‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 47 sur 113 · A PO NE · texte numérisé non relu

A PO NE

fait d'employer les diables à lui gantiorîbus typis demnndare voient

faire un puits chez lui , et à bou- *^""* fidisset eus lidoclore vewo, Pa-

cher celui du voisin , ou , pour SX;..:! /'^/.{r]:^^:^'"'"' ^"'"'^ le moi ■

»ns , a le transporter dans gU nomine et auspido in luccm pmison , plutôt qu'à la rue *. dire voluerit , ut coi ■ ■ . -

sa maison , plutôt qu a la rue '^. dire foluerit , ut commuais loci famce

benejicio Jiueretur (i).

" Pour de plus grands détails sur Apone, (B) Il se faisait payer de grosses

Jolvrenvo.eàlayiedecetauteur, parMa- sommes pour la fisite des malades 1

luchelh , imprimée daas \e Raccolia a opus- n». »,„ Ji „ • i v» ■ .J

coli sc^nt,j;!i , tom. XXIH , pag. i - 5à. "° "^, '^^'W^ PO»'^,^,*^^ qu'il exigeait

^ " ^ pour les visites qu'il faisait dans la

(A) Il étudia long-temps h Paris , et y fut promu docteur en philosophie et en médecine. ] Naudë observe cela dans une harangue où il relève le plus qu'il peut l'ancienne gloire de l'acade'mie de Paris, Rapportons un peu au long ses paroles puisqu'elles nous apprendront en passant que Pierre d' Apone lit à Paris le grand ou- •vrage qui le fît nommer conciliateur : Prodeat tandem Petrus Aponensis ab inslgni libro , quem dum festras scholasfrequentaret edidit , Conciliatoris nomen adcptus : certè latebal in Ita- Ud , nutli propè cognita , nullis aliis discipiinis , nullis arlibus nedimi propriis exçulta , nulld deniquè vel linguarum cognltione , uel philosophiœ nitore decorata medicina ; ciim ecce tulelaris illius genius , ex Aponensis Balnei pago , Haliam ab ignorantiœ barbarie, t'élut alter Camillus Roniam h Gallornm obsidione liberalurus ; diligenter inquinl , ubinam gentium humaniorcs lilterœ feliciiis excolerentur, philosophia subiitiits traderetur , medicina puriùs et solidlits edoceretur :

clinique rescii^isset uni Lutetice hanc laudem deberi , in eam statim immolât , illius gremio totum se tradit , philosophiœ medicinœque mysteriis sedulo imcumbit , gradunt , et lauream in utrdque consequitur , utramque postea celeberrimè docet , et post diuturnani annorum mornm diintiis uestris onustus , imà philosophus , medicus, astrologus , mathematicus suœ tcmpestatisprœstanlissimus in patriam suam rci'ertitur , et priniis omnium , Hcardeoni viri grai'issind judicio , sinceram philosophiam , et medicinam illi restituit. Undè gralitudinis ergà compellandus uenit , et h l'obis mérita gratid prosequendus Michaël Angélus Blondus medicus Romanus , qubd superiori seculo Aponensis t'estri Concilialionesphysiognomicas ele-

les

lieu de sa résidence ; mais on assure qu'il n'allait point voir les malades hors de la ville, à moins qu'on ne lui donn.ltcent cinquante francs par jour (3). On ajoute qu'étant mande' par le pape Honore IV , il demanda quatre cents ducats par jour (3), Voilà ce que porte l'abrégé de sa Vie , inséré dans la nouvelle édition de Van der Linden , de Scriploribus medicis. Caraérarius rapporte la même chose (4) j mais sans nommer le paj)e qui recourut à ce médecin. Il n'en use pas de môme à l'égard du lieu où Pierre d'Apoiie demeurait. Il dit que c'était Bologne. Il ne laisse pas de faire mention d'Honoré IV; mais il prétend que le médecin qui exigea de ce pape un paiement si énorme n'était point Pierre d'Apone. Voici ses paroles , selon la version de Simon Goulart : Du temps de nos pères, un médecin de Florence , nommé î'hadée, acquit une telle réputation, qu'allant en pratique hors la uille il gaignoit par chascun jour cinquante eseus , tt appelle du pape Honoré quatiiesme , en eut cent par jour , tellement qu^à snrt retour de Rome il apporta dix mille escus (5). S'il tût consulté la clironolûgie , il n'eût pas dit du temps de nos pères ; car ce pape fut élu Tan 1285 , et mourut Vim 1287. Dom Lancelot de Pérouse , citant Ciaconius (6) , dit que ce Thadée , Florentin , et professeur à Bologne , se fit promettre cent écus par jour , quand le pape Honoré IV le manda ; et il ajoute que ce voyage

(i) Gabriel Nnudaeas, de Aotiquitate Schûia Medicœ Parisiensis, fjag. 44» ^' seq.

h) Mercklinns , in Lindenio reaovalo. »<?^. 878. "^ "

(3) Iitem , ibid.

(4) Camerariiis, MeditatioDs Historiq., (om. /, U^: T,chap.iy.

(5) Là même.

((i) la Vitâ Honorii lY,

JÇ)S

APONE.

lui valut clîT mille ëcus 5 mais il observe que d'autres écrivent que Pierre d'Apone obtint de ce pape quatre cents ëcus par jour (7). 11 avait dit que ce Pierre ne sortait point de la ville pour voir des malades, à moins qu'on ne lui donnât cinquante florins. Vous trouverez, dans le Théâtre de Paul Freher, qu'il était professeur en médecine à Bologne , et qu'on l'appelait de tous les endroits de l'Italie pour voir les malades , quoiqu'il exigeât cinquante florins par jour (8). Vous y trouverez aussi qu'il stipula d'Honoré IV la somme de cent florins chaque jour , et qu'ayniit guéri ce ] ape il en reçut mille. Voilà bien des variations,

(C) Jl Jut soupçonné rie ma^ie , et poursun'i par l'inquisilinn sur ce piedla ] Ce soupçon subsiste encore parmi bien des gens : disons même qu'ils font plus que soupçonner , et qu'ils passent ju.squ'à la persuasion La commune opinion de presijue tous les autheurs est qu'il estait Le plus grand magicien de son siècle ; qu'il s'estoil acquis la cognnissance des sept arts libéraux pur Le rnoien des sept esprits faniiliers , qu'il tenait enfermez dans un cristal ; qu'il ai'oit l'industrie , comme un autre Paseles , de faire rei'enir en sa bourse l'argent qu'il ai'oit despencé (9). Celui qui me fournit ces paroles ajoute qu'i/ est constant quil fut accusé de magie en l'an Ixxx de son aage (10) , et qu'estant mort en l'an i3o5 (11) , que son protès n'estoit encore finy , on ne laissa pourtant , au récit de Casteltan {*) , de le juger au Jeu , et de brusler un f'iquin de paille ou d'osier , qui Le représenloit , dans la place publique de la fille de Pailoue , pour supprimer par un exemple si rigoureux , et par la crainte d'encourir une semblable peine , la lecture de trois Hures superstitieux et aboininabtes qu'il at'oit composez en icelle ; le premier desquels estoit cet Heplameron , qui est maintenant imprimé sur lajin du pre-

(7) Secondo Lanrellotl da Perugia, l'Hoggidi, parle II , Disiiigannu WIII , pag. 377.

(8; Vreher. , m TI„-atro Viror illustr. , pug. lîorj. Il rite Itcrnnrdiis ScirilfODUs , lib. II, clntse IX, llistonaî Palaviure.

(9) Naudé, Apologie des grands Hommes accusas de macie , chap. XIV, pag. 38o.

(10) Crta est faux. Vornz la remarque (F).

(11) Cclacslfaux. Vojei, la mfinc remarque. {' ) In Vitis jllustr. Mcdicoium.

mier tome des œui'res d' Agrippa ; le second , celuy qui est appelle par Trithème Elucidariura Necromanticum Pétri de Albano ; et le dernier, un qui se nomme dans le mesme autheur.

Liber Experlmentorummirabilium de annulis secundum a8 mansiones lunae (12). Voilà des preuves qui semblent fortes : néanmoins Naudé n'ea fait pas grand cas. Il les réfute d'abord par cette remarque : c'est que Pierre d'Apone fut un prodige d'esprit et d'érudition dans un siècle de ténèbres ; or , cela était fort propre à le faire prendre pour un magicien , puisque d'ailleurs il s'était fort attaché aux sciences curieuses et divinatoires. C'est un homme , dit-il ( ' 3) , qui a paru comme un prodige et miracle paimy l'ignorance de son siècle , et (fui , outre la cognoissance des langues et de la médecine , auoit tellement recherché celle des sciences moins communes , qu'après ui^oir laissé des tesmoignages trèsamples , par ses escrils de physiognomie , géomnnce et cliiromanlie , de ce qu'il pom'oit en chacune d'icelles , il les abandonna toutes , auec la curiosité de sa jeunesse, pour s'adonner entièrement a la philosophie, médecine et astrologie , l'estude desquelles liiy fut si favorable , que , pour ne rien dire des deux premières , qui l' insinuèrent à la bonne grâce de tous les papes et soui'erains pontifes qui furent de son temps , et luy acquirent L'authorité qu'il a maintenant parmy les hommes doctes , il est certain qu'il estoit grandement capable en la dernière , tant par les figures astronomiques qu'il fit peindre dans la grande salle du palais de Padoue , et les traductions qu'il fit des Ut^resdu rubbi Abraham Aben-Ezra , joint à ceux qu'il composa des Jours Critiques , et de V Esclaircissement de l'Astronomie, que par le tesmoignuge du renommé mathématicien llegio- IMontanus , qui luy a dressé un beau panégyrique, en qualité d'astrologue , dans l'oraison qu'il récita publiquement à Padoue , lorsqu'il y expLiqunii le liwre d'Alfragnnus. Ensuite , Naudé observe que Pierre d'Apone déféra beaucoup à l'as-

(la; Naudé, Apologie des grands Houiines accuses de Magie, chap. XII , pag 3S, (i3) La même , paj;. 38a.

