‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 45 sur 113 · APOLLON. APOLLONIUS · texte numérisé non relu

APOLLON. APOLLONIUS

APOLLON , divinité païenne , Cherchez Phoebus *.

* L'article Phoebus n'existe pas.

APOLLONIUS de Perge , ville de Paniphylie , a été un grand géomètre (a) , sous le règne de Ptoîomée Evergètes , qui s'étend dejiuis la deuxième année de la i33*. olympiade jusqu'à l'an trois de la iSy". 11 étudia longtemps à Alexandrie , sous les disciples d'Euclide (b) , et il composa plusieurs ouvrages , dont il ne nous reste qvie celui des Coniques (A). On en fait beaucoup d'état, et plusieurs auteurs anciens et modernes ont travaillé à le commenter , ou à le traduire (B). M. Descartes n'en jugeait point favorablement (C). Quelques-uns ont cru qu'Apollonius s'appropria les écrits et les découvertes d'Archimède (D). Il avait un fils qui s'appelait Apollonius , et qui fut le porteur du IF. livre des Coniques à celui à C[ui l'auteur l'avait dédié (c).

Les Arabes ont été fort ignorans en chronologie à son égard (E).

M, Moréri a fait ici bien des fautes (F).

(a) Eutocius Ascalonita, iiiilio Commentar. in Gonica Apollonii,ex Heraclii Vilâ Aicliimedis.

(b) Pappiis , in Proœmio , ad lib. VU , Matliemat. Collection.

(c) Apollon., Epist. dedicator. , lib II, apucl Eulocium.

(A) // composa plusieurs owiasçes dont il ne nous reste que celui des Coniques."] Deux livres Trspi xityou «Îîtotojuîiç , de proportinnis seclione; deux

TTifi X.^piou à,7roTOfji.yiç, de spatii seclione ; deux Jiftipic-ji/cviic to//«ç, determinatœ sectionis; deux i7rat.<^m -, tactionum; deux vtl/Tiaiv, inclinalionum ; deux tÔ- «•«V tTTtmJ'aiv , planorum locorum (i);

(i) Vo5>iii5, de Scient. Matliemat., cnp. XVI, paf;. .5i, ex Pappi, liO. VII Malliemalita: Caili'CtioDi).

huit des Coniques. On ne peut douter qu'il n'y eût VIII livres dans ce dernier ouvrage; l'e'pître liminaire de l'auteur , adressée à un géomètre de Pergarae, nommé Eudémus , nous le montre clairement. Le public n'a point vu encore le dernier de ces VIII livres : les quatie premiers sont les seuls que l'on ait en grec; les trois stiivans n'ont été' traduits en latin que sur la version arabe. Voyez la remarque suivante. On trouve cités les livres d'Apollonius de cochlcd , et de perlurbatis ralionibus (2) . Je ne sais s'il ne faudrait point donner au même auteur le Commentaire sur les phénomènes d'Aratus , qui est attribué par les anciens à Apollonius le géomètre (3).

(B) Plusieurs auteurs anciens et modernes ont trat^aitlé a commenter ou à traduire ses Coniques. ] On dit qu'Hypatia , tille de Théon , lit un commentaire sur les Coniques d'Apollonius (4). Nous avons encore celui qu'Eutocius d'Ascalon composa sur les quatre premiers livres de cet ouvrage, avec quelques lemmes et corollaires de sa façon. Il promettait de commenter les quatre autres : voyez son épître dédicatoire à Anthémiis. Nous avons aussi (5), au nombre de 65, les lemmes que Pappus disposa et arrangea sur les Coniques d'Aj)ollonius. Le catalogue des ouvrages de François Maurolycus , imprimé à Venise, nous apprend que cet habile mathématicien a fait un livre intitulé Apollonii Conicaelementa, libris quatuor et demonstrationilus et lineamentis oppartunis instaurata (6).

Jean Baptiste Mémus (7), noble Vénitien, et professeur en mathématiques à Venise, lit une version en latin des quatre premiers livres d'Apollonius , qui fut imprimée l'an iSSy (8). Elle ne vaut rien : il n'entendait pas la

(2) Àptid Proclum in Euclidem. Voyez i'Epitome (le la Bibliothéq. de Gesncr , pag. 71.

(3) Vojez\oss\ns, de Scient. Malhera., cap. XXXII , pag. i56 , et de Hist. Graecis , pag. 5o5.

(4) Claiid. RicViardus , prwf. ad Apollon. PergKiim , sect. X.

(5) In libro III , Mathcmaticarum Collect. Pappi.

(6) Claud. Ricliardus, prwf., ad, Apollon. Perga;um , secl. IV.

(■j) Moréri le mimme àe Mesmes : il a cru sant doute que c'était un Français de la famille da ce nom.

(8) Gland. Rictiai<lus , prtpf- , in Apollon. Prrïacuiu , ^ct. XV.

APOLLONIUS

matière, et cela fut cause qu'il ne et la quadrature du cercle de Gré s'aperçut point des fautes les plus visi- goire de Saint-Vincent, où il y a beau blés du manuscrit giec. Ens primas coup de choses qui se rapportent aux

transtutit, c'est Vossius qui parle (9), Joan. Baptista Memmius ; sed irifeticiter, eo qubd argumenlum nperis non intelligeret : undè non l'idil sat manifestai grœci codicis niendas , ac sœpè pwriiuer alucinatur : sicui moni

livres d'Apollonius qui nous manquent. In quibus ( de quadraturâ circuli duobus tomis) prœtcr elementa conica peculiari ordine disposita , innuméro prodit sicuti Middorghis, qucv spectant ad postremos quatuor Apol-

tuni Francisco Mauroljco prcefatione lonii libros injurid tempnrum suppres

in cosntngraphiam suam. Fre'dcric Commandin (10) en fît une nouvelle version beaucoup msilleure , qu'il fit imprimer à Boulogne , l'an i566. Il y joignit la version du commentaire d'Eutocius, et plusieurs notes. Mais , parce qu'il se servit d'un manuscrit grec, qui était tout plein de fautes, il ne put pas faire sa version aussi bonne qu'il aurait voulu ; c'est pourquoi Marin Ghelaldus(i i)se crut obli

