‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 58 sur 113 · TOME ir · texte numérisé non relu

TOME ir

sière dans Sidonius Apollinaris (0).

(A) // naquit a Pitane , dans l'Éalide. ] Diogène Laèrce n'est pas le seul qui l'assure (i) : lisez cu^ paroles de Pomponius Mêla , dans le cliapitre où il décrit le pays des iEolieus : Caicus inter Eleant decurrit , et Pitanen illam quce Arcesilani tulil, nihil q/firmanlis academlce clarissimum antisiitem (a). Voyez aussi Stiabon : Tlirâ.vn

ttÔKiç AiaKiKii m S'i tmç Tlirat.vyiç jç-iv

' hf,Ki<TiKct.oi (3). Pitane uris j^olica... Pitane palria fuit Arcesilai. Mais n'e'coutez poiut Solin , qui donne Pitane , ville de Laconie , pour le lieu natal de ce philosophe (4). M. de Saumaise (5) et M. Ménage (6) le réfutent. Je ne sais si c'est par l'inadvertance de l'auteur , ou par celle du correcteur, que l'on trouve Arcesilas Pritanœus dans M. Gassendi (7) : il fallait mettre Pitanœus.

(B) lljul disciple de Théophraste , et enfin de Crantor (8). ] Je m'étonne que Diogène Laérce, après avoir insinué clairement en d'autres endroits, qu'Arcésilas fut disciple de Polémon, ne le dise pas expressément dans la Vie d'Arcésilas. Voici les endroits où il l'insinue. Arcésilas , dit-il , aj^ant quitté l'école de Théophraste , pour s'attacher à Polémon et h Cratès , déclara qu'ils étaient des dieux , ou des restes du siècle d'or."EvSiv ko.) 'ApKuri- Xctov /j^îTixèavra. 7ra,pà, Qio^fxç-ou Trpot:

CLÙtouÇ Xê-J-êlV , cèç ihv Giai TIVêC » Xii-

4*vi* Tou ;i^fi/CT-û£l yîvouç (g). Jlinc et Aicesilaum cùm ad eos à Theophrasto diuerleret, dixisse ferunt, «. Illoi » deos esse quospiam , aut aurei secuL )> reliquias. » Un peu plus bas , il observe que Crantor et Arcésilas logeaient ensemble, et que Polémon et Craies, qui n'avaient qu'un même logis avec un bourgeois nommé Lysi-

(i) Diogea. Laërtius , lib. IV , num. 10.

(2 ) Pomp. Mêla , lib. I , cap. XVIII ,

num. 20.

(3) Strabo, lib. XIII , pag. 4'ïi in fine. {l^) Solin. , cap. VII , pag. 11.

(5) Salmas. Lxercitat. Plin. , pag. i38. (G) Menag. , j'n Diogen. Laert. , pag. iijô. {1) Gassendi Operum tom. I , pag. 18.

(8) Diog. Laërtius, Ub. IV, num. 28, 29.

(9) Idem, in Cratete, Ubt IV, pag. 240, num. 32.

242 ARCÉS

clés, allaient souper fort souvent chez Crantorj et que Cratès était le mignon de Polémon , comme Arcésilas était le mignon de Crantor. Le traducteur de Diogène Laèrce a renversé tout ceci 5 car il suppose que Polémon était le mignon de Cratès , et que Crantor était le mignon d' Arcésilas.

Voyons le grec : Hv «Tè sfcé^.svoc, Kpâ.-

TMÇ //-iV , CCÇ VfOilfnTAtt TÏOhifAa>VOQ''Ap-

Ki(ri\a.oç é'i Kj3*vTopof (lo). Cela veut dire : Erat autem amasius , ut quidem prœdictuvi est , Polemonis quidem Crûtes , Crantoris autem Arcésilas. La version latine , qu'aucun commentateur ne censure , a mis amator où il fallait mettre amasius ; on n'a point pris garde à la signification passive d'spœ//«voc. On n'a point non plus pris garde qu'on s'est contredit un peu après j car, comme le grec l'ordonne , on a représenté Arcésilas sous le personnage de patient- ' ApKia-lxttoc bîKeev Ôtt «.î/toÛ (KpstvTopûç) <ri/£rTa9HV«,i noKÎ/Aceviy x-cLiTTif ipmvToç (il). Arcesilaus volens ab illo (Crantore) se Polemoni commendari quanquam nmatore suo. Eloignons d'ici les sales et abominables idées que cet auteur et

Plusieurs autres en même cas semlent vouloir suggérer. Quand ils parlent d'un grand philosophe , et de ses disciples, ils observent presque toujours qu'il était l'amant d'un tel ou d'un tel. J'avoue qu'en quelques rencontres cela peut s'entendre en un vilain sens; mais je crois aussi qu'en cent autres occasions il ne faut entendre qu'une tendresse bonne et honnête. Parmi plusieurs disciples, il y en avait un qui était le bien-aizaé et le favori de son maître. C'était celui qu'on désignait pour son successeur, celui qui avait le plus de docilité ou de respect , ou de génie , etc. ; fallait-il désigner cela par le terme d'tpâ^êvoç? mais revenons au fait. Le dernier passage que j'ai cité de Diogène Laèrce nous apprend qu'Arcésilas demanda à Crantor de le recommander à Polémon. L'historien ajoute que Crantor, qui était malade , ne le trouva point mauvais 5 et qu'au contraire , dès qu'il se porta bien , il s'en alla lui aussi aux leçons de Polémon : 'A^K* KO.! xùtov ôyiiiAvrA

(10) la. , ihid.

(il) lil, , pag. 2'|i> "«"■■ 24*

ILAS.

SiAKoCuv n(jX6//.û)voç (12). Ipse quoque ciim sanus factus esset se ad audiendum Polemonem contulit. C'est une preuve qu'Arcésilas fut des auditeurs ou des disciples de ce philosophe. Il le fut si bien , que Cicéron ne lui donne pas d'autre maître : Arcésilas tuus, etsi fuit in disserendo pertinacior , tamen noster fuit , erat enim Polemonis (i3). Numénius lui en donne plusieurs autres : il le fait successivement disciple de Polémon , de Théophraste , de Diodore , et enfin de Pyrrhon (i4)- Il apprit de Crantor, ajoute-t-il, à être persuasif, de Diodore a être sophiste , et de Pyrrhon à tourner de toutes parts en guise de girouette , et à n'être rien ;^flv Ctto /niv KfiivTopoç viQaLv ou pyinoç , Ùtto Aioé'cépau J's (Toqxç-jiç, vTTo é'i YluppcevoçîyiviTaTra.v- ToJstTroç, Kcù Ïthc Kcti oùS'îv (i5). £t h Crantore quidem ad persuadendum callidus , a Diodoro autem sophista , deniquè a Pyrrhone cum omnem in partent i^ersatilis ac temerarius , tum etiam nullus esse didicit. Il se fixa dans l'inconstance pyrrhonienne , il ne lui manquait que le nom de Pyrrhonien 5 il n'avait que le nom d'académicien , et il ne garda ce nom que par respect pour le philosophe Crantor son maître et son amant : Ti'Kïiv

TMÇ TrprjtXpnTiUK; ttiy.HVl TlÙppOIVl âç TM

7ra.vTû)v à-tcupia-n «.icfbr toS tpa.ç'oû

ÙTTiUUVl XÎyia-ôctl 'AxstlTMjMstÏKÀç êT(. ))V

/nh Tou'i/v Tïvp'pcéviiaç , ttkhv toS ovô//t«- Toç. ' AKxS»juAix.àç S' oùx. «V ,7rx>)v Tau Kîyia-TOLi. (16). In Pyrrhone si appellationem excipias , tanquam in omnium ei'ersione acquiet'it. . . . is pro sua in amatorem obsert'antid academicum se i'Ocari adhuc passus est. lia qui Pyrrhonicus excepta nomine totus erat .

idem academicus prceter nomen habebat nihil. Numénius venait de dire qu'Arcésilas , beau garçon , et encore jeune, s'étant fait aimer de Crantor, s'était attaché à lui : Aià to ko-Xoç eTvstt iTi cSv cèpa.10; Tu^cev ïpttÇIJU KpÂv.Topoç TOtJ ' AKa.i^ï\[^cLiKoZ 7rpo(ri^iip»Ti fji'iv <tou-

(li) Diog. Lai-rtius , lib. IV , num. 25.

(i3) Cicero, de Fmibus, lib. V, cap XXXI . Viirez-le aussi de Oratorc, lib- III , cap.

(i4) Numénius, npu(i Eusebiuin , Prseparat. Evangel., lib. Xiy, cap. y ,pag. 72g.

{i^] Id. , ibid.

(16) Idem, apud eumdem , cap. VI, pas.

ARCÉSILAS.

Tw (17). Eleganli forma et commodâ Xenocratem. Xenocrati autem disci-

adhuc œlate cùmesset, Crantorem aca- pulo academiam sckotam suant reli-

demicum amatorem nactiis , ejus con- quit Plalo (24). Il ne faut pas se fon-

suetudine usus est ille quidem. Il der ici sur l'autorile de saint Aucus-

ajoute que les leçons de Mënedème le tin ; car il ne s'est pas attache rigou-

rendirent un dispuleur plus ardent, reusement à l'exactitude j et puisqu'il

et il cite Timon (18). Voilà bien des saute un degré entre Platen et Xéno-

oraissions dans la liste que Diogène crate (aS), il en peut avoir sauté un

Laèrce nous a laissée des maîtres d'Ar- autre entre Polémon et Arcésilas. Je

césilas. J'y ai suppléé. n'insiste point sur son silence à regard

(C) If se plut extrêmement a la lec- de Crantor, académicien célèbre (26), ture d'Homère.'] Il le préférait à tous qui paraît avoir été le successeur iniles autres : il en lisait quelque chose médiat de Polémon , et qui mourut tous les soirs , avant que de s'endor- avant lui et avant Cratès (2^). Si le mir • et il disait le matin , en se le- mot de successeur vous déplaît ici, divant, 7a m'en uais l'air ma maîtresse tes que Cranter enseigna du vivant de (19)5 cela signifiait qu'il allait lire Polémon. On assure la même chose de ce poète : ATTêtTêp^êTo (Tè ^ivTûiv //.«XAov Cratèsj et de là vient que l'on dit "O/Aitfiov, ùb Kcti ùç l/TTv^.v iàv TrÂvTceç t) tantôt que Crantor succéda à Pole'-

ÀvcyivanTKiv. ÀKhà. kuCi of^fou ^iyaiv (Tri mon, tantôt que Cratès lui succéda,

Tov ifioi/uivov ÀTrtïva.! , Ôttût' àiv îtoÔKoiTo tantôt qu'ils furent tous deux ses suc-

