TOmE II
gea de retourner en son pays, de peur qu'il n'y arrii'dt quelque changement pendant son absence. Voilà comment cet historien rapporte les discours des raisonneurs. Le Mercure historique et politique les a copiés fidèlement (19).
(F) // a été cause que le royaume de Hongrie a perdu l'ombre de liberté qui lui restait."] On aurait tort sur cela de l'accuser d'imprudence; car jamais on n'a eu plus de raisons de .se promettre un bon succès. Les seules forces des mécontens avaient jusque-là tenu en échec les troupes impériales.
Que ne pouvait-on donc pas attendre raisonnablement des préparatifs extraordinaires du grand-seigneur , qui avait promis monts et merveilles à Tékéli? Par une de ces fatales conjonctures, que la providence de Dieu se plaît à produire de temps en temps pour confondre les espérances humaines les mieux fondées , il est arrivé qu'Apafi , non-seulement n'a rien fait en faveur de la Hongrie ; mais aussi , quïl a jeté son propre pays dans la servitude. Sic erat infatis. 11 est arrivé qu'aulieu d'aflaiblir la maison d'Autriche , on l'a tirée de sa décadence j on l'a remise en état de rentrer dans la supériorité j on lui a redonné toute la couronne de Hongrie j on a fait des états du Turc une source inépuisable de bonnes nouvelles pour la ligue qui s'est formée contre la France durant le cours de la guerre. Faut-il dire pour cela qu'Apafi a été un étourdi et un téméraire (20) ? Nullement , à moins qu'on ne veuille qualifier de la sorte tous ceux qui ne savent pas prévoir les événemens les plus contraires aux apparences. Les plus excellens politiques n'auraient-ils pas garanti que la France pousserait à la roue de son côté , pendant que les Turcs agiraient de l'autre ? Qui aurait jamais pu se persuader qu'elle se tiendrait six ans de suite dans l'inaction , autant qu'elle a fait , au milieu des occasions les plus favorables de s'agrandir que jamais nation ait eues ? Apafi , Tékéli, et leurs adhérens , sont fort excusables de n'avoir pu deviner qu'on aimerait mieux faire la guerre à l'édit de Nantes qu'à la maison d'Autriche.
(ig) Mois de mai 1690 , pag, 492 ; mais il met le siège de Zathmar en 1G60.
(20) Voyez la remarque (G) de l'article
102 APELLES
Ce que j'ai dit des bonnes nouvelles (B). Il fut si estimé de ce prince ,
qui nous viennent de Turquie (21) n'est ignore de personne. Nos gazetiers et nos autres nouvellistes ne nous disent presque jamais de ce pays-là rien qui ne soit propre à rejouir. Le murmure des peuples , leur misère , leurs vœux pour la paix , la discorde dans le divan ^ un premier visir étrangle , des factions formidables , des pestes et des incendies à Constantinople, des soulèvemens en Egypte, en Arabie, en Syrie, et cent autres choses de cette nature qui viennent par les courriers d'Allemagne , tantôt cellesci , tantôt celles-là , ne sont-ce pas de bonnes nouvelles ? Combien de victoires effectives , combien de villes prises , combien de partis défaits , combien de courses heureusement exécutées dans le pays ennemi , n'a-t-on pas eu raison de publier pendant les étés , et quelles espérances de paix n'a-t-on pas données pendant les hivers? 11 n'est pas jusqu'à la levée du siège de Belgrade en lôgî, qu'on n'ait débitée comme un bon événement , puisqu'à tout prendre , les troupes impériales avaient exécuté leurs principales intentions , qui étaient d'empêcher les Ottomans de faire irruption en Transilvanie. Quelqu'un disait peu après la réduction de l'Irlande , qu'on eût bien fait d'y entretenir long-temps la guene, atin d'avoir un fonds assuré de nouvelles avantageuses , et dans l'Oi'ient et dans l'Occident.
(G) jipafimouruta ff^eissembourg, i>ers la fin d'avril i6go.] Les nouvellistes ont été appointés contraires sur les circonstances de sa mort. Les uns
qu'il fut le seul qui obtint la permission de le peindre (à). Il en obtint une autre marque d'une singulière considération ; car Alexandre lui ayant donné à peindre l'une de ses concubines , et l'en voyant amoureux , la lui céda (C). Il y a lieu de douter qu'Apelles ait abusé autant qu'on le dit de la bonté de ce gratid monarque (D) : il était apparemment trop bon courtisan pour ignorer qu'un discours aussi peu respectueux que celui qu'on lui attribue était fort capable de déplaire. La réponse qu'il fit touchant Lais ne fait point d'honneur à ses mœurs (E).
On a fort parlé de son tableau de la Calomnie ; mais presque personne ne s'est aperçu des erreurs qui se rencontrent dans la narration du fait qui fut cause de ce tableau (F). Le Traité oii Lucien parle de cela , est une excellente pièce (b). Le chef-d'œuvre d'Apeîles était le portrait de Vénus sortant de la mer (G). Quelques-uns disent que la maîtresse qu'Alexandre lui avait cédée
lui servit d'original quand il
, ,. , ,., ... , voulut faire ce portrait : d'au-
ont publie qu il mourut subitement . ,. . ^ , .-
dans l'assemblée des étals de Transil- t«;es disent que la courtisane
vanic (23) , les autres qu'il mourut Phryne servit à cela. On parle
après avoir été long -temps malade (23). Tous conviennent qu'il mourut à Weissembourg (24).
(21) J'écrivais ceci en i6g4 : je n'jr change lien dans la seconde e'dilion.
(22) Ga7etle de Paris, du 20 mai i6go.
(23) Mercure historique, mois de mai i6go , pag. 4go. Vie du comte Tékéli , pag. 263.
(24) La Vie du comte Tékéli dit à Albe-Jule. C^esl la même ville que Weissembourg.
APELLES , l'un des plus illustres peintres de l'antiquité , était natif de l'île de Co (A), et flori.ssait au temps d'Alexandre
d'un autre portrait de Vénus , qu'il avait commencé , qui aurait surpassé le premier , si la mort ne l'eût empêché de le finir (H). M. Moréri a pris l'un de ces tableaux pour l'autre (I) , et n'a jîas bien rapporté ce qui
(a) fojrez les remarques de l'article Ly- SIPPE. (Bayle n'a pas donné cet article J
(b) Il a pour litre, Tlift Toi/ fjin fct-Sicet TrurTiùiiv cTiotCoAM : de non teraerè credendo calumni.T.
