TOME U
esse audio oralionem adi'eniiin Petrum Aretinum. Periculum est ne ut jampridem principum , ità posthàa et MavctXi^'v flagellum esse et nominari t^elit lacessitus Areiinus. 11 n'y a dans cette lettre que la date du jour , IVonis nmiis; mais comme la réponse de Lambin est datée Nonisjuniis anno C13 13 Li , il est aisé de conjecturer en quelle année Maludanus lui avait écrit. Mon lecteur sera bien aise de trouver ici ce que Lambin , qui était alors à Rome , jugeait de la harangue de Périon : Perionii orationem in Petrum Aretinum jampridtia legeramus , sed mullo non sine risu.
Quid enim magis ridiculum excogitare potest , qu'ani homineni Bened ctinwn , philosophum , Ciceronianurii, theologiim , cum P. Aretino veriis decertare ? Onininà suw cxislimntioni pariim consulniise judicalur , nain qu'id arguit illum esse impurutn, sceleratum , impium , quid tum posteh ?
(42) J'^orez la remarque (N).
(4^) ï" relier met ces deux Dialogues entri; Us OEuireu de TAréliii, et ne parle point det UagionAtnenti. Feut-etre que ces deux Dialogues sont celte première édition qui /"ut fuite coittre la colonie de l'auteur, et dans un autre ordre que le sien,
ARÉTIN
T'aies homines non cerbis aut scn/His castigindi sed le^ibus el pœnis sunt eoërceiidi. Sed hâc de re alias plura '''. Quant à la seconde partie du texte de cette remarque , lisez ce qui suit , et vous admirerez l'exactitude et Tétendue des recherches de l'habile homme que je cite (44)- " ^^ "^^t dif- )) ficile de marquer le temps précis )> de la première édition des Raglo- » namenli , tant parce qu'elle est de- » venue si rare , qu'il est comme imj) possible d'en trouver des exemplai- » res , que parce que les Dialogues , )) qui composent les deux parties de « cet ouvrage , ne parurent pas tous y> en même temps. La première parj) tie précéda l'autre de quelques anj) nées 5 et ce qu'il y a de sûr, c'est » qu'elles étaient toutes deux impri- » mées en i537 ; les épîtres dédica- }) toires de l'une et de l'autre partie )> étant insérées dans l'édition du j) P''. volume des lettres de l'Arétin , » à Venise , in-folio , par Francesco » Marcolini , en la même année. Le ■» titre de ces Ragionamenll a varié.
}) L'auteur, dans l'épître dédicatoire )) de la 11^. partie de ces Entretiens, )) appelle la première i tre Giorni di » capricci, et même simplement Dia- » logo , car c'est ce qu'il entend par j) ces paroles : ecco^i il Dialogo, lesj) quelles ne se trouvent pourtant pas » dans cette même épître insérée }) parmi les lettres du I^''. volume , » où il y a encore une autre varia- 3) tion considérable , qui est qu'après » ces mots e per non difraudare il ït mio grade , tout ce qui suit , jus- » qu'à e lo sa Milano corne cadde \ni> clusivement , est entièrement omisj) au lieu de quoi il y a usaro le pai> rôle cadute de la sacra bocca del » magno Antonio da Leva , l'Arej) iino è piii , etc. Quelquefois , au j) lieu de Dialogo , i! dit tout au » long , comme dans l'épttre à son » singe : // Dialogo de la JVanna e
♦ Joly rapporte le titre et îles passages de la baraogue de Périon contre ArétiD. Voici le titre de cette pièce qae Bayle n'avait pas vue : ad Henricum (II) Galiife rc^cni clarissifnwn ac potenlii.timum, rœterufque chiislianœ rMi^ionis principes , Joachimi Perioiiii , beiieilictini Corinariacprù in Pelrum Arelinum oralio , Paris, N.deGuinguant iSJi, tn-8, ilc7i pages non chiffrées, et réimprimé à Cologne, i56i , in-8.
(44) ^- de la Monnoie , Remarques mnnu- «crites.
de la Antonia. Quelquefois , comme dans son Dialogue ddla Corte , par la IVanna , il entend la première partie des Rnginnamenti, et par la Pippa, la seconde. Dans une lettre du i5 mai 153^ , à Francesco da l'Orme, il désigne les deux parties par i due Dialoghi, de même que les désigne aussi Anton. Francesco Doni par Dialoghi due délie Donne {*). Il est constant cjue ces Dialogues n'ont jamais été intitulés /îa^to/jaweHfi par leur auteur. Ce n'est que depuis l'édition de i584 qu'ils portent ce titre. Le véritable était Capricci. Périon le reconnaît dans son invective contre l'Arétin. Scripsit enim , dilil, atque edidit nefarium librumquemdam , quem Capricium , a caprarum lasciwiâ el libidine inscripsit.
Et plus bas, Gain plerique jam Italicè sciant , quo quideni sermone istius Capricius aliique libri scripti sunt. Le Bandel se méprend lorsque , dans la XXXIV. de ses Nouvelles , page 2'i5 de la F^. partie , il dit que la Zanina lisait la JVanna , ce sont ses mots : o sia Raffaella de l'Arelino. La Nanna , en effet, et la Raffaella sont deux ouvrages différens, et de différens auteurs. Par la IVanna , on doit entendre la première partie des Ragionamenti de l'Arétin: par la Raffaella , le Dialogue de Madonna Raffaella et de Margareta , intitulé WeWa bella Creanza délie Donne , qui apprend aux femmes à faire des galans. Il est d'AlessandroPiccolhuomini , sous le nom de Stordito Intronato , qui était son nom d'académicien. Cette citation de la JVanna , par le Bandel , sert pourtant à faiie voir que la I*^". partie » des Raginnamenti paraissait tout au moins dès l'an i535 , puisque sur la un de celte même nouvelle, où est citée la iVa/;«/2, il est fait mention du Bernia comme alors vivant, lequel constamment , quoique M.
Baillet le mette après des poètes qui sont morts en j6o6 , mourut •) au mois de mai de l'an ;535 : Il » Bernia v'irurio ]>nëLa d'Arelino rno- » ri apopletico , dit Paul Jove dans
(*) Libraria del Doai, part. I , pag. 3j| tournée-
ARÉTIN
» une lettre du dernier cle mai i535, )) à re'vêqtie de Faïence Ridolfo Pio , » dit depuis le cardinal de Carin , « nonce alors en France. M. Ménan ge , qui a fait un chapitre exprès » du Cernia dans la I''*. partie de )) son Anti-Baillet , n'a pas relevé » cette faute. »
(M) Ses six uolumes de lettres..-, ne valent pas grand'chose. ] Nous avons dt-jà vu sur ce sujet (45)le jngetnent d'un savant homme de Dijon; il faut y joindre celui de M. Ménage.
J'ai lu , dit-il (46) , toutes les lettres (Je Pierre jirétin, sans y trouver rien que j'aye jamais pu faire entrer dans aucun de mes lit^res. Il iiy a que du style a prendre dans cette lecture. On ne saurait donner une idée plus expressive d'un ouvrage sec , et trèssemblable à un logis démeublé , à une terre sablonneuse, en friche, à des landes ; car M. Ménage était un des hommes du monde qui savait le mieux profiter de ses lectures , et qui possédait le mieux l'art d'en varier les applications.
(N) Il mourut environ l'an i556 , à l'dge de soixante-cinq ans , plus ou moins (47)- 1 « ^^ ciu' fait con- M jecturer que l'Arétin est mort , ou M sur la fin de i555, ou dans l'an- )) née ï556 , c'est que depuis le mois » d'octobre i555, date de l'épître dé- 5) dicatoire du dernier volume de ses 3) lettres , il ne se voit pas qu'il ait 3) rien écrit 5 et que le Ruscelli , qui » écrivait son Riraario en i557 ' Y 3) parle de l'Arétin comme d'un hom- 3) me mort depuis peu : Onde il mio 3) Aretino di buona menioria , dit-il 3) au mot Rosta , dans le vocabulaire 3) qui est à la fin du Rimario. Que ce 3) soit en i557 4"^ "^^ Rimario ait été » composé, cela paraît par le passage 3) que j'en ai marqué ci-dessus (48) 3) au sujet de Silvio Antoniano (49)- " Paul Freher s'abuse, en disant qu'Arétin mourut vers l'an i566 (5o).
(45)) Ci-dessus , immédialemenl après la citation (43).
{46) Ménagiana, pag. 896 de la première édition de Hollande.
(4') Vorei ci-dessus la citation (*), entre la (3.',) ei la (35).
(48) ^ lajin de la remarque (D) de l'article Amtohiano.
(49) M. de la Moanoie, Remarques maBuscrilvs.
(50) Paul. Frclier., in Theatro Vironim illustrium , pas- i4(>i-
(0) On conte qu'il se mil si fort à rire , entendant des discours sales , qu'il tomba,... et en mourut sur l'heure. ] Voici les propres termes de l'auteur qui rapporte ce fait : Infindas ohscœnitales de mereiricibus, ut aïunt, sororibus suis , cù.-ii audiret , ex risii sellant in qud sedebat ei'crtisse , occiputque vehementer graviterque ad terrain (ifflixisse atque allisisse ut extcmplô nequissimè interiret (5i).
