TOME II
aS^
de les copier. M. Ménage , qui les a insérées dans son Cominentauc , .sans y joindre aucune note , ignorait apparemment quelle en est la signification. Les autres commentateurs n'ont pas été plus heureux. Ils les ont abandonnées à leur obscurité : faisons-en autant, et recourons à Plutnniiie , qui a dit que , selon Archéiaiis, Pair infini , la condensation et la raréfaction de l'air , Tune le feu . l'autre l'eau , étaient les principes de toutes choses (29). Justin Jlartyr lui attribue la même opinion à peu près (3o).
Cela signifie , ce me semble , qu'il admettait l'air pour la matière première , et le feu et l'eau pour les élémcns : mais ce n'était point son opinion, si l'on en croit saint Augustin; car ce père lui attribue le dogme d'Anaxagnras touchant les homœomcries, et touchant l'inlelligence qui les avait assemblées : Anaxagorœ successit auditor ejus Archéiaiis : etiam ipse de particules inter se dissimilibus , quitus singula quœque Jîerent ita oiuiiia constare putafit , ut inesse etiam mentent diceret quœ corpora dissimilia, id est illas particulas conjungendo et dissipandn agerel omnia (3i). Je crois que saint Augustin a raisonj car Simplicius observe qu'Archélaiis, tâcîiant d'apporter quelque explication qui lui fût particulière, ne laisse pas de donner les mêmes principes qu'Anaxagoras , savoir une infinité de p;irticules semblables (32). Il y a beaucoup d'apparence qu'à l'égard de la première formation des animaux, ils suivirent la même hypothèse. Nous avons vu quel était le sentiment d'Archélaùs, et voici le dogme d'Anaxagoras :
Çaïu. y(vÎTda.t ï'ç vypfjZ Kctt S-sp^oJ Kxi ytceSouç' 5ç-fpov «Tè i^ àxKMXaJv (33). Animnrites primo ex humore et calnrc , terrdque mandsse , posteà ex ini^ictni natos esse. Puisqu'ils admettaient une intelligence qui tira les homœoméries de la confusion où elles étaient , il faut croire qu'ils la firent présider à la production des animaux j car s'il
(29) Plularrh. , de Placit. Philos., lib. I, cap. III , pag. 876.
(30) Just. Martyr. Adraonit, ad GriBCOs , pag. 4.
(3i) Augiist. , de Ciïitate Dei , lib. VIII , cap. II. Voyez aussi Clément ÂlexanJr. , l'n Proir., pag. l^i
(3a) Simpl. , in /nm. librum Physic. Aristot.
(33) Diog. Laërt., lib. Il , p- f'S , num. ,).
258 AKCIIÉLAUS.
y a quelque créature dont la forma- cujusque lei naturâ (36). Le sens qu'il tion ait besoin d'être dirigée par un donne à ces paroles me paraît fort esprit , c'est assurément la machine juste : il entend par-là qu'Archelaiis des animaux. S'ils ont fait ce que je avait recherche les choses dont la nasuppose , ils n'ont rien dit là-dessiis ture était singulière : quœ proprice que l'on ne puisse concilier avec TE- ac sinijulans naturœ simt , comme criture Sainte ; mais s'ils ont cru , que les chèvres ne sont jamais sans comme tant d'autres, qu'au commen- fièvre , et qu'elles respirent par les cément les hommes sont nés de oreilles, et non par les narines : -.</ula terre par la seule force de Thu- rihus capras spirare, non naribus, nec midité et de la chaleur, etc. , ils ont unquàin febri carere, yJi chelaus aucdit une sottise la plus ridicule du «or e^t (S^)- Athénée a cité un Archemonde et ils n'auraient su se tirer laiis h to»ç (Jio<fi/£o-!7iv , et lui a donné de la question pourquoi, dans la le surnom de Chersonésien (38). Dasuite des temps , on n'a jamais vu lechamp a traduit très-mal ce grec naître des hommes de cette manière, par sud propriâqueslirpe Renais (39)j Cette question ne les aurait pas em- et je m étonne que Vossius n'ait pas barrasses dans l'autre cas, puisqu'ils employé pour cet endi'oit-là les mêauraient pu répondre , comme fe- mes pax'oles qu'à l'éf;ard de Diogène raient les chi'étiens , que Tintelligen- Laërce ; il s'est servi de celles-ci de ce ayant une fois formé des animaux proprietate naturœ (4o) : et néanmoins doués des moules ou des parties né- il estime qu'Athénée et Diogène Laërcessaires à la propagation , n'en pro- ce ont pai'lé du même auteur. Cela duisail plus elle-même , la conserva- est fort apparent , quoique Anligonus tion des espèces étant assez en sûreté Carystius donne l'Egypte pour patrie par l'inclination à s'accoupler qui à Archélaiis , qui composa des épiest dans les mâles et dans les fe- grammes sur les singularités merveilmelles. leuses de certaines choses , et qui les
(C) f^oici quelque chose touchant adressa à Ptolomée. Il est fort possiun poëte qui se nommait Archélaus.] ble qu'un Archélaiis, natif de la Cher- II fit un ouvrage sur la nature parti- sonèse , ait passé pour Égyptien : il culière des choses , c'est àdire , sur suffit pour cela qu'il ait fait un long leurs singularités, ou sur les pro- séjour en Egypte (4i )• M. Ménage , priétés qui les distinguent. Ce que l'on qui prétend qu'au lieu d'iiTtocft/î) , il en cite ne nous permet pas de douter faut lire dans Diogène Laërce J'ki^vÛ que ce ne fût là le vrai caractère de (^i) , ne me semble point avoir raicet écrit. Diogène Laërce l'a désigné son. Il se fonde sur ce que le scoliasle par ces paroles : o tùL lS'io<^uîi TToivts-ctç de Nicauder cite Archélaiis sv tok Ai- (34) qui quœ cuique rei naturâ sunt <^u'i(n , c'est-à-dire , in libro de iis qui propria uersu prndidit. Casaubon ne sunt ancipilis naturœ. Ce fondement devait pas censurer cette traduction n'est point solide j car comme l'oulatine , sous prétexte que , selon le vrage d'Archélaiis n'était point bortémoignage d'Antigonus Carystius , né à cette sorte de singularités qui ce livre d'Archélaiis était un recueil distinguent les animaux amphibies , d'épigrammes où l'on rapportait les ou les animaux qui naissent de l'acqualités extraordinaires et merveil- couplement d'un mâle et d'une fe-
leuses des choses : Ta îTApâeTo^*, tà j u . • • -il m
' , ,^r\ 1 L „ (36) Vossius , de Hisloricis gracis, Ub. III,
UvfAÂtr^cL (35) 5 car cela peut conye- ^^^ -'3,^ ' s • ,
nir au titre rapporté par Diogène (i-j) PHn., lib. rill, cap. L.
Laërce : et , en tout cas , le traduc- qs) Aihea. , Uh. IX, cap. uU. , pag. 409.
teur n'a point dû donner à ce titre (39) Dalcchamp, Annotai. , in Athen. , pag.
une signification moins générale que -^ . Le pi, e \Urào«\p dans .^o» Index Auior.
,, ,0 tr • 1 'i ••. PI'"" 1 P"» • l'î > tradiiU les paroles rt Atljene»
celle du terme grec. Vossius n était p„r de rébus" quœ singulis in locis propria gig-
point du goût de Casaubon, puisqu il nuntur.
a traduit les paroles de Diogène Laër- (40) Vossius, de Historicis grsecïs , lib. lit,
ce par oui carmen fecit de proprid Vf- ^'9- i, .
^^ 1 ' •' r r (^,^ On a ,i„ exemples de pareilles cho.<es.
(34) Dlog. Latirt. , lib. II , iium. 17 , p. 90. forez Strabon , liy. Xiy, pag. ^^i.
(35) Cas«ub. , in Diogen. Lacrt. , lib. II, (4») Menag. , in Diogen. LacrJ. , lii. 11^^ mim. 17. »"«"> »7"
ARCHÉLAUS.
nielle de diverse espèce , il serait déraisonnable de supposer que fauteur employa un titre détermine à cela.
Il vaut beaucoup mieux , ou corrifjer le scoliaste par Diogène Laérce , ou dire qu'Archélaiis , ayant divisé son ouvrage en plusieurs traités , donna un litre jjarticulier à chaque traité ; celui de h<^!/>i , par exemple, aux épigrammes où il parlait des amphibies.
Sur ce pied-là , on pourrait croire que ceux qui citent Ai'chélaiis, lib, i. TTipi TTOTO-fAMy , de flutnis (43) , lib. i , •TTift hlSoov , de lapidihus (44) > citent des parties de l'ouvrage dont le titre général était <<rio4i£/î) ; mais j'aimerais mieux dire qu'il s'agit là d'un tout autre Archélaiis. Je ne fais pas un semblable jugement sur les citations d'Artémidore (45) : Je crois qu'elles concernent l'auteur des <<f»o^f>).
Admirons ici les inconstances de la mémoire. Vossius , dans son ouvrage des historiens grecs , parla doctement de cet auteur : il rapporta ce qui s'en trouve dans Varron , dans Pline , dans Athénée , dans Artémidore, dans Antigonus Carystius, etc. 5 mais il ne se souvint plus de cela lorsqu'il fit ensuite son traité des Poètes grecs. On y lit ceci : Idem ( Archelaus physicus ) , ut ait Suidas, a-vv- ÎTci^î ^ufioMyioLV (*'). Id sic Lilius Gyraldus uertit in iu°. Dialogo de poëtis (*') : quae naturœ propria sunt, multis versibus collegit. Itaque et jirchelaum inter poëtas recenset . Sed addit poëtani physicurn esse alium ab Socratismagistro.At undè id adstrual non video. JVam Suidas clarè ait ^uiTioKaylctv conscriptam ab Archelao physico , Socratis magistro. Imà nec video , undè colligat , quempiam Archelaum carminé scripsisse de rerum naturâ. Sallem. ex i>erbo o-:/vt«ttsiv , quo Suidas utitur , id colligi nequit. Jit Laërtius, cùm dicat très prœlerea Archelaos fuisse , non tamen poëtam in lis memorat (46). Voilà un très-
(43) Stobée lefail Serm. I, de Morbis et Ittolestiarum in eis solutione. Pliitarque, de Flumin. , pag. 1148, cUe le XIII'. Uv. d'Xrchélaii'i 'Trtfi TTOTeLfAuiy.
