‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 108 sur 113 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

a pensé , qu'il s'est exprimé assez bien , pour être digne que je les étale ici : Ut sœpè res aduersœ inexpeclatis bonis locumfaciunt , ita in hdc publicd , et omnium niaximd calamitate res auctor dari potest , quibusdnm ingenium evasisse Umatius , acumen perspicacius,judicium resecatius, os mundius, scripla purgatiora , prorsits ut agnoscere liceat , œrunmarum procellas , quibus œstuai'imus , his esse balneas quœ sardes eluerunl , aliis strigilem quœ squammaui detersit , quibusdam uredinem, quœ absumpsit quicquid luxurians et inutile. Deniquè si quis verè œstimet , nunc deniiim intelligimus , eam , quœ reipiiblicœ tempestas fuit , prifatim et pauculis esse cotetn qud acuitur etj'aculani quâ accenditur quicquid in singulis est optimum (5). En vérité , le public se passerait bien de telles lessives , ou étrilles , ou limes , ou queux , comme on voudra

(3) Tlicopli. Raynaudus , Erotem. de mails ac bonis lib. iium. ff'io , pag. 230.

(4) Je li entends nullement parler de ceux qui travaillent à des réfonnaiions nécessaires. [ Leclerc dil que Bayle désigne ici Luther, Calvin, etcl

(5) Carolus Papcbalins, de Oplimo Génère Elocutionis , pa^. 124.

AURÉOLUS.

les appeler. Il vaut mieux demeurer forces de son ge'nie pour prouver

malade que de guérir par un remède l'impossibilité de la création : il ne

d'une cherté si terrible. Quoi qu'il en risquait qu'une dispute philosophi-

soit , nous avons ici un docteur qui se que , où il ne craignait pas que les

piqua de n'être de l'avis de personne chicanes et les détours du métier l'a-

dans son Commentaire sur le Maître bandonnassent. Je suis sûr que ceux

des Sentences ; mais,d'autrecôté,ilfuï qui auront dans leur cabinet un exem-

seul de son avis ; chacun se piqua de plaire de Capréolus , en lisant ceci ,

lecombattre: on l'a comparé à Ismaèl. seront curieux de le consulter , afin

Quein (Petrum Aureolum) Antoninus de s'instruire si ce grand antagoniste

ait (*) ita scripsisse in librum Senten- d'Auréolus expose fidèlement tout l'é-

tiarum , ut quia manus ejus contra omnes qui jam scripserant , eliam manus omnium contra eum fuerint (6).

(C) On prétend qu'il a soutenu l'impossibilité de la création. * ] Les lumières que j'ai là-dessus sont très-petites , car je puis seulement vous assurer que Théophile Raynaud , après avoir reieté comme très -faibles les raisons d'Averroès , ajoute que les argumens où Auréolusa mal employé son esprit

tat de la question. Il y a bien des gens qui, dans une telle conjoncture , se contenteraient de représenter qu'ils réfuient un docteur qui a soutenu que la création est impossible , et d'exagérer les pernicieuses conséquences de ce dogme , sans avertir que ce docteur met en sûreté les intérêts de l'orthodoxie , et soumet à l'autorité de la tradition les argumens les plus subtils que la lumière lui présente. Je sais

pour montrer que la création est im- qu'Aux'éolus , dans un autre cas , s'est possible, se réduisent àla même chose, gouverné de la manière que je sup- Eodeni recidunt argumenta quibus pose qu'il a suivie à l'égard de la créa- Aureolus apud Capreolum in -2. d. i. tion , et cela me rend plus probable q. 2. in argumentis contra quartam , ma conjecture. II a dit qu'il n'y avait parùm féliciter ingenium exercuit , ut que l'autorité des saints , qui lui fit probaret creationem esse impossibilem croire que la transsubstantiation est (7). Remarquez bien qu'il n'a point lu un véritable changement de tout le Auréolus , et qu'il n'en connaît la doc- pain en tout le corps de Notre Sei- Irine qu'autant qu'elle a été rapportée •par son adversaire Capréolus. Cela m'impose une nouvelle nécessité de ne marcher ici qu'à tâtons ; mais cependant je ne crois pas me tromper dans la conjecture que je vais faire. Je suppose qu'Auréolus n'a point nié simplement et absolument que la création fût possible , car c'eût été avancer une opinion très-opposée à la foi ter..... * par l'une de leurs meilleures

gneur. J'ai lu cela dans un ouvrage de M. Allix. Petrus Auréolus , romance ecclesice cardinalis, hoc profitetur :

propter solas auctoritates sanctorum teneo , qu6d transsubstantiatio est verus transitus et conversio totius panis in totum corpus Domini. in 4- dist. 11. q. \. a. 1, (8).