SOS , in lucem reuocandos (i5). Ferdinand P'., grand-duc de Florence, prit, à cœur de faire traduire plusieurs manuscrits arabes qui étaient dans sa bibliothèque. Jean-Baptiste Raimond, qui tenait le premier rang parmi ceux à qui ce prince donnait des pensions

Sour ce travail, avait promis de trauire Apollonius, que l'on avait en arabe dans cette bibliothèque ; et il y a eu des auteurs qui ont publié que

é de remonter jusqu'à la source du cette version était achevée (16) ; mais mal : il tâcha de corriger le manu- on n'en a rien trouvé parmi ses pascrit selon le sens de l'auteur, et de piers(i7). Enfin le grand-duc Ferdi

résoudre les problèmes ; et il crut avoir redonné la vie à cet ancien géomètre (12). Voyez le livre qu'il intitula Apollonius redii^ii'us , seu restituta Apollonii Pergœi inclinalionum geometria , et son Supplementum Apollonii Gain , seu exsuscitala Apollonii Pergœi tactionum geometriœ purs reliqua, imprimés à Venise, l'an 1607 , in-^°. Claude Richard, jésuite de la Franche- Comté , et professeur royal en mathématiques dans le

nand II , et le prince Léopold de Médicis son frère , jetèrent les yeux sur Abraham Ecchellensis , professeur à Rome aux langues orientales , et le chargèrent de ce travail. 11 traduisit en latin les V«., Vi". et VIP. livres d'Apollonius, avec le secours d'Alfonse Borelli, professeur en mathématiques dans l'académie de Pise. Cette traduction fut imprimée à Florence Fan 1 66 1 , in-folio , avec le commentaire du même Borelli , qui soutient dans sa

collège impérial de son ordre à Ma- préface que ces livres ne sont point

drid, expliqua dans ses leçons publi- supposés, mais qu'ils appartiennent

ques , en 1642 , les quatre premiers véritablement à notre Apollonius. Il

livres d'Apollonius, et en 1643, qua- répond aux difficultés de Claude Mid-

fre autres livres dont il était l'auteur, dorge, qui s'imaginait que les trois

où il suppléait l'autre partie de l'ou- livres que Golius avait apportés du

vrage de cet ancien géomètre (i 3). Ce Levant (18), étaient d'un Arabe qui

qu'il a fait sur les quatre premiers 11- s'était caché sous le nom illustre d'A-

vres fut imprimé à Anvers l'an i655, pollonius. Le père Marsenne nous ap-

in-folio. Il avoue , qu'après avoir prend cette opinion de Claude Mid-

achevé ces deux ouvrages , il lut avec dorge ; mais il ne l'approuve pas : il

beaucoup de plaisir et d'admiration croit que le VHP. livre des Coni-

les Coniques de Claude Middorge (i 4), <I"^* d'Apollonius, et tous les autres

ouvrages du même auteur, ceux même que Pappus u'a point cités , exis-

(g) Vossius, de Scient. Mail). , pag. 55.

(10) El non pas Commandon, comme le notninfi Moréri.

(11) Celait un patricien de Raguse .

(is) Ex Vossio, de Scient. Math., pag. 434.

(i3) Claud. Richardus, prcef., in. Apollon. , lecl. XI.

(i4) Très Conicorum libros Claudii Middorgii . . . novd methodo ex Apollonianis fontihiis petitos et propno ingenio npposUè digesWs. Cland. Rrcbardi priej'. , in ApuHon., sgct. XJ,

(i5) Jdem, ibid.

(16) Comme Jérôme Lunadorus, dans son lii're de Komaaâ Caria, yujez Borelli dans sa préface.

(17) Abrah. Eccliellcnsis , in prœf. versionis A|io!loQii.

(18) Le V. , le ri', et le Fil', des Co- Diques d'ÂpolloDÏu».

APOLLONIUS

tent réellement traduits en arabe (19).

il en donne pour caution Aben Nedin, qui a fait un livre de Philnsophis Arahibus (20). Notez, 1°. qu'à la fin du manuscrit de Golius , on avait marqué que le huitième livre d'Apollonius n'avait pas été traduit en Arabe , parce qu'il manquait dans les livres grecs sur lesquels la version des autres avait été faite (31); a°. que le manuscrit , sur lequel a été faite la traduction d'Ecchellensis venait de la bibliothèque orientale , qu'Ignace Néama, patriarche d'Antioche, avait léguée au grand-duc Ferdinand I*''.

(2a) ; 3". qu'Abalphat Asphahanensis est l'auteur de la traduction arabe qui a servi d'original à Ecchel-

j'avorahlcvient de ses Coniques. 2 « 11 « ne lui paraissait pas étrange qu'il si; » trouvât des gens qui pussent dé- « montrer les coniques plus aisément » qu'Apollonius , parce que cet an- » cien est extrêmement long et emy> barrasse , et que tout ce qu'il a dé- » montré est de soi assez facile (aSy. » Il comparait ce qu'il avait fait en métaphysique aux démonstrations d'Apollonius, dans lesquelles il n'y a véritablement rien qui ne soit très-clair et très-certain , lorsqu'on considèrf, chaque point a part. Mais parce qu'elles sont un peu longues , et qu'on ne peut y i'oir la nécessité de la conclusion , si l'on ne se souvient exactement de tout ce qui la précède, a peine

lensis 5 et qu'il la fit pour le roi Abi- peut-on trouver un homme dans toute

caligiar, qui monta sur le trône une ville, dans toute une province, qui

l'an 372 de l'hégire. D'où il s'ensuit soit capable de les entendre. JVéan-

que cette version n'est point la pre- moins , sur le témoignage du petit

mière qui eût été faite en cette lan- nombre de ceux qui les comprennent ,

gue i car Grégoire Barhebrœus re- et qui assurent qu'elles sont vraies , il

marque que sept livres des Coniques rt'y a personnne qui ne les croie (2G).