(44) Plutarqueie/at/, de Flumin., pag'. Ii53;
(45) Artemidor. , de Somn., lib. IV , cap.
XXI r.
{") Composuit Philosophiam.
(") Pag. 108.
(46) Voss., de Poët. grxcis , pag. 34.
aSg
savant homme, qui s'imagine, 1°. que le Giraldi avait en vue les paroles grecques de Suidas , et non celles-ci de Diogène Laérce : ô -rà li5io<^u>i toi»!- <^*^ (4?) i 2°. qu'on n'a point eu de raison de reconnaître un poète Archélaiis différent du physicien ; 3°. ni de supposer qu'un Archéiaiis ait fait des vers sur la natui'e des choses • 4°. que Diogène Laérce ne fait aucune mention d'un Archélaiis qui ait composé des vers. Tout cela nous devrait surprendre , si nous le considérions absolument 5 mais c'est bien pis , quand on le compare avec la page 329 du livre de Historicis grœcis. M. Colomiés a relevé la première de ces quatre fautes de Vossius , et a débité outre cela de bonnes choses ( 48 ) j mais il s'est trompé en supposant que les paroles de Plutarque , dans la Vie de Cimon , concernent Archélaiis le poète : elles concernent le physicien , dont Socrate fut disciple. 11 aurait pu critiquer Gyraldus , qui a cru cju' Archélaiis, auteur des jJio^it/jï, était philosophe. M. Moréri le dit aussi. C'est sans aucun fondement : car un faiseurs de recueils des propriétés singulières et merveilleuses des animaux ou des métaux , etc. , peut bien être appelé naturaliste , historien de la nature ■ mais non pas physicien ou philosophe , à moins qu'il ne joignît aux faits la raison des faits , et la discussion des causes. C'est ce qu'on ne trouve pas que le poète Archélaiis ait pratiqué. M. Moréri assure que Diogène Laérce le cite souvent.
Dites plutôt qu'il ne le cite jamais.
(47) Le Giraldi les a traduite f , quse Dataras propria sunt, multis versibus collegit. Cette version n'est point meilleure que celles qu'on a vues ci-dessus , citation (Sg).
(48) Colomeslus, Not. in Girald., de Pocti», pag. i47, edit. Operum Gyraldi , an. 1696.
ARCHÉLAUS I". du nom (a) , roi de Macédoine , fils naturel du roi Perdiccas , monta sur le trône , et s'y maintint , par de grands crimes. Sa mère était servante d'Alcétas , frère de Perdiccas (A) : ainsi, selon les lois (^),
(a) Notez qu'il y a des gens gui nerecon' naissent qu'un Archélatis entre les rois de Macédoine
{b) Fojti la remarque (A).
il ne devait être que le valet d'Alcétas ; mais , au lieu de la soumission qu'il lui devait , il le fit mourir traîtreusement. Il l'attira dans sa maison , et lui promit de lui rendre la couronne que Perdiccas lui avait ôtée : il lui donna un grand repas ; et , l'ayant fait enivrer, il le fit conduire de nuit sur un chariot hors de la ville , et donna ordre qu'on le tuât. Alexandre, fils d'Alcétas , fut traité de la même sorte :
il fut mis soûl autant que son père dans le même chariot , et massacré avec lui. Archélaiis , peu de temps après , fit mourir son frère , qui n'était âgé que de sept ans , et qui était fils légitime de Perdiccas et de Cléopâtre.
Il le jeta dans un puits ; et fit accroire à Cléopâtre que l'enfant y était tombé, en courant après vm oie (c). Il s'appliqua avec soin aux choses qui pouvaient rendre formidable la Macédoine ; car il fortifia plusieurs places , il fit faire de grands chemins , il fit un grand amas et d'armes et de chevaux , et de tout ce qui est nécessaire pour la guerre ; et il surpassa dans tous les préparatifs de cette nature les rois ses prédécesseurs (J).
Il s'avisa d'une chose , qu'ils n'avaient point pratiquée ; c'est qu'il équipa des flottes , et qu'il donna des combats de mer (e).
Il aima les lettres , et les beauxarts (B) ; et l'on vit chez lui les plus grands poètes , les plus fameux peintres , et les meilleurs musiciens {f). Il fit beaucoup
(c) Tiré du Rorgias de Platon, pag. 321.
(rf) Tliucydides , lit). II, pag. l/J2.
(e) SoliDus, cap. IX.
(/■) Foyei la remarque (C).
ARCHÉLAUS.
de dépenses , pour faire peindre sa maison par Zeuxis (C) ; et sans doute il se fâcha de ce que Socrate , qu'il tâchait de faire venir à sa cour , ne voulut pas y aller (D). II eût pu apprendre de lui , à n'avoir point peur des éclipses ; et il avait grand besoin d'être redressé sur ce sujet-là {g). On a vu ailleurs {h) l'estime qu'il eut pour Euripide. Au reste , sa libéralité envers les habiles gens était médiocre ; mais cela pouvait venir de ce qu'il trouvait qu'ils étaient trop prompts à demander (E). Il institua des sacrifices , et des jeux scéniques , en l'honneur de Jupiter et des Muses : on les célébrait pendant neuf jours ; chaque Muse avait son jour (/). Il envoya des chariots à quatre chevaux , qui remportèrent le prix aux jeux olympiques , et aux jeux pythiques (A). On convient qu'il fut tué ; mais on ne s'accorde pas sur les circonstances de sa mort , ni sur la durée de son règne (F).
Scaliger même a trouvé là des obscurités qui l'ont fait errer lourdement (/). Il est vraisemblable qu'Archélaiis avait mené une vie impure qui le fit périr (G). J'aurai des observations à faire contre le Moréri fH).
{g) Voyez la remarque (D) .
{h) Dans Varticle t/'EuRiPiDE , remarques (N),(0), (P), etc.
(i) Diodor. Siculus , lib. XVII , cap. XVI.
(h) Solin. , cap. IX.
(/) Voyez la remarque (F).
(A) Sa mère était servante d'/tlcétas , frère de Perdiccas (ï).'] Elien la nomme Simirha (2) : mais au reste , puisque Archélaiis était fils du roi de
(1) Plalo , in Gorgià , pag. 3îi.
(t) a;iiin. , Var. Hin., IU>. XII, tap.
Kim.
ARCHÉLAUS.
Macédoine , on n'a pas dû dire que de la condition de clitvrier il s'éleva sur le trône. C'est pourtant ce que Diogène le Cynique assure dans une haranguedeDion Chrysosf orne, AiVôxoç îv 'Ap;(^éxa,oç (3). CaprariusfuitArchelaiis. Notez ces paroles de Platon , qui nous apprennent ce qu'Arche'Iaiis devait être selon les lois : Kai-à y.h to
TciSiKa.ia,T0ii7v èS'oôxiuc-iv à!v 'Axxstji (4)- Ipso jure -4lcetœ sen'ua erat , enque si justa agere woluisset ipsi Alcelœ 3eivisset.
(B) Il aima les lettres , et les beaux arts.'] C'est Solin qui le dit (5). J'ai rapporté ses paroles dans la remarque (N) de l'article d'EuRiPiDE, au cornmencement. Joignez ce passage d Elien. 'Hv Si àioct ô 'ApP(;ÉXot.oç £fa"rtxôç uùx, «TTov « KO.) ^i-Mfji.<jvcr(ii (6). ytrcliclaiis i^erd non titiniis amoris quant litterarum erat studiosus.
(C) // fit peindre sa maison
par Zeuxis.'] Socrate fit le censeur là-dessus : il dit que ce prince , qui avait tant dépensé pour embellir son palais , n'avait fait aucune dépense pour orner son âme. Aussi savonsnous, ajoutait-il, que quantité d' étrangers s'empressent de faire un yojage en Macédoine , afin de voir la maison du prince ; mais que personne ny va , afin de le voir lui-même, hormis ceux quil attire par des présens. Or c''est une chose qui ne touche pas les hommes de bien (7). Je crois qu'il ne s'était pas mis en peine de se guérir de son impudicité par la culture des Muses; mais je suis sûr qu'en matière d'ornemens d'esprit ses progrès ne furent pas médiocres. 11 semble même que , de l'un de ses bons mots , on puisse conclure qu'il avait fait des
frogrès dans la morale pratique. On animait un jour contre une personne qui avait jeté de l'eau sur lui. Ce n'est pas moi qu'il a mouillé , répondit Archélaiis , j7 a mouillé celui pour qui il m'apris (8). Aucun philosophe, raisonnant sur les privilèges de la conscience errante, n'a jamais rien
(3) Dio Chrysost. , Orat. IV de Regno.
(4) Plato , in Gorgiâ , pa^. 4-,^ A.
(5) Solinus, cap. IX.
(6) yEliani Var. Hist. , lib. II , cap. XXI.
(7) Ex .T.liani Vai-. Hist., lib. XIF, cap.
(8) Plntarc. , in Apopht>iegmat. , pag. 177.
dit de plus sensé. Tous les princes traiteraient ainsi les fautes involontaires, s'ils étaient bien raisonnables, ou si l'intérêt du public pouvait souffrir que, dans la prati([ue , l'on se réglât sur les idées de la raison (9). Laissons cela , et revenons à Socrate.
