TOME ir
larr/ue (C) de son arlitl*.
dans l'univers, il leur allègue, dans le V«. chaj)ilre, l'exemple de Jeanne d'Aragon. Il entre dans un détail si exact , en faisant le portrait de cette belle, qu'assurément on n'a rien vu de si bien particularisé parmi ce grand nombre de portraits , que les romans de mademoiselle de Scudéri mirent à la mode il y a trente ou quarante ans {'i). Il ne se contente jias de déciire les beautés visibles à tout le monde , il passe jiis(ju'à celles quas sinus abscondit , et jusqu'à la proportion qui régnait entre la cuisse et la jambe, et entre la jambe et le bras.
f^enlre sub pectore decenti , et latere cui secrettorn correspondeanL. j4mplis atque perrotundis corendicibus , coxd ad tibiam et tibia ad brachiurn sesquialterd proportione se habente (i"). On voit, à la tète de ce traité , une lettre du cardinal Pompée Colonne à Augustin Kiphus , laquelle rend témoignage à l'excellente beauté , et aux autres grandes qualités de Jeanne d'Aragon. Or personne n'ignore combien un cardinal de qualité est juge compétent en ces matières , et même fin connaisseur, quant elegans J'orniariim spectatorjiet. Voici les termes de cette lettre : Non vulgo speciosissima quœque exponit natura : nostra tamen œi'O pnrens offidosa ac Uberalis ueluti diuinilatis œmula , ut perj'ectutn admiiandumqne aliquid , ddsque immorlaUbus quamsiniil'imum gtntibus proferret , Joannam Aragnniam Colutnnam procreavit , atque nb incunabulis ad hanc usque cetutem , in quâ est florentissinia per onines pulchritudinis et l'enuslatis numéros proi esit , ut facile principem locum inter formosissiritas i^indicdrit. ylntmum prœtere'a singularibus et dotibus et virlutibus insigni^'tt , etc.
(C) Quelques auteurs ont dit que JYiphus l'aidait flultce. ] Louis Guyon ne saurait se persuader que foutes les beautés qu'Augustin INipluis attribue à la princesse Jeanne d'Aragon , de i Illustre maison des Colonnes , fussent en elle : mais je cuide, dit-il (4), qu'il en fut amoureux, attiré à son amour pour l'ai^oir i'u toucher, pal-
(î) On écrit ceci en 1693.
(i) Niphus, pag. -iiî 0|)usculor. , edit. Paris. , an. j645.
(4) Guyun, Diverses leçons, vul. III ^ lir. ni, <.hap. XII.
per imement en plusieurs pnrlies de son corps inaltclc, comme les médecins font coutnmièrement , par le priuiU'i^e que leur donne leur art ; et que passionné pour acquérir ses bonnes grâces , n mis ce lii're en lumière qu'il lui a dcdié , d'autant qu'il n'y n rien qui altiie plus une J'fmme ou filla à aimer quelqu'un , que de lui faire accroire que sa beauté l'a attiré a son amour. Après quoi il lemarqiie , que si ainsi est, ce médecin n'a pas obser^ l'é le serment qu'on lui fiL faire prenant ses degrés de médecin, entre tiiitrès préceptes de ne convoiter les filles et femmes qu'il traitera. Dans la table tics malicies , il (Ht positivement, <pie IViplius, médecin, dei'int amoureux , pour ai'oir traité la princesse Jeanne d'yJragon. C'est aller un peu bien vite : il eu fallait demeurer à la conjecture , pour le plus. J'avoue que Niphus, ([ui elail l'un des meilleurs philosopiies du dernier siècle, était de complexion fort amoureuse ; de sorte que ni la vieillesse, ni la goutte ne purent le détacher de cette chaîne, sous laquelle il jouait quelquefois un personnai^e très-honteux , jus((u'à danser au son de la fll\te : Susccplis liberis , et senescente u.rore , sepiungenaiius senex puellœ dira libidineni impotenti amore correptus est usqae ad insaniam; itk ut pleriqite phdosnplium scnem atque podagricum ad tibiœ modes saltantem miserabili cum pudore conspexerint (5). J'avoue aussi, qu'ayant ète amoureux d'une demoiselle d'honneur de Jeanne d'Aragon (Gj , il a pu voir de près celte belle dame, et se chauller de près à ce grand feu ; mais il n'est pas certain qu'il se soit oublie jusqu'à porter ses vues si haut. D'ailleurs, comme il ne pratiquait point la médecine (7) , encore qu'il y eût été gradué , il n y a point d'apparence qu'il ait été le médecin de cette duchesse ; car les personnes de cette qualité se lient plus dans h urs maladies à un rasdecin d'expérience , qu'à un médecin de spéouiation, (pii fait son fort, coranu; faisait ISiplius, de la profession de philosophie. Ainsi j'aimerais mieux
(5) Jovius , F.logior. cap. XCII.