(P) Il se trouva mal d'avoir écrit contre Slrozzi.... Je citerai mon auteur. ] C'est Rémi de Florence, f^olse, dit-il (52) , Pielro Aretino burlare e molteggiare il sig. Pietro Strozzi , quando egli diede 3/arano a f^enetiani , e gli fece un sonetto, che cominciava :
Mentreil gran Slroiii Arma viramque cano, elc.
Ma il signor Pietro , corne huomo valoroso , e che non vnleva sue burle ne suoi molli , gli fece intendere, che altendesse ad allro , perche lo farebhe amniazzare insin nel letto. Onde il povero Aretino , che connsceva il signnr Pietro huomo piii da Jarlo che da dirlo , si mise tanto spaventn, che serrato in casa , ne dando ingresso a persona alcuna , guardava pure se i pugnali piouevano , e mena giorno e notle una vila infelicissima , e per fin che lo Slrozzi stette in paese de f^enezlani non ardi mai uscir di casa. Je m'imagine que, quand il se vit hors de danger, il fit comme la truie lavée.
(Q) L'un de ses sujets d'importunilé était la dot de sa chère fille Adria. ] Il l'aimait avec beaucoup de tendresse, et il s'était engagé à compter mille ducats à celui à qui il la promit ea mariage. Ce futur n'était point un homme qn'on pût renvoyer au premier livre qu'on dédierait : une telle assignation , que certains auteurs ont employée auprès de leurs créanciers, n'était point capable de le contenter; il stipula que mille ducats lui seraient comptés avant qu'il donnât l'anneau à sa future : Mille ducali è la promessa da me f alla allô sposo in con-
(5i) Aol. Laiirentinus Polltianus, in Dialogo de RIsu, pag. 87.
(.52) Rem>sio Fiorentino, Considérât, civill sopia Guicciardini, cap. fl , folio 8 verso. Vojei le Rime pi.-iceToli , pan. II , folio \i.
ARÉTIN
tunti, prima che se le dia l'aneUo (53j. 11 fitllnt que l'Arëtin fît servir au paiement de cette somme la chaîne d'or qu'il avait reçue du prince d'Esagne (54). Il s'adressa au cardinal de orraine , pour en être secouru dans cette nécessité : je ne sais point s'il en obtint quelque chose ^ mais je sais qu'il fut secouru du duc de Florence.
La lettre de change que ce prince fit expédier ( 55 ) portait qu'on ne la payât que sur de bonnes attestations que le mariage avait été consommé (56). Cette condition fit hûttr les noces : le père eût voulu les différer , parce que la jeune Adria lui paraissait d'un âge trop tendre ; mais il fallut passer par-dessus cette considération. 11 dit que sa fille , en se mettant au lit nuptial , parut être une \ictime pure mise sur l'autel sacré :
Per importarmi piii l'honore délia parola obligata , che il rispetto délia etade lenera , consentii che la innocentia si copidasse co'l sacramento.
Ella , nello entrai e nel lelto , purue una oslia para , posta sopra faltare sacro (57). 11 paraît que le beau-fils * n'exigea point à toute rigueur que la somme lui fût comptée en bonnes espèces avant les noces : il se contenta d'être nanti de la chaîne d'or que le fils de l'empereur avait donnée à l'Arétin : d'en être , dis-je , nanti pour la sûreté de ce qui manquait aux mille ducats 5 mais cela ne laissait pas d'embarrasser le beau-père , qui avait envie de conserver cette chaîne d'or, et qui se voyait chargé de sa fille jusqu'à ce que toute la somme fût payée j car , avant l'entier paiement , le gendre ne voulait point amener chez lui son épouse. Le duc de Florence fut encore importuné , et déboursa quelque chose (58j.
(53; Arélin, lettre CXLV du V*. liv. , folio ^a verso^ édition deParis , en 160Q.
(S/,) LU même.
(5-1) yoyez la XXI y. Lpttre du même livre, allé est dale'e de Denise , l'an i548.
(36) f'ov^.î la CCXX'. Lettre du V*. livre. Elle est dale'e du moi< de mars iS^g.
(5-;) Là même , folio i02.
• Adria, .lit Joly, Int fiancée en i548 à Diotallevi Kota, jeune lioramr de vinj^t-neuf ans, uc dans le Bergamasqiie, mais établi dans le duché d'Uiliin. Le maria|;e fut célébré deux ans après-
(IS) Forez le yi'. liyrt des Lettres de i'\riùfiffoUo lai.
(R) Il l'it sa fille si malheureuse dans le mariage , qu'il se repentit de son impatience. ] Ce mariage ne fut pas heureux : la pauvre Adria fut si maltraitée chez son mari , qu'elle fut contrainte de s'en retourner chez son père 5 mais son mari !ui ayant promis un traitement plus commode , elle se laissa persuader la réunion, et ne fut pas plus heureuse qu'auparavant (59). On continua de lui ravir le pouvoir des clefs ; pouvoir qui ne tombe jamais en <juenouille dans l'église , mais qui est afi'ecté aux femmes dans le ménage. Elle ne pouvait ni manger, ni boire que quand il plaisait à d'autres de disposer de la clef en sa faveur. On la chicanait éternellement sur ses parures : on ne voulait point qu'elle portât de joyaux , et on la voulait contraindre à vendre un diamant que son père lui avait donné. Elle était donc attaquée par les endroits les plus sensibles : c'était vouloir lui arracher les entrailles. L'Arétin implora pour elle la protection de la duchesse d'Urbin (60). Quel crèvecœur de se voir si méprisé de son gendre , pendant que son nom faisait du bruit jusqu'à la cour de Per»
se (61) ! Quelle amertume domestique , au milieu des prétendues douceurs d'une grande réputation ! Pouvait - on se consoler en considérant que ce brutal méprisait aussi le duc de Florence , qui lui avait tant recommandé de bien traiterson épouse?
C'était , au contraire , un nouveau sujet de confusion pour la personne qui avait choisi un tel gendre : Benche en quanta al non J'aie nissuna stima de tue simil' cane , non è marai^iglia , è ben' da stupire del si poco rispetto che mnstra d'hat'ere la asinaccio al gran' duca , la oui benignità mansueta , nscendo noi di Pesaro , per il viaggio di Roma , cosi quai era a cauallo , chianiullo , e dissegli : Se tu uuoi che non ti si manchi di gralie , traita la inoglie tua , si cnme di me nota fusse (62 j. Notez que Pierre
(Sf)) Voyez le VI', livre de ses Lettres, /oiio'ïSi.
(Co) Sa lettre a la duchesse d'Urbin est datée de f^enise du mois de novembre i554.
(Gj) Voyez la remarque (A).
(61) i'Arctin , au feuillet 28a du VI'. livrodt tes Lettres.
ARGYROPYLE.
Àrëtin eut une autre fille * qu'il souhaitait fort de marier (63).
comme il aimait à manger beaucoup, et à boire tout autant , et que sa complexion pouvait soutenir la charge , il dépensait tout ce qu'il gagnait. On croira clone aisément ce qui a été rapporté touchant sa bedaine (B,. Il mourut à l'âge de soixante-dix ans : ce fut d'une fièvre qu'il gagna pour avoir mangé trop de , melons (c). Il témoigna beau—
(A). Il fut tres-bien accueilli par coup de constance lorsqu'un de Cosme de Medicis , qm Im donna 3^^ gj^ f^^ ^^^ ^ ^^^^ ^^.^
* Cette autre fille , née en septembre i547 , mourut à l'âge d'environ dix ans. L'Arétin , dit Joly , en eut quelques autres.
(63) ElU s'appelait Jastiia. Voyet la CCX'. Lettre duV'. livre, et le feuillet i58 du FI', livte.
ARGYROPYLE {a) (Jean) , natif de Constantinople , se retira en Italie , pendant que les Turcs bouleversaient toute la Grèce
à instruire son fils Pierre , et son petit-fils Laurent {b) , et qui le fit professeur en grec dans la ville de Florence. Il témoigna
Voyez , touchant l'ordre que donna le pape Paul II de poursuivre les meurtriers , et les funérailles du défunt, la ce*. lettre
sa gratitude dans la traduction Ju cardinal de Pavie, page 620 quil fit de la Phjsiquc et de la q,^ ^ remarqué qu'il fut le pre-
Morale d'Aristote. Il eut un bonheur tout particulier dans ce travail , puisque Théodore Gaza , qui avait composé une semblable "version , la jeta au feu , afin de ne point préjudicier à la fortune ^.'Argyropyle son bon ami. Gaza le surpassait en éloquence : sa version eût offusqué infailliblement celle-là; et comme il n'ignorait pas l'ambition d'Argyropyle , il lui fit un sacrifice qui , de l'humeur dont il était, ne lui coûta pas beaucoup. C'était un homme qui ne se souciait , ni de louanges , ni d'argent. Les discours d'Argyropyle dégoûtèrent et fatiguèrent les hommes doctes; et surtout quand il soutint que Cicéron avait ignoré le grec. Il quitta la Toscane dans un temps de peste , et s'en alla à Rome , et y fit des leçons sur le texte grec d'Aristote. Ses gages furent considérables ; mais
(a) El non pas Argirophile , ni Argyropliile, comme dans Moréri.
