‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 62 sur 113 · prologue de l'auteur, Polybe est nommé comme · texte numérisé non relu

prologue de l'auteur, Polybe est nommé comme

l'une des sources du livre. Le reproche adressé

par Bayle à Arétin est donc mal fondé. Cette

faute au reste n'est point de Bayle , mais de

Vossius qu'il cite. Leduchat qui , le premier, a

parlé de celte ti ' "' ''' ' '"

date de iS-jS. C

que Joly a copiée, sans

usage. Cette traduction d'Arélin est dédiée à

Charles VII , et Mercier de Saint-Léger dans ses

notes manuscrites sur Duverdier l'attribue à un

Jean de la Vesgue, auteur en effet d'une traduction de cet ouvrage que Duverdier et la Mon-

nole disent ne p.Ts avoir été imprimée. Joly dit

que dans l.i Bibliothèque de J.-Â. de Chevanncs

on voyait le manuscrit d'une traduction française du de bello Punico, faile en i445 par un

Jean le Bègue, et qui futprésentée à Charles VII. Il est à croire que Jean le Bègue et Jean le Vesgue sont le même personnage. Joly dit encore que le père Monlfaucon cite une autre traduction française du mrmc livre, dédiée à Philippe duc de Bourgogne, el don tic manuscvit est d'environ i^Go.

iophe Persona , que Procope , et non pas notre Crétin , était l'auteur de l'histoire des Goths. \ Persona se détermina , selon Vossius , à traduire Agathias , quand il eut pris garde à la mauvaise foi de notre Arétin (ii).

Vossius allègue sur cela Paul Jove j mais il est certain que Paul Jove, ni dans le lieu qu'on en cite (12), ni dans un autre qu'on pouvait citer (i 3), ne parle aucunement d'Agathias , et qu'il y parle expressément de Procope.

J'avoue que Persona a traduit aussi Agathias , mais c'est de la version de

gianisme , comme a fait un auteur moderne , dont je vais rapporter tout le passage, à cause qu'il est plein d'erreurs. lYous devions, dit-il (i4), l'histoire de Procope en grec à Dai^id Heschelius. Léonard Arétin faisait déjà donnée en langue gothique ; mais il aidait supprimé le nom de l'au-

leur : de sorte que , quand cet Arétin

traduction d'Arélin , lui assigne la J'ai mort , C/irislophle Personne Vac- Ce n'est qu'une faute d'impression ^j,^^ j^ larcin , parce qu'aVant lui-

niée . sans rien dire suivant son , , ' ' / ■ J

mêins trouva un autre exemplaire de cette histoire en la même langue , il la divulgua sous le nom de son auteur, et ainsi convainquit V Arétin de plagianisme. De quel monstre est-ce qu'il

(10) Vossius, de Histor, Latin., pag. 557.

(11) Idem, ibid. ,png. 558.

(12) Il est au chap. CXri des Éloges.

(i3) Il est au chap. IX des Eloges.

(i4) Le Gallois, Traité des plus belles Biblio»

théques , pag. 16g, ( mal marquée i63 , ) édition de Paris, en 1680.

ARÉTIN

29'ï * Ceux qui vou-

nous parle-là ? Procope , en langue XVP. siècle

gothique, publie premièrement par ,jj.ont savoir ce que c'est qu'une

Aretin, et puis par Persona , est ^'i„-ii^ , ^ , j ^vi /-

unechimère ^u'on n'a jamais vue , et médaille qu on prétend qu il fit

qu'on ne verra jamais. De plus , c'est frapper, pour apprendre à toute

parler sans aucune exactitude, que la terre la peur que les plus de dire que Léonard Arélin , et Per- - • ^ -

sona ont donne' l'histoire de Procope ^ car ils n'ont traduit qu'une partie de cette histoire. Les imprimeurs du Dictionnaire de Morëri ont lourdement bronché, quand ils ont mis que thistolre des Goths n'était proprement qu'une traduction de Plutarque.

(G) Il mourut l'an i4î3, âgé de soixante-quatorze ans (i5).] Le'andre Albert dit bien qu'il est mort à d

grands princes avaient eue de ses satires , le trouveront dans le Dictionnaire de M. Moréri. L'Arétin se vantait dans cette médaille d'avoir mis sous contribution ceux à qui les autres hommes payent des tributs et des impôts. Cette tradition est si générale , qu'il n'est pas moins connu sous le titre de Fléau des

l'âge de soixante-quatorze ans ;

mais il place sa mort à l'anne'e \l\\o.

Son calcul ne s'accorde pas avec Mat- princes, que sous le nom de

thieu Palméiius , qui met l'année l'y^re/m, ou sous celui de /'/erre

natale de Léonard Aretin en 1370(16) :

et comme d'ailleurs je ^ ois dans Volaterran, que notre Aretin mourut en 1443 (17) , (f e fut le 9 de mars , selon Bucholcer)je n'ai point voulu suivre Léandre Albert. J'ai remarqué cidessus (18) la méprise d'un moderne, qui a cru que Léonard Aretin vivait encore l'an 1480.

(H) Pogge fut un de ceux qui le critiquèrent.'] Ces paroles de Philelphe vous l'apprendront : elles se trouvent dans une lettre qu'il écrivit à Laurent de Médicis le 29 de mai i473:

Quod eo feci accuratiiis quoniani et Leonardus Arretinusfanidiaris noster, fir sfinè facundissimus , adi>ersùs Blondum FUn'iuiu multa disseruit, et post Leonardi obitum Pnggius Karolo gratificatus Arrelinn , quem disertissimi concii^is gloria njff'enderet , libelluni etiam contra iltius scripta contexuit , ciim neuter suo sit functus officio (19)- Ce passage m'a été communiqué par M. de la Monnoie.

(i5) Varillas, dans les Anectodes de Florence, pag. 162, se trompe, en le faisant vivre plus de quatre-vingts ans.

(16) Palm. , in Clirooic. , ad ann. 1370. Les imprimeurs de Vos-ius , de Hist. Lat, , pag. 557, ont mis par erreur cidcccclxx.

(17^ Volât. , lib. XXI , pag. 772.

(18) Danr la remarque (A) de l'article de {François) Aretin.

(ig) Pbilelphui, Epistolat. lib. XXXVII.