À-^ (tyi m a.t {pio). ^mplectebalur Home- cesseurs ; mais pour l'ordinaire, on

rum maxime ex omnibus , cujus adeo met Cratès après Crantor (28). Encore

studiosus erat , ut semper nnte som- un coup, je n'objecte point à saint

num ejus aliquid legeret. Manè quo- Axigustin l'omission de Crantor; je

que ciim surgerct , diccns , se ad ama- m'imagine qu'on a tort de compter ce

sium ire , tùm se uelle légère innueret. philosophe pour le successeur de Po-

(D) // succéda a Cratès dans la rc- îémon : il mourut avant son maître; gence de l'école platonique (21). Il y et je trouve que Lacydès , successeur a bien des auteurs qui , sans parler d'Arcésilas , fut le premier qui réside ce Cratès, mettent notre Arcési- gna pendant sa vie la succession de sa las immédiatement après Polémon. chaire (21)). Disons donc qu'il n'y eut Voyez la note d'Aldobrandin sur un que Ciatès qui succéda à Polémon , passage de Diogène Laèrce (22) , vous et rejetons cette période du père Ray lirez que ce savant commentateur pin : Cratès et Crantor , qui se suiuin'avait trouvé nulle part que Cratès rent dans l'école de Platon , ne chanait succédé à Polémon. Vous y trou- gèrent rien a sa doctrine (3o). 11 se severez aussi ces paroles de saint Au- rait moins trompé, s'il avait mis gustin : Mbritur Po/emo , siicccdit ei Crantor au premier rang; Crantor, -■ircesilas , Zenonis quidem condisci- dis-je , mort avant Cratès. Un célèbre pulus , sed sub Polem.onis magisterio critique (3i), en corrigeant uu pas- (23). On peut joindre à ce passage celui delà lettre LVI : lidem quippè (24) Angust. , Epist.£r7,p«^. 267. Eusèbe, academici qui Platonici, quod docet Prépur. Evan^., Uv. Xiy, pag. 'jzS, ditqu'on auditorum ipsa successio. Arcesllas '^" q'*' 'arcésilas succéda a Polémon. enim , qui primus occultald sententid sud nihil aliud istos quant refellere slatuil , quœre cui successerit ; Polemonem ini^enies : quœre cui Polémon;

(17) Idem, ibid.

(18) Les deux vers de Timon quil cite sont jflus corrects que dans Diogène Laercc.

(iq) Pour niaccommoder au style de notre temps , j'ai quille la traduction littérale.

(20) Diog. Laértius , lib. IV , num. 3i.

(21) Id. , ibid. , num. 32.

(22) Au commencement de la Vie de Cratès, iiv. ly^ , num. 21.

(23) Sanclus Angnstiovs, lih IH . contra Acadcmicgs.

(25) Speusippus , fils d'une sceur de Platon , régit Vécole a.'ant Xénocrate.

(2G) Crantor ille, qui in nostrd Académie vel in prunis fuit nobilis. Cicero , Tuscal. Question. , lib. III , cap. VI.

(27) Diog. Laërtius, lib. IV , num. 27.

(2S) f(ypx Gassendi, Operum tom. I , pag, 18, et Joosiiis , de Script. Histor. Philosoph., pag. 52 , ou plutôt Diogène Laërce , cité ci-dessous, citation (36).

(2q) Diog. Laërt. , in Lacyde, lib. IV , num. Co. "

C3o) Rapin, Compar. de Platan et d'Aristote, IV'^. part., chap. I, pag. 3(35.

(3i) Petrus Viclorius. yojex, les Notes de Josias Mercerus sur Nonius Marceilas , pag-

ARCÉSILAS.

sage de Noniiis Marcellus (32), a fourni une autorité qui favorise merveilleusement le texte de cette remarque. Suivant cette correction , nous devons croire que Lucilius a dit : Polemon et amat'it Cralem , et huic transmisit suam scholam quant dicunt. Le grec de Dioeène Laérce est du même sens : Kp*T«c x*/ à.x.poa.Ttiç

a.[XCL X«« ipcijUiiVOÇ IToKê/XtBVOÇ. ÀKKCt KttI

S'uS'î^Aro TMV a-x,oh>iv «tÙToû (33) . Craies auditor siniid amasiusque (34) Polemonis , illiusque scholœ successor. Je n'appuie pas sur ces paroles de Cicéron : S'peusippus auteni et Xenocrales, qui primi Platonis rationem autoritatemque susceperant , et post eos Polemo et Craies un'aque Crantor, in academid congregati, diligenter eis quœ à superioribus acceperant, utebantur (35). Elles ne sont pas assez pre'cises, ou aussi nettes , que cet endroit de Diogène Laërce : IIasÎtûiv' , o

T«V àp;t'"'*V ' A«,a.^ï\y.iM £rU(7-T«3-£t//lêV0Ç. o2 'Î.ViVO'tTrTttlÇ X.a.t EêVOltOCtTHÇ, où IToXs-

uaiv, où Kpa.vTa)f) }t«.< KpaCTMÇ , t)t< 'Ap;c£cr(- Xttoç, 0 TMV jui.ier»v ' Ax.a.S'ti/Alxv na-nynTÔ,jutvos (36). Plaîo, qui t^eterem academiam instituit : Platoni Speusippus et Xenocrates ; ei Polemon ; Potemoni Crantor et Crûtes ; cui yircesilaus , qui inediam im^exit academiam. Casaubon , dans sa note sur ce passage , cite Galien, qui dit que la vieille académie finit à Crantes ; et qu'Arcésilas, disciple de Crantés, fonda l'académie moyenne (37). Ce commentateur ignore ce que c'est que le Crantés de Galien (38) ; mais on voit facilement, ou que les copistes ont mis Crantés au lieu de Cratés , ou que Galien luimême n'orthographia pas bien le nom du prédécesseur d'Arcésilas. Il arrive tous les jours aux plus savans personnages d'insérer ou de retrancher quelque lettre aux noms des au-

(3a) Nonius Marcellus, voce Transraittere , pag. 4i4. Il cite le XX FUI', livre de Lucilius.

(33) Diog. Laërtius , lib. IV , num. i\.

(34) f-t non pas amator , comme porte la version imprimée : faule que let commentateurs ne relèvent pas.

(35) Cicero , Academ. Qusest. , lib. I , cap.

(3C) Diog. Laiirt. , in Proœmio , num. i4, pag. 10.

(37) Galenus , in Hist. Philosoplioruin.

(38) E^o quisnam sit Crantes Galeni plane ignora Casaub. , in Diog. Laijrtium , Procem. num, 14.

teurs qu'ils citent. Ils ont dessein de nommer la même personne que les autres allèguent selon la vraie orthographe. J'en pourrais donner cent exemples , et je m'étonne que Casaubon se fasse ici des difficultés. Souvenons-nous qu'il admire que Galien n'ait pas fait mention de Crantor.

Quis fera non miretur omissum.à Galeno Crantorem {3g) ?

(E) // attaquait d'une grande force tout ce que les autres sectes affirmaient.'] On aurait tort de prétendre qu'il n'a point été appelé à juste titre un innovateur ; mais Diogène Laérce se trompe quand il le prend pour le premier qui ait (introduit la coutume de disputer de part et d'autre. npâJToç

musque in utramque dtsserere partent aggressus est. Ce fut l'esprit de Socrate, et Platon le conserva. Nous allons citer Cicéron qui nous apprend que la méthode d'Arcésilas, de disputer contre tout ce qu'on lui proposait , était celle de Socrate , et qu'Arcésilas fut instruit au pyrrhonisme (40 par les livres de Platon , et par les discours que l'on supposait que Socrate avait tenus : Arcesilas primiim , qui Polenioiiem audierat, ex variis Platonis libris , sermonisbusque Socraticis hoc maxime arripuit, nihilessecerii, quod aut sensibus , aut animo percipi possit : quemjerunt eximio quodani usum lepore dicendi aspernatuniesseomne animi sensdsque judicium , primùmque instituisse ( quanquam id fuit Socraticum maxime) non quid ipse senliret ostendere, sed contra id quod quisque se sentire dixisset , disputare (42). Il dit dans un autre livre que la méthode de Socrate , qui n'était pas observée , fut rétablie par Arcesilas. C'est en cela que consiste l'innovation de ce dernier : et ainsi , les expressions de Diogène Laërce ne sont point exactes ; car il est visible qu'un philosophe, qui fait profession d'attaquer tout ce qu'on répond à ses questions, met en usage la méthode de soutenir le pour et le contre. Prenez bien garde à ces paroles : Is ( Socrates ) percontando

(3()) Idem , ibid.

(4Ô) Diog. Laert. , lib. IV , num. 28. (4i) Je me sers de ce terme sans avoir égard a la personne de Pyrrlion.

(42) Cicero , de Oratore, lib. III , eau.

xyin.

ARCÉSILAS. 245

alqiie interrogando elicere solebat eo- /mèvgç^, «xxàoiov à.va.yui'yh kol) jitÇctlamv

rum opiniones , quibuscum disserebat, ut ad ea quce hi respondissent , si quid uideretur , diceret. Qui mos quiim a posterioribus non esset retentus , Arcesilas eum reuocafit , instituitque ut hi qui se audire vellent , non de se qucererent, sedipsi dicerent, quid sentirent.

Quod quîun dixissent , ille contra , sed qui audiebant quoad poterant, defendebanl sententiam suaui : apud cœteros autem philosophas qui quœsii'it aliquid tacet , quod quidem jam Jit

Sanè Arcesilaus tanliim abfuit ab ontni novandi , aut vetera sibi arrogandi studio , ut etiam uitio ei sophistœ ejus œtatis dederint , quèd sententias de cohibendd assensione , et comprehensionis negatione , Socrati , Plaloni, Parmenidi, Heraelito, acceptas ferrei : nulle quidem necessitate , sed tantiim eas l'iris nobilibus inscribendo confirmons ac commendans. Notez , je vous prie, que de l'aveu même deDiogène , notre

etiam in Academid (43). Si ce témoi- Arcësilas ne fit que rendre plus con-

gnage ne vous paraît pas assez formel, *""' ~ "" "^

que direz-vous de celui-ci , où l'on assure que l'académie d'Arcésilas n'e'tait autre que celle de Platon ? Hanc academiam nowam appe/lant , quœ mihi i/etus fidetur. Siquidem Platonem ex illd K'etere numeramus , cujus in libris nihil affi.rm.atur , et in utramque partem multa disseruntur , de omnibus quœritur, nihil certi dicitur (44)- Je cite ailleurs (45) un autre passage qui n'est pas moins fort que celui-là.