{J>) El non pas son n«veu , comme dans Moréri,
ïTiier des Grecs qui enseigna la philosophie dans cette ville-là (C). Il disputait avec beaucoup de vigueur , et il avait une science fort étendue *. Il laissa un fils , qui fut un excellent musicien (e). Les jugemens qu'on a faits de ses versions diffèrent extrêmement les uns des autres (D).
(c) Tiré de Paul Jove, Elog. cap. XXriI.
(d) Petrus Alcyonius , in Medtce Legato priore , pag: 25.
* Joly regreUe que Bayle n'ait pas consulté les Lettres de Philelplie II y aurait trouvé uo éloge complet d'Argyropyle dont Hodi a écrit la vie dans son Traité de Grœcis illiistribus , linguœ grœcie , lilterarutnque humaniorum instauraloribus , Londres , 1742 , i«-8.
(e) Obiit , relictofilio Isac.io , nobili musico. Volaterran., lib. XXI, pag. 776.
(A) Il ie retira en Italie pendant que les Turcs boulet^ersaient toute la Grèce. ] Je n'ai pas osé clire , avec Moréri , qu'il se retira en llalie après (jii'ils eurent concjuis Constantinople; car deux raisons me font douter do cela. L'une est que Paul Jove dit qu'Argyropyle fut poussé en Italie par la même tempête qui contraignit Théodore Gaza de s.' y retirer (i). Or , il
(1) Paulus Joviu;, Elogior. eap. XXVII , pag. 64.
3io
ARGYROPYLE.
observe que ce Théodore s^ réfugia lorsqu'Amurath ébranlait toute la Grèce par ses armes victorieuses :
^Tiiurathe Grœciani oriinem i'ictricibiis annls quatienle , in llaliam l'enit (2). C'est nous portera croire qn'Argyropyle quitta son pays avant que la ville de Constantinopleeût été prise par les Ottomans. Ma seconde raison est qu'il adressa un Traité de Consolations à l'empereur de Constant inople. J'avoue que, pour faire de ceci un bon argument, il faudrait prouver qu'il composa cette pièce en Italie , et je confesse que je ne puis point le prouver. Ainsi je ne vous donne cette observation que pour un motif de demeurer en suspens. Paul Jove est bien condamnable d'avoir ne'gligé ja chronologie autant qu'il l'a ne'glige'e dans ses éloges j car il lui eût élé facile de détener la date des
cneils qu'on étalera dans les remarques de l'article Gorgias. *
(G) On a remarqué qu'il fut le premier des Grecs qui enseigna à Ronie...'] Politien , son disciple , va être cité j voyez ces paroles de Hornius : Primas ex Grœcis Romœ philnsnphiant professus fuit Av^yropylus , cujus sectatorem se fuisse memorat Angélus PoUtianus , Miscell. cap. i , eunique cum litteraruin lalinaruia minime incuriosum , tuni sapienliœ decretorum, disciplinarumque adeô cunctnrum quœ cyclicie à Marliano dicuntur, eruditissirnum illis temporibus hahiluni atqufi in dispulando acerrimum (6).
(D) Les ju^emens qu'on a faits de ses i^ersions diffèrent extrêmement les uns des autres. ] M. de Thou observe que Périon, voulant s'éloigner de la méthode d'Argyropyle , se jeta dans une autre extrémité. 11 trouvait
cliarges , des voyages et de la mort qu'Argyropyle avait traduit Aristote de ses illustres : 'jela soit dit en pas- plus fidèlement qu'élégamment : c'est
poui-quoi il entreprit une traduction
saut. Vossius observe que ce Traité d'Argyropyle, et sa fllonodie, et son livj-e de Het^no , et ses Parallèles entre les Princes anciens et modernes , sont dans la bibliothèque du roi trèschrétien (3). M. Moréri , qui n'avait jamais vu ces ouvrages , assure pourtant que l'auteur les a consacrés à la gloire de la maison de Médicis. Que ne se contentait-il d'assurer cela touchant les versions d' Aristote? car son guide ne va pas plus loin (4)-
(1)) On croira aisément ce qui a
élé rapporté touchant sa bedaine. ] Citons Paul Jove : P^ini et cibi œquè ai'idus et capax , et multo abdomine t-entricosus immodico melopeponnm esu autumnalem accersivit febreni , atquè ita septua^esimo œlatis anno ereptus est (5). Mourir de trop manger est une chose honteuse à tous les humains , mais surtout aux gens de lettres. 11 vaudrait mieux , pour la gloire d'Argyropyle , qu'il fût mort de faim ou d'inanition. Ne prenons pas néanmoins la masse énorme de son ventre pour une raison à opposer à ceux qui le louent d'avoir été fort habile : le succès d'un tel combat serait incertain. Voyez les re-
{1) Paul. Jov., Elog., cap. XXVI, pag. 61.
(3) Vossius, de Ilistor. Grœcis, lib. If, cap. XIX , png. l^Q'i.
(4) l'anlus Jivius, Eloglor. cap. XXVII.
(5) Id. , ibid. , pag. dS-
qui fût capable de plaire à ceux qui aiment la belle latinité; mais en s'attachant trop à l'élégance du style , il se fit accuser de ne suivre pas le sens de l'auteur : Is ( Joachimus Perionius ) citm Aristotelum hacleniis à Johanne yJrgyropjdo fideiiter potiiis quauL ornatè l'ersum auiibus latinis prnponendnm statuisset , duju elegantioris styli potiiis qunm feri rationem plerumquè Ciceroni suo addictus habet , in contrariam ab Argyropylo reprehensionem incidit ( 7 ). Ce jugement revient à ceci : les traductions d'Argyropyle sont fidèles , mais sans grinces et sans orneraens. D'autres en jugent d'une façon tout opposée .
car ils disent que l'on y trouve plus d'élégance que de fidélité : et ils le bliiment de n'avoir pas traduit mot pour mot son original , « selon le de- » voir, ajoutent- ils , (\e cvAin qui tra- )) duiseut la Sainte Ecriture et Aris- » tote. » ytliquot Aristotelis libros coni'ertil magis elegnnter qiùmi fideiiter , cîim in hoc philosopha haud aliter quant in Sacns Litteris verbiim uerbo reddere nporteat (8j. Si nous consultons un professeur de Louvain,
* [ Daylc n'a pas donne cet article. )
(fi; Hornius , Ilistoria; PLilos. lib. f'I , cap. yi , pag. Ho4 , Ho5.
r7)TlHiaTi. Ilistor., lib. XXIII, png. 47a, ad aiin. t55f).
(8) Volatcr., hb. XXI, pag. ■j^G.
ARIARATHES. ARIGONI. ARIMANIUS. 3ii
ARIARATHÉS , nom de plusieurs rois de Cappadoce. Yoyer l'article de Cappadoce.
ARIGONI (Pompée) , cardinal et archevêque de Bénevent, était né à Rome, l'an i552. Pendant qu'il était du nombre des avocats consistoriaux , il plaida les affaires de Philippe II , roi d'Espagne. II harangua sous le pontificat de Sixte V, pour montrer qu'il fallait canoniser le bienheureux Diègue d'Alcala. Il fut fait auditeur de Rote, l'an iSgi , et cardinal, en i5g6; et il exerça la charge de dataire sous Léon XI, et sous Paul V. L'archevêché de Bénevent lui fut conféré par ce dernier pape. Il mourut le 4 d'avril i6i6,àlatour des Grecs , auprès de Naples , ou il s'était retiré pour changer d'air. Son corps fut porté à Bénevent , oii ses neveux lui firent faire un tombeau de marbre dans l'église métropolitaine. Outre la harangue dont j'ai parlé , qui a été imprimée par Pierre Galesini [a) , on a des lettres latines de notre Pompée , parmi celles de Jean Baptiste Lauri .Pour ce qui est de ses Décisions de la Rote, elles ne sont qu'en manuscritdans les cabinets de plusieurs savans. Charles Carthari lui donne beaucoup d'éloges dans sa liste des avocats consistoriaux {b).
(a) In Libello pro Canonizatione B. Di- <laci Compliileiisis. f'tde etiam Francistum Pegna, in Vitâ ejiisdem Didaci.
[b] Ex Bibliotheci Romanâ Prosperi Manilosii.
