulière , n'osa mettre son fils sous sa direction; car il craignit que ce jeune prince , qui aimait à folâtrer, n'éprouvât trop fortement l'austérité d'un tel maître. C'est pourquoi il lui choisit un gouverneur moins exact. Voici ce qu'il répondit au consul Antonin Gallus , qui n'approuvait pas que cette charge n'eût pas été conférée à Aurélien : Culpas mefamiliaribus litteris quàd Posthumio filium meum GalUenum magis quam Aurellano conimiserim : quùm ulique et seueriori et puer credendus J'uerit et exercitns : ?iec tu id diutiks judicabis , si benè scieris quantœ sit Aurelianus seueritatis. IVimius est , multus est , gratis est , et ad nosira jam non facit iempora, Testor autem onines deos , me etiam iimuisse ne quid etiam erga JiUum, meum severiùs , si quidillej'ecisset, ut est naturd pronus ad ludicra, sœfiîis cngitaret. Hœc epistola indicat quant?e fuerit severifatis , ut. illum Valerianus etiam timuisse se dicat (7).
N'oublions pas la sévérité d'Aurelien à l'égard des domestiques. Il faisait fouetter en sa présence ceux qui s'étaient écartés de leur devoir, et il mit entre les mains de la justice plusieurs de ses propres valets, afin de les faire châtier de leurs fautes. 11 fit mourir sa servante , qui avait commis adultère avec son valet. Scruos et ministros perçantes corani se cœdi juhehat , ut plerique dicunt , causa tenendœ scueritalis ; ut alii , studio crudelitatis. Ancillam suamquœ adulterium cum servo suofecerat, capite puniuit. Mullos servos èfamiliâ propriâ qui peccaverant , legibus audiendos judiciis publiais dédit (8). Que Valérien dit avec raison qu'un tel homme était trop sévère pour le siècle où il vivait ! j4d nnslra jam non facit tempora (9). Il n'était propre que pour la secte des montanistes. Les chrétiens des siècles suivans l'auraient trouvé excessif , et combien trouverait-on aujourd'hui de casuistes qui diraient de sa morale ce qu'ils disent de celle des pères , qu'elle était trop forte , et que ce remède trop amer et trop corrosif ne convient pas à nos malades ! Où sont les gens de guerre , où sont même les bourgeois, qui s'avisent de châtier les galanteries de leurs valets et de leurs servantes ? On congédie ceux et celles dont les fautes de cette nature sautent aux yeux :
voilà tout le châtiment. Quelquefois même on a la bonté de les marier ensemble. Notez que l'histoire ne fait mention que d'une servante d'Aurelien châtiéepour sonimpudicité. C'est un signe que de telles fautes furent très-jares dans son domestique; et c'est un sujet d'élonnement, quand on songe à ce qui se passe tous les jours , et qu'on sait qu'un général, qu'un empereur , avait nécessairement plusieurs esclaves de l'un et de l'autre sexe.
(C) Il demeura panure au milieu d^un très-grand nombre de charges gui lui furent conférées (10).] L'empcrcnr son maître rendit témoignage à cf'tte vertu, quand il chargea le public de la dépense que le consulat qu'il promettait à Aurélien exigerait.
(5) Foyez ^Evangile de saint Lac, chap. III, (S) Idem, ibidem , cap. XKIX,pag. 585. 3- '4. (9) Idem, ibidem, cap. VIII , pag. ijBg-
(6) Vopisc, in Aureliano, cap. VU, pag. 434- (1°) f^oyet-en le dénombrement dans Vopis"
(7) Vopisc. , in Aur. , c, VIII , p. 439, 44o. c\fi,c/iap. X.
AURÉLIEN
Consulatuvi cum eodem Ulpio Crinito in aninini sequentem a die undecimo calend. juniarum , in locum Gailieni et F'aleriani , sperare te convenit sumptu publico. Levanda est enim
i^estiario suo habuit , neque alleri ulendam dédit. Et quàm ab eo uxor sua peteret , ut unico pallio blatteo serico utcretur , ilte respondit, Absit ut auro fila pensentur ; libra enim
paupertas eorum hominum qui diù auri tune libra sericifuit (i5). Voyez
reipublicœ t^it^enies pauperes sunt , et M. de Tillemont , qui a trouvé peu
nulLorum magis (u). L'historien, d'accord entre ce fait-là , et certaines
qui me fournit ces paroles , produit choses rapportées par le même histo-
la lettre que l'empereur e'crivit au rien ou par d'autres , touchant le
préfet de Rome, pour lui marquer ce luxe de cet empereur (16). Mais n'ou-
qu'il souhaitait que l'on donnât au blions pas qu'il n'habilla point ses
qu u sounaitait q
nouveau consul. u4ureliano oui consulatum detulimus ob paupertatem , qud ille niagnus est cœteris major , dabis ad editionem Circensium aureos antonianos trecentos , etc. (la). Quelques-uns ont dit que la pauvreté d Aurélien obligea Valérien à donner ordre qu'Ulpius Crinitus l'adoptât : Memini me in quodani libro grœco legisse,...
