‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 4 sur 113 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

(K) Personne n'a décidé comment s'appelait son père.] Suidas nomme quatre personnes qui ont passé pour le père d'Anacréon. Si c'est un diminutif de l'honneur rendu à Homère , dont plusieurs villes différentes ont passé pour la patrie, il faut avouer que c'en est un bien petit diminutif:

car, au fond , cela témoigne pour l'obscurité de sa famille plus que pour toute autre chose. Si son père avait été un homme de beaucoup de distinction dans Tëos, les auteui-s l'eussent moins perdu de vue, et l'auraient moins confondu avec d'autres gens. Je vois néanmoins que mademoiselle le Fèvre cite Platon , pour prouver qu'Anacrëon était de grande naissance, et parent de Salon , dont le père était de l'ancienne famille du roi Codrus , et la mère cousine germaine de la mère de Pisistrate (28), Elle prétend prouver cela par un passage du Dialogue de la tempérance, où elle a trouvé que le père de Charmides descendait de V ancienne famille de Dropidas , d'Anacréon et de Solon , qui s'était toujours distinguée des autres par sa beauté, par sa t^ertu et pur ses richesses. Persuadé comme je le suis de Térudition de cette dame , je me vois réduit à penser l'une de ces trois choses : i°- ou que son Platon est fort différent du mien ; 2°. ou qu'elle a pris ce passage hors de son original ^ 3°. ou qu'elle a suivi trop bonnement la mauvaise version de Jean de Serres.

Je ne trouve dans mon Platon , si ce n'est que la famille paternelle de Charmides avait été louée parSoIou, par Anacréon, et par plusieurs autres poètes , comme ayant possédé avec distinction les avantages de la beauté, de la vertu , etc. "H té yÀp Tro-Tfà^nL îifjùil eeiKix « KpiTioi/ Toû ApceTiS'QU xa.» vTTO 'AvstxffovTo; KOLi Ôtto 2ÔXa)V0Ç Kltl Ùtt OLKhai TrohKùùv croiHTœv , iyn.iKua-fjua.^y.'ivv» Tra.ptt.SiS'ci'Tcti )i,w(V û)f S\oLi^époua-a. kakkii

TJ KCtl A^€TH Jta.1 TM ÀKKil Kiytif/.iVTI\ iÙS'ltl-

/uovid.. Voilà le passage selon l'édition de Francfort de 1602. Celle de Serranus n'en diffère qu'à l'égard du mot iyx.iKo<r/MeLa-/ut.îv» , qui , par la faute des imprimeurs de Francfort, a été mis au lieu de V'eymii.ce/nni.c-fAivit de l'édition de Serranus j mais la version de Ficin est beaucoup meilleure, quoiqu'elle

(28) Vie d'Anacréon.

ANACRÉON

soit peut-être inférieure à celle qui suit : JYam quœ palernunt i'obis genus est, domus Critiœjilii Dropidce, tum ab Anacreonte, tum à Solone , multisque aliis poëlis taudota , tiobis traditajuit ut prœcellens forma , l'irtute, cœlerisque quœ felicitalis nomine feniunt. Voici la version de Serranus :

JSam paternum quidem genus quod cum isto Critid commune habes à Dropidd et Anacreonte et Solone et aliis multis celeberrimis poëlis deducitur , et vobis traditur i^eluli et robore et firtute et alio omni génère felicitalis instructissimunt. Je passe sous silence qu'on pourrait être descendu de Selon et d'Anacréon , du côté paternel , sans que Solon et Anacréon fussent parens. Chaque personne a deux sortes de païens paternels , la famille de son aïeul paternel, et celle de son aïeule paternelle.

(L) On a plusieurs traductions de ses poésies.'] Voici celles que mademoiselle le Fèvre marque. Mon lecteur sera bien aise de savoir le jugement qu'elle en fait. Jljr a long-lemps , ditelle, çw'Anacréon a été traduit en français par liemi Belleau; mais outre que sa traduction est en vers , et par conséquent peu fidèle , elle est en si uieux langage, qu'il est impossible d'y trouver aucun agrément. On l'a aussi traduit en italien depuis quelques années , et le traducteur ne s est pas plus attaché au grec que Rémi Belleau : sa version ne laisse pas néanmoins d'être assez agréable, quoiqu'il s'éloigne fort souvent du sens a' jinacréon , et qu'il prenne même à tous momens des libertés qui doivent la faire passer plutôt pour une paraphrase que pour une version. La traduction latine , dont une partie a été faite par Henri Etienne , et l'autre par Elias Andréas , et qui est celle dont on se sert ordinairement , me paraît la meilleure : elle n'est pourtant pas sans défauts ; et comme elle est aussi en fers, elle est souvent fort obscure , et dit en beaucoup d'endroits ce qu Anacréon n'a jamais pensé. C'est ainsi que parle mademoiselle le Fèvre dans la

tirëface de son Anacréon. Elle le pu- >lia à Paris, l'an 1681 , avec le texte p;rec d'un côté, et sa version en prose française de l'autre. Elle a fait des remarques sur chaque j)oënie d'Anacréon. J'ajouterai quelque chose au

passage que j'ai cité. La traduction de Kerai Belleau parut l'an i556. On a débité que Daurat était le véritable auteur de la version qu'Henri Etienne s'attribua. M. Colomiés témoigne qu'lsaac Vossius lui avait dit qu't/ avait possédé un Anacréon où Scaliger avait marqué de sa main qu'Henri Etienne n'était pas l'auteur de la version latine des odes de ce poète , mais Jehan Dorât (29). La version italienne dont mademoiselle le Fèvre parle est celle de Barthélorai Corsini , que M, Régnier des Marais fit imprimer à Paris l'an 1672 (3o). Je ne m'étonne pas que mademoiselle le Fèvre n'ait point parlé de la traduction d'Anacréon faite par un enfant qui est devenu depuis extraordinairement célèbre sous le nom d'abbé de la Trappe; car je ne crois pas que cette version ait jamais été imprimée. M. Baillet nous apprendra bien des choses làdessus. 7/ 5ceMt *i bien, dit-il (3i) en parlant d'Armand Bouthilher de Kancé , coopérer avec ses maîtres par l'assiduité et l'application qu'il apporta à l'élude , qu'à l'dge de dix ans il savoit fort bien les poêles grecs , et Homère sur tous les autres; et qu'à peine avoitil douze ou treize ans, lorsqu'il publia une nouvelle édition des poésies d' Anacréon , avec des remarques en grec, qui furent admirées des sav ans.

Celte édition parut in-8°. à Paris , en 1639; et le temps n'a rien diminué jusqu'icy de l'étonnement que ces remarques donnent encore tous les jours h ceux qui les confèrent avec la tendresse de l'dge oii était alors leur auteur. Je ne vous parle pas d'une traduction françoise qu'il fit alors du même poêle , quoiqu'elle se trouvât fort au g"dt de ceux qui travailloient en ce temps h la perfection de notre langue, et qu'elle fît voir qu'il n'avoit pas moins de politesse pour elle, que d'exercice et d'habitude pour la grecque et la latine. M. Baillet, n'ajoutani pas le lieu ni l'année de l'impression , et ne disant pas même en général que cet ouvrage ait été publié, me fait croire qu'on n'en a vu que des copies manuscrites : et je me confirme dan* celte pensée , lorsque je vois que

(29) Colomiés , Opuscules , pag. 108.

(30) Voyez le Journal de Leipsick de l'an 169H , pag. 236.

l'ii) Baillet, Enfans célcbrrs , pag- j5<i

ANACRÉON

M. de Looge-Picrre ne dit pas un mol de celte version j lui qui remarque qu'Henri Élienne ai-ait mis e/i i^ers jrançais les mêmes odes d'Anacrëon, qu'il rendit ensuite latines. Il remarque aussi que Ronsard en a traduit un bon nombre. C'est dans la prt'face de sa version qu'il dit cela. Son ouvrage vit le jour 1 an 1684. ^^ S'^^^ ^^t 'i'"" côté; sa traduction en vers français est de l'autre : on trouve des observations critiques à la fin de chaque pièce (Sa). M. Régnier des Marais, secrétaire perpëlueï de l'académie française, donna eu 1693 une traduction d'Anacréon en vers italiens , avec des remarques.