Par les paroles que j'ai rapportées , il déclarait malhonnêtes gens plusieurs personnes d'esprit, qui n'allaient en Macédoine qu'à cause d'Archélaiis.
Euripide y alla-t-il pour d'autres sujets (10) ? Le bel Agathon , cet illustre poète, et son amant Pausanias, et tant d'autres, n'y allèrent-ils pas uniquement pour cette raison ? oStoç 9
'A^StâûJV 'ApX^>^^Cf> TO) fisLO-lKiï jui^ft
TiXiUTiiç fAlTo. àÎMeev TrcKXÎèv a-tjvm è»
MaxEtTovi'* (11). Hic Agathon fuit
apud Archelaiim Macedoniœ regem, una cum aliis multis ad niortem usque.
(D) Socrate, qu'il tachait de fiaire venir à sa cour, ne voulut pas y aller.'\ 11 y eut deux autres personnes que ce philosophe traita de la même sorte : il ne voulut, ni les aller voir , ni accepter leurs présens. 'TTrtpt^pivJicTê (Ts x.x) 'Ap;i(;6X!*ou Tou MaxêcTôvof, xotf 2xœ7ra. toi/ KpcLvceviou, Ktti 'E.ùfUKriX^tiu Tot/ Aa.pij-^a.101/ y/z.nTiXf'yif^'^'^'t-'^foa-iju.ivoc
OLÔtUv , f/.i\'Ti TTCtp (LÙtoÙ^ à.Tfi'hbô)'! (l3).
Archelaiim prœlereà Macedoneni , et Scopam Cranonnium, Eurylochumque Larissœuni , aspernatus est magno anima , ciim neque ab eis missas pecunias accepit , neque ad eos ipse proficisci voluit. Sénèquenous a conservé l'excuse dont Socrate se servit envers notre Archélaiis : « Je ne veux pas , » dit-il , aller voir un homme de qui )) je recevrais des bienfaits, sans lui )) pouvoir rendre la pareille. » Archelnus rex Socratem rogavit ut ad se veniret : dixisse Socrates traditur , nolle se ad eum venire à quo acciperet bénéficia , cùm reddere illi paria non posset (i3). Cette réponse de Socrate a été rapportée par Marc Aurèle , selon le même sens (i4); mais Aristotc
(q) Voyez dans /«Nonvelles Lettres contre le calvinisme de Maimbourg , celles qui traitent de la conscience erronée.
(10) jEliaoi Var. Hist. , lib. II, cap. XXI.
(11) Schol. Aristopli., in Ranas, v. 84 et 85.
(12) Diogen. Laerl. , /i6. II , p. f)5, num. 2$. (i3) Sencc, de Bencf. , lib. V , cap. VI ,
pag. (j6.
(i4) Marcus Anfoninus , Tû)V ê(Ç toLUroV , lib. XI, secl. XXy. Nolei<fuil suppose qu'elle fut faite à Perdiccas.
îGa
ARCHÉLAUS.
la rapporte en des termes qui ue sont pas philosophiques. Il suppose que Socrate re'pondit , que ceux qui ne se re vanchent pas d'un bienfait reçoivent autant d'affront que ceux qui ne se revanchent pas d'une injure. "TÉ'fiv l'^M ihcitTOjunS'uva.a-ôaii à.f/.vvi(r6iit ofAoiceç
iÙ TTO-dÔtTCL, ÔùTTrif lca.lX.CLX,SlÇ (l5). CoTl-
turneliaiit eue dixil , non posse referre etini qui accepit benejicium, perindè ac eum qui injuriant. Cette maxime suppose qu'il faut se -venger de ceux qui nous font du mal : elle n'est donc pas digue de la morale d'un philosophe , et surtout d'un philosophe tel que Socrate. Au reste, Sënèque s'est fort étendu à faire voir qu'il était facile à ce philosophe de bien rendre la pareille à Archélaiis. Il a dit entre autres choses, que les bienfaits de ce monarque n'eussent pu valoir l'instruction qu'il eût reçue sur la cause des éclipses , et qui l'eût empêché de retomber dans la terreur que l'on remarqua en lui , un jour que le soleil s'était éclipsé. Il avait fermé son palais , il avait fait tondre son fils : Quid iantiim erat acceplurus ( Socrates )
quantum dabat , si regem in luce
jnediâ errantem , ad rerum naturani admisisset , usque eb ejus ignarum , ut quo die solis defectiofuit regiam clauderet , et Jilium ( quod in luctu ac rébus aduersis moris est ) tonderet ?
Çuantumjuisset beneficium, si timentem è latebris suis extraxissel , et bonum animum habere jussisset , dicens : (< D/on est isla solis dejeclio , i> sed duorum sideruni coïius , cîini V luna humiliore currens fia , infra j) ipsuni soleni , orbem suum posuil , >) et illum objectu sui abscondit (16).» Sénèque prétend pue Socrate ne se servit de cette excuse , que par ironie (17), et qu'au fond il ne refusa d'aller à la cour de Macédoine , qu'afin de garder pleinement sa liberté, fis scire quid ferè noluerit ? Noluit ire ad uolunlariam seruitutem is , cujus libertatem ciuitas libéra ferre non potuil (18). Quelques-uns disent qu'Aristophane composa la comédie des Nuées , pour satisfaire l'aniraosité
(i5) Aristotel., Rlietor.,'W. //, cap. XXIIl, pag. 445, A.
(ifî! Sfnec. , de BeneCc, lib. F, cap. FI , pag. 96.
{17) Idem, ibid.
(18) Idem , ibid, , pag. gS.
qu'il avait contre Socrate , parce qu ^rchélaûs roi de Macédoine avait fait plus d'état de ce philosophe que de /ut (19). Notez que l'on adonné un autre tour à la réponse de Socrate. On a dit qu'il s'excusa d'aller à la cour d'Archélaiis , sur ce que le pain était à un si vil prix dans Athènes , et que l'eau y abondait (20).
(E) Sa libéralité envers les habiles
gens était médiocre , peut-être
parce qu'ils étaient trop prompts a demander.] « Le roi de Macédoine Arw chélaiissembloitestreunpeu tenant » en matière de donner et faire pré- « sens, de quoi Timofhéus musicien, ^> en chantant sur la lyre, lui donna w une atteinte , en lui tirant souvent » ce petit brocard , Ce fils de terre , )) l'argent trop tu le recommandes: mais « Archélaiis lui répliqua sur l'heure » bien gentiement et de bonne grâce, )) Mais toi , par trop tu le demandes. » C'est Plutarque qui raconte cela (21).
Il raconte aussi dans un autre livre ce que je m'en vais copier : // y eut quelqu'un jadis , qui estimant qu'il n'y eust rien si honneste que de demander et recet'oir , demanda un jour, en soupant , au roy de Macédoine yîrchélaiis, une coupe d'or Va où il beuvoit. Le roy commanda a son page de la porter et donner à Euripides , qui estait à la table ; et tournant son visage devers celui qui la lui avoit demandée , lui dit ; « Quant a toi , tu 1» es digne de demander et d'estre re- ■» fusé, parce que tu demandes : mais i> Euripides est digne qu'on lui donne, » encore qu'il ne demande pas ('i2). » Peut-être donnait-il des bornes à sa libéralité par un principe semblable à celui de Charles IX (23). Mais il y a plus d'apparence qu'il était du goût qu'on a remarqué dans le cardinal de Richelieu , qui ne fît jamais de bien au poète Mainard, et ce fut
en partie parcequ'il aimait qu'on
ne lui demandât n'en , et qu'on lui
(19) Cliarpentier , Vie de Socrate, pag. S-]. Il cite les interprètes d'Aristophane in Argumento illius comœdix.
(20) Fide Stobaum, Serm. CCXXXVII.
(21) Pliilarch. , de Fortiinà Alexandri , lib. II , pag. 334. Je me sers de la version rf'Amiot.
(32) Plut., de vitioso Piidote, pag. 53i. Je tnc sers de la même traduction,
(j3) Fojei l'arlicle VAVKkr ,rsmarijue (F).
ARCHÉLAUS.
laissât la gloire de donner de son propre rnoui'ement {"x^).
(F) On ne s'accorde pas sur les circonstances de sa mort, ni sur la durée de son règne."} Les uns disent qu'étant à la chasse il fut blesse par Cratérus son favori , et c^u'il mourut de cette blessure j et ils ajoutent que Cratérus fit cela innocemment , et par me'garde (aS). Les autres disent qu'il fut tué par des conjurés que Decamnichus poussa à ce parricide (26).
Quinte-Curce favorise cette dernière opinion. Quisproauum hujus Alexandrum, dit-il (27) , quis deindè Archelaiiin , quis Perdiccam , occisos idtus est ? J'en dirai davantage dans la remarque suivante. Quant à la durée de son règne , quelques-uns la font de vingt-quatre ans (28^, d'autres de seize (ag) d'autres de quatorse (3o) , et d'autres de sept (3r). Ce dernier sentiment me paraît être le bon : c'est celui de Dlodore de Sicile; et je m'étonne que Calvisius cite cet historien , après avoir dit qu'Archélaiis régna seize ans (Sa). Un passage d'Athéuée mal entendu a causé cent brouilleries.
Nous lisons dans les éditions de cet auteur , que Périclès et Perdiccas moururent la 3*. année de la guerre du Péloponnèse, et qu'aussitôt Archélaiis monta sur le trône (33). Il est impossible qu'Athénée ait dit cela ; car son but est de convaincre Platon d'avoir commis une bévue ; Platon , dis-je,qui, dans le même dialogue où il suppose qu'Archélaiis règne , assure qu'il n'y avait que fort peu de temps que Périclès était mort. Il est clair que son censeur se rend ridicule, et f[u'il ne sait ce qu'il dit , s'il avance ee que nous lisons dans ses livres imprimés. Casaubon n'a nul-
(24) Pellisson, Hist. de l'Académie Franc., pag. 278.