Mandatum esse Crinito a f^aleriano ut jiurelianus adoptaretur , idcirco prœcipuè qubd pauper esset {ï5). Notez qu'étant empereur il ne sortit point des règles de la médiocrité, en faisant du bien à ses amis. Il en usa peut-être de la sorte par l'habitude qu'il s'était faite de renoncer à l'opulence , et par l'opinion qu'il eut que des richesses médiocres suffisaient à un grand homme. Peut-être aussi qu'il ne voulut point irriter le peuple par des profusions excessives j car les sujets ne se plaisent pas à voir leur prince répandre sans poids ni mesure les trésors et les faveurs sur la tête de ses amis. Vopiscus nous dit que cet empereur voulut tenir un milieu qui ôtât les incommodités de la pauvreté, sans exposer à l'envie. Amicos suos honestè diuitauit et niodicè , ut miserias paupertatis eff'ugerent , et di\^itiarum int^idiam. patrimonii moderatione v'itarent{\\). On ajoute qu'il ne permit à personne de porter des habits de soie , qu'il paya d'exemple , et qu'il soumit sa propre femme à cette loi; car lorsqu'elle lui en demanda pour le moins un , il lui fit réponse : A Dieu neplaiseque lejil coûte autant que l'or : c'est qu'en ce temps-là une livre de soie valait une livre d'or.
f estent holosericam neque ipse in
(11 ) Vopiscus, i/i Aureliano , t&i(2em , cap. ^^1 pas- 445-
(12) Idem, cap. XII.
(i3) Idem, cap. XV.
(i4) Idem, cap. XIF, pag. SiQ.
domestiques avec plus de magnificence depuis son élévation sur le trône qu'auparavant (17) ; et qu'il accorda aux sénateurs d'avoir les mêmes livrées que lui (18).
(D) Les soldats lui donnèrent le surnom d'Epée - à - la - main , pour le distinguer d'un autre capitaine qui s'appelait comme lui. ] Que voilà une distinction capable de flatter l'orgueil d'un brave guerrier ! Rapportons les paroles de Vopiscus : Gladii exerendi cupidus. Nain quiim esseni in exercitu duo Aureliani tribuni , hic, et alius qui cuni f^aleriano captas est , huic signum exercitus apposuerat manus ad ferrum , ut si forte qucereretur quis Aurelianus aliquid t^el fecisset uel gessisset , suggereretur, Aurelianus manu ad ferrum , atque cognosceretur (19).
(E) On lui donna des éloges qui servirent de préface aux déclarations de l'empereur.'] Je m'en vais les rapporter, car ils contiennent les services importans qu'Aurélien avait rendus à l'empire : f^alerianus Augustus Ceionio Albino , prœfecto urbis.
f^ellemus quidem singulis quibusque deuotissitnis reipub. riris multo majora déferre compendia quàm eorum dignitas postulat , maxime ubi honorem fila comiuendat. Débet enim quid prœter dignitatem pretiuni esse meritorum. Sed facit rigor publicus , ut accipere de provinciarum oblationibus ultra ordinis sui gradum nemo plus possit. Aurelianum fortissimum firum ad inspicienda et ordinanda castra omnia destinauimus : cui tantùnt h nobis atque ab omni republicâ ,
(i5) Idem, ibidem, pag. 5^0.
(16) Tillemont, H isloire des Empereurs, iom. III , pag. 1074 1 1075.
(i-;) Vopiscus, in Aurel. , cap. In
{18) Idem, ibid. , cap. XLIX.
(19) Idem , ibid, , cap. VI , pag. ^2&.
AURÉLIEN
wommuni totius exercitûs confessione, les empereurs , il n'y avait qu'oppres debetur, ut digna illi fix aliqua wel sion et que tyrannie dans les provin nimis magna sunt munera. Quid enim ces romaines. Cela n'était pas tonjou-
in Mo non clarum ? quid non Corvinis et Scipionlbus conferendum ?
llle liberaior lUyrici , ille Galliarum restitutor, ille dux magnitotius exempli. Et tamen nihit prœtereà possum addere tanto i^im ad muneris gratiam
vrai : nous voyons ici que Vale'rien ménage les frais publics à la décharge des provinces avec plus de précaution que l'on n'en observe aujourd'hui dans les royaumes chrétiens.
(F) f^oici quelques circonstances
quant patitur sobria et benè gerenda qui feront connaître la religion d'An
respub. Quarè sinceritas tua, mi pa- rélien, et l'irréligion de ses flatteurs .']