Si l'on veut de la bigarrure grecque , j'en, donnerai. J'ai lu quelque part qu'Epicure ne voyait point sans chagrin la gloire d'Arcésilas , le plus renommé philosophe de ce temps-là , et qu'il lui reprochait de s'être acquis de l'estime chez les ignorans, sans rien tirer de son fonds : Tau «T' 'Apxs-

SlXatOU TOV ETTIX-Ot/^OV où /LUTpneç SOIXSV »

J'o^a, 7rttpa.xu7rt7v , èv tok tots Xp'^^"'^ y.a.Xiç-a.'Tùùv it\'j(ro<fa)V à.yefrn^îvToç (^6) . Arcesilai autem gloria i^ideretur Epicuro haud mediocrem atlulisse œgriludinem , qui inter ejus temporis philosophas maximi fiebat. Il était vrai qu'Arcésilas ne se piquait point d'avoir inventé : il donnait à Socrate , à Platon , à Parménide et à Heraclite , la gloire de l'invention de Vépoque , et de Vacatalepsie ;'0 «T' 'Af KEJ-txa,oç tos-oD-

TOV tt.TTÎS'il TOÛ )t*IVOTO^I*ÇTlV* «Tof StV dytt-

Totv y-sii î/TTOTroiêTa-ôrt.! twv TctKa.iwv , û>çi tyKttXitv Toi/ç tÔt« !ro<fiç-à.ç, OTi Trpoç-piCi- TcLi 'Xasupa.'TU x.cti n>ia.Ta!V( ntÙTlttp/jt.ivlS'i) *«< HpstKXinai Ta Tnpl tÎÏç i7roX>>? S'ôyfittra, ka) tÎç *K*TaX«4i*Ç , oùifev eTêâ-

(43) Idem, de Finibus , lib. II , C. I.

(44) Idem, Academ. Qnxstion. , l\b. I , C. ult.

(45) Dans la remarque (h) de V article Caï- NEiDE, citation (6). Ce passage est du l". lif. de Cicéron , de îfaturà Deorum , chap. V.

(46) Plularch , adv. Colotem , png-. 1121 , E.

tentieuse la méthode platonique : ce fut tout le changement qu'il y fit ' npû)Tûç TOV xô^ov iKivtun TOV ù'TTo Tlxâ.-

TaJVOÇ TrotpcteTêeTo/UêVOV, XSti ITTWéiJ-i «Tl' ipod-

TYiTiuiç KcLi ai7rox.pi<riœç s^iç'utiioTssov^ (4^)' Primus orationis genus quod Plato tradideral mouil , ejf'ecitque per interrogatianem et responsionem contentiosiiis. On a pu néanmoins dire (ju'il fut le premier perturbateur du repos public des philosophes; car, outre qu'il ressuscita une mode dont oa ne se souvenait guère , il poussa le principe de Socrate avec plus d'ardeur qu'on n'avait fait auparavant, et il se montra plus vif, plus opiniâtre , plus inquiet que les premiers inventeurs. Voilà pourquoi l'on a dit de lui ce que je m'en vais écrire : JVonne jam quiim philosophorum disciplinœ grauissimce constitissent , tum ut exortus est in optimd Republicd Tiberius Gracchus , qui otium perturbaret , sic Arcësilas , qui conslitutam philosophiam euerlerel , et in eorum autoritate delitesceret qui negavissent quicquam sciri , aut percipi passe (49) ?

On a cherché la raison de la conduite d'Arcésilas, et l'on a cru la trouver dans l'émulation ardente qui s'éleva entre lui et Zenon son condisciple. Ils avaient été tous deuxécoliei-s de Polémon (5o) , et ils se piquèrent de se surpasser l'un l'autre (5i). Or Zenon prit le parti des dogmatiques : il donna des définitions et des axiomes qu'Arcésilas combattit vigoureusement 5 et, afin d'y mieux réussir , il fut bien aise de ren^

(4') Idem , ibid.

(48) Diog. Laërl. , lib. IV , nnm. 28.

(49) Cicero , Academ. Question. , lib. Il , cap. f.

(50) Idem, ibid., lib. I, cap. IX. Numenius, apud Euseb. Prasp. Evangel. , lib. XI V , cav.. FI, pag. 729, 731.

(5i} Numeniiis, apnd eumdem, ibid.

ARCÉSILAS.

verser tous les fondemens des sciences , et de réduire toutes choses à l'incertitude. Le passage que je vais citer témoigne cela , et en même temps le peu de succès de cette entreprise (Sa), quoiqu'elle fût soutenue par une éloquence qui plaisait beaucoup : Fuerint illa uetera , si uultis , incognita; nihil ne est eri^o actum quod ini'estigatum est pntteaquam Arcesilas Zenoni, ut putant , obtrertans , nihil novi reperienti, sed emendanti superiores immiUationes uerborum, dum hujus définitiones lahefactare i^idt, conatus est ctarissimis rébus tenebras obducere ; cujus primiim non admodUm prohata ratio quanqiiam floruit tum acumine ingenii tum admirabili qiiodam lepore dicendi , proximè h Lacyde solo retenta est (53) ? D'autres disent que la crainte d'être accablé par les objections de certaines gens , qui prenaient plaisir à harceler les philosophes, contraignit Arcesilas à n'affirmer rien. Il mitdevant lui repo<7ue comme un rempart : ce fut une nuit , à la faveur de laquelle il espéra de se dérober à la poursuite du sophiste Bion , et des sectateurs de Théodore, frondeurs pei-pétuels des philosophes. Numénius, qui observe que Dioclès le Cnidien avait adopté cette conjecture , la rejette , et il me semble qu'il a raison ^ car quoiqu'en ne décidant ni pour ni contre l'on se puisse garantir de mille difficultés embarrassantes , on ne laisse pas de se commettre beaucoup : et si d'un côté l'on a moins à craindre les objections graves et sérieuses, les rétorsions, et les argumens ad hominem , l'écueil ordinaire et inévitable des dogmatiques, l'on s'expose de l'autre beaucoup plus à la raillerie, et aux insultes des goguenards. Or il est certain que Bion , le plus grand moqueur de son siècle , était moins terrible quand il raisonnait que quand il plaisantait. Généralement parlant , c'est un poste trèsincommode que celui où l'on vous tourne aisément en ridicule. Arcesilas lui - même employait la raillerie contre ceux qui rejetaient le témoignage des sens (54). Quoi qu'il en soit , voyons les paroles de Numénius : Où

(52) Cela ne s'accorde pas avec ce qu'on rapportera dans la remarque (G).

(53) Cicero, Académie. Question. , /i2>. // ,

cap. yi .

(54) Diog. L.icrliiis, Ub. IF, uum. 34.

yàLpTrûBofAdi, roû KvteT/ot/ Aioxxéowc ^ia-- JtovToç êv 'ra.iç i7rtypet,<^o//.îvct,ic AieLTpi- Soji, ' Ap>ii<rlK-tov i^fjCtf} T»v Qioé'aipiiiDv

Ti KHI BlftJVOÇ IOÛ Sot^iç-ût/, STTSIO-IÔVTÛJV

Toîç ^tKocn<foua-i , xcti oùSiv oxvot/VTtt'v à.7ro TTO-vroç ih'cyX,i>v , sti/Tov V^iVKitQw- BiVTtii, 'ivA /mil 7rpâ,yf/.itTx e;t>i, yMUtfsv yi Jay/met ÔTruTniv <|>stivé^êVov, ma-TTip yÀp ro fAixo-v tÀç o-tiTrleLç, 7rpoCa.KÎa^ct.t Ttpu teiv~

TOÛ TMV i7roX>IV. ToÛt OÙV tyO <JÙ TTl'Stt-

[j.a.\ (55). IVeque enim Gnidium illum Dioclem audio , qui in suis ,, ut eas inscripsit , diatribis , Arcesilam docel , Theodoreorum ac Bionis sophistce metu , quiphilosophis infesti, nullamnon eoscoarguendi occasionemacciperent , ita sibi , ne quid ab iis molestiœ pateretur , cavisse , ut nec certi quicquam statueret ; nam ut sepias effuso atranienlo , sic illum sese objecta hdc assensionis retentioiie légère ac tueri.

f^erùm hoc , ut dixi, minus credo. Notez qu'un des interlocuteurs de Cicéron a soutenu qu'Arcésilas ne passa point dans le parti de Vepoque , pour contredire Zenon , mais par le désir de trouver la vérité : ^rcesilam fera non obtrectandi causa cum Zenonepugnauisse , sed veruni inuenire voluisse sic intelligitur (56). Il prétend qu'Arcésilas fut le premier qui découvrit et qui approuva cette pioposition : Il est possible qu'un homme n'affirme et ne nie rien sur les matières incertaines , et c'est le dei'oir de l'homme sage tNemo superiorum non modo expresserat , sed ne dixerat quideni posse hominem nihil opinari , nec soliim posse , sed ita necesse esse sapienti, uisa est Arcesilœ ctim t^era sententia , tum honesta et digna sapiente (67). Il prétend que ce philosophe demanda à Zenon : Qu'arriuera-t-il , si l'homme sage ne peut rien connaître clairement , et s'il ne doit rien admettre qui ne soit clairement vrai ? et que Zenon répondit : Il comprendra clairement certaines choses , et ainsi il n'admettra rien d'obscur. Il fallut ensuite assigner le caractère des choses clairement comprises.

Celui que Zenon donna fut combattu par Arcesilas , qui lui soutint que la fausseté peut paraître sous la même idée que la vérité , et qu'ainsi l'on

(55) Numénius, <j/)«i7 Eu^cbium, Prxparat.

Ev.ingcl., lih. Xiy, cap. VI ,pag. 781 , B.C.

(5CJ Cicero, AcaJemic. Quicâlion., lib. II ,

cap. xxir.

Ci;) Idem , ibid.

ARCÉSILAS.

nesaurait faire lecliscernementflu vrai certain qu'Arcesilas ne fit qu'éfendre

et du faux. Zenon accorda qu'on ne et développer ce qui avait ele dit par

pourrait rien comprendre , si ce qui les plus grands maîtres : Cum Zeno-

n'est pas pouvait nous paraître sous la ne.... u4rcesi/as sibi onine veitamcn

mêmeforme quece quiest ; maisilnia instituit.... earum rerum obsciiritate ,

la conformité d'idées entre ce qui est quœ ad confessionem ignorationis ad-

et ce qui n'est point. Arcésilas, au con- duxerant Socratem , et veluti amantes

traire, insista sur cette conformité : Socratem, Democritum , Anaxago-

Incubtiit ineas disputationes ut doce- ram, Empedoclem , omnes penè uete^

ret nullum taie esse uisum a t^ero , ut res , quinihil cognosci, nihil percipi,

non ejusrnodi etiam à folsf) possit (58). nihil sciri passe dixerunt , ant^ustos

Voilà le pivot de leur dispute. On sensus,inibecillos animns, brada cur-

avait déjà dit dans cet ouvrage de riculafitœ,et {ut Democritus) inpro-

Cicéron , que l'obscurité des choses, Jundoi^eritalemessedemersam,opinio-

et non pas l'opiniâti'eté , ou le désir nibus et institutis omnia teneri , nihil

delà victoire, avait engagé Arcésilas à disputer contre Zenon (Sg).