ARIMANIUS, l'une des principales divinités des Perses. Cette nation devait sa philosophie à Zoroaslre, dont les manichée^1^
nous trouverons mal fondé ce jugement de Volalerran ^ nous verrons qu'Argyropyle s'attacha phis servilement aux paroles qu'aux pense'es d'Aristote . et que ses versions ne peuvent passer ni pour fidèles, ni pour élégantes. Voici les paroles de ce professeur : Superiori seculo , quidam verba verbis ila admensi sunt , ut sentenliam deprauâr'mt , non aliter quam indocti pictores , qui operosi in cultu ejfingendo , viembra secundiim f estent distorqucnt : quiim Apelles Parrhasiique priiis nudum corpus ffforviare , quant amictum. superinducere soleant. In quorum numéro Argyfopylum reponas et Rujffinum, alterum interprctem Arislotelis , alteruiH Greeorii IVazianzeni , de quibus ferè id nemislickii dici polesl : Dant sine mente sonum. Fil autem illud l'el ex inscitid , uel ex KttKol^Kxl a. , quiim enim sententiam apprehendere nequeunt , ferba reddunt , quasi quod ipsi non intellexcrint , alius ex illorum t'erbis inteUigere queat , ciini i'erba non miniis ex sententid uim sunni et signi- JîcatuTii aciipiant , quant sententiam constituant. AHqui rursîis Jîdem existiiuant a numéro uerborum non discedere (9). Quelques savans hommes prétendent qu'on accuse là Argyropyle de s'attacher mot à mot à l'original , et s'il ne peut pas prendre la pensée et le sens de son auteur , d'avoir recours a un circuit de paroles qui ne disent rien (10). Je doute que ce soit exactement ce que Nannius a voulu dire. M. Huet se conforme au jugement que M. de Thou a rapporté (11)^ et, par conséquent , il condamne celui de Volaterran. Il condamne aussi Paul Jove, qui a préféré les versions de Gaza à celles d'Argyropyle ; et il déclare que si celuilà est plus éloquent , celui-ci est plus fidèle : JVon effîcies quin major quidem e^oquentiœ laus Gnzœ , accuratè autem interpretandi Argyropylo debeatur (12). Voyez ci -dessus la remarque ( B) de l'article de ( Donat ) AcciAiou , et admirez la diversité de ces jugemens.
(9) Petrus Nannius , Alcmariamif , in Collegio Bustidiano apud Lovanienses Lalinus Professer , 2c///^iVtû)V, llb. I, cap. III,pn^.r,.
(10) J^'orez M. Baillet, Jiigein. des Savans, tant, f^, num. 8i4 , p«^'. 355.
(ii)TIiietius, lie Claris Interpretibus, pa^. 2'iÇf. (n) Idem, ibid.
3i^. ARIMANIUS.
renouvelèrent l'un des dogmes telles pensées à ses ennemis , les plus fondamentaux; savoir, qu'ils exilassent leurs plus braqu'il y a deux premiers princi- ves gens (c). C'est une preuve , pes , l'un du bien , l'autre du que les Perses considéraient Arinial. Les Perses nommaient manius comme une divinité Oromasdcs la divinité qu'ils re- qui ne se plaisait qu'à faire du connaissaient pour le principe mal (B). On entendait , sans de tout bien , et pour l'auteur doute, la même divinité, lorsdu premier état oii les choses fu- que , sur les plaintes que fit Darent produites; et ils appelaient rius contre le démon de la Perse, Arimanius la divinité qu'ils re- en apprenant que la reine son connaissaient pour le principe épouse était morte prisonnière du mal , et pour l'auteur de la d'Alexandre , on lui répondit : corruption dans laquelle la pre- à l'égard des honneurs de la dernière nature est tombée. Ils di- pulture , etc. , vous n'avez aucun saient qu'Oromasdes , ayant pro- sujet d'accuser le mauvais génie duit les bons esprits et les étoi- de la nation (d). Il n'a rien ma/i' les, enferma celles-ci dans un gué de leur première fortune à œuf (A); et qu'Arimanius pro- votre fomme , à votre mère , et duisit les mauvais génies , qui à vos enfans , que de voir votre cassèrent cet œuf, d'oii sortit la lumière., que le seigneur Oro— confusion et le mélange du bien masdes remettra dans son éclat et du mal. Ils ajoutaient qu'en- (e). INous voyons dans ces parofin , après plusieurs combats oii les l'opposition que faisaient les la victoire serait tantôt d'un côté Perses entre Oromasdes et Aritantôt de l'autre , Oromasdes manius.
vaincrait pleinement Arimanius, , sT^^ , ^ tl • • ^
J . (c) Plutarch., jnThemist. , pfl§-. 120.
et le perdrait sans ressource; ce ^^^ riv ■Tvr,,-,^'^^ Ui/xova>. Pluiai-cb. , m
qui serait suivi d'un grand bon- Alexandio , png-. 682.
heur pour le genre humain , et W ^''*'" • '*"'•
d'un changement très-commode, (A) Oromasdes.. .enfermalesétolles
qui ferait que le corps de l'hom- dans un œuf.^ J'ai averti en un autre
me serait transparent , et qu'il se endroit (t), que je loucherais ici
.. ^ ■. / \ quelque chose touctiant 1 œut qui ,
conserverait sans nourriture (a), /^j^;» Tancienne théologie des païens.
Ce que je viens de dire a ete avait servi à la production des êtres,
tiré d'un auteur qui l'avait pris lorsque le chaos fut débrouille. Je dis
dePlutarque, dont ie rapporte- doncque suivant les Phéniciens, l'air
. •,, ^ , ' ^^ - obscur et le chaos avaient ete le prin-
rai ailleurs le passage tout entier ^-^^^^ ^e toutes choses. Cet air obscuv
(/;). On remai-que que le roi de est sans doute la même chose que
Perse, voyant Tliémistocle se d'autres appellent la nuit, et à la-
réfugier auprès de lui , pria Ari- qnelle ils attribuent la génération
9 j,.i . '.' , d un œut , duquel 1 amour et le cenre
manius d inspirer toujours de h„main sortirent. T.Vts. ^P^ticov v!)| A
/WEActvÔTrTêpoç aîôv (3) . On peut ingénieu-
(a) Tiré du Telluris Tlieoria .sacra du doc- sgment expliquer cela de la "Terre .
iciir T. Burnpt , lii-. Il , chap. X , pas-. 289 , ' '
290 : ,7 Cite Plularel,. , ,lo Isi.le et O'siride. ^ .^ Ci-dessus , dans la re,nar,,ue (A) de Var-
{/)) Dans la rvmnrrjuc (C) de l'article ticir Ktikvi.
Manichkicns, et dans la remanpte (K) de (7.) Ari.s(opl,anc.s, apudT. Rurnetium , Tell.
l'tirlicle ZoROASiRE, TLcot. sacr,, lib. II , cnp. VII , pag. «43.
ARIMINI. ARION.
et l'ajuster avec les paroles de Moïse , en supposant que les parties les plus grossières de cet air obscur et épais se précipitèrent sur la circonférence de l'abîme , où ils trouvèrent une écume grasse et gluante, avec quoi elles s'embarrassèrent , pour former ensemble une espèce de limon , (]ui s'étant durci, devint la terre habitable (3). Quelques anciens ont dit qu'une colombe , couvant un œuf, avait produit Vénus où l'Amour.
f^erba citât Grolius ex Nigidio in Scholiaslen Germanici , ofum miras magnituclinis quod i'nli^entes ejecerunt in terram , atque ita columbam insedisse , et post ahquot riies exclusisse Deani Syriœ quœ l'ncatur f^enus (4).
Lucius Ampelius a dit que c'était un œuf de poisson : Oi'iini piscis columbam adsedisse dies plurimos, et exclusisse Deam Benignam (5). Le docteur Biunet entend le chaos par l'œuf, le Saint-Esprit par la colombe , et la Terre par Vénus (6). Mais il semble qu'il ne faudrait pas borner à la seule production de la Terre cette Vénus qui sortit de l'œuf : il faudrait entendre toute la machine du monde. Ce <îocteur remarque que l'œuf était une chose fort sacrée dans les mystères de Bacchus, à cause de sa conformité avec l'être qui engendre et qui enferme tout en lui-même: 'flç /////m^uo,
TOI/ Tct TTlMTO. "^êWcêllTOÇ y.cLl 'Ttl^i'iX.^'i'V^i
sv l«.t/T£c(7). Il n'oublie pas d'observer que l'expression de Moïse a du rapport à l'action des poules qui couvent : Huic doctrinœ de ovo mundano dateeque interpretationi tacite favere mihi videtur incubatio Spiritfts Sancti in abjrssum , de qud Moses in primd telluris productione , ubi ad ouuni manifesta alluditur (8).
(B) Les Perses considéraient Arimanius comme une dii^inité, qui ne se plaisait qu'à faire du mal.'] Si l'on voulait me nier cela, on me pourrait objecter que le roi de Perse eut un grand plaisir d'avoir gagné Théraistoclej il croyait donc que ce serait une très-bonne fortune pour son pays,
(3) C'est ce que fait le docteur Burnel , là même , pag. 244.
(4) Id. , ibid, pag. 25q.
(5) Tdem , ibid.
(6) Idem, ibid.
(7; Ex Plularchi Sympos., Ub. II, Qu. III, pag. 636.