APELLES. ,63
concerne la peinture d'un che- uns lisent Cois et les autres Cous. Le val (K). Il n'y avait point d'af- 8'^''°'* "«'"^''^ d'auteurs qui donnent
faire si importante qui pût obliger Apelles d'être un jour sans appliquer son pinceau , d'où naquit un fameux proverbe (L).
Les livres que ce grand peintre avait composés sur la peinture sont tous perdus (c). On ne sait ni oii , ni quand il mourut. Une
une autre patrie à Apelles ol)ligea le Mazzoni ù soutenir la cause d'Ovide j mais au lieu de Co , il avance que ce poète a dit Chio (5). Trois auteurs de poids font Apelles natif d'Éphèse (6).
Suidas le fait natif de Colophon , et ajoute que la ville d'Ephèse l'adopta.
(B) U florissait au temps d'Alexandre. ] On ne peut nier qu'il ne fv\t déjà au faîte de sa réputation lorsque ce prince commença la conquête
de ses principales perfections jg l'Asie , c'est-à-dire ,' dans la i 1 1^.
était de rendre ses ouvrages ex- olympiade. L'aventure d'Apelles à la
trêmement ressemblans , de sorte ÇO"»' d'Égvpte fait voir qu'il survécut
1 V • „♦„„ „« j„ • a Alexandre. C est donc une faute que
que les physionomistes ne devi- a a \% ■ ■ 'i ? •.
T- , V J . de dire avec Alajoragius , qu u était
liaient pas moins sur ses por- ■■•'"••• - ■
traits , que s'ils avaient vu les originaux (M). On peut rapporter à cela ce qu'il fit à la cour d'Egypte {d).
(c) yoluminibiis etiam edilis quœ doclrinam eam continent. Plin. , lib. XXXy , cap. X.
{d) Voj'cz la remarque (B).
(A) // était natif de l'île de Co. ] Je n'ai trouve' que deux auteurs qui le disent : encore faut -il supposer que l'un d'eux n'avait point écrit ce que la plupart des éditions lui font dire ; mais qu'au lieu de ces paroles , Apelles eo usquè olympiade i ii proi'ectus, ut plura solus propè quant cœteri omnes coniulerit , il employa celles-ci : Apelles Cous olympiade 1 1 a picturœ plura solus propè quant cœteri omnes conlulit (i). Turnèhe avait conjecturé qu'il fallait lire Apelles Cous , et non pas Apelles eo usquè. Sa conjecture a été confirmée par le manuscrit du Vatican (a) , et par ceux de la bibliothe'que du roi et de la bibliothèque de M. Colbert (3). L'autre témoin est Ovide. Il parle ainsi :
Vl y^enus artificis labor est et gloria Coi , .^quoreo madidas quee premil imbre comas (4).
Nous parlons dans la remarque (I) d'un autre passage de ce poète , où les
(i) Plinius , lib XXXV, cap. X.
(■i) Voyez Carlo Dali dans ses Apostilles sur la Vie (i'Apelles, pag. 104.
(3) Voyez le P. Hardouin sur Pline, tom. V, pag. 264.
(4) Ovtd., de Ponto, lib IV, eleg, l, vs. 29.
élève de Zeuxis : la distance de plus de 130 ans , qui est entre la 84'- olympiade, où Zeuxis était dans sa fleur (7) , et le règne du premier Ptolome'e , ne permet pas cela. C'est Carlo Dati qui relève cette faute de Majoragius :
iVon so , dit-il (8), coa quai jondaniento Marcantonio Majoraggio nel Commento sopra l'Orat. di Cicer. an, diccise che Apelle J'osse sculare di Zeusi , quando tra l'uno e l'altro corse l'eta d'unuomo. Voici ce que c'est que l'aventure de la cour d'Egypte. Apelles n'avait pas eu le bonheur de se faire aimer de Ptolomée à la cour d'Alexandre. La tempête l'obligea à. relâcher à Alexandrie pendant le règne de Ptolomée. Un fourbe , pour lui jouer un mauvais tour , lui alla dire que le roi l'invitait à son dîner. Apelles se pre'senta ; et voyant le roi fort ea colère , il allégua pour son excuse , qu'il ne venait que par son ordre. On voulut qu'il montrât celui qui l'avait invité : cela n'était point possible j car le fourbe n'était point alors dans la chambre. Apelles se mita le crayonner sur la muraille avec un charbon :
Ptolomée le reconnut dès les premiers traits : Non fuerat ei gratia in comitalu Alexandri cum Plolemœo , quo
(5) Dlfesa di Dante, lib. III, cap. XVI, appres. Carlo Dati , Postllle sopra la Vita d'Apeile, pag. io3.
(6J Slrabo, lib. XIV ; Lucianus, de Cnlnmn.; ^lian. Histor. Anira. , lib IV , cap. L. Voyez. aussi Tielihs , chil. VJII, hist. CXCVII, vs. ig3.
(1) Voyet la remarque (A) de l'article Zeuxis.
(8) Carlo Dati , Poftille sopra la "Vita d'ApeU*, pa^. I05.
APELLES
régnante Alexandriam vi tempestatis eral auctorilati juris in regem alioqui expulsas , subornato fraude œmulorum iracundum (i3). Il n'est point croya- . • •.....•.-...„ j..„„;, ui- „..'A„„ii„^ „;t „.. ;„^„ ,...'..
piano regio int'itatus , ad régis cœnam t^enit , indignantique Ptolemœo et wocatores suos oslendenli ut dicerel à quo ^orum inuilatus esset , arreplo carbone exstincto èfoculo imaginent in pariete delineai'it, agnoscenle l'ullumplani rege ex inchoato protiniis (9).