J'ai dit qu'il poussa plus loin l'hypothèse de l'incertitude que Socrate :

et j'ai eu raison ; car il ne voulut pas même avouer , comme Socrate , qu'il savait qu'il ne savait rien. Il se tint dans la suspension généralement sur toutes choses , et il ne disputa que pour se convaincre que les raisons d'affirmer n'étaient pas meilleures que les raisons de nier : Arcésilas negabat esse quicquam quod sciri posset , ne illud quidem ipsum quod Socratessibi reliquisset. Sic omnia latere censebat in occulta , neque esse quicquam quod cerni , aut intelligi possit. Quibus de

veritati relinqui , deinceps teneri , nihil teneri , omnia tenebris circumfusa esse Jj'arerurtf {62). C'est sous l'autorité de ces grands noms qu'il attaquait les dogmatiques (63). 11 en pouvait alléguer encore d'autres , comme vous pourrez l'apprendre dans le second livre des Questions Académiques (64). Néanmoins , Numénius, qui s'emporte contre lui très-durement, fonde son indignation sur la révolte qu'il lui attribue (65). Vous trouverez quelques traits de sa colère dans la descriptiou de l'inconstance de ce philosophe : C'était un homme , dit-il , qui niait et qui nffir~ mait les mêmes choses : il se jetait ai^euglément a droite et à gauche ; il

causis nihil oportere neque profiteri, faisait gloire d'ignorer Indifférence du

neque ajfimiare quemquam , neque as sertione approbare , cohibereque seniper , et ab omni lapsu continere temeritatem , quœ tum esset insignis , quiuu autfalsa , aut incognita res approbaretur , neque hoc quicquam esset turpius , quam cognitioni et perceptioni , assertioneni approbationemque prœcurrere. Hue ( rationi quod erat consentaneum ) Jaciebat , ut contra omnium sentenlias dies jant plerosque deduceret , ut quîim in eâdeni re paria contrariis in partibus momenta ratio

bien et du mal : il débitait la première fantaisie qui lui i/enait dans l'esprit ; et tout d'un coup il la renuersait par plus de raisons qu'il ne l'avait établie. C'était une hydre qui se déchirait ellemême. Les termes de l'original sont plus expressifs , et plus féconds : ' E\£-

^e , KXi à.v^'ihiyi , haï y.iTiX.UKriS'UTft JtoîxêîâêV, ;càvTêîiôêV, «««.TSpOlâêV , ÔwÔ6«V TÙX,<^%i T*\iva'}-pêTOî j xst» Sùa-KpiTOç , x.cù ■7rA\if/.CokU Ti a.{A.a., «.cti Trct.pct.x.iictvS'u-

yivva.7oç à'v (66). KaTé;taio£ Ta>

num ini'enirentur , faciliiis ab utrâque ovsiiTêi, kcli lif/.Cpvvi'ro ëxufAcLçiiç, oti (m parte assertio sus tineretur (60). Il fut ' " ' " "" ~' ' ''^'"

celui qui enseigna Vacatalepsie , ou l'incompréhensibililé , plus formellement qu'on ne l'avait jamais lïiit ; et il outra tellement les choses que Carnéade, qui aurait pu le soutenir mieux que lui , se crut obligé d'y apporter quelque modification (6i) : mais il est

(58) Idem , ibiil.

(Sg) y^ojei ci-dessous , citation (G2).

(60) Cicero , Acad. Qu^st., lib. /, cajf. XII.

(61) Voyez Varlicle CvRutàOE.

T6 Ti etla-Xp'fv » x«.^ov , jMHTS Àyctèoy .,

yUHTi AU HAhI)]/ iÇi Tl , *éil. A\X OWOTêflOV 8K tÀç '^.UXÀç vi^Ot, TOÏ-TO 6lV«V j «tiôlS /JUTaCaKÙiV , ÀvÎTpiTnV ÂV TThiOVAX^Ç , »

cT»' oVa)V xa.T65"Kî(;âx6(. 'Hv oùv uS'pAV TÎ/n-

(Gî) Cicero, Academ. Question,, lib. /, cap. XII.

(63) Idem, ibid., lib. II, cap. V, Voyci ci-de<ius , citation (49).

(0-4) cup. XXI r. '

(65) Numénius , apud Ensebium , Prseparat. Evangel. , lib. XIV, cap. V , pag. 730. (66; Idem, ibid., cap. V, pag- 73» , A-

ARCÉSILAS.

VœV itHITOV , »*( TêyMvéjMêVOÇ i<!^ itLVTOV ,

à,/ji.<foripet dxxi^xœv ^uo-KùItoùç, khi tou «TêovToç Àa-KiTrTaiç (S"]). ^JJirmans simul idem , idemque negans , hinc , i7/j«c , utrinque , i'cl undique potiùs subito se temerèque uersans ac rei'ocnns , incerti ambiguique sensiis , veterator , prœceps , alque ut ipsemet , adeo ingenuus est, conjitetur, nihil omnino sciens....

hoc ut probro jucundissimo Jrueretur , coque se nomine mirum iu modum circumspiceret , quod quid turpe quidt'e honestum , quid bonum quid^'C malum esset, ignoraret : sed potiùs , ubi quod primum in mentem i>enerat ejffutisset, tum repente mutatus , id ipsum pluribus quant ante stabilierat , ei>erteret.

Seipsum igitur ille quasi Hydram secabat , et secabatur a se ipso, dum sic in utramque partem loqueretur, ut nec quid sibi l'ellet intelligeret : nec ullam ipse decori rationem haberet. Au reste, il reconnaissait le doigt de Dieu dans l'ignorance de Thomme ; car il louait beaucoup un vers d'Hësiode, où il est dit

3ue les dieux tiennent l'esprit humain errière le voile : ''Evrivii yoûv 'Ha-tôJou

TTûio-f (68).

(Oper. et Di., v. 42.) Quarè laudabat illud Hesiodi ,

Ignares hoininum suspendmit numina mentes.

(F) V^oici comment il a été combattu par un père de l'Eglise. ] Je veux parler de Lactance : il pre'tend ruiner toute la philosophie , en e'tablissant avec Socrate que l'on ne peut rien savoir, et avec Zenon qu'il ne faut croire que ce que l'on sait : Si neque , sciri , dit-il (69) , quicquam potest , ut Sacrâtes docuit , nec opinari oportet , ut Zeno , tota philosophia sublata est. Il confirme sa prétention par le grand nombre de sectes en quoi la philosophie e'tait divisée. Chacune s'attribuait la véiile et la sagesse , et donnait l'erreur et la folie en partage à toutes les autres. Ainsi , quelque secte particulière que l'on condamnât , on avait pour soi le suflrage des philosophes qui n'étaient point de celle-là : vous pouviez donc être assuré du suffrage du plus grand nombre , en les con-

(67) Idem, ihid., cap. VI ,pag. ^Bo , C. (t!8) Euseb. , ibià. , cap. IV , pag. 726, D. (6t)) Lactant. Divin. Institution. , lib. III , cap! IV, pag. i53.

damnant toutes; car chacune en particulier aurait approuvé votre jugement par rapport à toutes les autres, et n'aurait pu vous opposer que le témoignage qu'elle se rendait à ellemême, juge en sa propre cause, et par conséquent, indigne de foi. Voilà de quelle manière Lactance détruit toutes les sectes de l'ancienne philosophie les unes par les autres : « Elles » s'entr'égorgent, il n'en reste aucune « en vie, dit- il : la raison en est, » qu'elles ont bien une épée, mais non « pas un bouclier ; elles ont des for- » ces pourles guerres offensives , mais M non pas pour les défensives, w Pereunt igitur uniuersi hoc modo, et tanquam Spartiatce illi poëlarum (70) sic se ini'iceni jugulant , ut nenio ex ominibus restet. Quod eofit, quia gladium habent , scutum non habent.

Si ergo singulœ sectœ niultarum sectarum judicio stultitiœ confincuntur , onines igitur l'anœ , atque inanes reperiuntur. Ità se ipsam philosophia consumit, et conficit (71). « Arcésilas « voyant cela , continue-t-il , s'arma » contre toutes , et fonda une nouvelle » secte de philosophie, qui consistait M à ne point philosopher.» Quod ciim intelligeret .Arcésilas , academiœ conditor, reprehensiones omnium inter se collegit, conj'essionemque ignorantiœ clarorum philosophorum , armai'ilque se adi'ersùs omnes. llaconstituit noi'am non philosophandi philosophiam (72). Il y eut donc dès lors deux partis : l'un s'attribuait la science , l'autre la déchirait. Celui-là tombe par terre , si la nature des choses ne peut pas être connue ; celui-ci est perdu , si elle le peut : s'ils sont égaux, la philosophie ne laissera pas de périr ; car elle sera partagée : « Que si , » comme je l'ai enseigné, la misère M de notre condition ne permet pas )> qu'il y ait dansl'homme une science M proprement dite, Arcésilas gagne » la victoire ; mais il ne se soutiendra » pas : il n'est point possible que l'on » ne sache quelque chose ; on périrait

(70) La noie de Thysius sur ce nvol est ridicule. Qui se invicem conGciunt, dil-il, sicat Cleomedes et socii apud Spartanos, teste PIutarclio. Ne voit-il pas que Lactance parle, non pas du temps historique , mais du temps mythologique, et de ces hommes qui naquirent des dents d'un serpent scme'es par Cadtnus ?

(71) Lactant. Divin. Institution., lib. III, cap. IV, pag. 154.

(72) Idem , ibid.

ARCÉSILAS.