(25) Diod..sicuius, ub. xir, c. xxxvin.
Je cUerai ses paroles dans la dernière remarque .
(26) Arist. , de Repub., lib. V, cap. X. Tai cité ses paroles dans la remarque (N) de l'article
rf'EoRIPlDE.
(27) Quint. Curtlus , Ub. VI , cap. XI.
(28) Euseb. , in Chron. , num. i585. Helvicnt embrasse cette, opinion.
(29) Calvisius, ad ann, mundi 3534.
(30) Pelav. Rationar. Tempor., part. II , lib. II, subfin. ex Dexippo.
(30 biod. siciii. , lib. xir, c. xxxviii.
(32) Calvis., ad annum mundi 355o , pag. i56, col. ■> .
(33) AlUen., Ub. r,cap. XyiII,pag. 117. E.
lement tort de trouver étrange que ceux qui ont traduit Athénée , ne se soient pas aperçus d'une absurdité si visible, et qu'ils aient eu un estomac à digérer un si dur morceau ; Cuni hœc clarissimè disputentur ab Athenœo, quis inlerpretum stoinacho non infideat qui vulgatam loci hujus scripluram adeà iùç-ayâ.X'^ç tulcr rint (34) ? Pour lui il s'en reconnaît incapable ; et, malgré tous les manuscrits , il soutient que les copistes d'Athénée ont oublié là une période.
Il me semble qu'il devine très-heureusement ce que l'auteur avait dit. C'est qu'Alexandre , roi de Macédoine , qui mourut au même temps que Périclès, eftt pour successeur Perdiccas , qui régna jusqu'à l'archonlat de Callias , et que Perdiccas étant mort sous cet archonte, son trône fut occupé par Arrhélaiis. En ce cas-là , Athénée ne critique point sans quelque apparence le discours de Platon j car il y a un intervalle considérable entre la mort de Périclès et le règne d'Archélaiis. Notez , en passant , que Casaubon a répondu à cette censure (35) ; mais surtout prenez bien garde que Diodore de Sicile, donnant sept années de règne à Archélaiis , met sa mort sous l'archontat d'Aristocrate , la a**, année de la gS*. olympiade. Son règne commença donc la 3'. année de l'olympiade g3 , sous l'archonte Callias. Il faut donc dire que Perdiccas mourut sous le même archonte. Or parmi les diverses opinions qui avaient couru sur la durée du règne de ce Perdiccas , celle de Marsyas et de Philocorus , qui la fixèrent à vingt-trois ans, fut choisie par Athénée en raisonnant contre Platon ; il faut donc qu'il ait établi que ce Perdiccas monta sur le trône la même année que Périclès décéda , c'est-à-dire l'an 4 de la 87^. olympiade. Tout cela confirme avec tant de force le sentiment de Casaubon , qu'au lieu de dire que sa conjecture est vraisemblable, l'on doit assurer sans aucune hésitation , que la période qu'il restitue avait coulé efl'ectivement de la plume d'Athénée : et comme elle contient deux ou trois fois les mêmes paroles à la fin d'un sens complet,
(34) Casaubon. , in Atben. , pag. 384t
(35) Idem , ibid. , pag. 385.
264 ARCHÉLAUS.
Ton comprencî facilement que les co- passage à Diodore de Sicile ; et, sur ce pistes l'ont sautée, pt que les lecteurs pied-là, il le censure d'un anachrom'ont point senti qu'il manquait là nisme de trois ans. C'est qu'il suppose
quelque attention , ou quelque retour sur ce qui précède. En tout cas , ils se contentent de dire, ceci est obscur, ce'a me passe ; mais il n'arrive de là aurim remède ; la faute demeure toujours où el'e était. Les critiques, et principalemeni les critiques traducteurs, n'en usent pas de la sorte. Ils
dicras était en vie l'an i6 de la guerre du Péloponnèse (38). Mais, de plus, il a ignoré que les paroles qu'il attribue à Diodore de Sicile , sont d'Athénée:
il a ignoré que ces paroles d'Athénée sont corromi)ucs ; il ne s'est point aperçu qu'elles sont tronquées, et qu'il les fallait rétablir de la manière
s'aperçoivent des fautes desens et ils que Casaubon les a rétablies. Notez
en cherchent la correction ; ils comparent ensemble des manuscrits , ils fout valoir les conjectures de leur génie. Mais dans cet endroit d'Athénée, comme Casaubonle leur reproche, leur goût fut fort émonssé.
Le grand Scaliger nous sera ici une preu.e que les lumières des plus sa- Tans personnages sont quelquefois très-bornées. Il n'a point connu l'erreur visible de l'auteur qu'il commentait et qu'il critiquait, et il a pris celte erreur pour le fondement d'une censure contre Diodore de Sicile , à
que Saumaise adopte comme une bonne chronologie celle qui met la mort de Perdiccas, et le commencement du règne d'Archélaiis , à l'an 4 de la 87*. olympiade (39) : ilignorait donc certaines choses que Casaubon lui eût pu fournir 5 mais notez encore plus soigneusement qu'on peut éluder, ou même bien réfuter, par une interprétation favorable , l'un des points de ma critique de Scaliger.
J'ai dit qu'il a censuré Diodore de Sicile, et je me suis fondé sur ces paroles : Dlodoro erfço prochronismus
qui il impute des paroles qui ne se J^werif trte««u(4o). Elles sont à la suite
trouvent que dans Athénée. Développons cela. Eusèbe a rangé trois choses sous lapremière année de la 87*. olympiade : la mort de Perdiccas , le commencement du règne d'Archélaiis, et le commencement de la guerre du Péloponnèse. Scaliger lui passe cela , et se contente d'observer qu'on met ordinairement la première année de cette guerre sous la seconde année de l'olympiade 87 , parce que la rupture s'étant faite vers la fin de l'archontat de Pythodore , l'on a cru qu'il fallaitdater del'archontat d'Euthydème (36), successeur de Pythodore (37J. Suivant cet usage, il avoue que l'an mortuaire de Périclès est le 4 de l'olympiade 87 , et le 3 de la guerre du Péloponnèse ; et il cite un passage grec, qui porte qu'en la même année que Périclès décéda , Perdiccas roi de Macédoine mourut , et Archélaiis monta sur le trône. Il attribue ce
(36) // appartient à la ■2". année de Volrmpiade T.XXXVII.
(37) Scaliger, Ânimadv. ia Ensebinm, num. i585 , pag. 106.
du passage grec , faussement attribué par Scaliger à cet auteur, et où l'on trouve que Perdiccas e'tant mort la troisième année de la guerre du Péloponnèse , Archélaiis lui succéda.
Or parce qu'Eusèbe assure qu'Archélaiis monta sur le trône la première année de la guerre du Péloponnèse , l'on peut prétendre que Scaliger n'a voulu dire autre chose , sinon que la doctrine d'Eusèbe contient un anachronisme d'anticipation de trois années , selon Diodore de Sicile. Si c'est son vrai sens , il n'a point blâmé ce dernier historien j il s'est contenté de se tenir dans la suspension , ne décidant rien, ni pour lui, ni pour Eusèbe. Je serai ravi que l'on prenne garde à cette espèce de rétractation . Un critique, qui se prévaut d'une expression équivoque, ne doit point omettre le sens favorable. Il motatre par ce
(38) Thiicydlclcs , Uh. VI, pag. 34i.
(3q) Salmasius, Exercilat. Plin., pas, i56 ,
(4o) Scaliger , Animadv. ia Eusebium , num, l585 , png. 106.
ÀRCHÉLAUS.
moyen ce que l'on peut dire pour et contre les auteurs : il soutient successivement le personnage d'un avocat demandeur, et d'un avocat défendeur.
(G) Il est iraisemblable qu'Archélaiis ai'ait mené une: vie impure , qui le fit périr.\ Aristote ayant dit que plusieurs conspirations out été faites contre des monarque^, à cause de leurs impudicltc's , allègue tout aussitôt l'attentat de Crateiis (40- Cet liomme ne pouvait difjerer le de'shon^ neur qu'Archélaùs lui faisait, en assouvissant sur lui la brutalité' de ses amours : ainsi une autre offense, qui n'eAt pas donné un prétexte légitime de conspirer , se joignant à celle-là , il résolut de se défaire de son maître. Cette autre offense fut que le roi , lui ayant promis l'une de ses filles, maria pourtant l'aînée au roi d'Elimée , et la cadette au fils d'Amjntas. La politique fut cause de ce manquement de parole. Se trouvant embarrassé de la guerre qu'il faisait à Sirras et à Arrabeùs , il voulut gagner le roi d'Elimée. Craignant d'ailleurs que le fils d'Amyntas n'excit.lt des troubles, il en fit son gendie , et il espéra que cette alliance maintiendrait l'union entre eux, et aurait le même effet 4juant au fils deCléopâtre. Crateiis fit éclater alors son ressentiment; mais la source de sa haine venait de l'injure qu il recevait en son corps : AAxà Tiïç yi àxxoTpioTXToç CiTr'ïifX^'' '*pAl*' ''■^
;t*p>v (42). Sed alienationis origo et principiuni fuit quod graviter tulisset se ejus libidini ad res venereas fuisse ohseculum. Hellanocrate de Larisse se joignit à lui dans cette conspiration , par de semblables motifs ; car ayant abandonné aux passions d'Archélaiis la fleur de sesjeunes ans , et ne vo3'ant pas que cela lui procurât d'être rappelé de son exil , comme ce prince le lui avait fait espéi er , il conclut qu'on s'était servi de sa personne, non par Hn effet d'amour, mais afin de le flétrir.Ai' hSfllI Ketl où cTl' if,a)Tl>itt\i TTSuyiccv «cêTo ilva.1 Tiiv y ly IV n/jt-iinv 'ofxtxia,v (43j. Consuetudinern illam secum esse iiistitutam , non propter cupidilalein amaioriam, sed propter contumeliain
(4i) Arist. , de Rcpub., Ub. F, cap. X, fiag. 3o.'i.
