‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 35 sur 113 · ANTO · texte numérisé non relu

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sciemment (3e la république en mille lieux. Julie , sa seconde femme (B) , lui donna trois fils , savoir, Marc Antoine, Caïus Antoine , et Lucius Antoine {h) , dont nous parlerons dans la suite.

J'aurai quelques fautes à relever (C) ; et peut-être faudrait-il prendre pour une erreur l'éloge qui a été donné par Plutarque à notre Antoine (D).

(h) Glandorp. Onomastic. pag. yS.

(A) On eitt murmuré de lui voir fe commandement sur toute la mer , s'il edt eu p'us de mérite.'] Vellcius PatercuUis me fournit cette pense'e :

c'est dans l'endroit où il rapporte que Pompée ohlint une commission, deux ans après , qui le rendit presque maître de toute la terre. Cela ne lui fut point accordé sans opposition , au lieu qu'on n'avait rien dit contre le décret qui avait mis une semblable puissance entre les mains de Marc Antoine.

C'est qu'on n'avait pas jugé qu'il fût capable de se faire craindre; mais on trouvait dans Pompée un mérite redoutable à la liberté publique : Jdem hoc ante hiennium in M. Antonii prceturd decretum erat , sed interdiim persona , ut exemple nocet , ita inuidiam auget aul levât. In Antonio homines ceqtio animo passi erant : raro enim invidetur eorum honoribus quorum vis non timetur; contra in iis hontines extranrdinaria rejormidant, qui ea suo arbitrio aut deposituri aut relenluri vident ur, et niodum in voluntate habent (i). Voilà un beau texte

iiour les faiseurs de commentaires poitiques. Je le leur abandonne presque tout entier 5 car je me contente de cette petite observation. On se plaint que les mêmes choses , qui devaient faire monter un homme aux grandes charges , l'empêchent d'y parvenir.

Jistamos d tiempo , disait George de Monte Mayor , que mererer la cosa , es principal parte para no alcancarla : c'est-à-dire , et ce sont les termes du président du Vair : En ce temps , rien n'a tant empesché les honnestes gens

(j) Vell. Patercutns, Hh TI , cap. XXXI.

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d'avoir des biens et honneurs , que de les mériter (a). Cette plainte est trop souvent bien fondée : mais il y a des rencontres où elle n'a pas assez de solidité ; car, pour mériter une charge , il ne suffit pas d'avoir les qualités nécessaires à la bien remplir selon toutes ses fonctions, il faut de plus que ces qualités ne soient point jointes à certains défauts , qui font qu'on abuse de la gloire que l'on acquiert en s'acquittant de ses emplois avec toute la capacité et avec tout le succès imaginable. Le mélange de ces défauts , proprement parlant , peut rendre indignes d'une charge ceux qui en seraient les plus dignes par leurs belles qualités. Ce n'est donc pas toujours une injustice, que de refuser à certains sujets les charges qu'ils sont trèscapables de bien exercer : c'est une précaution , c'est une prudence nécessaire , et principalement dans les républiques. Les qualités éminentes inspirent beaucoup d'ambition. Donnez lieu à ceux qui les possèdent de rendre des services importans à leur patrie, vous allumez de plus en plus le feu de cette ambition; la gloire qu'ils acquièrent en s'acquittant dignement d'une grande charge leur inspire le dessein d'abuser de leur crédit, et leur montre qu'il sera aisé de monter plus haut. Us tentent la fortune; ils aspirent quelquefois à la souveraineté : et soit qu'ils y réussissent, soit qu'ils n'y réussissent pas, ils font naître mille désordres que l'on aurait évités en donnant les charges à des personnes d'un mérite médiocre.

(B) Julie , sa seconde femme. J Elle était fdle de Julius César , consul l'an de Rome 664 , et sœur d'un autre Julius César , consul l'an 690. Sa vertu et son mérite l'égalaient aux plus illustres dames de son temps : T*7ç àfnVaic Ti)T6 X.U.) o-co4>fioveç'â.T*i{ ivi/xO.XiÇ. Cunt prœstantissimis et pudicissimis illius memoriœ matronis comparanda (3).

Elle ne fut pas des plus heureuses en maris ; car après la mort de Marc Antoine le Crétique , elle épousa Publius Cornélius Lentulus , qui fut l'un des complices de la conjuration de Catilina, et l'un de ceux à qui ce crime coûta la vie. Ce qu'elle fit, pour sau-

(2I Voyez Pierre Maltliieu , à lajin de la préface de /'Histoire de la Paix.