ARÉTIN (Pierre) , natif d'Arezze , renommé par ses écrits sales et satiriques , vivait au

Arélin (A). On lui donne un autre titre fort glorieux : c'est le même dont toute l'antiquité honora le grand mérite de Platon , c'est celui de divin , il divino Aretino (B) : il a été qualifié sur des médailles divus Petrus Aretinus {a). Quelques-uns ont dit que peut-être il se donnait cette qualité , pour signifier qu'il faisait les fonctions de Dieu sur la terre , par les foudres dont il frappait les têtes les plus émi-

* Mazzuchelli, auteur d'uue Vita di Pietro Aretino \']l\l , in-8°., a fourni à Joly le sujet de plusieurs rema»ques. Pierre ArétÏD naquit dans la nuit du 19 au 20 avril 1492. Il était fils naturel de Louis Bacci, dans la famille duquel on conservait autrefois les quittances de la pension qu'elle fournissait pour ses alimens ; mais le père Pierre-Jacques Bacci de'cliira ces quittances par horreur pour sa mémoire. Un sonnet qu'Arétin Gt dans sa jeunesse contre les indulgences le contraignit à quitter sa pairie , pour aller à Pérouse où il exerça long-temps \.\ profession de relieur de livres, et où il ne montra pa': plus de respect pour la religion ; car ayant vu dans une place publique très-fréijuentét une image où la Madeleine, les bras étendus et dans l'affliction, était représentée aux pieds de Jé>us-Christ , il y retourna secrètement, dit Joly, et lui peignit un luth entre les mains.

(a) Spizelius , dan<; son Scrutin, .\tlieismi , pag. 19 , assure i/u'tl en a vu.

2ije» ARÉTIN.

neiites (C). Il se vantait que ses gage si impudent. On voit Lien libelles faisaient plus de bien au que je parle de ses Ragionamenti monde , que les sermons (D). On (K). Ils furent imprimés penlui écrivait qvie sa plume lui dant sa vie; mais on a de la peine avait assujetti plus de princes , à déterrer quand ils le furent que les plus grands rois n'en pour la première fois (L). Nous avaient soumis par leurs armes avons six volumes de ses Z,e/<re.y , (E), et on l'exhortai ta continuer qui ne valent pas grand'chose sur ce ton-là , afin que les mo- (M). Ses ouvrages de dévotion narques se corrigeassent (F), n'ont pas eu beaucoup de débit Notre siècle a des satiriques aussi {b) ; et néanmoins ils ont trouvé envenimés et aussi hardis que des approbateurs , qui leur ont l'Arétin l'ait pu être ; cepen- donné beaucoup de louanges (c). dant ie ne crois pas qu'aucun Les co7n^c?ie5 , qu'il fit en prose , d'eux ait établi ses contributions sont beaucoup meilleures dans dans le pays ennemi. Plusieurs leur espèce *'. Il mourut environ écrivains mal informés le font l'an i556 *^, à l'âge de soixantepasser pour l'auteur du livre de cinq ans , plus ou moins (N). Tribus imposloribxis (G). Je ne On conte qu'il se mit si fort à saurais croire que l'on ait gravé rire , entendant des discours sasur son tombeau , dans l'église les , qu'il renversa la chaise sur de saint Luc à Venise , l'épita- quoi il était assis , et qu'en tomphe rapportée par M. Moréri (H), bant il se blessa à la tête, et L'auteur de cette épitaphe outra mourut sur l'heure (0). Il se sans doute la chose. Si l'on avait trouva mal d'avoir fait des vers raison de penser que l'Arétin contre Pierre Strozzi ; car ce bran'aimait point Dieu , on n'en ve homme le menaça de le faire avait point de dire qu'il ne le poignarder jusque dans le lit : connaissait pas : ses ouvrages de ce qui étonna tellement ce poëpiété témoignent manifestement te , qvi'il n'osait laisser entrer le contraire (I). Je ne crois pas personne dans sa maison , et que l'on trouve dans ses écrits qu'il n'eut pas le courage de soraucun dogme d'athéisme; mais tir, pendant que Strozzi séjourcomme plusieurs de ses libelles na dans les états de Venise. Je attaquent violemment les désor- citerai mon auteur (P). Notez que dres du clergé , et décrivent d'un ce poëte si satirique prodiguait style profane et de débauche une les louanges avec les derniers exinfinité d'impuretés attribuées à ces. Nous trouvons les hyperla vie de couvent , il ne faut pas

s'étonner qu'on l'ait fait passer {b) Voyez la remarque {\).

pour athée. Joignez à cela , qu'un ^^, clt',oméA\^s, dii Joly, sont au nombre

mais fait des dialogues sur les peu connue. .lomGinguëné parle avec éloge

... i>» ',• 1 • • dans son Hisloùv d'' la /ilteratiire italienne,

matières que I Aretin a choisies, ,p,„ ^J^ „^„ laoetsuiv.

et n'y aurait pas employé un lan- *■ joiy dit 1557 , à soisanie-cinq ans.

ARÉTIN

boles les plus pompeuses , et les i principi daipopuU trihutati di conn .. • Y 1 1 „^+ac /Inwic tinuo tullafia me loro schinvo e fia-

flatteries les plus rampantes, dans ^,„^ Vii«f«no (,). 11 dit dans une

les lettres qu'il écrivait aux rois ^^fj-g lettre, que Ton jurait que les

et aux princes, aux généraux princes lui faisaient tribut, non pas

d'armée , aux cardinaux , et aux afin qu'il les louât , mais de peur

j 1 „„J„ Tovit qu il ne les blarnat: et il aioule que

autres grands du monde lant ^..^^it ^ien se tromper, puisque la

s'en faut que 1 on voie la les airs plupart des grands maîtres ne crai-

d'un auteur qui fait craindre , gnent pas le courroux de Dieu. Re-

ou qui exiee des rançons , que douteraient-ils ma plume ? continue-

,, ^ • "^ . t -1 " T t-il : Impero cfie lamairirior parte de

I on y voit toute la bassesse d un . ^^.^^ J^^^^^. „^^,,„,^,^i',r'adi Dio,

auteur qui demande très-lium- g temeranno il furore de la mia blement un morceau de pain, penna (2)? Ce raisonnement n'est

II se sert d'expressions touchantes point bon : la crainte des hommes fait

' ^ . t ' 1 que Ion s abstient de mille choses,

pour représenter sa pauvreté : il j^^^ ^^ ^^ s'abstiendrait pas , si Ton

recourt même au langage de La- ne craignait que la vengeance di-

naan , je veux dire aux phrases vine (3).

dévotes qui peuvent le mieux (B) On lui donne le titre de

exciter la compassion , et animer '^'^''V j* «livino Aretino.] On ne sera

,,,.,, ^ ' . . pas tâche de voir ici le ingement de

a la chante les personnes qui at- -- -■

tendent de Dieu la récomjjense de leurs bonnes œuvres. Il ne faut pas oublier que l'un des sujets de ses importunités était la dot de sa chère fille Adria (Q). Il se donna mille peines pour la marier , et il la vit si malheureuse dans cet état , qu'il se repentit de son impatience (R). Fatalité trop ordinaire parmi les hommes ; car combien y a-t-il de choses qui les inquiètent extrêmement lorsqu'elles ne sont point faites , et qui les chagrinent encore plus lorsqu'elles le sont ?