(4') Idem, ibidfin.
(43j Idem , ibidem.
existimni'it. Notez que Pliitarque nous apprend que Crateiis , le mignon d'Arcliélaiïs,iuaceprince(44)' Platon nous apprend la même chose , sans nommer cet assassin et ce bardache ; mais il dit que le meurtrier ne se porta à cet attentat que pour s'emparer de la couronne , et qu'elle lui fut ôtée trois ou quatre jours après, par d'autres conspirateurs (45). Je m'étonne que Diodore de Sicile ait rapporté d'une manière si différente de celle-là la mort de ce roi de Macédoine, et ses suites. Il est vraisemblable que Platon et Aristote , plus voisins du temps et du lieu où ces choses arrivèrent , les connaissaient mieux que lui.
J'ai observé quelques fautes dans le Commentaire de Gifanius sur ce passage d'Aristote. 1°. Cet auteur assure que Suidas a rapporté dans l'article d'Euripide que Cratevas ôta la vie au roi Arcbélaiis son amant (46). Cela n'est pas vrai : Suidas ne parle de Cratevas que comme d'un poète qui, de concert avec Arrhideiis, autre poè'te, machina la mort d'Euripide.
2". Au lieu de dire que Plutarque in A Icihiade posteriore, et Platont'/? Commentario de relus amatoriis , ont parlé du meurtre d'Archélaiis (47) » il fallait donner à Platon V Alcibiades posterior , et à Plutarque le Commentaire de rébus amatoriis. 3°. Il n'est point vrai que Thucydide , au IV®.
livre , fasse mention de la guerre d'Archélaiis contre SirrasetArribœus(^S)'il ne parle que de la guerre que le roi Perdiccas et Brasidas firent à Arrhibéus, roi des Macédoniens Lyncesles.
4° 11 est faux que Suidas ait mis Arrhibéus au nombre des conspirateurs contre la vie d'Archélaiis : il dit seulement que le poète Cratevas fut secondé par un autre poè'te nommé Arrhidéus , pour faire périr Euripide.
5°. , Il ne fallait pas nommer roi d'Eiibée (49) , mais roi d'Elimée , le premier gendre d'Archélaiis.
(44) Plutarch. , in Amatorio , pag. "jCS , F.
(45) Plato , iii AIriblade posterlore pag. 453, 454;^liani Var. Hist. , l,b. VIII, cap. IX.
(46) Obrrius Cifan. , in cap. X , lib. V Politir. Aristol. , ]iag. (J69.
r47) Idem, ibid.
(4S) De hoc bello Aicfielai adversum Sirram et- ^rrihaeum..- i'ideatur Thucyd. . Itb. IV. Gisanius , in Politic. Aiistot. , lib. V, cap. X, pas- CtCg.
(^2) Idem , ibidem.
ARCHÉLAUS.
(l])P^oici quelques observations contre le Mnreri.'] i". 11 est faux qu'Archclaiis ait succédé à Perdiccas Van 364 1 du monde; car, selon Morcri , cette année du naonde répond à l'an 35i de Rome. Or cette année de RoQie repond à la 2«". année de la 94". oljmpiade ; et nous avons vu ci -dessus qu'il faut, selon Diodore de Sicile, qu'Archélaiis ait commencé de régner la y. année de la 98*. olympiade. 3°. Il n'est pas vrai que Justin parle de notre Archélaùs : celui dont il fait mention était oncle d'AIexandre-le-Grand , et n'a jamais été roi.
On ne devait donc pas s'étonner qu'il ne parle pas du temps de son rè^ne.
3°. Il n'est pas vrai qu'il le mette entre les fils que Perdiccas eut d' Eurydice : il le met entre les fils d'Amyntas et de Gygée; d'Amyntas , dis-je , père de Philippe, et grand-père d'Aîexandre-le- Grand. 4°- Ni ce que Justin a dit, ni ce qu'il a oublié, ne sont point des marques qu'on ait confondu Arehélaiis le grand-père avec Archélaiis le petit-fils ^ car il n'a parlé que d'un Arehélaiis qui n'était point petitfils du nôtre. 5°. C'est une étrange faute que de placer sous l'olympiade 1 17 la mort de notre Archélaùs , et de faire correspondre cette olympiade à l'an 363 de Rome. 6°. Il ne fallait pas assurer que l'Archélaiis qui régna après Oreste était son fils, et le petitfils d'Archélaùs; car outre qu'Eusèbe n'est guère suivi à l'égard de cet Arehélaiis, second du nom, il ne marque nul degré de parenté. Ce qui suit concerne Je Supplément de Moréri. On y trouve que Socrate ne uoulut point approcher Arehélaiis , a cause de sa tyrannie et de ses inhumanités. Comptons cela pour la 7". méprise 5 car nous avons vu ci-dessus (5o) que ce ne fut point la raison qui empêcha ce philosophe d'aller à la cour de Macédoine. La 8''. faute est d'imputer à Thucydide, et à Diodore de Sicile , d'avoir dit qu'Euripide, étant prié de faire quelque tragédie sur le sujet d'Archélaùs, s'en excusa, pour ne pas dépeindre les cruautés de ce tyran. Il est bien certain que Thucydide , ni Diodore de Sicile, ne disent rien de semblable^ et je ne crois pas qu'aucun bon auteur parmi les anciens ait tou-
(5o) Dans la remarque (C).
ché cela. Un prince demande-t-il des tragédies sur son sujet ? Un poète de cour ne peut-il pas faire des tragédies agréables à son maître, en mettant à part les cruautés de ce maître? 9°. Le favori qui tua Archélaùs se nomme Cratérus dans Diodore de Sicile (5i) :
c'est donc le nom qu'il eût fallu lui donner, et non pas celui de Crateus , ou de Cratewas , puis qu'on ne cite pour cela que Diodore de Sicile. iO°. La même raison me fait soutenir qu'on n'a pas dli débiter qv^Ufit une conspiration contre Archélaùs , et qu'il le tua, pour se venger d'un manquement de parole. Le continuateur de Moréri conte qu'Archélaùs promit sa fiile à ce favori , et la donna à un autre. Puisqu'il ne cite que Thucydide et Diodore de Sicile , dont le premier n'a pas dit un mot de cela , et le dernier 3 rapporté que le favori blessa son maître par mégarde (S^), il mérite un peu de censure; carjcconviens que , s'il eût cité Aristote , il eût été hors d'aflaire. Voyez la remarque précédente. 11*. Diodore qu'il cite nomme Orestes celui qui régna après Archélaùs (53) : pourquoi donc nous vient-on dire que ce prince eut un fils de même nom qui lui succéda? 12°. Cet historien ajoute qu'Orestes était dans l'enfance, et qu'il fut tué par son tuteur TErope , qui régna ensuite six ans. Pourquoi donc lui fait-on dire qu'Archélaùs II, fils d'Archélaùs !*■'., succéda à son père , et ne régna que quatre ans, et fut tué à la chasse par Cratérus l'un de ses con/îdens , lequel s'empara ensuite de la couronne, mais il n'en jouit que trois jours? Autant de paroles , autant de fautes.
(5i)Diod.Siciil., W. X/r, cap. XXXFII.
(52) 'ApXi>-t-'>^ ô /ia.a-tKivç h Tivi xuvMyio) TTXnyiU à-KOVcrlmi vtto KpefTipoi/ Tûw ipaijuhou. archélaùs rex venalioni indulgens a Cralero quem in deliciis habebat imprttdenler saucinlun. Diodor. Sicalus , lib. XIV , cap.
(53, Idem , ibidem.
ArxCHÉLAUS, roi de Cajîpadoce , au temps d'Auguste, était arrière-petit- fils d' Archélaùs , Cappadocieii de nation («), général d'armée en Grèce pour Mi-
(a) Plularch. , in Syllâ , pag. 466 , C.
ARCHÉLAUS.
thridate contre Sylla. Ce général , eut deux qui s'était tant signalé à la défense du Pirée (Z») , abandonna le parti de Mithridate dans la seconde guerre , et prit celui des Romains. Il laissa un fils noinmé comme lui Archélaus qui , sur la nouvelle que les Romains allaient attaquer les Parthes , se rendit auprès de Gabinius , gou-
garçons , dont l'un s'appelait Sisinna , et l'autre s'appelait Archélaiis. Le premier disputa le royaume de Cappa— doce à Ariarathes , qui le possédait. Marc Antoine fut juge de ce différent , l'an 7 1 3 de Rome , et le termina selon les désirs de Sisinna {h). Le beau sexe avait trop de pouvoir sur lui , et Gla-
verneur de Syrie , pour avoir phyra était une trop belle fein- 2>art à l'expédition (c). Le sénat me , pour que le procès eût une changea de dessein : l'armée de autre issue. H y a des historiens Gabinius fut destinée au réta- qui la traitent de courtisane (i) : blissement du roi d'Egypte (d) , c'est le moyen de faire beaucoup qui avait imploré l'assistance du mieux comprendre pourquoi peuple romain , pour recouvrer Marc Antoine jugea si favorable-
la couronne sur sa propre fille Bérénice. Archélaiis accompagna Gabinius dans cette guerre; mais il le quitta pour s'en aller à Alexandrie , ou il épousa Bérénice (A). Il ne posséda pas longtemps la couronne qu'il acquit par ce mariage ; car il perdit la vie au bout de six mois (e) , dans un combat contre les troupes de Gabinius , l'an de Rome 6q8 (B). Il avait obtenu de Pompée une dignité fort honorable (C) :
c'était le pontificat de Comane dans la Cappadoce {J'). Son fils Archélaus la posséda après lui (g), jusqu'à ce que César la lui eût ôtée , l'an 707 de Rome, pour la donner à im autre (D).
