‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 38 sur 113 · TOME n · texte numérisé non relu

TOME n

respecta beaucoup cette dame; ce qui montre qu'elle avait su joindre à sa chasteté une autre vertu qui était un peu inconnue à la chaste Agrippine sa bellefille; je veux dire, la douceur et la prudence. Ce fut Antonia qui découvrit à Tibère les machinations de Séjan (C) : ce prince ne fut point ingrat après un service de cette importance {d). Pline nous apprend une chose tout-à-fait singulière d'Antonia , c'est qu'elle ne cracha jamais (e).

Il dit aussi qvi'elle aimait fort tendrement un poisson, et qu'elle lui fit porter des pendans d'oreille ; ce qui était cause que plusieurs allaient exprès dans sa maison de plaisance pour voir cette rareté (/)■ Cette dame fut malheureuse dans sa famille. A la vérité , Germanicus son fils eut toutes les perfections que l'on pouvait souhaiter dans un héritier présomptif de l'empire, et il était l'amour et les délices de tout le peujale romain ; mais cela même mit le comble à l'affliction d'Antonia , lorsqu'une mort précipitée lui enleva ce jeune prince. Cette mère désolée ne fut pas en état de mener le deuil quand on fit les funérailles de Germanicus (D). Son autre fils lui était si désagréable, et lui paraissait si bête , qu'elle le traitait de monstre (E) et d'ébauche d'homme , et qu'elle en faisait un sujet de comparaison

{d) Joseph. Auticj., lib. XVIII, cap. Vlll , pag. 632 , C.

(e) Plinius, lib. Vil, cap. XIX.

{f) In eddein villa (apud Baulos , in paite Baianâ) Antonia Drusi murœnœ quain diliifcbat inaures addidil : citjiis proptcr fainain nonnulli Baulos fidere conciipivdrunt. Plinius, lib. /Y, cap. Lf.

i46 ANTONIA.

quand elle voulait représenter dont Pline est le seul qui parle ,

un gros lourdaud. Sa fille fut devait apparemment son nom à

une autre sorte de monstre : cette princesse (H). Elle ne vit

elle attenta à l'honneur et à la point les malheurs de sa (I) pe-

vie de son époux, et poussa jus- tite-fille Antoma , de laquelle

qu'au bout ses attentats ; car elle M. Moréri n'a point parlé sans

fut convaincue d'adultère , et se tromper.

d'avoir empoisonné son mari. Le ,., „•»/ ^ ■ j n.T a . ■ ->

, ,.f 1 II r 1- (A) tiUeaineede Marc Antoine.}

bras secuher, auquel elle tut li- Suétone et Plutarqiie sont contre moi :

vrée , fut sa propre mère, qui le premier , formellement, et en pro-

l'enferma dans une chambre, et près termes (i); le second, d'une ma-

l'v laissa mourir de faim (F). Les "^^''^ implicite : car il ne fait autre

J - 1 /-> • »A chose a cet eeard que parler du ma-

enfans de Germanicus qu Anto- ^iage de l'une des deux Antonia avec

nia élevait chez elle ne lui don- Doraitius, avant que de parler du

nèrent pas de petits chagrins, mariage de l'autre avec Drusus (-i).

Elle veillait sur leur conduite; Or , comme Suëtone a écrit après Ta-

. ., . ,, cite, et qu 11 semble même le reluter

mais sa vigilance ne servit qu a quelquefois, ne vaudrait-il pas bien

]a rendre témoin oculaire de mieux lui donner la prefe'rence , et

leurs énormes dérèglemens. Elle présupposer qu'il n'a pris le parti con-

surprit un iour Caligula en fla- î,»"^'»"^ 4"'%^^"^ /lï^i' f ^^it ^^nfie i j ,.. J o 1 erreur de lacite.'^ D ailleurs, n est-

grant délit avec sa sœur [g) : ce (,g j,jgj, q^g l'arrangement des mots misérable n'avait pas encore de Plutarque? Que chacun en juge quitté la robe d'enfance, et il comme il lui plaira : j'ai suivi Tacite, s'était déjà souillé d'un inceste ^''"^ prétendre rien contester à ceux J - - qui suivront Suétone. 11 y a deux pas-

sages de Tacite , l'un au chapitre XLIV du IV. livre des Annales, l'autre au chapitre LXIV du XII*. livre des mêmes Annales, où la femme de Domitius est nommé Antonia minor.

Je vois que Lipse ne prend nul parti (3) , et que Glandorp preTère celui de Tacite à celui de Suétone (4). H y a une raison pour Tacite , mais qui n'est pas concluante. On pourrait dire que Drusus, qui, en qualité de fils d'une

capital. Lorsqu'il fut parvenu à l'empire , il fit décerner tout à la fois à son aïeule Antonia tous les honneurs que le sénat avait décernés à Livie (II) ; mais ce ne fut que par boutade, puisque dans la suite il ne tint aucun coiïipte d'Antonia , et qu'il lui refusa une audience particulière. Ces affronts la plongèrent dans un impératrice toute-puissante, était un

chagrin qui la fit mourir : on a dit même qu'il employa le poison , afin de hâter les mauvais effets du chagrin (G). Il ne rendit aucun honneur à la défunte , et n'assista pas même à ses funérailles (/). Le temple d'Antonia,

ig) Ex his ( sororibus ) Drusillam vitiâsse firginem prœtextatits acl/tuc crec/itiir .- atçtte etiam in concubilu ejiis (jiiondàm deprehen- ■siis ah ai'iâ Antonia apiid quant simttl edacabantur. Suct. , in Caligula , cap. XXIV.

{h) Idem, ibid., cap. XV. y oyez aussi Dion , lib. LIX.

(i) .Suet. , in Caligula, cap. XXIII.

des plus grands partis de Rome, eut l'aînée des deux sœurs; mais on peut répondre que F Antonia qui lui fut donnée était parfaitement belle. Or c'est un droit d'aînesse beaucoup plus an goût d'un jeune prince ( et il n'est pas besoin d'être jeune prince pour avoir ce goût ) , que celui qui n'est fondé que sur le plus grand nombre

(i) Gerinanicus C. Ceesaris paier, Drusi et minoris jénlomce filius. Suet., jn Calig., cap. I, Vide eliam in Claurl- , cap. I. Ex AntoniU majore patrem Neionis piocreavil ( Domitius ) Suetou. , iii Nerone , cap. V.

(2) Pliilarcli. , in Marc. Anton. , pag. 965.

(3) Lips. , in Taclt. Ann. , lih. XII.

(4) GlandorpiiOnomasI. , pag. 87.

ANTONIA

d'années. Drusus, en qualité de grand va qui pratiquent ce que l'on accus

parti , eut apparemment le choix , et Luther d'avoir permis aux maris. Si

sans doute il prit la plus belle des nolit uxor, disait-il , l'entât ancilla

deux sœurs , soit qu'elle fût l'aîne'e , On tourne ici la médaille, si nolit si

soit qu'elle fût la cadette. desit maritus , i'eniat J'amulus. On a

(B) Antonia , jeune et belle encore mulentendulesparolesde Luther. Voici dans son ueuide contint'/ mari est encore

qu'il garda la foi conjugale : />/'uium etiam Germanicum cximiant Claudiœ Jamiliœ gloriam , patriœque rarum ornamenlum , et quod super omnia est operum suorum pro habitu œlatis magnitudine , i^itrico pariler ac fratri u4ugustis , dunbus reipublicœ diwi

iiv jiJ'iK^od TOC/ ct-UTou -yvy» , kcli Àfirn rou a-âi^povoç, VIA yÀp X»fi^i'v 7ra.pi-

/AtlVlV yÂy.ai Ti ÀTTliTTÎ tS> TTpOÇ STSflOV ,

xaiTTep Toi/ a-iÇcLÇOu ici\iÙ!ra.vro;Tm -ya.fAita-Qa.! , Ktù AoiJîsopœv ÀTritKhstyp.évov J'UTtéa-xTa ccÙT»; Tov Ci'ov (7). Antonia in magno honore habebatur apud Ti-

nis oculis mirificè respondentem , con- beriunt , fel propler affînitatem quod stitit usuni f^eneris intra conjugis (5; Drusifratris uxorfuerat, i^el propter charitateni clauswn tenuisse (6). Qu'à continentiam, quod florente etiam tum

œtale l'idua recusdrit altéras nuptias , licet horlante Augusto ad iterandum conjugium , in eoque uitœ génère ontneni cai'erit infamiam.

(C) Ce fut Antonia qui découirit a Tibère les machinations de Sejan. 1 Il y a beaucoup d'apparence que Tacite avait étendu ce fait ; mais par malheur cette partie de ses Annales est perdue. Josephe, si je ne me trompe, est le seul historien qui nous apprenne la part qu'eut Antonia à la découverte de cette conspiration. 11 est digne d'être cru , parce que les liaisons de Bérénice , et celles d'Agrippa son fds avec cette dame, et les bons offices qu'elle rendit à Agrippa , la firent connaître dans la Judée , et obligèrent l'historien juif à s'informer exactement de ce qui la concernait.