d'Apollonius furent traduits en Arabe (D) On a cru qu'il s'appropria les

au temps d'Almamun. Or, Almamun fut inauguré l'an 2o3 de l'hégire (aï) ; 4°- qu'Abalphat ne laisse pas de prétendre que sa version est la première , et qu'on n'avait vu encore que certains fragmens d'Apollonius, les endroits les plus faciles. Cela peut faire juger , ou qu'il n'avait jamais vu la traduction qui fut faite sous Almamun , ou que celte traduction ne comprenait que quelques fragmens des Coniques d'Apollonius (24)'

Voilà ce que j'ai pu dire pour commenter le texte de cette remarque. Je ne parle point de V Apollonius Batavus de Willibrord Snellius, seu ex

écrits et les découvetes d'Archimède. ] Héraclius assure qu'Arcbimède fut le premier qui travailla à des théorèmes coniques , et que ses compositions làdessus , avant que d'être publiées , tombèrent entre les mains d'Apollonius , qui les publia comme son ouvrage (27). Eutocius réfute cela par deux raisons : l'une est qu'Arcbimède en divers endroits de ses livres parle de la science des coniqnes comme d'une chose qui n'était pas nouvelle ; l'autre est qu'Apollonius ne se vante point d'ê're l'inventeur de ce qu'il écrit 5 il se contente de dire qu'il a traité cette matière plus amplement

suscitata geometria Apollonii Pergœi qu'on n'avait encore fait (a8). Voilà,

■Ttifi Siùùfierfxivyii To/xîtc, ouvrage impri- ce me semble , une assez mauvaise

mé à Leide , Tau 1608, t« 4°- i et je justification quant au crime de pla-

laisse Vincenfio Viviani , auteur du giaire ; car on peut fort bien s'appro-

Traité de Maximis et Minimis, geo- prier les écrits d'autrui, encore que

metrica Divinatio in quintum librum ce ne soient pas des ouvrages où l'au-

qutntu Conicnrum Apollonii Pergœi , impri mé à Florence en i65g, in-folio.

(C). il/. Descartes ne jugeait pas

(içj) Mersennns, Prscfat., in Apollonii Conica, ^iim .runt in ejnt St^vci-vf-ê) Matliemalicn.

(20) Voyez Vossius, de Scicutiis MalUemat., pa^- 55.

i%i)Idcm,ihid.

(22) Burcllus, in Pra;r.

(a3) Abrah. Fccliellens, , in Prœfal.

(24) Idem , ibid.

ce ne soient pas ♦eur prétende ne rien dire qui ne soit nouveau. La gloire d'expliquer mieux que l'on n'avait fait une matière difficile est assez grande, pour tenter un

(aS) Baillet, Vie de Descarte», tom. II,

pas- ï9-

(26) /.à même , png. loi.

(27) HrracUus, in Vitâ Archimecl. , Jpud Eutocium, inil. Comment., in Apollonii Conica.

(aS) l'iilcciiis. ibidem, /'orpz Cl.iufle RjrViord, dans sa l'r''face sur Apollonius , sccl. VJI.

APOLLONIUS

homme de s'emparer d'un écrit qui peut lui concilier cet honneur. Apollonius serait dans ce cas , comme il paraît par les propres termes de son apologiste. Il y a plus : il se vante quelquefois dans le sommaire gene'ral de ses huit livres d'avancer des choses nouvelles (29), Jugez si ce n'était pas un puissant motif pour s'attribuer un pareil ouvrage. Je trouve donc qu'Eutocius le dclend très -mal, et qu'il vaut mieux le justifier par le silence de Pappus son censeur , et son censeur un peu bien fâche. Et notez que Pappus , non-seulement ne l'accuse point d'être plagiaire ; mais aussi , qu'il le reconnaît formellement pour le vrai auteur des huit livres des Coniques , quoiqu'il pre'tende qu'Euclide avait déjà fait quatre livres sur ce sujet (3o). Il prend le parti d'Euclide contre Apollonius, qui a remarqué que cet illustre géomètre avait trèsmal réussi dans un certain point. Il excuse Euclide sur ce qu'Apollonius même avait reconnu : c'est qu'avant les découvertes d'Apollonius il n'était

fias possible de bien traiter ce pointà. Les principes dont on s'était servi auparavant ne suffisaient pas pour y parvenir. Il prétend qu'Euclide, plein de douceur, d'honnêteté et de modestie, s'attacha aux découvertes d'Aristée touchant les coniques , sans vouloir ni les combattre, ni enchérir pardessus , et qu'il s'arrêta d'oiî elles ne pouvaient point le faire aller plus avant j mais qu'il se garda bien de dire que ce fût le point de la perfection : il aurait été blâmable en ce caslà (3i). Remarquez, en passant, que ceci démontre la fausseté de la prétention d'Héraclius , qu'Archimède fut le premier qui écrivit touchant les coniques. Vossius n'a point pris garde aux preuves qui renversent cette prétention. 11 observe comme quelque chose de justificatif pour Héraclius , qu'Archimède a renvoyé quelquefois à un ouvrage sur les coniques ; et cela , selon le style qui lui est

(25)) Voyn la lettre d'Apollonius à Eiidemiis, au coininenceinent de son /*''. livre. Voyez aussi sa lettre à Attalus , an commencement du /^^ lifie.

(3o) Pappus, in Proœmio , lib. VII, Malhe- )uat. CoUect.

(Bi) Vous trouverez les paroles de Pappus dans la remarque de l'article «i'ARisTiE le e^somilre.

propre quand il renvoie à ses écrits (3a). Il ajoute que Guido Ubaldus a prouvé contre Eutocius , qu'Archimède n'ignorait pas que les cônes peuvent être coupés par des plans qui ont une inclinaison difiérente au côté du cône (33). Mais que fait cela pour prouver ce dont il sagit? Accordons qu'Archimède avait fait sur les coniques un ouvrage bon, beau , excellent : est-ce à dire qu'avant lui personne n'avait traité cette matière , ou que cet ouvrage fut volé par le plagiaire Apollonius ?