APONE. ,99

trologie (i4) , et que de là vient que i'oulu rendre à ses mérites , luy dres-

beaucoup d'auteurs maintiennent une sont une statue parmy celles des lioni-

opinion directement contraire à celle mes illustres qui se woyent en sa cita-

desprdcédeiu , scauoir: qu'il subit une délie, que pur l'attestation publique

telle condamnation , non point pour de la taille de Padoue , qui a faict

sa magie, mais parce qu'il foulut ren- mettre son effigie sur la porte de son

dre raison des effects merveilleux qui palais, entre celles de Tite-Liue, Al-

arrufent le plus souvent en la nature , bert et Julius Paulus , at-ec cette in-

par la i^ertu des corps célestes, sans scriplion sur labase : Petrus Aponus,

les rapporter aux anges ou démons. Patavinus , philosophise raedicina'(|ue

{7e qui est très-apparent par le recueil sciontissimus , ob idque Concilialoris

qu'a JaicL Symphorien Champier(*^) nomcn adeptus , astrologiae Tcrô adeô

des passages de ses Différences , qui peritus , ut in magiae suspicionem i a-

ne doivent estre leus sans précaution , ciderit , falsôque de hœrcsi postula-

etpar l'authoritépéremptoiredeFran- tus, absolutus fuerit (i6j Jtlais ,

cois Picus, qui dictexpresscment, par- ajoute-t-il («7), pour descouvrir enlant d'iceluy (**) : Ab omnibus fermé tièrement la fausseté' des objections , creditus est magus j verùm constat l'on peut respondre à ce que Ludwiqnàm oppositum dognia ei aliquandô gius (*') a dit des sept esprits qui luy tributum sit , quem etiam hsereseum enseignèrent les sept arts libéraux , inquisitores vexa verunt, quasi nullos que cette narration fabuleuse a pris esse daeoaones crediderit ^ It quoy H son origine sur ce que le mesme Pierre faut adjuuster que Baptiste de Man- d'Apone ( *' ) assure , après Albuloue {*^) l'appelle pour cette occasion mazar , que les prières qui sont faic- Virum magnse , sed nimiùui audacis tes a Dieu lorsque la lune est conteraerariéeque doctrinœ^ que Casman- joincte avec Jupiter , en latestedu dranus {*^) le met au nombre de ceux qui gon , sont infailliblement exaucées ; rapportaient tous les miracles a la et que pour luy, comme il eut demannature ; et que le Loyer , en ses Spec- dé suivant ses propres termes sabres (**), asieure çu't7 se moc^Moi^ </ei pienliam, à primo visns est sibi in sorciers et de leur sabbat : d'oii l'on se iH^ amplius proficere. Sur quoi néanpourroit estonner que les mesmes au- moins beaucoup d'aulheurs se moctheurs le nomment en beaucoup d'au- quent,à bon droict, de ce qu'il a désatres endroits parmy les enchanteurs voué si indiscrètement toutes ses veilet magiciens, si ce n'estoil l'ordinaire les et labeurs , pour n' estre redevable; de ceux qui escrivent sur cette ma- de sa doctrine qu'à la superstition de lière de grossir tellement leurs livres , cette prière . qui ne peut estre que en copiant tout ce qu'ils trouvent dans vaineetsans efficace, en tel sens qu'on les autres , que difficilement peuvent- laveuilleprcndre.Carsil'ondictqu'elle ils observer le précepte du poète : s'addresse aux astres , c'est une puni

bestise de croire qu'ils la puissent en-

Primo ne médium, medio ne discrepet tendre; si à Dieu, je demanderais

iinum (i5). , . ,., . ' ' -

volontiers s U estait sourd auparavant

Après cela, son apologiste expose qu'il cette conjonction, s'il ne veut recevoir

a. de quoi le défendre , et du crime nos prièies sans icelle , ou si elle le

de magie et de celui d'atbéisme,;ta/i« peut contraindre et nécessiter à con-

pcu- le tesmoignage que l'illustrissime descendre aux voeux que l'on luy faut.

et religieux Frédéric duc d'Urbin a Et delà vient que Jean Pic {*^)avoit

raison de dire , en parlant de ce nou-

(i4) Cela paraît par toutes ses OEuvres et veau Salomon: Considérera Peiro isti

principalement en la différence clvi de son ut tolum quod profccit SU3e potiilS

'^"'"■iiiator. Naude , Apolosie des grands Ilom- • 1 1 ■ • • â r

' *^ * * lodustriseingenioque acceptum refer-

mes, ptg. 384-

("; /// parte, l,h. Cribrnt.

(^■') Lib. VU de Prsnot. , cap. VIT.

(«3) Lib. I , de Patientiî , cap. III.

{''>) Angelogr. , pari. II, cap. XXI, quœst.

(*5) Z.V. IF, chap. III

(i5) Nau^

pas- -iH-

dé , Apologie des grands Hommes ,

fi6) Nandé, Apologie des grands Hommes, pag. 386. Celle inscription est dans Tomasia , in Flog. illustr, Virorom, pag. /i.

(l'j) Là même , pag. 388.

(") Dasmonomaglae, quccst. XVI,

(*^l Differenlia CLVI.

(*3) Ub. IV, aiîversiis Asirolog , cap. VIII-

aoo APONE.

ret , quàra joviae illi suae supplicationi. L'on peut dire aussi , pour satisfaire à la preufe des trois libres dit'ulgues sous son nom , qu'ils luy sont non moins faussement attribuez, que beaucoup d'autres a presque tous les grands esprits , tesnioin que Trithème (*') ne les t'eut adi'ouër pour légitimes , à cause du grand nombre de J'ables que Von ai'oit pris plaisir de forger sur cet auiheur ; et ce qu'il ai'oit dtct auparavant en son Catalogue des Escrii'ains ecclésiastiques , qu'il ne tenait pour uérituble ce que l'on disoit de la magie de Pierre d'Apono , parce qu'il ne s'estoit jamais apperceu qu'il eust falot aucun lii^re sur le sujet d'icelle. A quoi si l'on t'eut encores adjouster le silence de tous It^s bibliothécaires , et la confirmation que Symphorien Champier (*') donne a celte autorité de Trithcnie , quand il asseure qu'il n'a jamais ueu aucun de ses lifres en magie , sinon quelque différence où il en traicte comme en passant , je croy qu'il n'y aura plus rien qui nous puisse empescher de recognoistre son innocence , et de juger auec les mieux sensez que tout le soupçon que l'on a eu de sa magie fient comme de sa fiaye source et origine de la puissance qu'il luy attribue en la différence clvi de son Conciliator , et des prédictions qu'il poui^oit faire au moyen de l'astrologie, sur lesquelles, par laps de temps , toutes ces fables et chimères se sont glissées , suivant le dire très-véritable de Properce :

Omnia post obitum Cngit majora vetustas (*').

Notez quelques fautes de M. de Clavigni de Sainte-Honorine, Il prétend que l'effigie de Pierre d'Aponn , qui fut faite par les soins du duc d'Urbin, est dans la place publique de Padoue avec Tite-Live, Albert et Julius Paulus , et que l'inscription contient Astrologiœ adeo peritus , ut in magiœ suspicionemvenerit (i8). i". La statue où se lisent ces paroles n'est pas dans la place pnbli(jue de Padoue , mais sur l'une des portes de la maison de

(*') Anlipali. , lib. I, cap. III.

(*') Tr.ictat. IV , lib. de claris mediciii» Scriploribus.

(*3jKU-g. /, w. î3, lib. III.

(j8) Clavigni (le Sainte-Honorine, lecture des livres suspects , prtj. loi, loa.

ville : In unn portarum Prcetorii Patavini (19)- 2°. La statue que le duc d'Urbin lit faire , ne fut point mise dans Padoue , mais dans le château de ce duc. 3°. Elle ne contient point les paroles que M. de Clavigni rapporte. Voyez Tomasini (20).

(D) Hon cadavre échappa a la diligence des inquisiteurs , qui voulaient le faire brûler. ] Pierre d'Apone, accuse' de nécromancie et d'hërësie , mourut pendant le procès , et fut enterre dans l'ëglise de Saint-Antoine.

Tous les zële's s'en scandalisèrent :

les inquisiteurs continuèrentleurs procédures , et l'ayant convaincu d'impiété , par ses écrits , ils condamnèrent son cadavre à être brûlé ; et comme ils ne le trouvèrent point , ils firent brûler publiquement une figure qui le représentait. Voilà ce qu'on lit dans M. de Sponde (21): mais comment l'accorderons-nous avec l'inscription que les magistrats de Padoue firent mettre sous la statue de ce médecin , et où ils déclarèrent qu'il fut absous (22) ? Pierre de Saint-Romualdt rapporte que les inquisiteurs , ayant lu publiquement la condamnation de Pierre d'Apone , firent mettre au feu son effigie. Il remarque aussi qu'ils ne purent trouver son corps , parce que 5a concubine Mariette l'avait déterré de nuict secrètement , et caché dans un sépulchre rompu (23).

( E ) Ses accusateurs lui attribuent des Opinions incompatibles : ils veulent qu'il ait été magicien , et qu'il n'ai point cru qu'il y eût des diables. ] Nous avons vu (24) comment son apologiste se prévaut de cette contradiction ; mais il aurait dû prendre garde que Bodin met Pierre d'Apone entre les sorciers qui , pour éluder les poursuites de la justice , soutiennent que tout ce qu'on dit des diables et de la magie est une chimère.

Bodin déclare (ju'il a fait le livre de la Démonomanie des sorciers , entre

(ig) Tomasini, Elog. Vitor. Illust. ,pag. 2Î.

(20) Ibidem.

(21 ) Spoodanuii , Annal. Ecoles, ad ann. 1 itd, num. 8. Il cite Scardeou. Hist. Patav. , lib. II, ctass. IX.

(22) yoj'ez cette Inscription ci-dessus, citation (16).

(23) Saint-Romuald , Journal clironol. et liistoriq. au 3i de déceinhre. //ci'ieBcrnard Scande ", il voulait dire sans doute Rernardin Scardcon.

(24) Dans la remarque (C).

