‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 6 sur 113 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

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10 antea monitum , voZç KxQctftx Kxt a-npctTo; È^,w {//.(■}// 5 voç wstj-i, mens para ac sincera omnibus permixla (64 j. Je ne crois point ({ue Plutarque ait voulu parler d'aucun mélange de la nature divine avec les parties de la matière:

cela s'accorderait mal avec l'épithète xstÔApàç et a.Kpa.Toç , dont il venait de se servir, et par laquelle lia raarquéclairement qu'Anaxagoras croyait que Dieu est un esprit pur et simple , distinct et séparé de la matière. Sou sens est , à mon avis , que cet espi-it immatériel séparait les homoémeries mêlées avec tous les autres corps. Voilà comment il est dilîicile aux plus savans hommes, tel qu'a été Vossius, d'écrire beaucoup, et de prendre garde à toutes choses : l'attention les abandonnesouvent ; ils oublient en :inlieu ce qu'ils ont dit en un autre j il leur arrive même de ne pas trop s'accorder au commencement et à la fin d'une période.

J'ai une nouvelle raison de croire que Plutarque a voulu dii'e ce que je lui attribue; car, outre ce que je rapporterai de TertuUien (65), je vois dans Aristofe qu'Anaxagoras disait que 1 esprit qui avait mû la matière était exempt de tout mélange : nxi»

àpPl«'v '/« TO» vot/v riSiTcLi fAXXiç-a. Trij- Tajv* y-ôi-ji youy Cfvia-it ttùrot t£v ovtédy etirxoi/v êivcti, x.a,i dfAiyîi ts ko.! K*9a./iov. ' ATToSlJ'aiTt (T' àifti^at TH ac/Tit à-pX^y to ts ytv ce^xiiv x.a.] TO Kiviiv , Kîyaiv voZv xivîïî-at« To 7r2v (66\ f^erum mentent principium maxime omnium ponil ; soluni namque rerum omnium ipsam, simplicem et non mistam etpuram esse sinceramque dixit.

./Itque eident principio hœc utraque tribuit, cognitionem inquam et tnolunt, dicens unii^ersum mentem mouisse. Cela est encore plus clair dans les paroles suivantes: <^»:ri ÇAva.^a.yopttç) <r' iivst.1 fAifjityft.h A TrÂvrx, Trxiy Toû voû" toÛtûv (Tê ÀfAiynf fuitiay Jtcti KetSctpav. (67) -^it autem ( Anaxagoras ) omnia

(64) Idem, ibid., cap. II , pag. 12.

(t)5) Dans la remartjue CE).

(66) Arist. de Anima, lib. I, cap. II, pag. 47P , 13. yorez au^.^i le jf *. chapttre du III^. tiire, pag. 5o3, G , oit Von tiuwe qif Anaxagoras disait que l'Eniendetnent devait être pur de tout mélange , afin d'être maître- Af/.iyn {('va.! ïv* iipâ.Tt\, Tot/To <r' içiv, hetyvcDpil^it. JXon inifttim esse, ut superet atque vmcat , id est ut cognuscat,

(6',) Aristotel., MeUphyv, /(4. /, cap. VII, ^«3. 65 1 , E.

ANAXAGORAS

esse niista, inlelleclu excepta ; hune qui nialeriœ arùjicem adjurixerit. Que fera sotiini , imperndsluni et pwujii, veut-il donc dire, lorsque cinq pages Voici un témoignage de Pluhirque , après il censure Anaxagoras et Platon, qui nous apprend, d'une façon très- celui-là d'avoir attribué à Dieu le moumanifeste, qu' Anaxagoras donnait à vement tt l'arrangement des corps , Dieu la première production du mou- celui-ci de lui en avoir attribué l'arvcment et de l'ordre : 'O «Ts 'Avit|st7^o- rangement ? Leur erreur commune , LdLi (^wrt oèç iiçYiKH x*t" à.p;)cà.ç rÀtrcifxx- dit-il , est de penser que Dieu se soucie TdL vûSc Si ctÙToi SiiMa-fj.t\<ri 6êct/, ko-i tÀç des choses humaines , et qu'il a bâti un •vtvêO"«K Tœv é\aiv «7roi«cr£v. ô tTs nActTaiv monde pour cetejf'et. Koivâç oi;v â.[/.a.f-

TA à.Tâ.»Tû)c (Te Kivû!///£Vct. (Tio Kcti âïoc s^iç-ps^ô/ytêvov Tcùv ÀvSpaJ^ivav , « Jtrt,! To:/- ( dutiriv) s7r(Ç-«3-ciç ûjç Tst^ic àTa.|'i*c sç"» toi/ ^«piv tov xÔîTjMgv x«.Tsi5->cê(/aÇovTst /ÊêXTÎa)V,ir(«KÔîr^)itriTstÛTa.(68].y4'rtaara- (73). Communis amhohus hic est er- (foras dixit initio constilisse corpora , ror , qubd Deum J'aciunt res humanas Dei auteni mentem ea digessisse , itaque omnium rerum ortus effecisse.

Plato posuit prima corpora non stetisse sed absque ordine fuisse mota.