(D) Les dominicains le firent réjii-

romaine. 11 a seulement soutenu que pour telles et telles raisons , il trouverait impossible qu'un être fût fait de rien , si la foi ne lui apprenait que l'on doit prendre dans un sens de création proprement dite les paroles dont rÉcriture se sert touchant la première formation du monde. S'étant une fois couvert de ce bouclier , il a pu impunément se servir de toutes les

(*) Aiit. , lit. XXIV, cap. VIII , parag. 3.

(C) Spondanus, ad aiin. j337, nitm. X, pag. 4G0.

* Caprcoliis , son adversaire , lui impute uniquement , dit Lccleie, d'avoir dit au sujet de la création ; Conclusiones quie innituntur lalioni naiurali non valent.

(n) Tliropli. Raynaud. , in Tlicolog. Naiurali, iisl. Vin, num, H^,pag. io3g.

plumes.^ Ce fut par le même Capréolus dont je viens de faire mention.

Consultez son commentaire sur le Maître des Sentences, Il y poursuit vivement , il y secoue de toute sa force le commentaire d'Auréolus sur le même Maître. Quœ (commentaria Aureoli) in suis in easdem sentenlias comnientariis sœpiiis excussit exagitauitque Joannes Capréolus (g). Il insinue que les fausses interprétations qu'Auréo-

C8) Petrus Allix, Prœf. liistorica de Dogmatc Transsubstanlialionis, pag. 6'6.

* Cette commission est purement imaginaire comme celle d'Almain, dit Leclerc. Voyez lom. l**", , page 45^» colonne I.

(9) Labbe , de Scri][)t. ecclesiast., iom. II, pag. 184,

AURÉOLUS.

lus avait employées , et qui lui avaient servi de principe pour tirer des conséquences odieuses , n'avaient pas toujours leur unique fondement sur les te'nèbres de l'esprit , mais que la passion du cœur y avait eu part. Je ne sais cela que par le père Baron , qui s'est exprimé ainsi : Memini nie C'apreoluni nescio quo ex quœstionibus in primum sentent, loco légère , solulo quodani argumenta jiureoli quo ad grande aliquod impiuni et absurdum exfalsd interpretatione nostrce sententice rem deduxerat , hœc modeste adjunxisse Capreolum , ex nostrd responsione patet liane objectionem Aureoll profectam esse ex pert^erso intellectu , quidquid sit de affeclu (lo)- Notez que Constantius Sarnanus , religieux franciscain et cardinal , composa un livre où il prétendit concilier les opinions d'Auréolus avec celles

réolus , et le thomiste Caprcolus.

(E) Je dirai quelque chose touchant ses écrits.] L'exactitude de ceux qui en ont parlé est si petite , qu'ils n'ont observé nulle distinction , ni entre les écrits qui nous restent et les écrits qui se sont perdus , ni entre les ouvrages qui ont été imprimés et les ouvrages qui ne l'ont jamais été. Le père Labiée (i3), qui se plaint de cette négligence , trop ordinaire aux bibliographes , promettait de la réparer amplement ; mais il est mort sans donner le gros volume dont la dissertation que je cite n'était que l'avant-coureur (i4).I| marque que Breuiarium Biblioram d'Auréolus , siue epitome uniuersœ Sacrœ Scripturœ juxta Utteralem sensum , fut imprimé à Venise l'an 1571 , et à Paris l'an i585 (i5) , par les soins d'Etienne Nouellet , docteur en théologie de la faculté de Paris

de Capréolus (11). 11 tâcha de faire et que les Commentaires sur les quatre voir le même accord entre les dogmes lii^res des Sentences furent imprimés à de Thomas d'Aquin et ceux de Scot Rome , in-folio , l'an iSgS , et dédiés (12). C'est ainsi que l'on a tâché de faire voir une bonne intelligence entre Platon et Aristote. C'est se jouer des lecteurs , ou tourner réellement en ridicule , sans avoir dessein de le faire , ceux qu'on tâche de reconcilier. Une telle paix est honteuse aux partis , et l'on aurait à craindre de cruels reproches , quand on fait l'oflice de médiateur, si les chefs de la querelle revenaient au monde. Quoi , diraientils , fOMS prétendez qu'il n'y a ici qu'une dispute de mots , et que nous contenons des mêmes dogmes sans nous en apercevoir , tant la passion

au pape Clément Vlil , par le cardinal Constantius Saruaiuis (i6j. H rejette ce que le père Maracci débite dans sa Biblioiheca mariana , que le traité d'Auréolus de Conceptione immaculatâ B. f^irginis fut imprimé à Toulouse l'an i3i4 : il dit que peutêtre cet écrit fut composé cette annéelà , ou imprimé l'an i5i4.