(6) Nniultcus, in Juili.io de August. Niplio.
(7) iSIedicinam UcHcircUorit instar aulpnrioileitto! nunquàm exercueiit, optimi tamen ealleh,\t. Nninla:iis, in Judicio Je ."iipKo.
dire, f(uc le jugcmenl n'ayant pas été sa partie dominaulc , il s'est émancipé de pai'ler de choses qu'il n'avait point vues , et d'y applitpier ses idées. Ce que Louis Guyon remar<|ue, ([uc celte princesse ctaittlela maison des Colonnos , pourrait être vrai du coté maternel , et néanmoins il ne se serait pas bien exprimé. Nous avons vu que le cardinal Pompée Colonne l'appelle Joannam Aragomant Coluiunam :
c'est apparemment à cause qu'elle éfait mariée à Ascanio Colonna. On aurait peut-être critiqué avec plus de fon(.l(;ment Augustin Niphus sur le chapitre LXVlll du traité de Pulchro , où , après avoir dit (pi'il n'y avait que Jeanne d'Aragon en ce temps-là qui mérit.lf le nom d'heureuse, vu qu'elle possédait les deux parties de la félicité des femmes , savoir, la beauté et la chasteté , il parle tout aussitôt de Victoire Colonne, marquise de Pescaire , comme d'un exemple éclatant de la jonction de la beauté avec la pudicilé.
(D) On a dit de JViphus, que sa qualité de médecin lui aidait donné auprès de Jeanne d' Aragon des prii>iléges qui l' avaient enflammé d'amour. J Il y a long-temps que les poé'Ies , et bien d'autres aussi , font des réflexions sur ce privilège des médecins.
Voici comment Ovide fait parler l'amoureux Aconce :
lUe miseruin', <fuod non inedicorum jus.ui ministro ,
Astringoque manu.i , intideoqitt toro.
El rursiis miseruin l t/itùd me procul indi remolo ,
Quem minime vellem,J'orsitan aller adetl. Ilte manus ista.t atlringit, et assidel legne;
înviMts superiSf cum siiperisque mihi.
Dwnipie tuo lenlal salienlem pollice venam ,
Candida per causam brachia sa-pè lenH, Conlrectatque sinu.t. el forsilan o-ycula jungil ,
OJJÎcio merces pleniur i»ta sito est (*).
Rémi Bellpau , dans son Commentaire sur le II*-". li\re des Amours de Ronsard , prétend (pie le sonnet XLVI a été pris de cette épître d'Ovide.
Voici les paroles de Ronsard :
]la ! que je porte et de haine et d'envie Au médecin qui vient soir et matin , .Sans nul propos, lastonner le te'tin, J,e sein, le ventre, el lesjlnncs de m'amie.
Last il n^ est pas si soii^neux de ma vie Comme elle pense ; il est méchant etjin ■
Cent fois te jour il la visite, ajin De voir son sein , qui d'aimer le convie.
(") Ovid , Hfroïd. Epi»t. XX, vs. i3î.
Mais il fallaif: observer cette différence , que celui dont Aconce se plaint était fiance' avec la malade.
Sans cela , elle n'aurait pas osé avouer, en repondant à Aconce, que ce rival ne la baisait que quelquefois , oscula Tara accipit. Brantôme cite en quelque endroit de ses me'moires ce sonnet de Ronsard, et en dit de bonnes à cette occasion.