Croyons donc, sur son témoignage, qu'aussitôt qu' Antonia eut élé bien inforniéc' du complot de Séjan , elle en écrivit exactement les circonstances à Tibère , qui était dans l'île de

îa cour d'Auguste le beau-iils de l'empereur se soit contenté de son ordinaire comme un bourgeois , c'est assurément un cas singulier : et il ne servirait rien de dire qu'Antonia était si jeune et si belle, que Drusus n'aurait su où aller pour trouver mieux. Combien y at-il de princes , de grands seigneurs, et d'autres gens pour qui cette raison est tout-à-fait fausse ? Mais revenons à Antonia. Voici comment Valère Maxime continue son discours :

Antonia quoque feniina laudibus yirilem faniilice suce claritatein supergressa amorent mariti egregid Jide pensai^it : quœ post ejus excessum J'ormd et œtale Jlorens cubiculum socrils pro conjugio habuit , in eodemque toro alterius adolcscenliœ vigor exstinctus est, alterius i'iduitatis cxperientia consenuit. La chasteté d' Antonia a trouvé des panégyristes dans la Judée. Josephe mérite d'être oui :

il nous apprend qu'Auguste sollicita cette dame à se remarier \ mais qu'elle

Caprée, où elle lui dépêcha le plus

persista dans le dessein de n'eu rien faire, et qu'elle conservadans son veuvage fidèle de ses domestiques, chargé (îe sa toute sa belle réputation. Voilà où est lettre. La considération que ce prince la rareté; car on trouve assez de gran- avait toujours eue pour cette dame des dames qui viventséparées de leurs devint plus forte depuis un service si maris, ou qui ne se remarient point, important : 'O ^ï paie m tôvtî Suiavov quoiqu'on les recherche j mais viventelles sans reproche, ne font - elles point parler de leui's commerces, et de leurs galanteries ? C'est là le point: hoc opus , hic laboresl. 11 y a des médisans qui prétendent qu'il s'en trou-

(5) Voyet les vers de la remarque (C). (6; Valer. Maximus, Ub. IF y cap, HZ.

KTitVit , KCtl TOUÇ irUtlTriÇouKOUÇ- TMV Ti

'AvTaiviîtv , KHI 'Trfiv eL^iùxLyceç a-yctv > rif/.icDTÎpa.v Ti ÙTrixi/ACaLVi )i.à.7r) Ti^Hi Traia-i, -TrtbcLim (8). Çuibus t//e ( Tiberius ) cognitis Sejanum occidil etsocios con-

(7; Joseph. Antiquit., Ub. XVIU, cap. FIJI, pag. 6i2. C (8) Idem , ibid.

ANTONIA

silii , ylntonuvque jani anlè habitée in pretio inajorem etiam in posterum jideni liahuit per omnia. Je dirai ailleurs (9) que Xiphilin a observe par occasion qu'Antonia e'crivit certaines choses à Tibère touchant Séjan.

(D) Elle ne fut pas en état de mener le deuil des funérailles de GermanicMS,] Voyons comment Tacite narre la chose, et comment il la pare de ses réflexions : Tiberius atque ^ugusta publico abstinuêre, inferius niajestate sua rati si paVant lamentarentur , an ne omnium oculis uullum eorum scrutanlibus falsi intelligtrentur. Matrem Antoniam non apud auctores rerum , non diurna' actorumscripturd reperi'o ullo insigni ojficio functam , ciim super Agrippinam, et Drusumet Claudium , cceteri quoqueconsanguinei nominatïni perscripti sinl , seu ualeludine prœpediebatur , seu l'ictus luctu animas magnitudinem mali perj'erre i^'isu. non tolerM'il. Facdiùs crediderim Tiberio et Augustâ qui domo non excedebant cohibitam , ut par mœror et matris exemplo avia quoque et palruus nttineri uiderentur (10).

(E) Elle traitait son second Jils de jncnstre."] C'est Suétone qui nous l'apprend. Mater Antonia porlentum eum hominis dictitabat , nec absolulum a naturd , sed îanliim inchoatum ; ac si quem socordiœ argueret , stuUiorem aïebatjîlio sua Claudio (ii)- A cela peut-on connaître qu'elle se piquait d'esprit et d'habileté 5 car une femme du commun ne s'aperçoit pas que ses enfans soient des sots; ou si elle s'en aperçoit , elle ne prend pas les devans avec un si grand dépit , pour s'en disculper , et pour traiter cela d'une production qui a été négligée à moitié faite.

(F) Elle enferma sa fille dans une chambre, et l'y laissa mourir de faim."} Ceci témoigne encore que c'était une maîtresse femme, qui n'aimait ses enfans qu'autant qu'ils lui faisaient honneur , et qui préférait aux sentimens de la nature ceux de la grandeur romaine. 11 y avait deux traditions touchant la mort de Liville : l'une, que

(■9) Dans l'article Vespasifn , à la remarque

(10) Tacit. Annales, lib. III, cap. III, «ri ann. 773 ; c'était l'an 20 de grdcc. (il) Sue!., in Claudio , cap^ III.

Tibère la fit mourir; l'autre, qu'il lui pardonna son crime , pour l'amour d'Antonia ; mais qu'Antonia la condamna à mourir de faim (12).

(G) Caligida la fit mourir de chagrin : on a dit même qu'il employa le poison pour hâter les mauvais effets du chagrin. ] Suétone et Dion s'accordent sur ce point-là. Per istiusmodi indignitates et tœdia caussa extitit mortis, dato tamen, ut quidam putant , et ueneno (i3). Dion ne parle pas d'empoisonnement : il se contente de dire que ce barbare, ne pouvant souflVir les censures de sa grand'mère, l'obligea à mettre fin à ses jours (i4)« Je n'ai pu trouver en quelle année mourut cette illustre dame ; mais puisque ce fut sous l'empire de Caligula , on peut, ce me semble, placer sa mort à l'an 792 de Rome. Celle de son mari arriva l'an 744- On peut savoir à peu près à quel âge elle commença d'être veuve , et combien eUe a vécu ; car elle naquit l'an 714 de Rome, vu qu'Octavia sa mère, qui épousa Marc Antoine , l'an 718 (1 5) , était déjà accouchée d'une fille , lorsqu'il retourna en Grèce l'année suivante (16). Le poè'me intitulé Consolatio ad Liuiam Augustam de morte Drusi Neronis (17) , représente Antonia fort désolée, et lui donne de beaux éloges. On apprend là , comme dans Valère Maxime, que Drusus n'allait pas à la picorée amoureuse. On y apprend que ses dernières paroles furent pour sa chère femme :

Quid referam de le , dignissima conjuge Druso ,

Alijue eadem Drusi digna parente nurus ? Par benè composilum , juvenum Jortissimut aller,

Pliera lam forli mutua cura viro.

Femina lu. princeps, tujilia Cœsaris : illi ,

Nec minor es magni conjuge visa Joiis.

Tu concessus amor, tu solus et ullimus illi

Tu requies fesso grata laboris eras.

Te moriensper verbafiovissiina questus abesse.

Et mola in nomenfrigida lingua luuni.

(H) Le temple d'Antonia, dont Pline est le seul qui parle , devait ap-

(i2)Dio, lib. LVIII.

(i3) Sucton. , in Caligiilâ , cap. XXIII. (14) Dio , lib. LIX. Vide etiam Suetoa. , in Caligul.^ , cap. XXIX.

(i5) Calvisius , ad ann. mundi Sgio.

(16) Plut. , in Antonio , pag, gSo. E. Voyez aussi pag. ()3i. D.

(17) Consol. ad Liv. , vs. 2Ç)Q et seqq. On l'imprime avec les OEuvres d'Ovide, etptusiemi le croient d'Oyidt,

ANTONIA

paremment son nom à cette princesse.'] Il en fait mention dans la liste des tableaux d'Apelles : Ejusdem arbitrantur , dit-il , manu esse et in Antoniœ templo Uerculem auersum : ut quod est diffîcillimum ,Jaciemejiis ostendal ueriiis pictura , quant piomitlat (18).