Faisons de petites notes sur tout cela. 1°. Le catalogue de la bibliothèque d'Oxford fait mention de V Epitome totius S. Scripturœ, imprimé à Strasbourg l'an i5i4. Gesner l'ignorait aussi : TEpitome de Gesner , punous préoccupe , et nous empêche de blié 1 an i583 , ne marque aucun livre savoir ce que nous disons ? C'est une d'Auréolus qui eût été imprimé; et

satire dans toutes les formes : nous ne uoulons point de paix a des conditions si flétrissantes. Retirez-vous avec vos projets de réunion : /lous aimons mieux que la guerre continue , que de la voir terminée h la honte de notre esprit et de notre science. Notez qu'il y a des occasions où les controverses les plus échaullëes ne sont qu'un malentendu j mais je ne crois pas qu'il faille juger ainsi du thomisme et du scotisme , ni par conséquent de la différence qu'il y a entre le scotiste Au-

(10) Vincent. Baron. Apologet. , lib. I , sccl. II, pag. 240.

(11) Oldoini , Athen. roman. , pag. i^t!.

(12) Idem, ibidem.

notez que l'on y distingue très-faus sèment de Petrus de f^erberid diclus Aureoli, notre Pierre Auréolus. 1°. Il n'est pas vrai que les Commentaires sur les quatre livres des Sentences aient été imprimés à Rome l'an iSgS. Bellarmin assure qu'il n'a vu que le Commentaire sur le premier de ces quatre livres , et que.

(i3) T^abbe, Je Script, ecclesiast. , tom. II , pag. 184.

(i4) La préface de sa. Dissertation Je Scriptorib. ecclesiast.

(i5)01doioi, dans son Alhenxurn romanum, pag. 532, met l'an i58i.

(16) Oldoïai dit la même chose , vag. 533 de smi AtUcnxum romaDum.

58o AURI

ce Commentaire fut imprime à Rome l'an iSgô (17). Le catalogue de la bibliothèque d'Oïford , et celui de la bibliothèque de M. l'archevêque de Rheims , rnarcjuent à cette annëelà l'édition du Commentaire d'Auréolus sur le premier livre des Sentences , et ils marquent à l'anne'e i6o5 Tédition du Commentaire sur les trois livres suivansavec les Quodlibeta. Tout cela fait deux volumes in-folio , imprimés à Rome ; le premier en iSgG , au Vatican^ le dernier chez Zannetti , l'an i6o5 *' . Je m'étonne que Bellarmin n'ait eu nulle connaissance de l'impression de ce dernier tome. Cela est un peu plus étrange que de voir dans M. Moréri que nous auons diverses éditions des Commentaires d'Auréolus sur le Maître des Sentences , mais que celle de Rome iSgS est la plus correcte. Comment eût-il pu montrer ces diverses éditions ? Aurait -il daté celle de Rome comme il l'a datée , s'il avait su ce que j'ai dit ci-dessus ? 3°. Je dirai que le père Labbe a trop épargné le père Maracci , qui a cru que 1 on imprimait des livres l'an i3i4- N'estil pas connu de tout le monde que l'imprimerie n'a été en usage dans l'Europe que vers le milieu du XV*.

siècle ? A quoi songe donc le jésuite Oldoïni , quand il se vante d'avoir vu le traité d'Auréolus de Conceptione f^irginis Mariœ , imprimé à Toulouse l'an i3i4 ? *" De Conceptione J^irginis Mariœ librwn qui habetur M. S. Tolosœ in cnllegio Fuxensi, et excusum t^idimus Tolosce , anno i3i4 (18).

f ir) Bellarm. , Je Scriptor. ecclesiast. , pag. 3GS.

*' Le I^'. tome est sur le I". livre des Sentences : il est , dit Leclerc, divisé en deux parties ; le second volume contient le Commentaire sur les II et Hl*. livres des Sentences , en 54» pages ; sur le IV*., en 326 pages, ni enCn, Quodlibeta sex decem , en i55 pages.

** Leclerc pense avec raison que i3i4 n'est qu'une faute d'impression au lieu de i5i4.

(18) Oldoini, Alben. romanum , f>ag. 533.

AURIÈGE , ou plutôt ARIÈ- GE (A), rivière de France, a sa source dans les montagnes qui servent de bornes au conité de Foix vers le Roussillon. Elle passe à Tarascon , à Foix , à Paniiers, à Barilles, à Bonac (a), à

{a) Cest une seigneurie qui a éLé érigea en

ÈGE.