« Deus auteiu, inquit , ordinem ani

curantem , ac ed de causd mundum adornantem. Après quoi il étale les raisons les plus spécieuses qu'un athée Euisse alléguer contre ceux qui attriuent à Dieu d'avoir fait le monde ,

)) mad^erlens confusioni prœstare , ea et de le régir. Quoi donc ! il approuve 5) composuit. » Vous voyez là une ex- qu'Anaxagoras admette une intellitrème diflérence entre Anaxagoras gence qui ait été le premier moteur et Platon. Le premier suppose que des corps et la cause efficiente du Dieu trouva les corps en repos : le monde ^ et il le blâme de prendre second, au contraire, que Dieu les pour Dieu ce premier moteur et cet trouva en mouvement. Je suis épou- agent ? Peut-on raisonner d'une mavanté de la réflexion que fait Plutar- nière pbis pitoyable et moins uniforque sur ces deux dogmes j car non- me? Étsi l'on voulait opiniâtrer qu'il seulement elle enferme une impiété n'y a point là de contradiction, ne horrible, mais aussi une contradiction faudrait-il pas du moins convenir qu'il très-grossière. 11 avait blâmé les phi- a réfuté en cet endroit-là une infinité losophes qui ne reconnaissent qu'un d'autres passages de ses livres, où il principe: IL est impossible , avait-il suppose la providence ? dit (69), que la matière soit le seul jg serais trop long, si je voulais principe de toutes choses : il faut y rapporter tous les témoignages qui joindre la cause efficiente; car l'argent établissent l'une ou l'autre de ces ne suffit pas pour la production d'un Jeux vérités, ou même toutes les vase , si l'on n'a de plus un ouvrier ^q^x : 1°. qu'Anaxagoras admettait qui fasse ce t'ose. La même chose se u^g intelligence qui avait mû la madoit dire de l'airain, du bois , et de tière , et formé le monde par le triage toute outre matière. Dans la même page jes homogenéiiés ; a", qu'il fut le preil avait loué Anaxagorasd'avoir admis n^\er philosophe qui avança ce sysun entendement qui eût arrangé les tème. Contentons-nous donc d'indiparticules semblables : Tàç ^h iyoïo- qu^r Platon (73), Tertullien (74), Clé- /Aifiittç, iîAHv, To (Tê yoiot/v stiTiov Tov meut d'Alcxaudric (76) , Eusèbc (76) , yovv Tôt TTÂvra. S'ta.Ta.'^â.f/.ivov (70) : Ho- Xhémistius (77), saint Augustin (78), muomerias statuit materiam ; causam ver!) if/icientem, mentem quœ dispnneret unii^ersa ; c'est à dire , d'avoir ajouté la cause efficiente au sujet passif, et l'ouvrier à la matière. ' ATraSix.-

TêOÇ OtiTOÇ ÏÇ'IV tTI tÎÏ VM TOV Tî^Vi'tHV

rrpoa-îi^iu'^iv (71). Hic approbandus est

(7a) Plularch. de Placit. Pbiloso|ih»r., cap- VII , pag. 881, A.

(73) Plato, in Pliajdone , pag. -ja.

(74) TertiiUian. , dr Anima.

(75) Clem. Alexandr. Stromal., lib. II, pag.

(•;6) Eiiseb.,de Praipar. Evangel., lib. XIV, ((18) Pliilarch. de Placit. Philosopbor. , lib. I, cap. XIV, pag. V^o . f„f,yilpag.i^i, S. (7,) Themist. Orat. Xr.

n»)) Idem, tbtil., cap. III, pag H'G. ^"\ , „. . „. ,, i^rrr

(70) Idem,ihid. (^S) Augustin, de Cv.tal. Dci, Ub. FUI,

(71; Idein,ibid. cnp. II.

ANAXAGORAS

Thèodorct (79), Proclus (So) , et Simplicius (8i)- Je n'ea userai pas ainsi à l'égard de Cicéron : je rapporterai ses paroles , parce qu'elles fournissent une matière d'examen. InJè Anaxagoras, dit -il (83), qui accepit ah Anaximene discipLinani , primus omnium rerum descriplioneni et modum mentis infinilce wi ac ratione designari ac confici uoluit. In quo non fidit, neque motuin sensui junctum et conlinenlem in injînilo uUuni esse posse , neque senswn oninino quo non ipsa natura puisa sentiret, Deindè si mentent istam quasi animât aliquod esse uoluit , erit aliquid interius ex quo illud animal nominetur, Quid autent interius mente ? Cingitur igitur corpore externo. Quod quoniani non placet , aperta simplexque mens nulld re adjunctd quœ sentire possit, Jugere intelligentiœ nostrce uim et no • tioneni uidetur. Il est un peu surprenant que Cice'ron donne cette primauté au philosophe Anaxagoras, puisqu'il Tenait de dire que Tiialès (83) avait reconnu un entendement ou un Dieu, qui de l'eau avait formé toutes choses: Thaïes Milesius, qui primus de tali-

naxagoras est le premier qui joignit à la cause matérielle la cause évidente , c'est-à-dire, qui reconnut un entendement, auteur de l'économie ou de l'architecture de l'univers. Saint Augustin fait si peu de cas de ce;témoignage de Cicéron , que dans le lieu mêflie où il rapporte le sentiment des philosophes de la secte d'Ionie, conformément à Cicéron à l'égard du reste , il le contredit formellement à l'égard de Thaïes : hte auteni Thaïes , ut successores etiam propagaret rerum naturam scrutatus, suasque disputationes lilteris mandans eminuit. . . aquam. .

putai'it rerum esse principium , et hinc oninia elementa niundi ipsumque mundum , et quœ in eo gignuntur existere. INiHiL nulem huic operi , quod, mundo considerato , tam admirabile aspicimus , EX DiviNA MENTE prœposuit (85). Notez que Cicéron même , dans un autre livre, exclut^halès de la primauté , et la donne simplement et absolument au philosophe Anaxagoras.

