‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 69 sur 113 · ARTS · texte numérisé non relu

ARTS

Bacchus sur son gnon , après que Mercure Tout tire du milieu des flammes. Ce tutelle qui lui fit prendre du miel. Elle demeurait alors au centre de nie d'iiubœe. Elle s'exposa ù l'indignation de Junon , par le bon office qu'elle rendit à cet enfant , et fut contrainte d'abandonner le pays, et de se sauver dans un autre, en l'île des Phéaques, où elle fit une infinité de biens aux habifans (76). Inférons de là qu'Aristëe , oncle d'alliance de Bacchus (77), était beaucoup plus âj^é que lui. Cela ne l'e'fule point ce ([ne Diodore de Sicile raconte touchant l'admission d'Aristëe aux Orgies, etc., iii ce que d'autres supposent, qu'il commandait quelques troupes dans l'armée de Bacchus (78) ^ car il est de l'ordre ([ue la supériorité appartienne à un rils de Jupiter, lors même qu'il est plus jeune.

(."fi) .... KsiiTTopiv okCov *ôsir<f«.'rûv

£VV«îT110-IV, Kt infiniiis beuvii insolarios opibus.

Zdetrif ibid. , vs, ii4o.

(^'j) Il était mari d'Àutorioé , sœur de la mère de Bacchus.

(^8) Nonnns, Dionysiacor. lib. XIII.

ARISTÉE , le Proconnésien , en latin Aristeas. M. Moréri s'étant contenté de dire qu'il vivait au temps de Cyrus (A) , et qu'il composa V Histoire des Arirnaspes, et un ouvrage de l'Origine des Dieux , le tout rempli de fables (B) , a oublié ce qu'il pouvait mettre de plus singulier dans cet article. Donnons donc ce supplément , et disons que cet Aristée , étant mort dans son pays {a) , fut vu le même jour, et à la même heure , faire leçon en Sicile. Ce spectacle ayant été renouvelé plusieurs fois , et pendant plusieurs années , obligea les Siciliens à bâtir un autel à Aristée , et à lui offrir des sacrifices {b). Hérodote a parlé assez

fa) L'île de Proconnèse, dans la Proponiide.

(h) £x Âpollonii Dyscol. Hist. Coraraeal., cap. II.

TÉE. 33g

amplement de ce miracle (C).

Pline rapporte qu'on vit dans l'île de Proconnèse l'àme d'Aristée sortir du corps par la bouche, sous la figure d'un corbeau (c). D'autres disent que cette âme sortait du corps , et y retournait à sa fantaisie (D).

Strabon donne Aristée pour l'un des plus grands enchanteurs qui furent jamais (d). Quelques-uns prétendent , qu'afin de lever l'incrédulité qu'on avait pour sa doctrine , il fit accroire que son âme séparée du corps avait fait plusieurs voyages (e). On trouve six de ses vers dans le Traité de Longin (/). On en trouve quelques autres dans les Chiliades de Tzetzès (g). On le voit cité deux fois dans Pausanias {h). Au reste, ceux qui prétendent qu'il n'était pas tout-à-fait mort , quand son âme allait faire des voyages (/) , ne diminuent guère le merveilleux de ce prodige. Il n'est pas besoin de remarquer que Plutarque s'est moqué de ce beau conte (k). Le Giraldi a fait quelques fautes (E).

(c) Plinius , lib. m, cap. LU , pag. 85. {d) StraLo, l,b. XIII, pag. 4o5.

(e) f^qyez la remarque (B).

(f) Longin., TTSp tî-vj.o:'? , secl.IX, p. 26. ig) Tzetzes , Histor., chil. ^11, pag.

l!^[\. yoyez Casaubon sur Âtliénée, liv. I, pag. l3.

{Il} Pausan., lib. I, pag. 22, et lib. V, pag. 154.

(i) Maxim. Tyr. Orat. XXVIIl , pag. 282.

{k) Plut, in Romulo, pag. 35.