APROSIO.

oni

autres raisons « pour respoudre à ceux » qui, par livres imprimez , s'efibrw cent <îe sauver les sorciers par tous >> moyens , en sorte qu'il semble que )i Satan les ait inspirez et attirez à » sa cordelle, pour publier ces beaux » livres, comme estoit un Pierre d'A- » pone, médecin , qui s'eft'orçoit faire j» entendre qu'il n'y a point d'esprits, » et néanmoins il fut depuis avéré » qu'il estoit des plus grands sor- V ciers d'Italie (aS). »

(F) // mourut l'an i3i6, h loge de soixante-six ans. ] C'est ce qu'on lit dans une inscription rapportée par Tomasini (26) ; cela étant , il faiit dire que Naudé se trompe lorsqu'il dit que Pierre d'Apone , accusé à l'âge de quatre-vingts ans , mourut l'an i3o5 *. Freher dit la même chose, comme tirée de Bernardin Scardeon (27). Disons aussi que Gesner se trom-

Fe , en faisant fleurir Pieri'e d'Apone an iSîo (28). M. Konig a copié cette faute (29). Mais le père Kapin s'abuse plus étrangement , puisqu'il le place au XVI'. siècle. Pierre d'Apone, ditil (3o) , médecin de Padoue , quiflorissait sous Clément Vil , 5e gâta si fort l'imagination par la lecture des philosophes arabes , et par les spéculations trop fréquentes sur l'astrologie d' Alfraganus , qu'il fut mis a l'inquisition pour auoir été soupçonné de magie. Vossius a suivi Gesner , et a fait une observation qui mérite d'être pesée : Pierre d'Apone, dit-il (3i), enuoya son lit^re de Medicinâ omnimodâ au pape Jean XXH , qui fut élu l'an i3i6, et siéga dix-sept ans.

Nous connaissons donc par-là le temps de ce médecin. Mais si l'an i3i6fut celui de sa mort , la conclusion n'est pas exacte , et ne sauve pas d'erreur Vossius.

(aS) Bodin, préface de la Démonomanie des sorciers, pag. 5. Voyez, aussi chap. V, pag. 71.

(16) Tomasious, in Elog. Viror. iliustrium , pag' 22-

* Nicéron , loin. XXVI de ses Mémoires, pag. 3i6, reproche à Bajle d'adopter i3o5 psur date de la mort d'Apoae. Ce reproctie est injuste. Bayle est pour i3i6.

(27) Paaius Freher., inThealro Viror. illust., pag. 209.

(28) Gesnerus , in Biblioiliecâ , folio 544.

(29) Konig , Bibl. vet. et nova , pag. 49.

(30) Rapin, RéUex. sur la pbilos. , num. 28,

(30 Vo>îsins , de Scient. Matliem. , pag. i8i.

AP1\0SIO(Ant.F.lico), ne à Yiiitimiglia, dans la Rivière de Gènes, le 29 d'octobre i6o^ , a eu beaucoup de réputation parmi les savans , et a composé un trèsgrand nombre de livres. Il est sorti beaucoup de personnes de lettres de sa famille [a). Il n'avait que quinze ans lorsqu'il st; jeta dans l'ordre des augustins , et il s'y fit tellement considérer , qu'il parvint enfin à la charge de vicaire général de la congrégation de Notre-Dame de Consolation à Gènes {b). Dès qu'il eut achevé ses études , on le jugea propre à enseigner : ainsi il enseigna la philosophie pendant cinq ans ; après quoi il voyagea en divers endroits de l'Italie, et se fixa, l'an i63g, à Venise, au couvent de Saint-Etienne, oii il enseigna les humanités (c). Une des choses qui lui ont été autant glorieuses , a été la bibliothèque des augustins de Vintiiniglia , qui fut son ouvrage , et une preuve éclatante de son amour pour les livres , et de l'habitude qu'il s'était faite de les bien connaître {d). Il a publié un livre touchant cette bibliothèque , qui est fort recherché des curieux, (A). Au reste , il se jilaisait extrêmement à se déguiser sous des noms forgés à plaisir à la tète de ses ouvrages ; peut-être n'osait-il écrire sous son véritable nom sur des matières aussi peu conformes à la vie religieuse , que l'étaient les différens des

(a) f^oj'ez l'article suivant.

(b) Michel JustiniaDi, Scrittori Liguri, pag. 63.

(c) Philippus Elssius , in Encomiastiro Augiisliniano, apud 3 uiûniaanm, pag-.t)'.i.

(d) RaS'jel Soprani, ji Sciiltori delhi 1-iguria . pag. ai.

302 APROSÎO.

beaux esprits touchant l'Adonis parler tle ce livre; du cavalier Marin (B), ou choses LII*'!"J''LJ'''^L!"!' semblables (C). Peut-êlre se plaisait-il naturellement à la recherche de différentes allusions, oii à mettre en peine ceux qui aiment à ôter le masque à un auteur déguisé. Il aimait assez lui-même cette occupation (D).

Quoi qu'il en soit , si vous consultez les auteurs qui nous ont

donné le catalogue des écrivains de Ligurie (e) , vous trouverez par le titre de ses ouvrages qu'il se donnait mille faux noms , tantôt celui de Masoto Galistoni, tantôt celui de Carlo Galisloni , tantôt celui de Scipio Glareano , tantôt celui de Sapricio Saprici, tantôt celui à'Oldauro Scioppio , etc. On dit qu'on trouve sa Vie dans l'ouvrage intitulé La Bihlioteca Aprosiana. Plusieurs

mais il ne savait prime'. 11 en fait mention en divers endroits de son Polyhislor. (i) , publie Tan 1688 , et toujours comme un homme qui croyait que cet ouvrage n'était point encore sorti de dessous la presse. Il est néanmoins certain que la Biblioleca Aprosiana fut imprimée à Bologne , l'an 1673, et que Martin Fogelius(a), professeur à Hambourg , en avait un exemplaire, comme M. Morhof avait pu le voir dans le Catalogue des livres de ce professeur ; car il cite ce Catalogue (3) , qui fut imi)rimé Tan 1678.

Voilà ce que M. Placcius observe dans son Iiu'itatio arnica , publiée à Hambourg , Tan 1689. Il ajoute qu'il a fait mention de cet ouvrage d'Aprosio dans ses Pseudonymes (4) , et il nous renvoie aux notes sur le catalogue de Pihodius (5). En efl'et , il nous apprend à la page i5o de ses Pseudonymes , qu'il savait par une lettre de M. Magliabecchi à Martin Vogelius , qu'Aprosio , déguisé sous le nom de Cornelio Aspasio Antii^igilmi tra i uagabondi di Tabbia detto i'Aggiralo , avait publié un livrein-12 , l'an 1673, intitulé Biblioteca yiprosiana , ~ les notes us on révoque en doute ce que Scavenius

auteurs lui ont donné de grands

éloges , et quelques-uns ont pas- P*^"? tempo autonnale. Jians

,. „.+ **„ 1 „ !• u j I sur le Catalogue de Rhouiu:

se peut-être les limites de la ^^^^^ ^^ ^^^^^ ^^ ^^^ S^

raison (/). 11 fut agrège, entre avait dit, qu'Aprosio avait composé

autres académies , à celle de gli un livre intitulé Bihliotheca Apocry-

fncoem'ti de Venise , comme il ;"''o/w«, où il restituait beaucoupd'ou-

T. , ,• • .-. 1'/ /-.7 V races à leurs véritables auteurs (0).

parait par le livre intitule le Glo- ^y^ ^^oute de cela , parce que l'on n^a

rie de gli Incogniti , overo gli Huomini illustri delV Accade— mia déi Signori Incogniti di Venetia (E) , oii l'on voit son éloge assez amplement. Il était encore en vie , l'an 1680 , lorsqu'Oldoïni publia son Athenœum Ligusticum.

{e) Eaffael Soprani et Michel Justiniani , en 1667 ; AugusliD Oldoïni, en lt)8o.

(y) Magnifica ejus cl plane invidcnda elogia adfrrimtiir à Gregorio Leti, Iliilid régnante , part. IV, lib. III , pag. 877. Volyliist. Morliofii, pag. 38. Voyez aussi pag. l[^\.

(A) // 0 publié lin lii/re touchant la bibliothèque des aiigiislin.<! de f'^inlinùglia qui dl fort recherché des curieux."] M. ML-riiuf avait fort ouï

point vu dans les listes des ouvrages d'Aprosio cette Bihliotheca Apocryphorum, mais seulement Bihliotheca Aprosia. Or, on croit qu'il aura été facile à Scavenius de métamorphoser Aprosia en Apocripha. 11 est un peu étrange que le père Oldoïni n'ait point fait mention de la Bihliotheca Aprosiana , passa tempo autonnaie, puisqu'il n'a publié son Athenœum Ligusticum qu'en l'année 1680. Il est bien vrai qu'il met entre les écrits d'Aprosio , Biblioleca Aprosiana et Antiquitates Abintimillienses ; mais c'est d'une manière très-propre à nous per-

(i) Pag. 38,59, "44-

(2) Oi.Vogeliu..

(3) Polylilsi., prtj 37.

(4) Num. LXXir.

(5) Pag. 7.7, 28.

(6) y'ojei la remarque (D),

APROSÎO.

suader que cet ouvrage n'était point encore imprime. M. Teissier, en 1686, a laissé plus de sujet d'être en doute que de décider quelque chose (7).

M. Morhof remarque que M. Leti cite un auteur qui a cité le II*. tome de la Bibliothèque Aprosienne : Producil iJem Leti ex abbate Llbanoro , pag

nom h ies écrits sur les di^Jr-it-iis touillant (' Adonis du cavalier Martfj.] Le cavalier Sligliani ayant publié le livre de l Occliiale , ou de la lunette , qui est une censure piquante de l'Adonis , se vit attaqué de toutes parts (11). On s'aperçut alors combien l'Italie était infatuée de l'Ado-

3nQ,locum quo tomus secundus Bi- nis : on courut à cette querelle comme

bliothecœ Apiosianœ citatur , quo multi continentur ab Hieron. Safanorolâ manuscripti libri (8) .

Cette citation de M. Leti est fort juste : et par-là , et par d'autres considérations , je suis fort persuadé que M. Morhof n'allègue point sur la foi d'autrui l'Italia régnante , mais qu'il l'avait lue lui-même. D'où vient donc qu'il ne sait pas que la BibUoteca Aprosi'tna fut imprimée à Bologne, chez lesManolessi, l'an 1673, in-12?