On ignore la suite de ses aventures ; mais on sait qu'il fut marié à une très-belle femme , nommée Glaphyra , et qu'il en
(b) Appian. , in Mitliridat. f^oyes la dernière remarque.
(c) Strabo, lib. XII, pag. 384, et lib. XVII , pag. 547. Dio , lib. XXXIX.
(d) Il s'appelait Plolome'e Quiètes.
(e) Straho, lib. Xril , pag. 547.
(/) Idem, lib. XII, pag. 3^.
(j^) Idem, iùid.
ment pour Sisinna : mais quelque vraisemblance qu'il y ait dans ces médisances , il ne serait pas impossible que l'amitié de Marc «Antoine pour cet Archélaiis qui épousa Bérénice (k) l'eût fait agir. On ne sait point ce que Sisinna devint : on sait seulement qu'Ariarathes remonta sur le trône de Cappadoce ; car il fallut que Marc Antoine l'en chassât l'an 7 1 8 de Rome : et alors il conféra ce royaume à Archélaus , autre fils de Glaphyra (Z). C'est celui qui paraît à la tête de cet article. Il devint fort puissant (m) , et il témoigna sa reconnaissance à Marc Antoine son bienfaiteur, en lui amenant de bonnes troupes durant la guerre Actiaque («). Il fut si heureux , que cela ne le mit point mal dans l'esprit d'Auguste : on le laissa possesseur de la Cappadoce, et il fut presque le
(Jt) Appian. , lib. KBelli civilis, pag. 675.
(i) Voyez l'article Glaphyra.
Qi) Plutarclius, in Antonio , pag. 917.
(/) Dio , lib. XLIX, pag. 46 j.
(ni) Voyez la remarque (L) , à la fin.
yii) Plutarclius, in Aalooio, y?^^'. 9^4'
ARCHÉLAUS.
seul h qui l'on fit de pareilles grâces (o). Il aida Tibère, l'an '^34 5 à rétablir Tigranes dans l'Arménie (/?), et il obtint d'Auguste la petite Arménie , et une bonne partie de la Cilicie (q). Il établit sa résidence dans l'île d'Éleuse (E) , proche de la côte de Cilicie; et s'étant marié avec Pythodoris , veuve dePolémon, roi du Pont, il augmenta considérablement sa puissance ; car, comme les fils de Polémon n'étaient encore que des enfans , il eut sans doute l'administration de leur royaume conjointement avec leur mère (F).
II se signala d'une manière éclatante à faire sa cour à Gains César , envoyé dans l'Orient par Auguste son grand-père (/'). Cela lui fut très-funeste dans la suite (G) : car Tibère , se souvenant qu'il n'avait reçu aucune civilité de lui pendant son séjour à Rhodes , et qu'au contraire Caïus César en avait reçu mille honneurs , s'en voulut venger dès qu'il se vit maître de Rome ; et pour cet effet , il le cita , et lui donna le sénat pour juge (H) des accusations qu'on aurait à lui intenter. L'âge , la goutte , et plus que tout cela l'indignité du traitement , le firent bientôt mourir (I) , encore que le sénat n'eût rien prononcé contre lui.
On croit qu'il évita l'arrêt du sénat , en faisant semblant d'extravaguer (K). Il mourut l'an de Rome 770 , le 52*. de son règne,
(o) Dio, lib. LT , initia.
(p) Josophus , Ântiquitales , lib. XV , cap. V .
{q) Dio, lih. Liy , ad ann. jS/j- f'ide riiiini Siraboncm, lib. XII, pag, 068 Cl 382, fllih.Xir, pag.li6i.
(r) L'an de Rome 753.
après quoi la Cappadoce fut réduite en province (L). On se vantait d'une très-ancienne et très-glorieuse race dans sa maison (M). Nous dirons dans l'article de Glaphyra quelque chose de ses descendans. Il n'est pas hors d'apparence qu'il ait composé des livres (N). L'adresse dont il se servit pour apaiser l'indignation farouche d'Hérode envers Alexandre son fils , témoigne qu'il savait faire des tours de maître {s). Quelquesuns l'ont confondu avec Archélaiis fils d'Hérode (0). Je n'ai point trouvé qu'Eutrope dise ce qu'un auteur moderne lui impute; savoir qu'Archélaiis légua son rayaume , en mourant , au peuple romain , et que ce fut sur ce titre que la Cappadoce fut réduite en province {t). M. de Tillemont pouvait être très-assuré d'une chose dont il doute (m) ; c'est que le même Archélaiis , qui était roi de Cappadoce , obtint par la faveur d'Auguste une partie de la Cilicie, et l'Arménie mineure. M. Moréri a fait plusieurs péchés d'omission dans cet article. Son continuateur n'en a fait qu'un de commission; mais qui en vaut quatre , tant il est énorme (P). On verra ce que c'est dans la dernière remarque de cet article.
(s) Joseph. Antiquit., lib. XVI, cap. XII, et de Bello Judaico , lib. I , cap. XVII.
[t) Noldius, de Vitâ et Geslis Herodum ,
{il) Histoire des Empereurs, tome I ,pag.
(A) Il épousa Bérénice.'] Nous ferons un article de cette princesse , où nous examinerons si le père Noris a dû dire qu'elle attira Archelaiis , en lui promettant de l'epouscr.
(B) Il perdit la fie dans un combat
ARCHÉLAUS.
«ontre les troupes de Gahinius , l'an de Rnnie 698.] Ceci ne s'accorde point avec le XVli*. livre de Strabon , où on lit qnePtolomée , ayant été rétabli dans son royaume, fit mourir sa fille, et son gendre Arcbélaiis. Je ferai voir, dans l'article de Bérénice, que Strabon s'est trompé là , et qu'il s'est même contredit. Comptez à coup sur pour une faute de Moréri ces paroles : Plolomée, ayant été rétabli en 699 , fit mourir Arcbélaiis et Bérénice.
(C) Il obtint de Pompée une dignité fort honorable. ] Le père Noris prétend que le pontife de Comane était souverain du lieu. Hune ^rchelaitrn , dit-il (j) , Pompeius sacerdoteni Bellonœ ac Comanoruni principem ( utraque enini dignitas unh eideinque con- Jerebatur) constituerai , cuivis Dynastie parem opibus, ex Appiano inMiihridat , pag- "i^'z- Nous examinerons en un antre lieu (a) s'il a raison,
(D) César ota cette dignité au fils d' Archélaûs , pour la donner a un autre.'} Hirtius raconte que César disposa de ce bénéfice enfaveur de Nicomèdes qui alléguait de fort justes prétentions : Id homini nobilissimo JYicomedi Biihynio adjudicai'it , qui regio Cappndocuni génère ortus , propter adi>ersain fortunam majorunt suoruni mutationemque generis jure minime dubio , fetustate tamen intermisso , sacerdotium id repetebat (3). Le père Noris assure que César conféra cette dignité à Lycomèdes , après avoir vaincu Pbarnaces ; mais tous ceux qui consulteront Hirtius verront aisément que ce fut avant le combat. Quant au nom de Lycomèdes , on le voit dans les éditions de Strabon f4). Il est certain aussi que l'on voit dans Dion un Lycomède dépouillé de ses états par Auguste, après la fuite de Marc Antoine (5) , et qu'il pourrait bien être celui que César éleva au pontificat de Comane ; car il régnait dans une partie de la Cappadnce On en fera ce qu'on voudra. L'épithète de Bitbynien , dont Hirtius s'est servi , favorise plus la leçon de Nicomèdes (6) que celle de Lycomèdes.
(i) Noris, Cenotapti. Pisana , ■pag. ^55.
(2) Dans l'article Comane.
(3) Hlrtiiis, de Bello Alexandriuo pag. Iii6. (4)£.6. X//,pa?. 384.
{5i Dio, lib. LI , inu.
fG) C'est celle des éditions (i'Appien in Màt>rtd*t., mbjin.
(E) Il établit sa résidence dans l'île d'Eleuse.'JC^cst ce que Strabon et Josephe nous apprennent : Post Corycum JLleusa insula est continenti propinqua. JEani Arclielaiis condidit ac réglant sibi fecit , riim tntam asptrani Ciliciani, excepta Seleucid, eiset nactus (7). Josepbe remarque qu'Hérode , ayant abordé à Éltfuse dans la Cilicie , y trouva Archélaiis , roi de Cappadoce (8j. C'est là que les envoyés d'Hérode eurent ordre de porter la lettre qu'il écrivait à Arcliélaiis (9). Cet historien observe (ju'Eleuse s'apjielait Sebaste(\o). Ne serait-ce point Arcbélaiis qui , pour faire sa cour à Auguste , aurait fait ce changement de nom ?
(F) // eut sans doute l'administration du royaume de Pont. ] Le père Noris l'afErme rondement et absolument (11) : j'ai mieux aimé employer une expression qui signifiât, non pas qu'on trouve ce fait dans les anciens livres; mais qu'on le doit juger tiès-conforme aux apparences. Ce qui m'a porté à me servir de ce petit ménagement est de voir que Strabon ne dit autre chose , si ce n'est (|ue Pytlîodoris demeura avec son mari Archélaiis pendant qu'il vécut : Aur» Si a-vveenria-iv 'Ap^êAotû) , Ka,i a-wî/u-nvn sxï(va) //.ê;tf' ''■^'''"^î ('2). Jpsi Archelao nupsit , et cum eo dum is in uit^is permansit vitam exegit. Elle savait commander : il ne serait donc pas impossible qu'elle eût voulu gouverner seule les états de ses enfans : Ti/v») <rai^pa)v Ka.1 Suta-Tn vrpoiç'a.a-Ôiti TTfo.yiji.i.'Toet (i3) , prudens mulier et prœesse rébus gnara.