Voici une fort belle addition. Je l'emprunte mot à mot d'une lettre que j'ai reçue de M- de la Monnoie :

« Ou n'a pas eu de soin jusqu'ici de » recueillir, et d'examiner plusieurs » particularités curieuses, tûu<;liant » les poésies qui nous restent d'Anaj) çréon. L'on a bien dit que Henri i> Etienne les a déterrées le premier; « mais peu de personnes savent où , et « commeut. Ce fut sur la couverture >' d'un livre ancien qu'il trouva l'ode n AsywiTtv ttt yuvtttKiç, au rapport de j) Victorius, qui l'a insérée au XVII^. » chap. du XX*. livre de ses diverses ») leçons. Jusque-là, on n'avait rien « vu d'Anacréon , que ce qu'Aulu- » Gelle et l'Anthologie en avaient con- » serve. Le hasard fit tomber entre » les mains du raéme Henri Etienne >) deux manuscrits, contenans diver- « ses pièces de ce poète. Il eut l'obli- » galion du premier à Jean Clément, » Anglais , domestique de Thomas » Morus, et apporta le second d'ita- » lie en France , après un long voyage. )) Ayant conféré soigneusement l'un » avec l'autre, il en forma l'édition » qu'il publia pour la première fois à )j Paris, l'an i554. Ce livre fut reçu » diversement. La plupart des savans )) le regardèrent comme une heureuse j) découverte. Quelques-uns s'en déi> fièrent. Robortel, dans sa disserta- )i tion de l'art de corriger les livres, )) ne reconnut pas celui-ci pour légi - » time. Fulvius Ursinus, dans son )> édition des lyriques grecs, n'y fit » entrer des poésies d'Anacréon , que » celles dont il trouva des vestiges

(Ba) yoyei les Nouvelles de la Rrpiibllque des Lettres, not'embre 1684 , atlicle VIIl.

dans les anciens auteurs , comme s'il avait tenu toutes les autres pour suspectes. Il serait à souhaiter que les deux manuscrits dont nous avons parlé, et qui sont k-s seuls qu'on ait vus, eussent été conservés. Henri Etienne, par malheur étant tombé dans une espèce d'aliénation d'esprit sur la fin de ses jours , les laissa périr avec beaucoup d'autres, qu'il ne communiquait à personne, pas même à son gendre Casaubou. il avait traduit en vers français les mêmes odes d'Anacréon qu'il a mises en vers latins. Eas Aiiacreontis odas , dit-il dans la préface de ses Annotations sur Anacréon de l'édition de Paris , in-^.". ,.en i554, quas jam aniè gallicas fecerani , in aliquol amicniuiii gratiam latine quoque aggressus sum i'ertere. Ce qu'on rapporte d'Isaac Vossins , qui disait avoir possédé un Anacréon où Scalig-'r avait marqué de sa main que Jean Dorât était auteur de la traduction latint; de ce peè'te , attribuée à Henri Etienne , doit être compté pour rien. Ou Vossius se tromp.iit, ou Scaliger avait été mal informé. Henri Etienne , qui d'ailleurs n'était point plagiaire, était très-capable d'une version telle que celle-là ; et Dorât , si elle avait été de lui , n'aurait pas manqué de la réclamer.

C'est sur elle que Rémi Belleau fit la sienne en vers français, qui parut peut-être si belle à Henri Etienne, qu'après l'avoir lue il n'osa publier celle qu'il avait faite en la même langue. Richard Renvoisy, maître des enfans de chœur de la sainte chapelle de Dijon , fil , selon le témoignage d'Antoine du Verdier, page 34 de sa Bibliothèque, une autre traduction française des odes d'Anacréon. En ([uoi du Verdier apparemment s'est mépris. C'est , comme il est à présumer, la traduction de Belleau , que Renvoisy mit eu musi(jue l'an i558 ou Sg; et du Verdier même le donne assez à entendre, lorsqu'à la page 1222 il cite ce Renvoisy simplement comme musicien *. A l'égard de la traduction

* Leclerc observe que le président Pouliier ny.iit que la traduction attnbiiée m.il à pr ipoE

par ilu Verdier à Renvoisy n'eut pas de Ëi.ileau,

m:is du président Bé^ut.

ANANIA. ANAXAGORAS.

3) française du même poète , faite par Cela fit qu'on lui demanda s'il

ne se souciait aucunement de son pays. Sa réponse fut admirable ; les philosophes chrétiens ne pourraient pas mieux parler. Oui , dit-il , en levant la main vers les cieux, j'ai un soin extrême de ma patrie [a). Une autre fois , on lui demanda, Pourquoi êtesvous né? et il répondit, Pour contempler le soleil^ la lune et le ciel{b). Conformément à cela , il mettait le souverain bien , ou la fin de la vie humaine , dans la contemplation , et dans l'état libre que la contemplation produit (c). Il n'avait que vingt ans lorsqu'il commença de philoso-

des qui aisent qu il tut le premier qui y transporta l'école philosophique , qui avait fleuri dans rionie depuis son fondateur Thaïes. C'est ce que j'exa-

j) M. BiauthilUer de Rance à l'âge de >) douze à treize ans, elle n'a jamais ■n été imprimée *' j et il est vraisem- » blable, s'il y en a eu une , qu'elle 3) était en prose , quoique ceux qui en 3) ont parlé ne l'aient pas dit positive- 3) ment *'. )>

*' Joly conGrme que celte traduction n'est pas imprimée , et il prend de là occasion de donner quelques détails sur l'édition d'Anacréon donnée par Rancé. On trouve sur cet objet une note bien plus curieuse , tome P'. , pages i44-'95, des Mélanges de critique et de philologie pur Chardon Larochelte , Vans ^ 1812, 3 vol. in-8°.

*i Tout ce que Chautepié ajoute i» cet article roule sur l'édition d'Anacréon donnée à Utrecbt avec des notes de M de Pau\y, i-/iï, in-4°- , et sur une traduction italienne de ses odes , qui est de différentes mains.

ANANIA ( Jean-Lauremt d'), natif de Taverna («) dans la Calabre , a vécu vers la fin du XVr.

siècle. Il est auteur d'un livre de pher dans Athènes (d). if y a i géographie en italien , et d'un auteurs cfui disent qu'il fut ouvrage latin intitulé de Natiirâ Dœmomim , qui fut imprimé à Venise l'an \58i , in-8°. L'autre ouvrage est intitulé Cosmo-

graphia , overo Vuniversale Fa- minerai dans l'article d' Arche— brica del Mondo , et fut impri- laijs Te philosophe. Ce qu'il y a mé àYenise l'an iS'yô, iii-4°. {b). de certain, est qu'il eut d'illustres Vossius n'a point parlé de cet disciples dans Athènes, et nomauteur dans sa liste des géogra- mément Périclès et Euripide.

plies.

(a) En latin Taberna. De là vient qu'il se surnomme Tabernas.

[b) M. Baudiand, totne 2, pag-. [\(\5, ne marque que l'c'dil. de Fenise, en IJ82.

ANAXAGORAS, l'un des plus illustres philosophes de l'antiquité, naquit à Clazomène dans rionie, environ la-^o^. olympia- Périclès ; car il lui inspira ces ma-

Quelques-uns y ajoutent Thémistocle et Socrate ; mais la chronologie les réfute à l'égard de Thémistocle (e). Il n'y a guère de choses qui puissent donner une idée plus avantageuse de son habileté , que le caractère des progrès qu'il fit faire au grand

de, et fut disciple d'Anaximènes.

La noblesse de son extraction , ses richesses, et la générosité qui le porta à résigner tout son patrimoine à ses parens (A), le rendirent fort considérable. Il s'appliqua tout entier à la recherche de la nature sans se mêler d'aucune affaire publique.

nieres graves et majestueuses, qui le rendirent si capable de gouverner la république {f) : il

(a) Ex Diogen. Laërt , libr. II, num.6, 7.