(S) Buruet., Telluris Theoria sacra, pag. 286,
que de telles gens fussent exilés par leur patrie , et qu'ils se réfugiassent à sa cour : lors donc qu'il priait Arimanius d'inspirer à ses ennemis la résolution de bannir leurs plus braves citoyens, il lui demandait une grâce très-insigne j et par conséquent, il le regardait comme une cause bienfaisante en quelques rencontres à l'égard des Perses. Je réponds que c'est un raisonnement qui ne prouve point ce qu'on veut prouver. Ce monarque ne s'écartait pas des idées de ses théologiens : il ne considérait Arimanius que comme un être malfaisant :
il ne lui demandait l'exil des grands hommes de la Grèce, qu'en tant que cela était préjudiciable à ce pays-là.
C'était une action du ressort et du goût d'Arinianius , en tant qu'elle était injuste et pernicieuse par rapport aux villes qui exilaient : mais en tant qu'elle procurait du biea aux Perses , elle ne lui était pas agréable ; et ce n'était point sous cette notion qu'on le priait d'y travailler. t!n un mot, pour résoudre cette objection , il sufilt de dire que les choses de ce monde étant si mêlées, qu'ordinaii'ement parlant un pays profite du malheur de l'autre , Arimanius ne pouvait presque rien faire qui fût purement et simplement pernicieux : il en résultait toujours quelque utilité, ou par accident, ou de quelque autre manière. Mais comme il ne faisait une chose qu'à cause du mal qu'il y voyait , on ne peut pas prétendre qu'il fût le principe d'aucun bien. 11 eût empêché, s'il l'eût pu, que les Perses ne trouvassent quelque avantage dans le préjudice d'Athènes.
Il est donc vrai que la prière , dont nous parlons , ne prouve pas qu'on le regardât autrement que comme un être qui ne se plaisait qu'à nuire.
ARIMINI (Grégoire d'). Cherchez RlMINI.
ARION , cheval admirable , et tout autrement fameux dans l'histoire poétique , que Bucéphale dans l'histoire d'Alexandre.
On parlait diversement de son origine , quoiqu'on s'accordât à lui donner du divin. Les uns di-
3i4 ARION.
saient que Neptune , voulant voisine. Elle eut de Neptune , procurer aux hommes les utili- non-seulement une fille, dont it tés que les chevaux étaient ca- n'était pas permis de dire le nom pables de leur ayjporter , donna aux profanes , mais aussi notre uu coup de trident sur la terre cheval Arion. Il y en a qui disent dans la Thessalie , et en fit sor— qu'elle était sous la forme d'une tir subitement deux chevaux furie, lorsque Neptune l'engrossa dont l'un fut notre Arion (a), de ce cheval , ou qu'en effet une D'autres disaient que Neptune , furie le procréa du fait de Nepdisputant avec Minerve à qui tune (B). Le poëte Antimachus , noinmerait la ville d'Athènes , il cité par Pausanias, ne lui donne fut dit par les dieux , que celui point d'autre origine que la terre qui ferait un meilleur présent dans l'Arcadie : mais Quintus Caaux hommes donnerait son nom laber le fait fils du vent Zéphire, à cette ville. Là-dessus, Neptune et d'une harpie (C). Quoiqu'il frappa le rivage , et en fit sortir en soit, on a cru qu'il avait été un cheval (A); mais Minerve nourri par les Néréides (D) , et produisit un olivier, et rempor- qu'étant quelquefois attelé avec ta la victoire, parce qu'on jugea les chevaux marins de Neptune que la paix, dont l'olivier est le au char de ce dieu, il l'avait symbole , vaut mieux que la traîné avec une vitesse incroya— guerre, à quoi le cheval est pro- blepar toutes les mers (c). Il avait pre. Or il y en a qui prétendent cela de rare, que du côté droit que le cheval , qui fut produit ses pieds ressemblaient à ceux par Neptune en cette rencontre, d'un homme (c?). Hercule le moneut nom Arion. D'autres disent tait lorsqu'il prit la ville d'Elique ce cheval eut Cérès pour de, et puis il en fit présent à mère, et Ne2)tune pour père (^). Adraste. C'est ce que nous ap— Cette déesse , errant par le mon- prend Pausanias , qui ajoute de, pour chercher sa fille, ren- qu'Antimachus en faisait Adraste contra Neptune , qui lui parla le troisième possesseur (E). Hé— fortement d'amour ; de sorte siode le représente au service que , comme elle ne se trouva d'Hercule dans le combat conpoint disj)osée à le contenter , tre Cygnus (e). Stace dit en géelle jugea à propos de prendre néral qu'il servit Hercule dans la forme d'une cavale. Ceci se ses travaux, et qu'après cela les passa auprès de la ville d'On— dieux le donnèrent à Adraste cium dans l'Arcadie. Cérès eut (/"). Probus attribue à Neptune beau paître parmi d'autres ani- tout l'honneur de ce présent f^). maux , Neptune ne laissa pas de C'est sous ce dernier maître la discerner , et de jouir d'elle qu'Ariou s'est le plus signalé : il métamorphosé en cheval. Elle gagna le prix de la course aux s'en fâcha d'abord , et puis s'apaisa , et se lava dans la rivière
(a^Lutatius, in Statii Tliel)., lib. IV , fS. 43.
{b) Pausan., lib. FUT , pag. 25;.
(0 Slat. Tl)el)., lib. ri, vs. 3o8.
ici) Lutat. , ia Stat. Theb. , lib, VI , es.
(e) Hesiod. , in Clypeo Herculis.
(/} Suiius.Tliphaidos /ib. ri, vs, 3o8.
{§) Piohus, in Virgil. Georg. I.
ARION
jeux néméens (F), que les princes , qui allaient assiéger Tlièbes , instituèrent en l'honneur d'Archémore , et il fut cause qu'Adraste ne périt pas dans cette fameuse expédition , comme tous les autres chefs. Apollodore le témoigne au livre III.
(A) Neptune , disputant avec Minenie a qui nommerait la pille d'Athènes , frappa te rii'age , et en
fit sortir un cheual.'] Scrviiîs nous
apprend cela sur ces paroles de Virgile :
.... Tuque S , cui prima frpmenum Fudil er/uiim magno lellus percussa tridenti , Neptune (i).
Voyez aussi Probus , sur ce même passage de Virgile.
(B) On veut que Cérès fût sous la figure d'une furie , lorsqu'elle déteint grosse de ce cheual , ou qu'en effet une furie l'ait procréé du fait de Neptune.] Ce sont les sentimens d'ApoUodore et d'Hesychius. Voici leurs paroles : ToÎ/tov «x. 'no^iiéa>voc ïyhvytiri Atiy.riTip tix-tt-T^iiTO. 'Epi/vvt/'< KcLTà.'Tïif a-uxovtr'icL^ (a). Hune ex Neptunogenuit Ceies similis facla Erjnni in coïlu. 'Apicev ô ÎtT'Toç Tioa-inS'aiyos i/ioç, x.aùy.tS.ç tSv 'EpivviûJV (3). Arion,equus, Neptunifilius et uniusex Erynnibus.
Barthiusa confondu le sentiment d'ApoUodore avec celui d'Hesychius.
Uniusex Erynnibub, dit-il (4), sobnlem assentitur Apollodoro Hesychius Lericographus. Cela veut dire qu'Apollodore raconte qu'Arion était né d'une des furies; mais c'est ce qu'il n'a point dit : il a remarqué expressément que Cérès était la mère de ce cheval , et qu'elle avait seulement pris la figure d'une furie lors de la copulation. M. Lloyd a pillé Barthius, sans le corriger en cet endroit.
(C) Çuintus Calaber le fait fils du vent Zéphire , et d'une harpie.] Voici une seconde faute de Barthius , que M. Lloyd a transplantée dansson Lexicon , toute telle qu'il l'avait trouvée. Intercedit Quinlus Smyrnœus , dit
(i) Virgil. , Georg. , Ub. I , vs. 12. (1) Apollodori Gibliotbeca , Ub. III- (3) Hesycbius.
(4j Barlh. , ia Stat. , pari, II , pa§. 8go.
Barthius (5) , harpice patronus , cujus fiierlt pottiis sentinio nriundus paire Zephiro , ingratiis etiam Neptuni. Il n'y a dans ce poète aucune chose qui marque que ce fCit , ou avec , ou contre l'agi'ément de Neptune , que Zépliirc et la harpie produisirent Arion (6).
(D) On a cru qu'il at^ait été nourri par les Néréides.] Je ne citerai i^ue Claudien :
Si dominus legeretur equis , tua posceret
ultrb Verbertt , Nereidem slabulis nulrilus Arion (7).
(E) Adraste en fut le troisième possesseur.'] Cela étaitvrai selon l'histoire qu'en fait le scoliaste d'Homère sur le vers 346 du XXIlle. livre de l'Iliade. Il dit que Neptune devint amoureux d'Erinnys (8) , se métamorphosa en cheval, et eut affaire avec elle dan.?
la Béotie, auprès de la fontaine Tiphlouse j qu'il l'engrossa d'un cheval , qui fut nommé 'Afsiœv, à cause qu'il surpassait tous lesautres^ qu'il le donna à Copréus roi d'Aliarte; que celuici en fit présent à Hercule , qui gagna le pris de la course avec ce cheval , contre Cygnusfils de Mars , auprès de Tréaène ; et qu'enfin Hercule en fit présent à Adraste.