rens charissime , supra dicto v'iro ef- La consternation fut grande à Rome ,
Jiciet , quandiii Romœ fuerit , panes dès que l'on y eut appris que les Mar*
militares mundos sedecim, etc. (20). comans étaient entrés dans l'Italie ,
Voilà ce que Valérien écrivit au pré- et qu'ils y faisaient de grands ravages
fet de Rome , et voici ce qu'il écrivit à Aurélien. Ego de te tantàm , Deo J'afente , spero quantiim de Trajano , si uiveret , p^sset sperare respub. Neque enim minor est (21) , in cujus locuin fidemque te legi. Consulatum cum eodem Ulpio Crinito in annum sequentem à die undecimo calend. juniarum , in locum Gallieni et f^aleriani , sperare te conuenit sumptu publico. Voici encore le discours que
(23 j. Les séditions se mêlèrent à cette consternation : c'est pourquoi Ulpius Syllanus , chef du sénat , proposa de consulter les livres de la Sibylle ; mais il y eut des sénateurs qui s'y opposèrent par la raison que sous un prince aussi brave qu'Aurélien , il n'était pas nécessaire de s'informer de la volonté des dieux. Cette diversité d'opinions faisant différer la consultation des écrits de la Sibylle, il
Valérien lui tint en présence de l'ar- fallut qu'Aurélien s'en mêlât. 11 écri
mée et de la cour. Gratias tibi agit , vit donc aux sénateurs qu'il s'étonnait
Aureliane , resp. qubd eam Gotlho- qu'ils balançassent sur une affaire de
rum potestate liberâsti. Abundamus per te prcedd , abundamus gloriâ , et his omnibus quibus romana félicitas crescit. Cape igitur tibi pro rébus gestis tuis coronas murales quatuor, coronas uallares quinque , coronas nai^ales duas , coronas civicas duas , liastas puras deceni , vexilla bicolora quatuor , tunicas ducales russas quatuor, pallia proconsularia duo, togam prœtextam , tunicam palmatam , togam pictam, subarmalem profundum, sellant eboralam. Nam te consulem hodiè désigna , scripturus ad senatum ut tibi deputet scipionvrn , deputet cliam fiisces . Hœc enim imperator non solet dare , sed a senalu , quandojît consul , accipere (22).
Le premier de ces trois passages de Vopiscus contient une chose qui mérite quelque attention , et qui ne répond pas trop aux idées que l'on se fait des désordres de l'em[>ire. On se figure que , depuis que les soldats se furent accoutumés à créer et à tuer
(ao) Jdein , ibid. , cap. IX , pag. 44a-
(21) Casaubon veut qiCon lise es, c'est-à-dire,
ifue yale'rien croyait qu'Aurélien égalait Crini-
tus. Ce sens paraît le bon,
(22J Vopiscus , cap. XIII , pag. 449, 45o.
cette nature, tout comme si au lieu d'en délibérer dans le temple de tous les dieux ils en délibéraient dans une église des chrétiens. Miror vos , patres sancti , tamdiù de aperiendis Sibyllinis dubitdsse libris , pefindè quasi in christianorum ecclesiâ , non in tcmplo deorum omnium, tractaretis (2^). Il les pressa vivement , il les assura qu'il fournirait toutes les dépenses nécessaires , et qu'il avait expédié là-dessus ses ordres au trésorier de l' épargne j « car, ajoutait-il, ce » n'est pas une chose honteuse de )) vaincre avec l'assistance divine :
» c'est ainsi que nos ancêtres ont )) terminé et commencé plusieurs » guerres. » Weque enim indecorum est diis jm'antibus i^incere : sic apud majores nostros mullafinita suntbella, sic cœpta (a5). Syllanus avait donc eu raison de dire aux flatteurs d'Aurélien que ce grand homme honorait les dieux, et mettait en eux sa confiance , et ({ue jamais leur secours ne faisait honte aux braves gens. Me-
(23) Vopiscus, crt;».Xr///.
(24) Idem, ibid. , cap. XX, pag. 403.
(25} Vopisc. , cap. XX , pag- 464-
AURÉLIEN
minislis ,P.C., vie in hoc ordine sœpè dixissejam tùm quiim primum nuntiatiiin est Marcomannos erupisse, consulenda Sibyllœ décréta , utendum Apollinis beneficiis , inserfiendum deorum immorlalium prœceptis : récusasse i'erb quosdam, et cum ingenli calumniâ récusasse, quîim adidaiido dicerent tanlam principis esse uirlutem ut opus non sit deos consuli , proindè quasi et ipse uir magnus non deos colat , non de diis imniortalibus spereU Quid plura? audiuimus litteras quibus rogat^it opem deorum , quœ nunquam cuiquam turpis est ut i^ir J'ortissimus adjui^etur (26). Après la lettre d'Aure'lien , il n'y eut plus de de'lai : le sénat fît consulter les livres de la Sibylle , ce qui amena un grand attirail de de'votion (27). Notez en passant combien la maxime d'Ajax a paru bonne à certains esprits (28).
Nous avons ici des flatteurs qui s'imaginent qu'il ne faut recourir à l'assistance du ciel , que lorsque l'on se de'fîe de la valeur et de la prudence des princes du monde. Rapportons encore deux preuves qu'Aurëlien n'e'tait pas de cet avis : Credo adjuturos rom.
rernp. deos qui nunquam nostris conatibus defuerunt (29). C'est ce qu'il écrivait dans les embarras où il se vit par la longue résistance de Ze'nobie.
II reconnut dans une autre lettre , que ses victoires étaient un présent des dieux. Undè apparet nullam niihi a diis immortalibus datam sine dijfficuhate uictoriam (3o). Il est vrai tju'il ajouta qu'ils les lui avaient toujours accordées avec mille difficultés. C'est le destin de toutes choses: ce n'est pas seulement la vertu qu'il faut acquérir à la sueur de son visage, c'est le propre de tous les autres biens , Sic Diis placitum.