(A) Il n'est pas moins connu sous le titre de Fléau des princes * , que sous le nom — de Pierre Arétin.] Il se vante d'avoir cette réputation par toute la terre. Lisez la lettre qu'il écrivit à Hersilia del Monte , parente du pape Jules III; vous y trouverez ceci : In tanlo è manij'esto , ch' io sono noto al sopfiij a gli Indiani, ed il niondo al para di qualunche hoggi in bocca de la fama risuoni : che piu?

* Joly remarque que cepenclantil écrivait avec beaucoup dliumilite à l'empereur, aux rois de France, d'Aiiglulerre , de Hongrie, elc. Bayle le dit plus loin dans le lcxte\.

Montagne sur cet éloge : Platon, ditil (4), a emporté ce surnom de Dii'in, par unconsentementunii^erselqu aucun n'a essayé luy envier ; et les Italiens , qui se tuante nt ei afecques raison d'avoir communément l'esprit plus esfeillé et le discours plus sain que les autres nations de leurs temps , en viennent d'esirener V Arétin , auquel , sauf une façon de parler boujie et bouillonnée depoinctes, ingénieuses h la vérité, mais recherchées de loing et fantasques , et outre l'éloquence enfin telle qu'elle puisse estre , je ne veois pas qu'il y ail rien au dessus des communs auteurs de son siècle ; tant s'en fault qu'il approche de cette divinité ancienne.

(C). Quelques-uns ont dit qu'il faisait les fonctions de Dieu sur la terre par les foudres dont il frappait les télés les plus éminentes .'] J'ai vu cette pensée dans un auteur italien , cité par un auteur allemand. Cur verô sibi arrogaverit aliorum consensu divinitalem , nescio . nisi forte Dei munus exercuisse dicendus sit , cii.m summa capita velut celsissinios montes fulminaverit , lingud corrigens et

(i) Arétin , au VI^. livre de ses Lettres ,fol. ii5.

(î) La même , folio 120, verso.

('!>) Voyez les Pensées sur les Comètes , nurr.. \ùi et suiv.

(4) Montagne, Essais , liv. I, chap. LI . s. la fin.

298 ARÉTIN

mulctans quœ ab aliis castigari nequeunt (5).

(D) Il se l'entait que ses libelles faisaient plus de bien au monde que les sermons ] Il dit dans l'épître dédicatoire de la seconde partie de ses Ragi^ionamenti , que si l'on ne voulait pas Tesliraer à cause de ses inventions , il fallait du moins lui accorder quelque gloire pour le service qu'il avait rendu à la vérité , en la poussant dans la chambre et dans les oreilles des grands , à la honte de la flatterie et du mensonge. 11 rapporte qu'un ambassadeur du duc d'Urbin disait que si les ministres des princes , et leurs courtisans, étaient récompensés de leurs services, ils en avaient l'obligation à la plume de Pierre Arétin. Il ajoute qu'un autre disait : L' Arétin est plus nécessaire a la t'ie humaine que les prédications , parce que les prédications ne mettent dans le bon chemin que les simples ; mais ses écrits y mettent les grands seigneurs. Voici ses paroles en italien ;

mis par leurs armes. ) J'ai lu cela dans une lettre qui lui fut écrite par Daptisfe Tornielli (6). On lui déclare qu'il mériterait le titre de Germanique , de Pannonique, etc. , comme autrefois les empereurs se donnaient le nom des provinces où ils avaient triomphé. IVon sapete uoi, che con la penna uostrn in mano hauete soggiogato piii principi , ch'ogni altro potentissimo principe con l'arme? La penna i'Oitra a quai non mette terrore , a quale non èjbrmidabile ? a chi anche non grata , a chi non cara , ove si mostra arnica ? La penna uostra si puodir , che i''hafatto trionfator quasi ai tutti i principi del mondo ; che quasi tutti i'i sono tributariit, e corne injèudati. Meritareste esser chiamato Germanico , Pannonico , Gallico , Hispanico , e finalmente insignito di quei titoli, quali si dat^ano a gli antichi Iniperadori Romani , secondo le proi^incie per loro soggiogate : che se quelli soggiogacano le prouincie per jorza d'arme , e per esser piîi di loro

Ç)uando io non fossi degno di honor potenti, non era granmerai^iglia ; magt'eruno, mercè de le inuenlioni con le giormerauigliaassaiè, che unprit'ato.

quali do Vanima a lo stile , merilo pur qualche poco di gloria per ha^'ere spinto la verita ne le camere , e ne le orecchie de potenti ad onta de l'adulatione ,e de la nienzogna : e per non difraudere il mio grado , usero le parole stesse del singulare M. Gianiacopo , ambasciadore d'Urhino : JVoi che spendiamo il tempo ne seri'igi de prencipi insieme con ogni huomo di corle , e non ciascun virtuoso , siamo riguardati e riconosciuti da nostri padroni , bonla de gastighi che gli ha dati la penna di Pietro. E lo sa Milano , corne cadde de la sacra bocca di colui , che in pochi mesi mi ha arrichito di due copped'oro : VAretino è piic necessario h la i'ita humana che le predicalioni , e che sia il fera esse

inernie , haggio soggiogato infiniti potenti : che l'un patente V altro , non è merafiglia.

(F) On l'encourageait.... à satiriser les princes , ajîn qu'ils se corrigeassent.^ C'est le marquis du Guast qui lui fit cette exhortation , dans une lettre qu'il lui écrivit de sa propre main (7). Il ne demandait pas d'être privilégié : il voulut bien que ses défauts fussent censurés par l'Arétin 5 et il l'exhortait à le faire. 11 y a bien de l'apparence qu'il était sûr qu'il ne serait pas pris au mot. L'A rétin ne confondait pas les amis avec les ennemis : il ne faisait ses exécutions que sur ceux qui avaient négligé de s'en racheter. Seguite dico col solito animo , c'est ce que le marquis du

pongonoinsu ledritle strade lepersone Guastlui écrit, ese in me uostro amico semplici , ed i suoi scritti le signorili , alcuna cosa men chelaudahile conos-

ed ilmio nonè i^anto , ma un modo di procedere per soslener se medesimo osseruato daEnea, dowe non era conosciuto.

(E). On lui écrirait que sa plume lui m'ait assujetti plus de princes que les plus grands rois n'en auaienl sou-

(5) Jacobus Gaddius , de Scriptorlbtis non Icclesiaslicis, iom. I,pag. i3, apud SpnfWum^ in Felice LiteiatO, pag- "'■

cete , ricordatei'i di non lasciar di riprenderla : accioche fatto accorto de/l' error , corne desidero , lofugga , e divenga migliore. Seguite lo stil uostro , che di nuo^'O ue ne prego :

(6) Elle est dans un recueil publié Van i558, à Venise, appresso Dominico Giglio, 1/1-8"., au feuillel 128 i-cito du I". livre.

(7) Elle est au feuillet 44 du second livre du recueil dont on a vu le litre dans la citation préce'dente.