[b] Diogen. L.iërI. libr. II , num. lO.

(cj CliMn. Alexandr. Slromat. , libr. II , pag. 416.

{d) Uiog. Laërtius, libr. Il, num. 7.

(e) Plularch. in Tliemistoc. , yja^. 112, (/"j Idem, in Pciicle , pag. l5'(.

ANAXAGORAS. 21 le prépara à cette éloquence su- sence , mais que par la véhéblime et victorieuse , qui le ren- menée de sa révolution ravissant dit si puissant {g) , et il lui ap- des pierres de la terre , et les prit à craindre les dieux sans su- ayant allumées , elles devinrent perstition (/j). Joignez à cela que astres (<jr); et qu'au commeaceses conseils l'aidèrent beaucoup ment les animaux furent formés à soutenir le pesant fardeau du de la terre , et d'une humidité gouvernement (i). Il se signala chaude (r); et qu'ensuite ils s'enpar la nouveauté et par la sin— gendrèrent les uns les autres , gularité de ses dogmes. Il en— les mâles au côté droit , et les seigna qu'il y avait des collines, et femelles au côté gauche (s). Il des vallées , et des habitans dans admettait autant de sortes de la lune , et que le soleil était une principes que de corps componiasse de matière tout-à-fait en ses ; car il supposait que chaque feu(B),etplus grande que le Pélo- espèce de corps était formée de ponnèse (A). Il disait que la neige plusieurs petites parties sem— est noire (/), et il en donnait une blables, qu'il appelait /zomceo— raison peu solide ; car il se fon- méries , à cause de cette coudait d'un côté sur ce que la neige formité. Mais cela l'engageait à est une eau condensée , et il sup- convenir d'une chose qui em— posait de l'autre que le noir est barrassait son système (/) , c'est la couleur propre de l'eau (m). Il que les semences, ou les princicroyait en général que les yeux pes de toutes les espèces, se troune sont point capables de dis- vaient dans chaque corps. M. Mocerner la vraie couleur des objets réri a très -mal représenté ce et que nos sens sont trompeurs ; sentiment (C). Lucrèce l'avait et qu'ainsi c'est à la raison, et néanmoins très-bien exposé, et non pas à eux , à juger des cho- assez solidement réfuté. Cela ses (n). Il disait aussi que les nous donnera lieu de proposer cieux étaient de pierre (o) , et quelques réflexions sur cette docque c'était la vitesse de leur mou- trine. Ce qu'il y avait de plus vement qui les empêchait de beau dans le système d'Anaxatomber {p). D'autres assurent goras était qu'au lieu que jusqu'il avouait que le ciel est de ques alors on avait raisonné sur nature de feu quant à son es^ la construction du monde , en

n'admettant d'un côté qu'une

{g)rojrezlaremarq,ie{Y.) defartidede matière très-iuforme , et de

{h) Voyez les remarqiws{k) et (B) de l'ai- 1 autre que le hasard , OU qu une

ticle PÉRicLEs. fatalité aveu^fle , qui l'eût arran-

(i) Voyez la citation (iq). , .. „ '->''■.

(*) Diog. Laëriius , lihr.ii,nu,n.8. g^c ; H rut Je premier qui sup-

(/)Cjcero, Academ. Qusestion., /jir. //, posa Qu'uno intelligence uro—

cap. XXllI et XXXI. Laclant. , hùr. V, K ■ .7 ?J 1

cap. m. duisit le mouvement de la ma-

(m) Sextus Empiricus, Pyrrliou. Hypo- tièi'c , et débrouilla le chaos (D).

lipos. , libr. 1, cap. XIII.

(n)Idem., adv. MalLem. , Ziir. Vit, p. (c/ Plut, de Placilis Philosopli. , /iir. //,

l53. cap. XIII. Je me sers de la fcrsion (i'Aniiot.

(o) Voyez la remarque (I) au commence- \r) Diog. Laërt., libr. II, mon. I2.

ment. {s J-.l.ihid- , nimi. 9.

[p) Diog. Laërt., libr. II , num. 12. (') Voyez la remarque (G).

22 ANAXA

t^e {ai ^ans doute la véritable raison pourquoi ce grand philosophe fut surnommé NùO; , c'està-dire VKspril ou V Entendement (i'). Son orthodoxie ne fut pas assez épurée (E) : il y resta bien des défauts; et cela est moins étrange, que de voir que les physiciens qui le précédèrent n'ont point connu la vérité dont il s'aperçut , et qu'il était si facile d'apercevoir , et que les poètes avaient tant chantée (F).

Il faudra examiner si la doctrine des homœoinéries ne renfermait pas beaucoup de contradictions (G) : il me semble qu'elle en est toute farcie ; et qu'en général , les idées des anciens qui ont parlé du chaos , n'étaient pas moins embrouillées que le chaos même.

Disons pour le moins , afin d'éviter tout air d'exagération , qu'elles n'étaient guère justes, et qu'ils n'ont pu dire que cet état de confusion ne subsistait jîlus (H). On conte qu'Anaxagoras avait prédit que la pierre qui tomba du ciel dans la rivière de la Chèvre , et qui fut gardée et vénérée comme une sain te relique, tomberait du corps du soleil (I).

On lui attribue quelques autres prédictions {x). 11 cultiva beaucoup la géométrie {j-) ; et l'on trouva que , dans sa prison , il avait écrit sur la quadrature du cercle (z). Son esprit vaste suflisait à tout : les jîlus difficiles phénomènes de la nature , les comètes , la voie de lait , les tremblemens de terre , les vents , le

{y) Voyez la remarque (C) , num. 2.

(a') Voyez la remarque. (I).

(j-) Proolds Diii<)oclius, libr. II, in lihrum primum Kuclidi^.

(z) i'iutvrcli. de lixilio, pag. 607.

GORAS.

tonnerre, les éclairs (aa) , la débordement du Nil {bb) , les éclipses , et semblables choses , dont il inventa des raisons; tout cela joint aux spéculations astronomiques et géométriques ne l'empêcha pas d'étudier les poésies d'Homère , avec l'attention d'un homme qui veut découvrir des secrets, et enrichir la littérature. Il fut le premier qui supposa qu'elles sont un livre de morale , où la vertu et la justice sont expliquées par des narrations allégoriques {ce). On rapporte diversement les circonstances et l'issue du procès d'impiété qui lui fut fait dans Athènes :

les uns disent qu'il fut condamné , les autres qu'il fut absous (K).

Périclès , qui le protégea en cette rencontre , s'était rendu suspect d'athéisme y pour avoir été instruit par un t,el maître. J'en parle ailleurs (dd). Diogène Laërce , en rapportant un bon mot d'Anaxagoras , a commis une bévue de chronologie (L) , dont je suis surpris qu'on ait tant tardé à s'apercevoir. La constance de ce philosophe, à la nouvelle de sa condamnation , et de la mort de ses fils , fut merveilleuse (M). 11 comptait pour trèspeu de chose de vivre ou de mourir hors de sa patrie (ee); et il discernait fort bien quelles conditions sont les plus heureuses (N).

Quelques auteurs ont débité qu'on ne le vit jamais rire, ni même sourire (jy^)- Cicéron lui don—

(aa) Diog. Lnërt. libr. II, num 9.

(bb) Diodor. Siculus, lib. I ,cap. XXXVIII.

(ce) t)iog. Laërt. , libr. 11 , mtm. 12.

(dd) Dan.'! les remarques (G) et (D) de l'article Périclès.

(ce) Voyez la remarque (M).

'Xf) Mian Var. Hislor., libr. VIII, cap. XIII i Plutarcjue , dans la Vie do Périclès.