(A) Mnréri s'est contenté de dire qu'il vitrait au temps de Cyrus.'] On prouve cela parle témoignage de Suidas. Notez que Cyrus commença de régner en Perse l'olympiade 55. Vossiiis infère de là, que Suidas disant d'un cote qu'Aristée florissait pendant la Se. olympiade , et de l'autre que c'était au temps de Cyrus, n'a

ARISTÉE

point observé rexactltude ( i )• L'a- erani. jfccessi tamen, percunctatusque

nonyme, quia décrit les olympia- prel'uim suin : et adductus mird atquc

des, met Ariste'esonsla 5o*. : cela ne insperatâ uilUale , libros plurimos cere

s'accorde point avec ce que d'autres pauco emo ; eosque omnes duabus

ont dit qu'Homère fut son disciple (a), proximis noctibus ciinhu transeo :

Tatien l'a fait antérieur à Homère (3), atquein legendo carpsi exindè quœ-

et en a été repris par Vossius , comme dam et nola^'i nilrabilia et scripioilbus

si par-là il eût voulu trop favoriser feiè nostris intentata ; eaquc his corn-

la bonne cause dans ce point-ci, c'est mentariis adspersi{6). La suite de ce

que l'Age d'Homère a suivi de loin chapitre d'Aulu-Gelle est toute pleine

celui de Moïse (4)- Cette censure me des narrations chimériques qu'il avait

semble un peu mal fondée , car Ta- lues dans ces écrits-là , ou dans Pline,

tien a pu se servir légitimement d'une 11 faut savoir que YUistoire des Aii-

tradition qui se trouvait établie maspes , composée par Aristée , était

parmi les païens. Nous avons vu un poème (7). Et que sait-on , me

qu'on disait que notre Aristée avait direz-vous , si l'auteur ne L'écr'n'it pas

enseigné Homère , et nous lisons dans sans avoir dessein qu'on ajoutât Joi à

Hérodote qu'Aristée parut au monde ses récits ? L Ariosle n'a jamais eu

trois siècles après avoir composé un une pareille pensée. Pourquoi ne ju-

poëme (5). On ne convenait donc gérions- nous pas des anciens poêles

pas qu'il eût fleuri au temps de Cyrus. comme de lui 'a cet égard? Je vous

Notez qu'Hérodote naquit l'an i*^"^. de réponds qu'Aristée n'avait point pour

la 74^' olympiade , et qu'il ne parle but de divertir ses lecteurs par des

point de cette dernière apparition récits qui fussent considérés comme

d'Aristée comme d'un fait nouvelle- des fables j car il n'eut recours à ces

ment arrivé : il insinue, au contraire, contes , qu'afîn de guérir l'incrédulité

que la tradition des Métapontins sur qu'il rencontrait dans les esprits. On

cette aventure-là venait de loin ; car ne croyait pas qu'il fût philosophe, et

il ne dit point qu'ils en marquassent l'on se fondait sur ce qu'il ne disait

le temps. point que personne l'eût instruit (8).

(B) Ses écrits sont remplis de fa- 11 leva cet obstacle , en débitant que

i/es.j Aulu-Gelle raconte , qu'étant à son âme était sortie de son corps , et

Brundisium, il vit exposés en vente que, s'élevant vers le ciel, elle avait

plusieurs paquets de livres , et qu'on vu tous les pays grecs et barbares , et

ui laissa à très-vil prix ceux qu'il fini ses courses dans les climats hy-

/oulut acheter. C'étaient tous ouvra- perboréens. Il se vanta d'avoir décou-

ges d'auteurs grecs , qui avaient ra- vert par ce moyen la situation des

massé beaucoup de mensonges sur- lieux , les coutumes des habitans , les

prenans et incroyables. Aristée est le qualités naturelles des élémens , etc. ,

premier des écrivains : Fasces libro- et d'avoir même observé le ciel plus

runi uenalium expositos vidimus. Al- exactement que la terre. N'était-ce

que ego ai'idè statïm pergo ad libros. point produire ses contes comme des

£rant aiitem isti omnes libri grœci lettres de créance ? Ne voulait-il

miraculorum fabularumque pleni : point par-là s'établir une autorite'

res inauditœ , incredulœ ; scriptores qui fît recevoir les autres choses qu'il

t'eteres non pari^œ auctoritatis , Aris- voudrait dire ? 11 fallait donc (ju'il

teas Proconnesius , et Isigonus Ni- proposât celles-là comme des taits

cœensLs , et Ctcsias , et Onesicritus , véritables. On les prit pour tels ; car

et Polystephanus , et Hegesias. Ipsa on ajouta plus de foi à cet hommeautem t'olumina ex diutino situ squallebant , et habilu adspecluque tetro

(1) Vossius, cle Historiris Crxcis, lib. IK ^ cap. II , pag. 433.