î) nécessaireraenl, si l'on ignorait ce sequitur, ut credendum non sit ; si 3) qui est utile ou pernicieux à la autem non crediderit , tum sequi- » vie. » Si aulem ( ut docui ) nulla tur, ut credendum sit. lia si nih.il potest esse in homine interna et pro- sciri potest , necesse est idipsum scipria scientia, obfragilitatem condition ri quod nihil sciatur. Si autem scitur y nis humance , Aicesllœ manus i'icit. posse nihit sciri, falsum est ergô quod Sed ne ipsa quidem stabit , quia non dicitnr , nihilsciri posse. Sic inducitur potest omninb nihil sciri. Sunt enim dogma sibi ipsi répugnons , seque dismutta , quœ natura ipsa nos scire , et soluens (76). Enfin Lactance confesse usus frequens , et i'itce nécessitas co- qu'à l'égard de la physique il n'y a git. îtaque pereundum est nisi scias aucune science, et qu'il ne faut pas quœ ad i^ilam sunt utilia , ut appetas , même l'y rechercher : Quanta facequœpericulosa, ut fugias étoiles {']'i). ret sapientiiis , ac ueriiis , si excep- Lactance nous donne ensuite un détail tione factâ , dtceret causas , rationesde plusieurs choses que les hommes que duntaxat rerum cœlatium , seu savent , et se moque d'Arcésilas , qui naturalium , quia sunt abdilœ , nesne pouvait dégratler les autres, sans ciri posse, quia nullus doceat, nec se dégrader soi-même , puisqu'ils pou- quœri oportere, quia ini'cniri quœvalent lui répondre : Si fous prout^ez rendo non passant (77) ! que nous n'ai'ons point de science , et Faisons quelques petites remarques qu'ainsi nous ne sommes pas philoso- sur cette dispute. 1°. L'argument dont phes , uous ne l'êtes point non plus ; il se sert pour ruiner toutes les seccar vous confessez que uous ne sai'ez tes de philosophie , les unes par les rien. Il se coupait donc la gorge avec autres , prouve trop. Un athée qui le même poignard qu'il employait à s'en servirait aujourd'hui , pour rentuer les autres : Quid ergà promouit verser tout le christianisme , raison- Arcesilas , nisi quod confectis omni- nerait mal : les sectes chrétiennes s'cnbus philosophisseipsum quoque eodem tre-damnent les unes les autres, je mucrone transfixit (74) •'' Lactance ne l'avoue ; mais si vous en condamniez. le blâme pas en tout , il le loue d'à- une dans tous les points de sa docvoir connu la folie de ceux qui croient trine, vous n'obtiendriez pas l'approque des conjectures de la vérité sont bation de toutes les autres. 2". Lacune science : Rectè uidit Arcesilas tance se contredit pitoyablement. II arrogantes uel potiiis stultos esse qui avoue que s'il n'y a point de science putent scientiam veritatis conjectura parmi les hommes , Arcesilas gagne passe comprehendi (75) j mais il s'ar- la victoire ; et il prétend avoir dérête très-peu à le louer : il passe d'à- montré que nous sommes trop fragibord au reproche de contradiction les pour parvenir à la science. Pourque l'on a tant fait aux Pyrrhoniens: quoi donc tout aussitôt ajoute-t-il « Par cela même que vous ne savez qu'Arcésilas perd la victoire, vu qu'il 3> aucune chose , vous en savez une. » y a plusieurs sciences parmi les hom- Arcesilas.... introduxit genus philoso- mes? 3". Les exemples qu'il en donne phiœ âa-ùçxTov , quod latine insta- sont nuls ; car ce n'est point une bile, siuè inconstanspossumus dicere. science, au sens que l'on prend ce Ut enim nihil sciri posse sciendum sit, mot dans cette dispute , que de saaliquid sciri necesse est , nam si om- voir discerner les bons alimcns d'avec ninà nihil scias, idipsum nihil sciri les mauvais ; et cette sorte de conposse toUetur. Itaque , qui velut sen- naissance n'a point été révoquée en tentiœ loco pronunciat nihil sciri, doute par les acataleptiques. 4°- Le tanquam prœceptumprojitetur , et cog- reproche de contradiction a moins de nitum , ergo aliquid sciri potest. solidité que de faux brillant j c'est Huic simile est illud , quod in scholis plutôt une subtilité qu'une raison conproponi solet in asystati generis exem- vaincante : le bon sens débrouille bienplum , sommasse quemdam, ne sont- tôt cet embarras. Si je songe que je niis crederet : Si enim crediderit, tum ne dois pas croire aux songes , me , „, , „. . voilà bien attrapé; car si je n'y crois

(rZ) Lactant., Divio. Institution. . Z16 III ■■> • ■ 1. • -i ■

cap. IV, pas. I55. ' ' Piis , .1 y croirai ; et si j y crois , .je

(74) Idem, ibid. , cap. r, pag i56. (76) Idem , ibid.

(75) Idem, ibid , cap, VI , pag. 157. 17") Idem , ibid. , pag, i58.

ARCÉSILAS.

n'y croirai pas. Où est l'homme qui ne voie qu'en ce cas-là il faut excepter des autres songes celui en particulier qui m'avertit de ne croire pas aux songes ? Voyez dans Sextus Empiricus ce que les sceptiques repondaient à cette objection. 5°. L'aveu de Lactance , par rapport à la physique , n'était guère propre à son dessein : on eût pu en tirer de l'avantage contre sa cause.

(Q) Il attira à snn auditoire un grand nombre de disciples. "^ L'entreprise de combattre toutes les sciences , et de rejeter non-seulement le témoignage des sens , mais aussi le témoignage de la raison , est la plus hardie qu'on puisse former dans la république des lettres. Elle est semblable à celle des Alexandre et des autres conquérans qui ont voulu subjuguer toutes les nations. Elle demande beaucoup d'esprit , beaucoup d'éloquence, beaucoup de lecture, beaucoup de méditation : Si singulas disciplinas percipere magnum est, quanto majus omnes ? quodjacere iis necesse est quitus propositum est i^eri reperiendi causa , et contra omnes philosophas pro omnibus dicere (78) ! Arcésilas était aussi propre qu'on le pouvait être à cette entreprise. La nature et l'art avaient concouru à l'armer de toutes pièces. Il était naturellement d'im génie heureux , prompt , vif (79) 5 sa personne était remplie d'agrémens j il parlait de bonne grâce. Les charmes de son visage secondaient admirablement ceuxde sa voix, et il apprit sous de bons maîtres tout ce qui était le plus capable de perfectionner ses dons naturels, je veux dire d'étendre leurs forces par la réunion de plusieurs parties différentes.

Vous trouverez ce détail dans Numénius ; mais vous l'y verrez tourné d'une manière odieuse. Numénius n'aimait point Arcésilas , il n'a pu pourtant s'empêcher de dire ceci ^ Tlhm To7ç à.K(iôoua-iv ïtpKîtnv , ofAou Tti

CtKClOXTit iÙTrfio-OOTrOV OVT* ôiOlf^îvOIS' tlV

(•jS) Cicero , de Nat. Deorum , liO- I , cap. V. (79) Tôv 0aô<î>poiç'ov ;cv»^ci//2vov ^AO-it

ilTrllV (iç iu<^llilÇ X-eÙ SI/êTI^iipMTOf XTrih»-

^oâaiç Tïiç jictTpiffiç è/il v4«tviVjcoç. j^grè uJitse Theophrciitum ajunt illini recirx.ui'n ac dixi.rse , quàin ingeniosus promptusque adoUscant e schold di>cn'nl'. Diogen. Laërtius, lib. JV,i^6y iw.in 3o. yorer, auirininn. ^'j.p. -i/jÇ).

iTTii TOI ■wpoo-êiâiVâna-o.v à7roifiXi<rBiit.t etù-

TOÛ TOI/Ç XÔ^OyÇ lÔVTetç ÀTTO Xît>voi/ ^po- O"ft)^0« T4 x«t/ çôf/.a.Toç , oÙk àiviu tÎÏj (V

Toiç 'ijujucLo-i ^iho<^fi<i<rCvni (80). Tenebat ille tamen auditores , dum in loquenle summam cris dignitateni videbant.

Fuit enini auditu simul aspectuque jucundissimus, adeoque libentissimè ho' m.inis orationemexcipiebant, prœstanti ex fultu et ore manantem , nec absque natifd quâdam suauitate oculorum. Il a dit aussi qu'Arcésilas étonnait les stoïciens par ses diverses manières de réfuter ses antagonistes.

Bapportons tout le passage : il est infiniment propre à nous montrer l'habileté de notre homme , et l'estime immense qu'il s'acquit : O» Stoïxoî iTs i/TTu'xowov iKTriTrKTny fji.it 01. 'H pL'iZtra. yàip clÙtoiç oùSi ToTe i\v 4)lXo^o■),oç, oi/cT' ipyou-

TIÇ ^«.piVœV , Ù(^' à)V 0 ' AfKiO-lXXOÇ , TA fAiV TTiptKfoÙaiV , TùL (Tê ï/VOTi/HVCeV , àihKtt <r' JîTOO-KïA/ÇûJV, XATê^AœTT/'^êTO £tt/TOt/S,

Kcti Ttôo-vàç MV. "Xatyet.faZv Trpoç ouç [xkt

à.VliXîyiV , «TTCCZ/têVaiV , £V ck <rê AÉ^ÛIV «V , K«T*7r4^ÂM').//tïV£BV , Siinyy.itOV TTUÇ

ToU TOT* ÀvâpaJTroiç ûwîïpXê , fjiyiiS'sv ùvitt

y.ïi'T OI/V SÎTOÇ , //m'tS ^a,âoç , yMMTf ï(yo\ ïv

^ftaX^i /uxJ's ùiXf^Ç'^t To:/vi*vTiov ô<^6>ïv*»

TTCfT CtV, €1 Tl yU« 'ApK-êtriXatû) SoKit Tû»

niT*vstia> (81). Atque hœc stoïci cum stupore audiebant. Erat enini adhuc infans eoruiii musa , nec iliarum Jacetiarum artifex , quibus Arcésilas Zenonis argumenta partïnt explodens, partlm succidens, parlhn supplantons, sic eos linguce ui ohruebat , ut fidem etiam aliis faceret. Ita , ciim et ii quibuscum oratione pugnabat , victi atque prostrati, et ii quorum in co^ rond dicebat, perculsi attonitique manerent : quasi pro comperto erat ejusdem cetalis hominibus , nec uocem , nec malum , nec opus ullum uel minimum , quicquam esse, nec inanefrii>olumque contra visum iri quicquam, nisi quod Arcesilœ Pitanœo taie uideretur. Les remarques précédentes vous ont pu déjà fournir des autorités sur le mérite d' Arcésilas. En voici une nouvelle. Quelqu'un dit , dans Cicéron , que jamais personne n'eût suivi le sentiment de ce philosophe, si l'absurdité manifeste qui s'y trouvait n'eût disparu sous l'éloquence

(80) Numnniiis , apud Eusebium. Prœpàrat. Evaiigel. , lib. XIF, cap. VI ,pag. ^So , D.

(8i) Idem, ilnd. , pag. 733, C.

ARCÉSILAS. i5i

et l'habiletë du docteur : Quis ista rabat , inueniret potiùs quam aecipetam apertè perspicuèque et peruersa ret (88). Plutarquc raconte plus ampleet falsa sequuius esset , nisi tanta in ment le même fait ; mais il suppose Arcesdd.... et copia rerum et dicendi ^uele malade n'était point Ctésibius : Mis/Misset(83)? il le nomme A pelle de Chio (89).