(E) Les Arabes ont été fort ignorons en chronologie a l'égard d'Apollonius] lis ont dit qu'il a vécu au temps d'Achas , roi de Juda , et que ses écrits sur les coniques furent cause qu'Euclide écrivit des livres longtemps après (34). Cette bévue est si étrange , qu'il y a lieu de s'étonner qu'Ecchellensis Tait ménagée avec tant de précaution. Il s'est bien gardé de dire que l'auteur arabe qui a débité cela s'est abusé ; il dit seulement que cette chronologie paraît fort éloignée de la commune ; In bis longé uidetur discrepare Gregorius a communl chronologoruni sententiâ et opinione , qui Apollomunifloruisse scribunt anno periodi Julianœ 4474- ' • • discrspat prœterea ab iisdem chronologis in cetate Euclidis qtiem Apollonio juniorem agnoscil , ubi illi eum collocant in anno periodi Julianœ 443o (35). Ecchellensis vous laisse la liberté de choisir entre ces deux opinions : il eût mieux fait de décider que l'aufeur arabe se trompe ; car cela est très-certaiu. Et noiez que son erreur n'est pas une différence de quelques années : Achas commença de régner l'an 3970 de la période Julienne.

Ptolomée Evergètes, sous qui Apollonius a fleuri , surcéda au roi son père, l'an 44^8 de la même période. L abus est donc très-grand; il enferme une difiérence d'environ cinq siècles.

(F) M. Morcri a Jnit ici bien des fautes. ) 1°. Il a donné simplement et

(32) Vossius, de Scient. Mathcm., in Àddendis , png. 434

(33) Guiilo Ubaliliis , inilio Cummcntarii iii secundum «s-oppûiTTiX-œv ArcViimedis.

(34) Gregorius Barlirbrxns, Ub. III Chronirorum , in Acli.is , aptid Abrah. Ecchellensem , Prief. in ApoUoD.

(35) Ecchellens, , i&iWem.

APOLLONIUS

absolument le surnom de Grand Géomètre à notre Apollonius : il fallait user de restriction , et se contenter de dire que ses contemporains le surnommèrent ainsi , à cause de sa capacité dans les coniques. Voilà pre'cisémcnt ce qu'Eutocius d'Ascalon rapporte (36j. 1°. Morëri prétend que ce surnom est le même que celui de o Kpôvoç : c''est une grande bévue, quelque favorablement qu'on la traite j car enfin, l'Apollonius, qui eut le surnom de IC^ôvoç, n'était puint le géomètre j il était natif de Cyrène (37), et n'eut jamais de réputation (38).

3°. Eutocius ne rapporte point l'ouvraf^e d'Héraclius de la vie d'Archimède : il le cite seulement. 4°- Dire que nous aidons le Traité des Cônes , Conicorum , traduits par Jean-Baptiste de Mesmes , c'est commettre un barbarisme, et vouloir persuader aux lecteurs que ce Jean-Baptiste a traduit tout cet ouvrage. 11 n'en a pourtant traduit que les quatre premiers livres. 5°. 11 n est pas vrai que les gens de lettres sachent que ces (Sg) quatre premiers Hures d'Apollonius sont d'Eiiclide de Mtgare. 6°. Personne n'a dit qu'Apollonius fut le disciple d' Eubulides , auditeur d' jEuclide ; et il n'y a nulle apparence qu'il l'ait été, puisqu'Eubulides ne cultivait guère que les cbicanes de la dialectique, et qu'il n'enseigna point dans Alexandrie , où notre Apollonius étudia sous les disciples d'Euclide (4o)- 7° Après avoir avancé qu'Euclide est le véritable auteur des quatre premiers livres d'Apollonius, fallait-il dire que celui-ci

porté du Levant ces trois livres en arabe, et que les mathématiques lui auraient bientôt de grandes obligations, et surtout quand ces trois livres auraient été imprimés (40' 9°. L'Apollonius , qui fut le maître de Diodore , n'est point celui dont il s'agissait dans Cet article. On a pu voir ci-dessus (42) deux autres fautes de JM. Moréri.

C4i) Vossius, de Scient. Mathem. , cap. XVI. pag. r^5.

(42) Dans la remarque (B) aux citations marginales (g) et (lo).

APOLLONIUS de Tyane a été l'un des hommes du monde dont on a dit les choses les plus extraordinaires. J'avais résolu d'en faire un fort long article ; mais , ayant vu celui que M. de Tillemont en a fait , j'ai cru qu'il valait mieux employer mon temps à d'autres recherches , que prendre bien de la peine pour ne rien dire que ce qu'il a dit , ou que prendre simplement la peine de le copier. Son livre passera par plus de mains qvie celui-ci , et tout le monde sera plus à portée de le consulter , que de consulter mon Dictionnaire. Il suffit donc d'avertir , que l'on trouvera dans le second tome de son ouvrage (a) un re—

jît des Commentaires sur les quatre cueil plein et exact de tout ce

premiers liv^res des Cônes de ce phi- qu'il y a de plus remarquable à

losophe? Quelles brouilleries , ou plu- jire touchant Apollonius de Tya-

tot quelles contradictions ; 8°. 11 n est t j- • ^i„ ,,^;.,o ,.„„\,,ï

que

pas vrai que (jolius ait traduit d'arabe en latin le V*. , le VI*. et le VIP. livre d'Apollonius. M. Moréri , qui l'affirme , n'est point excusable, puisqu'il n'avait lu dans Vossius que ceci, que Golius avait ap-

(36) Eutoc. Ascalon., initia Comment., in Conicà Apollonii. H se fonde sur le Irmoignage de Gemini, lih. fl, Malhemat. Prœceptionum.

(37) Siraho, Ub. XVII , pag. S-fi.

(38) Idem, Ub. XIV, pag. 4S3.

(39) Nulez que Moréri n'avait rien dit « quai le mot ces se pût rapporter : cela forma un galimatias insupportable .