(a) Sirabo , lib. XIF, pag. 439.

(3) T.itian. , Oral, ad Grsecos, apadVossiam de Himor. GiKcis , lib. I , cap. I , piig, 'j.

(4) Vossius, de Hist. Grœcis, lib. /, cap. /, vag. G.

(5; llerod. , li/>. IV, cap. XIF.

(6) Autus Gellius, lib. IX, cap. IF, pag. 229. NoTEi ijur DI. Huet, Uemonstrat. Evangel., Propos. IX, cap. CXLII , pag. loi-j , cite cet endroit ti'Aulu-Gelle comme contenant que les choses que Con ai'ait racontées touchant Aristée étaient fausses. Ce n'est point la pensée d'Aulu-Gelle.

(■j)Herod., lib. IF, cap. XIII et XIF, Strobo, lib. I , pag. i5, et lib. XIII, pag. 4o5.

(8) Maxim. Tyrlus , Dissert. XXII, pag. ïaS.

ARISTÉE

là , qu'aux philosophes qui dogmatisèrent sans aucun déguisement (9).

Notez que ûeuys d'ilalicaruasse rapporte que tout le monde ne convenait fias que notre Aristee fût l'auteur des ivres qui portaient son nom (10).

ristëe (i4), dédièrent un laurier d'airain à Apollon. Ce laurier ayant parlé dans le temps qu'une danseuse de Thessalie s'appiochait de la grande place de Métapont , les devins , qui étaient là , furent saisis subitement

(C) Il fut i'u plusieurs fois après d'une fureur si étrange, qu'ils dé-

sa mort... Hérodote a parlé assez am- chirèrent cette femme. Notez qu'elle I . . / T TT • • 1 ■ :i. j m -1 'i ^ .

plemenl de ce miracle. ] Voici le précis de sa narration. Aristee , l'un des principaux de l'île de Proconnèse , entra un jour dans le logis d'un foulon , et y mourut. Le foulon ferma sa porte , et fut annoncer aux parens la mort d'Aristée. Cette nouvelle se répandit bientôt par toute la ville j mais pendant que l'on s'en entretenait , il vint un homme qui assura qu'il avait rencontré Aristee allant à Cyzique (11), et qu'il lui avait parlé. Les parens se transportèrent à la maison du foulon , avec tout ce qui était nécessaire pour l'enterrement , et ne trouvèrent Aristee ni mort ni vif. Il se montra au bout de sept ans , et composa le poème des Arimaspes , après quoi il disparut. Deux ou trois siècles s'étant écoulés , il se montra aux habitans de Métapont (12), et leur commanda de faire un autel à Apollon , et de metlretoutauprès une statue en l'honneur d'Aristée le Proconnésien. 11 leur dit qu'ils étaient les seuls Italiens qu'Apollon eût honorés d'une visite, et qu'il l'avait accompagné dans ce voyage , et qu'il était non pas Aristee , mais un corbeau , quand il l'y accompagna. Ayant dit ces choses , il disparut. Les Métapontins consultèrent l'oracle de Delphes , pour savoir ce que c'était que cela. 11 leur fut répondu qu'ils feraient bien d'obéir, lis exécutèrent donc cet ordre (i3). L'historien témoigne que l'on voyait de son temps , à la grande place de Métapont , la statue d'Aristée , proche de l'autel d'Apollon , et environnée de lauriers. Joignons à cela un fait rapporté par Athénée.

Les Métapontins, après le retour d'A-

fg) Idem , ihid. , pag. 22!^.

(10) Dion. Hallcariias. , in Judicio de Thueji., cap. XXVI , pag. 384.

(il) 5e/onPlutarque, dans la Vie de Romulus, ■pag. 35 , il y eut des gens gui assurèrent qu'Ut l'avaient vu sur le chemin de Crolûne.

(12) Ville d' Italie.