Un fort savant commentateur (19) dit sur ce passage qu'il ne sait si ce temple appartenait à l'aînëe des Antonia, ou à la cadette, ni en quel endroit de la ville il était bdti : Cujus illiul Antoniœ Juerit, majoris, minorisi^e , quofe Vrbis situ condituni Juerit , ineompertum. Ulraque Antonii triumt'irijîlia , major Germanici et Claudii Cœsaris parens : IVeronis avia. C'est prëfe'rer le sentiment de Tacite à celui de Suëtone (20) : c'est donner à Drusus l'aîne'e ; mais d'ailleurs , ces paroles IVeronis auia me font de la peine : je soupçonne que l'imprimeur a oublie pour le moins minor ; car en substituant ce mot , nous verrons que le père Hardouin nous aura dit quel-

voulut en

épouser ce prmce qui faire sa femme après la mort de Pom pëe (aS). Nëron la fit mourir, sous prétexte qu'elle se trouva mêlëe dans une conspiration. Je crois que ce fut dans celle de Pison. Un historien a dit que Pison devait mener avec lui Antonia dans le camp des gardes prétoriennes (26). Tacite le rapporte sang y trouver une grande vraisemblance (27). Il ne trouve point apparent qu'Antonia eût voulu s'exposer à un grand péril, sans espérer de devenir l'ëpouse de Pison. Or cette espérance n'avait aucun fondement 5 car Pison était connu par toute la ville pour un mari fort amoureux de sa femme. Tacite n'avait garde de s'arrêter là : il y joint une restriction à sa manière : si ce n'est , dit-il , que la passion de dominer soit la plus t^iolente de toutes.

Par-là, il redonne au narre de Pline la vraisemblance qu'il lui avait ôtëe.

Antonia aura pu croire que Pison répudierait sa chère femme, afin de

que chose de l'une et de l'autre An- s'ouvrir le chemin du trône , en ëpou-

tonia ; de l'aînëe , qu'elle fut mère de Germanicus et de l'empereur Claude; delà cadette, qu'elle fut aïeule de Nëron. Si l'on ne substitue rien , on trouvera une faute , puisque la mère de

sant la fille de l'empereur Claude :

Intérim Piso apud œdem Cereris opperiretur , undè eum prœjectus Fenius et cœteri acciiwn ferrent in castra , comitante Antonia Claudii Ccesaris

Germanicus ne fut point la grand'- jiliâ ad eliciendum pulgi favorem ,

~ quod C. Plinius memorat. Nobis quo-

quo modo tradilum non occullare in animo fuit, quamwis absurdum i^ideretur , aut inani spei Antoniam novien et periculum commodafisse , aut Pi~ sonem notum amore uxoris alii matrimonio se obstrinxisse : nisi si cu~ pido dominandi cunclis aff'ectibusflagrantior est (28). Les fautes de M. 3Iorëri sont : 1°. Que Tacite nomme Cornélius Sali'us le second mari d'Antonia. Il le nomme Cornélius Sulla (29) 2°. Qu'Antonia fut long-temps veuve. Son mari Sylla fut tue l'an 8i5i la conjuration de Pison ëclata l'an 81 8j Poppée mourut la même année : il y a beaucoup d'apparence qu'Antonia fut recherchée peu après , et que son

mère de Nëron. Recourir à l'adoption de Nëron par Claude serait une mauvaise chicane. Dans un autre lieu (21 j , ce commentateur avait préféré le sentiment de Suëtone à celui de Tacite.

(I) M. Moréri n'a point parlé d'An- •ruMA sa petite-fille , sans se tromper."] Elle était fille de l'empereur Claude, et d'jElia Pefina ; mais elle était née avant qu'il fût empereur. 11 la maria premièrement à Cneius Pompeius Magnus (2a) , et puis à Faustus Sylla.

Elle vit périr de mort violente ses deux maris. Le premier fut mis à mort par les ordres de l'empereur Claude (28) ; le second fut massacré à Marseille par des gens que Néron y envoya pour cet effet (24). Elle refusa

^18) Plinius, lib. XXXr, cap. X,pag. ai 3.

(«9) Le père Hardouin.

(îo) Voyez ci-dexsiis la remarque f A).

(21) //.'Plin. , lib. Fil , cap. XIX , Com. II, pag. 38.

(22) Il lui redonna ce turnom, que Caligula lui avait Slé. Dio , lib. LX.

(23) Suet. , in Claud. , cap. XXVII.

(34) Tacit., Annal., lib. XfF, cap. LFII.

fî5) Saet., in Nerone , cap. XXXF.

(jG) Plin., apud Tacitnra, Annal. , lib. XV, cap. LUI

(2-) Tacit., Annal., lib. XF , cap. LUI.

(28) Là même.

(29) Tacit, Annal. , lib. XIII , cap. XXIII, ( et non pas , cap. F, comme dans Moréri, ) e'. XLFII. Moréri a cite mal, lib. Xlf , m/- XFI ; il fallait citer hh. XIF, cap. l.l'II. ,1 n'a point sUe' loits les endroits '/n'tl Callaii <.<'.(■

,5o ANTONIA. ANTONIANO.

refus obligea Nëron à faire revivre les publié. A l'âge cle clix ans, il procédures contre elle en particulier, faisait des vers (B) , sur quelque En tout cas, sa viduité " a poiut pu ., , j^j proposât, qui être fort longue, puisque IN eron , qui , . .1 i . i ' ^. la fit mourir , mourut en l'année 82 1 . étaient Si bons et si justes , quoi- 3°. les auteurs cités par M. Morérine que ce fussent des impromptu , disent point que Néron contraignit qu'un habile homme n'aurait pu Antonia de se tuer. ^^^ composer de semblables qu'a- ANTONIA , sœur cadette de vec beaucoup de temps et beaula précédente , tant du côté pa- coup de peine. On en fit l'expeternel que du côté maternel , ne ^ence à la table du cardinal de saurait fournir qu'un petit arti- P>&e, un jour qu'il traitait plucle. Je ne trouve rien d'elle , si- sieurs cardinaux. Alexandre farnon qu'elle fut femme de Lucius "èse , prenant un bouquet , le Domitius ^nobarbus , et que de donna au jeune garçon , avec orce mariage sortirent un fils et ^^^ de le présenter à celui de la deux filles :1e fils, nommé Cnéus troupe qui serait pape. Cet en- Domitius , fut père de l'empe- f^nt le présenta au cardinal de reur Néron. Nous parlerons des Médicis, et fit son éloge en vers, filles sous le mot Domitia * , et Ce cardinal , qui quelques an-

nous montrerons que M. Moréri s'est trompé quand il a dit que l'une d'elles épousa Galba.

liulon.

nées après fut le pape Pie IV , s'imagina qu'on lui avait joué une pièce , et que c'était un poëme que l'on avait préparé avec • Bayle n'y parle que de la fille de Cor- beaucoup d'art, afin de semoquer

de lui : il en parut fort fâché; ANTONIANO (SiLVio) , car- mais on lui protesta avec serment dinal et savant homme , s'éleva que c'était un impromptu , et on de bien bas par son mérite; car le pria de mettre l'enfant à l'é— il était de vile naissance : et tant preuve. Il le fit , et se convains'eu faut que ceux à qui il devait quit du talent extraordinaire de la vie pussent le faire étudier , ce garçon , qui expliqua sur le qu'ils avaient besoin eux-mêmes champ , en fort beaux vers , la de la charité d'autrui. On a vou- matière qui lui avait été propolu dire qu'il était né hors de lé- sée (C). Le duc de Ferrare , ve— gitime mariage ; mais Joseph nant à Rome pour féliciter Mar- Castalion , qui a composé sa vie, cel II du pontificat , fut si chara fait voir tout le contraire {a), mé de l'esprit d'Antoniano, qu'il Quoi qu'il en soit , il naquit à le voulut avoir à Ferrare (D) , oii Rome, l'an i54o (A). Il fit des il lui donna d'excellens maîtres progrès si prompts et si surpre- pour l'instruire en toutes sortes nans dans les études , qu'on a de de sciences. C'est de là qu'il fut la peine à croire ce qui en a été tiré par Pie IV qui , se souvenant de l'aventure du bouquet, {a)ScripsU!iylviicard.Antom,iniViiam, ]„rsnn'il se vif sur la rhairp de ffuem tum rationibus , tum pnblicarum ta- 'Orsqu 11 bG Vit SUl la Cliaire Oe

hnlarum testimoniis ah eoriiincalumniis iin- Saint Pierre, VOulut SaVOir qu'édicareconatusest^qin ainmàparenlcmi- jait devCUU le ÎCUne poëte. nus justa itxore geinlum asserebanl. jNicuis , -i 1 /> • t>

Eryihrœtis, Pinacoiii. I, pag. 167, L ayant SU , il le fit venir à Ro-

ANTON

me , et lui donna un poste honorable dans son palais. Puis il le fit professeur aux belles-lettres dans le collège romain. Antoniano remplit cette charge avec une telle réputation , que le jour qu'il commença d'expliquer la harangue pro Marco Marcello, il eut pour auditeurs, non-seulement une grande foule de monde , mais aussi vingt-cinq cardinaux. Il devint ensuite recteur du même collège ; et , après la mort de Pie IV, l'esprit de dévotion l'ayant saisi , il s'attacha à Philippe Neri , et ne laissa pas d'accepter la charge de secrétaire du sacré collège, qui lui fut offerte par Pie V. Il l'exerça vingt-cinq ans, et y acquit la réputation d'un homme de bien , et d'un habile homme. Il refusa l'évéché que Grégoire XIV lui voulut donner, mais non pas le secrétariat des brefs , qui lui fut offert par Clément VIII , qui le fit aussi son camérier , et puis cardinal. On dit que le cardinal Alexandre de Montalte , qui avait été un peu trop fier à l'égard d'Antoniano , dit en le voyant promu à la pourpre , qu'à l'avenir il ne mépriserait jamais un homme à soutane et à petit collet , quelque bas et quelque rampant qu'il le vît , puisqu'il pouvait arriver que celui qu'il mépriserait devint non-seulement son égal , mais aussi son juaître. Antoniano se tua à force de travailler : il passait des nuits entières à faire des lettres, ce qui lui causa une maladie , dont il mourut à l'âge de soixantetrois ans. Il écrivait avec une si grande facilité , qu'il ne faisait aucune rature ; et l'on dit qu'il

lANO. ,5,

conserva toute sa vie la fleur de virginité {b). Voyez dans l'une de nos remarques ce qui concerne ses ouvrages (E).