(E) On lui défendit de sortir de Rome. .Elle ne laissa pas d'en sortir bien adroitement.'\ Le passade que je vais citer d'Antoine-Marie Gratiani , contient en beaux termes la preuve dont j'ai besoin : Joanna Arragonia, Marci Antonii mater, uirilis audacice feniina , quœ uirorum quoque consiliis apud Jilium habitis interfuerat , continere se domi , neque pedem indè efferre fuerat jussa ; id enim sic indulserat dignitati ejus ponlifex , ne in carcerem duceretur. Ea ciim rem spectare ad arma bellumque , et prinium pontificiorum. impetuni in oppiàafihifore intelligerei, t'estibns manè summo comniutatis , cum filiâ et nuru , corruptis aut deceplis portœ custodibus , egressa Urbe , conscensis quos ad id prœparat^erat equis , protiniis IVeapolim aufugit. Pontifex , quanquam deceptum se delusumque à
jemind graviter ferebat , acerbiùs tamen Hispanis , quorum ea consiliis adminislrarentur , irnscebatur (8). Ce fut en conse'quence de cette e'vasion , et des autres sujets de colèi'e qui aigrirent l'esprit du pape contre les Colonnes, qu'il « adressa (9) un Moni- » toire à Jeanne d'Aragon, par lej) quel il lui défendait de marier pas » une de ses filles, sans sa permission ; i> faute de quoi , le mariage , même » après la consommation , serait i> nul (10). ))
(F) Elle était mal auec son mari, qui était aussi en une mésintelligence outrée auec son fils .'\ Le cardinal Palavicin remarque qu'Ascagne Colonne avait fait tant de violences à ses créanciers , que le procureur fiscal le fit citer pour lui faire rendre compte de sa conduite. Comme Ascagne ne cora-
(8) Gratianas, deCasibns Virornm illustrium, pag. 322.
(g) Le 2 Janvier iS56.
(lo)Fra-Paolo, Hist. du Concile de Trente, pag. 723 de la traduction d'Amelot , édition d'Amsterdam, en 1G86.
parut point, on le condamna par contumace, et on lui confisqua ses terres. 3Iarc-Anloine son fils, brouillé avec lui depuis long-temps, prit cette occasion de dépouiller son propre père , en s'emparant des biens confisqués , dont ii chassa les ministres de la justice, peu avant la mort de Jules 111 : In ipiâ rei confecltone Mardis Antonius ejus filius , cui cum.
parente t>eteres et nunquam sctis compositœ controi'ersiœ intercedebunt, i^im.
interposuit, eodemque tenipore patrem oppidis spoliawil , ab eisquxjîsci ministros procul habuit ( ii ). 11 était sorti de Rome contre la défense de Paul IV. Cette désobéissance , jointe aux griefs précédens , obligea ce pape à publier des nionitoires contre le père et contre le fils. Le père s'excusa sur la prison où il était détenu à Naples , pour avoir tâché d'exciter un soulèvement j le fils allégua qu'il avait mis en séquestre les terres entre les mains de ftlendoza , qui ne pouvait s'en dessaisir sans l'ordre de l'empereur. Palavicin ne parle point de la femme d'Ascagne Colonne : j'en suis surpris; mais comme nous savons d'ailleurs qu'elle fut mêlée à Rome dans les intrigues de son fils , et que son fils était mal avec son père, nous pouvons hardiment penser qu'elle n'était pas trop bien avec son mari. Gratiani parle plus positivement de la conduite très-odieuse de Marc Antoine envers son père : Ante omnes , ditil (12) , Colonniorumjamilia, magna in cifitate pollensque pro ilto ( Caesare ) slabat , cujus princeps 3Iarcus Antonius ciim pauld antè Ascanium patrem a quo hostili odio dissidebat insimulatum niajestatis in custodiam tradendum JVeapoli citrdsset, aliquot oppidis intra Jines romanœ ecclesice haud longé ub Urbe imperitabat.
(G) E/le aidait une sœur qui fut fort belle jusque dans sa vieillesse, et qui eut une bru illustre.^ Voici comme im auteur espagnol parle de ces trois dames : Que cosas no podrian decirse en laude y exaltacion de la herniosissima duquesa de Tallacoza, donna Jonna de Aragon , muger de sangre real , y en summo grado casta , y
(11) Pallavlc , Histor. Concil. Tridenl. , lib. xi II , cap. XI y , num. g.