M. Leti ne l'affirme-t-il pas positivement dans la page 877 de la IV*. partie de son Italia régnante , et ne citet-il pas d'assez longs passages de ce livre d'Aprosio ? Il ajoute que l'auteur, ayant raconté sa vie jusqu'à la page ao2, nomme après cela, jusqu'à la page 666 , divers auteurs qui lui avaient donné leurs ouvrages (9); et que ce premier volume contient seulement les écrivains dont les noms commencent , ou par la lettre A, ou par la lettre B, ou par la lettre C *. Il croit que les volumes suivans seront imprimés bientôt; mais on l'avaitassuréquele second ne l'était pas, d'où il conclut que le père Libanori, qui le cite, n'eu avait vu que le manuscrit (10). Cet ouvrage de M. Leti fut imprimé l'an 1676.

(B) // n'osait peut-être mettre son

(7) Teissier, Catatog. Auclor. Bibliothec, etc., pag. 18.

(8) Mnrliof. Polyhisl., pag. 38.

(t)) JSarrando la sua Viia con l'inseiirvi varie curlosita înlorno ad ainici suoi, Leti , liai. regn. , parle IV , pag. 378.

* La BibUoteca jéprusiana est , dit la Biographie universelle ^ comme divisée en deux poriies : la première contient différentes particularités de la vie de Tauteur , «t la seconde , une table alphabétique des personnes qui lui avaient fait présent de quelque livre avec le litre eutier du livre, accompagné le plus souvent de circonstances curieuses e( quelque (ois intéressantes ; mais cette table ne contient que les trois premières lettres de l'alphabet. La traduction latine publiée par J. C. VVolf , Hambourg, 1734, in-8°., ne contient que la seconde partie , et non tout l'ouvrage, comme Joly le donne à entenrire.

(10) Là même, pag. 379, 38a.

au feu ; mais parmi tant de gens qui prirent la plume pour le cavalier Jlarin , personne ne témoigna plus de zèle pour l'Adonis , ni plus de feu contre les ennemis de ce poème , que le père Aprosio de f^intimiglia , ermite de saint Augustin (la). Il publia l'Occhiafe Stritolato di Scipio Glareano per rispoita al siqnor cavalière Fra Tomaso Stigliani ( 1 3) ; La SJerza Poetica di Sapricio Saprici , lo scantonatn Accademico Heleroclito per risposta allaprima censuradelV Adone del cavalier Mnrino , fatla dal cavalier Tomaso Stigliani (i4)j -^^' f^eratro , Apologia di Sapricio Saprici, per risposta alla seconda censura deW Adone del cavalier Marino , Jatta dal cavalière Fra Tomaso Stigliani. Cet ouvrage est divisé en deu.'t traités (i5) : ce fut un ellébore donné en deux prises. Il avait écrit contre le même Stigliani , // f^aglio Critico di Alasnlo Galistoni da Terama sopra il S'Jondo nuovo del cavalier Fra Tomaso Stigliani da Matera (i6); Il Buratto , RepUca di Carlo Galistoni al Molino del sig, Carlo Stigliani (17).

Notez que Masoto Galistoni da Terama est l'anagramme de Tomaso Stigliani da Matera , et qu'au lieu de mettre au titre, in Trevigi, per Girolamo lîighettini , on mit i«/Jo*/ocA, per fVillermo Jf^allop , parce que ce Righettini était un libraire de peu de nom. L' Aprosio raconte cela dans les pages lia et Ii3 , du BibUoteca Aprosiana (18).

(ii)^<y-iftBainet, Jug. surles Poèt., «ont. IF, pag. 198.

(1 2) L'a même , pag. 200.

(i3J Imprime' à Venise, en ^^'^i^l.

(l'i) Imprime à Venise, en l')43. '

(\^) L'un imprimé en iti45i l'autre en 1647, à Vrnise.

(iG) Imprimé a Trévise., en 1637.

(i-) Imprimé h Veitisf , en 1642.

(iS; Leti, Italia te^aunte , parte IV , pa;;. 36o.

?.o4 APROSIO.

(C) Ses écrits Iraitai^nt tJe matières éloignées de la vie religieuse...

ou choses semblables. ] Je ue pense pas que les disputes sur l'Adonis du cavalier Marin fussent plus éloignées de la profession monastique , que les ouvrages suivans : Annotazioni di Oldauro Scioppio aW Arte degli Amanti deW illiistrissimo signor Pietro Michèle nobile f^eneto (19) ; Lo Scudn di Rinaldo , overo lo specchio del disinganno , Opéra di Scipio Glareano (20) j Le Bellezze délia Belisa tragedia dell' illustrissinio signor D. Antonio Muscettola , abbozzate da Oldauro Scioppio Accademico Incognito , Géniale, etc. (21).

11 y a plusieurs semblables compositions parmi les écrits non Imprime's d'Angeîico Aprosio ; mais il ne faut pas dissimuler, 1°. qu'on y voit aussi les leçons qu'il fît sur le prophète Jonas , dans l'cglise de Notre-Dame de la Consolation , à Gênes, l'an i64g, et l'an suivant (22) ; 2°. Qu'il publia en 1643 , sous le nom d'Oldoro Scioppio, la traduction italienne qu'il avait faite des Sermons espagnols à' Augustin Osorius.

(D) L'occupation de démasquer les auteurs déguisés lui plaisait assez."^ Ce n'était pas tout-à-fait sans fondement queSca venins débit a qu'A prosio avait fait un livre intitule' Bibliotheca Apocryphorum , où il restituait plusieurs ouvrages à leurs véritables auteurs^ car c'est à lui qu'on attribue deux écrits , dont l'un a pour titre , La Visiera alzata IVecataste di alcuni icrittori che andarono in maschera

J'uori del tempo di carnevale ; et l'autre , qui n'est que la suite du précédent , s'appelle Pentecoste di alcuni autori ansmmi e pseudonimi scoperti per Mantissa délia Necatasle délia P^isiera alzata. Le père Oldoini ne nous apprend point si ces deux ouvrages étaient imprimés ou non ; il dit seulement qu'Aprosio les a écrits sous un autre nom : et l'on ne poui^rait pas conclure qu'ils étaient imprimés , de ce qu'il rite dans la page suivante, La f^isiera alzata euulgala sub nomme Priant Forbottœ ; car il

w-kVf

(19) Imprin

(li) Ihid.

(n) Imprimé à Lovano , Ou Loano, rn i664-

(ij) Sofirani, Scritlori delU LiRUria, pag. s^.

fait assez connaître que ce Forbotfa est distinct d'Angelico Aprosio (23).

On ne peut raisonnablement douter que les deux ouvrages qu'il attribue à notre Aprosio ne soient ceux dont il est parlé dans le journal de Leipsic (24)- Ils furent imprimés à Parme, en 1689. Le nom qui parait à la tête est Jean Pierre yUlani de Sienne , académicien humoriste , infécond , et geninlis. Il paraît qu'ils avaient été dédiés dès l'an 1678 à messieurs Magliabecchi.

(E) Il parait par le livre délie Glorie de gli Incogniti , qu'il fut agrégé a cette académie'^ Il fut imprimé à Venise, l'an 1647, i/z-4°.Le père Labbe a cru que Jean François Lauredan en était l'auteur (aS) j mais d'autres ne le croient pas , et ils se fondent, entre autres raisons , sur ce que l'éloge de Lauredan, qui est dans ce livre , est trop pompeux, pour devoir être attribué à Lauredan même (26). On suppose <jue les vers qui sont à la tête de l'ouvrage, et qui félicitent Lauredan, non pas comme l'auteur du livre , mais comme le fondateur de l'Académie de gli Incogniti , ont été cause de l'erreur du père Labbe.

(23) Oldoïnus , in Append. , Atben. Ligust.

(24) Mense jul. , 1690, pag. 363.

(?5) Labbe , Bibliot. Bibliothecar. , pag. 118,

eàil. anni 1678.

(26) Placius , <3e Anonymis , p<»^. ii5. Voyez dans !<• même volume le Catal. de Khodius, pag. î3, 2<J.

APROSIO ( Paul-Augxistin ) , jurisconsulte , et académicien apatiste de Florence , naquit à Vintimiglia , d'une des principales familles du lieu , et qui peut se glorifier d'avoir produit , depuis le commencement du XVir. siècle , jusqu'à l'année 1667 , neuf docteurs eu droit , et un médecin. Celui dont je parle , ayant étudié à Gênes sous les jésuites , alla à Rome, pour y étudier la jurisprudence. Il se fit recevoir docteur , l'an 16^9; après quoi , il s'en retourna chez lui, acheta beaucoup de livres curieux , et se retira dans une

APU

maison cle campagne , afin d'y jouir tranquillement du plaisir de la lecture et de la composition. Il a fait des Notes sur la B élise diD. Antonio Muscetola^ qui ont été imprimées avec les Èellezze délia medczima abbozzate da Oldauro Scioppio , l'an 1664. Lorsque le Soprani , de qm j'emprunte cet article, publia son Catalogue des écrivains de Ligurie , en i6f)7 , notre Aprosio travaillait à un grand ouvrage de raiorale sur la défaite des vices capitaux par les vertus opposées [a). Oldoïni m'apprend que cet ouvrage fut imprimé à Gênes, l'an 1674» et dédié au prince de Monaco.

(a) Strags de Vilii capilali trionfati dalle VirtU opposte.