ANAXAGOllAS. 23

ne beaucoup de gravité. Maxi- les astres (/cA). Encore moins ma fuit et gravitatis et ingenii faut-il oublier que la force et gloria [gg)- Il mourut à Lamp- la sublimité de son génie , son saque , oii il fut enterré honora- travail , son application , et l'ablenient , et orné d'une épitaphe bondance de ses découvertes, ne très-glorieuse. On alla même firent que le conduire à l'incerjusqu'à lui bâtir un autel (0). titude; car il se plaignait que Les principaux de la ville le vi- tout est plein de ténèbres {II). Ce sitèi-ent un peu avant qu'il mou- fut peut-être ce qui l'obligea à rût , et lui demandèrent s'il avait dire que tout consiste dans l'opiquelque ordre à donner : il leur nion , et que les objets sont ce fit réponse , qu'il ne souhaitait qu'on veut , c'est-à-dire , tels ou autre chose, sinon que l'on per- tels, selon qu'ils nous semblent mît aux enfans de se divertir tels ou tels (77zm). Du reste, quoitoutes les années dans le mois qu'il enseignât que l'âme de qu'il serait mort {hh). Cela fut l'homme est un être aérien (n«), exécuté, et la coutume en du- il la croyait immortelle {oo). II rait encore au temps de Dio- lui faisait plus d'honneur qu'au gène Laërce. On dit qu'il vécut monde; car il était de ceux qui soixante et douze ans {ii). On jugèrent que le ciel et la terre n'est pas bien assuré qu'il ait périraient {pp) : et quand on lui tenu pour le dogme de la pré- demanda si les montagnes de destination (P). 11 est le premier Lampsaque seraient un jour une philosophe qui ait publié des partie de la mer , il répondit livres (Q). Socrate, qui avait es- que oui, pourvu que le temps péré d'y rencontrer certaines ne leur manquât pas {qq)- J'ai choses, ne fut pas content de dit ailleurs (rr) quel était son senleur lecture : ce fut apparem- timent sur l'âme des bêtes. C'est ment sa faute (R), comme je le dommage qu'il n'ait pas été ami montrerai dans les réflexions que de Démocrite, et que ces deux j'aurai à faire sur son discours, grands esprits n'aient pas con- II négligea l'astronomie, entre certé ensemble leurs hypothèses : autres raisons, à cause qu'Anaxa- on aurait pu corriger les défauts goras , qui s'y était extrêmement de l'une par les perfections de appliqué, s'égara beaucoup (S), l'autre; mais il n'y eut entre eux Ce que l'on observe touchant le nulle liaison. Anaxagoras voulut Traité ou il raisonnait sur les du mal à Démocrite, parce que éclipses est une chose curieuse.

Vous la verrez à la fin de la re- ^^(A^i^ Pl'ilostr. in Viiâ Apollon, lib.ll,

marque (B) de l'article de Péri- (//, royez la remarque {G) , i^ers la fin. CLÉS. N'oublions point que le mont (mwi) Àrisloteles, Metapliys. , lib. m.

Mimas, proche de Clazomène, "^««'^T&St',' S'cr^c Afifect., 5erm. était un lieu d'où il contemplait v, png. 547.

(00) /(/. , ibid , png. 5^8.

[gg) Cicer. Quœstion. Academ., libr. IT , (pP) f^oycz les Jésuites de ConiraLrc, m cap. XXIII. Arisl. libr. I. de Cœlo , cap. III, pag. 65.

iM) Diog. Laërt., libr. II, num. \!\. Voyez (ql) Diogen. Laërt. lib. II. nuin. lo. la remarque v A ■ , vers la fin. [rr) Pans la remarque (E) de l'article Pr-

{ii) Idem, ibid. , num. 7. REiBA.

24 ANAXAGORAS

la visite qu'il souhaita de lui ren- qu'Anasagoras se crut redevable de la dre fut refusée (ss). Servius et science qu'il avait acquise , ou de son

Sidonius Apollinaris ont igno- '?'"* 'rï^^'r '"^ 'V'I *^S'"° "ï"''"' . ^. —, o sion: {fualiporro studio ^naxasoraut

re ses opinions (1). 11 y aura Jlagrâsse credimus? qui càm è Jiutind beaucoup de passages grecs dans peref^rinntioiiepatrimiirepetiisset,pr>sle commentaire de cet article, ^essinnesque désertas i'idisset, a lYon r^la A^,t ,^lo,".,^ „., essem , inquil, eeo saluus , nisi ista

Lieia doit plaire aux personnes • . /■^^ c . i

j r ■'"""^3 pen(s*e/7t (3). » Socrate, employant a qui entendent cette langue , et son ordinaire l'ironie , montre que les qui veulent juger des choses par sophistes de son temps avaient plus de les propres termes des auteurs sagesse qu'Anaxagoras,puisqu'au lieu qu'on prend à témoin , et ne doit pas déplaire à ceux qui l'ignorent ; car outre que mes pages en seront plus courtes à leur égard , ils y trouveront en français une notion générale de ce qui est dans le grec. Ceci soit dit une fois pour toutes. J'ai renvoyé ailleurs («) , afin de ne surcharger pas davantage cet article , quelques discussions chronologi- /"^f °'^^ /""' <^oi<.iiç kolkov Tj^t^iipiov ei7ro<fetlques qu'il y avait à proposer. "^

d'abandonner comme lui leur patrimoine, ils travaillaient ardemment à s'enrichir, désabuses qu'ils étaient de la sottise du vieux temps , et persuadés qu'il faut être principalement sage dans ses propres intérêts, c'est-à-dire, avoir l'adresse de gagner beaucoup d'argent. Tot/v*vTi'ov yaLp 'Avet^oLyôfitt <pa,<r) o-u/jiÇ'iwtti » ùfjùv x.mTtfkn<^^îiiTetiy yctp etÙTU TroXKcev ^filjMaTCsv xatTatyMêX»- <rst(, KU.I ai7roKîa-iK.t Travrat. ouTceç «ti/Tov àvMTst a-o(pil^i<rôoii' Aiyouirt Si noù TTift â,XXa)v Toov 7ra,Kctiaiv iTipx TotstuTet' tgi/to

VSIV TTipl trOàfia.i TOOV VWV TTpOi TùilÇ TrpoTî-

pavç' Kdi TraXKniç truvS'oKii, ot» tov (To<fov y

etVTOV CtÙTCe fJlal.Klç'ltS'il irai^OV ilv 0.1. TOUTOU

cT' opoc içtv àipoL-y oç ttv TTXêfç'ov ilpyi/piov ilpyâ.s-»Tai.i(^). Ciim -A nax agoras , contra ac uobis contigit , aniplum patrimoniurn ciim accepisset , negtexisse dissipasseque dicatur , adeo stultè philosophatus est ; deque cceteris illoruin temporum sapienlibus alla quœdavi hujusniodl traduiit. Quapropter oplimam hanc atlulisse conjecturani videris , qubd sapientes nostri superioribus biens, afin de vaquer plus librement prœstant , mtiltique in hoc consentiunt, à l'étude de la sagesse , et à la rechei'- sapientem i/i primis sibi

(ss) Diog. Laërt. , lib. //, nitin. ï^. (il) A la remarque (A) de l'article d'AïicuÉLAiis le philosophe.

(A) // resigna tout son patrimoine à ses pareils.] Avant que l'Évangile eût appris aux hommes qu'il faut renoncer au monde et à ses richesses , si l'on veut marcher bien vite dans le chemin de la perfection , il y avait eu des philosophes qui avaient compris cela , et qui s'étaient défaits de leurs

che de la vérité. Ils avaient cru que les soins d'une famille et d'un héritage étaient des entraves qui empêchaient de s'avancer vers le but qui est le plus digne de notre amour. Anaxagoras etDémocrife (i) furent de ce nombre. Quid ergô , dit Cicéron (2) , aut Honiero ad delectationem aninii ac vo-

ipsi sapera oportere ; hujus autem hcec est surtima, lit argentutn plurimunt acquirotur.