(i3)Herod. ,M. IV, cap. XIV,

avait reçu de Philomèle un présent sacré , c'était une couronne de laurier d'or , que ceux de Lampsaque avaient consacrée au temple de Delphes (i5). Observez aussi qu'Énée de Gaza , en rapportant la narration d'Hérodote , y ajoute cette circonstance : c'est que les sacrifices des Jlétapontins étaient censés appartenir en commun à Apollon et à Aristee , comme à deux divinités (16).

Origène a observé qu'Apollon voulut que cet Aristee fût honoré comme uu dieu par les habitans de Métapont (17). Meursius prétend qu'Athénagoras a reproché aux païens d'avoir honoré notre Aristee dans l'île de Chios , et de l'avoir pris pour le même dieu qu'Apollon et Jupiter (18).

Xioi 'Afiç-sotv Tov CLÔTOV itett AisL kol) 'ATrôwtu vt'/UiÇGVTêç ( 19 ). C/iii Aristeum , qtiem et Jowem arbitrantur et Apollinein. M. Huet s'imagine , avec beaucoup de vraisemblance , qu'au lieu de Xioi , il faut lire Xim , et qu'il s'agit là d'Aristée , fils d'Apollon et de Cyrène (20) ; car ce dernier Aristee fut honoré dans l'île de Céa (ai)- C'est de lui que Sufl'ridus entend le passage d'Athénagoras (22). M. Huet montre que ces deux Aristées ont été souvent confondus l'un avec l'autre (23).

Ceux qui veulent que tout roman

(i4) Il disait qu'il avait été jusques au pays des Hrperboréens. Athenœus , Ub. XIII , pag. 6o5.

(i5) Idem, ibid.

(16) ^neas Gazieus in Theoplirastum , apud Meurs. IVot. in Apollon. Oyscoliim, pag. S7.

(17) Origen. contra Cels. , Ub. III.

(i8) Meursii Nota; in Apollon. Dyscol. , pag.

(ig) Alhenag., Légat, pro Christianis, pag. 28.

(ao) Huet., Demonstr. Evangel., Propos. IX, cap. CXIII , pag. 1087. Vossius , de Theolog. Gentlli, Ub. VII , cap. X, pag. 349, " '" même pensée.

(21) Voyez la remarque (C) de l'article précédent, citation (43).

(11) SuiTridus, Notis in Atben. Légat., pag

(23) Hnet. Demonstr. Evangel., Propos. IX, cap. CXLII , pag, loS^, et pag, an,

ARISTÉE

soit fondé sur quelque aventure ve'ritable pourraient supposer qu'Aristée , ayant fait semblant d'être mort dans le logis du foulon, trouva moyen d'en sortir pendant Tabsence du maître , et de s'évader secrètement de la ville j qu'il y retourna après s'être tenu caché quelques années ; et qu'il produisit un poè'me , où il débita ses exîases (24) , qu'il fut bien aise que l'on prît au sens littéral , et non pas au sens poétique, auquel nous prenons ces vei-s d'Hotace :

Quo me Bacch Plénum, quce in neiitoyi specus

y'elox mente nova (2 5) ,

rapis lui

aut quoi agor in

et plusieurs autres que M. Huet allègue (26). Je ne sain'ais bien comprendre comme lui que Maxime de Tyr confirme cette conjecture, c'est qu'Aristée ne prétendit pas que l'on prît ses expressions au pied de la lettre ( 27 ). Maxime de Tyr suppose tout le contraire , comme on l'a vu ci-dessus (28). Pour ce qui regarde 1 apparition aux Métapontins, on peut supposer qu'un fourbe leur persuada facilement ce qu'Hérodote raconte ; car ils étaient pythagoriciens , et par conséquent ils croyaient la métempsycose.

(D) On a dit que son à me sortait de son corps , et y rentrait a sa fantaisie. ] C'est ce qu'a dit Hésychius lUustrius , et après lui S-ùdas. Voici leurs paroles : 'Afiç-sow tow ITfoxovvMo-iot/ <})stsr/ rrtw ■\,iiX*^^ enlevai ots sfo 'xjto , "ai 2Ta,viêv«.< waAiv (2g). -fîrisleas Proconnesius, ciijus aninumi corporis doftiicilio excessisse , rursiisque uhi vellel suhiisse fabulaniur. Toutou <))A!r<

iTTcLvmcu "ttÔlkw (3o). Hujus animant quoties i^oluisset exiisse et rediisse dicunt.