(G) Ses soins pour C. César lui decinrent très-funestes dans la suite. ] J'ai déjà remarqué plus d'une fois que tel qu'on méprise est destiné par la Providence à une haute fortune (i4) : malheur alors à ceux qui l'ont méprisé. Peu de gens sont aussi équitables que Louis XII , qui disait qu'un
(7) .Strabo, lib. XIV, pag. 461.
(8) Joseph., Antiqiiit. , lib. XVI, cap. VIII, (g) Idem, ibidem , cap. XVI.
(10) Idem, ibidem, cap. VIII.
(11) Noris, Ceaolaph. Pisana, pag. 227. Il ne cite personne.
(12) Strabo , lib. XII, pag. 383.
(i3) Idem, ibidem, pag. 382.
(i4) Voyei la fin du texte et la remarque (B j de Varticle «i'Aroi.i.ODORE V architecte .
ARCHELAUS.
roi de France ne devait pas venger les injures faites au duc (î'Orleans. Notre Archélaùs agissait selon les lumières de la politique : il savait qu'Auguste aimait tendrement son petit-fils j et, selon toutes les apparences, ce jeune prince devait succéder à son aïeul.
Tibère , dans l'île de Rliodes , était dans une espèce de disgrâce , (jui ne lui pre'sageait point l'empire. Archëlaiis croyait ne hasarder rien en le négligeant , et on l'avertit même qu'il secommettrait en cultivant cette amitié. Il crut que tons les honneurs qu'il rendait àCaïusCésarseraientun fonds assuré de biens et de récompenses pour toute sa vie. Il se trompa : il ne connut pas assez l'habileté de Livie à débarrasser pour son fils le chemin du trône. Caïus , et son frère , ne vécurent pas long-temps : elle en savait apparemment la raison. Après tout, la plus fine politique est le plus souvent de ménager , lors même qu'ils sont en disgrâce , tous ceux qu'on voit dans la route du grand pouvotr (i5).
Apportons les autorités qui nous apprennent le ressentiment de Tibère :
Rex Archélaùs , c'est Tacite qui parle (16), quinquagesimum annum Cappadocia potiebalur , int^isus Tibeiio qubd eum Rhocli ngentem nullo o/Jicio cnluisset : nec id Archélaùs per superbiam omiserat , seJ ab inlimis Aui^usti monilus , quiajlorente Caio Cœsare , missoque ad res Orientis intuta Tiberii amicilia credebatur. Dion dit à peu près la même chose : Tiberius Cappadociœ Regem Archelaum , in- J'ensus ei quia chm ollm sibi is supplicdsstl, suoque patrocinin usus, cùm ab incolis apud Augustum accusaretur , fuisset, Rliodise neglexisset, ad Caium in Asiam fenientem ojfficiosè coluisset , insimulatum quasi nouis rébus studeret , ei^ocat'it Roniam (17). Nous apprenons de ce passage que Tibère se plaignaitnon-seuleraent de l'incivilité d'Archélaiis , mais aussi de son ingratitude. La circonstance du lieu pouvait encore aigrir l'empereur ^ car l'île d'Éleuse , résidence d'Archélaiis , n'était éloignée de Rhodes que de quinze mille pas (18).
(i5) PoMPOHios Atticdj se trouva bien d'une semblable conduite. Vofei la remarque (A) de son articl".
(iCijTacit., Annalium lib. II, cap. XLII-
(,-) DiO, lib. LVII.
(i8)Slr«bo, lib. XIK, pag. 448.
(H) Tibère le cita, et lui donna le sénat pour juge. ] C'est Dion qui le rapporte : Insimulatum quasi nouis rébus studeret, ev'ocai'it Romam , ac Senatdsjudicio tradidit (19). C'était donc d'un crime d'état que l'on l'accusait.
Tacite ne semble pas donner là : il insinue fort clairement queTibère eut la bonne foi de ne se plaindre que de l'incivilité d'Archélaiis, et qu'il lui fit espérer que par sa présence et par ses prières, il pourrait obtenir pardon :
Ut %'ersd Cœsarum sobole imperiuin adeptus est, elicit Archelaum matris litteris, quœ non dissimulatis ojj'ensio ■ nibus clementiam offerebat , si ad precandum uenirel (20). Cette bonne foi sur l'article des oflènses personnelles cachait un piège très -dangereux. Le roi de Cappadoce ne l'aperçut pas, ou n'osa agir en homme qui s'en fût aperçu. Il partit de la main pour se rendi'e à Rome, fut très-mal reçu de Tibère, et se vitpeu après mis en justice : Jlle ignarus doit , vel si intelligere crederetur vim mcluens , in urbem properat, exceptusque inimiti a principe , et mox accusatus in Senatu (21). Suétone n'a parlé qu'en gros de cette action de Tibère : Reges infestas suspectosque comminaùonibiis magis et querelis quam ui repressit : quosdam per blanàitias atque promissa extracD tos ad se non rcmisit , ut.... Archelaum Cappadoceni (22). Je ne sais si Archélaiis , malgré son âge , ne fut point tenter de remuer quelque chose après le décès d'Auguste 5 car il est j)arlé d'un de ses complots (28) , qui ne peut concerner que ce temps-là.
(1) L'âge , la goutte .... le firent bientôt mourir. 2 Continuons d'entendre Tacite : 3Iox accusatus in Senatu non ob criniina quœ fingebantur , sed angore , siniul J'essus senio , et quia regibus œqua neduni infima insotita sunt, fineni l'itœ spontè an faln implepïf. Cet historien ne sait si Archélaùs se fit mourir, ou s'il succomba sous le poids de son infortune ; mais on peut inférer de son récit que ce prince ne fut point condamné, et encore moins
(19) DIo , lib. LFII.
(20^ Tacil. , Annalium lib. II , cap. XLII.
(31) Idem , ibid.
(2î) Siietoo. , m Tiberio . cap. XXXFII. Voyez aussi Eutroi>ii lib. VII.
(î3) Philosir. , in Vitâ Apoll. , lib. I , cap. VU
ARCHELAUS. 271
puni de mort. Dion nous apprendra du f^ouvernement? Il serait diflîcile
plus de circonstances. d'e'claircir cela. Les anciens historiens
(K) On croit qu'il c^'Un l'arrêt du avaient tellement pour maxime de ne
sénat , en faisant semblant d'extrava- rapporter que le gros des choses qu'ils
ÇHC/-.] Dion assure qu'Archelaiis,acca- ne fournissent guère de lumières par
ble de sa vieillesse , passait pour un rapport à certains petits détails. Leur
homme qui radotait 5 qu'il avaitne'an- maxime est très-honne ; mais il y a
moins tout son bon sens , mais qu'il un art de specilîer les faits en peu de
contrefit le fou, parce qu'il ne V03'ait mots et en passant , qui serait d'un
que ce seul moyen de sauver sa vie grand usage si on le voulait , ou si on
(24); qn'avec tout cela, il aurait passe le savait pi-atiquer. Une histoire in-
le pas , si un faux témoin n'avait été folio , par le moyen de cet art , lève-
l'accuser de s'être servi de menaces, rait mille disputes, éclaircirait cent
et d'avoir dit que, quand il serait re- choses particulières , sans être plus
tourne' en son royaume, il montre- longue de cinquante pages,
rait à Tibère qu'il ne manquait point (L) Après sa mort , la Cappadoce
de vigueur. Cela fit rire, et détourna fut réduite en /rodVjce.] Velleius Pa-
Tibère du dessein de le faire mourir, terculus , Tacite, Dion et plusieurs
Il était si faible , si atténué , qu'il le autres l'assurent formellement (i5).
fallut porter en litière dans le sénat. Voici les propres termes des trois pre-
Dion ajoute que, pour le coup, Arche- raiers : Tib. Cœsar.,.. ut lias arniis
laiis évita la mort j mais qu'il mourut ith auctoritate Cappadociaju pnpulo
peu api'ès. Le teste de ma remarque H. jecit stipendianam (2G). liegnurtt
n'est point démenti par Dion j car si le inprnt^inciam redactum est (27). Pau-
faux témoin sauva la vie à Archoiaiis, lo post obiit ( Archelaïis ) ac indè
ce. ne fut qu'à cause qu'on jugea que Cappadocia quoque Romannruinjuris
les menaces dans un homme aussi con- effecla , equitique regenda data (28).
fisqué que lui étaient une preuve cer- Ce fut Germanicus qui exécuta cet
taine de délire , de radoterie , de re- ordre (29). Appien s'est donc bien
chute dans l'état d'enfance , etc. A trompé , lorsqu'il a dit que le royau-
ceci peut-on connaître que Xiphilin me de Cappadoce fut réduit en pro-
n'avait pas le goût fort bon. 11 a sup- vince sous Auguste (3o). Le père No-
primé la feinte folie d'Archélaiis. Or ris, quia relevé cette faute d'Appien,
c'est un fait qu'il fallait garder, quel- en a trouvé deux bien considérables
que court que l'on voulût être. David, dans Riccioli , l'une de généaloaie
brutus , et quelques autres se sont et l'autre de chronologie (3 1). Les pa-
utilement servis de cette feinte : j'en rôles qu'il rapporte de cet auteur sont
conviens j mais ce sont pourtant des celles-ci : Summoto Mithndate crea-
aventures singulières, et qu'un abré- tus est Cappadocum consensu aRo-
viateur doit retenir. N'oublions pas manis Ariobarzanes ; tandem Arche-
que Dion observe qu'Archélaiis avait lao pronepote mortuo Rnmœ consu-
été autrefois réellement fou , à telles libus C. Cœlio BuJ'o et L. Pomponio,
enseignes qu'Auguste lui avait donné ut ait Tacitus , id est annn 8J anle
un tuteur qui fut régent du royaume. Christuni , desiit regnare in Cappa-
Je ne sais si ce ne serait point en cette docid (*). Ces jiaroles ont tout l'air
rencontre qu'il eut recours à la protec- d'un passage mutilé: il n'est point
tion de Tibère. 11 y eut recours se rare que des imprimeurs sautent des voyant accusé par ses sujets ; mais ne
pourrait-il pas avoir été accusé de fo- (^S) Sirabo , Hb. XII, pag. 368. SuetoD. , in
lie, dans un temps qu'illui restait as- Tiber. ca;». XXXVII. Euirop. , Ub. ru,
sez de raison pour souhaiter qu on ne (.g^ p,j„c. , Ub. II, cap. XXXIX
le mit point en tutelle, et pour soute- (^.j Tacit. , Annal. , Ub. II . cnp. XUI.
nir que ses sujets par belle malice le (28) Dio, Ub. LFII, pag. 614.
voulaient faire passer pour incapable (atO Suet., m Calig., cap. /. Tacit. , Annal.