Cela me fait souvenir d'une distinction que j'ai lue dans Aristofe. Oii trouve , dit-il (5) , qu' Anaxagoras et Thaïes, et tels autres philosophes ont été sages , mais non pas prudens , parce qu'ils ont ignoré ce qui leur était

/uptatern, aut cui quant docto defuisse utile (6) : ils ont su des choses abstruunqu'ani arhitramur ? An ni ita se res haberet , Anaxagoras , aut hic l'pse

Democritus , agros et patrimonia sua rcliquissent, huic discendi quœrendique dii'inœ deleclationi loto se aninio dédissent? C'est à un tel abandon

(') f'^oj'ez la remarque (B) Jn l'article Di-

MOCRITI.

(a) Cicero, Tusculao. , Ub. V, circa/inem.

(3) Valer. Maximus, lib. FUI , cap. VII, num. 6 in Exlernis.

(4) Plato, in llippiâ majore, {et non pat in Phajdro , commr cite M. Ménage ia Diog. Laërt., lib. Il, num. 6. pag. 1246.

(5) Aiislot. EuJemior. , lih. V, cap. FIT, pag.iH.

(6) 2o<f ot)ç pàv , <fpovip.ouç S' ou <fa.c-'iv êivsti OTctv ieTûiciv tiyvoZvTO.ç TU a-i//u.<fîpov9 *WT0IJ. Sapientes tjiiidein esse dicunl.

ANAXAGORAS

ses, relevées, admirables, divines, mais qui ne servaient de rien; car ils ne cherchaient pas les biens et les avantages de la vie. Voilà le goût d'une infinité de gens : ils condamnent toutes les occupations , qui ne servent pas à faire fortune. Tout ce qui ne traite pas de pane lucrando , ou qui ne sert de rien Trpoç tÀ ax^iit*, c'est-à-dire, pour faire bouillir la marmite , comme l'on s'exprimerait aujourd'hui , leur semble vain et superflu (7). Anaxagoras s'éloignait beaucoup des idées de ces gens-là. Il abandonnait ses terres à la merci des moutons , pour s'occuper tout entier à l'astronomie et à la physique. Phi- Ion (8), Plutarque (9), Philostrate (10), Himerius (n), et Suidas parlent de cela. On n'oublie guère ni Démocrlte , ni Cratès , quand on tombe sur ce

lui des hommes (i5). Il y a de la chicane dans cette censure j car, pour ne rien dire du profit qu'apportent aux hommes les pâturages publics, n'est-il pas clair qu'Anaxagoras avait tout lieu de prétendre que les terres qu'il abandonnait seraient cultivées par ses parens ? Les quatre vers , qui commencent par sic vos non vobis dans la vie de Virgile , contiennent un fait très certain ^ c'est qu'en travaillant pour le profit des moutons , des bœufs, etc., on travaille pour les hommes. Eusèbe a été plus équitable envers Anaxagoras (|u'Apollonius de Tyane ; car il rapporte l'abandon des terres comme une preuve d'un attachement à la physique , plus grand que n'avait été encore celui de tous les autres philosophes : 't>tta-\ •yot/v ac «f * oÛtoc f/.ii.Mç'a. TTctpa. Tot/c vrpo o-ôrou iSa.u-

sujet. Les pères mêmes de l'Eglise en fAonn «fus-ioxo'yict.v* //hào/2otov yî toi thu

font mention (12); mais saint Chry sostome (i3) déclare que la conduite de ces philosophes était une folie et une bêtise , et non un mépris des richesses. Le diable, ajoute-t-il , s'est étudié toujours h décrier et à diffamer les créatures de Dieu , par l'incapacité qu'on a eue de se bien servir de son argent. N'est-ce point rendre la pareille aux gentils, qui traitaient de fous et d'insensés tons les chrétiens qui renonçaient à leurs patrimoines, et se retiraient dans des solitudes (i4)' C'est ainsi qu'on trouve du bien ou du mal

ieiuTou ^û)fii*v éi a.ÙT»v ua.<ri (i6j. iLt verb superiores omnes quantiim, isphysiologiœ studio superârit, velex eo intelligi, quod agros ipse suos magnitudine pastionis uberrimos ejus amore reliquerit. Je me sers de la traduction ordinaire, qui est celle de François Viger j mais j'avertis qu'elle est fautive à l'égard de //nxô/2oTov X.'^pa.v, qu'il fallait tourner par agros ovibus depascendos, et non point agros magnitudine pastionis uberrimos.

Il nous reste encore des observations à faire sur le désintéressement

partout , selon que l'on est rempli de d' Anaxagoras. C'était un homme telsoudetelspré|ugés. Notonsqu'Apol- qui se serait très-bien acquitté des lonius de Tyane critiquait un peu la charges publiques ; car non -seuleconduite d'Anaxagoras , comme Tac- ment ses conseils servaient de beaution d'un philosophe qui avait cherclié le prefit des bêtes , plutôt que ce-

■prudenles verb nequaquam , cum videant eos qucB sibi ulilia sunt isnornre, Aristotel. Eudemior. lib. V , cap. VII , pag. 184.

(7) Voyei le paragraphe VIII du Projet de ce Dictionnaire, dans le tom. XV^.

(8) Philo , de Vitâ contemplativâ.

(q) Je cite ses paroles dans la reiruirque (B)

de l article Démdckite.

cap.

fio) Philostrat. in Vilâ Apolloa. , lib. I ,

(u) Wimet. apudVhol. , pag. 1088.

(13) Lact., lib. III , cap. XXII. Origenes contra Cels. , lib. II.

(li) Voyez son Homélie VII sur les Actes des Apôtres, pag. Ci, édition de Paris, en i636.

(i4) Voyez Rutilias Numatianus dans son Itinéraire. J'ai rapporté ci-dessus quelques-unes de ses paroles, à lajin de la remarque (EJ de l'article Auamitcs,

coup à celui qui gouvernait les Athéniens, mais aussi ils lui étaient nécessaires (17). Cependant il ne se soucia jamais de se mêler du gouvernement:

il ne se voulut jamais prévaloir de l'autorité et du crédit de Périclès ,

(i5) Phitostr. in Vitâ ApolIoD., lib. T, cap. VIII. Cet endroit a été misérablement traduit par Yigenère, qui fait dire à rauteur,qu*Anaxagoias , .l'estant adonné a la nourriture des bestes blanches et des chameaux , avait plutost employé sa philosophie pour Vutilité du beslail que des hommes. La version latine de Khinuccinus ne vaut pas mieux : Aiebat Clazomenium Anaxagoram gregibus el camelorum armentis nutriendis intentuin pecoruin gratia magis quam honiinutn philosophalum esse.

(16) Euseb. Prieparat. Evangel. , lib. XIV , cap. XIV, pag. 75o .

(!•;) Voyez ci-dessous les paroles de Plutarque, citation ('O).

ANAXAGORAS

pour s'élever aux emplois 5 il se borna aux speciilalions philosophiques , et se guérit parfaitemeut d'une ambition qu'une infinité d'autres savans sont incapables de réprimer , lors même que , comme lui , ils n'ont ni l'intelligence des aflàires politiques, ni la protection et la faveur des puissances.

Je ne doute point que Cicéron ne l'ait principalement compté parmi les grands personnages dont ii dit , que ce fut dommage pour les républiques qu'ils se fussent entièrement adonnés à étudier la nature : Jiâdem autem alii prudentid, sed consilio ad uitœ studia dispttri , quietern atque otiuinsetfuuti , ut Pythagoras , Demncntns , j4naxagoras , à regendis ciui- ^ tatibiis tolos se ad cognllionem rerum

transtulerunl , quœ t^ita propter tranqidllitatem , et propter ipsiiis scientiœ xuavitatem , qtid nihil est hondnibus jucundius , plures quàm utile fuit rébus publiais, delectauil (18). Mais nonseulement il négligea les honneurs, il n'eut pas même le soin de se procurer ce qui lui était nécessaire pour sa subsistance : il ne fit aucune attention , ni à Ja facilité d'amasser du bien, que le crédit et l'amitié de Periclès lui auraient fournie , ni aux besoins de la vieillesse. La reclierchedes secrets de la nature absorbait toutes ses autres passions. Il éprouva entîn que son mépris des richesses n'eût pas dû être si grand ; il se vit réduit dans ses vieux jours à n'avoir pas de quoi vivre , et il n'eut recours dans cette nécessité qu'à une tranquille résolution de mourir de faim ; mais Périçlès ayant su cela en prévint reflet. Ecoutons Plutarque : Periclès , dit-il (19), secourut de ses richessesplusieurs pauvres gens , et niesmement Anar agoras , entre autres ; duquel on conte , qu'estant Periclès si empesché ailleurs , qu'il n'at^oit pas loisir de penser a lui, il setrou^'a délaissé de tout le monde en sa i'ieillesse , et se coucha la teste affublée en résolutionde se laisser mourir de Jaim.