APULÉE (Luaus), en latin Apuleius , philosophe platonicien , connu de tout le monde par le fameux ouvrage de ÏAne d'or , a vécu au IP. siècle , sous les Antonins (A). Il était de Madaure , colonie romaine dans l'Afrique (B). Sa famille était considérable (CI) : il fut bien élevé ; il était bien fait de sa personne, il avait de l'esprit, il devint savant ; mais il se rendit suspect de magie , et celte mauvaise réputation fait beaucoup de tort encore aujourd'hui à sa mémoire. Il étudia premièrenieut à Carthage , puis à Athènes , ensuite à Rome (D) , où il apprit la langue latine , sans le secours de qui que ce fut. Une insatiable curiosité de tout savoir l'engagea à faire divers voyages , et à s'enrôler dans diverses confréries de religion (E). Il voulait voir !e fond de leurs prcten-

LEE. 2o5

dus mystères , et c'est pour cela qu'il demandait à y être initié. 11 dépensa presque tout son bien dans ces voyages (F) ; de sorte qu'étant retourné à Rome , et se voulant consacrer au service d'Osiris , il n'avait pas assez d'argent pour soutenir la dépense à quoi l'exposaient les cérémonies de la réception. Il engagea jusqu'à son habit pour faire la somme nécessaire (a) : après quoi, il gagna sa vie à plaider des causes : et comme il était assez éloquent , et assez subtil , les procès , et même les grands procès , ne lui manquaient pas (b). Mais il se mit encore plus à son aise , par le moyen d'un bon mariage , que par le moyen de la plaidoirie. Une veuve, nommée Pudentilla , qui n'était ni jeune ni belle, mais qui avait besoin d'un mari , et beaucoup de bien , le trouva fort à son goût (G). Il ne fit point le renchéri : il ne se soucia point de réserver sa bonne mine , sa propreté (H) , son esprit et son éloquence , pour quelque jeune tendron ; il épousa de bon cœur la riche veuve , dans vme maison de campagne auprès d'OEea, ville maritime d'Afrique.

Ce mariage lui attira un fâcheux pi'ocès : les parens des deux fils de cette dame prétendirent qu'il s'était servi de sortilèges pour s'emparer de son cœur et de son argent (I) : ils le déférèrent

(n' Voyez la remarque (F) .

(ù , Qitn; res summum peregrinulioni mea Iribuebal solatium née minus eliam l'ictum iiberiorem subminislrabat. QuiUni? spiritu favcntis eventûs quœsUculo forensi nutrito ,

pcv patrocinia sermoiiis romani

i/uam mine inconslanter i^ loriusa inforo reddcrem patrocinia. A\ni\eiu-i, Metam., lib.XI, pa^. 2'j2. , edil. Elmenliorstii, an. 1621, in S.

2o6 APULÉE.

comme un magicien (c) non pas tre plus sensiblement l'imperti-» devant des juges chrétiens, ainsi nente crédulité des païens , que qu'un commentateur (cf) prétend d'avoir dit qu'Apulée avait fait que saint Augustin l'assure; mais un si grand nombre de miracles devant Claudius Maximus , pro- (L) , qu'ils égalaient, ou même consul d'Afrique , et païen de qu'ils surpassaient , ceux de Jéreligion. Il se défendit avec sus-Christ. Il y eut sans doute beaucoup de vigueur : nous avons bien des gens qui prirent pour V Apologie qu'il prononça de- une histoire véritable tout ce vaut les juges. C'est une très- qu'il raconte dans son Ane d'or, belle pièce (e) : on y voit des Je m'étonne que saint Augustin exemples des plus honteux arti- ait été flottant sur cela {h) , et fices que la mauvaise foi d'un qu'il n'ait pas certainement su impudent calomniateur soit ca- qu'Apulée n'avait donné ce livre pable de mettre en jeu (K). On que comme un roman (i). Il a observé qu'Apulée , avec tout n'en était pas l'inventeur : la son art magique , ne put jamais chose venait de plus loin , comparvenir à aucune magistrature , me M. Moréri l'a entrevu (M) quoiqu'il fût de bonne maison , dans les paroles de Vossius qu'il qu'il eût été fort bien élevé, et n'a pas bien entendues. Quelque son éloquence fïit fort esti- ques païens ont parlé de ce roniée {f). Ce n'est point par un man avec mépris (N). Apulée mépris philosophique , poursuit- avait été extrêmement laborieux on , qu'il a vécu hors des emplois (0) : il avait composé plusieurs politiques ; car il se faisait hon- livres (P) , les uns en vers , les neur d'avoir une charge de prè- autres en prose , dont il n'y a tre, qui lui donnait l'intendance qu'une partie qui ait résisté aux des jeux publics ; et il disputa injures du temps. Il se plaisait vivement contre ceux qui s'oppo- à déclamer , et il le faisait avec saient à l'érection d'une statue , l'applaudissement de tout l'audidont les habitans d'OEea le vou- toire. Lorsqu'il se fit ouïr à OEea, lurenthonorer (^). Rien nemon- les auditeurs s'écrièrent tout

d'une voix , qu'il lui fallait con- (c) L'accusateur s'appelait Sicinius .Emi- férer l'iiouneur de la bourgeoisic

Uinus. Il était J'rère du premier mari de Pu- /j\ n J„ n^^t\,„~^ VÀ^^,,t\

dentiiia. Apuieius , Apolog.» initia. (^")- ^eux de Carthage 1 ecoute-

(rf) Léon. Coqueus , in Augustin, de Civi- reut favorablement , et lui eri-

tate Dei , /(//. viii , cap. XIX, pag. yqo ; gèrent une Statue il) : plusieurs

edii Franco/, an. ,&^u in.\'' . -mais il ^^trcs villes lui firent le même

se trompe : &3Aal Auuustia dit tout le con- ""•-'^- '»»"'

traire. ' honneur (m). On dit que sa

(e)Augustinus, deCivitaieDie, /i6. r///, femme lui tenait la chandelle

*^"/ /-f c'^- . A . /• . « pendant qu'il étudiait ; mais je

{j) saint Augustin fait cette remarque ,1 ^ '

dans son Épître V. Fojrez la remarque (L), ^^ ^^^^^ j^ c.vilate Dei, lib. XVIII,

"'">• . , , ,. cap.XVm.

{g)ProstatimsibiapudOEcenseslocanda, ,.■ gcrmone isto Milesio parias f ululas

ex qua cwitale habebat u.rorem, ad^ersus ^„„^^,.„,„ ^pul, .;, Prologo Asini aurei.

conlradtctionem nuornndam ch'ium litiga- ,,, , ■ a i o

ret , qubd postcros ne laterel cjusdem litis C^) ^}"'^ '" ^polog., P^S-f^-

orationem scriplam mcmori^ commenda^a. (0 ^"'<^'" - Fl""Jor., pag. 35j et seq.

Ausuit. E^Hii. V. ("0 lùiJan , paif. 3i(i.

APULEE.

ne crois pas qu'il faille prendre cela au pied de la lettre : c'est apparemment une figure de l'é-

l'on va lire. Çuo anno nalus (Apiileius) non liifuidb Uqutt. f^erisimiUler tamenpossuiiius adsererenuni temyotibus Aiilonim PU di^orurruiiiefrairum

loquence gauloise de Sidonius t^ixisse. Meminit enim (*«) 'Lolliani

"- ^^i-ti-, f-nUa{*^) Urbicii Pudenlis ,

Apollinaris : Legentibus medi tantibusque candelas et cande— labra tenuerunl {ri). Plusieurs critiques ont publié des notes sur Apulée (Q). Je ne sache point {o) qu'on ait d'autres traductions françaises de l'Ane d'or , qu'en vieux gaulois (R). On a raison de prendre ce livre pour une satire continuelle des désordres dont les miagiciens , les prêtres , les impudiques, les voleurs, etc. , remplissaient alors le monde (S).

\n) Sidoa. Apollin. , Episf. X, lib. II. (o) On écrit ceci l'an 1694.

(A) H a fécu au 11^. siècle , sous les Antoiiins (i). ] Pieri'e Pithou, rejetant bien loin ceux qui disent qu'Apulée a vécu après Thëodose , prouve qu'il a vécu environ le temps d'Antoniu Plus, et après (2). Ce sentimeut est appuyé sur de si bonnes raisons , que je ne vois personne qui ne i'embiasse. Il est manifeste qu'un Scipion Orfifus , qu'un Lollianus Avitus , epi'uQ Claudius Maximus , qu'un Loîlius Urbicius , desquels Apulée j)arle corarae de personnes vivantes, ont vécu sous les Antonins.

l>e père Norls critique mal Elmen-

et {*^) Scipionis Orphiti Coss. qidsub ytntonino prcecipuèjloriieritnt, summis rnacti honoribus, ul constat ux L. 3. ff. de his qiiae in testament, delent. et L. i. § 2. fl'. de Decuriou. (4). Le j)as- -•-uge, où Autonin n'est point qnalilié Diuus , contientles reprochesqu'Apulée fait au fils de sa femme , sur ce ((u'il produisait des lettres d'amour de sa mère : Hucusquècn'obis miserutn isium puerum depra^'alum , ut matris saœ epistolas, quas putat amatnrias , pro trlbunnli proconsu/is recitet apud l'irum sanctissimum Ctaudium Maximum , ante lias imperatoris Pii statuas Jilius matris suce pudendu exprobret sliipra, et amores objectet (5) ! Jonsius se trompe doublement, lorsque pour prouver qu'Apulée a vécu au temps que je lui assigne, il dit que ce philosophe donne à Anlonin Pius l'éloge de Dii^us (6). Le fait est faux, et la conséquence que l'on en tire est nulle.

(B) Il était de Madaurc , colonie romaine dans l'Afrique."] Cttte ville, qui avait appartenu à Sjphax , fut donnée à Masinissa par les Romains :

JYeque hoc eo dixi , quod me patriœ meœ pœniteiet, etsi adhuc Syphacis oppidum essemus : quo tamen l'iota , ad Masinissani regem concessimus , muneie populi Romani , ac deinceps i^eleranorum militum nowo conditu , horst : il lui impute d'avoir avoué son splendidissima colonia sumus (7). Peu

Ignorance sur le temps auquel Apulée a vécu (3) , et il lui montre deux passages de l'Apologie d'Apulée, dans l'un desquels Antonin n'est point qualifié Oiuus , et dotit l'autre fait mention du proconsul Lollianus Avitus , qui fut consul l'an i44' L'absence de jDiwus est une assez bonne preuve qu'Antonin vivait encore. Le père Noris n'aurait pas tort , si celui qu'il a critiqué n'avait point dit ce que

(1) Et non pas iout Domiiien, avec Jpollonius de Tyane, comme VaMture Anastise de Nicée , Qua: tione XXIII , in Scripturam. Notez me d'atUres donnent cet ouvrage à Âaasiasu binaïte.

(2) Pithœas , Adversarior. lib. II , cap. X (}) Notis , Cenolapti. Pisan. , pag, 33.

auparavant, il avait dit qu'il n'avait point de honte de participer comme Cyrus à deux nations diljérentes : De palrid nied i'erb quod eani sitam JYumidice et GœUilice in ipso confinio meis scriptis ostendisti, quibits memet

projessus siim Semininindam et

Semigœtulum, non rideo qutd mifii sil in ed re pudcndum, liaud minits

(*') Apolog. , png. 2R9, Capitol. Aotonino ,

xxrii.