(C) Alexandre.... le uoyant amoureux de l'une de ses concubines la
lui céda. ] Pline raconte la chose de cette manière. Alexander ei honorera
ble qu'Apelies ait pu espérer qu'une expression aussi forte que celle-là , de quelque manière qu'on s'en servît , serait prise en bonne part ; et l'on a de la peine à croire qu'Alexandre , qui avait etè si bien instruit et dont le génie était si beau , ait parlé assez impertinemment de la peinture, pour mériter la moquerie du plus petit apprenti. C'est le sentiment du docte Freinshemius : Non crediderim in oj-
clarissimo prœbuit exeniplo , nanique Jiclnâ imperitè multa disserentem ab <:iim dileclam sibi è pallacis suis prœ- Apelle mordaci dicterio repressum cipuè , nontine Campaspen , nudani fuisse. JVam id neque majestati tanti pineiob admiralionemjormœ ab Apel- régis, neque inodestiœ pictoris , homile jussisset , eunique tum pari captum nis non stupidinec indocli conuenisset ;
amore sensisset, dono eam dédit. Magnus animo , major imperio sut : nec minor hoc facto , quàm victoriâ aliquâ ; quippè se uicit , nec torum tantum suum , sed etiam ojf'ectum dona- %'it arlijici : ne dileclœ quidem respecta motus , ut quce modo régis fuisset, nunc pictoris esset. Sunt qui yenerem Anadyomenen illo pictam exemplari putant (10). Élien parle de la même histoire j mais il donne le nom de Pancaste à cette maîtresse d'Alexandre
et Alexander liberalibus studiis ab extrême cetate imbutus , etiam. de arlibus quas non calleret haud inepte judic are didicerat {1 ^) . Pour ce qui est de Mégabyze , prêtre de Diane (i5), il ne serait pas si étonnant qu'Apelies lui eût donné cet avis. C'est lui , si nous en croyons Plutarque , qui fut censuré de cette manière par Apelles : IVe t'oyez-i^ous pas, lui dit- il, que ces garçons qui broient l'ocre , et qui , pendant que i^ous ne disiez mot , ne
(i i). L'article de ce prince contiendra jetaient sur i^ous que des regards de
une remarque sur ce sujet (12) : nous respect , à cause de l'or et de ta pour-
ferons voir qu'un homme qui don- pre de i'os habits , ne i^ous ont pas
nait à peindre toute nue la plus belle plus tôt ouï raisonner d'une chose que
de ses concubines ne mérite pas les v/ous n'entendez pas, qu'ils se sont
éloges de continent et de chaste qui lui ont été donnés.
(D) Il y a lieu de douter qu'il ail abusé autant qu'on le dit de la bonté d'Alexandre.'} Pline a beau dire qu'Apelies s'était rendu agréable à ce prince, par sa politesse et par sa douceur, il aura de la peine à persuader à ceux qui connaissent Alexandre . qu'un peintre lui ait dit impunément : Taisez-uous , les garçons qui broient mes couleurs se moquent de t^ous. Fuit et comilas illi propter quam gratior Alexandro Magno eral fréquenter in qfficinani i^entitanti.... Sed et in (fjficind imperitè multa disserenti silentium comiter suadebat , rideri eum dicens à pusris qui colores tererenl. Tantitm
(9) Plinius , lib. XXXr, cap. X.
(10) Idem, ibid.
(11) ^.llani Var. Hist. , Ub. XII
XXXI y.
cap.
(13) Voyei les remarques (II) cl (I) de Vartiele Macédoihe. ?
moques de vous (16) ? Un autre auteur dit que ce fut Zeuxis qui parla ainsi à Mégabyze (17.) On pourrait me persuader plus facilement la liberté dont on dit qu'Apelies usa envers Alexandre dans une autre rencontre. Alexandre ayant examiné son portrait , qu'Apelies venait de faire , ne le loua point selon son mérite. Peu après , on lit venir un cheval, qui hennit à la vue du cheval du même portrait , comme s'il eût vu un vrai cheval, aire,
(i3) Plinius, lib. XXXV , cap. X.
(i^^T'ielnshem. Supplem.,ia Curtiuiii,2(&, //,
cap. ri.
{i5) Plit.tipurs sa^ans croient que Me'gabyze était un nom ajfecte' au prêtre de Diane. D'autres riitendent ici par Me'gabj'ie , un grand seigneur de Perse,
(16) Plntarcliiis de Discrim. Adulât, et Amici, pag. 58; et de Tranquill. Ânimi , pag. 4?', 47^-
(17) 7i:iiani Vav. Hist., lib. II, cap. II. Freiuslieraius, dans le chap. VI du II'- liv. de ses Supplcniens à Quinle-Curce, le cite comme lyanl aUribuc cela à Apellet.
APELLES
dit alors Apelles à Alexandre , on dirait que ce chei^al se connaît mieux en peinture que ne fait votre majesté (i8). Mais, pour dire franciiement ce que j'en pense , je trouve tout cela trop dur , trop grossier et trop brutal , pour l'attribuer à un peintre qu'on me représente d'ailleurs comme un homme doux , civil et poli. Il faut être, ou sur le pied de bouffon dans une cour , ou avoir cette humeur bizarre et capricieuse que l'on voit assez souvent dans les artistes les plus consomme's : il faut, dis-je , recourir à l'une ou à l'autre de ces deux suppositions , pour croire ce que l'on conte d'ApeUes , non - seulement envers Alexandre, mais aussi envers ce Mégabyze, que l'or et la pourpre faisaient respecter.
Le discours d'Apelles à Alexandre , au sujet du cheval qui avait henni , est plus hounête dans les traductions de quelques sa vans, qu'il ne l'est dans l'original ,• mais cette addition d'honnêteté ne leur fait guère d'honneur :
et Erasme, d'avoir très-mal rapporte cette historiette (ai). Je m'élonne que Phrie l'ait ignorée , lui qui rapporte quelque chose touchant le hennissement d'un cheval. Voyez ci-dessous la remarque (K).
(E) La réponse qu'il Jît touchant Laïs ne fait point d'honneur h ses mœurs. ] Elle était encore jeune fille , lorsqu'Apelles la voyant révenir de la fontaine et admirant sa beauté , 1,-j cajola de telle sorte qu elle alla où il voulut. Il la mena à un repas . où quelques-uns de ses amis se devaient trouver : ils se moquèrent de lui , de ce qu'au lieu d'amener une courtisane, il amenait une pucelle : JVe vous en mettez pas en peine, leur répondit-il • "'«" sojez point surpris : je la dresserai si bien , qu'avant que trois ans se passent , elle saura son métier en per- Jeclion. XXsi/at^-otvTcov cT' an/rov tmi «tsiit pajv oTi àvS' iTst'tpctç Trstpiîvov ik rà a-Uf/.7roa-iov «.■^«.■joi, /u.>iQci.vjuiiT»ti , UTTiV; s>œ yttp aÙTHV iiç /uîxxau3-a.v /i.7riKttua-tt IJ.i'v oui' g'ahv rpuria-v x.a.\iiv Sil^ca (22).