(H) On dit qu'il ne faisait- le seep- Ajoutons quArcésilas ayant prêté de tique que pour éprouver ses écoliers.] la vaisselle d argent à un ami qui de- QDiricus. avant dit qu'Ar- vait donner un festm , ne la redemanda point. 11 supposa qu'il l'avait donnée, et non pas prêtée. Quelquesuns disent que , considérant les besoins de cet ami , il ne voulut pas la reprendre , lorsqu'on !a lui reporta (90).

(K.) Le témoignage qui lui fut rendu par Cléanthe , louchant l'opposition entre ses dogmes et sa pratique^ etc. , sont des choses très-curieuses. ] Dès qu'on assure qu'il n'y a rien de certain , et que tout est incompréhensible , on déclare qu'il n'est pas certain qu'il y ait des vices et des vertus. Or , un tel dogme paraît trèspropre à inspirer l'indifférence pour le bien honnête , et pour les devoirs de la vie. C'est pourquoi les adversaires d'Arcésilas le censurèrent de négliger ses devoirs. Us prétendirent qu'il vivait selon ses principes. Mais Cléanthe , quoique d'une secte fort contraire à ce philosophe , prit son parti. Taisez vous, dit-il à quelqu'un de ses critiques , ne blâmez point Arcésilas : ilrenf^erse les dei>oirs par ses paroles; mais nies établit par ses actions : n«.î/o-ati, s<^ti, KoLi [Xit ■^îyt, il yÀp x«J Xo-ym To kùlShkov «tvaifs/ , to7ç yoûv If^oïc Àuri) Tiôsî" (91)- Quiesce , inquit , neque uituperes : ille enim , etsi i^erbis officium tollit , operibus tamen id po~ nit. Arcésilas lui répondit qu'il n'aimait point à être flatté : Est-ce uous

Sextus Empiricus, ayant césilas ne paraît point différer des pyrrhoniens , ajoute que , s'il fallait croire certains bruits, ce n'était qu'un pyrrhonien d'apparence , qui , dans le fond , suivait la méthode des dogmatiques. Les doutes qu'il proposait à ses auditeurs , afin de voir s'ils avaient assez de génie pour compi'endre les dogmes de Platon , le firent regarder comme un philosophe qui n'affirmait rien ; mais il débitait affirmativement la doctrine platonique à ceux à qui il avait trouvé une grande force d'esprit (83). Il est difficile de découvrir si ce conte est véritable. Voyez les Dissertations de M. Foucher sur la philosophie des académiciens ( 84 ) , et la note de Thomas Aldobrandin que je vous indique (85).

(I) On raconte des choses bien singulières de sa libéralité. ] 11 faisait du bien, el ne voulait pas qu'on le sût. 'i.uipyiTiiira.i Trpô^êifOî «v, Jt*i KctQifV Tttv J^et^iv xTUi^aTctTOi (86). Erat ad ferenda bénéficia promptus; latere quoque gratiam omni studio quœrebal , fastuni ejusmodi maxime exhorrens.

C'était pratiquer l'Evangile avant qu'il eût été annoncé. Ayant fait une visite à Ctésibius , qui était malade et qui manquait du nécessaire , il lui glissa adroitement sous l'oreiller une

bourse pleine d'argent (87). Sénèque ™ • ■■ /^ - i

nous le va dire : Arcesilaûs, ut aïunt, ^««e'> répliqua Cléanthe, que de sou-

amico pauperi , et paupertatem suam dissimulanti , œgro autem , et ne hoc quidem confitenti déesse sibi in snmptum ad necessarios usus , cimi clam succurrendum judicâsseî , pult^ino ejus ignorantis sacculum subjecit , ut homo inutiliter i'erecundus , quod deside-

(83) Cicero , Âcadem. Quastion. , lib. II, cap. XVIlI,fin.

(8Hi Sextus Empiricus, Pyrriion. HypoJypos., lib. J, cap. XXXIII.

(84) Foucher , Ih. I, pag. 32 ; et liv. III , pag. i54 , et suiv.

(85) Th. Alilobrand., in Dio^eo. Laërtium , lib. IV y num. 28.

(86) Diog. Laèrtius , Ub. IV, rtwn. -I-t.

(87) Idem, hid.

tenir que v'ous dites une chose, et que l'ous en faites une autre (92) .** 11 y a beaucoup d'esprit dans la repartie. Ce fut apparemment une allusion aux vers d'Homère qui portent que ces fourbes et ces hypocrites , dont les pensées sont contraires aux paroles , méritent d'être détestés comme l'enfer (gS). Cependant Cléan-

(88) Seneca , de Benef. , lib. II , cap. X , pas. 25.

(89) Plut. , de Discrim. amici et adulator. . Vag. 63.

(90) Diog. Laërlius, lib. IV, num. 38.

(91) Diog. Laèrtius , in Cleanlhe , lib. FII , num, 171.

'■92) Idem , ibid.

(0'<) Homerus, Iliad. , lib. IX, vs. 3i2.

ARCHÉLAUS.

the lonaît clans le fond la bonne vie d'Arcésilas. Notez que dans la doctrine des plus grands pyrrhoniens il y avait une théorie favorable à la vertu j car , quelle que fût selon eux l'essence même des choses , ils enseignaient que , pour la pratique de la vie, il fallait se conformer aux apparences. Quoi qu'il en soit , le vrai principe de nos mœurs est si peu dans les jugemens spe'culatifs que nous formons sur la nature des choses , qu'il n'est rien de plus ordinaire que des chrétiens orthodoxes qui vivent mal , et que des libertins d'esprit qui vivent bien.

(L) Il suwit le penchant de la nature jusqu'il des excès honteux. ]

Les bonnes qualite's que j'ai rapportées dans le corps de cet article, et dans la remarque précédente , se trouvèrent réunies en sa personne avec l'impudicité la plus criminelle ; tant il est vrai que les vices et les vertus savent l'art de s'allier. 11 entrait à la vue de tout le monde chez Theodota et chez Phileta , deux femmes publiques : Ksti ©soeTûTvi Tê Kitt $»xa«Tit

'HXlCt»«.IC; ÎTCtipctlÇ (TUVÛùKîi <^aLVifiÛç (94)'

Theodolœ item ac Philetœ , Eliensibus scortis , palam congrediebatur.

Le pis fut qu'il s'adonna au jpéché contre nature : ^ixo^sipaxiôc ri «v x*<

X*Tit<f êpiiç. oôfV OÎ TTip't ' AfiçOÙVlt TOV X/OV 2Ta)(X.oi STêKAXOyV etÙTOV <fQofia, Tû)V

vtûiv, xa< x.tv et.iS'oXÔyov net) Bpa.(ruM à/na- KAXotvriç ( gS ). Adolescentibus item maxime studebat, eratque in amorem pronus. Undè illum Jiristo Chius , stoïcus , corruptoiem jucenum, disertumque impudicum, et temerarium appellabat.

(M) // s'est vanté d'une grande force de courage pendant les douleurs de la goutte. ] « Rien n'est passé de là ici , ■» dit-il en montrant ses pieds et sa poitrine à Carnéades l'épicurien, qui s'affligeait de le voir si tourmenté : Is quùm arderet podagrœ doloribus , uisitassetque hominem Carnéades epicuri perj'amiliaris, et tristis cxiret : « Mane quœso , inquit, Car- » neade noster, nihil lllinc hue peri>e- » nit,ostendens pedes et pectus{g6). ■»

C'était parler en stoïcien , quoiqu'Ar-

(94) Diog. Laërtius , lib. If, num. l\o. (g5) Idem , ihid.

(èfi) Ciccro, de Finibus , Itb. f , cap. XXXI , injine.

césilas fût l'antagoniste du fondateur des stoïciens.

(N) Diogène Laërce ne lui donne point Bien pour successeur. Le père Rapin s'est imaginé cela sans nul fondement. ] Voici ses paroles : « Cicé- » ron , qui connaissait fort bien les » successeurs de Platon , ne dit rien » de ce Bion , que Diogène donne » pour successeur à Arcésilas, et qui » se rendit si célèbre par la véhé- " mence de ses satires, au sentiment » d'Horace (97). » Tout le fondement du père Rapin consiste en ce que la vie de Bion suit immédiatement celle d'Arcésilas dans l'ouvrage de Diogène Laè'rce. Cette raison est nulle , puisque l'auteur dit expressément que Lacydes fut le successeur d'Arcésilas (98) j et que Bion , étant même auditeur de Cratès , méprisa les sentimens de l'académie, et qu'ensuite il embrassa d'autres partis (99).

(0) J'ai trouvé a son sujet une faute très-grossière dans Sidonius Apollinaris. ] 11 prétend que selon Arcési • las , antérieur à Socrate , Dieu est la cause efficiente de l'univers , et que les atomes en sont la matière :

Post hos ÀrcKsilas divind mente palralam. Conjicit hanc molem , conjectain parlibus

illis Quas atomos vocat ipse levés. Socraiica post

hune SecLa inicat , quce de naiurte pondère rnigrans Ad mores hominum limandos transtulil

usum (100).

Savaron , sans dire rien de cette bévue de chronologie , s'est contenté d'observer que tout le monde attribue à Épicure et à Démocrite le dogme que Sidonius ApoUinaris attribue à Arcésilas (ici). Cette observation est mauvaise j car personne n'a prétendu que Démocrite et Epicure ont enseigné que l'univers était l'ouvrage de Dieu.

(qi) Rapin , Compnr. <le Platon et d'Aristote , IF^. pari., chap. I , pag. 369.

(98) Diog. Laërtius, lib. IV, num. Sg, in Lacyde , initio.

(99) Idem , ibid. , num. 5i , Ss , in Bione.

(100) Sidon. ApoUinaris , carm. Xf , vs. 9^, pag. i5i.

(loi) Savaro , in hune locum Sidonii Apollioar.

ARCHÉLAUS. Diogène Laërce parle de quatre personnes qui

ARCHÉLAUS. o53

ont pofté ce nom-là (a) , et qui nous trouvons dans Alhënee quelques

4. A^^.,v;, .TTC 1., «li;irtcr.r.Tio particularités, et nous n en trouvons

sont ArcHELAUS je philosophe î;^^^^^ ^^^^ j^^ Stromates. Atliénée

(b) ; ArCHÉLAUS 1 auteur d une rapporte que le roi Antiochus n'avait

description de tous les pays oii point de favori pour lequel il eût

Alexandre porta ses armes; Ar- plus d'estime que pour le danseur

f j ' • -4. „ 1^^ Archelaus ( i ). Cet auteur avait rc-

CHELAUS qui décrivit en vers les ^^^^^ , ^ ^J^ j^ ^.^^ ^ rc^

propriétés merveilleuses de cer- les habitans de Milet dédièrent une

statue d'airain à Archélaiis le Violon.