De quoi Periclès estant averti , s'encourut aussitost tout esperdu de^'ers lui , et le pria le plus affectueusement qu'il lui fut possible qu'il retournast

(18) Cicero.de Oratore , Uh. III, cap. XV, f ffl non pas lib. II , comme cite M. Ménage sur DiogèiiK Laërce, nuin •].) folio (fi , B.

(i()) PlutarcU. in Vit» l'ericlis , pag. i6a. Je vie Jars de la version ff'Amiot.

en volonté de fifre , en lamentant non lui , mais soi-mesnie , de ce qu'il perdoit un s i féal et si sage conseiller es occurrences des affaires publiques, Adonc Anaxagoras se descou^rit le visage , et lui dit: « Ceux qui ont af- ■n faire de la lumière d'une lampe , » Periclès , y mettent de l'huile pour ■n l'entretenir. » Voulez-vous voir une autre preuve du peu d'ambition de ce philosophe ? On lui offrit de consacrer à sa mémoire tous les honneurs qu'il voudrait : il rejeta cette faveur, et ne demanda autre chose , si ce n'est que le jour de sa mort fût une journée de vacances pour les écoliers: Tàç/iiTo- /^êvatç à.^6*ç Ti^stc, itia-a.'ra Ti/V iiy.îf'tfi

ÉXêl'vHV KOtÔ' «V oïv TêXf HTJl'ini, TOWÇ TTO.lS'a.C À^lévO.! "^TStl^êlV 0-;^^OXot.ÇêlV à-TTO T«V //*-

Byipiâ/roùV ('^o). Uonorihus qui offerebantur recusatis , postulafit utedqud decessisset è fifis die, pueris scholarum facatio et discendi concederetur. N'était-ce pas souhaiter que sa mort fût un sujet de plaisir à bien des gens, et non pas une affliction ? et ne voit-on point là un mépris extrême de tout ce qui flatte le plus la vanité des mortels ? Faisons deux petites réflexions sur le passage de la vie de Periclès. Il nous apprend qu' Anaxagoras entendait très-bien la politique , quoiqu'il ne fît profession que de la philosophie spéculative. Pourquoi donc ne croirions-nous pas qu'il composa le Traité de tiegno , dont Élien a cité une sentence (21)? Je veux qu'il soit d'un autre Anaxagoras , comme Meursius et M. Ménage le supposent (22) , toujours est-il vrai que la raison qu'en donne M. Ménage n'est pas solide (aS) : il l'aurait compris lui-même s'il eût songé à cet endroit de Plutarque. Voilà ma première réflexion.

L'autre est que cette vieillesse , que l'on attribue à notre philosophe , ne s'accorde point avec ceux qui disent qu'il vint à Athènes âgé de vingt ans, et qu'il y séjourna trente années. Il

(20) Idem in Prœcepl. Reip. gcrendae, pag. 820 , D. Diogène Laërce , cumme on Va vu dans le coijjs de cet article, a circonstancié' les choses un peu autrement.

(21) ^.lian. Var. Hist. lib. IV, cap. XIV. (23) Voyez les notes de Kuhaius sur cet endroit (i'Elien.

(23) Alius igilur fucril ab Anaxagord nos- (ro , etc. McnaR. in Laërt., lib II, iium 7. Il lire cette conséquence de ce qu'Ana.xiigoras ne i^e'lait pas api^liqué nu gouvernement.

ANAXAGORAS

aurait donc fallu qu'avant que d'avoir plus de cinquante ans , il eût reçu de Pe'riclés la visite dont Plutarqne fait mention. Je finis par un passage d'Ovide , où Ton voit que les premiers astronomes ont dû être des personnes épurées de la sensualité' , et du soin de parvenir aux honneurs , et d'acquérir des richesses. Anaxagoras en est un exemple bien parlant :

Felices animas, quibus hœc cognoscere primis ,

Inque domos superas scandr^re cura fuit ! Credtbile est illos panier vitiisque locisque

AUi'us hutnanis exseruissf^ caput.

Non Venus et vinum sublimiu prctora fregil;

Officiumqiie furi , miluice^e Labor.

Nec lenis ambilio , perfusaque gloria fuco ,

Magnarutnve famés soliicitavit opum.

^dinovére oculis distantia sidéra noslris ;

^iheraque ingenio supposuere suo.

Sic petiliir cœtum : non utjerat Ossan Olympus,

Summaque. Peliacus sidéra tangat apex.

Nos quoque sub ducibus cœlum melabimur iUis ,

Ponetnusque suos ad stata signa dies (24)'

(B) // enseignait que le soleil était une masse de matière tout-a-fait en Jeu. ] Je me suis servi de cette expression générale , parce que les interprètes ne s'accordent pas sur le véritable

soleil n estait qu'une pierre enflammée, il ne considéroit pas qu'une pierre ne brille point dans le Jeu , et n'y peut pas durer long-temps , sans se consumer ; au lieu que le soleil dure tousjours , et est une source inépuisable de lumière. Platon sera mon second témoin. Il introduit Socrate , qui , se voyant accusé de dire que le soleil était une pierre, et que la lune était une terre (agj , répond : On me prend pour Anaxagoras , dont les libres sont remplis de tels discours , et l'on s'' imagine que je suis assez simple pour enseigner ces absurditez a des jeunes gens , qui se moqueraient de moi , 5t je m'attribuais une doctrine contenue dans les ombrages d'un autre , et qui se i^endent à bon marché. Comme je ne fais que donner là une notion générale des paroles de Platon , il est juste de les montrer elles-mêmes à ceux qui ne se contentent pas du précis d'un témoignage : ' A.va.'^a.y'(iC(iV o'ln Ka.'Tt\yofiiv , d ^l'xê Msmts , koli auTio

Xan-SKfpOVêlÇ Tmvé'i, ICltl olit ÀUTOÙÇ à-TTii-

fùt/ç ypa./ui/ui.ctTcev ùvcti , aig-i oÙk (IS^httt OTi T 'AvoL^ctyopou /iiCxitt Tau li.Kat.i^d/jii' Viou yî/j.ii Tot/TCBV rmv Xoya»/' x.a.< Jit koi

sens de ces paroles de Diogène Laèrce : o\ vso. taÎt* vctf ê//oD ^ctv8a

eLvoua-iv a

mieux une pierre tout enflammée j va(,â;x\a.'f Tê K4ioi'Tœçà;To^a'ovT«(3o).

d autres un globe de feu , qui n'était Anaxagoram tu quidem , 6 amice Me-

ni fer m pierre. Videtur mihi Anaxa- Ute , accusare tibi uideris , atque ita

garas , c'est ainsi que parle Casau- hos panàfacis , existimans eos litte-

bon, per/j.ui'pov <r.*^:/fov non tam lapi- rarum ignaros esse , quasi nesciant li-

dem autJerrum,quàmglobumquendam bras Anaxagorœ Clazomenii ejusmodl

igneiim, xSaxi't, et fia.pù^ , ut ait Plu- apinianibus esse plenas. Juuenes werà

tarckus , intelligere uoluisse (a6) . La plupart de ceux qui ont rapporté ce dogme d' Anaxagoras se sont fixés à la seconde explication , et elle s'accorde parfaitement avec l'hypothèse de ce philosophe , comme on le verra cidessous (27). Citons d'abord Xéno- PJion: $acr«.û)v (TêTov/ÏMov Xi'Ôov J'iâ.Trupov £iv«.i, jcot» tciÙto iiyfiit oti mQo( /aiv îv

hœc h me discant , quibus liceret interdiim etiam si multa sint , unius drachmœ pretio enientibus ex orchestra Sacratem deridere , si sua esse fingeret , prœsertun qinint tam absurdasint.