*.»^.,..,iv, ..i, n,n, laii gucic u iiuuiicul . r^' • ^»'" uAni' ■ifivtia.v kolahv oiircc 1221.
c'est une faute , c'est une ignorance. Irrisus autem à familiaribus , qubd
Voyons le grec : [AXê|otvJ>oc Sêas-ct^/êvoç Txv êv E<|iso-ia i'iKovx IclvtoZ t^v Ûtto ^TriKKou •ypcL(^ii<ra.v oùx. iTrtivifi Kurà.
TKV li^lltV TOU ypÂjU/UATOÇ. EiV*;^^9lvToç • £ TO? 'iTrTrOtl KOLI P^pê^ÉTlVslVTOÇ TTpOÇ TOV ITTTroil TOV IV TK iinôvt ùéç TTpOÇ ÀXtlâlVOV
meretricis loco virginem adduxisset , « IVolite mirari , inquit , miki etenim » non loto opus erit iriennio ut eam » ad futurœ volufjtatis usum pulchrs » doctam institutanique reddere va- ... t. -vu», c*!, /.fiui u./Mi'jivuv ^> leam. » Ne dirait-on pas qu'il s'a ncti tKiitov , à CoLiTiKiu {ilTTîv 'a'ATriKxii;) gissait d'un jeune cheval , qui ne sa- «XX 0 yi 'iTTTroç £oiK€ a-ou ypùL<^iKciTipoç vait pas le manège; mais qui, entre tlytti KxrÀ TToxù (19). Voici de quelle les mains d'un excellent écuyer, ap-
raanière Érasme rapporte ce fait .
Apud Ephesum quùm Alexander conspectam ejffigiem sui corporis ad vivant magnd arte expressam admiraretur , atque intérim forte equus inductus picto in eâJem tabula equo adhinniret , deceptus imitatione ; Apelles ;
prendrait toutes sortes de voltes et d'exercices? On a horreur, quand on songe à la corruption de ces siècles-là. Les amis d'Apelles témoignaient encore plus de dérèglement que lui (23). Lais devint une des plus renommées courtisanes de son siècle.
Equus, inquit, ô rex , multb meliùs Les peintres allaient chez elle, pour expressus est quam tu (20). Je laisse là y prendre le modèle d'une belle gorge
(■24). Apelles, en tant que peintre , se servit sans doute de ce même original:
les circonstances qu'Érasme rapporte sans les avoir trouvées dans Élien ; je m'arrête à la réflexion qu'il fait faire au peintre : Sire, j'ai beaucoup mieux réussi h peindre votre cheval qu'a peindre votre majesté. Ce n'est point le sens du grec : un savant critique a montre que ypaL<^i)ioi; signifie un homme qui entend la peinture; et il a convaincu par-là Cœlius Rhodiginus
(18) JElian! Var. Hist. , lib. Il , cap. III.
(19) Idem , ibid.
(20) Erasm. , m Apophthegm.
IVemini dubium esse polest quin banc ipsam quoque Ln'ideni sibi veluti in contubernium adsciverit Apelles , quo vivant eniendatissimœ formœ imagi-
(21) Paulus Leopardus , Emendationum lib. XII, cap. IK.
(=2) Allien. , Ub. XIII, pag. .588. D.
(23) Riclielet, dans son Dictionnaire, au mot Pucelage, rapporte qu'on dit que le pucelage , en matière de filles , e.it le ragoût des
SDtS.
(a4) Alhen. , lib. XIII, pag. 5SS. D. E. L.
APELLES
vie. Il faut établir de deux choses l'une : ou que Lucien parle d'un
nem ab animali exemplo in tabulas
(Y) Personne ne s'est aperçu des er- Apelles diflerent de celui qui fut si reurs qui se rencontrent dans 'la narra- considère d'Alexandre ; ou qu il a coniion du fait de son tableau de la Calomnie.l Voici comment Lucien Tex-
lomnie.} Voici com pose. Le peintre Antiphilus , ne pouvant soufirir la faveur dont Apelles jouissait auprès du roi Ptolomëe, l'accusa d'être complice de la conspiration de Théodote , gouverneur de Phenicie. 11 soiitint que l'on avait vu Apelles dînant avec Thëodote et lui parlant à l'oreille pendant tout le re-
{)as : puis il vint apprendre que , par e conseil d'Apelles , la ville de Tyr s'était révoltée et que celle de Pélusium avait été prise. Cependant il était certain que l'accusé n'avait point été à Tyr et qu'il ne connaissait Théodote que sous la qualité générale de gouverneur de Phénicie. Ptolomée s'emporta de telle sorte que , sans rien examiner , il fut tout prêt de faire
fondu quelque complot tramé sous Ptolomée Philadelphe , avec la trahison de Théodote. N'y ayant point d'auteur qui nous puisse fournir des lumières sur quelque complot où la calomnie ait pu mêler notre peintre , ce serait peine perdue que de rechercher le fondement de l'erreur de Lucien. Voyons seulement s'il a eu en vue un autre Apelles que celui dont je parle dans cet article. Je ne saurais me le figurer; car tout homme qui sait écrire se garde bien , lorsqu'il fait mention d'un peintre qui n'a rien de commun que le nom avec le grand et l'incomparable Apelles , de le nommer simplement Apelles. Il avertit qu'il ne parle pas du ^rand Apelles. Or , Lucien n'avertit point de cela , et tout ce qu'il dit mène en li-
mourir Apelles. Une considéra, ni la gne droite au grand Apelles : cest
*-.« • Il 1 j JaI.-ii ^ii'il «% va l'An ri r^avlof JQ
donc de lui qu'il prétend parler.
sais bien qu'un homme docte fait fond sur l'épithète d'Éphésien. 'A^nx- ?,>)ç ô 'E^ÎTto. Ad distinctionem illius Apellis qui sub Alexandro et Ptolomœo Lagi yiocit maximi nominis et artis, Coipalrid. Hic autem patriâ Colophonius , i'erum Ôês-si , id est adoptione fuit Ephesius , teste Suidâ , Pamphili Amphipolitœ discipulus (27) ; mais je sais aussi que d'autres ont donné cette épithète au grand Apelles (28). Je puis même me servir de la raison contenue dans le passage que je cite \ car si Lucien a pu donner cette épithète à son Apelles, parce qu'il parlait d'un peintre né à Colode Ï'rccu7are"îr^ iUe con- phon , et adopté par les habitans d'E rc l'esclave d'Apelles, et phèse, je puis prétendre qu il la don
condition de l'accusateur , ni celle de l'accusé. Celui-là , par jalousie de métier, pouvait entreprendre la ruine d'un innocent , celui-ci était un trop petit particulier pour être capable d'un tel complot , quand même la reconnaissance de tant de bienfaits, dont Ptolomée l'avait comblé , n'aurait pas étoulTé en lui les mauvaises intentions. Le prince ne faisait nulle attention à cela : il ne demandait pas si Apelles avait fait un voyage à Tyr j il ne faisait que pester , et que jurer : et, si l'un des conjurés n'eût montré la calomnie d' Antiphilus , le dernier supplice de l'accusé était infaillible.