(E) Le Giraldi a fait quelques fautes touchant notre Arislée. ] 1°. Il

(^4) "E(f « <rs 'Apiç-sMÇ dTrlKitrSsti h

liTo-nJovttç <pCi(ê'ÔA*//t^TOç ysvLjUiVOÇ. jirisliviis memoravit se Phœho inslincUiin veiiisse ad Itsedonas. Heroilot., lib. IV, cap. XIII.

(25) Horat., lib. III , Od. XXV.

(2G) Iluet. , Demoiislr. Evangcl. , pag. io38.

(îr) Idem, ibid., pag. loBg.

(28; Citations (8) el (9).

(29) Ilesycli. Illn.Htiius <lc his qui Eruditionis liinifi claviicre, paf^. fj.

(30) Suidas , in 'Api-rix;.

fait dire à Strabon que l'éloquence et les caresses d'ArisIée avaient une grande force : Slrabo Aristeant facundid et blandiliis i-e.hementem j uisse prodidit (3i). C'est n'entendre rien dans ce grec : av»tp yôtiç u rig Akxoç (Sa) ,fuit prœstigiis nemini secundus.

2°. Il fait dire à Hérodote qu'Aristée ayant ordonné aux Métapontins d'ériger tout à la fois un autel et une statue à lui Arisfée et à Apollon , et leur ayant enfin déclaré qu'il était un corbeau , fut enlevé de devant leurs yeux. C'est mal entendre la narration d'Hérodote : consultez-la (33).

3°. Il dit que Plutarque approuve la narration d'Hérodote. Cela est faux :

Plutarque n'en touche qu'une trèspetite partie , et y change même notablement les circonstances du lieu , et puis il rejette cela comme une fable.

(3i) Lilius Gregorius Giraldus, Dialog. III de Historiâ Poëlaium, pag. 85.

(32) Strabo, lib. XIII , pag. t^oi.

(33) Dans la remarque (C), depuis le commencement jusqu'à la citation (x3).

ARISTÉE , le géomètre , a vécu avant Euclide , et composa des ouvrages que l'on estima.

Voyez ci-dessous un bon passage de Pappus (A).

(A) P^oici , touchant notre Aristée, un bon passage de Pappus."] Je le qualifie ainsi , parce qu'il nous apprend une chose très-curieuse touchant Euclide , c'est que ce grand géomètre , par honnêteté pour Aristée , ne voulut point paraître plus savant que lui dans les coniques. J'en ai déjà parlé ci-dessus (i). Voyons les paroles de Pappus : Aristœus autem qui scrihit ea quœ ad hoc usque. tempiis tradila sunt, solidorum Hbros quinque , conicis cohœrentes uo-

ctti^it Éuclides aulem secutus Aris-

tœum scriptoreni luculentum in iis quœ de conicis tradiderat , neque anteuertens neque t^olens eorum tractationeni destruere , cùm mitissinius esset et benignus erga omnes , prœsertïm eos qui malhemalicas disciplinas aliquâ ex parle augere et ampUftcare

(i) Dans la remarque (D) de l'article d'A.- VOLI.OWHJS de PergCy citation (3iJ.

passent , ut par est , et nullo modo infensus , sed accuratus , non arrogans i^elul hic ( Apollonius Pergœus ) quantum ostendi potuil de loco per ejus conlca menioriœ prodidit (2).

(2) Pappns , in Proœm. lib. VU, Malhem. Collection.

ARISTIDE, surnommé le juste, florissait à Athènes, en même temps que Thémistocle.

lis furent fort brouillés ensemble; et il parut alors que, pour être supérieur à un autre en

ARISTIDE. 343

varient sur les dernières heures d'Aristide (c) , mais il ne faut point douter que Sénèque n'y ait fait une lourde faute (E).

Nous dirons , dans l'article d'Au- TÉMiDORE , qu'un petit-fils d'Aristide gagnait sa vie à dire la bonne aventure par les songes.