(3) Plutarrh. , in M. Anton. , inif- , pag- 'J'^-

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ver Liicius César son frère me'rite de l'admiration (4)- Il fut proscrit pendant le triumvirat , et s'alla cacher chez elle Les soldats allaient l'y chercher pour le mettre à mort; mais elle se mit à4a porte , et leur déclara qu'ils n'entreraient point avant que de la tuer , elle qui avait mis au monde Marc Antoine dont ils voulaient exécuter l'ordre. Cela les fit retirer ^5). La première femme de notre Antoine s'appelait Numitoria : elle était fille de Quintus Numitorius Pullus.

On l'appelle la fille d'un traître dans les Philippiques de Cicéron (6).

(C) J'ai quelques fautes à releuer sur son sujet.'] Thysius , professeur en éloquence dans l'académie de Leide , a fait une note qui peut nous donner une mauvaise opinion de son savoir.

Cette note se rapporte à ces paroles de Lactance : De IVeptuni sorte manij'estuni est , cujus regnuni taie fuisse diclmus quale M. Antonii fuit ii'finituni illud imperium , cui tolius orœ maritimœ potestatem senatus decreuerat ut prœdones persef/ueretur ac mare omne pacaret (7). Thysius prétend , qu'au lieu à Antonii , il faut lire Pompeii, qui est la leçon des bons manuscrits; et sur cela, il rapporte que Pompée fut nommé Neptune , et que plusieurs de ses statues furent ornées des enseignes de cette divinité. Il s'abuse : on ne peut douter que Lactance , qui possédait parfaitement Cicéron , n'ait eu égard au passage de la IV*'. Verrine , qui va être copié : Postquarn Marci Ântonii infinltum illud imperium. senserant (8) , ou à ces paroles de l'oraison suivante : lia se in isto irtfinito imperio Marcum Antonium ^essisse, ut , etc. fg). L'un des iils de Vossius eût pu épargner cette fausse note au professeur de Leide :

car il remarque dans un livre , qui fut imprimé treize ans avant le Lactance de Thysius, que Thomasius a eu grand tort de mettre Pompeii, au lieu a Antonii dans son édition de Lactance 5 et il le prouve par l'autorité de Cicéron, et par celle de Paterculus (10).

(4) Plutarcli. , in M. Anton , init. , pag. giG.

(5) I'U,n , ihid. , pag. 9^4.

(fi Tiri-'ile Cl-nmlorp , paf;. :/, el 7S. (■;) Lactant. , iib. I, cap. \I ^pag. 34- (8) r.icnro. Oral. Il in Verr. , cap. JlT. (g) Idem, Orot. 111 in Vcvr,, cap. XCT. (10) Cerardus Vossius, Not. in Vi^ll. Paterculum , pa^. 55 , cilil. i636 : il cite Cicéron ,

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J'ajoute qu'il croit que Florns a pary du même Ai\toine , en disant: Quiiin ille ( Pompeius ) res i/i Asia gerenseo quoque prœfeclum misisset Antonium in aliéna prouincid inclytus fuit (11)} Il montre que Florus a confondu cet Antoine avec Octavius, (|iji, selon Plutarque (12) , et Dion (i3), fut envoyé dans l'île de Crète par Pompée , lorsque Métellus y commandait. 11 a plus de raison en cela , qu'à dire qu'il faut corriger dans Plutarque le surnom de Criticus donné à ce Marc Antoine , et lire Creticus. Je ne sais point de quelle édition de Plutarque il se servit ; mais j'ai trouvé KpTixôç dans l'édition de Francfort de 1620 , et dans celle de Paris de 1624. Je voudrais qu'il eût pris la peine d'examiner une erreur chronologique qui paraît être dans Paterculus. Cet historien assuie qu'il ne se passa que deux ans entre la charge qu'on donna à Marc Antoine , et celle que l'on donna à Pompée ; et néanmoins , Asconius Pedianus rapporte que Marc Antoine l'obtint par la faveur d'un consul appelé Cotta. Je touche cette difficulté dans l'article Céthégcs.

(D) Peut-être faut-il prendre pour une erreur l'éloge qui a été donné par Plutarque a notre Antoine. ] « Marc )) Antoine, dit-il (i 4), était bon et )) droit, et fort libéral. Comme il n'é- » tait point riche , les oppositions » de sa femme gênaient beaucoup sou )) inclination à faire paraître sa libé- » ralité. Il se trouva sans argent un ■» jour qu'un de ses amis lui en em- )) pruntait ; mais il ne laissa pas de le » secourir. Il se fit porter de l'eau )) dans un gobelet d'argent , sous pré- )) texte de se raser : il mouilla sa bar- » be, et renvoya son laquais, et donna )) le gobelet à son ami. Tout le domes- » tique fut en désordre : on cherchait » partout ce gobelet ; la femme de ■» Marc Antoine faisait un bruit ef- )) froyablc, et voulait mettre tous les » valets à la question II prévint ce- » la, en lui avouant ce qu'il avait fait, )) et en la suppliant de lui pardonner.»