ARÉTIN

aecioche , se i defettl con uerita sa- combien on promène cette proposiranno in altii trouati , si t^ergognino , tion du père Mersenne. e i'ergognandosi , e mendandosi fug- (H) Je ne saurais croire qu'on ait gano dal vilio alla uirlii. Ondeirei grafé sur son tombeau l'épitaphe rapdii>enuti buoni , abbraciali con essa portée par M, Morëri.'\ Il ne dit point uirtii , si confermino nel bene. Del positivement et précisément que cette che quanlo in cio l'humana repub. épitaphe ait ete' gravée sur le tombeau si at'anzi ; la giudichino quelli , che de Pierre Arétin , dans l'église de lo sanno meglio inlender, cli io no'l Saint-Luc : mais il n'y a personne so esprimere. qui ne soit en droit de supposer que

(G) On lui attribue mal à propos le c'est ce qu'il a voulu dire ; car il s est livre de Tribus Impostoribus.] Nous exprimé de cette manière : « Il mouaurons peut-être occasion d'examiner » rut à Venise , où il est enterré dans amplement cette matière , et de faire )> l'église de Saint-Luc. Voici son voir qu'il y a très-peu d'apparence » épitaphe : que ce livre ait jamais existé. M. l'abbé Nicaise , l'un des plus honnêtes hommes de ce siècle (8) , qui a des habitudes avec tous les savans de l'Europe, au nombre desquels il tient une place très-honorable , eut la bonté de m'en voyer l'année passée (9) , une très-curieuse dissertation de M. de la Monnoie, son compatriote (10), sur le livre de Tribus Impostoribus. Elle est remplie de remarques très-bien

» Condil Aretini cineres lapis i'te sepullos , » Murlales alro qui sale perfricuil.

» Intacius Deus est illi , causainque rogatus • Hanc dédit : ille , inquii, non mihi notus » erat (i5).

» Elle est plus ingénieuse en italien . » en ces termes :

» Qui giace VArelin poêla Tosco ,

• Che d'ognun disse tnalo che (16) di Dio ,

» Scusandosi col dir' io no'l conosco. »

Il n'y a rien dans le narré de M. Mo-

choisies, et mériterait extrêmement réri qui puisse faire soupçonner le d'être imprimée (*). iM. de Beauval moins du monde que ces quatre vers vientd'en donner un petitextrait(ii). ne sont pas l'inscription même du L'auteur montre, par de très-fortes tombeau de l' Arétin *. C'est donc raisons , que ce livre est une pure tromper tout lecteur qui n'est pas chimère. Grotius a cru, et peut-être capable de se tirer d'un mauvais pas sur un mauvais fondement , que l'on par ses propres réflexions. C'est en a parlé de ce livre avant que l'Arétin particulier tendre un piège aux profùt au monde. Il dit que les ennemis testans qui , à moins que d'aller un de Fridéric Barberoussc l'accusèrent peu bride en main , se portent à croire d'avoir fait composer ce livre (12). Il qu'il n'y a presque point d'objet de devait dire que Fridéric II fut accusé scandale que les Italiens n'admettent d'avoir dit que le monde avait été dans leurs églises. Plusieurs donc trompé par trois imposteurs (i3). Le d'entre eux croiraient aisément, sur bon père Mersenne a débité qu'un de la parole de M. Moréri , que le pases amis , qui avait lu le livre en ques- triarche de Venise souffrit , non-seution, y avait reconnu le style de lement qu'on enterrât un athée ea Pierre Arétin (i4). Chansonsque tout terre sainte, mais aussi que l'on excela. Néanmoins on ne saurait dire posât aux yeux du monde dans une

église l'épitaphe de cet athée en quatre vers qui tournent la chose en plaisanterie. Pour moi , je ne saurais croire que la corruption et la négligence du clergé soient jamais allées jusqu'à souffrir de semblables inscriptions sépulcrales dans une église. Je crois donc que les quatre vers rapportés

(8) Voyez Vêlage quon lui donne dans le Ménagiaoa. {Toni. Il, pag. 6S,edit. de Pans, 1715.)

(9; C'est-à-dire , l'an 1693.

(10) Ils sont de Dijon.

[*) Elle l'a élé en iniS , à la fin du T. IV du Menagiana, éd. de Paris. ADD. de l'édition d'Amsterdam.

(n) Histoire des Ouvrages des SaTans , mois de fe'vrier i6q4 , png- 278 , 279. Il a rapporté l'e'loge que le Ménagiana donne h M. de la iVIonnoie.

(it) Grotins , Âppend. ad Comment, de Aatichristo , pag, li'i.

(i3) Vide Oeckhcniin , de Scriptis Adespolis, pus- 374, edit. aniH 1G86.

{i4) Merscnnu», in Geues'im. pag. i83o-.

(i5) Voelius, Disputation. , vol. I, pag. 206, et Spizrlius , Atheism. Scruùnio , pag . 18.

(•G) Iljallail dire mal fuor che.

* Joly dit gravement qu'on pcnt tenir pour certain que celte épitaphe ne fut jamais gravée sur le tombeau d'Arétin.

ARÉTIN

par M. Morëri sont une de ces pièces satiriques que l'on fait sur la mort des gens , et à qui l'on donne le titre et la forme d'épitaphe. Combien en fit-onde semblables sur le cardinal de Richelieu , et sur le cardinal Mazarin ! Ceux qui font l'éloge des hommes illustres, et qui, à l'exemple de Paul Jove, se plaisent à rapporter leurs épitaphes , devraient toujours expliquer si ce sont des vers qui aient e'té gravés efi'ectiveraent sur le tombeau , ou s'ils ont été simplement un jeu d'esprit. Si l'on avait eu cette précaution à l'égard de l'Are tin , on ne verrait pas dans leThéâtre de Paul Frehérus , et dans le Félix Litteratus de Spizelius (17) , que les quatre vers en question se lisent sur le tombeau du personnage à Venise (18). Un théologien d'Utrecht assure que l'épitaphe de Pierre Arétin , insérée dans les éloges de Paul Jove , et celle que Pazzi a rapportée , témoignent que c'était un grand apôtre de l'athéisme.

« Arelini epitaphium , apud Jovium » in Elogiis virorum doctorum , dit- '> il (19) , et alterum , apud Ginzeppe '> Pazzi, indicat qualis et quantus ■"" atheismi prœco Jiœrit; sic enini " Pazzi in libro cui tit. Continua- « tione délia monstruosa farina 5 ^) P^enetiis, 1609:

« Qui giace VAreUnipoéta Tosco (20), » Che disse mal d'ogn'unjuor che di Di» ; » Ma si scuso dicendo, no'l (21) conosco. »

Aliter sic :

• Qui giace estinto quelV amaro Tosco , " CK'ugii' huom vivendo con mal dir trafisse. » Vero è che mal di Dio giamai non disse , « Che SI scuso dicendo io no^l conosco. >»

Sur cela , j'ai à dire premièrement , que Paul Jove ne rapporte point l'épitaphe de Pierre Arétin. Comment la rapporterait-il , puisqu'il mourut avant lui ? C'est celle de Léonard Arétin qu'il rapporte; mais elle ne contient rien qui donne la moindre atteinte au christianisme du défunt : elle ne touche à la religion , ni de près , ni de loin. En second lieu, il n'y a nul fond à taire sur les deux épitaphes italiennes :, car elles ont été faites sans

{17) A la page m.