Je rapporterai ses paroles dans la remarque (F).

Le jésuite Lescalopier tâche de guérir la contradiction , en supposant

bus rébus quœsiuit , aquam dixit esse qu' Anaxagoras fut le premier qui pu

initium rerum : Deum autem , eam mentem , quœ ex aquâ cuncta fingerel (84)- Est-il possible que Cicéron mette sitôt en oubli ses propres paroles ? Peut-on s'imaginer qu'il ait voulu dire que Thaïes ne donnait à Dieu que l'action de convertir l'eau en d'autres corps j mais qu' Anaxagoras faisait Dieu l'auteur de l'ordre et de la belle symétrie du monde ? Je ne vois dans tout cela rien de vraisemblable j et j'aimerais mieux soupçonner que ce passage est corrompu : la confusion et l'obscurité qui se rencontrent dans les paroles qui le suivent, V^euvent confirmer beaucoup ma conjecture. Quoi qu'il en soit, je ue voudrais pas qu'on mît en balance ce témoignage de Cicéron avec celui de tant de célèbres écrivains de l'antiquité , qui affirment unanimement qu'A-

(79) Je rapporte ses paroles ci-dessous , ciiation (ii5).

(80) Proclus, in Timxum Platonis.

(81) Simplic, in Aristotel. de Pliysicâ auscolt. (8a) Ciiero, de Nat. Deorum, lib. /, cap. XI (83) Il était le quatrième prédécesseur d'A-

naxagoras.

(^4) Cicero , de Nat. Deorum, /i7'. /, cap. X.

blia cette doctrine , ses prédécesseurs les philosophes s'étant contentés de la débiter dans leurs auditoires (86).

Ce dénoùment n'est guère bon 5 car puisqu'on a su les dogmes des prédécesseurs d'Anaxagoras , et en quoi les uns difléraient des autres j puis, disje , qu'on a su cela encore qu'Anaxagoras fût le premier qui eût publié des livres, n'auraif-on pas su également ce qu'ils eussent enseigné touchant la cause efficiente de ce monde?

Quant aux objections contre la doctrine de ce philosophe, contenues cidessus dans le passage de Cicéron , je vous renvoie à saint Augustin , qui les réfute solidement (87).

(E) Son orthodoxie ne fut pas assez épurée. ] TertuUien le bl.'ime de ne s'être pas soutenu; car d'un coté il avait dit que Dieu était une intelligence pure et simple , et de l'autre il l'avait mêlé et confondu avec l'âme :

(85^ AuRuslin., de Civitat. Dei, lib. Vllt, cap. II, pag. 711,

(8G) Lescalop. in Cicer. de Nat. Deorum , pag t^o.

(87) Voret la LVÏ^. Lettre de saint Augnstiu , pag. 2^1 , et siiir.