(*'') Apolog. pag. 174. Capitolia. Pertinace

Lxxriii.

(«3| Apuleii Floridor. , pa^. 357, 358- (4) Elnicnli. , in Vilâ Apuleii.

(î) Apuleii Apologia, pag. 327.

(6) Jon>ius, de Script. Hist. Philos., pa^ al;.

(7) Apiil Apologia , pa^. "Su.

APULÉE

quam Cyro niajori quod génère mixto fuit , Semimedus ac Seniipersa. Un certain homme , qui se voulut ériger en censeui' géne'ral vers latin iluXVJ*. siècle , nous tombe ici entre les mains. Après avoir dit que Lucien , sous la

a reconnu qu'Apulée était de bonnt maison : c'est dans sa V*^. lettre. Voyez ci-dessous la remarque (E) , citation (i8).

(1)) // étudia prcmièremenl a Cartilage , puis h Athènes , ensuite à forme prétendue d'âne, enseignemille Ho/ne. ^ On ne trouverait point celte impudicités, il ajoute : -^/juZeiHi /tune gradation, si Ton s'arrêtait au proimitatus , ut uir grcecus se latine nés- logue de son roman , puisqu'il n'y ciuisse ingénue confessus, in Asino parle point de Carthae;e. 11 se contente aureo plané rudit (8). Premièrement, de dire que ses premières études ont il n'est pas vrai qu'Apulée avoue qu'il été celles de la) langue grecque dans n'entend point le latin : il dit seule- la Grèce , et qu'après cela il vint à ment , i°. qu'il l'ignorait la première Rome , où il étudia le lai in sans le fois qu'il vint à Rome ; 2°. qu'il l'ap- secours d'aucun maître : Ibi linguam.

Atlidem primis pueriliœ stipendiis merui , mox in urbe lalid adwena studiorum Quirilium indigenarn sernionem œruninablli labore, nullo magistro prœeunte , aggressus excolui. Cette narration est trompeuse : elle n'est rien moins qu'exacte : il la faut rectifier par d'autres passages d'Apulée.

Se faut-il étonner qu'un auteur raconte mal les actions d'autrui? ne raconte-t-il pas quelquefois les siennes bien confusément? Voici ces autres passages de notre auteur. 11 dit aux Carthaginois qu'il a étudié dans son enfance chez eux , et qu'il a même

qu ....

prit sans maître. En second lieu , il n'est point vrai qu'il fût Grec. Madaure était une colonie romaine ; et , lorscfu'il se veut justifier par l'exemple des autres poètes , il cite les Grecs comme étrangers , et les Latins comme ses compatriotes: Fecêre lamtn et alii talia, et apud Grcecos Tejus quidam APUD NOS t'e/ô, Œdituus , et

Portius , et Caiulus (g). Ce qu'il y a de vrai , c'est que la langue latine n'était pas commune à Madaure. Apulée , fils d'un des premiers magistrats, n'y entendait rien quand il vint à Rome. Le fils de Pudentilla sa femme

n'entendait que le punique et un peu commencé d'y embrasser la secte pla^

tonicienne : Sum uobis nec lare alienus , nec pueritiâ im^isitatus , nec magistris peregrinus, nec sectd incogni-

tus Eniniverb et pueritiâ apud uos,

et magistrivos ; et secta , licet Alhenis Atticis confirmala , tamen hic inchoala est (i4)- à quoi il ajoute, JJanc ego i^obis mercedem , Ùarthaginienses , ubiquè gentium dependo , pro disciplinis quas in pueritid sum apud vos adeplus. Ubiquè enim me uestrœ ciuitatis alumnum jero (i5). Quelques pages après, il fait un dénombrement des sciences qu'il étudia à Athènes :

Prima cratera lilteraloris ruditatem eximil : secunda gramniatici doclrind instruit : tertia rhetoris eloquentid armât. Hactenùs a plerisque polatur.

Ego et alias crateras Alhenis bibi ; poëlicœ commentnm , ^eometricœ limpidam, musicœ dutcem, dialeclicœ austerulain, eninn'crù uniuersce phllosophiœ ine.rplebilem , scilicei nectaream (>6). Quelques-uns veulent qu'il

de grec , que sa mère , originaire de Thessalie , lui avait appris : Loquitur nunquam nisi punicè , et si quid adhuc à matre grœcissat : latine enim nequc fult neque potest (lo).

(C) "S'a famille était considérable.'} Son père se nommait Thésée. On ne le sait que par ces paroles : Si contentus lare paruulo , Thesei illius cognominis patris tui wirtutes œmulai'eris (i i). H avait exercé à Madaure la charge de duumvir. C'était la première dignité d'une colonie : In quâ coloniâ patrem habui loco principe duunwindem, cunctis honoribus perfitnctum (12). Sa mère, nommée Salvia (j3) , était originaire de Thessalie, et descendait de la famille de Plutarque.

Il le dit lui-même, dès le commencement de son roman. Saint Augustm

in auctores pêne Ce livre fui imprime'

(8) Claudius Veiderius , omnes Cension. , pttg. n3.

à l'toii^ en i58G y t/J-4**'

(<j) Apulcii Atiologia ,p<j,

(10) Ibidem , pag. 33G.

(1 1) Apul. JVlclaiii. , lib I , pas- n»- (lï) Idem, Apolosin- ;'nj ^Sy

(i3) Idem, itteUraorjiU. , Ub- II ,P"S m5

(141 Idem, Floridor. ,png. 35().

(i5> Id., ihid., pitss. 36i.

(16; Id. , i6iJ. , p«S- ïtiî»

APULÉE

ait étudié dans la Grèce en deux différens temps ^ d'abord, avant que d'étudier à Carthage, et puis lorsqu'il eut étudié dans cette ville. Ils ne parlent point de Rome : ils prétendent que ce fut à Carthage qu'il ap-

sèrent de magie , lui objectèrent entre autres choses qu'il conservait je ne sais quoi dans un mouchoir avec une singulière superstition. Voici ce qu'il répondit : f^indlcam cujusmodi illas res in sudario obi^olulas laribv

prit la langue latine (17) : ce dernier Pontiani commendârim ? Mos tibige

fait est visiblement démenti par lepro logue de l'Ane d'or.

(E) iHon insatiable curiosité de tout savoir l'engagea. ... à s'enrôler dans diverses confréries de religion.] Il se fait dire ces paroles dans le IIP. livre de l'Ane d'or : Pai.'eo et fornddo solide domils hujus operta detegere , et arcana dominée nieœ rei^elare sécréta.

Sed meliùs de te doctrindque tud prœsunio , qui prœter generosam natalium.

dignitatem, prœter sublime ingenium , sacris pluribus initïatus , profecto nosti sanctam silentdjideni (i8). 11 finit son roman par le narré de son entrée dans la religion d'Osiris. Ce fut à Rome que cet honneur lui arriva. Il ne fut guère parmi le commun des initiés; il monta bientôt aux premiers grades : Deniquè per dies admodiini pauculos , Deus Deûm magnorum potior , et majorum summus , et summorum maximus , et maxirnorum regnator Osiris non in alienam quampiam personam reformalus , sed coràm suo illo venerando me dignatus afflamine , per quietem prcecipere uisus est.. .. ytc ne sacris suis gregi cœtero permixtus deserwirem , in collegiuni me Pastophororum suorum, imo inter ipsos decurionum quinquennales elegit. Avant que de venir à Rome , il avait été initié aux mystères d'Isis : ce furent les prémices de son humanité recouvrée. Il mêle dans la description de ces sortes de cérémonies plusieurs nobles sentiraens, et qui ne sont dignes que de la vraie religion.

Tel est , par exemple, celui-ci : Te jam nunc obsequio religionis nostrœ dedica, et ministerii jugum subi t>olunlarium ; nam ciini cceperis Deœ servire , tune magis senties J'ructum tuœ libertatis (19). Ceux qui l'accu-

(l'j) Il passa les premières années de son enfance dans la Grèce, et les suivantes à CartKage, ou il apprit le latin sans maître, et avec beaucoup de peine. Il commença aussi à y étudier la philosophie. Il alla ensuite à Athènes, oit il apprit la poésie , etc. Tillemont, Hist. des Empereurs , tom. II , pag. 732.

(18) Apaleii Metamorph. , pag. i36.

fig) Metamorpli. , lib. XI , pag, 264<

retur. Sacrorum pleraque initia Grœciâ participiifi. Eorum quœdam signa et monumenta Iradita mihi usacerdotibus sedido consert'o. IVihil insolitum , nihil incognitiim dico. p'el unius Liberijiatris sjmmistœ,quiadestis , scitis quid donii conditum celetis et absque omnibus profanis tacite ueneremini. At ego , ut dixi , muUijuga sacra, et plurimos ritus, varias cerimonias, studio ueri et officio erga Deos didici. 2Yec hoc ad tempus compono , sed abhinc fermé triennium est, ciim primis diebus quibus Oeam veneram , publiée disserens de jEsculapii majestale , eadeni ista prœ me tuli, et quot sacra nôssem percensui. lia disputa tio celebratissima est, vulgà legitur , in omnium manibus versatur... Etiamne cuiquam mirum uideri potest, cui sit ulla memoria religionis , hominem tôt mysleriis Deûm conscium , quœdam sacrorum. crepundia domi adservare , atque ea lineo texto involuere , quod purissimum est rébus divinis felamentum (20) ? 11 est problable que si Apulée était magicien, son crime était incomparablement moindre que celui des magiciens d'aujourd'hui, parce qu'il ne savait pas qu'il n'y eût que de mauvais génies qui s'attachassent à faire certaines choses à la présence de certaines cérémonies. Il croyait avec les Platoniciens que de bons génies pouvaient aussi faire cela (21 ). J'ai cité dans le texte de cet article saint Augustin quitémoignequ'Apulée avait une dignité de religion qui lui donnait l'intendance des combats des gladiateurs : Sacerdos provinciœ pro niagno fuit , ut munera ederet venatoresque vestiret (22}. Enlin, je trouve que notre auteur s'était consacré au culte d'Esculape , l'une des principales divinités des Carthaginois , et qu'il avait même une dignité dans ce collège :

Principium mihi apud vestras aurais

(30) Idem, Apolog. , pag. 3og , 3io.