(18) Venetiis sepiiltus jacet, ciim lioc Epitaphio, Condil Aretini, etc. Paulus Frelict. , in îhcalro Viror. iUiistriiim, pag. 14G1.

(ig) Voelius, Disput., tom. I ,pag. 20G.

(20) Il fallait Tosco.

(21) Jlfallail io no'l.

aveu , et n'ont point e'té gravées sur le tombeau. Ce fut un jeu d'esprit de quelque poète satirique. Spizelius a copié presque mot à mot toutlepassage de Voétius sans le citer (ia).

Notez que Lorenzo Crasso(23) insinue encore plus clairement que Moréri , que les quatre vers latins sont sur le tombeau de cet athée à l'église de Saint-Luc.

Mettons-ici un bon Supplément(a4).

C'est la coutume , parmi les catholiques , d'attacher à quelque colonne , ou ailleurs , près du tombeau des morts , et surtout des morts de réputation , des inscriptions funèbres en papier. La vérité est que ces inscriptions sont et doivent être toujours à la gloire du défunt. Mais l'Arélin ayant été un homme d'un libertinage distingué, il est forfe possible que quelque railleur , pendant ou après l'enterrement , ait porté dans l'église de Saint-Luc , l'épitaphe rapportée par Moi'éri , et par tant d'autres avant lui. C'est ainsi qu'il faut entendre les paroles du Ghilini , qui s'en est même expliqué assez clairement dans ce sens, quand, après avoir dit, e sopra il suo sepolcrofit posta questo, epitafio ,

» Condit Aretini cineres , etc- , il ajoute immédiatement , Jîi pariniente appeso alla sua tomba quest' altro quasi tradotto dal sudetto , che l'a attorno nella bocca sino délie persone idiote ,

» Qui giace V Arétin , etc.

L'épitaphe italienne , de la manière dont le Ghilini la rapporte , est plus correcte de beaucoup qu'elle n'est dans le Pazzi , dans Voétius , ni dans Moréri • et je ne comprends pas ce dernier , quand il dit qu'elle est plus ingéniejïse que la latine. Il me paraît aussi que lui et le Ghilini se sont trompés , d'avoir pris l'italienne pour une copie de la latine. C'est à mon avis tout le contraire ; et ce qui me le persuade , c'est que l'italienne est rapportée dans les nouvelles Récréations imprimées sous le nom de

(22) Spiielii Scrutinium Atheismi , pag. 18» , (2S) A la page 38 , du premier lome de ses Eloges.

(24) M- «JïlaMonnoie , remarques manuscrites.

ARETIN

3oi

» Bonaventure des Periers , Jrt-i6, à » Paris , en 1572 (*) , et qu'on ne me » montrera la latine nulle part dans

» un livre aussi ancien 11 y a des

» fautes dans l'ëpitaphe italienne de » l'Aretin produite par Moreri et

» par Voétius la plus correcte est

» celle qui se lit en ces termes dans » le Ghilini :

» Qui giace l'Aretin amaro Tosco n Del sem' human , la cui linguatrafisse » El vivi , et morti : d'Iddio mal non disse, » E si scuso, co'l dir, io no'l conosco. ■>

Ceci, bien loin d'énerver ma critique de Moreri , en est plutôt la confirmation.

Dans les entretiens que j'eus l'an 1696 , avec le père Coronelli , qui accompagnait les ambassadeurs que la république de Venise envoyait en Angleterre , je lui demandai ce qu'il J^ n'en crois rien

Notez, je vous prie, ces paroles de M. Misson : « J'ai peine à croire qu'on » ait tourné en épitaphe, comme » quelques-uns m'en assurent, la » mordante épigramme qui a été faite » contre l'Aretin. A tout hasard, je » mettrai ici la copie qu'on m'en a j) donnée (26). » C'est dommage qu'il n'ait jamais trouvé ouverte l'église de Saint-Luc : il y alla plusi-ig-s fois tout exprès pour y t^oir te lombeau de l'Aretin. S'il avait pu la visiter, il nous fournirait une bonne décision.

Les journalistes d'Utrecht , en parlant de son voyage , rapportent les quatre vers, Coiidit Areùni cineres , eic. et déclarent qu'on dit qu'ils sont gravés sur le tombeau de ce satirique , cujiis sepulchro sequentes uersus inscripli esse dicuntur {•2']). Encore un coup.

pensait de l'épitaphe de l'Aretin. Il me répondit qu'il ne la croyait pas telle que Moreri la rapporte, et il me promit de s'en informer. 11 m'écrivit de Venise, le 2 de novembre de la même année , et me marqua qu'il était très-vrai que l'Aretin fut enterré dans l'église de Saint-Luc 5 mais qu'il n'avait pu encore rien découvrir touchant 1 épitaphe. Il m'envoya un passage tiré (aS) du f^enelia descritta dal Sansot^ino , coll' Additioni del Martinioni : Voici ce qu'il contient : P^i dorme parimente in un deposito posto in aria quel Pietro Aretino , il qualej'u cognominato flagello de prencipi , per la licentiosa presunlione délia sua mordacissinia penna , ed il quale morendo perde del tutlo il nome : poiche essendo ignaro di letlere, e opérande perjbrza di natura ne' suoi caprici, hebbe dopa morte il merilato premio délia sua petulantia : conciosia che essendo le cose sue repulate dalla Chiesa poco chrisliane , fiirono uietale del tutto a lellori, e si sarebbe djj'alto cancellata la memoria, se l'Arioslo burlandosi del titolo ch'egli si haue^a preso indebitamente , nonhai'essedetto nelFurioso :

i . . Ecco il Jlagello

De Prencipi, il divin Pietro Aretino.

(*) Je cite cette édition, parce que dans la première, qui est de Lyon, in-8°., cAm Robert Granjon , en i558 , moins ample de 35 contes que celle-ci, l'e'pitaphe de l'Aretin n'est point rnpporle'e.