Vrrrinâ I ; mais il fallait le citer ^ en'inà II et m, <ld. U.

(m) Florns , lib TU , cap. VII, et non pas cap. f'III , comme (lérard Vossius le cile.

(la) Plut. , in Pompeio.

(t 3) DIo , lih. XXXVI.

fi.'i) Plut., in M. Antonio, init., pag. giS,

ANTOINE. ,4i

fi/>toxô')/H(rê (rvyy^â>fjLy\v ïx,itv «TêtiSs/ç (i5). sous ce consulat qu'éclata la con-

Pelild taenia il quod eral confessus est. Plutarciue ne représente pas bien le caractère de cet homme : il le fait libéral ; il fallait le faire prodigue. Salluste ne s'y est pas trompé : M.

Anlonius ptrdundœ pecuniœ genitus , uacuusque curis nisi inslantibus (i6).

Ne dissimulons point que Cicéron nie ce que Topinion commune attribuait à ce Marc Antoine. On disait qu'il n'écrivait rien ni de sa recette , ni de sa de'pense : Audimus aliquem tabulas niinquam conjecisse : quce est opinin hominum de Antonio J'alsa, namjecit diligentissimè (17).

(i5) Id. , ibid. , pag. 916. K.

(16) SaUust. , in Fragm. Historié., lib. III , pag. 446.

(17) Cicero,Orat. I inVerrem, cap. XXIII.

ANTOINE (Cuus), frère du précédent, eut une conduite assez déréglée , de sorte que lui et son frère aîné furent mieux les dignes oncle et père du triuni-

juration de Catilina , contre laquelle Cicéron se porta avec un grand zèle. Son collègue eut le commandement de l'année qu'où envoya contre Catilina , et remporta une victoire complète par son lieutenant général Pétréius; car, pour lui, une maladie feinte ou véritable l'empêcha de se trouver au combat. Dion prétend qu'elle était feinte , et qu'Antoine , craignant que Catilina ne révélât des secrets fort importans contre lui , ne commanda point en personne (Z»). Après la victoire , il mena ses troupes dans la Macédoine, et fut battu par les Dardaniens. Il gouverna cette province pendant trois ans , avec tant de violence et tant d'exactions , que le vir, que les dignes fils de celui sénat, indigné de sa conduite, qui leur donna la vie. Ce Caïus lui envoya un successeur. A son

Antoine porta les armes sous Sylla , pendant la guerre de Mithridate , et fît beavicoup de concussions dans l'Achaie ; ce qui , avec d'autres sujets de blâme qu'on eut à alléguer contre lui , fut cause qu'ensuite les censeurs le dégradèrent du sénat. Il ne laissa pas de devenir consul , préférablement à Catilina , l'un de ses compétiteurs ; luais il parvint à ce grade avec beaucoup moins de gloire que Cicéron , qui , malgré les coinplots qu'avaient

retour à Rome, il fut accusé par Marcus Cœlius ; et , quoique Cicéron eût entrepris sa défense , il fut convaincu et banni. Quelques-uns croient qu'il passa quinze ans dans l'île de Cépliaîonie , et que Marc Antoine , son neveu , qui se trouva fort jouissant à Rome lorsque les assassins de Jules César en furent sortis, le rappela de son exil (A). Il mourut quelque temps après, accablé d'années et de chagrins , et ne laissa qu'une fille , qu'il vit

faits lui Caïus Antoine, et Cati- répudier par son mari Marc Anlina , pour l'exclure , fut déclaré toine le triumvir , peu après les consul d'un consentement unanune , au lieu que Caïus Antoine ne l'emporta sur Catilina que de quelques voix (a). Ce fut

(a) Ascon.Pedianus inOrationera Ciceronis in togà candlcià , contra Antoa. et Caiilin. î/ty?/j. png-. i53.

noces , sous prétexte de galanterie avec Dolabella (c).

(b) Dio , lib. XXXVH, ad annuin Bomu

(c) Vojez la remarque (G) de l'article Fi;lvie, et Glaador^iii Ouoraastic. , pag- 75,76.

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(A) M. Antoine son neueu.... le rappela de son exil. ] Il y a quelques difficultés touchant le temps de ce rappel , qui seront examine'es dans la remarque (H) de l'article de Ful-

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