(F) Il gagna le prix de la course aux jeux néméens.'] Apollodore, au livre 111 , dit qu'Adraste fut le vainqueur à la course de cheval; mais Stace feint que ce prince donna son Arion à Polynice son gendre , et qu'Arion jeta en bas ce nouveau cocher, et, confinant de courir, devança tous les autres : ce qui n'empêcha point qu'Amphiaraiis ne remportât la couronne; car encore qu'il n'ei^t point gagué le devant à Arion, ,il suffisait qu'il l'eiit gagné à ses concurrens, ou que Polynice, jeté en bas, n'eût rien à préfendre en vertu de la vitesse supérieure de son cheval :
Forsitan et victo prior isset Ariane Crgnus, Sed velal œ/juoreus uinci pater : hinc vice
jus ta Gloria inan.'il equo , cessit vicloria vati (g).
Apollodore convient qu'Amphiaraiis vainquit à la course de chariot,
(5) /'/. , ibid.
((j) Vojez-le au livre IV, vs. S-Ji.
(7) Clâudian. Consul. IV Honorii, vi. 555. Lloycl ci(p deux fuis ceci.
(S) C'est-à-dire d'une des furies.
(9; Slalius , Tlitbaïdos Ub^ yi , vs. SiS-
ARIOSTA.
S.ffjLH.11 •, ce que son traducteur latin devait rendre par curru, et non pas par cursu , comme Barthius l'a remarque (lo). Quant à ce distique de Properce , qui nous donne Arion comme un animal parlant:
Qualis et Adrasiijuerit vocahs Arion , Trisùs ad Archeinori funera viclor equus (u),
je ne crois pas qu'il lui attribue la tristesse que Passerat s'imagine : je crois cjue le mot tristis se rapporte à l'accident funeste d'Archemore , pour lequel ces jeux étaient célèbres : et non pas au dépit qu'Arion conçut en sentant qu'un autre qu'Adraste se servait de lui (la).
(10) Barlh., in Stal., tom. III , pag. 537.
(11) Propcrt. Elegiâ ult. , Uh. II.
(12) yorei les Nouvelles de la République des lettres, juillet 1^02 , pag. iio.
ARIOSTA (Lippa) , concubine d'Opizzon , marquis d'Est et de Ferrare, fortifia de telle sorte par sa fidélité, et par son habi- « les lois sont leté politique , les impressions " ^^'^ poi°t 1; que sa beauté avait faites sur le cœur de ce marquis , qu'il la reconnut enfin pour sa femme légitime , l'an i352. Il mourut la même année , et lui laissa l'administration de ses états , dont elle s'acquitta très-bien , pendant la minorité de ses onze enfans. D'elle est issue toute la maison d'Est , qui subsiste encore en la branche des ducs de ModèneetdeRhège{a). L'auteur, dont j'emprunte ceci , observe
J'ai parlé ailleurs (i) de l'efficace singulière du mariage. On ne la saurait assez admirer; car enfin, elle fait changer de nature les trois espèces de temps : le passé ne relève pas moins de ses infl-uences que le {trésent et que l'avenir. « N'admirez-vous pas » quelle force a l'usage , et quelle au- » torité dans le monde ? Avec trois " mots . qu'un homme dit. Ego con- » jungo p-oj, il fait coucher un garçon » avec une fille , à la vue et du con- >j sentement de tout le monde ; et cela >» s'appelle un sacrement administré » par une personne sacrée. La même 5) action , sans ces trois mots , est un » crime énorme , qui déshonore une » pauvre femme; et celui qui a con- )) duit l'affaire s'appelle , ne vous
» déplaise, un m Le père et la
» mère, dans la première affaire, M se réjouissent, dansent, et mènent 3> eux-mêmes leur fille au lit: et it dans la seconde , ils sont au déses- » poir, ils la font raser, et ils la mettent » dans un couvent. Il faut avouer que bien plaisantes (a).» Ce à le merveilleux de l'af-
siste dans l'effet rétroactif. Notre Ariosta avait été concubine , ses enfans étaient bâtards ; c'était une tache à son honneur, et à sa maison : mais tout cela fut effacé, lavé, anéanti, par les trois paroles du prêtre, ego conjungo uos. Le marquis de Ferrare, épousant cette maîtresse un peu avant que de partir de ce monde , la convertit en femme d'honneur, et donna la qualité de légitimes à des enfans qui étaient dûment chargés de la qualité contraire. Une semblable métamorphose se voit tous les jours, et il y a eu des gens qui ont prétendu que les enfans mêmes, qui sont nés
que Lippa Ariosta rendit plus dans un temps où les pères et mères
d'honneur à sa famille , qui est ne pouvaient point se marier faute
des plus nobles de Ferrare,. . . de dispense, doivent ^</e légitiniés par
t jj 7 . • y. ' / k \ un subséquent mariage ; mais le par-
quelle ne lui en aidait ote (A), lement de Parisjugea contre cette pré-
On trouvera quelques réflexions tention,ran i6i54(3). On demandera
là-dessus dans la remarqueque je peul-êtrepourquoicemarquisn'envint
joins à cet article. '*
(a) Le Laboureur, Relation du Voyage de Pologne , part. III , pag. 17a.
(A) Elle rendit plus d' honneur h sa famille,... qu'elle ne lui en ai'ail ote.]
là que l'année de sa mort. Je pourrais
(i^ Ci-dessu.^ , dans Varlicle Ales, remarque (D) , immédiate ment après la citation (1 1).
(7.) Bussi Rabutin , leUre CXXXri de U ly.'part., pag. 192, édition de Hollande.
(S) Voyez le Jourual det Saraos du i-i de janvier i665 , pag- ^6.
ARISTANDRE 317
téponclre qu'un concubinaire , qui se lui qui expliqua mieux que ne
sent proche de sa fin , est beaucoup surent faire ses confrères le sonce
plus disposé à tenir cette conduite, • ^ , q
*^ ■ - * - • ■ que ce prince fit après avoir
épousé Olympias. Il lui sembla qu'il appliquait sur le ventre de la reine un cachet , oti la figure d'un lion était gravée. Les autres devins lui conseillèrent là-dessus de faire observer plus soigneusement la conduite de sa femme (C); mais Aristandre soutint que ce songe signifiait que la reine était enceinte d'un fils qui aurait le courage d'un lion [a). Elle était alors grosse d'Alexandre. Le roi Philippe s'était voulu mêler de l'explication de son songe , et n'y avait rien enten-
lispc que s'il espe'rait de vivre encore long temps. Les remords de la conscience excités d'eux-mêmes , ou par les discours d'un casuiste , sont plus vifs <(uaiid on a peur de mourir : on fait donc moins de difRcultés de passer par une cérémonie fâcheuse qui les apaise.
Ajoutez à cela, qu'un grand seigneur, sollicité au mariage par une maîtresse dont il jouit, peut s'imaginer qu'elle sera mille fois plus complaisante et plus fidèle pendant qu'elle se flatte de parvenir à la qualité de femme légitime; et qu'y étant parvenue, elle ferait éclater sa fierté , sa mauvaise humeur, etc. On trouve donc à propos de la tenir en haleine par une simple espérance; mais si l'on se voit d
sans espoir de guenson , on renonce
à tous ces ménagemens. Quoi qu'il en • j 7^. r\ ■' i • i 1
soit, il se trouve des personnes si se- ^u (D). (Quoique Aristandre s apvères, que la conduite de ce marquis pliquât beaucoup à l'intelligence
de Ferrare , ni celle de ses imitateu ne leur plaît point : ils voudraient qu'une fille, ou qu'une femme, qui s'est déshonorée , et quia long-temps été en scandale à tout un pays , fût toute sa vie sous la flétrissure , et que l'exemple de sa réhabilitation ne pût point servir d'amorce à d'autres filles, et ne leur cachât pas , sous une semblable espérance, l'infamie du concubinage (4).
(4) Voyez ci-dessus, remarque (D) de l'aiticte Alis.
ARISTANDRE, fameux devin sous Alexandre-le-Grand , était d'une ville d'Asie , oii presque tout le monde naissait avec des dispositions à prophétiser (a). Il suivit Alexandre à la conquête de la Perse , et s'acquit un ascendant merveilleux sur l'esprit de ce monarque (A) , par le bon succès de son art (É), Il avait déjà eu le même emploi à la cour du roi Philippe , et ce fut
(a) Telmesse. Voyez son article. Plulart(ue, Arriea, Lucien, Clément d'Alexandrie, el plusieurs autres , remarquent iju' Àristanriic elail (le cette ville.
des songes, et qu'il soit l'un des auteurs qui eût écrit le plus doctement sur cette matière [h] , il ne laissa pas d'exercer son art sur toutes sortes de prodiges. Si l'on vient annoncer qu'une statue d'Orphée a sué, il dit que cela présage que les poètes sueront un jour à chanter les victoires d'Alexandre (c). Si une hirondelle vient importuner ce prince , et se poser même sur sa tête , Aristandre dit que c'est un signe que l'on conspire contre le roi , mais que la conspiration sera découverte {d). Si , pendant qu'on se prépare au siège de Ty r , le sang qui sort du pain d'un soldat étonne le roi , Aristandre le rassure : il lui dit que , puisque le sang était sorti des parties intérieures du pain , c'était un
iii) Plutarehus', in Alexandr. init. va"-.