ANAXAGORAS

(liiàni Anaxagorœ turhata sententia tum , causam eorum , quœ fiunt , pocst! inilium enim omnium cnmiiienla- nit. Voilà sans doute le fondement lus animum, unwersitatis oscillum de d'une observation de Clément Alexanitlius axe suspendens , purumque eum drin , qu'Anaxagoras n'a point mainadjirmans , et simpUcem et incommis- tenu les droits et la dignité de la cause cibilem , hoc fel maxime tUulo segre- efficiente, dont il avait attribue le» t^nl ab animœ commistione , et tanien fonctions à un esprit^ car il a parlé eundein alibïanimœ addicit {88). Aris- de certaines révolutions qui se faitote avait déjà fait cette remarque : saient sans que cet esprit en sût rien , 'Avct^a.'yôpAçi'iii'rTavSia.iTct.'^UTrip'ictÙTâv' sans que cet esprit y coopérilt. C'est, •n-ohKttX'^'J A^'v T-àp To «.ïtiov tou x.a.x£ç si je ne me trompe , le vrai sens des x«i ûfèwç, Tov voCv X£')/6f êTjpûJÔi (fs, Tov termcs grecs de ce père de l'Église. vo!/v îîvai TOV «tt/Tov tÎï -v|-:/;i;^îÏ' Îv âi'TraiTi 'Ava.f^a.'j/ôpaç TpaToç , dit-il (91) , «7rlç->itrf ■vàp v'^xpX^'^ dLVTiv Toïç iÇûioiç, x*i jui- TOV vovv Toiç -Trpô.'yf/.a.inv' ài'hX oùJe 'jÙtoç yÂKou, x-eti fAïKpoiç, Keti TI//101Ç kcli otTi- iTyiptxxi t»v À^la.v tjiv TromTomy , «Tivof? /uiJDTîooK. OÙ (fitiviTO,! «Tê 0 yt KctTcc <^po- Tivaç «tvoMTOî/ç àv ciî^oi'ypâ.^CDv , a-ùy tv toS VDO-iv Myri/A-ivoi vûl/ç , wâo"iv ôfAoluç ÙTTup- voî/ à,7rpa.^icL Tj x.a.i «.vo/çt. Prirnus p^siv TOIÇ Çaoïç, à.KK oùii toi; a.v(ipà)7rt,n Anaxagoras mentem rébus adhibuit. TrôtcT-iv (89). Anaxagoras autem jniniis Sed nec ille dignilatem seruauit ejffide ipsis explanat : multis enim in lo- cientem, nescio quas amenles descritjs boni rectique mentem causam esse bens refolutiones cum mentis ab agendicit : alibi autem animam ipsam men- do cessatione et amentid. Eusèbe , sans tem esse asserit : nani animalibus uni- doute , a copié ce passage , lorsqu'on venis ., tam parvis qunni magnis , tam lui donnant un autre tour il a dit prœstabilibus quant minus etiam piœ- qu'Anaxagoras ne conserva point sain stabdibus , mentem inesse dicit. At ea et sauf le dogme qui préposait une ininens tamen , et inlellectus , cui pru- telligeiice à la production des choses : dentia tribuitur , non unii'ersis simili- AiyiTcJn Si y.ïiii cwtoç c-mn <fiiKi^a.t to ter animali''Us , quin etiam neque éiy/uif ÎTrtçria-cti /uh yà,p tov NoSv Toif eunctis hotninibus inesse l'idetur. Ce ttÂs-i , oi/;t«Ti J% tufrà. voJ/v kai K^yio-pCai passage d'Aristote nous apprend qu'A- t«v Tnpi rûv Ôvtûjv à.TrtjJ'oûvat.t tiiv «ft/o-ionasagoras admettait dans toutes les x^yta.v [iyi). f^erumlamen ne ipse quibêtes une âme, à laquelle il donnait dtmsanum illud suumdogma retinuisse le même nom d'entendement qu'il fertur. Mentem enim eunctis ita prœavait donné au premier moteur de la J'ecisse , ut tamen de rerum naturd ex matière, et à l'ordonnateur de la con- mentis rationisque régula minime disstruction du monde. Le même Aris- putaret. Il le prouve par cette raison , tote observe qu'Anaxagoras employait c'est qu'Anaxagoras philosophait sur une intelligence à la production des la nature, et expliquait les phénochoses , comme un Dieu de machine, mènes, sans supposer cette intellic'est-à-dire , qu'il ne recourait à cela gence. Je sais bien qu'on me pourra que dans les cas de nécessité, et lors- dire qu'Eusèbe n'entend pas ainsi la que toutes les autres raisons lui man- chose , et qu'il déclare seulement quaient : 'Avet^etyôpetç Ti yà-p fM^x^-^V qu'Anaxagoras donnait des raisons XpifcLi Tm vS> Trphi; t))v )io(rfA.o7roiïa.v kai })hysiques qui étaient contraires au «TAv ÀTTopiiTH} cfiol T«v' «jTi'stv i^ dvÂyKitç bou sens. Mais trois choses me persuaf ç"/ , TûTî iKKu cti/Tov. (V Se TOIÇ Àxxoiç dent quc mon interprétation de Clé- TrivTct pt.S.KMv olitiÀtch tûv ■j.ivo^svœv ment Alexandrin et d'Eusèbe est il ytiûy (çfO). lYam et Anaxagoras , tan- meilleure que celle-là. En premier quam machina utitur inlelleclu ad lieu, c est très-mal prouver qu'un nutndi generationem. Et ciini dubitat philosoplie abandonne ou énerve l'hypropter quam causam necessarià est, polhèse de la providence , et de l'actunc cum attrahit. In cœteris fera, tivité universelle de Dieu, que de magis cœtera ontnia , quam intellec- dire qu'il raisonne quelquefois imper-

tinemment , sottement , ou contre les

(88; Terlullian., de Anima.

(89) Arisloteles , de Anima , lib. I , cap. II , (91) Clera. Alexandr. Stromat. , lib. II , pag,

pag. 47«,G. 36.4.

r<)o) Idem, Mctapliys. , Uh. f , eap. IV, png. (<)'>'> Eusebii P)a.par,Ev«ngel., W. \IV, cap.