Mais aussi, quand Ptolomée eut con nu le crime damna à être
donna cent talens à celui-ci. Voilà née au grand Apelles , né dans l'île 4e l'occasion qui porta Apelles à faire Co, mais sans doute bourgeois d L-
l'excellent tableau de la Calomnie, dont Lucien fait la description. C'est dommage qu'il l'ait faite sans s'apercevoir de son monstrueux anachronisme ; car la conspiration de Théodote regarde le règne de Ptolomée Philopator , qui ne commença que cent ans après la mort d'Alexandre (2GJ.
Jugez si Apelles pouvait être alors en
( uSi) Junins , in Calalago ArtiCcum , in Apelle,
ve- '9-
(stJ) Voyez Polybe , avx IV'. et V. Uv. Il en parle Jort a" long.
phèse. Un homme de cette importance se serait-il établi dans cette ville , (c'est là qu'Alexandre le vit et le fréquenta) sans y recevoir tous les droits de citoyen ? Autre preuve.
M. Tollius accorde que Lucien parle du même Apelles que Suidas; or, Suidas ne parle que du grand Apelles. Je le prouve , 1°. parce qu'il ne parle que d'un Apelles : aurait-il laissé le
(37) Jacohiis Tollius, Nolis in Lucian. , de Caliimniâ, cnp. //, n. i.
(28) Strabon , t'iien , TzeUis?
APELLES
trand et l'illustre , pour ne parler que termes de Pline, au chapitre X du
e l'obscur et de rinconnu? 2°. parce XXXV^. livre. Je rapporte, dans la
3u'il donne à son Apelles la qualité remarque (C), le passage où il dit que
'élève de Pamphile d'Amphipolis , la maîtresse d'Alexandre fut l'original
qualité que Pline a donnée au grand d'après lequel cette Venus fut tirée.
Apelles (2q). Ainsi l'eri-eur de Lucien L'article de Phryné * nous apprendra
Apelles (29)
est évidente ; et je suis surpris que, ni Jean Baptiste Adriani (3o) , ni Carlo Dati (3i) , ni François Junius (32) , ni tant d'autres célèbres auteurs , qui ont parlé de ce Traité de Lucien, ne l'aient pas aperçue , et qu'ils aient tous pris cette narration comme une aventure effective du grand Apelles.
M. Tollius a très-bien connu que le crime dont on accusait Apelles se
une tradition différente de celle-ci.
(H) Il eût acheté un plus beau portrait de f^énus , si la mort ne l'eut eni' péché de le finir. ] Si Calcagnini avait mieux aimé rapporter le témoigaagc des anciens auteurs , que dire les choses de sa tête, il n'aurait pas assuré qu' Apelles laissa volontairement imparfaite sa Vénus Anadyomène. La raison de cette conduite, dit-il, fut
rapportait au règne de Ptoloraée Phi- qu Apelles désespéra que la conclulopator; mais il n'a point connu que sionfût digne du commencement -.S ed Lucien se soit trompé; il a mieux ai- ô nie multo Apelle incautiorem ! ill'' mé supposer que Lucien avait en vue enim tantd felicitaie F'eneris emerun autre Apelles, contemporain d'An- i;;entis partes superiores expressit, ut tiphilus, et disciple de Pamphilus. Je ne saurais dire en quel temps vivait Antiphilus , ni Ctésidémus, dont il fut élève (33)5 ui^'is il e;st clair , selon Pline , que Pamphilus florissait au temps de Philippe , père d'Alexandrele -Grand (34)'
(G) Son cnef-d'œuure était le portrait de f^énus sortant de la mer.] Auguste le consacra dans le temple de Jules César. Les parties inférieures en étaient gâtées , et personne ne fut capable de les rétablir. Le temps acheva de ruiner le reste, et alors Néron fit faire une autre Vénus par Dorothée, et la substitua à celle d'Apelles : F'enerem exeuntem è mari DiiJus Augustus dicavit in delubro patris Cœsaris , quœ Anadyomène uocatur , versibus grœcis tali opère dum laudatur i>icto , sed illustralo : hujus inferiorem partent corruptam qui reficeret non potuit reperiri. f^erîim ipsa injuria cessit in gloriam artijîcis. Consenuit hœc tabula carie, aliamque pro ed Nero principatu subslituit suo. Ce sont les
(29) Pllnius , lib. XXXy, cap. X , et iniito cap. XI. Carlo Dati , Postille sopra la Vita «l'Apelle , et le Père Hardouin sur Pline , toiii. y, pag. 2o5 , disent que Plutarque dans lu Vie d'Aratus, dit qu\4peUes fut disciple de Pamphilus ; mais c'est un témoignage fort obscur. Plntarque , pag. io32, semble plutôt dire ijii'Apellesjut disciple de Me'lanthus.
(30) Dans une leUre qui est à la tête du III'. volume du Vasari.
(3i) Dans ses Postille sopra la "Vita d' Apelle.
(32) In Calalogo Artificum , in Apelle.
(33) Plinius, lib. XXXy, cap. A, pag. i.'i':^. (3.^,) Id. , ihid. , pag. îo6.
dijjïsus penicillo reliquas passa absoL uere desperai'crit, atque ità in admirationem posteritalis tabulam inchoa^ tant reliquerit (35). Carlo Dati qui accuse cet auteur d'avancer beaucoup de choses , sans dire d'où il les prend, en donne deux autres exemples. 11 est certain que les paroles de Pline convainquent de fausseté le Calcagnini :
on va le voir : Apelles inchoaverat aliam P^enereni Cois , superalurus etiam suam illam priorem. Im'idit MORS peractâ parte, nec qui succederet operi ad prœscripta lineamenta ini'entus est (36). Cicéron , en deux endroits de ses œuvres, dit simplement qu'Apelles laissa cette Vénus imparfaite (37).