(21) Voyez la dispute de saint Augustin contre le sentiment ii' Apulée, au liv. VIII de la Cite Je Dieu , chap. XIX , et suiv,

(22) August- , Epist. V.

2IO APULÉE

auspicatissimum ab uEsculapio deo iSi fanjennescis , c'esl ainsi qu'il adres-

capiam, quiarcem i^estiœ Carlhaginis se la parole à son délateur (aC) , pro-

indubilabili numine prophius respicit. Jileor mifii acjratri meo reliclum h

Ejus dei hymnuni grœco et latino pâtre h-S. i'icies , paulo secùs ; idque

carminé fobis sic canam, jam illi a à me longâ peregrinatione et diulinis

me dedicatum. Sum enim non ignotus sludiis , et crebris liberalitatibus mo-

illius sACRicoLA, nec, recens cultor , nec dicè imminutum. IVam et amicnriim

i/i^ratMs ANTisTES (aS). plerisque opemtuli, et tnagistris plu-

(F) Il dépensa presque tout son bien rimis gratiam rctuli, quorumdam etiani

dans ses voyages.'] Ce ne fut point la fiLias dote auxi. JVeque enim duùitds-

seule cause de la pauvreté où il tom- sem equidem uel uniuersum patrimn-

ba 5 il fit des dépenses beaucoup plus nium impendere , ut adquirerem mihi

louables : il s'en vanta, du moins, quod tnajus est , contempium palrimo-

lorsqu'il répondit au reproche qu'on nd- Il avait fait des réflexions très-

lui avait fait de sa misère : Ad istum solides et très-morales sur la pau-

niodunt desponsus sacris , sumptuum vreté (27).

tenuitate contra uotum meum retarda- (G) Une feutre, qui n'était ni jeune bar : natti et t^iriculas patrimonii père- /libelle, mais qui aidait besoin d'un grinationis atlrii^erant impenses (a4)- mciri — le trouua fort a son gotit.'] C'est ainsi qu'il parle, en représentant L'accusateur d Apulée la soutenait l'embarras où il se trouvait à Rome , âgée de soixante ans (28) : il avait son au sujet de sa vocation à la confrérie but j il croyait prouver par-là que la d"Osiris. Il était hypothéqué à cette passion qu'elle avait conçue pour l'acmystérieuse congrégation , les pro- cusé n'était point naturelle , mais l'efmesses étaient données j mais comme fet de quelque charme magique. Apuon n'a jamais fait rien pour rien , il lée fit voir qu'elle n'avait guère plus fallait payer quelque chose pour les de quarante ans, et que si elle en avait cérémonies inaugurales, et il n'avait passé près de quatorze dans l'état de pas de quoi fournir à cette dépense. Il veuve , ce n'avait nullement été par fallut, pour ainsi dire, qu'il vendît aversion pour le mariage, mais à cause jusqu'à sa chemise : la divinité, qui des oppositions de son beau -père: le pressait , ne lui indiqua pomt d'au- qu'enfin , cet état de continence lui tre ressource : Jamque sœpiculè non avait ruiné la santé , jusque-là que sine magna lurbationestimulatus, pas- les médecins et les sages-femmes s'actremo jussus i^este ipsd meâ quami'is cordèrent à dire qu'il n'y avait point parvulâ distractd siifficientem corrasi de meilleur remède aux suffocations summulam, et idipsumprœceptumj'ue- qui la tourmentaient que le mariage rat specialiter. An tu, inquit , siquam (29). Une femme à qui l'on dit cela, et rem t^oluptatis slruendœ molireris , la- qui n'a guère de temps à perdre , si ciniis tuis nequaquàm parceres , nunc elle veut mettre à profit ce qui lui tantas cerimonias aditurus impœniten- reste d'années de fécondité , n'a nul dœ te pauperiei contaris committere besoin d'être contrainte par la force (25) ? Alors , il n'attribuait son indi- des sortilèges à se choisir un époux, gence qu'aux frais de ses voyages ; Ce fut le raisonnement d'Apulée , et il mais dans l'autre rencontre dont j'ai a beaucoup de force : Jio strupulo liparlé , il dit qu'il avait dépensé.beau- berata , ciim h principibus l'iris in niacoup à faire de bonnes œuvres, à se- trimonium peteretur , décrétait sibidincourir ses amis, à reconnaître les soins tiùs in i'iduitate non permanendum. de ceux qui l'avaient instruit , à do- Quippè ut solituduiis tœdium perpeti 1er les filles de (juelques-uns d'eux. 11 posset , tamen œgritudinem cnrporis ajoute qu'il n'aurait pas fait difficulté ferre non poLeral. Mulier sanctè pudid'achetcr au prix de tout son pa- ca, tôt annis viduitaiis sine culpd, sine trimoine le mépris de son patri- fabuld absiieludine conjugis torpens, moine : mépris qui est un bien plus et diatino situ i^iscerum saucia, l'itiaiis considérable que le patrimoine mê- inlimis uteri , sœpè ad extremum vitœ me. C'est parler en philosophe cela. „ ,

' ^ (î6) Idem, Apol. , pag. 288.

(23) Apuleïus, Florid. , paf;. 36i. (27) Id. , ibid. , pag. 285 , 286, 287.

(24) Idfm , Melam. , lib. XI , pag. 271. (28) Idrm , ibid. , pag. 817 , 33o. (a5j Idem , ibid. (29) Idem , ibid. , pag. 33o.

APULÉE. 211

discriniendoloribusobortisexanimaba- sterili : in agri cespile, quant in foi i

tur. Medici cum obsteUicibiis consen- silice • mater futura in ipso materno si

tiebant , penuriâ matrimonii morbum nubal sinu , in segele aduliâ super Jœ-

quœsilum.Malumindiesaugeri, œgri- cundain glebam. f^et enirn sub idruo

tudinem ingrauescere : dum cetatis ali- marita cubel in ipso gremio lerrœ ma-

quid supersit , nuptiis valeludinem me- tris inler soboles herbarum , et propa-

ûftcrt/u/«'« (3o). C'est un malheur pour gines uitium , et arboruvi germina

une feiïiine, que certains procès où (33). Nous verrons ci-dessous (34),

il faut dire cent choses en pleine au- qu'on déclara en pleine audience

dience, qu'on aimerait mieux cacher, que Pudentilia n'était point belle , et

soit que l'infirmité naturelle y ait que son contrat de mariage conScnait

plus de part que l'infirmité morale , des clauses qui supposaient qu'elle

soit qu'elle y ait moins de part (3i). était encore en âge d'avoir des en-

Sans ce procès, Apulée se fût bien fans

gardé d'indiquer la cause des maux (H) Sa bonne mine, sa propredont Pudentilia avait été tourmentée té , etc.'] Voici quelques parties de son pendant son veuvage. Elle y trouvait portrait : At iÙa obtuturu in me connéanmoins quelque petite douceur: i'ersa,en, inquil, sanctissimœ S alviœ car, puisqu'elle avait tant souffert , c'é- malris generosa proies. Sed et cœtera tait une marque qu'elle ne s'était point corporis inexplicabililer ad régulant servie du vrai remède. Ou n'allégua congruentia, inenormis proceritas, sucpoint aux juges cette conséquence^ culenta gracilitas , rubor temperatus ; mais on assura que cette veuve avait f.ax'um et innffectatum capillitiunt ; vécu chastement, et qu'il n'avait cou- ocidi cœsii quidem, sed vigiles , et in ru d?elle aucun mauvais bruit. Rêve- aspectu micanles prorsiis aquilino , nant à son âge , je dis qu'Apulée était quoquo uersum floridi : speciosus et sans doute plus jeune qu'elle , car elle inimeditatus incessus (35). Ses accusaavait un fils qui avait été à Athènes le teurs lui reprochèrent sa beauté (36), camarade d'Apulée (32) : mais j'ajoute ses beaux cheveux, ses belles dents, qu'il ne l'épousa pas sans espérance son miroir. Sur les deux premiers d'en avoir des enfans. Il le témoigne, chefs , il répondit qu'il était fâché que lorsqu'il répond au reproche qu'on lui l'accusation fût fausse : Quàd utinani faisait de s'être allé marier à la cara- tam grat^ia formée et facundiœ crimipagne. Après avoir répondu qu'on na t^erè mihi approbrdsset ! non dijffiavait pris ce parti , afin d'éviter les die ei respondissem quod Homericus frais que les noces leur auraient coûté Alexander Uectori : dans la ville, il ajoute que la campagne est un poste beaucoup plus favorable que la ville en matière de fécondité , et que se coucher sur l'herbe , et à l'ombre des ormeaux, et au milieu d'une infinité de productions qui naissent du sein fertile de la terre , ne peut qu'apporter bonheur à de nouveaux mariés qui veulent avoir des enfans. Hœc ego de formd respondissem. Prœ- 11 eût bien fait de garder cette pensée terea, licere eiiam philosophis esse pour ses Florida , je veux dire pour ^,ultu liberali. Pythagoram , qui priées déclamations de rhétoricien , où mum sese philosophum nuncupârit , il lâche la bride à toutes les fausses euni sui sœculi excellentissimd forma pensées de son imagination. Cet en- fuisse : item Zenonem.... Sed hœc dedroit gâte son apologie : il n'est di- fensio , ut dixi, aliquammultiim a me gne, ni des juges à qui il parlait , ni remota est: cui, prœter formœ mede la cause qu'il plaidait : Iinmo si

v>erum. welis , uxor ad prolem multo (iT,) Idem, ibid., pag. 329. auspicaciùs in willâ quam in oppido ducitur : in solo ubcri, quant in loco

"Oa-a-tt. xêv ttÙTQt JÎMo-iv , Ixœv <r' oî/x. «v

Tis 6A0IT0. Ili. III , vs. 65, 66. Munera Dedm gloriosissima nequaquàm as-

pernanda :

Quœ lamen ab iptis tribut suela , muUis volentibus non obtingunl.

(3o) Jdein , ibid. , pag. 3i8.