C'iG, U. M'r,pas. IS»-

ANAXAGORAS. 37

vègles. Toutes les sectes de pUiloso- avait ete la cause de la sagesse et de phie , parmi les chrétieas, se font ce l'industrie de l'homme. Plutarque lui reproche les unes aus autres, sans en a fait un procès. Le contraire de ne'anmoins s'entr'accuser d'hetëro- cela est uéritable , dit-il (o5) : car dosie à l'ëgard du concours universel l'homme n'est pas le plus sase des de Dieu, la cause première de tous animaux, pour autant qu'il a des les êtres. C'est pourquoi , si l'on n'a- mains; mais pource que de sa nature vait pu se plaindre d Anaxagoras, que il est raisonnable et ingénieux , il a parce qu'en expliquant plusieurs ef- aussi de la nature obtenu des outils fets de la nature il raisonnait mal , qui sont tels. Comme on n'a point les sans esprit, et sans justesse , on au- livres d' Anaxagoras, on ne saurait de'rait eu très-grand tort de lui repro- cider s'il adonne lieu à cette censure j cher qu'il abandonnait ou qu'il gâ- mais je ne saurais croire qu'il la métait la supposition qu'il avait admise rite. Son système l'engageait à penser d'une intelligence pre'posée à la pro- tout autrement là-dessus, que ne penduction du monde. Il faut donc que saient les philosophes qui attribuaient ce ri'proche ait ètë fonde, non pas au hasard la formation de tous les sur les explications impertinentes êtres dont le monde est compose. Ce qu'il pouvait donner , mais sur ce dogme impie les engagea à soutenir qu'il en donnait au préjudice et à que les organes n'avaient pas e'te' donl'exclusion de cette intelligence. En ne's à l'homme , afin qu'il s'en servît j second heu, Eusèbe se fortifie d'un mais qu'ayant trouve que ses organes long passage de Platon, où il y a une e'taieut propres à certaines fonctions , plainte qu Anaxagoras expliquait les il les employa à cet usage. Voyez le choses sans recourir à l'intelligence , quatrième livre de Lucrèce (9G). ni aux causes de la boautë et de l'or- Notez ces paroles d'un père de l'Édre de l'univers; mais qu'il s'arrêtait glise : Anaxagoras auteni , qui et à l'air, à l'ëther, à l'eau, etc. , comme Atheus cognominatus est, dogniatisaà la cause des êtres (gS). Qui ne voit l'itfacta aninialia decidentibus à cœlo dès là qu'il est très-probable cju'Eu- in terrant seminibus , quod et hi ipsi sèbe voulait parler du même de'faut.'* i/i malris suœ transtu/erunt semina , et Je dis en troisième lieu qu'Anaxa- esse hoc senien seipsos stalhn conjigoras, comme nous l'apprend Plutar- tentes apud eos qui sensuni hahent . et que , enseignait que certaines choses ipsos esse quœ snnt Anaxagorœ ikrearrivent par ne'cessite' , d'autres par ligiosi semina (97). Vous y apprenez la destinée, d'autres pardélibe'ration, qu'Anaxagorasètait surnomme' Athée, d'auties par fortune, et d'autres par et que saiut Irènèe l'a haitë d'impie. cas d'aventure : "A y.h yàip ihoii x-ifi Vossius ne s'en plaint point : il dit M.va.yKï<i, S, Se KO.^' liju.a.f./ui.'iv>iv, a.S'h x.a.rai seulement que Justin martyr, dans ■7rfou.lpiiTiv,k St Ka.Tà.riiX>''<i,a.é'î x-uTetTo l'Exhortation aux Grecs, a nommé a.ùrô/Aot.Tov (Q-'j.) I^ieri enim alia neces- athée ce philosophe; et il fait sur cela sarià , aliaj'ato, alia instiluto animi, quelques réflexions (98J. Je n'ai rien alia forte fortund , alia casu. W ne trouvé de semblable dans ce livre de faut point douter que, dans le détail Justin martyr, et je pense que Vosde ces distinctions inexplicables , il sius eût mieux fait de réserver ses ne dérobât à l'intelligence divine plu- excuses pour saint Irénée. Si Justin sieurs événemens , et que cela n'ait Martyr en a besoin, c'est seulement donné lieu à la plainte de Clément pour avoir troncpié le dogme d'Anaxa- Alexandrin , copiée par Eusèbe. goras. 11 en supprime le bel endroit :

Je ^ne sais si l'on doit mettre entre il ne dit rien de l'entendement, prèles eri-eurs d'Anaxagoras ce qu'il di- mier moteur ; il se contente de parler sait de notre main. 11 assura qu'elle de ses homœoméries (99).

(()3) Voyez ce que je dirai sur cela dans la remarque (K).

(94)Plularch., de Placit. Pbilosophor., W». /, cap. uU. , png. 885. Vojet aussi le passage cite' par M. IHenage in Diog. Laërt. , lib. II , num. 6, et tiré d'un Liifre attribué faussement à Galiea : c'est <f iX(i!ro<^oy iç-opi*.

f()5)PliiUrch., de Amiriliâ fraternà, mit. pag. 478 : /V me sers île la Version d'kiaiot.

C96) Lucret. , lib. IV, vs. 821 , et seq.

(97) Ireaaeiis , lib. II advers. Hxres. , citp. XIX. >

(9S) Vossius, de Orig. et Progr. Idololat., lib. t , cap. I , pag. 5.

(99; Just. Mariyr. Orat. ad Grsccos, pag. 4-

38 ANAXAGORAS

(F). Les physiciens qui le précédèrent n'ont point connu la l'érité, .... que les poètes m'aient tant chantée. ] On peut produire une foule de témoins pour ce fait-ci , qu'Anaxagoras est le premier philosophe qui ait donné Tarrangeraent de la matière à TintelHgence d'un premier moteur (loo).

Thaïes, Anaximander, Anaximènes, qui le pre'ce'dèrent dans l'ëcole dTonie, avaient tâche sans cela d'expliquer tout : Princeps Thaïes, unus è sepleni cui sex reliquos concessisse primas Jerunt , ex aqud dixit constare omnia.