(40) F^o/cs Diogcnc Latrce, /il'. II ,num. m.

ne. Je dirai néanmoins , quand ce ne serait que par forme , qu'il naquit à Tyane , dans la Cappa— doce, vers le commencement du 1". siècle ; qu'à l'âge de seize ans il s'érigea en observateur rigide de la règle de Pythagore , renonçant au vin , aux femmes , à toute sorte de chair , ne portant point de souliers , laissaiit croître ses cheveux, ne s'habil-

(a) Ptig-. 200 et su(V. , e'dil. de Bruxelles.

lant que de toile (b); que peu après il s'érigea en réformateur ; qu'il fit élection de domiciledans un temple d'Esculape, oii bien des inalades lui allaient demander leur guérison; qu'étant devenu majeur, il céda une partie de son bien à son frère aîné , qu'il en distribua une autre partie à des parens pauvres , et qu'il en retint très-peu pour lui ; qu'il passa cinq ans sans parler; qu'il ne laissa pas dans ce silence d'arrêter plusieurs séditions (A) en Cilicie et en Pamphjlie (c) ; qu'il se mit à voyager , et à faire le législateur ; qu'il se vantait de savoir toutes les langues sans les avoir jamais apprises , de connaître les pensées des hommes (d) , et d'entendre les oracles que les oiseaux rendaient par leur chant (e) ; qu'il condamnait les danses , et les autres divertissemens de cette nature; qu'il recommandait les œuvres de charité (/"); qu'il voyagea presque dans toutes les parties du monde (g) ; qu'il souleva à Cadix , contre Néron , celui qui avait l'intendance du pays (h) (B) , et qu'il mourut fort âgé, sans qu'on ait jamais su bien certainement ni oii , ni de quelle manière (i). Sa vie a été amplement décrite par Philostrate (C) : il ne faut point douter qu'elle ne contienne mille choses fabuleuses, ou que, si les faits étaient vrais, on ne dût les

(b) Plùlostr., in Vitâ ApoUonii, lib. I.

(c) Idem , ihid.

(d) Tdem, ibid.

le)Id.,ibid , cap. XIV.

If) Id., ibid. , lib. ir, cap. I et IL

(5-) Foyez la CUP. lettre de saint Jérôme.

(A) Phil. , lib. V, cap JIl et XII.

( i ) Sous l'empire de Ncnta , en l'année de grâce 96 ou 97.

APOLLONIUS. ,89

attribuer à l'art magique. Les

païens étaient fort aises d'opposer les prétendus miracles de cet homme à ceux de Notre-Seigneur (D;, et de les mettre en parallèle les uns avec les autres. Il est remarquable , que saint Augustin a reconnu qu'Apollonius, au pis aller, valait mieux que le Jupiter des gentils {k). On ne peut nier que ce philosophe n'ait reçu de très-grands honneurs , et pendant sa vie, et après sa mort (E) ; et que sa réputation n'ait duré autant que le paganisme (F). Il laissa quelques ouvrages , qui ne subsistent plus (G). On parle d'un autre philosophe nommé Apollonius de Tyane (H) : il vivait sous l'empire d'Hadrien. Je ne sais pas de quelle secte il était ; mais personne n'ignore que notre Apollonius était un pythagoricien à brûler. Il faisait une si ouverte profession de croire la métempsycose , qu'il fit adorer un lion sous prétexte que l'âme d'Amasis (/) était unie avec le corps de cette bête (m). Nous avons sa Vie traduite en français par Biaise de Vigénère , sur le grec de Philostrate (n) , avec de fort amples commentaires d'Artus Thomas , sieur d'Embry , Parisien. Il n'y a pas long-temps qu'une traduction anglaise de cette Vie , avec des notes , a furieusement scandalisé de bonnes âmes (I). Elle a été condamnée ,

(À) Voyez la remarque (F) , citation (28;.

{I) Il avait été roi d'Egypte.

{m) Philost., lib. V. cap. XV.

(n) Le titre apprend que Fed Morel , lecteur et interprète du roi , a revu et exactement corrigé cette version sur l'original greCé Elle fut imprimée à Paris, l'an i6n , en deux vol, in-^'.

igo APOLLONIUS.

proscrite, anathématisée, et avec pl»s éloquent , plus actif, plus per-

raison. J'en parle dans les re- '"^'^^■, 9'j*=»\* ^'^]' "» «"/'« i'o™«««

£,. * • , que celui dont parle Vireile : marques, bi nous avions cequ un

philosophe contemporain , nom- ^"'" p''^^^^ S''"""" "' """'" "'/"'■'^ ""■""•

mé EuphrateS, avait écrit de sa- ^Coiupexere , sUem , arrecUsque auiibus

tirique contre Apollonius , nous nu «gi^'oicTis animo, ac peaora mui-

aurions un ample détail de médi- "' <^-*^-

sances : car lorsque de tels rivaux II faut que celui-ci parle , s'il veut ar-

se déclarent une fois la guerre , ''èter la fougue d'un peuple mutin.

ils déterrent bien des secrets, f P°"7*"^ "'%r' ^'''''"f >'. "'^ '

,, ., . , . son silence pythagorique fait tout ce

Philostrate a raison de se servir que les plus belles figures de l'art

du silence de cet Euphrates oratoire sauraient ope'rer.

pour convaincre de calomnie ceux qui avaient médit d'Apollonius par rapport à la chasteté , et pour soutenir hardiment qu'Apollonius dans saplusgran-

(B) Il soulei^a à Cadix.... celui qui avait l'intendance du pays. ] « Philos- 5> trate lui fait un mérite d'avoir sou- » levé contre Néron à Cadix Tinten- )) dant du pays , et les autres philo- » sophes n'en faisaient pas plus de

de ieunesse avait triomphé de la " scr"P"le que lui ( n'y ayant que la

/ ^ ■. ^ ■ ^ , » religion chrétienne qui apprenne à

nature, et avait toujours vécu „ considérer les hommes selon ce qu'ils

dans une exacte continence (o). » sont, non en eux-mêmes, mais dans

Sidonius ApoUinaris a fait une « l'ordre de Dieu , et à ne violer ja-

description d'Apollonius , dans " f.f' J\/«\ ^"'«" •«"''^ ^ P»'o"ai«.f , À -^ 1 ' j 1 ■ " (4}- ")«i- de 1 lUemont se pouvait laquelle on voit un héros de phi- f^^t bien passer de cette remarque losophie aussi grand qu'on en morale , et de toute sa parenthèse. Le puisse voir (K). L'auteur du por- christianisme a des avantages trèstrait n'oublia pas de bien faire l^^^' et très-sublimes au-dessus de , , V ■ -11- toute philosophie: mais sur le point ses excuses a la toi catholique. dont il est ici question , je ne vois pas,

(o) PbUostr. , lib. 1 , cap. VUI. que depuis plus de mille ans , il soit

^' '^ endroit d insulter les philosophes.