Ub. II, cap LVI.
(a4) M. Ae Tillement, Hi.stoire àe^ Kmpe- (3o) Appianus , /« Mllhridaiicis, pag. 244,
renrs, tom. I , pag. 107 , impute faussement à "/""» '^"'^ Cenot. Pisan. , pag. 241.
Dion d'at'inr dit qu ■liche'laù.s fut absous par le (3i)Noris, Crnot. Pisan., pag. 226.
sénat, en faisant semblant d'avoir perdu l'c>- (*) Kiccioli , Chron. Refomiat , tom. l , Ub-
prit. y , cap. IX, num. 5-
ARCHÉLAUS.
lif;nes tout entières. Quoi qu'il en soit , Archelaiis ne descendait point d'Aiiobarzane ^ voilà l'erreur ji;enéalogique de Riccioli j et le consulat de C. Cœlius Rufus et de L. Pomponius , sous lequel il mourut à Rome, tombe à l'an 17 de Jésus-Christ : voilà l'erreur de chronolof;ie. Strabon témoigne en termes formels qu'Arche'laiis n'e'tait point parent d'Ariobarzane : Ita rex ab Us factiis est Arlobarzanes , cujus in lertid stirpe genus dejecit. Exindè Archeltiûs ab ylntonio rex est constilutiis nulla affi- NiTATE ipsis conjunctus (Si). L'erreur que Noldius impute à Jornandes est bien différente de celle d'Appien. 11 veut que la Cappadoce soit devenue une province sous l'empereur Claude, et cela en vertu du testament d'Archélaiis (33). Au reste, les revenus de la Cappadoce étaient si considérables , lorsqu'Archélaiis mourut , que Tibère se crut en état , par l'acquisition qu'il en fit , de se passer de la moitié d'un impôt qu'il faisait lever : Regnum ( Archelai ) in provinciam redactum est , jruclibusque ejus lefari passe cenlesimœ uectigal professas Cœsar , ducenlesimani in pnslerum slatuit (3^ ). 11 soulagea même cette province , et n'en voulut pas tirer tout ce qu'elle avait fourn. au dernier roi (35).
(M) On se vantait d'une très-ancienne et très-glorieuse race dans sa maison. ] Glaphyra , fille du dernier Archélaûs , et femme d'Alexandre , fils d'Hérode , parlait souvent de la noblesse de sa maison , et se vantait de descendre de Temenus , du côté paternel, et de Darius, fils d'Hystaspes , du côté maternel (36).
(N) Il n'est pas hors d'apparence qu'il ait composé des livres. ] Pline nous fournit toute cette probabilité.
Il cite plusieurs fois Archelaiis , et l'on juge qu'en deux endroits il entend Archéîaùs roi de Cappadoce. Il lui donne cette qualité dans l'une de ces deux citations : Archelaiis qui reg-
(32) Strabo, lib. XII , pag. 273.
(33) Jornand. , de hegnor. et Terapor. Succession., pag. 0^5, apud Noldium, de Vilâ Hcrod., pag. 194.
04) Tacit. , Annal. , lih. II , cap. XLII. (ir.) Idem , ibid. , cap. LVI
(3.';) Idem , ibid. , cap. LVI.
(36) Josepb. , de Bellg Jud. ,
xrii.
lib. I , cap.
nat'it in Cnppadocid , dit-il (3^); et comme il s'agit là de certaines particularités (|ui concernent l'ambre, le père Hardouin ne doute pas qu'il ne faille entendre le même Archelaiis dans le chapitre 'VII du XXXVir.
livre de Pline , où un Archelaiis est cite touchant les propriétés d'une espèce de pierre précieuse (38). Il ne doute point non plus que cela ne soit tiré du livre de Lapidibus cité ])ar Plutarque (Sg). Je m'en rapporte à ce qui en est ; et , pour dire quelque chose de plus certain , j'indiquerai un endroit de Pline , où Archelaiis est compté parmi les rois qui ont écrit de l'agriculture (4o). J'ai parlé ci-dessus (4' ) d'un autre Archelaiis que Pline allègue souvent.
(0) On l'a confondu avec Archelaiis Jils d'Hérode. ] Le père Noris a convaincu Riccioli de cette faute (42).
Ce dernier auteur a prétendu que Tibère plaida pour Archelaiis devant Auguste , dans le procès qu'Archélaùs eut avec ses frères , touchant la succession d'Hérode , et il prétend le prouver par ce passage de Suétone : Civiliuni ojficiorum rudimentis Archelaum , Trallianos , et Thessnlos , varia quosque de causa , Auguslo cognoscente défendit (43) : et comme Velleius Paterculus lui apprend que Tibère quitta Rhodes pour retourner à Rome , l'an ^55 , il conclut qu'en cette année-là , et non pas en 75i ou plus tôt , Archélaûs fut fait ethnarque. Le père Noris lui montre par le passage de Dion , rapporté cidessus (44) , <iue les paroles de Suétone se doivent entendre d'Archélaùs roi de Cappadoce. 11 pouvait ajouter une instance qui ruine l'hypothèse de Riccioli, c'est que Tibère soutint la cause d'Archélaiis avant que d'aller à Rhodes. Cela est clair par les paroles de Dion , et se peut inférer manifestement de celles de Suétone , qui met le plaidoyer pour Archelaiis en tête
(37) Pllnius, lib. XXXVII, cap. III, pag.
(38) Harduin., in Indire Autor. Plinii. Voyez auiù Malincrot, Paralipom. , pa^. ^o\
(3ç)) Plut. , de rii.v.is, pag. ii53.
(4o)Plin., lib. XVIII, cap. III,pag.(f^o. (40 Dans la remarque (C) de l'arlicle A»- GHbLAUs le philosophe.
{42) Noris, Cenol. Pisan., pag. itfi,
(43) Suet. , in Tiberio , Cap. VIII.
(44) Ciiatiun (17).
ARCHÉLAUS.
de toutes les causes entreprises par Tibère , lorsqu'il fit , si j'ose parler ainsi , ses premières campagnes de robe longue : cii^ilium nfficioruni rudimenta. Torrenlius croit , tout comme Riccioli, que Sue'tone a voulu parler du grand procès d'Archélaiis fils d'Hërode , et il nous renvoie à Josèplic (45). Comment n'a-t-on point vu que Josèphe n'eût point iguore ce bon odice de Tibère , et qu'il en aurait liarle , s'il l'avait su ? J'ai e'té surpris que le père Noris , qui fait de si fréquentes et de si vigoureuses sorties sur le jésuite Salian , l'ait épargné en cette rencontre. Ce jésuite est tombé dans la même faute que Riccioli : il a censuré Casaubon d'avoir appliqué (46) le passage de Suétone à Archélaiis, roi de Cappadoce : il lui a représenté que la cause de ce prince fut agitée sous l'empire de Tibère j il a soutenu qu'il faut donc entendre ici Archélaiis fils d'Hérode ; et il a prouvé, par cette supposition, que Jésus-Christ demeura deux ans en Egypte : car , dit-il , Tibère n'était pas encore retourné à Rome l'an a de Jésus-Christ : il était pourtant à Home lorsque archélaiis disputa afec ses J'rères sur la succession d'Hérode , puisqu'il l'honora de saprotection (47)- Voilà comment on entasse faute sur faute , dès qu'on pose mal son fondement. Il est clair comme le jour que le roi de Cappadoce eut un procès devant Auguste , avant que Tibère se retirât dans l'île de Rhodes (48).
(P) Le continuateur de Moréri fait à l'occasion d'Archélaiis une faute énorme."] Il dit que Scylla ( c'est son orthographe), après avoir pris la ville d'Athènes , tua lui-même Archélaiis, général des troupes de Mithridate, au pied des autels , oit il s'était réfugié. On cite Aulu-Gelle, 1. XIV. Il est certain qu'Aulu-Gelle, au chapitre I'''. du XV^. livre , parle d'une chose dont le continuateur a fait mention , je veux dire d'un expédient employé par
(45) Torrent, in Sueton. , Tiber., ca;). VlII. il nous renvoie à ^vseb. , in Chron. tt Eccles. Hislor. ,W. /. ri À Josephe , Ântinuit. , lib. XFII,tap.XI.
(46) Comment, in Suelonium.
(47) Sallani Ann»les, in Scholiis, ad ann. 3 Chriflij nuin. ■;.
(48) Ko/M Noidios , de yitâ et Gestis Herodum , po^'. 194 , " seq.