{b) Artemidor. , lib. I , cap. XXXI IT, pti^ . 3o.
(<:) PlutarcU. , in Alexandro , pag. 671.
{dj Arriau. , lib. I , cap. FUL
3i8 AKlSTANDRE.
sicne funeste à la ville qu'on as- creJebatur ex uatihus (3). 11 est d'ail-
■' -v/ \ T\ ^ „.,,^ „.,f«^ ^/^., leurs très-constant qu'Alexarulre était
Siégerait (e). Dans une autre ren- J, ^ .... '^^ , ,„ ■ ,„ ,. ^
jiw^v, v^; ^ £^^j. superstitieux : r.rat non intaclus
contre, il interprète le présage edsuperstuione mentis (/t).Supersiitio-
d'un corbeau qui avait laissé nis potens non erai (5). 1\ est (ionc aihé
tomber quelque chose sur la tète de conclure qu'Arlstandre avait beau-
d'Ai j t • „'^.„-+ „il-i couii de pouvoir sur lui. Ce prince,
Alexandre, et puis s était aile ^J^^ ^ remarque Quinte-Curce ,
mettre sur une tour ou I on 1 a- j^j ^^^^^ y^^^é sa crédulité : Quipost Vait pris (f)- Les entrailles des Dmium fictum arinlos et tuâtes convictimes étaient aussi du ressort suie redesie rat, mrsùs ad supersiitio- 1 1 1 - / \ -1 r neni kumanarum sentium ludibria de-
de ce grand devin (g-) : il exph- ^„;„^„,^^,.j,j^„/r„;„cuicREDULiTATEM quait même les présages des ac- 5^^^^, addixerat, explorare et^eniunt relions des hommes (E). Il y a donc ruju sacrifidis jubet (6). C'était avec beaucoup d'apparence que c'est l"i qu'il s'enfermait lorsqu'il était , , . i 1? j i j question de se rendre les dieux tavo-
a lui que Ion doit donner ce ^^^^^^ dans les grandes crises des aflivre tout rempli d'evenemens faires : c'était , clis-je , avec lui qu'il prodigieux, duquel Pline fait s'enfermait pour exccuterles plus mys- 1 P — ,, . , 7- térieuses et les plus ineffables cérémo-
nies de la religion. C'est Plutarque qui nous l'apprend , lorsqu'il raconte les préparatifs de la bataille d'Arbelles :
'AA2Ça,v<rpoç é's, tÔûv McCKiSiti/ûiv dvctTrctuo-
fAiVCDV , etÙTÛÇ TTfO Ttïç (TKMVMÇ //.iTOL Tût/
yt/.stVTîftjç 'Aptçâ.vS'fou (TiêTpifêv, npoupyiitç Tivà-Ç ÀTTopp^rouç lipoufiyavfMVOi, kcli too <S>oiCcti (r<fcLyia,i^ô/ui.ivai (7). Alexander quiescentibus Macedonibus cum i^ate Aristandro egit pro tabernaculo suo sacris quibusdani arcanis operans, atque ApoUini immolans. Quinte-Curce dit
jnention (F). Mais pour les livres d'agriculture , dont Varron et Columelle ont parlé (/?), je les croirais facilement d'un autre Aristandre ; vu même que Varron a donné le surnom d'Athénien à celui qui les a faits. Notre Aristandre survécut au roi son maître , et fut cause par ses remontrances qu'on songea tout
de bon à l'enterrer. Je ne sais qu'en cette occasion ."Alexandre bien pas si cette particularité a été en peine fit venir auprès de lui Aris- 1 1 ' 1 ' +„„„„^»,o^ tandre, afin d'implorer le secours des
touchée par quelqu autre que par ji^ux, et qu'Aristandre, enhabitde Ehen , qui en fait mention au cérémonie, lui dictait le formulaire dernier chapitre du XIF. livre de son Histoire diverse.
(e) Q. Curtius, lib. IV, cap. II,
(f) Idem, ibid., cap. VI.
{g) Q. Curtius, lib. ru, cap. VII. Plutarchus-, in Alexandro, pag. 679.
(A) £e;[)èreHardouin dans son Index auctonim , prend pour le même Aristandre celui de Varron et Columelle, et celui de Pline.
(A) // s'acquit un ascendant merveilltux sur l'esprit d' Altxandre-le- Grand.'] Il est certain , d'un côté, qu'il n'y avait pas dans l'armée macédonienne aucun devin qui eût autant de réputation cld'autorité qu'Aristandre:
Peritissimus vatum (i); cui maxima Jïdes habebatur (2) 5 cui lum plurimiim
(i) Curlini, lib. /r, cap. II.
(i) Id. , iHd. , çap. VI.
des prières : Alexander non alias magis territus ad uota et preces Aristandrum uocari jubet. llle in candidd i/este i^erbenas manu prœferens , capite celato prœibat preces régi Joi'em, Mineri>am , f^ictoriamque propitianti (8). On ne doit pas s'étonner que ce prince fît tant de cas de son devin; car il en retirait plus de service que d'aucun de ses généraux. Par son moyen , il remplissait d'espérance et de courage son armée ; et c'étaient de grandes avances pour réussir dans ses entreprises. Voyez-moi cet Aristandre, qui, au plus fort de
(3) Itlem , lih. V, cap. IV.
,4) I.tem, lih. IV . cap. VI.
(5) Idem, lib. VII , cap. VII
(é) Idrm, lib. Vil, cap. VII.
(.7) Plutarch. , m Aleiaiui. , pag. G83.
(8) Quint. Curtius, lib. IV, cap. XII l-
ARISTANDRE
la bataille d'ArbelIes , habillé de blanc, et le laurier à la main, dit aux soldats qiTil voit une aigle sur la tête d'Alexandre , caution assurée de la victoire , et qu'ils peuvent la voir aussi bien que lui. Combien croyezvous que cela servit à la victoire , sans qu'il iùt besoin que le soldat vît cela? II s'en fiait aux yeux du devin j et s'il ne voyait rien , il s'en prenait à sa ■vue, ou au peu de temps qu'il pouvait donner à chercher un tel objet au milieu des airs : Plates Arlstander albd pesle indutus, et dextrd prœferens laureant , militibus in pugnam intentis auem nionstrafit , fiaud duhium t'ictoriœ nuspicium. Ingens ergô alacritas ac fiducia paulo antè terrilos acccndit ad pugnam (9). Plutarque observe qu'Alexandre prétait la main à ses devins (10) j et que, de peur que l'événement ne justifiât ceux qui sifilaient la promesse d'Aristandre, qu'avant la fin du mois on prendrait la ville de Tyr, il ordonna que le jour présent , qui était le dei-nier du mois , ue fftt compté à l'avenir que le 28. Il voulait donner du temps à son prophète , qui, néanmoins, ne s'était pas trop avancé^ car la ville fut emportée ce jour-là , si nous en croyons Plutarque, auteur fort suspect en ces matières.
N'oublions point que personne ne faisait aussi bien que notre Aristandre le métier de consolateur auprès de son maître. 11 n'usait pas de beaucoup de rhétorique pour le tirer des chagrins les plus accablans. Un songe lui tenait lieu de toutes choses. Alexandre, au désespoir d'avoir tué Clitus , se met hors d'haleine à force de gémir et de pleurer. On craint qu'il ue soit mort de douleur \ on enfonce la porte de sa chambre ; il ne veut écouter personne j mais, dès qu'Aristandre le fait souvenir d'un songe qui se rapportait à la mort de Clitus , et qu'il lui représente que ce malheureux était prédestiné à cela depuis long-temps , voilà un prince qui se trouve tout consolé:
(9) Idem, ub. ir, cap. xr.
\6Ùc xai (rt'^<ÇiXoTi^oy//t«VûC ( l'éaiiion de Francfort de 1620 porte o"y//^lAoTi//oi//xevov , ce qui ferait tout un autre sens) a.H TOIÇ ^aVT6i>^st3-(v, iX-iXilil. Cernens rex perplexnm , favensque xeniper valiciniit i/etuUi*ti(laccb. , m Alexaudro, pag. 679.
TOJ Ott/TOV Th'v T 'c^IV 5v iiSi TTifl ToÛ KXêCTOti, KO,! TO (TM/Z-SIOV, Ùç J~îl ^aXstl KO.-
Oii/i'.ce.pf/.îvciiv TouTa>v,iJ'(j'SiV t\<Stéiya.i[j i). At quùni vates Arlstander fisum illi quod de Clitof lierai et reprœsentatuiu et prodigium subjiceret , jamdudhrn hœc infalis fuisse , visas est animinn relaxare.
(B) Par le bon succès de son
art. ] Ceux qui se mêlent de prédire l'avenir sont heureux lors([u'ils servent un prince que la providence de Dieu destine à de grandes choses. Mille raisons humaines les portent à prédire toutes sortes de prospérités, vaille (jue vaille, et ils ont la joie de voir que l'événement justifie leur témérité.
