ANDRINOPLE
ont dît que cette ville fut fondée par Oreste, et qu'elle en porta le nom (B). Elle fut aussi nomruée Uscudama (a). Les deux vers latins , que M. Moréri a cités, ne sont propres qu'à le convaincre qu'il écrivait sans nulle attention (C). Je ne touche point aux autres choses qu'il dit d'Andrinople ; le lecteur y pourra avoir recours.
(a) Voyez la remarqua (C).
(A) En parlant du nom de cette cille, M. Moréri commet un grand désordre. ] Rapportons ses propres paroles : Quelques auteurs païens disent que ce prince y ayant été guéri de son hydropisie , en ini^oquant le furieux Orsste , se Jît un plaisir de traînailler h i embelUsement de cette i^ille. Ces auteurs païens ne sont point les deux que Moréri cite , Spartien et Ammien Marcellin , et je serais fort trompe s'il ne les fallait pas réduire au seul iElius Lampridius. Or, voyons un peu comment cederniers'exitr'imc: Et Orestam quidam urbern Adrianus suo noinini findicari jussit : eo tempore que furore cœperat laborare, ut ex responso quitni ei dictum es set ut in furiosi alicujus domum wel nomen irreperet. IVani ex eo emollitam insaniam ferunt per quatn mulios senatores occidi jusserat (i). En comparant ces paroles avec celles de M. More'ri , on trouve trois ou quatre 2;rosses fautes dans ce dernier. i°. Il est faux qu'Hadrien ait été guéri dans la ville d'Andrinople. 2°. Il est faux que la maladie dont il est ici question ait été l'hydropisie. 3°. 11 est faux que sa gnérison soit venue de l'invocation d'Oreste. 4°- H est faux que depuis sa guérisou il se soit plu à embellir cette ville. Lampridius ne dit autre chose sinon qu'Adrien devenu furieux fit donner son nom à Oresta , pour obéir à un oracle , qui lui avait conseillé de se saisir di' la maison ou du nom de quelque furieux , ce qui , dit-on , apaisa les accès de sa manie.
(B) On a dit qu'elle fut Jondée par Oreste , et quelle en porta le nom. ]
(i) Lamprid. , in Antouino Helin^abaln , pag. 809.
Lampridius sera mon unique témoin.
Et Oresîant quidern ferunt, dit-il (2;, non unum simula chruni Dianœ , nec uno in loco pnsuisse , s<-d multa in multis. Postenquhm se apud tria flumina circa Hehruin ex responso pitrificauit , etiatu Orestain coiidiilit cii^italem , quam sœpè cruentnri hnminunt sanguine necesse est. Et Oresiam qiiideni urbem Adrianus suo nomini l'indicari jussit , etc. J'ai rapporté ce passage tout du long aGn de faire connaître de quelle ville d'Andrinople il s'agit ici. L'empereur Hadrien fit porter son nom à plusieurs villes îrèséloignées les unes des autres (3j^ mais Lampridius ne nous laisse pas douter qu'il n'ait eu en vue celle de Thrace, et (lu'il n'ait voulu dire qu'Orcste la fonda où l'Hèbre reçoit deux autres rivières. Notez que Pinedo impute à Lampridius d'avoir débité qu'Héliogabale bâtit une ville proche de l'Hèbre, et qu'il lanomma Oresta, etqu'onsuite Hadrien lui donna son nom (4).
Voilà des effets assez ordinaires de la distraction d'esprit : les plus habiles écrivains y sont sujets.
(C) Les uers que Moréri cite a son sujet pmui'ent qu'il écrit^ait sans nulle attention.'] Voici ses paroles : « On dit » qu'elle fut premièrement bAlie par » Oreste, qui l'appela Oresta, de ^on » nom, qui lui fut depuis changé en » celui d^Uscade ou d^ Uscudama. »
• Tandemque Vscudamœ mulalo nomine ' prisco
• Malricida suo de nomine dixit Oresiam. "
Ces deux vers prouvent tout le contraire de ce à quoi M. Moréri les a destinés. Ils prouvent manifestement qu'Oreste trouva cette ville revêtue du nom d^ Uscudama , et qu'il lui donna le sien à l'exclusion de celui-ci.
Ammien Marcellin , cité au livre IV (5) par M. Mnréri , nous apprend, au chapitre IVduXXVlI'^. livre , qu'Andrinnple a\ ait eu le nom d'Uscudama:
Post liane jEnumnntus Hndrianopolim habet , quce dtcebuiur Uscudama.