,.. ,, , . , ^ Les chrétiens et eux ne s'en doivent

(A) Une laissa pas, pendant son ^^,^^ j^^ ^^^ ^^^ ^^^^^^ .^ ^ ^

silence, d arrêter plusieurs sedUions. 2 fg^, On peut dire de cet engagt Celle qu'il arrêta dans Aspende (.) n,ent à «eUzer;fl,Mai5 la foi qu'on était des plus d.fliciles a calmer, puis- ^^^^ ^ .^^ ^^ j^^ -^..^^'^ ji

qu il s agissait de iaire entendre rai- . r. . . ' .-i r

son à des gens que la faim avait poussés à la révolte , yame* uiagislra peccandi , durissinia necessitalum (2). On était prêt de brûler le souverain , à cause que quelques riches, en cachant le blé , avaient mis une extrême di-

saient de la chasteté:

Credo pudicUiam Salurno rege moralam

In terris , visamque diu

Quippè aliter lune orbe novo cœloque recenti Vivebanl homines (5) :

il ne passa pas les trois premiers siè- .sette dans la ville. Apollonius, sans clés. M. de Tillemont remarque qu'Adiré un seul mot , arrêta cette émeute pollonius s'efforça de soulei^er tout le

populaire. Vit-on jamais un silence

(i) Cc'lfiit la troisième ville de Ptimphylie.

(a) QuiÀtil. Déclamai. XII. Les Français ont un pioverbe , que ventre affamé n'a point d'oieiUes. Les anciens en avaient un semblable. Voyez dans les Chiliades d'Erasme , y enltt non liabet aures. Calon commençaune harangue par ces paroles : Arduum est ad ventrem verba lacère qui careat aurlbiis. // s'agissait d'apaiser le peuple qui demandait des grains.

monde contre l'empereur Domitien (6). Celui qui a fait la vie de ce philosophe lui compte cela pour un ex-

(3) Virgil. , JEneid. , lib. 1 , vs. i5i.

(4) Tillemont, Hist. des Empereurs, tom. II, pag. 208.

(5) Juven. , Sat. VI , init.

(C) Tillemont, H ist. des Empereurs, tom. II, pag. aïo.

APOLLONIUS

IQt

ploithéroïque(7). Cet imposteur avait contre un certain Hiëroclès , grand fait le singe du fils de Dieu par rap- ennemi de l'Evangile sous l'empereur

port à diverses choses j mais sur l'ar- Dioclétien. Il paraît que le but d'Ilié-

ticle de la soumission et de la pa- rodés, dans le traitii qu'Eusèbe réfute,

■'ce, il se démasqua, il donna du avait été de faire un parallèle entre

à terre. Point de parallèle là- Jesus-Christ et Apollonius de Tyane,

us. où il donnait la préférence à ce der-

tience

nez

dess

(C) Sa vie a été amplement décrite par Philostrate. ] Celle que Damis, originaire de Ninive , le plus attaché a lui de tous ses disciples , avait composée , n'était proprement que des mémoires assez mal écrits (8). Ils tombèrent entre les mains de l'impératrice Julie, femme de Sévère. Elle les

nier. Ces paroles de Lactance confirment ce que je viens de dire : lltm ciintfacta Jesu Christi mirabilia destrueret nec tamen negaret , i'oluit ostendere Apollonium fel paria i^el eliam majora Jécisse (ii). Ce qu'a dit M. de Tillemont est remarquable : Apollone , dit-il (i2j, a été (*') l'un des

donna à Philostrate, qui, sur cela, plus dangereux ennemis que l'Eglise

et sur ce qu'il put tirer des oui'rages ait eus dans sa naissance, par l'inno-

d' A polio ne même, et de quelques au- cence apparente de sa fie, et par ses

très mémoires , composa l'histoire que miracles prétendus. Le (*') démon

nous en ai'ons. Il parle d'un Al axime semble l'ai^oir mis au monde, selon

d' Eges qui avait composé un livre sur ses propres panégyristes ( vers le

yipollone , et d'un Mœragène qui en niéme temps que Jésus-Christ y voulut

avait écrit quatre livres; mais il ne paraître, ou pour (*') balancer son

veut point qu'on s'arrête à ce dernier autorité dans l'esprit de ceux qui pren

(9). Voyez, dans la remarque (I), d'autres auteurs de la Vie d'Apollouius. Quant à celle que Philostrate a composée , elle fut premièrement imprimée en grec , à Venise , par Aide Mauuce , avec le traité d'Eusèbe contre Hiéroclès. Ce traité fut mis en latin par Zénobius Acciaioli : la Vie d'Appollonius fut traduite en la même langue, par Alemannus Rhinuccinus, Florentin. On imprima le latiu de ces deux ouvrages , à Cologne , l'an i53a, in-8°, avec plusieurs corrections , et plusieurs petites notes marginales de Gisbert Langoliiis. L'édition de Paris de toutes les oeuvres des Philostrates , par les soins de Frédéric Morel , est meilleure que celles qui avaient précédé j mais il serait à souhaiter que quelque grand grec voulût coniger la version latine. 11 y trouverait bien des choses qui demandent la main d'un bon médecin. Voyez la remarque (I) , et la citation (n) au sujet de la traduction de Vigénère.