Aristandre fut dans ce cas. 11 s'embarrassait dans l'avenir à tout hasard ^ et Alexandre, avec sa bonne fortune , le tirait d'affaire. Le devin avait bien raison d'aimer un tel conquérant j et celui-ci était excusable de se fier à un homme qui devinait si juste. Je m'étonnais autrefois qu'Alexandre fût superstitieux ; et présentement , je m'étonnerais s'il ne l'avait pas été , et je m'étonne que sa déférence j)our les devins ait été interrompue dans le temps de sa plus haute prospérité (12). Il ne pouvait pas ignorer que son bonheur n'allât mille fois plus loin que les lumières de sa prudence , et que les forces de son courage. Il fallait donc qu'il crût nécessairement qu'une vertu invisible et très-puissante prenait un soin tout particulier de ses affaires : il fallait donc, naturellement parlant , qu'il fût toujours disposé à se ménager la faveur de cette puissance , par tous les expédions (]ue les devins lui suggéraient ; les devins , dis-je , qu'il considérait comme les observateurs continuels du temps de la bonne ou de la mauvaise linmi-ur de la fortune , et comme les arbitres des moyens de plaire à cette déesse , et de l'apaiser. On trouverait moins étrange que certains princes méprisassent tous les conseils de ceux qui sont préposés à leurs dévotions; certains princes, dis-je, qui ne réussissent dan»
leurs entreprises qu'à proportion des moyens humains dont ils se servent
Eour les rendre presque immanquales , et qui ont du dessous partout
(11) Plntarcb. , in Alexandre, pag. 69^. (la) l'ojez ci-dessus , citation (5), ce fui * été cite de Quiute-Curce.
ARISTANDRE
où leur prudence n'a point pris toutes les mesures nécessaires. Ils sont les antipodes des grands conquérans ^ mais j'avoue qu'il reste toujours un sujet d'ëtonnement. Un grand esprit comme Alexandre pouvait-il se représenter Dieu sous l'idée que la superstition en donne ? Il avait des intervalles lucides à l'égard de la superstition , comme quand il renvoya bien loin l'un de ses devins , qui le venait de'tourner d'une attaque , pour laquelle on préparait toutes choses :
« Au milieu de ce prépara lif, lui ditt) il, rien ne saurait être plus impor- M tun qu'un devin superstitieux : »
« Si quis , inquit , arti tuce intentiini » et exta speclantem sic interpellet , 3) non duhitem quin incommodas ac mo- « lestas i>ideri tibi possit. » « Et ciirn ■» ille ita prorsiis fularum respondis- » set, Censesne , inquit, tantas res n non pecudum Jibras nnte oculos ha- )> benti, uUum esse majus inipedimen- ■» tum quant fatem supers! itione cap- 3> tum (i3) ? » La confiance qu'il avait en sa fortune l'empêcha quelquefois de se soumettre à l'avis de son Aristandre. Il se sentait destiné à de grandes choses , sentiment qui est lun des plus puissans ressorts delaprovidencej et là-dessus il releva le courage de ce devin : Rex jussuni conjidere Jelicitati suce remisit. Stbi enim ad alla gloriam concedere Deos {i^).
Si quelqu'un trouve ces remarques trop longues , qu'il sache que j'ai eu mes raisons. J'ai voulu décharger d'autant un article où la matière n'était que trop abondante (i 5). On lit plutôt quatre choses qu'une, encore que cette une soit plus courte que les quatre autres. C'est ce qui m'oblige à répandre deçà et delà bien des choses qui appartiennent naturellement y un seul sujet. Que ne faut-il pas faire pour s'accommoder à un siècle dégoûté?
(C) Il expliqua le songe de Philippe mieux que ses confrères qui lui conseillèrent défaire obsen'er soigneusement la conduite de sa femme. ] Leur raison était pour le moins aussi bonne que celle d'Aristandre j car voici son raisonnement : On ne cacheté point une boîte i^ide ; il faut donc que la reine soit grosse , puisque le roi a son-
(i3) Qumtus Curt. , W. IX, cap. IT.
(i4j Idem, lib. yil, cap. VII.
'i5) Celui rf'Alexaudrelc-Giand-.
gé qu'il lui cachetait le ventre (f6).
Mais voici le raisonnement des autres devins : On ne cacheté pas une boîte , lorsqu'il n'y a nul danger que personne l'oui're : on ne la cacheté que lorsque l'on se défie de ceux qui en peuvent approcher ; il faut donc que la boîte de la reine soit exposée au pillage , puisque le roi a songé qu ily apposait le sceau. Le lion gracié sur le cachet marque la nécessité d'une grande précaution : cela fait foir que la place est assiégée, et qu'elle songe a se rendre; et qu'à moins que l'on n'y enuoye une forte et courageuse garnison les assiégeansy seront bientôt entrés. Cicéron , pour se moquer des interprètes des songes , allègue l'explication différente qu'ils donnèrent dans un cas qui ressemblait fort à celui-ci : Parère quœdani matrona cupiens , dubitans essetne prœgnans , visa est in quiète obsignatam habere naturam : ad conjectorem retulit . JVegavit eam , quoniam ohsignata fuisset , concipere potuisse. At alter prœgnantem essedixit, nam inane obsignaii nihil solere. Quœ est ars conjectoris , eludentis ingenio (17)? Mais, dira-t-on, Aristandre rencontra mieux ; il raisonnadonc mieux.
Je nie la conséquence : on peut être plus heureux en conjectures , sans être pour cela plus habile j et puis , ne pouvaient-ils pas avoir raison les uns et les autres ? la grossessse et la chasteté se suivent-elles? Olympias pouvait ressembler un peu à Julie qui disait : Nunquhm nisi navi plend tollo vectorem {18}. Nous allons voir une autre explication de ce même songe.
(D) Le roi Philippe s'était voulu mêler de l'explication de son songe, et n'y avait rien entendu. ] Ce n'est point Plutarque , ou quelque autre auteur païen qui nous l'apprund : c'est un père de l'église. Je m'en vais rapporter tout ce qu'il dit là-dessus 5 car on y apprend plusieurs choses : Philippus Jktacedo, nondùmpater , Olympiadis uxoris naturam obsigndsse viderat annula, Léo erat signum : crediderat prœclusam genituram , opinor , quia leo semel pnterest. Aristodemus, vel ytrislophoti, conjecians inimo nihil vacuum obsignari , fitium et quidein maxinii impetus portendi, uilexan-
f 16) Plularcli. , m AlexanHro.
(17) C'.iccr. , de Divinat. , Ub. II , cap. LXX,
(iSj IVlacrob. iiaturnaliuiii Ub. \ll , cap. V,
ARISTARQUE
dmm qui sciunt leonem. annuli cognoscunt (19). Il paraît de là , \°. Que le cachet applique' en songe aux parties naturelles d'Olympias , faisait croire à son mari qu'elle n'aurait point d'enfans. Il y avait quelque vraisemblance dans cette pensée , et l'on pourrait presque soupçonner que Philippe était un de ces païens d'Europe qui avaient lu , dit-on , la Sainte Ecriture: on pourrait , dis-ie , le soupçonner , si les ieules idées du sens commun ne conduisaient assez naturellement à la conjecture de ce prince j mais il est sûr que la parole de Dieu représente sous cette idée la stérilité des femmes. Si la clôture de la matrice y représente la punition que Dieu exerçait par la voie de la stérilité (20), l'ouverture y représente la bénédiction par laquelle il faisait cesser ce mal (21). 1°. En second lieu , il paraît que Tertullien ne fit ,nulle réflexion sur cette idée que l'Ecriture foui-nit , et que l'on peut avoir naturellement. 11 ne s'arrêta qu'au lion qui était gravé sur le cachet : il crut que Philippe fonda toute sa conjecture sur ce lion.
Tertullien suppose faux en cet endroit, et conclut mal. Il est faux que le lion ne soit père qu'une fois (22) ^ et d'ailleurs un homme qui croirait cela ne serait-il pas ridicule d'en augurer qu'il n'aurait jamais d'enfans ? il devrait pour le moins en conclure qu'il en aurait un. 3". Il paraît, en troisième lieu , que Tertullien avait oublié le nom du devin qui rencontra le mieux de tous : il ne sait s'il doit le nommer Aristophon ou Aristodème.
Il n'avait retenu que les deux premières syllabes du nom, et il ne put suppléer juste les autres : en un mot , le nom d'Aristandre ne lui revint pas en mémoire. 4°- E" quatrième lien , nous voyons qu'il était fort satisfait de l'explication du songe : c'est un de ceux qu'il allègue pour prouver l'excellence de notre âme. Finissons ceci, en disant que peut-être le roi Philippe disputa long- temps contre ses devins pour l'explication qu'il donnait au songe ; et qu'Aristandre lui dit peut-
(19) TertuUian., de ÂDÏmâ , cap. XL VI.
(20) Genèse, XX, 18.
(21) ha même, chap. XXX, vs. 22. Voyet, aussi chap. XXIX , vs. 3i.
(22) Voyez les Notes de Rigaiit sut cet endroit as Tertullien.