Le cardinal Bentivoglio me va fournir un bon supplément de cet article (F). Je trouve qu' Antoniano fut l'un des tenaiis dans la dispute qui s'éleva sur la préséance des patriarches (G).

(i) £ar Jano Kicio Erythraeo, Pinacotli.I, pag. 36.

(A) Il naquit a Rnme , l'an iS^o. 1 Nicius Erythréus le fait naître à Rome : Romœ, humili loco.... orlus (i) j mais le Toppi le fait natif de Castelli , dans TAbriizze, et rapporte une inscrip- Jion faite par Mutius Panza , où on le fait ex Castellorum oppido oriundus (j). Cela pourrait signifier seulement, que son père était de ce lieu. Quoi qu'il en soit , je recueille qu'il est ne Tan i54o, de ce que, selon le père Oldoïni, il mourut le ï6 d'août i6o3 , à l'âge de soixante-trois ans (3). Nicius Erythréus ne marque point ea quelle anne'e du siècle il décéda j mais seulement , que ce fut dans son année climactérique de soixante- trois ans. M. De la Rochepozai , dans son Nomenclator Cardinalium , met sa mort au i6 d'août 1604. J'ai mieux aimé suivre le père Oldoïni.

(B) A l'âge de dix ans , il faisait des i^ers. ] Le père Strada , qui a inséré dans l'une de ses harangues , avec beaucoup de politesse , la narration de cette aventure , dit qu'Antoniano n'avait pas encore douze ans accomplis ( 4)-

(C) Iljit.... des vers sur-le-champ , sur la matière qui lui ai'ait clé proposée. ] Le père Strada nous apprend que , comme le cardinal de Médicis cherchait un sujet à proposer au jeune garçon, l'horloge qui était dans la salle y'iat à sonner : cela fut cause f|u'il donna des vers à faire sur une horloge. Cet aiiteur rapporte ceux qu'il suppose qu'Antoniano fit sur-le-

(i) Nicius Erythrseus , Plnacotli. I , pag. 3C.

(2) Toppi , Bibliolh. IVapolet. , pag. 283.

(3) Oldoïni Atlieii. Romanum , pa^ (7or> f'() Fam. Strada, Tioluô. Acad. UI, Ub. Il

iSa

ANTONIANO

champ et ajoute que le cai'dinal de Trente lui donna un collier.

(D) Le duc de Feirare le voulut ai'oir h Ferrure. ] Antoniano y récita quelques harangues , qui ont ctë imprimées (5) avec celles qu'il prononça ;i Rome : cela me ferait aisément rroire qu'il fut professeur à Ferrare.

Nicius Erythréus ne parle que des sciences qu'on y enseigna à Antoniano : pourquoi ne rien dire de celles qu'il y enseigna ? Ce n'est point pour de telles choses que la crainte d'être prolixe doit engager à la suppression. Je n'ai pu encore consulter la Vie de ce cardinal , composée par Joseph Castalion , où l'on voit sans doute sur quel pied il était à Ferrare et en quelle année il mourut , et bien d'autres particularités. Encore moins ai-je pu trouver un livre que M. Conrart avait envoyé à M. de Balzac. C'étaient des discours italiens du philosophe orateur (G). M. de Balzac les méprise : Il est l'rai , dit-il (7) , que l'éloge du cardinal d'Ossat et celui du cardinal Siluio antoniano , sont deux pièces assez raisonnables et dans lesquelles l'auteur n'imite pas malheureusement les comparaisons des vies de Plutarque.

La longue invective , qu'il J'aie contre fil noblesse , est le grand effort de son esprit : j'y ai remarqué de beaux endroits, et quelques choses de son invention outre celles qu'il a empruntées d'autrui , et particulièrement de la harangue de Ca'ius Marius dans laguerre Jugurthine. Je crois néanmoins que ■sans faire tort h sa matière il pouvait /tccourcir sa digression. Ce lieu commun qu'il a étendu si au long, qu'il a li curieusement et si ambitieusement étalé , ne devait être touché qu'en passant. Outre qu'il s'est fait par-là de j>uissans et de dangereux ennemis. Il n'avait que faire d'offenser tout ce qu'il y a de gentilshommes au monde, pour prouver que ce n'est pas un vice d'être fils d'un artisan ou d'un villageois.

« Jérôme Ruscelli, chap. VII de )) son liimario . dit des merveilles du j> talent que Silvio Antoniano , qu'il » appelle mal .Antonio, avait pour » Yimpromptu. Il en rapporte une

(5) Par les soins rie Joseph Ca.stalion, en i6io. ((}) Voyez, les Disserlations après le Socrate Cïireùen , pag. 10.

(7J Là même, pag. 47-

» épreuve , qui s'en fit à Venise , en î' présence delà reine de Pologne (*), '» du cardinal Trivulce et du cardinal » d'Ausbourg. Antoniano n'avait pas )) alors seize ans. Les princes d'Est le » retinrent à Ferrare , où il fit des » leçons publiques , comme le témoi- » gne le même Ruscelli dans l'endroit » cité. }> Ceci vient de M. de la Monnoie.

(E) f^oici ce qui concerne ses ouvrages. ] On a de lui , De Christianâ Piierorum Educalione ; D'issertatio de Obscuritate solis in morte Christi ; de Successione aposlolicd ; de Stylo ecclesiastico , seu de conscribendd Ecclesiasticd Historid ; de Primatu sancti Pétri ; Lucubrationes in Rhetoricam u4ristotelis et in Orationes Ciceronis ; plusieurs pièces de vers , quelques sermons , des notes et des préfaces sur le roman d'Achille Statius et sur le Térence de Gabriel Faernus (8) ■ beaucoup de lettres , etc. On prétend qu'il a eu part au Catéchisme du concile de Trente (9). Pour ce qui regarde ses lettres, ce sont des brefs apostoliques qu'il composa pendant qu'il fut secrétaire. J'en dirai quelque chose dans la remarque suivante. On les met au nombre des lettres d'où les écrivains d'anecdotes doivent faire leurs extraits (10). Les autres sources sont les lettres des cardinaux Berabo et Sadolet , celles de Pierre Martyr, etc. Notez que son livre de Christianâ Puerorum Educalione , composé en italien à la prière du cardinal Charles Borromée , fut imprimé à Vérone , par les soins d'Augustin Valerio , évêque du lieu et cardinal (i i).

(F) Le cardinal Bentivoglio me fournira un bon supplément de cet article.^ Il dit que l'on était encore incertain si Antoniano était né à Rome ; mais que l'on était certain qu'il y avait été élevé dès son enfance (12). Il fut rais par Pie IV au service du cardinal Bor-

(*) Bonne Sforce qui, en i555, quitta la Pologne , pour se retirer à Bari , dans la P ouille.

(8) Nomenclat. Cardinal. ,pag^. 178.

(c)) Voyez Colomiés, Bibliolli. clioLsie, pag'. 36.

(10) Varillas, préface des Anecdotes «le Florence.

(■ii)Possev. Appar. Sacr. , lom. II, pag.

(13) fienlivoglio , Memorie overo Diario , cap. Vil, pag. log , edilione Àmslel., nell an. j6'i8.