(D) Les païens étaient fort aises d'opposer les prétendus miracles de cet homme àceux de IVotreSeigneur.'] On n'a qu'à voir l'ouvrage d'Eusèbe (10)

(9) PLilostr. , lib. y II , cap. II.

(8) Tillemont, Hist. des Em|lel■eur^, pag, 201. Ex Pliilostrati hb. I, cap. III.

(9) Tillemont, là même. Ex Philostrati lib. I, C(tp. Il et III.

(10) Dans le volume àe Dcmoaslr. Eyangel , pag. 5ii.

draient les illusions de ce magicien pour de vrais miracles , ) ou afin que ceux qui le reconnaîtraient pour un frai fourbe , et pour un magicien , fussent portés à douter aussi des mert^eilles de Jésus-Christ tt de ses disciples.

(E) Il a reçu de très-grands honneurs , et pendant sa vie , et après sa mort. ] M. de Tillemont lui reproche justement tie (*"•) n'avoir pas trouvé mauvais qu'on le traitdt de Dieu (*') , et d'avoir souflért qu'on l'adorât comme une divinité. Que s'il empêcha (*^) en une rencontre qu'on lui rendu publiquement des honneurs divins , ce fut , dit son historien , par la crainte de l'em^ie (i3). Les habitans de Tyane bâtirent nn temple à leur Apollonius après sa mort (i4) : sou

(11) Lact, Divinar. Institut, lib. V, cap.

(12) Tillemoat, Hist. des Empereurs, lom. Il, pag. 200.

(") Gotlcau, Hist. de l'Eglise, pag. m^S.

(*') Apollon. Viu , lib. I , cap. III.

(•3) Godeau, Hisl. de l'Eglise, pag. i!fi.

(*<!) Plùlosir. , in Apollon. Vilâ , Ùb. VIII, cap. II. pag. i-li.

(*5) Ibidem, lib. VII , cap. X, pag. 346, Vorei aussi Ub. I , cap. Xlll, pag. 25.

(-6) Ibid., lib. IV, cap. X, pag. 189.

(i 3} Tillemont, Hist. des Empereurs, tom. 11^ pag. 216.

(i4) Philostrat. , liv. I, chap. IV, pag. 6. f t/ri aufsi. liv. VIII , chap. dernier.

APOLLONIUS

image était ailleurs dans beaucoup de temples (i5). L'empereur Hadrien ramassa les lettres d'Apollonius , autant qu'il lui fut possible, et les mit dans son beau palais d'Antium, avec un petit livre de ce philosopbe toucbant les réponses qu'il avait reçues de l'oracle Trophonius. Ce petit livre se voyait encore à Antium , lorsque Philostrate ■vivait ; et il n'y eut point de singularité qui rendît célèbre cette ville, autant que fit ce livret (i6). Antonin €aracalla eut pour Apollonius une extrême vénération : il lui bâtit même un temple, comme à un héros (17).

L'empereur Alexandre avait l'image de ce philosophe dans un lieu particulier du palais, mêlée avec celles de Jésus-Christ, d'Abraham, et des meilleurs princes (i8).Aurélien, résolu de saccader Tyane , ne le fit pas, à cause qu'Apollonius lui apparut , et lui défendit de le faire. Non content d'obéir à cet ordre d'Apollonius , il lui ■voua une image, un temple, et des statues. Vopisque, en nous apprenant cela , se déclare l'admirateur et le dévot d'Apollonius , et promet d'écrire sa Vie. Le passage , quoique long , mérite d'être rapporté : presque tout y est une preuve du texte de cette remarque : Taceri non débet tes quœ ad f amant i>enerahilis viri pertinet. Fertur enim Aurelianum de Thyanœ cifitatis eversione yera dixisse , l'era cogitasse : verùm Apollonium Thyanceunt celeberrimœ famœ autoritatisque sapientem , \^eterem philosophum, amicum l'erum deorum, ipsum eliam pro numinefrequentanduni, recipienli se in tentorium eâ forma quâ t^idetur, subito astitisse , aique hœc latine , ut homo Pannonius intelligeret, verba dixisse : Aureliane, si vis vincere, nihil est quod de civium meorum nece cogites. Aureliane , si vis imperare, à cruore innocentlum abstine. Aureliane , clementer le âge , si vis vincere. ISôrat uultum philosophi i^enerubilis Aurelianus , atque in multis ejus irnaginem ^'iderat templis. Demque statlm attonitus , et irnaginem et

(i5) Vopiscus, in Aureliano , cap. XXIV.

(16' Philostr. , in Vilâ Apollonii , Uli. VIII, tap. VIII.

/,-)'Hp»ov, Dio, lib. LXXVII ,pag. 878, C ; 'apiJ Tillemoiit , Hist. des Empereurs,

(18J Umprid. ,rnù- ni, ayud ewwle'n.

statuas et templum eidem promisil , atque in meliorem rcdiit mentent. Hœc ego à grauibus l'iris comperi , et in Ulpiœ bibliothecœ libris relegi , et pro majestale Apollonii magis credtdi, Quid enim illo i'iro sanclius , uenerabilius , anliquius , dit'iniusgue inler hommes fuit ? llle mortuis reddidit imitant. Ille multa ultra homines etfecit et dixit : quœ qui velil nasse , grœcos légat tibros qui de ejus uitd conscripti aunt. Ipse autem , si fita suppetat, atque ipsius firi fauori usquequaquè placuerit, brei^iter saltem tanli t-'iri facta in lileras miltam ; non quo illius i'iri gesla munere mei sernionis indigeant, sed ut ea quœ miranda sunl , omnium l'oce prœdicenlur (19). Ces paroles de Lampridius , touchant le culte de l'empereur Alexandre , ne sont pas moins dignes d'être rapportées. Nous y apprenons que lorsqu'il était en état de le faire , c'est-à-dire , lorsqu'il n'avait point couché avec sa femme , il commençait îa journée par des actes de dévotion. Il s'en allait dès le matin dans son oratoire , pour y pratiquer des cérémonies religieuses en l'honneur des patrons qu'il s'était choisis. Apollonius en était un : Usus uii'endi eidem hic fuit : Primùm ut , sifacultas esset , id est si non cunt uxore cubuisset, matutinis horis in larario suo ( in quo et diuos principes, sed optimos electos et animas sanctiores , in queis et Apollonium , et quantiim scriplor suorum temporunt dicit , Christum , Abraham , et Orpheum , et hujuscemodi deos habebat , ac majorum effigies ) rewi dit^inam faciebat (20). '( Eusébe témoigne que J) de son temps il y avait des person- » nés qui prétendaient faire des en- » chantemens , en y mêlant le nom M d'Apollone (21). »

(F) Sa réputation a duré autant que le paganisme.'] M. de Tillemont, qui nie cela, se sert du témoignage de Lactance, et de celui d'Eusèbe. Dès le commencement du quatrième siècle , qui que ce fût , dit-il (aa) , n'honorait

(19) Vopiscus, in Aureliano, cap. XXIV.