(I) M. Moréri a pris l'un de ces tableaux pour l'autre, ] Voici comment il s'exprime : Les plus belles de toutes les pièces d'Apelles yure^t deux portraits de f^cnus, dont l'une qui sortait de la mer fut nommée Anadyomène , et l'autre est celle quil fit pour ceux de l'île de Co, dont Oi'ide parle en ces termes :
Si nunquàm Venerem Cuis pinxisset Apelles, Mena sub œquoreis illa laleret aquit.
Il cite Ovide in Sent. Il fallait citer le III*. livre de Arte amandi, v. 401. H faut savoir qu'Apelles n'acheva pas le
* [ B.iyle n'a pas donné cet article. ]
(35) Caloagnini, lib. XIII , pag. i'j7, apud Carolum Dali, pag. i^i.
(36) Plinius, lib. XXXy, cap X. pag. 212.
(37) Cicer. , Kuist. IX ad Fami!. , lib. l, cl Je Offic, Ub III , cap II.
APELLES
second de ces deux portraits : Pline l'assure formellement (38). Quelle apparence qu'Ovide , ayant deux porf -. 1 TT - < ii'l i'.,„ r.„;
s'ëtonner qu'il ne le dis» que de la seconde Venus d'Apelles.
Il me vient un scrupule que je m'en
traits de Venus à alléguer, l'un fini, vais proposer : je ne sais si Pline ne
l'autre à moitié fait, eût laissé celui- multiplie pas les erres sans nécessité ,
là, pour ne parler que de celui-ci? lorsqu'il nous parle d'une Vénus y^na-
Pour en user de la sorte, il faudrait ne dyomène, et d'une autre Vénus com-
savoir pas les plus communes lois du mencée pour les habitans de l'île de
raisonnement. De plus , le second vers Co. Le fondement de mon scrupule
est une allusion manifeste à la Vénus Anaclyoniène , c'est-à-dire, sortant des ondes. Il s'agit donc du premier portrait. Nous savons que Vénus avait cette attitude dans celui-là , nous ne savons pas celle qu'elle avait dans le second. J'ajoute que si les deux vers d'Ovide étaient sortis de sa plume tout tels qu'on vient de les rapporter , il aurait très-mal raisonné : il faut donc les corriger en cette manière ; et alors ils formeront une preuve raisonnable de ce qui piécède :
Si Venerem Cois nusquhm posuissel Apelles, Mersa sub tequoreis itla jaceret aquis.
est que la première Vénus n'était dans l'état de perfection qu'à l'égard du haut du tableau. C'est Pline qui nous l'apprend , et qui ajoute qu'aucun peintre n'osa réparer ce qui s'en était gâté (4i)- Or, l'autre Vénus n'était finie qu'à l'égard des parties supérieures, et aucun peintre n'eut le courage d'entreprendre ce qui y manquait. C'est encore Pline qui nous l'apprend (42). Je crois qu'il est le seul qui fasse cette remarque touchant deux Vénus d'Apelles défectueuses aux mêmes endroits. Les autres auteurs ne la font que de la Vénus d'Apelles en général j et lorsqu'ils parlent de cette Vénus , ils la mettent dans
es plus fins critiques aiment mieux j,jj^ ^^ ç^ ^,3. ^^ ^^^,^ ^^^^^ ^^ Cous que O)» Je croîs qu ils ont rai- ^,^^^ ^^ cette île qu'Auguste tira la son encore qu il soit apparent qu A- y^^^^ Anadyomène (44). 11 pourrait pelles fit sa Venus ^Wrome/ze pour ^^^^ j^.^^ ,;(^^ p].^^^ ^ "^av^r^qyxé
les habitans de 1 .le de Co ; car c est ^'exactitude. Je m'en rapporte à ceux d eux qu Auguste 1 obtint, et il leur . ^^^,^^^^4 ^^^^^^ ll^eme d'exaremit en considération de ce portrait ^ - ' - - ^
la somme de cent talens, sur le tribut qu'ils devaient à son épargne. Ils avaient cette Vénus dans le temple d'Esculape , avec l'Antigonus du même peintre. Lacter promontorium est Coœ insulœ in cujus suburbio est
miner mon petit doute.
(K) M. Moréri n'a pas bien rapporté
ce qui concerne la peinture d'un che-
f'flZ. ] Les anciens auteurs ont parlé
avec grande estime, dit M. Moréri,
d'un cheval, tiré tellement au naturel
, ... , .,■ ^ . ,■ par Apelles , que les jumens hennis-
œdesMsculapa nobditata Antigono \^^^J^^ lèuoyant. Je ne pense pas
Apelhs... conspiciebatur ibidem quo- ,^^^^^ ^^^-/^ >^^-^^-^ J dit cela ;
mais voici ce que Fline nous apprend:
Estetequus ejus, sii'efuit, pictus in certamine : quod judicium ad mutas quadrupèdes profocauit ah liominibus .
JYamque ambitu œmulos prœ^'alere sentiens , singulorum picturas inductis equis ostendit : Apellis tantiim equo adhinnii^ére , idqiie et poste'a semper illiiis experimentuni arlis ostentatur (45). Cela veut dire qu'Apelles, disputant contre quelques autres, à qui
que ejusdem artificis f^enus Anadyo mené (Sg). 'H vt/v atvaKsiTO.! nS ÔsiJb Ka.icra.pi h 'VÛ/jly,, n:(iv'2iQa.ç<iV àvotâêVToç
TOt TTA'Vfi TÏIV eipX'^yiTtV TOt/ yiVOUÇ O-V-
n(iZ . <t>a.!7-t ê% To7c Kaioiç <tVT/ txç yfa<^yiç
SXSITOV TOiXlivTCCV ài^lêS-IV "J/SVSIT'Sa.l TOtl
:Tf oç-*;t6«>'TCiç <|)opot> (4o). Quœ nunc dtdicata est divo Cœsari , Augusto consecrante patri generis suipatronam.
Aiunt Cois pro picturdj'uisse remissa centum talenta de iniperati tributi sunimâ. Pline pourrait bien avoir ignoré que la Vénus y^rtnr/^owè/îe eût été faite pour l'île de Co : on ne doit donc pas
(38) Voyez la remarque pre'ce'dente.
(3g) Junius , in Catalogo Artiiicum, in Apellc , pag. -27.
(.',0) SlvaJ>o, W XI F, png. 657.
(4i) Plinius, lib. XXXV, pag. 212.