At hoc Anaximandro populari et so- Jali suo non persuasif. Is enirn infinitateni naturce dixit esse è qud omnia gisnerentur. Post ejus auditor Anaximènes inftnitum aéra , sed ea qtiœ ex eo orirentur definita : gigni autem terrain , aquam , et ignem , tuni ex his omnia. Anaxagoras materiam infinitam , sed ex ed parliculas similes inter se minutas , eas primum conjusas , poste'a in ordinem adductas mente dit'ind (loi). Qui n'admirera que de si £;rands hommes aient été' dans une si crasse ignorance ? Cette réflexion n'a pas été négligée par le jésuite Pérèrius. F'erunt primos jihilosophorum , ditil (103), Pherecydem Syruni , et Anaxagoram : illum quidem , immortalitatctn animi nostri , hune autem, Deum, quem ipse mentem t'e/intellectum uocabat , esse niundi , cunctarumque reruni opificern , Grœcos docuisse : ut permiruni sit, priores philosophas qui hœc ignorârunt, sapientum nomen, et honorent habuisse ; et duas has res , quorum cognitio cunclis niortalibus optatissima est , et ad benè pièque t^ii'cndum maxime necessaria , tam sero ad Grœcorum notitiam peri'enisse. Le père Thomassin avait In-dessus une pensée remarquable. « Tous les poéj) tes, » dit-il (io3), « qui avoientesté 5) les plus anciens philosophes, et tous M les sages des siècles fabuleux , com- » me on les appelle , n'ayant point -» cherché, ni célébré par leurs écrits w d'autre cause que la première , et la

(100) Voyez ci-dessus les citations ni.93. (loi) Cicero, Academ. Quxst. , tth. Il, cap.

(loî) Percrius , <le coinmunibus omnium rernm natiiratium Principiis , lib. IV, cap. IF", pne. aoG.

(io3) Tliomassin , Métliodc dVttudler et d'cnaeigncr la Philosopliie , Zic. /, chap, XIV , pag. ïCî , 163. Voyez aussi pag. 16Ô.

divinité suprême : comment pouvoit-il se faire qu'aussi-lost après , Thaïes et ses premiers successeurs ignorassent , ou laissassent dans la silence ce qui avoit fait l'occupation de tous les sages , et de tous les siècles jusqu'alors? Il y a donc de l'apparence que ces premiers philosophes ioniens, présupposans ce qui estoit incontestable , et jusqu'alors incontesté de la première cause efficiente de toutes choses , ne parlè-

> rent que des causes secondes qui avoient esté inconnues jusqu'alors , et qui n'avoient pas même esté recherchées. Ils craignirent que s'ils faisoient encore remonter jusqu'à Dieu tous les effets particuliers , on ne retombast dans la première accoutumance , où on avoit esté de négliger la recherche de toutes les causes secondes, et de se contenter de la première. Il en est de mesme des anges. Homère , et les autres poètes ou philosophes très-anciens , les faisoient seuls auteurs de toutes

> choses sous les ordres de Dieu. Les » disciples de Thaïes , pour faire valoir l'efficacité des causes corporel-

i> les et immédiates , se passèrent de nommer les anges.... Mais enfin

I) Anaxagore jugea qu'en son temps le monde estoit capable de comprendre l'alliance ei la subordination des causes corporelles sous les substances angéliques, et tant des unes que des autres sous la sa-

>) gesse et sous la main toute-puissante de Dieu.... C'estnit.... simplement pour supposer les parties de la philosophie , dont tout le monde estoit assez instruit, que Thaïes et ses disciples ne parlèrent ny de la morale , ny de la métaphysique , et afin qu'on donnast toute son attention à celle qui n'avoit pas encore esté cultivée. Mais comme on s'aperceut que la connoissance des causes secondes estoit peu certaine , et qu'il y avoit à craindre qu'elle ne fist oublier la science de Dieu , des anges et des mœurs, qui esfoit et plus constante , et plus utile , et plus nécessaire , Anaxagore , Socrate et Platon rendirent à la théologie et à la morale leur lustre et leur crédit anciens. »