ANTONIANO

rome'e , neveu de ce pape : il fut secrétaire de ce cardinal pour les dépêches latines ■ il le suivit à Milan , et il retourna avec lui à Rome. Il fut choisi pour secrétaire du sacré collège et remplit admirablement les devoirs de cette charge. Il fut admis à la plus étroite confidence de Clément VIII , dont il fit les brefs si élo-

ble et d'une prudence que l'esprit des courtisans n'avait pas gâtée (i5). Il s'était trouvé en plusieurs conclaves et discourait là -dessus avec un plaisir tout particulier , non sans faire de solides réflexions sur la vanité des choses humaines. Les hommes, disaitil , se chargent de mille soins fatigans, pour pan^enir a leurs fins ; mais la

cpemment , que ce pontife n'eut point providence de Dieu fait presque tousuiet d'envier à Léon X les Sadolets et jours paraître sa supériorité. Per occa-

sujet les I

beaucoup de jugement plusieurs passages de l'Ecriture. Il en fut blâmé par un censeur trop rigide , qui dit que cela faisait que certaines lettres du pape sentaient plus le cloître que la cour de Rome, etreprésentaient plutôt la personne d'un prédicateur que celle d'un souverain pontife. Che percio , alcuni di loro sapessero piii di claustro regolare , che di corte ecclesiastica , e rappresentassero quasi piit la persona d'un predlcalore , che d'un pnnte/ice (i3). 11 se moqua de cette critique , et répondit qu'à juger sainement des choses, il n'y avait pas trop de termes de l'Ecriture dans les lettres qu'il composait j qu'il lui semblait au contraire qu'elles n'en étaient pas assez remplies , vu la qualité de celui qui y parlait, qui est celle de souverain pasteur de l'église , vu aussi que ce n'étaient point des lettres profanes, où le luxe des pensées et des expressions prises de la secrétairerie des souverains temporels se dût répandre: y4nzi che a lui parera , che piii tosto jiiancassero in questa parle , havuto riguardo alV essere i Bre^'i jipostolici scritti dal snpremo Pastor délia Chiesa , e non lettere profane , che havessero a lussureggiare con sensi e parole tratte dalle secretarie de' principi temporali(i^). Il ajouta que les brefs de Sadolet et ceux de Bembe ne gardaient ]>as le décorum que la dignité pontificale demandait nécessairement , et qu'il y a quelques brefs , où Bembe , par ses affectations de latinité , passe non-seulement au profane et au temporel , mais aussi au paganisme. Antoniano , dans sa dernière maladie , fut visité par Clément VIII et en reçut la bi'nédiction apostolique. Il était modeste , d'une conversation agréa-

(i3) Là mémp ^ fS- "!• (i4) Là même, pag. 112.

sione d'essere stato secretario del sacra collegio tant' anni , s'era trouato egli in molti conclat^i , e di quei successi discorrei^a con gusto particolare, e mostrat^a specialmente in quanti modi vi si affatticasse l'industria humana, ed in quanti t'i apparisse e vi prei^alesse ordinarianiente la prouidenza difina (16). Il voulait dire sans doute, que les intrigues les mieux concertées, et celles qui ont le plus agité l'esprit, tombent par terre dans les conclaves, à cause de certaines conjonctures imprévues. S'il voulait montrer par-là , que les ressorts de la providence se font sentir d'une façon particulière dans les assemblées où les papes sont élus , il se trompait^ car , dans toutes les cours du monde , on peut remar-

auer que les politiques les plus pruens réussissent ou échouent par je ne sais quelles rencontres fortuites , qui doivent convaincre de la vérité de ce proverbe , l'homme propose , Dieu dis' pose.

(G) Il fut un des tenons dans la dispute qui s'élefa sur la préséance des patriarches. ] Voici un passage que je tire d'une lettre que le Péranda écrivit à Rome le onzième de décembre iSSg:

La causa délia precedenza patriarcale non è ancor fenuta a fine, et si traita tuttauia nclla congregatione délie cerimonie. Si scriue, et le scrilture fanno per manus , et si corne dissi gia il parer dclh congregatione è contra la pretendema de gli arcii>escoi>i et dé" palriarchi. Solamente l'ytntoniano sostien questa parte , e scriue , et sta saldo. Saràunbrat^' huomo , sefara testa tanto che basti, haue.ndo da contrastai' con monsignor illustrissimo Gesualdo (ï7)-

(i5) Là même, pag. ii3.

(iCj Là même, pag. iSa.

(17) Lettere di Gio. Francesco Peranda, /". parle, pag. 32.') , edit. di Venet. nel. 1604.

i54 ANTONIO

ANTONIO (Nicolas), chevalier de l'ordre de saint Jacques , et chanoine de Séville , a fait beaucoup d'honneur à la nation

deux parties. La première regarde tous les auteurs de cette nation , qui ont vécu avant la fin du XY^. siècle : l'autre regarde

espagnole par la Bibliothèque des ceux qui ont vécu après la fin de écrivains espagnols, qu'il fit imprimer à Rome en deux volumes in-folio , l'an 1672. C'est un très-bon livre en son genre (A) , et personne peut-être n'a mieux réussi que don Nicolas Antonio dans ces sortes de recueils *. Il naquit à Séville , l'an 1 6 1 '^ , d'un père que le roi Philijîpe IV fit président de l'amirauté établie dans cette ville l'an 1626. Ayant étudié dans sa patrie les humanités , la philosophie et la théologie , il alla étudier en droit à Salamanque , et s'attacha principalement aux leçons de Francisco Ramos del Manzano, qui a été depuis conseiller du roi , et précepteur de Charles II. On ne peut mieux juger de ses progrès, que par les desseins qu'il conçut en fait de livres , et par la manière dont il a exécuté une partie de ses projets, malgré les embarras d'affaires qui lui étaient inévitables dans la charge qu'il a exercée à Rome. Il y était en qualité d'agent général du roi son maître ; et il avait d'ailleurs des procurations spéciales , tant de l'inquisition d'Espagne que des vice-rois de Naples et de Sicile , et du gouverneur de Milan , pour négocier à la cour de Rome les affaires qu'ils y avaient. Le dessein de la Bibliothèque des écrivains espagnols comprend

* Malgré cet éloge de Bayle [iaillct, de Clément, etc., l'ouvr

^ et ceux de Uaillct, de Clément , etc. , l'oiivrage d'Antonio laisse beaucoup à désirer ; ce qui surtout est incommode, c'est la traduction des titres des ouvrages qu'il eût été plus simple de rapporter chacun dans sa langue

ce siècle-là. Cette dernière partie , ayant été plus tôt prête que la première , a été publiée avant l'autre. Elle parut à Rome, comme je l'ai déjà dit, en deux volumes //i-/c>/zo , l'an 16^2. Je ne sais point si l'auteur a pu trouver le loisir qui lui était nécessaire pour mettre la dernière main à l'autre partie , et à un second dessein qui n'était pas moins pénible que celui-là. Il travaillait à un ouvrage dont voici le titre : Trophœitm Historico-Ecclesiasticum Dec J^eritati erectuvt ex manubiis Pseu— do-Historicorum qui Flavii Lucii Dextri, M. Maximi , Helecœ, Brauliojiis , Luitprandi, et Juliani nomine circumferuntur ^ hoc est, J^indiciœ verce atque dudum notœ Hispanarum rerum Historiée , Germanarum nostrce gentis laudum non ex Gennano-Fu Mens ib us Chron icis emendicatarum in libertatem et puritatem plena Assertio. Il a raison de dire que c'est un ouvrage , non - seulement d'une vaste discussion , mais aussi dont les suites sont dangereuses (a) ; car oli sont les agens qui veuillent être désabusés des fables qui ont flatté long-temps la vanité d'une nation ? A quoi ne s'exposent point ceux qui osent s'opposer au torrent d'une tradition également fabuleuse et glorieuse {b) ? Personne n'ignore les va-

{a) Immensœ molis , ac forsan invidiœ Opus.

(h) Koyez la remarque (D) n lajîn.

ANTONIO. î55

carmes des Provençaux contre que sa bibliothèque ne cédait

M. de Launoi , qui avait voulu qu'à celle du Vatican ; quavec

les guérir de leurs erreurs à l'ë- ce secours , joint à un traitait

gard de la Madeleine et du La- continuel et à une application

zare. Peut-être que don Nicolas infatigable , il acheva sa Biblio-

Antonio ne prétendait guère tou- théque d^ Espagne en quatre i>o-

cUer à certaines fables pieuses (B) , connaissant trop bien l'indocilité de son pays à cet égard , et l'humeur intraitable de l'inquisition. Il insinue qu'il avait encore d'auti-es ouvrages en tète.

Mais n'oublions pas celui qu'il fit imprimer à Anvers, l'an lôSg, De Exilio , sive de pœnâ Exilii exulumque conditione et juribus , in-folio (c).