(42) Ibidem.
r43) Vide Ciceron. , de Offic. , lib. III, cap. II ; de Naturâ Dec. un. , lib. I, cap. XXVII; in Veriem , Oral. IV , cap. I.X.
(44) F-x Slroboais , Ub. XIV, pag. 65;.
(45) Plinius, lib. XXXV, pag. 2\Z.
peindrait mieux un cheval, et se déliant de l'intégrité des juges , aima mieux commettre sa cause à la décision des bêtes : on fit entrer des chevaux , ils ne hennirent qu'à la vue de l'ouvrage d'Apelles. Quelques - uns (46) croient que le conte d'Élien (47) n'est qu'une corruption de celui-ci^ c'est-à-dire , qu'ils croient que ce qui
APELLES. i6g
qu'ils trompaient les hommes et les bêtes (5i).
(L) // ne passait aucun jour sans manier le pinceau , d'r.U naquit unjameux proi^erbe. ] C'est Pline qui nous l'apprend : Apeliijuit atioquï perpétua consuetudo nunquam tant occupatam diem agendi , ut non lineani ducendo exerceret arlern, quod ab en in
se passa entre Apelles et les juges du proi/erhium venit (Sa). Carlo Dati prix, lorsque ce peintre préféra le jugement d'un cheval au leur, a donné Heu de conter qu'il avait dit à Alexandre : Votre cheval s'entend mieux que vous en peinture. D'autres croient que ce sont deux aventures toutes difî'érentes (48). Pour moi, j'ai déjà fait connaître mon petit avis , qui est qu'il faut regarder comme une fable 1 historiette rapportée par Elien. Le silence de Pline , dans une occasion si belle de parler, me confirme dans mon sentiment. Pline se serait-il tu touchant le cheval qui hennit dans la boutique d'Apelles en présence d'Alexandre , et touchant la conséquence qu' Apelles en inféra ? Pline , dis-je , se serait-il tu sur de tels faits, lorsqu'il rapportait l'autre aventure , où Apelles avait appelé du jugement des arbitres au jugement des chevaux ?
Carlo Dati a observé que, dans aucun de ces deux cas, Apelles n'avait parlé en habile peintre, puisqu'il avait supposéque plus on était connaisseur, plus on prenait la figure pour l'objet même. Mais il fallait prendre garde que cette censure ne peut point tomber sur l'événement que Pline rapporte j car Apelles ne préférait le jugement des chevaux à celui des hommes , que parce qu'il voyait que la brigue de ses rivaux avait corrompu les juges (49)- La remarque de Carlo Dati est trèsbonne , quant au fond : il est plus facile de tromper ceux qui ne se connaissent pas en tableaux , que ceux qui s'y connaissent. Il cite Jean-Paul Lomazzo (5o) : on peut citer désormais M. Perrault qui a très-bien réfuté les conséquences que l'on tire à l'avantage des anciens peintres , de ce
(46) .Scbefferus in ^liani Var. Hist. , lib. II, cap. III.
(47) fuyez la remartjtie (D).
(48) Carlo Dali , Postille sopra la Vita d'Apelle , png. laS.
(49) Là même , pag. 12g.
(50) lib. III, cap. /, délia Piuiira.
remarque sur cela que Saumaise , pour confirmer ce proverbe , a cité comme un vers d'Horace ces paroles :
Nulla dies abeat quin linea ducta supersil * , qui ne sont ni d'Horace , ni d'aucun autre ancien poète. Il ajoute, qu'il est arrivé très-souvent à cet auteur de se trop fier à sa mémoire : Non lascero d'auvertire in questo luogo , che Claudio Salmasio , grandissimo critico deW eta nostra , nelle Dissertaz. Pliniane sopra Solino a 5 , in conj'erniazione di questo prouerbio, Jidandosi troppo délia memoria, coine bene spesso eglifece , cita un verso d'Orazio...
il quale non è ( ch' io sappia ) ne d'Orazio , ne d'altro poeta latino antico, majorse uno di quei versi prnverbiali che vanno per le bocche de gli uomini senza sapersene Vautore (53).
(M) Les physionomistes ne devinaient pas moins sur ses portraits que sur les originaux, ] Le grammairien Apion a débité sur cela une chose si peu croyable, qu'on aurait bien delà peine à ne la pas traiter de fabuleuse , quand même un auteur plus digne de foi , que ne l'est ce grand hâbleur , l'assurerait. Contentons-nous de savoir historiquement ce que Pline en dit : Imagincm adeo similitudinis indiscrètes pinxit , ut ( incredibile dictu ) Apion grammaticus scriptum reliquerit quemdam ex facie hominum addivinantem ( quos metoposcopos vocant) ex ils dixisse aut futurœ morlis annos , aut prœteritœ (54). Pline lui-même ne saurait se persuader qu'à la vue d'un tableau bien ressemblant , on puisse
(5i) Parallèle des anciens et des modernes, Dialog. II, pag. i36.
(52) Plinius, lib. XXXV , cap. X, pag. îo8. ' Ce vers , comme le remarque la Monnoie
dans le Me'nagiana, est d'Andrelinos. Voyez ma note, pag. f)i.
(53) Carlo Dali , Poslille sopra la Vita d'Apelle , pag. 107. Le Père Hardouin /niWa même remarque. Voyez le tome V de jon Pline , pag.
(54)PUmus, lib. XXXV, cap. X, pas- n».
IJO
APELLES. APELLICON. APICIUS.
dire à quel âge est morte ou mourra la personne peinte. 11 faut supposer que le devin s'informait si cette personne vivait ou non.
APELLES , excellent acteur pour le tragique , sous Caligula , s'était mis en faveur par des voies très-infâmes ; mais, lorsque la fleur de sa jeunesse fut passée, il se fit comédien (a) , et il se maintint de telle sorte dans les bonnes grâces de Caligula , que ce prince , qui le voulait avoir toujours avec lui en public même (6), le mit au nombre de ses conseillers (c). Mais un jour qu'il lui demanda auprès de la statue de Jupiter , qui des deux te semble être le plus grand , Jupiter, ou moi ? il se mit si en colère de ce qu'Apelles ne répondait pas assez tôt , qu'il le fit fouetter cruellement. Il dit même , par forme de plaisanterie , qu'Apelles avait la voix agréable, même dans le ton plaintif (A). Quelques-uns assurent qu'il le fit miettre aux fers , et qu'il donna ordre que de temps en temps on le fit tourner sur une roue {d).
(a) Philo, Légat, ad Caïum , pag. I03I. (6) Dio, lib. LXIX, pag. 643.