(3i) Voyez ci-dessous la remarque (TJ.

(32) Apuleii Apolog. , pag. 32o.

(34) Dans la remarque (1).

(35) Metamorphos., lib. II, pag. ii5. Vojei aussi lib. I , pag. 112.

(36) Accusamus apud te philosophum forinosiiin, et tam grœcè quàm latine , proh nefas ! disertissimum. Apuleiiis, Apolog., pag. 2-5.

212 APULÉE

diocrilalein , contimiatio etiam litte- morale était beaucoup plus rigide rati laboris omnent gratiam corpore qu'aujourd'hui , par rapport à l'exte'deterget , habiludinem tenuat, succum rieur , car il n'ose point convenir qu'il exorbet , colorent oblitterat , i^igorem se serve de son miroir. Il soutient qu'il débilitât. Capillus ipse , quem isti le pourrait faire , et il le prouve par aperto mendacio ad lenocinium déco- plusieurs raisons philosophiques, qui, ris promissumdixére , vides quant non pour dire la ve'rité , sont beaucoup sit amœnus ac delicalus, horrore im- plus ingénieuses que judicieusement plexus atquè impedltus , stuppeo to- placées 5 mais il nie qu'il consulte son mento assimilis , et inœqualiter hirlus, miroir : Sequitur de speculo longa illa et globosus , et congestus : prorsùs ine- et censoria oratio , de quo pro rei alronodabilis diulinâ incuriâ , non modo eitate penè diruptus est Pudens , clacomendi , sed saltem expediendi et dis- mitans : Habet spéculum philosophus, criminandi (S^). A l'égard du troisiè- possidet spéculum philosophus. £/«t^ime chef, il ne se défendit point d'avoir iur habere concédant , ne aliquidobjeenvoyé à un ami une poudre qui était cisse te credas , si negâro , non tamen propre à bien nettoyer les dents, et d'y ex eo me accipi necesse est exoniari avoirjoint des vers qui contenaient une quoque ad spéculum solere.... Pluridescription exacte des effets de cette mis rébus possessu careo, usuj'ruor : poudre : il soutint que tout le monde, quod si neque habere utendi argumenet principalement ceux qui parlaient tumest, nequè non utendi non habere, en public, devaient avoir un soin tout et speculi non tam possessio culpalur particulier de tenir nette leur bouche, quam inspectio , illud etiam doceat ne- Il eut là un beau champ pour rendre cesse est quandô et quibus prcesentibus bonne sa cause , et pour tourner en ri- in spéculum inspexerim , quoniam , ut dicule son adversaire , quoique appa- res est, majus piacuhim decernis speremment il eût donné lieu à la criti- culunt philosopha , quàm Cereris manque , par une trop grande affectation dum profano i^idere (89). de se distinguer des autres savans. Voyez l'invective de Juvénal contre Voilà comment certaines causes sont l'empereur Othon qui comptait son aisées à défendre , encore qu'on ait un miroir pour l'une des principales pièpeu de tort : f^idi ego dudiim , répon- ces de son équipage de guerre :

dit-il (38) , ^-ix risum quosdam tenen- j„^ tcnelspeculumpathUi geslamen Othoms,

teis , ciim mundicias oris i^idelicet ara- Acioris Aurunci spoUum .- quo se ilU videbat

tor ille asperè accusaret , et dentifri- Armalum . cum jam tolli vexUla juberel.

Cium tanlâ indlgnatione piOnuncia- HislorU, spéculum cwUis sarcinabelU (Lo).

ret , quanta nemo quisquam venenum.

Ouidni ? crimen haud contemnendum Au reste, il me semble ( je n'ose

philosopha, nihil in se sordidum si- néanmoins l'affirmer, ) qu'Apulée

nere , nihil uspiam corporis apertum , avait en vue son procès , lorsqu'il dé-

immundum pati ac fœculentum ; prœ- crivit dans l'une de ses harangues ce-

serlïm os , cujus in propatulo et con- lui d'Apollon et de Marsjas. Il suppose

spicuo usas hontini creberrimus ; si\Je que Marsyas débuta par louer ses che-

ille cuipiam osculum Jerat , seu cùni veux entortillés , sa barbe affreuse ,

cuiquam serniocinetur , sive in audito- sa poitrine velue; et par reprocher à

rio dissertet, «(Ve in templo preces al- Apollon une propreté extrême : Mar-

leget. Omnem quippè hominis actum sfas , quod stuttitiœ maximum speci-

sermo prœit : qui , ut ait poêla prœci- men est, non intelligens se deridiculo

puus , è dentium muro projiciscilur. huberi , priusquam tibias occiperet in-

Faisons le même jugement de la der- flare , priiis de se et Apolline quœdam

pière accusation. Ce n'est pas un cri- deliramenta barbare effiitiuit daudans

me à un docteur dans quelque faculté •s^*^ quod erat et coma relicinus , et

que ce soit d'avoir un miroir; mais barbâ squallidus , et pcctore hirsutus ,

s il le consultait trop quand il s'habil- et arte tibicen, etfortund egenus ; con-

le, on l'en pourrait critiquer fort jus- tra ApoUinem, ridicu/um dicta, ad-

tement. Dans le temps d'Apulée , la t'ersisfirtutibusculpabat.QubdApol-

(37) Apul. , Apolog. , pag. 176 (Î8) Idem, ibid. , pag. 277.

(39) Idem , ibid. , pag. ï8i , ï8î.

(40} Juvenal., Sat. H, vs. 99.

APULÉE

lo esset et comd intonsus , et genis gratus , et corpore glabellus , et arte mulliseius , et fortunâ opulenius . . . . Lingud falidicd seu tulè oratione, seu fersibus malis , utrobiquc facundlâ asquipari.... Risére Musce , cùm audirent hoc senus crimina , sapienli exoptanda, Apollini objectata (40> *^ tibicinem iltunt certamine superatum , velut ursum bipedem, corlo exseclo nudis et laceris t'isceribus reliquerunl (4'-i)- Notez qu'Apulée assure que son accusateur n'e'tait qu'un gros paysan fort laid : Mihi islud crede quanquani telerrimum os tuum mininum à Thyestd tragico demulet , tanien profecio discendi cupidine spéculum iru^iseres , et aliquandà relicto aratro mirarere tôt in facie tuâ sulcos rugarum. At ego non mirer , si boni consulis me de isto dislortissimo uullu tiio dicere , de nioribus luis mullô trucnlenlioribus veticere (43) ?

(I) On l'accusa de s'être servi de sortilèges , pour s'emparer du cœur de sa femme et de son argent. '\ Apulée n'avait pas besoin d'une grande justification par rapport au premier article ; car , puisque par des raisons de santé Pudentilla s'était déterminée à

» garçon : et au contraire, c'est ce V qui montre que la magie eftt été )) bien superflue ■ » Cur mulier libéra tibi nupsit post annos tredecim uiduitatis ? quasi non magis mirandum

sil quod tôt annis non nupserit At

enim major natu non est juvenem aspernata. Igitur hoc ipsum argumentum est nihil opus magiâ fuisse ut nubere uellet mulier viro , uidua cœlibi , major juniori (45). Si l'arrêt des juges eût été formé sur la sentence qui fut prononcée en pareil cas à peu près par la mère d'Alexandreîe - Grand , il eût été admirable :

O 0a,o-iKtvç ^ÎKiTTTroç lipat, Qia-TcuKÎiç yu-

ctuTav HTTTQÙS'a.a-i aùv ri'OAu/jiTndiç KctCuv THV a.v^pa>7rov ô'7roX,iipfov . 'Clc S'i tk 'à~Liv

iMOUTO,, tÔ T êl'tToÇ iUVpiTTHÇ il^ivH , Ketl

S^ttXÎX^" '^fo'^ ttÙT»}/ aux. dyivvuç oi/<f* tta-uvÎTctç. Xaup'i'rata-a.v (uttiv j» 'Ohuju.etixç ) a.1 Jfa,boAa.i'' trù yctp èv crmwr» tÙ. •SjLpfA.a.M.a. é;^^itç (46). Rex Philippus deperibat Thessalicam quandam mulierem, quœ uenefcio eum circumi'enisse dicebalur ; opcram dédit Olympias , ut eam in suam redigeret potestateitf '■ cùm in conspectum ea reginœ venisset , neque forma tanliim uideretur egre-

un second mariage , avant même que gia, sed et collocuta esset neque abd'avoir vu ce prétendu magicien , la jectè neque imprudenter ; « Faces-

jeunesse , la bonne mine, le beau ca-

auet , l'esprit , et les autres agrémens 'Apulée étaient un charme plus que suffisant à le faire aimer de celte dame. 11 eut les occasions les plus favo-

sant , inquit Olympias , calum- » niœ : tibi tua in teipsd sunt reposita V t'cnefcia. i> Voilà pour l'article de la conquête du cœur. L'autre article , qui est celui de l'argent , fait naître

râbles de gagner son amitié; car il quelques soupçons , non pas de magie, logea quelque temps chez elle : le fils aï- mais d'avarice. On a de la peine à né dePudentilla levoulut absolument; croire que ce mariage n'ait pas été un

et ce fut lui qui souhaita qu'il se mariât avec elle , et qui le sollicita à y songer (44)- Apulée ménagea finement tous ses avantages, et poussa dans le ridicule , par des traits vifs et agréables , ses accusateurs. « Vous vous » étonnez, leur disait-il, qu'une femw me se soit remariée après treize ans

sacrifice à des raisons d'intérêt. Ne condamnons pas néanmoins Apulée sans l'entendre. Il offre de prouver par son contrat de mariage qu'il ne se fit rien donner par Pudentilla ; mais qu'il se fit seulement promettre une somme assez modique, en cas qu'il lui survécût , et eu cas qu'il vînt

" de viduité : il est bien plus étonnant des enfans de leur mariage. 11 fait voir

par plusieurs faits combien sa conduite avait été désintéressée , et combien il était raisonnable qu'il exigeât de sa femme la somme qu'elle lui avait promise. C'est là, qu'en pleine audience, il est obligé de faire des confes-

(45) Idem , ibid. , pag. 291.

(46} Plutarcb.,!» Prsecept. cot>\ag., pag, i4'. B. yojrei la remarque (L) de l'nrlUle GRA^-'

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