Yoilà ce que j'avais dit de don Nicolas Antonio dans la première édition. Depuis ce tempslà , j'ai su qu'étant retourné à Séville , après avoir étudié en droit à Salamanque , // s'enferma dans le roj^al monastère des bénédictins , et y travailla pendant plusieurs années à la Bibliothèque d'Espagne , et se servit pour cet effet des livres de

lûmes in-folio. . . (e). Qu'après avoir fait i?nprimer les deux premiers volumes, il fut rappelé à Madrid par le roi Charles II, pour y exercer la charge de conseiller de la Creusade, ce qu'il fit avec une grande intégrité jusqu'à sa mort, arrivée

en 1 684 Qu'il ne laissa

point d'autre bien en tnourant que la nombreuse bibliothèque qu'il avait transportée de Rome à Madrid • qu'au contraire , sa succession s'est trouvée tellement chargée de dettes, que ses deux frères , qui sont chanoines de Salamanque , et ses neveux, ont été hors d'état de faire imprimer sa Bibliothèque d'Espagne, et l'ont envoyée à M. le cardinal d' Aguirre , qui a eu la générosité de se charger des frais

Beno-lt de la Serna , qui en était de V impression (C) , et d'en don-

alors abbé, et dojen de la faculté de théologie de Salamanque. Qu'en 1669, il fut envoyé à Rome par le roi Philippe IK , pour y avoir soin des affaires du royaume , en qualité d'agent général. . . (d). Que le cardinal d'Aragon , ambassadeur à Ro~ me, obtint pour lui du pape Alexandre VII un canonicat de l'église de Séville , dont il employa le revenu en aumônes et en livres; qu'il en amassa plus de trente mille volumes ; de sorte

(c) Tiré de sa Bibliotlieca Hispanica, tom. II , pag. 118 , 119.

[d) Journal des Savaus du 10 juin 1697, pag.(^20, édit. de Hollande.

ner le soin à M. Marti son bibliothécaire , qui y a ajouté des notes sous le nom de cette éminence. Je viens de voir un livret, oii j'ai appris que les jésuites se sont plaints de cet ouvrage de don Nicolas Antonio (D).

(e) Là même, 421, ^22.

(A) S(i Bibliothèque des écrivains espagnols est un très-bon lo're en son genre (i). ] J'ai cite M. Baillet , qui eu fait connaître le prix en détail. C'est avec raison qu'il en a loué jusqu'aux tab!:'S j car elles sont très-bien entendues ot très-utiles. L'auteur y a mis une petite préface , qui témoigne son

(i' y^oyei le jugement avantageux qu'en a fait jM. Balilet , au tome II des Jugemens dfs Sav.nns , iiu/n. 128. Le Journal des Savans du G juill-'L 1676 , donne un chr'iif article de cet excellent ouvrage.

ANTONIO

bon goAt et son jugemcnl : il y rapporte la pensée d'un écrivain espagnol , indicem tibri ab aulore , librum ipsum a quouisalio conficiendum esse. On fait tout le contraire : les auteurs se déchargent sur le dos d'autrui de la peine de composer les tables alphabétiques, et il faut avouer , que ceux rjui ne sont pas laborieux et dont le (aient ne consiste qu en un grand feu d'imagination , font bien de laisser composer à d'autres l'indice de leurs ouvrages; mais un homme de jugement et de travail réussira mieux aux tables de ses écrits, qu'un étranger.

Il y a cent bons --eils à ^onner sur -"^^^ ^^^^^ .^.^^^ lU ont

la composition "^^^Uont l'âme des été imprimés à Rome, et ont paru raison de croire quelles sont 1 âme aes ^^ ^^^^ ^^^^^ ^^ trouverez de bons

livres. extraits dans le Journal des Savans

(B) // ne prétendait pas toucher.. - ..-..-.

plus ancienne de ces fausses chroniques , dans ses Dissertationes tcclesiasticas , por el honor de los antiguos tutelares , contra las hcliones modernas , imprimées à Sarragosse ,

en 1671 (4)-

(C) Le cardinal d'^guirre.... a eu la générosité de se charger des frais de l'impression de deux volumes de sa Bibliothèque des auteurs espagnols. ] Il était l'ancien ami de l'auteur , et il avait étudié avec lui dans 1 académie de Salamanque. La répubhque des lettres lui doit être extrêmement obligée des frais qu'il a faits pour l'impression d'un tel livre , qui com-

cerlaines fables pieuses. ] Je me trompe peut-être , car M. Baillet en parle ainsi : Sa critique est fort saine et fort solide en plusieurs endroits , surtout quand il s'agit des traditions fabuleuses des premiers catéchistes qui ont planté la foi en Espagne , et de ces faux historiens que fimposture nous a produits pour la séduction des Espagnols , et dont notre sav-ant auteur nous a promis une critique paniculière (2). Cela me rendrait plus décisif, si je ne trouvais à la suite de ces paroles de M. Baillet cette autre remarque : On pourrait néanmoins le soupçonner d'a^'oir été un peu trop indulgent pour quelques opinions communes et i'ulgaires qui sont abandonnées des critiques qui ont le meilleur goût. Quoi qu il en

(5), etdansceluideLeipsick(6).Voici le titre de l'ouvrage : Biblioiheca Hispana uetus , sife Hispanorum qui usquam unquamve scripto aliquid consignai^erunt Notitia , complectens scriptores omnes qui ab Oclav'ianiAugusti impcrio usque adannumM.D.

floruerunl ; auctore Nicokio Antonio , Hispalensi jurisconsulto , ordinis sancti Jacobi équité , patriœ ecclesiœ canonico, regiorum negotiorum in urbe et romand curiâ procuratore generali , demiim Matriti consihario regio. Opus posthumum. Nunc primùm prodit jussu et expensis eminentissimi et reverenlissimi Domini D.

Josephi Saenz, cardinalis de Aguirre.

(D) Les jésuites se sont plaints de la Bibliothèque Espagnole de don Nicolas Antonio. ] Un imprime (7) qui a pour titre : Calumnia corivicla , seu

eur goui. vjuui H" " Y a pour titre : Calumnia conuicia , ic» soit , on ne peut révoquer en doute ^' -^j^,^^ familiaris Cleandri ad claqu'il n'ait voulu abohr 1 autorité de ^;;;,.„,„,„ ^^ eruditissimnm uirum Eua~

tous les auteurs supposés dont son ti fre fait mention (3). Il ne serait pas le premier qui aurait écrit sur ce tonlà : car voici ce que j'ai lu dans les feuilles de M. l'abbé de la Roque :

Depuis un siècle , on a ose y fabriquer ( il parle de l'Espagne ) et publier de fausses chroniques , pour se jouer de la crédulité des sa^'uns , ou des simples. Cela , bien loin de diminuer, relèue la gloire de M. le marquis d' Agropoli, lequel a si bien frondé et exterminé le Dexter , qui est la

(2) Baillet , Jngemens des Savans vag. 1^^.

(3) Fojez la remrtrqne (D), à la fin

loin. II

rissimum et eruditissimnm uirum Euaristum , super memoriali nuper porrecto , hispano idiomate ad regem catholicum à pâtre Joanne de ^alazol societ. Jesu, nomine et jussu 1 hyrsi Gonzales ejusdem soc. generalis prœpositi , et qui est daté de Dilingen , le 35 de juin 1698 , m'apprend que les jésuites ont représenté au roi d Espagne que l'une des cinq propositions de Jansénius a été louée comme ca-

fi) Journal des Savans , d« i3 fani-.Vr 1687 , pag. 11. Voyei la remarque (D) , a lajin.

(5) Aux mois de juin el juillet 1697-

(6) Aria Eruailor. Lipsiens. mensium junit et juin, i(!97-

(•jj De 27 pages in-iî.

APAFI.

thoUque dans l'ouvrage de dou Nicolas Antonio. Us font semblant de ne vouloir pas attaquer le cardinal de Aguirre , qui a soutenu les frais de l'impression de cet ouvrage j mais il est facile de s'apercevoir qu'ils l'attaquent indirectement. Ils supposent qu'un janséniste a corrompu en cet endroit-là le texte d'Antonio. Voici le fond de l'affaire. Cet auteur reconnaît pour catholique cette proposition de Prudence, évêque de Troyes , que le sang de Je'sus-Christ a éfë versé pour tous les croyans , mais non pas pour ceux qui n'ont jamais cru , qui ne ci'oient et qui ne croiront jamais : Çuod sanguis Christi effusus sit pro omnibus credentibus , sed non pro Us qui nunquàm crediderunt, nec credunt, «eccref/ilM/ïiu/it. L'auteur de l'imprimé montre que cette proposition a pu être considérée comme catholique , et qu'ainsi l'on n'a eu aucune raison de rendre suspecte la foi de don Nicolas Antonio , ou celle de M. le cardinal d' Aguirre. Notez que cette éminence s'est fort déclarée contre les casuistes relâchés (8) , et qu'on croit que c'est la cause des mauvais oflices que les jésuites tâchent de lui rendre.

Apparemment ce ne seront pas les seules plaintes que l'on portera aux tribunaux contre ces deux tomes de la Bibliothèque d'Espagne. Je ne les ai point encore vus , et je doute qu'il y en ait aucun exemplaire dans les Provinces-Unies (9); mais je sais pourtant que l'auteur s'est déclaré avec la dernière force contre le prétendu Luitprand , et contre Higuera , qui le mit au jour, et qu'il a fait main basse .sur Aubert de Séville , sur les Chroniques de Dexter , sur Maxime , sur Julien , etc. Un jésuite espagnol (10) le remarque dans un ouvrage qu'il a publié en faveur de ses confrères d'Anvers , compilateurs des yicta Sanclorum. C'est là que j'ai vu quelques passages de don Nicolas Antonio sur ce sujet. Mais comme le marquis d'Agropoli, grand d'Espagne à double titre, n'a pu combattre ces historiens fa-

(8) Vojei sur cela plusieurs extraits de ses livres dans le IVtémorial d'un janse'nisle , que je citerai à l'article de Bellarmin , remarque (H).

