APICIUS
\enal un autre passage , où Apicius signifie ge'nëralernent un homme qui fait beaucoup de dépenses pour se nourrir :
Quid enim majore cachinno
Excipitur vulgi qu'am pauper Àpkius... v4) ?
C'est puérilement que quelques commentateurs entendent ici , ou l'Apicius du premier livre d'Athénée (5) , ou celui de la quatrième satire de Juvénal (6).
(B) Son livre fut trouué par Albanus Torinus , qui le publia h Baie , dnuze fins après. ] Il le fit imprimer in-4° , l'an i54i. 11 y joignit le Traité de Paul jEgineta, de Facultatibus Alinientorum , qu'il avait traduit , et les dix livres de Platine , de tuendd Valetudine , de JYaturd Reruni , et Popinœ Scientid. Il dit dans sa préface qu'étant allé à l'île de Maguelonne , il y avait douze ans , avec Guillaume Peilissier (7) , il avait vu un manuscrit où il reconnut , par la trace des caractères , le titre de Caelii Apitu
TE RE CULINARIA LIBRI X. Il CUt UU très-
grand plaisir de sa découverte. Il fit copier exactement cet ouvrage : il sentit d'abord que c'était la production d'un ancien auteur ; mais comme le manuscrit était dans un grand désordre , il crut qu'avant que de le mettre sous la presse , il le fallait coUationner avec l'exemplaire de Venise , qu'il attendit très-long-temps. On le lui envoya enfin , et il le trouva plus corrompu que celui de Maguelonne.
Il eût renoncé pour jamais à l'impression de ce livre , si quelques étudians ne l'eussent contraint, par leurs plaintes et par leurs importunités , à le publier. Il s'en fit la même année une seconde édition in-S"., à Lyon, chez Sébastien Gryphius. On le publia à Zurich , l'an i542 , in-4°- , avec les notes et les corrections de Gabriel Humelbergius. Je ne crois pas que Gesner, niSimler, méritent aucune censure pour avoir dit que cet ouvrage fut imprimé à Venise avant qu'Àlbanus Torinus l'eût mis au jour.
On prétend qu'ils n'ont pas bien en-
(4) Ju vénal. , Satir. XI , vs. 3.
(5) Bernard. Anlumnus, in hune locum Juvenalis.
(6) Farnab., in eumri. Juvenal. lotuin.
(7) // elait évêque de Maguelonne , c'eit'à- Jire de Montpellier.
tendu les expressions de c« Torinus :
In Bibl. Simlero-Gesneriâna dicuntur ylpicii libri primiini excusi f^enetiis.,
?uod acceptum est ex malè intellectis '^orini i/erbis in dedicatione (8). Voici quelles sont ces expressions : Premenduni plané censebam donec melioris alicujus exeniplarisjieret copia, quod acceperam esse nnnis abnine plus minus quinquaginta f^enttiis ex~ pressum (9). Quoique cela n'apprenne pas avec la dernière clarté qu'il s'agit d'une impression , on est néanmoins excusable de l'entendre ainsi , et il se trouve , en eflèt , qu'un bibliographe assure qu'Apicius fut im.primé à Venise , l'an i5o3 , in-4°. , apud Johan. de Cereto de Tridino (10). Les héritiers d'André Wechel avaient eu quelque pensée de réimprimer cet ouvrage. Pignorius leur fit offrir , par Velserus , un bon manuscrit (11). Cela n'eut point de suite. Il y avait dans la bibliothèque des ducs d'Urbin un Apicius , dont les caractères sont semblables à ceux des Pandectes Florentines. Il est aujourd'hui dans la bibliothèque du Vatican. Gudius le conféra avec l'édition de Lyon (12). Au reste, Albanus Torinus a été repris fort aigrement d'ar voirtrouvél'airet le goût de l'antiquité dans cet auteur : Olfaciebam statim autorem esse vetuttissimum , et obsopœum, qui de re popinali , linguâ coquinariâ egregiè prœler cœleros scripsisset , et qui obsonia delicatiiis quàm pro ed œlate qud glandibus wescerentur hotnines , confecisset (i3). Latinus Latinius assure qu'il faut être bien grossier pour en faire ce jugement , et que ce prétendu Apicius n'est qu'un sot et un barbare , dont quelques-unes des manières d'apprêter ne sont propres qu'à écorcher la bouche , et qu'à soulever l'estomac :
In Latini Lalinii Bibl. profana, ubi quœdam illius l'iri docti in Apiciuni obserwatioties leguntur , ad t/erba editoris , ubi in prcefat. ait se statim ol-
(8) JoVi. AlberlHS Fabricius, in Bibliolb. Latjnâ, pag. i3o, edit. Hamburgens. , an. iSt)^.
(9) Âlban. Toviniis , in Epist. Dedicat.
(10) Merclilinus , in Lindenio renovato , pag. 85.
(11) Voyei les Lettres de Reinesins à Dauinius , pag- 109.
(12) Joh. Albertus Fabricius, Bibliolb. Lalina;. pag. t'io.
(i3) Alban. Torinus, in Epist. D«dicat.
fecisse autorem esse vetiistissimum , kœc nota occurrit ; « Quàm vereor » ne tuae nares obesiores fuerint ! quid » enim vetustatis redolere possunt « verba semibarbara , et ab eo flo- » renti seciilo prorsùs aliéna ? Ego » verô , ut quod sentio paucis expe- » diam , commentum puto esse ho- » minis otiosissimi , qui cùm illude- » re posteris ejusdem nai'is facile sibi » esse persuasisset , mentito nomine )» Apicium credidit venditare posse.
» Sed passîm occurrunt, quibus penè » manifesto prodit seipsum autor )) ineptus , barbarus , et nullius in I) eâ arte ingenii , aut gustûs qui ea w interdùm conjungat ad saporis gra- » tiam , quae usu docente omnes sci- )> mussummampalato moiestiatn nau- » seamque stomacho creare solere M (i4)- " Ce jugement de Latinius n'est pas mauvais : Isaac Gi'angaeiis eût mieux fait de s'y conformer , que de prétendre que les dix livres de Re coquinarid , qui courent sous le nom d'Apicius , ont été écrits par notre second Apicius (i5). J'avoue que le scoliaste de Juvénal observe que cet Apicius fît un traité de cuisine (i6) : j'avoue aussi qu'Isidore de Séville attribue un semblable ouvrage à ce même Apicius: Coquince apparalum Apicius quidam primas composuit , qui in eo, absumptis bonis, morte voluntarid ptriit (17). Mais ce ne sont pas deux écrivains dont le témoignage puisse balancer le poids du silence de tant d'auteurs plus dignes de foi , et
aui ont eu des occasions inévitables e citer ce livre d'Apicius. En tout cas , la bonne critique demande que nous jugions que si ce livre a existé , ce n'est point celui qu'Albanus Torinus a mis en lumière.
(C) J'ai découvert quelques fautes à son sujet dans dijfférens auteurs. "] Je commence par M. Moréri. Il ne devait pas dire , ni que l'Apicius dont parle Sénèque a écrit un ouurage des délicatesses du manger, ni qu'il se
(i4) Joh. Albertus Fabricius, in Biblioth. Lat. Append. , pag. 179.
(i5) Isaacus Graagseusin Javenal. , Satir. IV,