Toc cT' à-fiTYli iS'jlcè'Ta, QiOl 'TTfOTT Âf^i^iV
'A9avaiT0(,/>e«,x|J0t «Tê «.*/ opSioç o^Oî
(Tr «.!/T>)V, K*/ rÇiiP(Ùç TO TTflÛTOV (3/).
j^nte virtulem vero sudorem dit posuerunt
(26) Vopiscus, cap. XIX, pag. 459, ^60.
(77) Idem , cap, XX.
(28) yotfezla remarque (E) de l'article d' A J.ix fils de TéUmon.
(2g) Vopiscus, cap. XVI,
(io) Idem, cap. XXVIII,
(3i) Hesiodi Opéra et Dies, vs. zSç).
Immorlales; longa vero alque arâun via est
ad ipsain , Primumque aspera
Il n'y a point de dons gratuits en ce sens-là , et l'on doit même avouer que cette disposition céleste porte un caractère de bonté j car nous sentons plus dejoie de l'acquisition d'un bien qui nous a coûté beaucoup de fatigues.
(G) Sa cruauté a empêché plusieurs de le mettre entre les boas princes ; et , au dire de Dioctétien , il était plus propre à commander une armée qu'à être empereur.] Vopiscus nous apprendra ces particularités. Et Aurelianum quident, dit-il (Sa), mulU neque inter bonos , neque inter malos principes ponunt , idcircb quod ei clementia, imperatoruiii dos prima, defuerit.
f^ereonius Herennianus prœfectusprcetorio Diocletiani , teste Asclepiodoto, sœpè dicebat , Diocletianum fréquenter dixisse, quiim Maximiani asperitatem reprehenderet , Aurelianum ma' gis ducem esse debuisse quam principem. IVam ejus nimiaferocitas eidem displicebat. Ces paroles de Dioclétien sont d'un connaisseur , car il disait qu'il n'y a rien de plus difficile que de bien régner (33) , et il savait parfaitement les raisons de cette difficulté.
Vous les trouverez dans Vopiscus (34), auteur qui observe que , dans un grand nombre d'empereurs romains , on ne comptait que peu de bons princes (35) ,• et qui loue ce qu'un bouffon avait dit , que tous les bons princes pouvaient être peints sur une bague.
f^ides , quœso , quam pauci sint principes boni , ut benè dictum sit a quodam mimico scurrd Claudii, hujus temporibus, in uno annulo bonos principes posse perscribi atqne depin-
gi (36).
(H) A a libéralité , et le soin qu^il prit de maintenir l'abondance , etc , firent oublier sa cruauté.'] La manière dont il punit les séditions qui s'étaient faites à Rome pendant son absence , passa tellement les bornes d'une sévérité légitime et nécessaire, que cela ternit sa réputation , et le rendit très-odieux. Magnum illud, et
(32) Vopiscus, cap. XLiy, pag. 532 , 533.
(33) Idem, ibidem , cap. XLIII,
(34) Ibidem.
(35) Idem, cap. XLII.
(36) Idem , ibid, , pug. Sag.
AURÉLIEN
quod jam fuerat , et quod non frustra speratum est , infamiœ tristioris ictu contaminauit imperium. Timeri cœpit princeps optimus , non amari , quant ald dicerent, perfodiendum talem principem , non optandum , alii bonum quidem medicum , sed mald ratione curantem (37). Cette haine ne dura point parmi le peuple : les distributions de pain et de chair de porc (38) , et d'huile (39), et telles autres douceurs qu'il ressentit sous cette domination, le convertirent. Il était encore tout tel que du temps de Juvenal ; il ne formait des désirs que pour le pain et les spectacles : rien n'était plus gai que ce peuple, pourvu qu'il eût le ventre plein.
Jam pridem ex quo luffragia nullL
Vendimtts , effùgit curas. Nain qui dabat
clim Impeihtrn , Jasces , legiones, oinnia, nunc se Continel, alqur duas lanùim res anxius optât, Panent, et circenses (4o)
C'est par - là que cet empereur se rendit aimable à la multitude. Lisez la lettre qu'il écrivit à un intendant des vivres. Aurelianus Augiistus Flavio Arabiano prœfecto annonce.
Inter cœtera quibus diis faventibus Romanam rempub. jut^imus , nihilmihi est magnificentius quam quod addilamento uncice omne annonarum wbicarum genus juui : quod ut esset perpétuant , nai'icularios Niliacos apud jEgyptiini noi'os , et Romœ amnicos posai. Tiberinas extruxi ripas ; fadiim ali>ei tumenlis ejfodi , diis et perennitati vota constitui , almam Cererem consecrat'i. IVunc tuum est ojjlciuni, Arabiane jucundissinie , elaborare ne meœ dispositiones in irritant i/eniant. JYequeenim populo rom. satura quicquam potest esse lœlius (4i)' Il avait dessein d'établir des distributions de vin perpétuelles, et il avait pris des mesures pour cela (42)- Ou dit que le préfet de son prétoire le détourna de l'exécution, en lui disant que si l'ou donnait du vin au peuple il ne resterait plus rien qu'à lui donner aussi des oies et des poulets. Si et l'inuni populo romane damus , su-
(37) Idem , cap. XXI, pag. 467.