(9) Te'crir ceci le 8 deJeWier i6qg.

(10) Aiitonius Xaramiliiis , in Àpologiâ pro Veritote , pa^. i6o, i6i. Cet ouvrage, traduit d'espagnol en latin par le jésuite Pierre Caot, « e'tif imprime' il Anvers ■, l'an 1C98.

buleux, sans s'exposer au chagrin d'être déféré à l'inquisition comme un écrivain traître à sa patrie (i i) , je ne puis comprendre que les moines de ce pays-là soient capables de laisser en repos la mémoire de notre Nicolas Antonio.

(11) Voyez l'article Vespasien, remarque D.

APAFI (Michel), prince de Transilvanie, fut promu à cette principauté l'an 1661 , sans qu'il y songeât. Ali Bassa, qui avait contraint Kimin-Janos d'abandonner la Transilvanie, craignait de ne pouvoir pas l'empécher d'y revenir , et d'y rendre sou parti supérieur par le moyen des troupes impériales. Il résolut donc de lui opposer un prince élu par les états du pays , sous la protection de la Porte. Pour cet effet , il demanda aux députés des villes de Transilvanie , s'il n'y avait pas dans les lieux qui s'étaient soumis à ses armes quelque grand seigneur transilvain qui fût digne de la principauté {a).

Ils lui indiquèrent Michel Apafi, qui se tenait dans son château d'Ebestfalve , et qui se sentait encore des longues incommodités qu'il avait souffertes parmi les Tar tares , dont enfin il se voyait délivré , moyennant une très-grosse rançon. Ali l'envoya chercher , sans lui faire dire son dessein. Apafi crut qu'on l'allait faire mourir (A) , et n'osa néanmoins refuser de suivre l'escorte qu'on lui avait envoyée. Sa femme , prête d'accoucher , se trouvadans de mortelles alarmes, le comptant déjà pour perdu. Il apprit, avant que d'être sorti de ses terres , qu'elle était heureu-

(a) Joaones Betlenius , Rerura Transilvani.e Ub. IIT,pag-. 246".

sèment accouchée d'un garçon :

il ne savait s'il devait se réjouir ou s'affliger de cette nouvelle ; mais les Turcs qui le menaient , et qui sans doute connaissaient bien mieux que lui les intentions d'Ali Bassa , lui dirent que cela

APAFI.

lut entreprendre de se maintenir ; mais ses efforts furent sans succès. Apafi fut obligé de joindre ses forces à celles des Turcs , pour le recouvrement des places que l'emperevir avait occupées dans la Transilvanie. La earni-

luiprésageait une heureuse prin- son impériale de Clausembourg cipauté. Ali le reçut honorable- se défendit très-long-temps ; de ment, et , peu de jours après, il sorte que les Turcs et Michel

le fît élire prince de Transilvanie Il fit en sorte qu'il parut que l'élection s'était faite légitimement:

il fit venir dans son armée le plus

Apafi levèrent ce siège avec honte (c). On négocia vainement sur l'évacuation de ces places , il en fallut venir à la guerre ouverte

u'il put de gentilshommes de (df). Elle fut heureuse aux Turcs,

'ransilvanie , et leur témoigna l'an i663; mais l'année suivan-

qu'il souhaitait que , conjointe- te ils perdirent la fameuse ba-

ment avec les députés des villes , ils choisissent quelqu'un d'eux pour être leur prince , et leur promit de conférer au nom du sultan les marques de la principauté à celui qu'ils éliraient {b)

taille de Saint-Gothard , après quoi le grand visir consentit à une trêve de vingt ans. Apafi traita , en it64 , avec les garnisons impériales de Clausembourg et de Zatmar , qui lui livrèrent Voilà comment Michel Apafi de- ces deux villes (e). Il vécut sous vint prince de Transilvanie, sans la protection de la Porte, dans

avoir brigué , et sans s'y être attendu (B). Il était de grande naissance (C) , à la vérité ; mais d'un naturel tranquille , et que

une grande indépendance de la cour de Vienne , pendant la trêve des deux empires. 11 favorisa d'abord les mécontens de

la longue prison de Crimée avait Hongrie , sans rompre avec l'em-

fort humilié. Kimin-Janos, qui attendait des merveilles de sa jonction avec les impériaux commandés par le comte Montecuculi , se vit bien trompé ; car

pereur; mais enfin , il entreprit une guerre ouverte pour eux , et en exposa les raisons dans un manifeste latin , qu'il adressa à tous les princes chrétiens (E).

dès qu'on eut su l'état des forces Les Turcs rompirent avec l'emottomanes, Montecuculi trouva pereur l'an i683, et entrèrent beaucoup plus à propos de s'en retourner en Hongrie , que de hasarder un combat. Cette retraite donna lieu aux Turcs de faire mille ravages ; et ils gagnèrent en Transilvanie un combat , oii Kimin Janos fut tué au mois de janvier 1662 (D). Son fils vou-

iJA Ex «vdem Bellcnio, pag. zlfi et 349-

dans la Hongrie avec une armée si formidable , qu'elle pénétra jusqu'à Vienne avec la dernière facilité. Ces heureux commence-

(c) Le govverneur s^ appelai!. David Rettani. C'étiiU un f^enilien , bon ingénieur. Vianoli, Hist. Veneta, loin. II, pag. tiCip.

{(1) Ex Betlenio in Historiâ Rerum TransilvaQix.

(e) Bunonis Nol. in Phil. Cluverii Introduct. goug., pag. 281.

APAFI

meus lurent suivis d'au revers épouvantable. Le grand visir leva le siège de Vienne ; et depuis ce temps-là , ce ne furent plus que pertes sur pertes , que malheurs sur malheurs dans le parti ottoman. La Transilvanie tomba sous la discrétion des troupes impériales , et y est encore ; et bien loin qu'Apafi ait travaillé à la liberté de la Hongrie , qu'au contraire , il a été cause que ce royaume a perdu l'ombre de liberté qui lui restait (F) ; car il n'est plus électif présentement : il a été regardé comme un pays de conquête ; et sur ce pied-là , il est érigé en royaume héréditaire. Apafi mourut à Weissembourg , vers la fin d'avril ■*'' i6go(G). Les Turcs tâchèrent de mettre le comte Tékéli à sa place; mais il n'eut pas le bonheur de profiter de l'irruption qu'il avait faite dans le pays {f). La présence du prince Louis de Bade le fondit , pour ainsi dire , comme le soleil fond la neige ; et depuis ce temps-là , jusqu'au temps oii j'écris ceci {g) , il n'a guère troublé le nouveau prince titulaire de Transilvanie. C'est le fils de Michel Apafi *''.

*' Joly dit que ce fut le i5 avril.

(,/") Pendant la campagne de i6qo*

(^) Au mois de/éfrier 1699.

'^ Joly ajoute q^ue ce fils s'appela Michel II. Ne' en 167b , il avait succède' à son père en 1690, fut dépouille' en 1699 de sa priacipautc par le Traité de Carlovitz , qui la céda à l'empereur; il obtint de la cour de Vienne la modique pension de mille florins et mourut le l"'. février 1713.

(A) Apafi, mandé par Ali Bassa, crut qu'on l' allait faire mourir.'} J'ajoute plus de foi à cela qu'à ceux qui disent que c'était un homme ambitieux. J'ai cité un auteur qui était bien

lufonué : il vivait en ce temps-là , et il avait des charges en Transilvanie, qui lui donnaient toutes sortes de moyens de savoir le fond des choses (i). Or, il raconte d'une manière qui paraît fort ingénue qu'Apafi devint prince de Transilvanie sans y avoir rien contribué ^ et il affirme que ce n'était point un homme ambitieux.

Cependant , c'est une faute fort excusable d'avoir dit qu'Apafi.... ai'ait assurément des qualités qui le ren' datent digne d'une principauté ; qu'a ■ t^ec cela, il a^'ait une ambition proportionnée a son GRAND cœur (2) • car , pour l'oidinaire , ceux qui montent à ces principautés électives , au milieu des troubles excités par les concurrens , ont l'âme très-ambitieuse.

Un auteur français , qui a publié une histoire des troubles de Hongrie , ne représente point Michel Apafi comme un prince qui cherchât à s'agrandir 5 ">'' lorsqu'il parle de la résolution

qui fut prise par les protestans hongrois de se liguer avec ceux de Transilvanie , pour maintenir , l'épée à la main , la liberté de conscience , il ajoute ces paroles : La princesse, femme d'un esprit turbulent , et extrêmement attachée aux erreurs de Caluin sollicitait puissamment cette union , tandis que son mari , plus paisible, ne s'occupait qu'à la chasse et a la coni'ersalion des savons (3).