(îo) Lamprid., in Alexandre Severo, cap,

(71) Euseb. , in Hierocl. , pag. 4"^ > ^77 > cité par Tillemont , Hist- des Empereurs , pag. 220.

(22) Tillemont, Hist. des Empereurs, l«m. JI, pag. 210.

APOLLONIUS. ,g3

Apollonius comme un Dieu, quoi- nius (a4). Je trouve dans Eusèbe que ,

qu'on prétende (jue les Ephésiens ré- de son temps, on faisait courir le bruit

tueraient encore sa statue , mais sous que, par l'invocalion du nom d'A-

le nom d'Hercule, et non sous le sien, pollonius, il se faisait bien des clioses :

parce qu'il était constant que ce n'é- Aôrl>ca. t^v vûv eiViv, ci Trifiîcyouç uti-

tait qu'un homme et qu'un imposteur. ;t*v«tç tm toS ÀvJ'f.oç àvaicsi^fvatç 7rf.o^.

Eusèbe assure aussi que £ presque"] yof'nt xîtT«»?v«c|)Évon xs^ous-i {jx^). JYeque

personne ne connaissait plus alors i/erà hodiè quoque desunt qui eruertos

yipnllone, non comme un Dieu ou se dicant ejus nomini ini'Ocato magicas

comme un homme extraordinaire et inesse t^irtutes ad superstiliosa quœ-

admirable , mais même comme un dam peragenda. 11 les appelle maci-

simple philosophe. M. de Tilleraont ques ou superstitieuses j mais il ne

cite le 111*. chapitre du V*. livre faut point douter que plusieurs païens

de Lactance, et le traite d'Eusèbe ne les prissent pour de bons miracles,

contre Hiéroclès , à la page 468. J'a- Je trouve dans saint Augustin que, de

voue que Lactance suppose que per- son temps, on importunait de toile

sonne n'honorait Apollonius comme sorte les chrétiens par le chimérique

un Dieu : Cur i^itur , demande-t-il , parallèle des miracles d'Apollonius

6 delirum caput , nemo Apollonium avec ceux de Jésus-Christ, et par la ri-

pro Deo colit ? nisi forte lu solus illo diculeprétentionqueles premiers é^^a-

scilicet Deo dignus cum quote insem- laient ou surpassaient les derniers

piternum uerus Deus puniet ; maisil ne qu'on recourut à cette grande lumière

s'inscrit point en faux contre ce que de l'Eglise, pour avoir la réfutation

l'auteur qu'il réfute avait avancé, que de cette difficulté : iJeti tamen etiam

l'on honorait encore à Ephèse le simu- ego in hdc parte qui plhrimis quicquid

lacre consacré à Apollonius sous le rescrlpseris , pnoFVivfiVM esse con/ido

nom d'Hercule : Simulacrum ejus sub precator accesserim utad eav\G\LAttTivs

Herculis Alexicaci nomine constitu- respondere digneris, in qiiibus nihil

tum ab Ephesiis etiam nunc honorari ampliiis Dominum quant alii homines

(23). Il se contente de se prévaloir de facere potuerunt , fecisse uel gessisse

ce qu'Apollonius n'était point honoré mentiuntur. Apollonium siquidem suum.

sous son vrai nom, mais sous un nom nobis et Apuleium aliosque magicœ

emprunté : Ideo alieni nominis titulo artis homines in médium proférant

ajf'ecta^'it difinitatem, quia suo nec po- quorum majora contendunt extilisse

terat nec audebat. Cela est plus subtil miracu/a (26.) Ce fut alors que saint

que solide; car quand les Ephésiens Augustin déclara ce qu'on a lu dans

consacrèrent ce simulacre, ils n'eurent l'article (37) ; c'est qu'Apollonius de

intention que d'honorer Apollonius , Tyane valait beaucoup mieux que Ju-

et ils ne se servirent du titre d'Hercule piter : ce qui , pour le dire en passant,

ttToTpTronoç, ou Alexicacus , que pour doit, faire honte à je ne sais quels théo-

raarquer qu'Apollonius les délivra de logiens modernes qui ne sauraient

la peste. 11 n'y eut apparemment souffrir que l'on regarde la privation

nulle sorte d'arlîGce dans tout cela : de la connaissance de Dieu comme

Apollonius ne chercha point à se un moindre mal que le culte des gen-

couvrir d'un autre nom par aucune tils pour des dieux abominables, et

crainte que le sien ne jetât quelque pires, selon le sentiment de saint

scrupule dans les esprits. Voilà donc Augustin, que des magiciens: Quis

un bon témoin produit par Lactance, autem t^el risu dignum non putet.

touchant le culte que l'on rendait en- quôd Apollonium et Apuleium cœte-

core à noire Apollonius au comraen- rosquemagicarum artiumperitissimos

cément du quatrième siècle. Avec tout conferre Christo fel etiam prce ferre

le respect dû à ce père de l'Eglise, conantur, quanqnàm TOLERABiLiùsyè-

je ne saurais me persuader que ceux rendum sit quando illos ei potiiis comde Tyane eussent discontinué leurs

vénérations , ou qu'on eût ôlé de ^'''^ ^°-'^" If passage de Vopiscus, dans la

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