Voilà une belle pensée, voilà une idée ingénieuse : mais elle a peut-être

ANAXAGORAS. 3g

moins de solidité que d'éclat; puis- choses (107). li fallait donc qu'ils s'exque nous voyons qu'Anaximènes , pliquasscnt sur ce. qu'ils croyaient de précepteur d'Anaxagoras , ne traita la nature de Dieu , et qu'ils cpuisaspoint la philosophie comme une per- sent toute la doctrine des premiers sonne (|ui supposait que l'existence de principes ; après quoi , il leur était Dieu , en qualité de première cause , tort permis de donner raison des efétait si connue, qu'il ne fallait pas en fets particuliers et quotidiens de la parler. 11 jiarla des dieux ; mais , bien nature , sans remonter jusqu'à la preioin de les considérer comme des mière cause. Aujourd'hui les physiprincipes , il soutint qu'ils devaient ciens ne considèrent que les causes seeux-mêmes leur existence au principe condes , la matière , la forme , etc. qu'il établissait : Qui (Anaximenes) Mais ce n'est point parce qu'ils supomnes rerum causas inJiniLo ac'ri de- posent que la connaissance de Dieu , dit : nec deos negafit, nut tacuil ; non comme de la cause première, est astanien ab ipsis aëreni faclum , sed ip- sez bien établie ; c'est parce qu'ils eu SOS ex nëre nrtos credidil {10^). Cicé- traitent amplement , et avec beauron attribue un semblable sentiment coup d'étude, dans une partie de leur à Anaxiraander , précepteur d'A- cours, distincte de la physique (108). naximènes : Anaxiinandri npinio est Quoi qu'il en soit , tenons pour connatii^i's esse deos, longis inlcri'aUts stant que ces anciens philosophes n'iorientes occidentesque , eoque innn- gnoraient pas ce que les poètes avaient merabiles esse mundos. Nolez que les dit de Dieu. D'où vient donc qu'ils ne deux disciples d'Anaximènes (io5) les ont pas imités? Serait-ce parce corrigèrent l'hypothèse de leur maî- qu'ils ne faisaient pas grand fond sur tre, soit en admettant une intelli- des poésies où ils voyaient tant de £;ence distincte des corps, et cause bagatelles, et tant d'opinions popudu monde , soit en supposant que laires qui n'étaient pas k l'épreuve l'air, le principe de toutes choses, d'un examen philosophique (109)? n'était principe qu'en tant qu'il était Aristole insinue celte raison (iio). doué d'un esprit divin. La première Eu jugeaient-ils comme Socrate en de ces deux hypothèses est celle d'A- jugea lorsqu'il dit que les fanatiques naxagoras ; l'autre est celle de Dio- ressemblent aux poètes , et que les gène d'Apollonie : Diogenes quoque mis et les autres n'entendent point ce ylnaxiinenis ollev auditor aèrent qui- qu'ils avancent :"E').va)v o5v nu kcÙ Trtp) dem dixit rerum esse maleriam de quâ tSiv woi/iTàv èv oKlyai toDto', oti où <ronmni a jîerent : sed eum esse compo- <^let ttoioÏh' à.KKci ^ûa-itTm, xoil IvSot/teni dti'inœ rationis , sine quâ nihil. <riit^ovTêç, a'Wep 01 Ôso^.xvtsiç x*) 01 ex eo Jieri posset (106). Tout ceci ^f'^^M^fi^'-''- Ka< yàip oùto» xiyov<rt f/.h combat contre le père Thoniassin. Il ttukxù. na) Ketxà., 'itolti Si oi/iTsv uv xIn'est plus question de physiciens qui ycuTi.ToioZrov t/^oi l'^â.vna-a.v 7r1i.B0cy.sti n'aient que passé sous silence la doc- oî TrotKToi mTrovBIj'Tiç (i 11). Deprehendi trinc de l'existence de Dieu; il s'agit igitur hrewi id in poè'lis , eos fidelicet de physiciens qui en ont parlé, mais non sapicniiâ facere quœfaciunt, sed d'une manière fort opposée à celle des naturd quâJani ex diuind animi concipoètes, et à celle dÀnaxagoras. J a- talione, quemndmodiun et lii qui dtvijoute que leur simple silence prouve- nofurore f[fflali l'aticinantur. Nani et rait beaucoup ; car en ce temps-là hi multa quidem dicunt atque prœclales physiciens remontaient jusqu'au ra : sed eorurn quœ dicunt, nihil inchaos, jusqu'à la première origine des teUigunt. Tali quodam pacto poé'tœ

{io4Uugn5t., de Civit. Dei, W. ^7/, c«p. ^fj) ^«y*» Cicéron , Tafcuty , vers le

II. Voyez aussi Cicéron , de Nat. Deorum . commencement • et Virgile, Ed. VI,vs.Zi.

lib. I , ou il du , Anaximenes aëra Denm slatult, ('«8) C est dans la meiaphy.^Kjtie.

eumque gigni. (*°9) Comme dans la Théogonie d^Hesiode,

/• c\ c • V .. n »»;;«. j' J oh il r a tant d'' absurdités touchant les dieti.r ;

(io5) Savoir Anaxaeoras , et Diogene a A- > ., ' i i , j ,

,, . o 1 o ^j même, comme l-.actance s en plaint dan.-^ l'y

PPll°"'e- chap. r du 1". Livre de ses lnsiauliot,s,U

(io6) August., de Civitate Dei , lib. VIII , chao' y précède les Divinités, cap. II. Voye.i aussi Cicéron, de Nat. Oeor., (,,o) Arist. Melaphys. , lib. III, cap. IF,

lib. I, cap. X, ou il dit, Quid? a^r (i»o Dio- pag.Giii , B. gencs Apollouiales utitur Deo. V") V\s.r.o in Apologiâ Socrali.<, pag. 17, F.

ANAXAGORAS

affecti fuisse mihi fidentur. 11 est cerfain que les poètes les plus orthotioxes ont fort erré sur la nature de Dieu ; car Orphée , qui chanta que Dieu fît le ciel , ne le traite que de premier-né de toutes les créatures , et lui donne l'air pour père : Tlpai'rôyavoç

«patêTûJV TTipifA^KiOÇ «êpOÇ ÙlU (lJ2). Dio-

gène Laérce prétend qu'Anaxagoras emprunta du poëte Linus l'un de ses dogmes (n3)j mais ce ne fut pas à l'égard de l'entendement premier moteur. Notez qu'Aristote , sur ce pointlà , met beaucoup de différence entre Anaxagoras et Thaïes (ii4)' Finissons ceci par un beau passage de Théodoret j nous y verrons que les philosophes, qui précédèrent celui dont je fais ici l'article, ne virent goutte dans la doctrine de la première cause :

'Avtt^afvôpaç. . . . Tœv ■Trpo ct'jTOu ^«"^«VH-

fÂiVaiV <^fXOS"0<()ûlV OuS'eV TTillAtTipa) TOIV CjfOÙ-

fjLi\m\ v6V0)i;tÔTû)v , ^fœroç voï/v ê<|)))^êv «<psç"«.v«ti tÔ» x.iiO-y.ce , «ai tûCtov ê/ç Tct^'iv ix. tÎÏç OM-tt^itti cLyttyiiv Tat, ç-otXi^^ ( ' 1 5). yJnaxagnras. . . . ciini superiores philosophi iiihil ultra ea quœ oculis videnîur , excogitdssent , primus me/ileni TJiundo insedisse di.rit , eamque ex co/ij'usione in ordinem elementa disposuisse.