(2) Itlem , ibid. , png. 8oc).
(i) Quuin litulos in oppribus non atnaret , multas civilaies Adrianopolis appellai'it , lit ipsam Carlhaginein et Alhenaruin partent. Spurtianus , m Adriano , cap. XX , fojei, le Trésor Géographique d'Orlelius.
(4) Pinedo , in Steph. lîyzant., png. m, ntim. 4^-
(5) Les XIII premiers Ui-res de cet hi'toiim sor.t perdus.
96 ANDROMAQUE
ANDROMAQUE , en latin Androraaque épousa Hélénus(D), Andromache ■, femme du vail- fils de Priam, son compagnon de lant Hector, était fille d'Éé- captivité, et régna avec lui dans lion , roi de Tlièbes , dans la une partie de l'Épire. Elle avait Cilicie {a). Son mariage lui était eu des enfans de Pyrrhus (E) , et avantageux en toutes manières : elle en eut un encore d'Hélécar outre que son mari passait nus. Quelques auteurs croient pour le rempart de sa patrie , et que les rois des Epirotes, jusqu'à pour le plus ferme appui du ce Pyrrhus qui fit la guerre aux trône, il avait beavicoup de bonté Romains (c), descendaient d'un pour elle ; et l'on dit même qu'il fils de Pyrrhus et d'Androma— ne l'exposa jamais au déplaisir que. Cette princesse avait sept à quoi les femmes des grands frères , qui furent tués par héros sont si sujettes : je veux Achille avec leur père, dans un dire qu'il lui gardait exactement même jour (<f). Un auteur a dit la foi conjugale (A). Si Euripide qu'elle accompagna Priara , lorsn'en est pas demeuré d'accord , qu'il alla supplier Achille de lui il nous a fait savoir en même vendre le corps d'Hector (e) ; et temps que cela ne troublait que , pour faire plus de compaspoint le bonheur de cette fem- sion , elle y mena ses deux fils , me , son humeur étant là-dessus qui étaient encore enfans {f). tout-à-fait commode (B). La mort Elle a été le sujet de plusieurs d'Hector fut donc un coup terri- belles tragédies , tant anciennes ble pour Andromaque : néan- que modernes (F). Sa grande moins elle n'en mourut pas , non taille a été connue de toute la plus que de l'afïliction extrême postérité (G). Son dialogue avec oii elle tomba quelque temps Hector , dans le VF. livre de après par le saccagement de l'Iliade , est xxn des meilleurs Troie , par la perte de son cher morceaux de ce poëme (H). fils Astyanax qu'on précipita du ^Hg ^^^{^ ^^ ^\ grand soin des hautd'vme tour , et par sa pro- chevaux d'Hector, qu'elle leur pre captivité. Elle échut à un donnait à manger et à boire plumaître qui , tout ^ farouche et ^^^ q^^'^^ \^{ ç^y Quelques-uns sanguinaire qu'il était, en usa ont fait valoir cet exemple , afin bien avec sa captive. Pyrrhus, le jg montrer que les femmes sont cruel fils du cruel Achille , ne obligées de s'employer aux exerlaissa pas de s'humaniser avec ^^j^-gg igg piu^ mécaniques du Andromaque , de partager son j^gig (j-j, lit avec elle (C) , et de rendre sa
condition si heureuse, que la (^t:) rojez la remarque {E).
belle Hermione qu'il épovisa de- (d)Uo,ner. lUad. , lil>. ri, vs. 414, et puis, en conçut une furieuse ja- seq.
lousie {b). Après la mort, ou (e) DictysCretensis, /(i-?'A même du vivant de ce prince, [f)Asljanacla,qne,n nonnulU Scaman-
' driiin afjpcllnbanl, et Laodamanlfi paiviitos
•r» 11- j II vr a^K -t admodUm Jîlios prœ se liabcns. Diclys Cre-
{a) Homer. Jliad. hh. VI. vs. 396 et •' 1^
sea CMe Cilicie n'était pas loin de Troie. '«""* ' '""• '"■ ^^
%, liuripid, , in AndroH..cUa. Cs) Homer. , Uiad. lib. FUI, .s. 18a.
mention de l'ouvrage que le scoliasfe d'Euripide en a cite : il dit seulement que Strabon se sert de rautorité d'Anaxicrates en parlant de l'Arabie au livre XVI.