(lî) Gratian. , de Casibus Viror. illuslrium , j>ag. 320.
biiena ? K ansi de donna Maria su
hcrmnna , marquera tlcl Fasto ? Y jugei" qu'elle n'était pas moins propre
de donna Isabel de Gonznga, su nue- que l'autre à s'attirer une semblable
phus a parle de sa beauté' puisse faire ]uger qu'elle n'était pas moins
des meilleurs capitaines de Charles- paiement considérable pour avoir été Quint. Sorbière la nomme marquise le lieu de retraite de cette dame : de Vasco , et la met parmi les fem- Dragutes.... Mnariam insulam arec mes savantes (i4). Brantôme, qui l'a viunitissimd , quœ inter duas terras fort louée , l'a mise entre les beautés saxo imposita est , sed maxime Maqui durent long-temps \ car après riœ Aragoniœ Alfonsi Auali Vasavoir rapporté les douceurs dont le tiiuiduœ secessu nobilenipstil {20). grand-prieur de France la régala dans Le même Jérôme Ruscelli , dont nue nombreuse compagnie: Que son j'ai parlé ci-dessus, qui s'employa automne surpassait tous les printemps avec tant de zèle à immortaliser Jeauet étcz qui étaient en celte salle , il ne d'Aragon , se mit en grands frais aioule , Comme de t'ray , elle se mon- pour faire que les louanges de Marie irait encore unetrès-beïle dame et fort retentissent de toutes parts. Il ne se aimable; foirc plus que ses deux filles, contenta pas de se servir des exprestoutes belles et jeunes qu'elles étaient : sions les plus fortes que son imagisi ai'oit-elle bien alors près de soixan- nation lui pût suggérer , pour peinte bonnes années ( i5). Le grand- dre les perfections de cette dame: yiiieur {^6} en fut aussitôt épris ; mais , il recueillit encore plusieurs pièces quoiqu'il aimât fort la mère, il prit de poésies où elle avait été encensée pour sa maîtresse la fille aînée , par par les plus beaux esprits du temps 5 adombrar la cosci. Au bout de six ans et il les lit imprimer à la fin de son nu plus , Brantôme , étant retourné à Commentaire sur un sonnet de Jean- Mapks , ne la trouva que fort peu Baptiste d'Azzia , marquis délia Terchangte, et encore aussi belle qu'elle za. Ce sonnet fut composé à la louange eust bien fait , dit-il, commettre un del'illustrissima ed eccellentissima sL-^ péché mortel , ou défait , ou de vo- gnora la signora donna Maria d'Ara- Innlé. Elle mourut à Chiaia , dans la gona , marchesa del Vasto. Ce Coramaison de don Garzias de Tolède , mentaire de Ruscelli fut imprimé à le 9 de novembre i568 (17). Je ne me Venise, l'an i553, in-4°-, per Giovan souviens point d'avoir remarqué que Griffio , et contient ^i feuillets. La Brantôme ait jamais fait mention de marquise y est représentée comme la sœur de celle-ci. 11 est vrai qu'il la Beauté archétype , et le Critérium parle quelque part de la femme d'un Formœ ; de sorte qu'au dire du com- Ascanio Colonne , qui passait pour la mentateur , le vrai moyen de conlus grande beauté d'Italie , et que naître si les autres femmes sont plus arberousse tâcha d'enlever, pour en belles les unes que les autres, est de faire présent au grand-seigneur^ mais voir si elles ressemblent plus ou moins il la nomme la sicçnora Livia ( 18 ) à celle-là : Seconda che in altre t^e- Gonzaga (19). Ce n'est dont point cel- drà te fatezze del wolto e di tutto il le dont il s'agit en cet article, quoi- corpo che abbian somiglianza, o s'aque la manière dont Augustin Ni- v'icino poco o molto a quelle di lei,
cosï giudicare che le bellezzc di
(i3) Joan. de Spjnosa , Dialogo en laude de quelle tali sieno piii o meno per-