ARBRISSEL
un sens malin , parce que le t-'critahl.e n'y était expliqué qu'a ileuii (6). Muis qu'avait-on à faiie d'un sens malin, puisqu'il était indubitable qu'Aramont négociait un traité entre la France et la Porte contre la maison d'Autriche? Cela ne suffisait-il pas à prouver l'intelligence dont on voulait accuser Henri II? Le meilleur parti que la France pouvait prendre n'était pas de contester sur le fait, mais de se retrancher sur le droit , en montrant que, lorsqu'il ne s'agit point de religion, mais seulement de s'opposer à l'invasion de ses états , il doit être permis de se faire des alliés partout où l'on en peut rencontrer. Si Charles-Quint n'en avait pas eu toujours bonne provision parmi les princes chrétiens , papistes ou non paj>istes , il aurait bien su en trouver chez les infidèles , et il aurait bien su en profiter autrement que ne lit la France. 11 était bien plus fin et bien plus iiabile que François I*^"^. Avec lui, les flottes turques n'eussent pas été inutiles , comme elles le furent avec les Français, qui concertaient si mal les choses , qu'on en a honte ou pitié, ou qu'on s'en moque, quand on lit l'histoire de ces temps-là. La bonne foi ne serait guère utile sur ce point. Elle empêcherait de reprocher à son ennemi ses alliances avec les hérétiques , ou avec les infidèles, quand on se sentirait tout prêt à faire de semblables alliances si les maximes d'état le demandaient. Où seraient donc les gens qui pourraient faire des haranî^ues pathétiques, présenter de beaux mémoires, pousser cent beaux lieux communs ? Il faudrait rengainer tout cela. Or on se ferait un grand préjudice : on ne jetterait point de la poudre aux yeux \ on n'animerait point les peuples j il faudrait renoncer à mille louanges exquises , et à cent titres pompeux.
Accusât Manilia si rea non est (^).
Ordinairement on ne cesse de faire des reproches sur ce sujet , que lorsqu'on les mérite soi-même.
(6) VarilUs , Histoire de Henri II, Uv. II ,
ptlg- 202.
(7) Juvenal, Sat. VI , vs. 243.
ARBRISSEL (Robert d'), fon-
ARCÉSILAS. 0.39
dateur de l'ortlre de Fontevraud, Cherchez Fontevkauu.
ARCÉSILAS , l'un des phis célèbres philosophes de l'antiquité , naquit à Pitane , dans l'Éoiide (A). Il fut disciple du mathématicien Autolycus son compatriote , et il le suivit k Sardes. Après cela il vint à Athènes, et y fut disciple de Xanthus, et puis de Théophraste , et enfin de Cranter (B). Il apprit aussi la géométrie sous Hipponicus (a).
Il eut quelque attachement à Ja poésie, et il se plut extrêmement à la lecture d'Homère (C) ; mais la passion d'être philosophe fut supérieure à toutes les autres. H succéda à Cratès dans la régence de l'école platonique (D) , et il s'y rendit innovateur ; car il fonda une secte, qu'on nomma la seconde académie, pour la distinguer de celle de Platon. Il était fort opposé aux dogmatiques , il n'affirmait rien, il doutait de tout, il discourait du pour et du contre, et suspendait son jugement. C'est parce , disait -il , qu'il n'jr a n'en de certain. Il attaquait d'une grande force tout ce que les autres sectes affirmaient (L) ; et c'est pourquoi on le regarda, en matières de philosophie , comme un perturbateur du repos public (ù). Quelques-uns soutiennent que, ne trouvant point d'évidence qui l'empêchât de flotter également entre l'affirmation et la négation , il ne voulut point écrire de livres (c) : mais d'autres assurent qu'il en écrivit , et puis ils contestent sur la question s'il
(rt) Diogen. Laëriius, lih. If, num. 32. ib) Voyez la remarque (El , citation (4y' • ^4.) Uiogcii. Laërliiis, lib IF, num. 32.
24ô ARCÉSILAS.
en publia; car les uns l'aftlr- l'un de ses élèves, qui témoî* ment , et les autres disent qu'il gnait que l'école d'un péripaté-" jeta au feu ce qu'il avait com- ticien lui serait plus agréable; il posé (d). On remarque néan- le mena, dis-je, à ce professeur,
moins qu'il dédia quelques livres à Eumènes , prince de Pergame, et qu'il n'en dédia qu'à ce prince (e). Nous verrons comment il a été combattu par un père de
et le lui recommanda (A). Une autre fois , il bannit de son école l'un de ses disciples , qui avait choqué Cléanthe dans un vers de comédie , et ne le reçut en
l'Église (F). Comme il avait une grâce qu'après que la personne
éloquence très-persuasive et qui offensée eut reçu satisfaction (/).
retournait toujours à son sujet On connaîtra mieux le mérite de
principal , et que d'ailleurs il ré- ce procédé , quand on saura que
pondait subtilement et heureu- Cléanthe fut le successeur de Zé-
sement aux objections, il attira non , qui avait été le grand ad-
à son auditoire un grand nombre de disciples (G), quoiqu'il fût piquant dans ses censures.