(B) Il devint prince de Transilvanie , sans avoir brigué et sans s'y être attendu. ] C'est de quoi j'ai déjà parlé dans la remarque précédente. 11 ne me reste qu'à marquer quelques auteurs qui ne paraissent pas avoir été bien informés de la manière dont il fut élu. Au commencement de l'année i663 , dit l'un d'eux (4) , Kimin Janos fut défait et perdit la fie.... Les Turcs , ne trouvant plus rien qui leur résistât, se rendirent maîtres de toute la Transilvanie , à la réserve des places dont les impériaux avaient pris

(i) yoici les litres qu'il prend h la tête de son Histoire de Transilvanie, imprimée à Amsterdam , en 1664 , i/!-i2 : Joannes Betlenias , Cornes Comitatûs Albensis , regni Transilvaaiœ Consiliarius , Cancellarius , ac scdis Siculicalis Udvarliely Capitaneiis suprenius , etc.

(2) Ricaut, Histoire de Mahomet lY, pag. 292.

(S) Histoire des troubles de Hongrie , liv. II,

" ''l?„i^^^ ' P^S- 75 de l'édition d'Amsterdam, en 1080.

(4) Idem , iic. l, pag. 41.

APAFI.

possession. Michel Abaffi , qui m'ait été élu à la place de liimin Janos , demanda la paix aux 2'urcs; et, pour cet effet, Uali-Bassa entra en négociation ai'ec le baron de Grez, Ce discours signifie nettement : i°. qu'Apafi fut en guerre avec les Turcs dès qu'il se vit sur le trône de Transilvanie j a°. qu'il ne fut élu qu'après la mort de Kimin Janos , et , par conséquent , qu'il ne fut élu qu'en i663. Tout cela est faux. Il fut élu pendant la vie de Kimin Janos, l'an 1661 , et par la recommandation d'Ali Bassa. D'ailleurs Kimin Janos fut tué au mois de janvier 1662. L'auteur de la Vie du comte de Tékéli ( 5 ) rapporte , sur un on dit , que Michel Apaji fut élevé par les Turcs à la principauté de Transilt'anie , parce r/u'il leur promettait un tribut plus considérable. Renvoyons cette promesse au même lieu que ces autres compétiteurs qu'il eut , et qui s'adressèrent au grand-seigneur , à ce que dit le mal informé M. Moréri.

(C) Il était de grande naissance. ] Ecoutons l'auteur que j'ai déjà cité plus d'une fois. Hic ( Michel Apafi ) erat , dit-il (6) , ex antiquissimâ magnatuni Jamilid ortus , plus , sed tant naturâ , quant propter diuturnas carceris crimensis molestias , pliis justo demissus ac lenis , ut adepto etiam principatu nimiœ h plerisque lenitatis insimularetur. Ces paroles : Ex antiquissimâ magnatum familid , réfutent pleinement M. Moréri , qui a dit que Michel Abafii était fils d'un magistrat de la uille d' Uarmenstad , capitale de la Transili'anie *. C'est sans doute sur la foi de ce Dictionnaire que l'auteur du Mercure Historique assure le même fait (7).

(D) Kimin Janos fut tué au mois de jani'ier 1662.] J'ai déjà réfuté celui qui a dit que ce fut au commencement de l'année i663. Voici une autre réfutation à faire. M. Ricaut débite que Kimin Janos , ayant été battu près de Clausembourg , résolut , quel-

(5) Pag. 18 de l'édition de Van i6<j4-

(6) BctleDius, Rer. Trausilvaniïe, pag. 247- * Joly r.Tpporle un passage d'un écrivain du

pays d'ApaG oîj son pèretst qualifié : Consiliarius statut intinius Gahrtelis piincipis Transilvanioc. Paul Wallazzcy, auteur du Ccnspectus riipublicœ liUeraritK in Hungarid, 1785,10-8°. seconde édition , lîudc , 1808, in-S". , ne parle pas de la généalogie d'Apafi.

(7) Mois de mars 1690, pag. 490.

que temps après , de tenter une seconde fois la fortune ; qu'il donna bataille aux Turcs , a quelque dislance de Presbourg; que le succès fut assez long-temps incertain j mais qu'il fallut céder au nombre , et que Kimin Janos ayant pris la fuite , fut reni-'ersé de cheual par ses propres gens , qui le foulèrent aux pieds. Cet historien remarque que les Turcs tuèrent ou firent prisonniers cinquante mille chrétiens , à la bataille de Clausembourg , et qu'un peu auparavant ils évitèrent le combat , parce que les troupes de l'empereur et celles de Kimin Janos étaient supérieures aux leurs (8). Je ne trouve rien de cela dans mon auteur transilvain. 11 m'apprend , au contraire , que Montécuculi et Kimin Janos , s'étant avancés jusqu'au delà de Clausembourg, fuient informés que l'armée d'Aii Bassa était quatre fois plus forte que la leurj si bien que Montécuculi déclara à Kimin Janos que , vu le mauvais état où était l'infanterie, à cause de la disette de vivres qu'elle avait soufferte, il ne voulait point risquer les troupes de Sa Majesté Impériale (g). Kimin Janos, au désespoir, et retenant à peine ses larmes sur cette déclaration (lo) , fut contraint de retourner en Hongrie avec Montécuculi. 11 ne donna point d'autre combat que celui où il fut tué : il le donna , non pas en Hongrie , proche de Presbourg^ mais dans la Transilvanie , proche d'un village nommé Hetur , le 23 de janvier 1662 (i i). L'historien remarque que la faim et les maladies firent périr environ cinq mille soldats de l'armée de Montécuculi (12). Cette circonstance , jointe à ce qui a été dit ci-dessus , ne rend pas trop digne de foi ce que dit M. Ricaut , que les forces de l'empereur et celles du prince Kemini , jointes ensemble , formaient une armée si belle et si nombreuse que l'on eût dit qu'elle allait non - seulement défendre les frontières de la chrétienté , mais disputer aux Otlomans l'empire de tout le monde (i3). Com-

(8) Ricaut, Histoire de Mahomet IV, pag. 292 , 293 , a l'an 1661.

(9) iietlenius , pag. 25i.

(10) Idem , pag. 252.

(11) Idem, pag. 284, 285-

(12) Idem , pag. 254-

(i3) Ricaut , Histoire de Mahomet IV, pag.

APAFI.

ment cela , puisque l'armëe ottomane était quatre fois plus forte ? Mais quel moyen de comprendre cette victoire des Turcs près de Clausembourg, qui coûta cinquante raille hommes aux chrétiens : quel moyen , dis-je , de la comprendre , lorsqu'on n'en voit pas un mot dans l'historien de ïransilvanic ? Les Turcs ont-ils à Constautinople des gazetiers qui , à l'envi des chrétiens , composent d&s victoires imaginaires ?

(E) Il exposa ses raisons dans un manifeste latin , qu'il adressa à tous les princes chrétiens. ] J'en ai un exemplaire imprimé l'an 1682, sur la copie de Transilvanie. Mais comme il n'y a nulle date au manifeste de Michel Apafi , et que mon édition ne marque pas en quel temps fut faite celle de Transilvanie , je n'oserais assurer que ce prince déclara la guerre en 1682; car je vois dans la vie du comte Tékéli (i4) , qu'en 1681 , Abaffî le vint joindre flp'ec une armée de T'ransili^ains , et qu'il entreprit avec lui le siège de Zathmar. L'auteur de l'Histoire des troubles de Hongrie parle de ce siège sous la même année (i5), et nous apprend que Michel Apafi se rendit maître delà ville (16), mais que, n'ayant pu réduire la citadelle , il se retira, et qu'il perdit tout son bagage dans la retraite (17) ^ qu'on n'a pu bien pénétrer la véritable cause de cette disgrâce (18) ; que les uns l'attribuaient à une mésintelligence survenue entre le comte Tékéli , et Téléki qui commandait les troupes de Transilvanie à ce siège ; qu'on accusait ce dernier de s'être servi de mauvaise poudre , qui ne faisait nul effet j quo, selon d'autres, le prince Apaffi rî avait pas voulu luimême s'en rendre maître , sur l'at'is qu'il a^>ait eu que le grand-seigneur prétendait qu'il lui remit cette place entre les mains ; qu'il est certain , (juoi qu'il en soit , que le bassa , qui commandait les Turcs à ce siège , envoya à Constantinople de grands mémoires contre ce prince, ce qui l'obli-

(i4) Pag. 104.

(i5) Dans VédUion d'Ainslerdam , en 1686 , on marque au haut des pages l'an 1680. Celle faute peut tromper ceux qui n'y regardent pas de près.

(16) Liv. Vin , pag. 3o.

(i7)Pflg. 39.

(«8) Pag. 32.

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