Saverdun, à Sainte-Gabelle, à Haute-Rive , et se jette dans la Garonne à Portet , à une grande lieue au dessus de Toulouse , après avoir reçu à la droite les eaux du Lers , et à la gauche celles de l'Arget et celles de la Lèze (B). L'Ariège est rapide et poissonneuse , et très-bonne à boire ; mais elle n'est navigable que depuis Haute-Rive. Du Bartas la loue beaucoup (C). Voyez aussi le passage de Bertrand Hélie, que Papyre Masson rapporte {b).

marquisat pour feu M. Dusson , frère aîné de M. de Bonrepaux, ambassadeur de France à la cour de Danemarck , et puis en Hollande.

{b) Papyrii Massoni Descriptio Flum.

Galliae, pag-. /|l2.

(A) Ariège. ] C'est ainsi qu'on la nomme dans le pays où elle passe.

Elle est nommée Aregia dans les vieilles cartes , et Areia dans un martyrologe manuscrit du monastère de Moissac. On trouve dans ce manuscrit la passion de saint Antonin, martyrisé à Pamiers , et l'on y assure que la barque où son corps fut déposé entra par cette rivière dans la Garonne.

Per Jlut^ium qui Areia dicitur , ad Garotinam usque perueniens fluu.iuvi nai>icula ( in quâ corpus Antouini martyris à gentilibus necati ) , indè alium qui Tamis dicitur inueniens flufium , indè retrogrado cursu per Tarnirn intrat^it in Ai^arionis al^eum (i). Hadrien de Valois , dont je prends ceci , a critiqué ceux qui la nomment Auriége , et fort mal traité Papyre Masson , qui l'a nommée Aurigera.

Fluvius est t^ulgô dictus Ariège , quibusdam corruptè V Auviège à -.^Massono (2) prisci ejusflut^iinominis ignarn, Aurigera nofo ac ridiculo noniine nuncupalus (3). M. Baudrand croit que le véritable nom latin de cette rivière est Alburacis (4). Je voudrais qu'il

(i) Hadriao. Valesius , in Notiliâ Gallix, pag, 26.

(2) Papyr. Masso , m Descript. Flumiuuu». Galliss , pag. 470, edil. i685.

(3) Valesii Notitia Galliai, pag 26.

(4) Vojei sa Geograph. , pag. 33, 88 e£ 118.

AURltGE.

eût cite quelque bon auteur. M, San- Lèze a son embouchure à trois ou quason la nomme Lauriègue , dans une tre lieues au-dessous de celle du Lers. carte qu'il publia l'an lôyS (5). La Coulon aurait pu apprendre à M. Moplupart des noms propres y sont si dé- réri le rang de ces embouchures. Nofigurés , qu'on doit croire que ce sont tez qu'il observe que l'Auriège est des fautes du graveur. M. Moréri s'est nommée des Latins Aurigera (7) et imaginé fort plaisamment que l'Au- Larget Argentigera (8) , et que l'une

porte l'or , et l'autre l'argent (9). Il avait pris peut-être cette remarque dans Olhagarai , car c'est un auteur qui a écrit ce que je vais dire : JÙ que ne dirons-nous du Lers arec sonflus et rcftus (10) ? rfe l'Auriège et de t Arget , rivières aux bords dorés et argentés ? Cela ne fait-il pas foy des thrésors cachés dans l'amary de ces nions

(C) Du Barlas la loue beaucoup. J

Voici le III*. Sonnet de ses Neuf Muses Pyrénées , présentées au roi de Navarre (12).

riège ou Lauriège sont les deux noms qu'on emploie. Il oublie le véritable , et ne songe pas que les deux noms qu'il rapporte sont la même chose : le premier sans article , et le dernier avec l'article. Son abus est tout semblable à la faute que l'on ferait en disant de la rivière qui passe à Paris , Îu'on la nomme Seine , ou Laseine.

e sais que bien des auteurs se moquent d'un écrivain quileur relève des erreurs de cette nature , et qu'ils se vantent de se mettre fort au-dessus de ces minuties ; mais ce sont des fanfarons , qui veulent couvrir d'un beau masque , ou leur ignorance , ou leur paresse , ou leur mauvais goût , ou leur inexactitude. Si l'on ne parlait , ou d'une ville , ou d'une l'ivière , que par occasion dans un ouvrage de raisonnement , les fautes que ces messieurs appellent des minuties seraient excusables. Il n'en va pas de même , quand elles tombent sur le sujet principal d'un livre. Ce qui n'est qu'une vétille dans l'écrit d'un théologien , sera quelquefois une faute capitale dans un géographe , ou dans un auteur de dictionnaire. Je me suis ressouvenu que Papyre Masson a dit la Riése. Voyez ci-dessous la remarque (A) de l'article

Page 1