(38) Idem, cap. XXXV.
(39) Idem, cap. XLVIII.
(/Jo) JuTenal. , Sat. X, vs. 77,
(4i) Vopiscus , cap. XLVII , pag. 5"6, 57". ili-i) Idem, cap. XiriII.
perest ut et pullos et anseres deinus (43). Voilà des largesses bien capables de faire oublier l'eUusion du sang de quelques personnes. Qu'Aurélien eût fait mourir le fils ou la fille de sa sœur, ou l'un et l'autre, pouides raisons assez frivoles (44)5 qu'il eût employé mal à propos la peine de mort (45) , cela n'était point capable de lui faire perdre l'allection d'un peuple à qui il donnait les moyens de se nourrir commodément, et qu'il régalait de beaux habits (46). Outre 3ue sa sévérité faisait cesser plusieurs ésordres odieux à la populace. 11 exterminait les délateurs , les concussionnaires , les sangsues publiques, et telles autres engeances. Quicquid sane scelerum fuit , quicquid nialœ con»
Scientiœ uel artiarn funestaruvi , quicquid deniqaè factionuni , j4 aielianus
toto penitiis orbe purga^'it (47)-
Iteni quadruplalores ac delatores ingénu sei^eritate persequulus est; tabulas publicas ad prit'atorum securitatem exuri inforo Trajano semel j assit. Amnestia etiam sub eo delictorum publicoruni décréta est de exeniplo Atheniensium : cujus rei etiam 7\illius in Philippicis meniinit. Fuies provinciales repetundaram ac peciilatûs reos ultra militarem modum est persequutus , ut eos ingentibus suppliciis cruciatibusque puniret (48). H agrandit l'enceinte de Rome , il redonna à l'empire ses anciennes bornes (49)- Les peuples se laissent flatter doucement par cet éclat de gran»
deur. 11 travailla à la réforme , il borna le nombre des eunuques , parce qu'ils étaient montés à un trop grand prix (5o). Il fit défense d'avoir des concubines qui fussent de condition libre(5i). C'était enfin un agrément au peuple romain de voir que cet empereur se faisait craindre au sénat. Cette compagnie s'en faisait peut-être un peu trop accroire , et , quoi qu'il en soit , je m'imagine qu'on trouvait bon que
(43) Idem , cap. XLVIII , pag. 578.
(44) Idem , cap. XXXVI et XXXIX.
(45) Voyez les Césars de Julien et les Noies de M. Spanheim là-dessus , pag. 107.
(46) Vopiscus, çap. XLVIII.
i^n) Idem , cap. XXXVII.
(48) Idem, cap. XXXIX , pag. S22 , 533.
(49) Idem , cap. XXXIX.
(50) Idem , cap. XLIX.
(5i) Idem , ibidem.
AURÉLIEN
les sénateurs observassent leur conduite sous un tel maître , comme des écoliers sous la férule d'un pédagogue. Populus autem romanus eum amafit , senatus et timuit (5^) . Senatus niortem ejus graviter tulit , grat'iùstamen populus romanus, quivutgo dicebat Aurelianum pœdagogum esse senatorum (53).
(I) Si nous saluions le détail de ses grandes actions , nous trouverions bien raisonnable la plainte de Junius Tiberianus.'] Çmoj.' disait-il, un Thersite, un Sinon, et les autres monstres de l'antiquité nous sont connus , et seront connus de nos descendans, et l'on ne connaîtra pas Aurélien, prince trèsillustre , empereur très - sévère , qui a restitué tout le monde au nom romain ? liasse le ciel que cette folie n'arrive
Latins de ce temps-là. Aucun d'eux n'avait encore rien publié des grandes actions de ce prince , le restaurateur de l'empire , VOrbis restitutor , comme il est nommé dans une médaille. 11 ne s'attendait pas à cette disgrâce lorsqu'il prenait soin de faire écrire de jour en jour la suite de ses exploits (55).
(K) On le regretta beaucoup , ,
on le déifia.'] Ceux-là mêmes qui le firent mourir lui érigèrent un magnifique tombeau, et lui consacrèrent un temple (56) ; car ils découvrirent qu'on les avait engagés par une horrible imposture à conspirer contre lui .
Voyons quelle fut cette imposture. Il avait fait des menaces à Mnesthée son secrétaire. Celui-ci se croyant perdu , car il savait bien que les menaces de
pas /La-dessus, il engagea Flavius Vo- ce prince étaient suivies de l'effet (57),
piscus à travailler à l'histoire de cet résolut de le prévenir, et fit accroire
empereur , et lui promit tous les mé- à plusieurs personnes qu' Aurélien les
moires que la bibliothèque de Trajan voulait faire tuer. Il leur montra une
pourrait fournir. Rapportons les pro- liste où il s'était mis lui-même , et les
près paroles de cet historien ; Quos- exhorta à sauver leur vie. C'étaient
sivit à me (Junius Tiberianus) quis vitam Aureliani in litteras retulisset, Cui egoquùm respondissem , neminem à me Latinorum , Grœcorum aliquos lectitatos , dolorem gemitûs sui vir sanctus per hœc verha profudit : Ergo Thersitem , Sinonem , caeteraque illa prodigia vetustatis et nos benè scimus , et posteri frequentabunt : divum Aurelianum , clarissimum principem , severissimum imperatorem , per quem totus Romano nomini orbis est restitutus , posteri nescient ? Deus
toutes personnes , ou qui avaient encouru l'indignation d'Aurélien, ou qui avaient lieu de croire , par l'importance de leurs services , qu'ils étaient fort bien dans son esprit, et qui au fond n'avaient rien à craindre (58).