(25) De la page :2o

(I) On a tort de dire qu'il ne connaissait pas Dieu : ses oui^rages de piété témoignent manij'eslement le contraire.^ Paul Freher rapporte que quelques princes d'Italie , mauvais imitateurs de l'empereur et du roi de France, qui faisaient des présens à l'Aretin pour n'en être pas déchirés, lui firent donner cent coups de bâton, et que ce cluUiment eut un tel eflét , que cet auteur renonça aux satires et aux libelles diffamatoires , et ne fit plus que des livres de piété : Quidam principes Italiœ miniis sibi conuenire existimantes donis eum ajjicere , justibus * ad mortem iisque cœdere per alios curârunt , et hoc modo linguam ejus maledicam refrenârunt, qui deinceps ascriptis satiricis abstinens sacra scripsit , non sicut priora per inquisitionem prohibita (28). Il lui arriva donc la même chose, à quelques différences près , qu'à ceux dont Horace dit dans la première épître du 11'^. livre, v. i54,

Verlére modum formidine fustis

Ad béni dicendum deleclandumqiie redacti.

(26) Missoa , Nouveau Voyage d'Italie, tom. I , pag. 281 , e'dil. de la Haye, en 1698. Ce Voyage a été' si bien reçu du public , el avec raison, qu'on l'a df'jà imprime' trois fois.

(2']) Hiblioth. librorum novorum, tom. III , pag. 63o.

^ Joly dit que jamais les princes d'Italie ne maltraitèrent Arétin , et que ce fut l'ambassadeur d'Angleterre qui lui dt donner des coups de bâion en septembre ou octobre i547.

(28) Frelieri Tlieatr. Viror. illustrium, pag. 1461. Ghilini dit la même chose dans la page 192 de la première partie de son Teatvo.

do2

ARETIN

Je ne toucherai que deux différences, dévotion ont été composés en divers

La première, c'est qu'il n'en avait pas temps par l'Arétin j les premiers avant

été quitte pour la peur : le bâton sa conversion , les derniers depuis sa

avait effectivement joué sur ses pau- conversion. M. Moréri lui attribue

vres épaules. La seconde est qu'il ne d'avoir fait sur la Jîn de ses jours les

divertit pas beaucoup en changeant ouvrages de piété ; je doute fort de

de style ; il était sorti de son élément, cela ; car il dit lui-même dans l'épître

On ne signale guère son esprit, quand dédicatoire de la II®. partie de ses

on se met sur le tard à faire des livres Ragionamenli , qu'il se piquait prin-

de dévotion : cela soit dit selon l'hypo- cipaiement de travailler vite, et de

thèse du sieur Freher, que j'examinerai tirer de son propre fonds : et pour

ci-dessous. Mais le bon de l'aflaire prouver la fécondité et la prompti-

est, qu'au sentiment de quelques per- tude de sa plume , il étale le titre de

.sonnes les livres qu'il fit en ce genre plusieurs ouvrages qu'il avait faits en

sentent un homme bien converti. On très-peu de temps, les uns sur des

n'ignore point quelle a été la conuer- matières de dévotion , les autres sur

siondu fameux Crétin. On n'a trouué des matières de gaieté : Tutto è cian-

rien en lui qui ne fût changé, jusqu'à cia, eccetlo il Jar tosto , e del suo.

son nom ; et quelques-uns prétendent Eccovi la i salnii , eccovi la historia di

qu'il Y a si bien réussi, qu'il n'est Chi'isto , eccoui le comédie , eccouiil

presque pas possible de reconnaître dialogo , eccoi'i i volumi divoti ed

dans les Hures de dévotion de Par- allegri, seconda i sogetti , ed ho par-

tenio Eliro (29) , les marques du torito ogni opéra quasi in un di , e per

vieil homme , qui sont si fortement che sijornisca di uedere cio che sa Jar

empreintes dans V ouvrage de Pietro la dote , che si ha ne le fasce , tosto

Aretino (3o). On a recueilli des con- udiransiifurori de Parniie lepassioni

versations de M. Ménage une chose d'amore , che io doverei lasciar di

qui doit avoir ici sa place : « L'Arétin cantare per descrivere i gesti di quel

i> a fait aussi des œuvres de dévotion , Carlo Àugustn. Sa paraphiase sur les

3> et cela a fait dire de lui, ubi benè, psaumes pénitentieis était déjà tra-

5) nemo meliùs ; ubi malè , nemo pe- duite en français, et imprimée à

V jiis... Voici une épigramme sur la Lyon, l'an i54o. Sa paraphrase sur

j) Paraphrase des sept psaumes de la la Genèse , avec la vision où Noé

» pénitence parTArétin :

* Si ce livre unil le destin

» De David et de VÂrélin

» Dans leur merveilleuse science ,

» Lecteur , n'en sets pas empêché:

» Qui paraphrase le pe'ché,

» Paraphrase la pénitence (3i). »

Notez qu'à la seconde édition du Ménagiana on a ôté le ubi benè , nemo

connut les mystères du f^ieil et Nouveau Testament , fut imprimée à Lyon, en i542, traduite de son italien (32). Qui oserait dire qu'en ce temps-là cet auteur avait renoncé à ses péchés et à ses libelles ? Quoi qu'il en soit , voici le titre de quelques-uns de ses ouvrages de dévotion : Specchio délie opère di Dio ; meiiiis , et qu'on a dit , qu'en matière Paraphrasi sopra i sette salnii; f^ita de dévotion , on ne peut souft'rir le délia beata Firgine; Humanita del style d'Arétin , et que c'est la chose Figliuolo di Dio ; f^ita di santo du monde la plus pitoyable que les Tomaso d'Aquino ; P'ita di santa Vies de J. C. , de la f^ierge, de Catarina f^irgine e Martire (33). saint Thomas d'Aquin , la Genèse , Voici la confirmation complète de et la Paraphrase sur les psaumes , soit ce que j'ai avancé (34). « L'Arétin ne pour les pensées , soit pour l'exprès- j, composait des œuvres de piété sion. ■» que pour exercer son imagina-

Il paraît, par le passage que j'ai cité )) tion,et pour faire voir qu'il était du sieur Freher , qu'on a cru ijue les >, capable de tout , pour apaiser les livres de libertinage , et les livres de ,> Jévots irrités contre lui , et pour

(2g) // prit celle anagramme de son nom a la tête de ses livres de piété,

(3o) Baillct, Jugeraens sur les Poètes, tom, /, fag. i33.

(30 Wénagiana , pag. 26G.

(Sa) Bibliolli. de Duverdier.

(33) Frelierus, Tbeatr. Viror. illustr. , pag. itfii; ex Thealro Gbiliai.

(34) -M. de la Monnoie , Remarques manuscrites.