(c) Philo, Légat, ad Caïum, pag. 1021.
{d) Ici. ibid.
(A) Caligula... dit... qu'il avait la l'oix agréable, même dans le ton plaintif] Voici les paroles de Suétone sur ce sujet : Inter i^arios jocos ciin assistons simulacro Jouis Apellem tragœdum consuluisset, uterdli inajorvideretur, cunctantem flagellis discidit , collaudans subindè focem deprecantis, quasi etiant in gemitu prœdulcem (i).
(i) Siieton , in Calig., cap. XXXIII.
APELLICON , qui acheta la Bibliothèque d'Arislote. Voyez les remarques de l'article Ty-
RMVNION.
APICIUS. Il y a eu à Rome trois Apicius renommés pour leur gourmandise. Le premier vivait avant le changement de la république , le second sous Auguste et sous Tibère , et le dernier sous Trajan. C'est du premier Apicius qu'Athénée veut parler , lorsqu'ayant dit , sur le témoignage de Posidonius , que l'on conservait à Rome la mémoire d'un certain Apicius , qui avait surpassé tous les hommes en gourmandise , il ajoute que c'était le même Apicius qui fut cause de l'exil de Rutilius (a).
On sait que Posidonius a fleuri du temps de Pompée , et que Rutilius fut exilé environ l'an de Rome 660. Le second Apicius est le plus célèbre des trois.
Athénée le place sous Tibère , et dit qu'il dépensa des sommes immenses pour son ventre , et qu'il y avait diverses sortes de gâteaux qui portaient son nom (b). C'est de lui que Sénèque parle dans sa lettre XCV et dans le onzième chapitre du livre de ^itâ bealâ , et dans le Traité de Consolation qu'il écrivit à sa mère Helvia , sous l'empereur Claude. On trouve dans ce dernier ouvrage que cet Apicius avait vécu du temps de Sénèque , et qu'il avait tenu , pour ainsi dire , école de gueule et de gourmandise à Rome ; qu'il avait dépensé deux millions et demi à faire bonne chère; que se voyant fort endetté , il avait enfin songé à examiner l'état de son bien ; et qu'ayant trouvé qu'il ne lui resterait que deux cent cinquante mille livres , il s'empoisonna ,
(a) Athen., lib. IV , pag. 168.
(6) Idem. , lib. I, pag. 7.
APIC
comme s'il avait craint cle mourir de faim avec une telle somme.
Dion , qui l'appelle M. Gabius Apicius , rapporte la même chose (c) , et ajoute une particularité , qui se trouve aussi au F', chapitre du IV*. livre des Annalesde Tacite, que Séjan , dans sa première jeunesse , s'était prostitué à lui. Pline l'appelle M. Apicius , et fait souvent mention des ragoûts qu'il inventa {d) : Nepotum omnium altissimus gurges.
On avait fait un livre sur sa gourmandise , cité par Athénée (e). Il ne faut point douter que r Apicius de Juvénal , de Martial, de Lampridius , etc. , ne soit celui-ci (A). Le troisième Apicius vivait sous Trajan. II avait un secret admirable pour conserver les huîtres : cela parut , lorsqu'il en envoya à Trajan au pays des Parthes : elles étaient encore fraîches quand ce prince les reçut {f). Le nom d'Apicius est demeuré long -temps affecté à divers mets , et a fait comme une espèce de secte parmi les cuisiniers. Nous avons un Traité de Re Culinariâ, sous le nom de Cœlius Apicius , que quelques critiques jugent assez ancien , quoiqu'ils n'estiment pas qu'il ait été composé par aucun de ces trois Apicius {g). Quelques-uns aiment mieux nommer l'auteur de ce livre Apicius Cœlius. Un savant Danois est de ce nombre ,
(c) Dio, lib.LyiI.
{d) Piinius, lib. Vm ,cap. Il ; lib. IX, cap. XVIIl; lib. X, cap. XLVUI ; lib. XIX,
cap. nu.
(e) ApioQ en était l'auteur. Alhen. , lib. VII, pag: 294.
(/) AlheD., lib. I, pag. 7.
ig) Borricliias , Cogit. de vaiiis Lingus Lat. aetatibus, pag. 18.
lUS. ,71
et il attribue cet ouvrage à celui qui envoya des huîtres à l'empereur Trajan. Ce livre fut trouvé dans l'île de Maguelonne, auprès de Montpellier , par Albanus Torinus , qui le publia à Bàle , douze ans après (B). Il avait été déjà trouvé ailleurs , près de cent ans auparavant , sous le pape Nicolas V, par Enoch d'Ascoli (h). Il y avait au titre M. Cœcilius Apicius. Vossius estime que l'auteur s'appelle M. Caelius, ou M. Caecilius , et qu'il intitula son ouvrage , Apicius , à cause qu'il traitait de la cuisine {i). On trouve dans les remarques de Casaubon sur Athénée quelque chose touchant notre Apicius {k).
J'ai découvert quelques fautes à son sujet dans différens auteurs (C). Je les rassemble toutes cidessous dans une seule remarque.
[h) Platioa , in vilâ Nicolai V.
(j) Voss. de Ânalogiâ, lib. I , cap. XIV, pag. 55.
(A) Casaub. , in AtUen., lib. I , cap. VI ; et lib. IV, cap. XIX.
(A) L' Apicius de Jui^énal , de Martial , de Lampridius , est le même que celui-ci. ] J'ai en vue ces paroles de Juvenal :
. . • ■ Multa videmus ,
Qute miser , et f rugi non fecit Jpicius... (i);
et ces deux vers de îJartial :
Ipse quoifue adccenam gaudebr.l Apicius ire: Cum canarel , ernl Irislior ille , duini (3)
et l'endroit de Lampridius, où nous lisons que l'empereur Heliogabale mangeait souvent des langues de paon et de rossignol à l'imitation d'Apicius: Comedit sœpiùs ad iniitationem Apicii calcanea camelorum , et cristas uii.'is gallinaceis deiuptas, linguas pauonum, et lusciniarum (3). 11 y a dans Ju-
(i) Juveual. , Salira IV , vs. s3.
(3) Martial., Episrara. LXIX, lib. II. Voyez, aussi /'Epigram. LXXIIl du liv. X.
(3) Lampr. , in Ilelio^ah. , cap. XIX , pag. 835. Vtde niam cap. XVIII, vag. 9^n , ei cap. XXIV, pag. SS-.