Tous ces gens-là firent un complot contre sa vie , et le mirent en exécution. Mais ayant connu ensuite la fraude du secrétaire, ils furent des plus ardens à honorer Aurélien. Mnesthée fut exposé aux bêtes, et l'on voulut que la mémoire de ce supplice fût conservée sur le tombeau de cet era-
avertat banc amentiam ! Et tamen, si benè novi , ephemeridas illius viri pereur(59). Les soldats ne voulurent scriptas habemus , etiam bella cha- point conférer l'empire à aucun de ractere historico digesta , quae velim ceux qui avaient eu part à sa mort , accipias , et per ordinem scribas , ad- et demandèrent au sénat un nouveau ditis quse ad vitam pertinent. Quse prince , et la déification d'Aurélien omnia exlibris linteis, in quibus ipse (60). Le sénat ne voulut point se quotidiana sua scribiprœceperat, pro charger du soin de créer un empetuâ sedulitate condisces. Curabo au- reur: mais quant aux honneurs divins tem ut tibi ex Ulpiâ bibliothecâ et li- quel armée demandait pour Aurélien, bri lintei proferantur. Tu velim Aurelianum ità ut est , quatenùs potes , in litteras mittas (54). Notez que Vopiscus parle ainsi environ trente ans après la mort d'Aurélien ^ notez , disjc, cela comme une preuve, ou de l'ignorance , ou de la négligence des
(Si) Vopiscus , cap. uli.
(53)/<iem, cap. XXXFir.
(54) Idem, cap. J, pag. 4i6.
(55) Cela paraît par les paroles de Vopiscus çue je viens de rapparier.
(56) Vopiscus , cap. XXXVII.
(5';) Qui scirel Aurelianum neque frustra mi-
nari solere , ne que , si minarelur, ignoscere. Vopiscus . cap. XXXVI.
(58) Mixtis iis quibus Aarelianus vere irascebalur cum iis de quibus nihil asperum cogitabal. Vopiscus , cap. XXXyi.
(59) Idem , cap, XXXFII.
(60) Iilem , cap. XLI.
AURÉLIEN. 575
ils furent décernes sans aucun délai, trois d'argent en d'autres lieux, et que Tacite (61) , qui opina le premier chacun fût pourvu du portrait de ce dans le sénat fit un beau discours grand prince.Les trois statues d'argent qu'on sera bien aise de trouver ici , furent dédiées , maisnon pascullt; du puisqu'il contient un juste abrégé des Capitole./« edJem oratione Aureliano actions les plus éclatantes d'Aurélien, staluamaiireaniponendaminCapltoliQ et quelques pensées assez curieuses, décrétait : item statuam argenteam in Rectè atque orJine consuluissent dii Curid , item in templo Solis , item in immortales, P.C., siboniferroini^io- foro divi Trajani. Sed aiirea non est labiles extitissent, ut longiorem duce- posita : dedicatœ autem sunt solce arrent yitam : neque contra eos aliqua genteœ. In eâdem oratione cai^it , ut si esset potestas ils qui neces injandas quis argento publicè piii'atimque ces tristissimd ments concipiunt. Kii'eret enim princeps noster Aurelianus, quo neque utilior fuit quisquam. Respirare certè post infelivitatem F'aleriani , post Gallieni mala , imperante Claudio cœperat nostra respublica '• at cadeni reddila fuerat Aureliano toto penitiis orbe vincente. Ilte nobis Gallias dédit ; ille Ilaliam liberai'it ; ilte f^indelicis jugum barbaricœ sen'itutis amouit. Illo uii'ente llljrricum restitutum est , reddilœ romanis legibus Thraciœ. Ille {proh pudor!) Orientent foemineo pressura jugo in nostra jura restituit ; ille Persas insultantes adhuc f^aleriani nece ,fudit,fugai^it, oppressit. lllum Saraceni, Blemyes, Axomitœ, Bactriani , Seres , Uiberi, Albani , Armenii , populi etiam Indorum , i'eluti prœsenlem penè uenerati sunt deum. Illius donis quœ a Barharis gentibus nierait, refertum est Capitolium ; quindecim millia librarum auri ex ejus liberalitate unum tenet templum, omnia in urbefana ejus micant donis. Quare , P. C. , i^el deos ipsos jure coni>enio , qui talent principem interire passi sunt , nisiforlè secum eum esse maluerunt. Decerno igilur difinos honores : id quod uos omnes existimo esse facturas. Nam de imperatore deligendo adeundem exerciium censeo esse référendum. Etenim in lali génère sentehtiœ nisifîat quod dicitur, et electi periculum erit, et eligentis int^idia. Probata est sententia Taciti (6i). Le même Tacite ayant été élu empereur quelques mois après(63) , commença son règne par ordonner que l'on érigeât quatre statues à Auré- !ien , une d'or dans le Capitole , et
(61) Il fut élu empereur quelques mois après.