Qu'il me soit permis de traduire ainsi

V'A^X^^^'^" '^''^ >ci9*piç"oS, Archelai citharistœ.

(i) Alhen. , lib. I , cap. XVI , pag. ig. C.

ARCHÉLAUS , philosophe grec , disciple d'Anaxagoras , était d'Athènes , selon quelquesuns , ou de Milet , selon quelques autres ,(«). Ce qu'il y a de bien sûr, est qu'il enseigna dans Athènes. On dit même qu'il fut le premier qui y transporta la philosophie (A). Il fit peu de changemens à la doctrine d'Anaxagoras (b) : il admit, aussi-bien que lui , les parties similaires , pour le principe matériel de toutes choses , et l'entendement divin , pour la cause de l'arrangement des corps ; et il enseigna comme lui que les animaux , sans en excepter les hommes , furent produits d'une matière terrestre, chaude et humide (B).

Il s'attacha principalement à la physique , comme ses prédécesseurs , mais il se mêla de la morale un peu plus qu'ils n'avaient fait. Il n'y fut guère orthodoxe, puisqu'il soutint que les lois humaines étaient la source du bien moral et du mal moral :

c'est-à-dire qu'il n'admettait pas le droit naturel , mais seulement le droit positif; et par conséquent , qu'il croyait que toutes sortes d'actions sont indiiférentes

taines choses (c) ; et Archelaus l'orateur , qui écrivit une rhétorique. M. Ménage ajoute à ces quatre-là , Archelaus roi de Cappadoce ; Archelaus roi de Sparte ; Archelaus général de Mithridate ; Archelaus le danseur ; Archelaus le joueur d'instrumens ; et Archelaus le comédien (d). Il remarque que Lucien fait mention de celui-ci , au traité de Conscribendd Historid ; qu'Athénée , dans son 1" . livre , a parlé de celui qui jouait des instrumens (e) ; et que Clément d'Alexandrie, au VIP. livre des Stromates , parle du danseur (A).

Il a oublié Abchélaus l'astrologue (y) , et plusieurs autres Archelaus , dont je parlerai dans les articles suivans.

(a) Diog. Laërtius, lib. II, num. 17, in Archelao.

{b) C'est celui qui est le sujet de l'article suivant.

(c) Voyez la remarque (C) de l'article suivant.

(d) Menag. in Diog. Laërl., lib. II. num. 17.

(e) Voyez la remarque (H) de l'article Abdère.

(/) Cic. de Div. , lib. II, cap. XLII. Quelques manuscrits portenl Anchialas.

(A) M. Ménage remarque.... qu'Athénée.... a parlé de l' Archélaiis qui jouait des instrumens , et que Clément d'Alexandrie.... parle du danseur. ] M. Ménage entendait les règles de la bonne et docte manière de citer ; mais il ne les observe pas ici.

11 eût mieux fait de citer le premier livre d'Athénée , à l'égard d'Archélaiàs le danseur , que de citer le VIF. livre des Stromates de Clément d'Alexandrie ; car , outre que le droit d'aînessç n'appartient pas à celui-ci ,

(a) Diogen. Laërtius, lib. II, num- ib. 'b) Voyez la remarque (CV

254 ARCHÉLAUS.

de leur nature, et qu'elles deviennent bonnes ou mauvaises , selon qu'il a plu aux hommes d'établir certaines lois (c). Il composa un ouvrage de physique , à ce que dit Suidas , et il passa pour l'auteur de certaines élégies destinées à consoler Cimon fort affligé de la mort de son épouse [d). Socrate , le plus illustre de

philosopher à Athènes , et y demeura trente ans (3). Il n'est pas impossible que son maître Anaximénes ait continue' de philosopher dans l'Ionie pendant une partie de cet intervalle (4). On pourrait même supposer que Diogène , son autre disciple, lui succe'da. Or , si la chaire de Thaïes ne fut point vacante dans l'Ionie , pendant qu'Anaxagoras philosophait à Athènes , il est faux qu'il ait transporté en cette ^ille l'ëcole de Thaïes.

Un pareil transport suppose que la

iSCiples , tut son successeur succession manqua par le voyage d'A-

(e). Il faudra dire quelque chose naxagoras. Il serait seulement vrai

d'un poète qui se nommait qu'avant que ce philosophe eût fait

A . ,n\ r\' ' ^ r •• „ des leçons dans Athènes , aucun éle-

ARCHELAUS (C). Diogene Laerce ^^ j^^j^ ^^^^^ ^.j^^^^ ^,;^^i^ ^^^^.

en parle ; mais il s est contente gné parmi les Athéniens. Peut-être

de nous conserver le titre d'un que Clément Alexandrin , et les auouvrage de sa composition.

(<-■) To (A'x.*(ov êtva.1 KoÀ To ilta-Xfov où <^viTit aiwa. vô/Jitf:. Juslimi et turpe non naturâ constare, sed lege. Diogen. Laërtius, lib. Il , num. i6.

(d) Plut. , in Cimone , paff. 481.

(e) Gicero , Tusculan. ,; lib. V. Diog. Laërtius , lib. II. num. 16. Glem. Alexandr. Strom. , lib I, pag-, 3oi. August., de Civit. Dei , lib. rm, cap. II.

(A) On dit qu'il fut le premier qui transporta à Athènes la philosophie.^ Plusieurs critiques ont observé làdessus l'oppo«ition qui se rencontre entre Diogène Laè'rce et Clément Alexandrin. L'un attribue cette première translation à Archélaiis , l'autre à Anaxagoras .'^OwToç ('Ap;t5>^*05)

«f/stv [ji.i'riyAyiv 'K^nvckÇi (i). Primus hic ( Archélaiis ) ex lonid physicam philosophiani Athenas infexit. Ce sont les paroles de Diogène Laërce^ et voici celles de Clément Alexandrin :

Oî/Toc {'Avct^ctyôpcLç) jUiTiiyAyiv àtto tÎÏç 'îeevioLÇ 'AfljivctÇê tJiv (TiaTpfMv (2). Hic ( Anaxagoras ) ex lonid scholani traduxit Athenas. Personne , que je sache , n'a cherché les voies de concilier ces deux sentimens , ou l'origine de cette diversité d'opinions. Il me semble néanmoins qu'il était aisé de s'apercevoir de ce que je m'en vais vous dire. Anaxagoras vint fort jeune

(i) Diogea. Laërlius, lih. II, 89, num. 16. (î) Clem. Alexandi-, Stromat. , lib. II , pag. 3oi.

teurs qu'il a suivis , n'ont voulu dire autre chose , et qu'ils ne se sont pas mis en peine de s'exprimer plus exactement. Quoi qu'il en soit , n'en déplaise à Casaubon (5) , il me semble que Diogène Laerce a parlé avec plus d'exactitude 5 car il faut savoir qu'Anaxagoras en sortant d'Athènes se retira à Lampsaque , où il enseigna jusqu'à sa mort. Sa chaire fut remplie dans Lampsaque mjême , par Archélaiis , son disciple (6) , qui vint ensuite philosopher à Athènes (7). Ce fut donc proprement Archélaiis qui transporta d'Ionie dans Athènes l'école de Thaïes : ce fut là une vraie transplantation 5 mais auparavant ce n'en était pas une véritable, puisque peutêtre cette école ne fut jamais vide dans le temps qui s'écoula entre le voyage d'Anaxagoras à Athènes et sa retraite à Lampsaque , ou que si elle souffi'it quelque interruption , cela fut bientôt réparé par le retour de ce philosophe en lonie. Ce serait en vain qu'on m'objecterait qu'il ne nous reste aucun écrivain qui ait assuré que Diogène fut le successeur d' Anaximénes^ car je puis répondre :

1°. Que nous n'avons rien d'exact sur

(3) Diogen. Laërtius, lih. II, num. -j.

(4) Ce que Diogène Laerce rapporte , liv. Il , num. 2 , louchant le temps de la mort d' Anaximénes, est ridicule.

(5) Casaub. sur cet endroit de Diog. Laerce , le censure et se déclare pour Clément Alexandrin. M. Ménage /ait la même chose.

(6) F.useb. Préparai. , lib. X, cap. ult., pag- 5o4-

(7) lUem , ihid:

ARCHÉLAUS.

l'histoire des anciens philosophes ^ et par conséquent , que ce silence n'ôte pas le droit de supposer ce que je suppose ; a°. qu'Anaxagoras ayant été plus illustre que Diogène, et ayant eu un disciple qui continua la succession ; ayant même , comme il est assez vraisemblable , survécu à Diogène ; c'est par lui , plutôt que par ce dernier , que l'on a marqué les successions de la secte d'ionie. Il y a beaucoup d'apparence que Sidonius ApoUinaris associe ces deux disciples d'Anaximènes, comme deux collègues qui furent l'appui de cette école :

Quarlus Anaxagoras Thalelica dogmala

serval :

Sed divinum aniinum sentit, quifeceril orbem. Junior huic junclus residet collega, sed idem Materiam cunclis crealuris aira credens Judicat indè Deum, faceret quo cuncta(8),

tulisse (9).

Voici d'autres conjectures. Nos plus savans humanistes ( 10 ) prennent pour le fondement le plus assuré de l'âge d'Anaxagoras ce que Diogène Laërce rapporte qu'au temps de l'expédition de Xerxès , ce philosophe avait vingt ans. C'est de là qu'ils prennent droit d'inférer que , puisqu'il vécut soixante - douze ans , il mourut dans la 88^. olympiade. Je ne veux rien contester là - dessus ; mais j'ai à faire des difficultés contre ce que dit le même Laërce, qu'Anaxagoras fit le voyage d'Athènes à l'âge de vingt ans , et qu'il séjourna trente années dans cette ville. Il me paraît peu vraisemblable qu'il ait choisi pour ce voyage le temps de l'expédition de Xerxès , sous laquelle les Asiatiques ne doutaient pas que la république d'Athènes ne fût écrasée. N'insistons point sur cela : passons à d'autres instances beaucoup pins fortes. Si Diogène Laërce a raison , il faut dire qu'Anaxagoras ne demeura dans Athènes que jusqu'à la deuxième année de la 82". olym-

(8) Cela comparé avec ce <]ue Cicéran , de NatQrâ Deorum , lib. I, cap. XI, et srtf., et saint Augustin , de Civil. Dei , lil>. VIII , cap. II , disent de Diogène d' ApoUonie , Jait voir qu'il s'agit ici de ce Diogène.