ARÉTIN

» s'attirer des libe'ralite's de la part vons lui appliquer la censure fou-

» de quelques grandes dames à qui il droyante contenue dans ces paroles

» envoyait des exemplaires de ces du psalmiste :

)) sortes de livres. Il n'en était })as

» pour cela plus sage , puisqu'après

)) avoir publié sa paraphrase sur les

M sept psaumes, et son Uumanita di

)> Chrislo , en i535 , il s'avisa, sur

» la fin de iSSj , de dédier à Battisia

» Zatti, de Bresse, citoyen romain,

)) ces postures infâmes dont on a

» tant parlé , au bas de chacune des-

» quelles il avait mis un sonnet , aussi

» déshonnête, commedit M. Felibien,

M que l'étaient les actions représen-

» tées. L'épître dédicatoire à ce Bat-

» tista Zatti se trouve dans le premier

» volume des lettres de l'Arétin, Il

Jussi dira l'Eternel au mescharU , Pour,)uoiva,-tu mes edits tant preschant, El prends ma lot ei, ta bouche maligne, y eu que lu as en haine discipline, El que mes dit t jeUes et ne reçois ? Si un larron d'aventure apper'çoit Avec lui cours ; car autant que lui vaux T' accompagnant de paillards et ribaux : ' Ta bouche mets a mal el médisances Ta langue brasse et fraudes el nuttances . Causant assis pour ton prochain blâmer , Et pour ton frère ou cousin diffUmer : Tu fais ces maux , et cependant que riens Je ne l'en dis , lu tn'eslimes el liens Semblable à loi : mats quoique laid le face. T'en reprendrai quelque jour en la face (36\

Je confesse que le commun des hom-

»i 1 i i mes n est point choque des écrits de

» parait aussi par la peinture que cet i - „,• N - 4"^ "«=' «î*-'»!* "t-

•^ - • s ' j 1 dévotion qu un indevot et uu uu nro-

de ses mœurs dans la <• ^ ut^uici qu uu pio

M auteur fait de ses » CCXC«. lettre du IV^ volume, datée » de décembre i547, 1"^ ''i'^'^ qu'il )) fûtalors dans la cinquante-septième )) année de son âge {*) , il n'en me- » nait pas un» vie moins licencieuse.

» L'endroit où il parle de l'interrup- » tion qu'il est obligé de faire en » écrivant cette lettre, est quelque

» chose de fort singulier (35) On

» peut voir aussi iaCCCCXXXIXe, let- )) tredu même volume, oùl'onrecon- » naîtra qu'il faisait profession d'une )) morale peu scrupuleuse.»

C'est donc à tort que l'on prétendrait qu'il composa ses livres pieux après avoir renoncé par une sérieuse pénitence à sa vie libertine. Il composait tour à tour , et des écrits de piété , et des é'^rits de débauche, étant

fane compose ; nuis les personnes d'un goût délicat ou difficile en sont plus scandalisées que d'un écrit où un tel auteur parlerait sincèrement. Optez , disent ces personnes-là , soyez l'un ou l'autre , ne donnez point à l'imprimeur aujourd'hui un oiwrage de piété , demain un lifre de libertinage. Nous ne voulons point une telle comédie ; puisque i^ous persti'érez dans le mal , nous aimons mieux que uous en gardiez incessamment les apparences.

.... Quanta constantior idem In viliis , tanl'o levius miser: ac prior ille , Qui j'am contenta , jàm laxo fune laborat (37). •>

Il serait à souhaiter que personne ne se mêlât de faire des livres de dévo-

touiours malhonnête homme, et *\o°' ^^ns être bien persuade de ce qu'il

plongé dans la corruption : et si , par '^'^' ""^ '^"' ^^ "^«"re en pratique ;

rapport aux hommes, il était moins «^f*^ PO"!" les personnes à réflexion ,

pernicieux en s'exercant sur des ma- V "^^ 8^^°*^ '"J^* de scandale que

tières pieuses, qu'en traitant des sujets "^^ '■°''' f' ««"^ent delà mésintelli-

coW ,1 M^\i pnrnr^ ..In.: ^.irr^iV,^! gence entre Ics peusces et les naroles

sales , il était encore plus criminel aux yeux de Dieu dans ces compositions-là, que dans celles-ci. Il n'appartenait pas à un tel profane de toucher aux choses saintes : il leur faisait une injure plus piquante, en les expliquant avec un cœur dépravé , et par de mauvais motifs , que s'il les eût insultées ouvertement. Nous pou-

(*) La preuve s'en tire de ce qu'il se dit âge' de cinquante-quatre ans dans une lettre « Paul Jove , du mois de mai i545, pag. i4i lourne'e du II I^. volume , édition de Paris, en i6og, in-80,

(35) On ne le rapporte pas ; il est trop licencieux.

pensées et les paroles e ceux qui font de tels livres , et plus encore entre leurs actions et leurs écrits.

(K) Je parle de ses Ragionamenti.] Ils sont divisés tn trois parties, dont la dernière qui traite de la cour et du jeu des cartes, est beaucoup plus supportable que les autres. La première traite des désordres des nonnes des femmes mariées, et des filles de joie. Il suffit de dire en général que

(36) Psaume L. Je me sers de la version de ClementMaiot.

(3;J Horat. , Sat. Fil, tib. II, vt. i8»

ARÉTIN

la seconde est l'esprit et Thistoii-e du Putanisme. Quelque abominables que soient ces dialogues , ils le sont beaucoup moins que le livre qu'on lui attribue, de omnibus f^eneris Schematibus.

Voici une remarque qui m'a été envoyée (38). « Ce livre (t^e omnibus ■), f^eneris Schemalibus) qu'on attri- 3, bue ici à l'Arétin , et que bien des 3) gens croiront peut-être avoir été 3) composé par lui en langue latine , à » cause que par honnêteté vous lui

» il s'en explique dans son Capitolo >> au duc de Mantoue :

» Ma peick' io sento il présente alP odore,

>• Un' operelta in quel cambio galante,

• Vi mando hora in stil ladro Iradilore

■ Intitolata la l'utana errante,

1» Dal y^eniero composta tnio creato.

» Che me in dir mal tjuatro giornate inanle.

J'ajoute à cela un beau passage de M. Chevillier : Ce J'ai enuiron l'an i525, que Jules Romain, le plus célèbre peintre d'Italie , poussé par l'ennemi du salut des hommes , inventa

>j donnez un titre latin , n'est autre des dessins pour grai'er uingt plan

3) chose qu'un recueil contenant seize j) figures déshonnêtes , gravées par 3) le fameux Marc Antoine de Boulo- 3> gne, d'après les dessins de Jules 3) Romain , au bas de chacune des-

0, quelles était un sonnet de l'Arétin. 3> 11 en parie dans une lettre du 29 de

1. novembre iSa^ , par laquelle il » mande au seigneur César Fregose , j> qu'il lui envoyé il libro de i sonetti n e de le figure lussuriose. Le Vasari, j) et M. Felibien après lui, ont dit que » ces figures et ces sonnets étaient au î) nombre de vingt ; mais l'Arétin lui- 3) même , dans la dédicace qu'il en }> fît en i537 à ce Battista Zatti dont 5) j'ai parlé, n'en compte que XVI. Il

ches. Les sujets en sont si déshonnêtes, qu'on n'ose pas seulement les nommer.