(6a) Vopisc. , cap. XLI ,pag. SîG, 527.
(63) Ce fut par le sénat, car l'armée a qui le sénat laissa l'élection d'un nouveau prince rtn^vjn toujours ce soin au sénat qui enfin s'en chargea.
miscuisset , si quis auro argentuni , si quis ceri plumbum , capital esset cum
bonorum proscriptione Addidit ,
ut Aurelianum onines pictum haberent (64).
(L) // n'y eut point de dii'inité pour qui il témoigndt plus de zèle que pour le Soleil.J 11 me semble que sa première éducation fut la cause de ce culte ; car apparemment sa mère, qui était prêtresse du Soleil , lui inspira dès l'enfance une dévotion particulière pour cette divinité (65). Quoi qu'il en soit, nous trouvons que lors-
3u'il remei'cia Valérien , qui l'avait ésigné consul, il se servit de ces termes : Dii faciant et deus certus Sol, ut et senatus de me sicjudicet (66). Un savant homme (67) prétend qu'il parla ainsi dans une lettre (68), comme si les autres dieux- étaient douteux , hors le Soleil seul. Dans la bataille qu'il gagna proche d'Emesse sur les troupes de Zénobie , on prétend qu'il fut secouru par une divinité qui encouragea les soldats , et qui fit que l'infanterie soutint la cavalerie prête à s'enfuir (69). Dès qu'il fut entré victorieux dansÉmesse, il alla au temple du Soleil : Statim ad templum Ueliogabali tetendit, quasi commuai njficio l'ota soluturus, et y trouva la même figure de divinité qui lui avait été favorable dans le combat. C'est pourquoi il fonda des temples dans ce lieu là (70) , et puis il fit construire à Rome un temple au Soleil (71). Il fit rebâ-
(64) Vopisc. , in Tacito, cap. IX, pag. 608. (65j Idem , in Aureliano , cap. IV.
(66) Idem, ibidem , cap. XI f.
(67) Spanbeim, Notes sar les Césars de Julien, pag. lOQ.
(68) \ opiscos lui fait 'tenir de rive voix ce langage.
(bg) Vopisc. , cnp. XXV.
(70) Ilhclempla fundavit donariis ingentibui pusilis. Vopisc. , cap. XXX.
{',1) Idem, ibid., etcafi. XXXV.
AURÉOLUS.
tir aussi dans Paimyre le temple du même dieu. Voici les ordres qu'il expédia à cet eft'et : il est bon que je les rapporte , puisqu'ils nous feront connaître tout ensemble la cruauté' de ce prince , et sa dévotion pour le Soleil. Aurelianus j4ugustus Ceionio Basso. Non opportet ulteriùs progredi mUituni gladios. Jam. satis Palniyrenorum cœsuni atque concisuni est.
Mulieribus non pepercimus , infantes occidimus, senes jugulai^inius , rusticos interemimus ; eut terras, cui urbeni deinceps relinquemus ? Parcendunt est Us qui remanserunt. Credimus enim tant paucos tant multorum suppliciis esse correctos. Teniplum sanè Solis , quod apud Palniyram aquilifer legionis tertiœ ciitn l'exillijeris et draconario et cornicinibus atque liticinibus diripuerunt , ad eani formant uoto quœfuit, reddi. Habes trecentas auri libras è Zenobice capsulis , habes argenti mille octingenta pondo. De Palmyrenorum bonis habes gemmas regias. Ex his omnibus fac cohonestari templum : mihi et diis immortalibus gratissimum feceris. Ego ad senatum scribam, petens ut nnttat pontifcem qui dedicet templum (72).
(M) T^opiscus fait a son sujet une distinction que peu de gens savent faire'\ Les défauts d'Aurélien furent utiles : l'état en avait besoin j mais au sentiment de Vopiscus , il ne s'ensuit pas de là que c'ait été un bon empereur. Voilà le langage d'un homme qui ne confond pas les choses.
Une infinité de gens ignorent cette distinction. Ils regardent simplement et absolument comme un bon rèene , comme un règne juste , la domination qui a prévenu , qui a fait cesser quelque grand mal 5 et s'ils se figurent une fois qu'un règne est injuste, ils le regardent simplement et absolument comme mauvais, sans avoir égard aux avantages nécessaires que le public en retire.