(9) Sidon. Apollinar, carni. XV ^ vs. 89.

(10) Scalig., in Euseb., num. i554, pag. io3; Petavius, Kationnr. Temporis, part. /, lib. III, cap. VIII, pag. i4o ; Vossius, de Scientii» SI«tbein. , eap. XXXfll , num. 4, pag. 148.

piade j car l'expédition de Xerxès tomba sur les derniers mois de la 74** olympiade , et sur les premiers de l'olympiade 73 5 mais Diodore de Sicile n'assuret-il pas que ce philosophe fut accusé d'impiété à Athènes, l'an deux de la 87". olympiade (i ij?

Il ruine donc le narré de Diogène Laërce : ce n'est point sans s'embarrasser d'un autre côté ; car que deviendra ce que l'on rapporte , que Socrate , après la condamnation d Anaxagoras , devint disciple d'Archélaiis ( 12 ) ; que deviendra ce que d'autres ont débité, qu'Euripide quitta l'étude de la physique , et s'attacha an théâtre , à cause du procès d'Anaxagoras (i3) ? Socrate , âgé de près de quarante ans lors de ce procès , selon la chronique de Diodore de Sicile , aurait-il eu encore besoin d'étudier sous un autre maître ? et notez que , selon Porphyre , il se rangea auprès du philosophe Archelaiis (14) , environ à l'âge dedixsepf ans. Euripide , qui , au temps du même procès, avait plus de cinquante ans , attendit-il jusqu'à ce temps-là à faire des tragédies ? Il usa si pett de ce grand délai , qu'il en fit une à l'âge de dix-huit ans (i5). Pour dissiper un peu ce chaos , et pour trouver quelque méthode de lier ensemble ces narrations , il faut revenir à Diogène Laërce , et abandonner Diodore de Sicile ; car , en supposant qu'Anaxagoras fut accusé dans l'olympiade 82 , nous trouverons trèspossible ce que l'on prétend que ce procès produisit par rapport à Euripide et à Socrate. Nous pourrons présupposer que ce poëte ayant uni l'étude de la physique avec la composition des tragédies, jusqu'au temps qu'il vit le péril d'Anaxagoras , ne s'appliqua plus qu'au théâtre depuis ce temps-là. Mais que ferons - nous d'Eusèbe , qui nous a dit qu'Archélaiis fut successeur d'Anaxagoras dans Larapsaque , avant que de venir philosopher à Athènes ? Cela ne peut être vrai si Anaxagoras a vécu jus-

(ii)Diod. Siculas, Uh. XII, cap. XXXIX, pag. 433.

(12) Diog. Laèrtius, lib II, num. ig.

(i;i) Vuyi-z l'tirticle d'EvRtrtDi, au texte

{l[^) Voyez la Vie de Socrate , écrite par M. l^harpentier , pag. 5.

(.5) Aulus Gellm, , Ub. XV , cap. XX.

ARCHÉLAUS.

qu'à l'olympiade 88 : temps où So- «rate , plus grand maître encore qu'Archélaùs , n'avait pas besoin de se mettre sous sa discipline. Il faudrait supposer, peut-être , i". qu'Archélaiis , ayant étudié quelques années sous Anaxagoras dans Athènes , y prit la place de professeur dès que son maître se fut retire'^ 2°. qu'au bout de quelque temps il fut le rejoindre à Lampsaque , et y fut son successeur , d'où ensuite il retourna à Athènes , et y transplanta tout-àfait la chaire de Thaïes. Peut - être aussi qu'il serait bon de supposer qu' Anaxagoras fut accusé plus d'une fois à Athènes , et que , s'étant retiré en lonie au temps du premier procès , il fut rappelé au bout de quelques années par Périclès , et accusé tout de nouveau , après un séjour de quelques années. Nous avons vu (16) que certains auteurs ont dit qu'il fut accusé par Thucydide , l'adversaire de Périclès , et condamné à la mort par contumace. Or , depuis le bannissement de ce Thucydide , l'autorité fut entre les mains de Périclès pendant quinze ans (17) : ce qui signifie que Thucydide fut chassé quinze ans avant la mort de Périclès. 11 s'ensuivrait de là qu'Anaxagoras aurait été condamné par contumace quinze ou seizeans pour le moins avant que Périclès mourût 5 mais, selon Diodore de Sicile (18) et Plutarque (19), il fut accusé un peu avant le commencement de la guerre du Péloponnèse, c'est-à-dire, deux ou trois ans avant la mort de Périclès. On pourrait donc s'imaginer qu'il fut accusé deux fois , et mettre son retour en lonie , et son second retour à Athènes , dans l'intervalle de ces deux accusations : et, par-là, on résoudrait une assez grande difficulté. Socrate n'a point été l'un des disciples d'Anaxagoras , quoique Diogène Laèrce l'assure (20) : je l'ai prouvé (21) par une raison très-forte ; et je puis la confirmer, non-seulement par le silence que Platon et Xénophon

(16) Ci-dessus, citation (i47) <i« l'article «2'An*x>oora.s.

(i-)) Plutarch. , in Periclf , pag. i6l. E.

(18) lib. XII, cap. XXXIX ,pag. 433.

(19) Plularch. , in Pcricle , pag. 169.

iio) Diog. Laërt. , in Socinte , Mb . II, num. J9 et 45.

\ii) Ci-dessus, à la fin de la remarque {^) lie l'article «/'Ahaiacoras,

gardent là-dessus , lorsque les circonstances du sujet les engageaient à ne se point taire j mais aussi par le silence des accusateurs de Socrate , et par la réponse que leur fit Socrate.

Eussent-ils manqué de lui reprocher qu'il avait été instruit par un philosophe que l'on avait condamné comme un impie ? Cela n'était-il pas propre à le rendre plus suspect ? Eussent - ils oublié cet adminicule ? Se fussent-ils contentés de lui reprocher en général qu'il philosophait comme cet impie ? et s'il l'eût eu pour maître , aurait-il osé répondre ce qu'il répondit ( 22 ) ? Concluons qu'il n'a pas été disciple d'Anaxagoras. Mais comment comprendrons-nous qu'il ne le fut point , si nous supposons qu'Anaxagoras ne sortit d'Athènes qu'au temps que Diodore de Sicile et Plutarque ont désigné ? En ce cas-là , Anaxagoras n'eût-il point fleuri dans Athènes lorsque Socrate était le plus en état de le choisir pour son professeur? et, cela étant , peut-on bien se figurer que Socrate n'alla point aux leçons de ce philosophe 5 mais qu'il fut à celles d'Archélaiis ? Est- il probable que celui-ci dressa une école dans Athènes , pendant qu'Anaxagoras florissait dans la même viîle , ou que s'il le fit , ses leçons furent préférées par Socrate à celles d'Anaxagoras ? Ce sont des difficultés que l'on peut résoudre , si l'on suppose que ce dernier fut chassé deux fois , et que, dans le temps qui s'écoula entre ces deux condamnations , Archélaûs philosopha dans Athènes.

Il me reste à faire une observation contre Plutarque. Il ne faut pas s'imaginer qu'il ait cru qu'Anaxagoras mourut dans la 88®. olympiade 5 car lorsqu'il raconte les prodiges qui précédèrent la défaite des Athéniens , à la rivière de la Chèvre (23) , il dit que , selon les prédictions de ce philosophe , il tomba du ciel une grosse pierre. Ce malheur des Athéniens arriva l'an 4 àc la gS*. olympiade. Il serait absurde de supposer que Plutarquea prétendu qu'Ànaxagorasavait prédit cette chute d'une pierre vingt ans auparavant : il a donc cru que

(2a) f^oyez la citation (29) de l'article (2'Anax\coràs.

(23) f^ojei la citation {tiG) de l'artisla d'Asi.xkduMs.

ARCHÉLAUS.

ce philosophe vécut jusqu'à la gS*.

olympiade. Or , c'est une grande erreur. Il m'est fort suspect d'anachronisme , eu ce qu'il pose la chute de cette pierre sous la çf'i". olympiade. Pline , Eusèbe, et les Marbres d'Arundel réfutent cela. Ils placent cet événement sous la 78". (2^).

Voilà lefat pitoyable où les anciens , que l'on vante tant, ont laisse' l'histoire des philosophes. Mille contradictions partout , mille faits incompatibles , mille fausses dates. Notez que je n'ai vu aucun moderne qui re'fute ceux qui mettent la mort d'Anaxagorasdans la 78*. olympiade (aS); qui les réfute, dis-je, par Diodore de Sicile et par Plutarque , qui assurent que ce philosophe fut accusé un peu avant la première année de la guerre du Péloponnèse (26).

(B) // enseigna que les animaux , sans en excepter les hommes , Jurent produits d'une matière terrestre, chaude et humide, ] Ce qui nous reste de ses sentimens , dans les auteurs qui les rapportent , est si concis qu'on a de la peine à s'en former une idée bien distincte : Tsw*?^*! é'î <|)»5-i tx tfiôct tK ^'ipjuliç tÎîc ytiç , KO.) ikÙv Tra-pcL- 7rA«3-/av yatXstjcTi j 0(ov Tpo^iiv, àvisiVnc.

O'uTùù Si KO.! TOyC àvôfûl^TOt/Ç ^TCuïtratl (27).

Gigni ferô animnlia ex terrœ calnre , quœ limum lacti simillimum i^elut escam eliquauerit. Sic et homines natos- C'est ainsi que Diogène Laërce s'est exprimé. Il venait de dire que , selon ce philosophe , les deux causes des générations étaient la chaleur et l'humidité (28). Il venait aussi de rapfiorter comment l'eau , l'air, la terre, e feu, étaient sortis de ces deux principes ; mais j'avoue que ne comprenant quoi que ce soit dans ses paroles, je ne veux point prendre la peine

(i4) Pline , à Van a ; Voyez ci-dessus la citation (liS) de l'article d'AmikGOKis; Eusèbe, à Van 4 ; les Marbres li^Ârundel , à Van t. Voyez Hardouiu sur Pline , tom. I , pag. 273.

(ï5) Diog. Lacrce , liv. Il, num. 7, le fait. £iuèbe la met à l'an 4 de la 79*. oljmpiade.\

(26) C^estrà-dire , Van i de la 87*. Olympiade.

(27) Diog. Lacrtios, lib. II , p. 90, num, 17.

(28) Au lieu de ■^'i^Xf"^ 1 frigidum, i7 faut lire uypov , faamidum. Voyez M. Ménage sur tel endroit. Mais notez «/u'Hermia.s, ia Philosopborum Derisione , f>a^ 177 , axjur* <7!/'Archélaii» donnait pour les principes de toutes choses SiffA'iy KAi ■^fXfo" > le chaud et le froid.

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