Pierre Arétin , diffamé dans le public, qui le connaît pour un impie et pour un athée, composa des sonnets pour chaque dessin. George f^asari , qui rapporte cette histoire dans son livre de la Vie des Peintres, dit qu'il ne sait lequel serait le plus impur, ou de jeter les yeux sur les dessins de Jules, ou de s' arrêter à lire les sonnets d' Arétin : Io non so quai fusse più o brutto lo spettacolo de i designi di Giulio ail' ochio , o le parole dell' Aretino a gl' orecchi.3. Part. pa. 3o2. Un graveur, appelé Marc Antoine , osa bien faire servir son burin pour graver sur ces

)j y a un dialogue de uWaddalena et vingt planches tantd'infamies. Le pape j) de Giulia , qui a pour titre La Pu- Clément VII le fit mettre en prison ; y> tana errante , où il est traité au long mais le cardinal Médicis lui sauva la -j) de i diversi Congiungimenti , jus- vie- Et si grand que fût le mérite de j) qu'au nombre de trente-cinq. C'est Jules dans la peinture, il aurait été 3ruple l'ancienne châtié très-rigoureusement , s'il ne se fût retiré a Mantoue. Il arriva en l'année i527 que Rome fut pillée par l'armée de Charles- Quint : le sort de ce graveur fut , qu'ayant perdu tous ses biens , il fut obligé de quitter la ville, et mourut quelque temps après.

M. Chevillier ajoute que M. Jollain , raai'chand de la rue Saint-Jacques à Paris , sachant où il y avait de ces planches injâmes , qui représentaient ces dessins abominables de Jules, et ces sonnets impurs de l'Arétin , y alla, et les acheta cent écus , dans le dessein de les détruire, ce qu'il exécuta

in- 12 de 4o4 pages sans date. Cette Bibliothèque d^Artkin est un recueil de pièces obscènes de divers auteurs : ou en trouve le détail dans les Analecla liiieraiia de Freytag , pag. t\^. Il n'y a dans cr. volumeaucune pièce d'Arétin, puisque la Futanu ermnle est de Venlero. Joly s'csprime donc inexactement eu disant que cette pièce « est tout ce qu'on tiuui'e de l'Are'Un dans cet ouvrage uialgri Sun titre. »

}> surpasser du quad » débauche :

» Çuales nec Didymœ sciunt puellie , » Nec molles Elephantidos libelli.,..

» Sunlilllc Veneris novem figurât.

i> C'est ainsi que Lindenbruch (Sg) ■» cite l'épigramme XLIIi du XI1'=.

3) livre de Martial j d'autres lisent 3) novœ au lieu de novem. L'Arétin , 3) quoique l'ouvi'age ait toujours été 3) imprimé sous son nom , le désavoue, )) et dit qu'il est d'un de ses élèves , » nommé le Veniero. * Voici comme

(38) M. de la Moanoie, Remarques manuscrites.

(39) Notis in Priapeïa , pag. 3o5.

' Depuis, et dans le Ménagiana , IV, Go, la Monnoiti déclare abandonner cette idée. Mais Mazzuclielli pense au contraire que le poëmede la Pulana errante, et le Trcnluno delta Zajjhtta sont de Lorenzo Veniero. Mnzzucbelli ajoute que la Putana errante n'est qu'en trois chants. On en trouve une traduction française dans la Cil/liothe'que d'/lre'Un , Cologne, P. JVIarl«au ,

ARÈTIN.

il a toujours cm que celaient les planches originales , gravées par Marc Antoine^ qu'il auait détruites (4o).

(Lj Ses Ragionamenti furent imprimés pendant sa fie; mais on a de la peine à déterrer quand ils le furent la première fois."] La préface de l'édition de i584 ne permet pas de douter du premier de ces deux faits.

Le libraire, sous le nom suppose de ljarbagrigia,!déclare que l'auteur avait résolu de publier ses Ùialofçues, divises par journe'es, à la manière de Boccace , et comme ils le sont dans l'edilion que j'ai cote'e; mais que d'autres le devancèrent , et qu'ils publièrent cet ouvrage contre son gré, et en assez grand désordre : Hnggi l'i présenta di loro una buona parte.... da rue ridotte ne la maniera ch'egli le compose , e ne la medaima maniera ch'egli hai'eua ditenuinato difarle la prima volta stampare , s'allri ( contra sua foglia ) non l'hafessero prima di lui date per niezzo de la stanipa in

» i556 (42). Antonio Francesco Doni, » dans la première partie de sa Li- » brairie, publiée en i55o , qui con- M tient Ls livres imprimés , parle de » deux Dialogues délie Donne (43) , » qui sont dirtérens des Jta^iona- » menti, dont il ne dit pas un mot, » parce qu'assurément ils n'étaient » pas encore imprimés. A l'égard » des Lettres , il n'y a que le seul » premier volume qui mérite d'être » lu , quoiqu'il ne contienne presy> que rien de satirique : les autres » cinq sont extrêmement fades , et » vous pouvez vous en tenir là-des- » sus à M. Ménage , dans le Ména- )> giana , qui leur fait encore trop » d'honneur , quand il les estime » pour le style. )> Dans une autre lettre , M. 3Iinutoli a eu la bonté de me faire part de deux remarques qu'il fit en lisant les Lettres des Hommes Illustres , publiées par Jean-Michel Brutus. 11 trouva ces paroles à la page 369 , daus une lettre de Jean Maludanus à Denvs Lambin : Penè me

lace assai mule acconcie : conciosia fugcrat qnod scribendum in priniis cosa che Giornate questo nomasse per juisse arùitror. A Perinnin éditant

seguitare l'aile pedate del gran Giop.inni Boccaccio. Je joins à cela quelque chose de plus précis , et je le fais avec d'autant plus de satisfaction , qu'en même temps je m'acquitte d'un devoir indispensable envers M. Minutoli , par le témoignage public que

ie lui donne de mon estime singuière , et du grand prix que je mets à l'amitié dont il m'honore. J'avais consulté cet habile professeur de Genève, et voici l'extrait qu'il me communiqua d'une lettre qu'on lui avait écrite de Dijon : « Il faut, monsieur, M vous parler présentement d'un li- » vre qui est fort opposé à celui-là » (4i) , qui est les Itagionamenti di » Pietro Aretino ; vous souhaitez » que je vous éclaircisse de (|uelques » choses qui les regardent. Les Jia- » gionamenti , ou Entretiens capriw cieux de l'Arétin , ont paru avant w sa mort; il n'en faut point dou- )' ter , puisqu'pTi i55i il y a eu une M invective de Joachim Périon, moine » bénédictin, contre l'auteur des/ia- » gionamenti , qui ne mourut qu'en

(4o) Chevillier , Origine de l'imprimerie de Paris , pag. 324-

(4i) On vfiinit de parler du livre de M- Bail- Ifl, lOHchaiii la dùvotion a la Sainte Viçrge.

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