Au fond , l'on était persuadé de sa bonté , et il remplissait d'espérances ses écoliers : c'est ce qui les empêchait de se fâcher
versaired'Arcésilas. Celui-ci n'eut pas le défaut des plagiaires : il déclara qu'il n'enseignait tien qu'il n'eût trouvé dans les livres (m). II en usa apparemment de la sorte , afin de donner plus d'autorité à ses sentjmens , et
de ses réprimandes un peu trop pour apaiser la haine que le fortes (/). Il y a des gens qui
nom d'innovateur lui attirait. Il n'aimait point à se mêler des affaires politiques (n) : néanmoins lorsqu'on le choisit pour aller négocier quelque chose à Démétriade , en faveur de sa patrie , le plus communicatif de son ar- auprès du roi Antigonus , il ac-gent , et l'on raconte des cho- cepta la députation. Il en revint ses bien singulières de sa libé- sans succès ; et ce fut peut-être ,
assurent qu'il ne faisait le sceptique que pour éprouver ses écoliers , et qu'après l'épreuve il enseignait d'une autre manière (H). Il était l'homme du monde
ralité (I). On l'accusa d'être vain , et de travailler avec trop d'empressement à plaire au peuple {g). Les autres philosophes le mordaient avec plaisir (h) ; mais régalaient-ils en modestie, et en exemption de jalousie ?
Exhortaient-ils leurs disciples à ouïr les autres professeurs? C'est ce qu'il faisait {i). 11 mena même
{d) Diogen. Laërtius, li/>. IV, niim, 32.
(e) Idem, ihid., num. 38.
{jf) Idem, ihid., num i'j.
(g) Idem, ibid, num. l^\.
{h) Idem, ibid.
(i) Idem, ibid, num. l{2.
parce qu'il n'avait jamais voulu faire sa cour à ce prince , ni entrer même chez lui , ni lui écrire des lettres de consolation après la perte d'une bataille navale (o), comme faisaient plusieurs autres (p). 11 eut beaucoup de part à l'amitié du gouverneur du Pi—
(i) Idem , ibid.
(/) Plut, de Di.tcrim. adulât, et amici , pag. 55 , C.
(m) Voyez le passage de Plutarque , ci' dessous , cilalion {[yj).
(n) Diogcn. L;i('rlius , lib, IV, num. l\o,
(o) Id. , ibid, num. 3g.
(p) Id. , ibid.
ARCÉSILAS. 241
rée(9'),etil reçut plusieurs beaux J'en ai remarqué une très-grosprésens d'Eumènes , prince de ' Perganie(r). Il eut une fort bonne pensée touchant la mort; car il disait que de tous les maux c'est le seul dont la présence n'ait jamais incommodé personne, et qui ne chagrine qu'en son absence (s). Ses dogmes tendaient au renversement de tous les préceptes de la morale ; et néanmoins on remarque qu'il la pratiquait.
Le témoignage qui lui fut rendu là-dessus par le stoïcien Cléanthe, ce qu'il répondit , et ce qu'on lui répliqua , sont des choses trèscurieuses (K). Il ne se maria jamais (t) , quoiqu'il fût d'un tempérament à aimer les femmes , et qu'il ne suivît que trop le penchant de la nature; et cela , jusqu'à des excès honteux (L). Il florissait vers la 120^. olympiade («) , et il mourut d'avoir trop bu , et en délire , à l'âge de soixantequinze ans Çx) , la quatrième année de l'olympiade i34 (j'). H s'était vanté d'une grande force de courage pendant les douleurs de la goutte (M). Diogène Laërce ne lui a point donné Bion pour successeur : le père Rapin s'est imaginé cela sans nul fondement (N). Je n'ai qu'une faute à reprocher à M. Moréri : c'est d'avoir dit qu'Arcésilas étudia sous Xanthus et sous Théophraste , avant que de venir à Athènes.
[(f) Id. , ibid.
(/•) Diogeo. Laërlius, lib. IV, num. 38.
(s) Plutarch. de Consolât, ad Apollonium, pag. iio , A.
(/) Diogen. Laërtius, lib. IV, num. ^3.
(u) Apollodorus , apud Diog. Laërtium , lib. IV, num. l^b.
{x) Id. , ibid, num. ^^.
(y) Diog. Laërce , num. 6i , met en cette finnée le commencement de la réeence de l-acydès, successeur d'Arcésilas