(B) Touchant les galanteries de son mari, son humeur était tout- à- fait commode. ] Voyez la remar({ue précédente : on n'y trouve pas qu'An-
ANDROMAQUE
(A) Hector lui s^arduit exactement la foi conjugale.^ Il y a des vers d'Euripide où Andromaque déclare qu'elle avait aimé jus(ju'aux maîtresses de son mari , afin de lui faire plaisir , et qu'elle avait allaité les biUards qu'il avait eus d'elles (i). Le scoliaste convient là dessus qu'Auaxicra(es avait débité qu'Hector laissa deux fils légitimes (2), qui échappèrent des mains des dromaque ait poussé la chose au point Grecs , et un bâtard (3) , qui fut pris où Livie et la femme de Cromwi 1 l'ont dans Troie (4) ; mais il accuse et son portée. Celle-ci, par ambition, fa- Euripide , et Anaxicrates d'avoir fal- vorisail les amourettes de son mari (9). sifié l'histoire , et il leur soutient Livie fiiisait l'office de maquerelle pour qu'Hector n'eut jamais aucun bâtard, Auguste , dans l'occasion , afin de et qu'il faut être bien inconsidéré pour maintenir son crédit : Circa libidines avancer le contraire. Ovide regardait hœsit ( Augustus ) poste'a quoqae, ut Hector comme l'exemple d'un bon ma- J'erunt , ad ^/iliandas uirgiiies prompri , qui ne prenait point le change , tior , quœ sïbi undiquè etiam ab uxo-
re conquirerenlur (10). Andromaque ne se proposaitque d'avoir la paix dans son domestique, en ne chagrinant point Hector.
(C) Pyrrhus partagea son lit ai>ec elle. ] Virgile , pour garder le décorum , a introduit Andromaque , qui fait consister en cela son plus grand chagrin j car, dès qu'Énée lui eut demandé si la veuve d'Hector était mariée à Pyrrhus , elle baissa les yeux , et dit avec honte que c'avait été à son corps défendant , et qu'elle enviait la destinée de Polyxène , que la mort; avait exemptée d'une semblable nécessité. Rien n'oblige à prendre au pied de la lettre tous ces discours : il en faut rabattre beaucoup pour la bien-
et qui se cachait à soi-même les mauvais endroits de son épouse :
Félix Ândromache ., certo bfrnè nupia mariloi Uxor ad exeinpluin fralris hnbendaj'ui(5).
C'est ainsi qu'il fait parler OEnone , la femme de Paris ; ailleurs , il dit
3u'au sentiment de tout le monde Anromaque était plus grande qu'il ne fallait ; mais qu'aux yeux de son mari elle était d'une taille médioci'e :
Omnibus Androtnache visa est spaliosior œquo :
Vnus,quimodicam diceret, Hector erat{G].
Au reste , M. Colomiés a eu raison de remarquer ( 7 ) que Mercerus , dans ses Notes sur le IV*^. livre de Dictys de Crète , ne devait pas dire que l'antiquité ne connaît point d'autres amours séance d'une honnête politique : d'Hector que pour Andromaque , sa femme ; ni d'autres enjans que ceux quil eut d elle ; car il donne lieu de ■juger qu'il ne se souvenait pas de l'historien Anaxicrates , ni du poëte Euripide. Mais i\I. Colomiés, qui remarque, outre cela, que Vossius n'a point connu cet historien , eût bien fait de dii"e qu'il tenait de Méziriac les passages qu'il allègue j et que Mallincrot (8j a parlé d'Anaxicrates , sans faire
Hectoris , Androtnache , Pjrrrhin^ connubia
sert'as ? Dejecit vulium, et demissd voce locuta est: O felix una anle alias Priameia virgo, Hostilem ad tumulum Trujœ sub mœnibuî
allis Jussa mari : quœ sorlitus non pertutil ullos , ]Kec vicloris keri tetigil captiva cubile !
JVos
sa per œquora
(t) Eurip. , in Andromacb. , vs. 221 et seq. (2J Nommes Àmphineiis , et Scamandrius.
(3) Nomme Palœlerus.
(4) Anaxic. Argolicor. , lib. II .
(5) Ovidius , in EpUl. OEnon. ad Paridem , vs. 107.
(6) Idem , lib. II de Aric amandi, vs. 645.
(7) Bibliot. cliois. , pas- 169.
(8) Dans ses Paralipom. de Historicis grœcis , pag, 5.