{']2) Idem , cap. XXXI , pag. 48g;
AURÉOLUS ( Pierre ) , moine oordelier , et puis archevêque d'Aix, a été l'un des plus subtils et des plus fameux théologiens de son temps. II a fleuri vers la fin du XÎIP. siècle , et
au commencement du XIV*. 11 était né à Verberie-sur-Oise , et s'appelait Oriol(a); mais, comme il n'est connu que sous le nom latinisé qu'il se donna, c'est ici que je le place , sans imiter M. Moréri , qui nous renvoie ^Auréole à à^Oriol. On lui pardonnerait plus aisément ce renvoi, si l'on trouvait dans son article d'Oriol , tout ce qu'on avait raison d'attendre d'un historien qui cite la Vie de cet illustre archevêque d'Aix {b); mais c'est ce qu'on n'y trouve pas. Je ne puis point remédier à ce défaut , car je ne crois point que dans toute l'étendue des Provinces-Unies il y ait personne qui me pût prêter l'ouvrage oii a été mise cette Vie d'Auréolus **. Ce que je puis dire se réduit à ceci :
Auréolus fut professeur en théologie dans l'université de Paris (c). On lui affecta le titre de doctor facundus (d). Il était provincial d'Aquitaine lorsqu'on le créa archevêque d'Aix (e), et il ne vécut guère depuis qu'il eut été élevé à cette grande dignité (A). On a dit qu'il fut promu au cardinalat *'^. C'était un esprit subtil , mais trop avide de se distinguer par des opinions nouvelles (B). On prétend qu'il a soutenu l'impossibilité de la créa-
(a) Labbe , Dissert, de Scriptor. ecclesiast. , tom. Il, pag. i83.
{b) Mise, dit-il, à la tête des Commentaires d'Oriol sur te Maître des Sentences , imprimés à Rome l'an iSgS.
*' En effet, celte Vie d'Auréolus n'existe pas, dit Leclerc.
(c) Labbe, de Scriptor. ecclesiast. , tom. II, pag-. i83.
(d) Idem , ibidem.
(e) Bellarm. , de Scriptor. ecclesiast. , pag. 365.
** Ceux qui l'ont dit se sont trompe's , dit Leclerc : c'est ce que prouve Wading.
AURÉOLUS.
tion (C). Les dominicains eurent en lui un adversaire redoutable , et le firent réfuter avec beaucoup de vigueur par l'une de leurs meilleures plumes (D). Je dirai quelque chose touchant ses écrits (E). Vous trouverez dans la remarque (A) le temps de sa mort.
(A) Il ne vécut guère depuis qu'il eut été élevé h la dignité d'archet^éque d'Aix."] On hii donna l'archevêché d'Aix l'an iSai , et il se trouve que Jacques de Concos de Cabrairez , dominicain , fut installé à la même jirélature le lo de juillet i3a2 (i). Il faut donc que le 27 d'avril , jour de la mortd'Auréolus (2), appartienne pour le plus tard à l'an i322. Voyez la négligence de ce temps-là : on se contentait à l'égard d'un archevêque de marquer le jour qu'il mourut j on ne se souciait pas de la date de l'année.
(B) Il était trop ai^ide de se distin
ratio non urget , ab anteiioruin placitis non discedere (3). Il faut néanmoins avouer ejue ces esprits novateurs (4) et un peu brouillons sont quelquefois nécessaires ; car , sans eux , pourraiton faire des progrès considérables ?
Ne s'endormirait-on pas dans la prétention que tout est déjà trouvé , et qu'il faut acquiescer aux opinions de nos pères, comme à leur terre et à leur soleil ? Les disputes et les confusions excitées par des esprits ambitieux , hardis , téméraires , ne sont jamais un mal tout pur : elles seront un grand mal tant qu'il vous plaira , mais il en résulte des utilités par rapport aux sciences et à la culture de l'esprit. Il n'est pas jusqu'aux guerres civiles dont on n'ait pu quelquefois assurer cela.
Un fort honnête nomme l'a fait à l'égard de celles qui désolèrent la France au XVI*. siècle. Il prétend qu'elles raffinèrent le génie , ou le langage , à quelques personnes ; qu'elles épurèrent le jugement à quelques autres 4 et qu'elles servirent de bain aux uns pour les nettoyer , et d'étrillé aux au- , . . très , pour faire sauter leur crasse.
guerpardes opinioris nouvelles.] C'est Voici ses paroles j il me semble qu'il
un caractère d'esprit fort dangereux , c'est un écueil bien à craindre : l'on n'a piesque jamais vu que ceux qui ont assez de génie et de savoir pour combattre fortement la commune traditive aient assez de jugement pour s'arrêter à propos , et pour discerner ce qui ne vaut pas la peine de la réforme. Vous allez voir un passage où l'on juge sainement de cette sorte d'esprits j on y range nommément notre Auréolus : Ex hdc classe , insignia ingénia duo , Durandus et Aureolus , minus benè audiunt , quod ingeniis quitus ualebant plurimiim, indulserint in plerisque , et novas cudere , ac comminisci opiniones , communem traryiitem sine causa deserendo non dubitârint. Estque haud dubiè arguvienlum judicii miniis exquisiti , nec satis maturi , vel emuncti ,ferri facile , et absque urgenti ratione , extra uiam : iCa utquamvis res de qud agitur,ad scholœ tricas merè pertineat , nec indè dispendiumulluiti doctrinœ fidei , velsanis, ac puris moribus sit limendum , tamen consuhissimu/n sit , quando tnaniJesUt
(i) Labbe , Dissert, de Scriptor. ecclesiast. , tom. II , pag. 184.
(2) Ideitiy ibidem.