Vous trouverez dans Plutarque qu'Anaxagoras fut condamné comme un impie , pour avoir dit que le soleil était une pierre (3 1). Saint Cyrille d'A-

vup) à'v , oiVê K^iA.7ri, , oiVs TToxvi ;tpûvov lexaudrie (3-i) , et saint Aueustin (33),

tivrix^f à Si hmoc tov 5rà,vT«. ;tpô»ov «-ctVTMV \ctfA7rpÔTipoç à'v Sixjuîvu (28). C'est-à-dire , selon la version de M. Charpentier , Disant aussi que le

(a4) Ovid. Fastor. lib I , m. 297 et seqq. (aSj Diog. Laërtius, lib. Il , nwn. 8.

(2G) Is. Casaubon. in hune locum Dioeen. Laerl. *

(37) Dans In remarque (I).

(28) Xenophonl. Memorabil. , lib. IV.

sont aussi de ceux qui ont dit que ,

(29) Tav f/.iv >t\tor , xi9ov <;>n3-iv êiv*i,

T«V Si a-ihhnv , yh. Solem quidem lapidem essedicit , Lunam vero lerram. Plato , in Apologiâ Socraeis, pug- 21 , A.

(30) Idem, ibid.

(il) Plutarch. de Siiperstil. pas. i6g , E. (32» Cyrillus, lib. VI , contra Julian.

(33) August. de Civitat. Dei , M. XVIII, cap. XLI.

ANAXAGORAS

selon Anaxagoras , le soleil était une pierre enflammée. Suidas explique par Trùpitov xi'ôov le /mùJ'i>(iv ^li-Trvpov de Diogène Laè'rce. Je ra'etonne donc de ce que M. Charpentier aime mieux dire qa'yinaxagore soutint que le soleil n'estait qu'une masse de fer enflammée (34) •

(C) M. Moréri a très-mal représenté ufide ses sentimens , que Lucrèce auail néanmoins très-bien exposé, etc.] Nous mettrons dans cette remarque Joutes les erreurs de M. More'ri.

1°. Il se figure qu'Anaxagoras enseigna , que tes principes des choses aidaient en eux les caractères des parties : car , comme l'or est composé de petites parcelles unies ensemble , de même tout ce grand monde est fait de semblables parties , qui Jbnt le tout , et sont le premier mobile des choses.

Quel galimatias ! quelles ténèbres !

lieraclite a-t-il jamais pu s'exprimer si obscure'ment? Aquoi bon l'exemple de l'or composé de petites parcelles unies ensemble ? Cela convient-il à l'or plutôt qu'à tout autre mixte ? Ne fallait-il pas ajouter que ces petites parcelles , qui composent l'or , sont elles-mêmes de l'or ? C'est ce qu'enseignait Anaxagoras : il croyait qu'un os \isible était compose' de plusieurs os invisibles ; et que le sang , que nous voyons , était composé de plusieurs petites gouttes, dont chacune était du sang. C'est pour cela qu'il appelait ses principes ôfjiatofAipiiciç (35) , similaritates. Lisez ces vers de Lucrèce.

Nunc et Anaxagorœ scrutemur homœome-

rian , Quam GrcBci memorant , nec noslrd dicere

lingud Concedit nobis patru sermonis egeslas.

Sed lainen ipsam rem facile est exponere

verbis , Principiutn rerurn qxtatn dicit komœomerian. Ossa videlicel è pauxdlif alque minulit Otsibu' ; sic et de pauxdlis alque minutis yisceribus viscus gi^ni; sanguenque creari , Sanguinis inter se inuliis coëuntibu' guUis ; Ex aurique putat inicis consisiere posse Aurnin; et de terris terrain concrescere parvis; Jgr.ibus ex igiiein ; humorein ex humoribus

esse.

Cœlera consimili fingil ratione , puiat-

que (36).

3c ne rapporterai pas toutes les rai-

(34) Charpentier, Vie de Socrale, pag. 7.

(35) Plut, de Placil. Philosoph. tib. J, cap. Jll, pag- 876. D\of,en. Laërtius , lib. II, tmm. R.

(36j Lucrel., «&./,«. 83o.

sons que Lucrèce étale contre ce dogme, je n'insisterai que sur la première. Il montre que , suivant cela , les premiers principes des choses seraient corruptibles tout autant que les corps mêmes les plus composés.

Cette conséquence entraîne deux grands inconvéniens : l'un , que la différence, qui doit être entre les principes et les mixtes, ne se trouve point dans l'hypothèse d'Anaxagoras.

La différence dont je parle , est que les principes (37)doivent toujours demeurer les mêmes, quelque souvent que les mixtes soient détruits. Ce sont seulement les mixtes qui naissent, qui meurent, et qui passent par mille vicissitudes de génération et de corruption ; mais les pi-incipes retiennent invariablement leur nature sous toutes les formes qui se produisent successivement. Anaxagoras ne pouvait pas dire cela de ses principes j car si

Ï)ar exemple ceux de la chair avaient a nature de chair, ils étaient aussi sujets à la destruction qu'une grosse masse de chair, et ainsi des autres, vu que d'ailleurs il n'admettait dans la matière aucune partie indivisible (38). Nous verrons ci-dessous (Sg) s'il aurait pu supposer que les principes , étant éternels et incréés, devaient être impérissables. L'autre inconvénient est que la destructioo des premiers principes ne diffère pas de ce qu'on appelle annihilation ; car, quand ils cessent d'être, ils ne se résolvent point en d'autres choses dont ils soient composés, vu que la simplicité qui leur est propre ne souffre point de composition. Ils périssent donc entièrement, et ils sont anéantis. Or, la lumière naturelle ne conçoit pas qu'un tel changement soit possible (4o)' La destruction des corps composés n'est point sujette à cette difficulté ; ils subsistent toujours dans leurs principes : le bois, par

(37) J'entends par-là la matière ou le Subjectum ex quo.

(38) Nec lamen esse idld parle idem in rébus

inane Concedit , neque corporibus Jinem esse secundis.

Liicret. , lib. I , vers. 843.

(39) Dans la remarque (G).

(40) ytt neque recidere ad nikilum tes posse ,

neque aillent Crescere ex nihilo , leslor res anlè probatas. Lucret., lib. I , w. 867.

ANAXAGORAS

exemple , détruit par le feu , ne cesse pas d'exister en tant que matière, ou que substance étendue. Voilà donc un très-grand défaut dans le système d'Anaxagoras j les principes y sont composés , et de matière , et de forme , et n'ont point par conséquent la simplicité et l'immutabilité que l'ordre demande. On n'eût point remédié à ce mal -là, en supposant que l'intelligence qui présidait aux générations ne souflrait jamais qu'ils fussent détruits. N'était-ce pas un assez grand inconvénient, que de leur nature ils fussent sujets à la corruption , et qu'ils n'en pussent être garantis que par privilège , ou pour mieux dire par miracle ? Je ne dis rien de leur multitude, qui est aussi un défaut insigne; car il est de l'essence d'un beau système , qu'un très petit nombre de causes y produisent une infinité d'effets.