(G) J'examinerai si la doctrine des îiomœoméries ne renfermait pas beaucoup de contradictions -1 Je ne me servirai point des argumens d'Aristote (i i6), quelque subtils et quelque solides qu'ils puissent êtrej et s'il se trouve que mes réflesions aient du rapport aux siennes, ce sera un pur hasard.

I. Nous avons vu (117) pourquoi Anaxagoras voulait que chaque chose fût composée de particules semblables ; il voulait éviter par-là qu'un corps ne fiit fait de rien. Or, comme les alimeus les plus simples peuvent être la matière dont toutes les parties d'un animal se nourrissent , il fallait qu'il avouât que l'herbe d'un pré contient actuellement des os , et des ongles , et des coines , beaucoup de

(iii) Lactant. , lib. /, cap. V.

(ii3) Diog. Larrt., in Proœm. num. 4'

(ii4) Arist. , de Animû , lib. I, cap. II,pag.

(ii5)Theodorelus, deGtxc. Affect. Serm. II, pag 48(1.

(ii6) Voyci le chapitre VU du I". livre de sa Mctapliysique , cl le chap. IV ., du I". livre de sa l'hysiquc.

(117) Ci-dessus dans la remarque (C).

sang, beaucoup de chair , beaucoirp de peaux et de poils , etc. tlie n'était donc point composée de particules semblables^ elle était plutôt un assemblage de toutes sortes d'hétérogénéités : à quoi ser\ ait donc la doctrine des Iiomœoméries ? Ne fallait- il pas qu'il l'abandonnât dans tous les cas particuliers , après l'avoir supposée dans le général ? Ce que j'ai dit de l'herbe ne convient- il pas au lait , au vin , à l'eau , au pain , et à une infinité d'autres choses ? Y a-t-il aucun corps qui ne serve de matière à plusieurs autres, dans les changemens qu'on appelle génération et corruption ? Voici donc de premiers principes , qui sont /jowioçène* , et qui ne le sont point.lls le sont dans la supposition d'Anaxagoras, et ils ne le sont point en eflét, puisque les mixtes devant être selon lui de la même nature que leurs principes , et n'étant qu'un assemblage de parties dissemblables , il s'ensuit que les principes sont hétérogènes. Je retoucherai ceci dans le paragraphe V.

II. Il se trouvera de plus que tous les noms ont été mal imposés : car , par exemple , si tout le sang des animaux avait été dans les herbes qu'ils ont mangées , elles méritaient mieux le nom de sang , que celui de foin.

Anaxagoras répondait que certaines particules étant plus nombreuses dans un mixte , ou placées à la surface , le faisaient paraître uniforme , et lui procuraient un nom spécifique (i i8).

Lucrèce a réfuté cette réponse par les fausses conséquences qui en émanent.

« 11 résulterait de là , dit-il (119) , » que quand on brise les grains , on )' en tirerait quelques particules de w sang , ou de quelqu'un des autres » organes dont notre corps est com- » posé. Or cela est contraire à l'expé- » rien ce. »

JAnquilur hic tennis lalitandi copia qutedami Id fjuod /4naxagoras sibi swnit, ut omnibus

omnes Bes pulel iinmistas rébus lalilare ; sed illud Apparere unwn, cujtis sinl pluria mixta , Et n^kis in pioinptu , primâi/ue in fronte

locata.

Quod lameniivera longe ratione repulsuin est. Conveniehat enini f'ruges quoque sœpè minutas^ liobore ciim saxi f'ranguniur , niitlere signum Sanguinis , aut aliùm , nostro quee corpore

alunlur.

(118) Voyez Aristotel. Pbysic, lib. I, cap. IV, pas- 456.

(iig) Lucret' , Ub. I , vs. 874.

ANAXAGORAS

Constinili ratione herbasquoque sœpi decebat, Et latieit dulces guUas , similique sapore Scilicel et glebir terrarum scepèj'riatis Herbarum gênera, elfruges ,fronde.<que videri Disperlila , ac in terris IntUare minute : Postretnô in lignis cineretnj^umumque videri , Ciim prœfracla forent, ignesque lalere minutas.

Quorum nil fieri quoniam manifesta docel res, Scire Ucel non esse in rébus res ita mixtas.

Cette réfutation n'est pas mauvaiscj car enfin mêlez comme il vous plaira diverses sortes de grains j prenez cent fois plus de blé que d'orge ; mettez toujours les grains d'orge autant qu'il vous sera possible dans une enceinte de grains de blé : que gagnerez-vous?

Ferez-vous accroire qu'il n'y a là que du blé ? Demeurerait-on dans cette erreur , après même que l'on aurait éparpillé votre monceau ? Ne verraiton jamais paraître quelques grains d'orge ? Fables et

d'accord , que les homogénéités étaient tout ensemble et plus nombreuses, et moins nombreuses , dans im même mixte : dans la pâte , par exemple ; car, pendant qu'elle est pâte, elle contient plus de corpuscules de pâte (|ue d'une autre espèce de corps; mais, quand elle est convertie en pain , elle contient moins de corpuscules de pâte quede pain ; et cependant les cor{)uscules de pain ne sont venusquedela pâte.

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