Lucrèce ne s'avisa pas de proposer une objection qui eût pu ruiner tout le fondement de l'iiypothèse d Anaxagoras. Le motif de ce philosophe , dans la supposition de ses homœoinéries ou homogénéités, fut qu'aucun être ne se fait de rien , et ne se réduit au néant (4i).0r, si la terre, par exemple , était formée de choses qui ne fussent point terre , elle se ferait de rien jet si, ayant été terre , elle cessait d'être terre , elle serait anéantie :

il faut donc qu'elle se fasse de ce qui est terre, et que, dans ce qu'on nomme destruction ou corruption , elle se réduise ou se résolve en parties qui soient terre. Selon cela, il n'y avait point de génération ni de corruption, point de naissance ni de mort, proprement dites. La génération d'une herbe n'était autre chose que l'assemblage de plusieurs petites lierbes : la destruction d'un arbre n'était autre chose que la désunion et la dispersion de plusieurs arbres. Nous soyons, ajoutait-il {^i) , que les alimens les plus simples , l'eau et le pain, se coni'ertissent en chet^eux , eu feines , en artères , en nerj's , en os , etc. : il faut donc que dans le pain et dans l'eau il y ait de petits chei-eux , et des veines , et des artères, etc. , que nos sens à la t'ente ne découvrent point ; mais qui

(40 PluUrcb. de Placit. Philosophor. , lib. I, cap. ///, pag. 876. Aristoteles , Pbysicor. lih. I , cap. IV, pag. j5€.

(42) PluUrcb, ibui.

ne sont pas invisibles a notre raison , ou a notre entendement. Il est clair qu'il se fondait sur une fausse supposition, savoir, que de rien il se ferait quelque chose si les parties du paia qui fournissent de la nourriture aux os n'avaient pas eu la nature d'os dans le pain même. On doit s'étonner qu'un si grand génie ait pu raisonner ainsi. Ne voyait-il pas qu'une maison ne se faisait point de rien , encore qu'elle fût bâtie de matériaux qui n'étaient pas une maison? Quatre lignes dont aucune n'est carrée , ne fontelles pas un carré ? ne sufiit-il pas qu'on les range d'une certaine façon ?

De plusieurs pièces de toile dont aucune n'est un pourpoint , ne fait-on pas un pourpoint ? y a-t-il là le moindre vestige de création ? Puis donc que dans les choses artificielles le seul changement de la figure et de la situation des parties sullit à former un tout qui est différent de chacune de ses parties quant à son espèce et à ses propriétés, ne fallait-il pas comprendre que la nature, infiniment plus habile que l'art humain , peut former des os et des veines , sans joindre ensemble des parties qui soient déjà des os et des veines j mais qu'il lui suffit de travailler sur des corpuscules qui puissent recevoir telle ou telle situation , telle ou telle configuration ?

Moyennant cela, sans que de rien il se fasse quelque chose, ce qui n'était aucunement chair deviendra chair, etc.

Voilà ce que Lucrèce eût pu objecter à notre Anaxagoras : il eût ruiné l'hypothèse des honiœoméries par les fondemens. Passons aux autres fautes de JM. Moréri (43).

2°. anaxagoras , dit-il , fut surnommé Noî/ç ou V Esprit, a cause de la subtilité de SI doctrine . D iogène Laërce ne dit rien de cette raison : il assure simplement et absolument qu'on le surnomma ainsi, à cause de son hypothèse, qu'une intelligence avait présidé au débrouillement du chaos (44)- Timon (45), et Harpocration (46j , le

(43) Je ne lui marquerai point celles de citaUon : il ne cite Pliitarque qu'ixi Vitâ Nicias, ^d fallait dire Nici»;) or il ne rapporte rien de ce que Plutari|ue (2i( là, et il y a d'autres Traitée de Plularque , qu'à était plus il propos de citer.

(44) Diogen. Laërt., lib. II , num. 6.

(4^^ Timon Pbliasius in Sillis , apud Lairl. , lib. Il , num. 6.

(4t)) Harpocral. , voce' Kv<t,'^t.yhfXt.

ANAXAGORAS

disent aussi. Je ne nie point que Plutarque n'ait parle de la raison que M. Morëri propose j mais comme il allègue aussi celle qu'on lit dans Diogène Laèrce (47)> et qui est plus vraisemblable , il ne fallait point que M. Moréri la supprimât.

3°. II impute faussement à notre Anaxagoras d'avoir admis des atomes (48). Cette erreur est d'autant plus lourde qu'il venait de dire qu'Anaxagoras admettait des parties infinies en tous les corps. Voilà deux sentimens qui se détruisent l'un l'autre : car généralement parlant, l'bypothèse des atomes peut bien soiiHrir qu'il y ait une inûnité de corpuscules j mais elle demande que leur nombre soit fini dans chaque corps , puisque l'une des raisons des atomistes est d'éviter les absurdités de la divisibilité à l'infini, qui suit nécessairement la supposition que chaque corps est composé d'un nombre infini de parties.

4". II n'est pas vrai que Lucien feigne que Jupiter écrasa Anaxagoras d'un coup de foudre. Nous verrons cidessous (49) les paroles de Lucien.

5°. Je ne sais sur quel fondement M. Moréri raconte qu'Anaxagoras i>oyagea en Egypte , où il apprit les secrets et les mystères des savans de ce

ftays. Je ne me souviens point d'avoir u cela dans aucun ancien auteur j car \e demande qu'il me soit permis à cet égard-là de mettre Théodoret parmi les modernes : Théodoret ,dis-je, qui a parlé de ce voyage d'Anaxagoras (5o), mais qui se trompe d'ailleurs en faisant ce philosophe contemporain de Pythagoras. Au pis aller, il me restera une matière de censure , puisque Moréri n'a point cité Théodoret, ni aucun auteur qui ail fait mention de ce voyage.

6°, H croyait que les astres , ce sont les termes de M. Moréri, avaient d''abord eu un mouvement confus , qui s'était enfin réglé. Ce n'était point du tout le .sentiment d'Anaxagoras. Voici au contraire ce que Diogène Laé'rce lui attribue : qu'au commencement

(47) Jf rapporte let paroles de Plularque dant la remarque (D) , citation (Ga).

(48) Voyez ci-dessus les vers de Lucrèce, pag. 28 , citation (36).

(49) Dans la remarque (K] , citation (i56). (Sol Thcodoret., Je Gi»c. AflVcl. Senr. II ,

pag. 489.

les astres se mouvaient de telle manière, que le ciel ayant la forme d'une voûte, le pôle qui ne se couche jamais, était vertical à la terre; mais qu'ensuite il s'inclina (5i). Ne lui en déplaiâe , c'était avoir une connaissance pien médiocre de la sphère.

C'était ignorer que le pôle boréal, incliné sur l'horizon de l'Ionie et de plusieurs autres pays , est vertical à la tei're à l'égard d'un certain endroit tout autant qu'il l'a pu être au commencement. Si l'on a voulu dire que ce pôle , étant autrefois dans le zénith de l'Ionie , avait décliné ensuite vers l'horizon, on s'est très mal exprimé , et l'on a dû croire que l'Ionie était au commencement une région bien disgraciée et bien malheureuse.

Plutarque rapporte ceci un peu autrement. Il dit qu'Anaxagoras croyait que le monde fut composé, et les animaux produits de la terre; que le monde se pencha de lui-même {Ik roû «.t/To^ttTot/), vers le midi, à l'aventure par la divine Providence (««-«ç ùvr»

7rpovoj'*c), afin qu'il y eût des parties habitables, et des parties inhabitables par froid excessif, par embrasement, par température (5î).

7°. Il n'est pas vrai que Diogène Laè'rce fasse mention d'un orateur nommé Anaxagoras , et disciple de Socrate. Il le fait disciple d'Isocrate (53).

8°. Il est encore plus faux que notre Anaxagoras ait enseigné que les parties semblables étaient le premier mobile des choses- Nous verrons dans la remarque suivante que le premier mobile était , selon lui, un esprit distinct des homceoméries. Si M. Moréri avait entendu l'auteur de la vie de ce philosophe, il ne serait pas tombé dans celte bévue : 'E» t£v oy.tjiofji.ifm ^ixf &'» 0-aiy.Â.Tuii To ^«tv a-i/yy.iKfi^èa,t' koli vouv fAiv à.pX>iv )£»v<io-£a)ç (54). Ex parfis siinilium partium corporibus hoc lotmn esse composilum , mentemqce isitium

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