{c) Il mourut l'an 2 de la 78''. olympiade, (jiti était le [^'' . après le bannissement de Thémistocle. Gorael. Nepos, in ejus Vilâ,

(X)Pour être supérieur h un autre en fertu , on ne t'est pas en crédit. ] Cette pensée est de Cornélius Né-

vertu, on ne l'est pas en crédit pos : In his cognilum est quanta an-

(A). L'éloquence impétueuse de tistaret ehquentia innocentiœ ; quam-

Thémistocle le fit triompher de '?"«'« enJm ade6 excellebat Aristides

I„ :.,ot:^^ J^ „ -1 Ti 1 abstinentid , ut unus post hominum

la ustice de son rival. Il est re- ■ „. ' ... . „..„,1.. .,„. „.,j,.,.,

marquable qu'un de ceux qui opinèrent au bannissement d'Aristide se fonda sur la grande réputation de probité dont il le voyait jouir (B) ; mais voici une particularité qui est encore plus remarquable. Ce grand homme qui observait si exactement les règles de l'équité chez lui , et envers ses compatriotes , ne faisait point de scrupule de préférer l'utile à l'honnête, quand il s'agissait d'une affaire de politique (C). Il vécut dans une grande pauvreté, et il en tirait un sujet de gloire (D). Il ne laissa , ni de quoi marier ses filles, ni de quoi faire ses funérailles. La république se chargea de tous ces frais (a). Il fut assez généreux pour ne pas se joindre aux ennemis de Thémistocle , dans un temps où il y avait lieu de croire qu'ils l'accableraient {b) ; car, sans qu'Aristide s'en mêlât, Thémistocle fut condamné au bannissement. Les auteurs

(a) Plut, in Aristide, pag. 335.

{b) Idem , ibid. , pag. 334.

mentoriam, quod quidem nos audierimus , cognomine Justus sit appelLatus , tanien h Thémistocle collabe- Jactus testulâ illd exilio deceni annorum muUatus est (i). Soyez le plus honnête du monde , et n'ayez pas Tait de criailler , de clabauder , et de tempêter par des harangues, comptez que vous succomberez , ayant à faire au plus malhonnête homme de la Tille.

(B) Un de ceux qui opinèrent a son bannissement se fonda sur la grande réputation de probité dont il le uoyait jouir.^ Un bourgeois d'Athènes , qui mettait sur sa marque qu'Aristide fût banni, réponditnaïvement à Aristide , qui lui demandait la raison de ce suHrage : Je ne le connais point , mais il me déplaît , a cause qu'il a travaillé ardemment à être surnommé juste. Cedensque animadverteret quemdam scribeutem ut patriâ pelleretur , quœsîsse ab eo dicitur , Quarè id faceret , aut quid Aristides commisisset , cur tantâ poend dignus duceretur ? Cui ille respondit se ignorare Aristidem , sed sibi non placere , quod cupide elabordsset ut prœter cœteros justus appellarelur (2). Une infinité de gens pensent comme celui-là , mais ils n'ont pas sa bonne foi. Tout ce qui excelle leur déplaît ; ils regardent plus équitablement une vertu très-

(i) Corncl. Pfepos , in Vilâ Aristidi». (2) lUein, ibidem.

344 ARISTIDE

qu'une vertu distinguée, fournir de quoi manger (8) , le pria

commune

Cette réputation d'Aristide , de la quelle les Athéniens donnèrent un jour un témoignage si authentique en sa pre'sence (3) , n'a point éprouvé rinjure du temps ; elle s'est conservée dans tous les siècles : lisez ce passage d'Ausone :

Nec cola anliquos ostentat Borna Calories : Aut ttnus tantitin justi sppclator ei œqui Pollel Ariiùdes velereique UlusLiaC Alhe-

de témoigner devant les juges s'il n'était pas vrai qu'il n'avaitjamais voulu recevoir les sommes que lui Callias lui avait très-souvent offertes , et sil n'avait pas répondu qu'il se glorifiait de sa pauvreté , plus que Callias de ses richesses. Il répondit que oui. Sa raison était qu'on voyait beaucoup de gens qui se servaient bien ou mal de leurs richesses , mais qu'il était rare de trouver un homme qui sup-

(C) // ne faisait point de scrupule portât noblement la pauvreté ( 9 ). de prcJVrer l'unie à l'hnnnête , quand C était donc, dirat-on, par un prmil s'a^lsiuit dune affaire de politi- cipe d orgueil qu il méprisait les Ti-

que, i Voici un nouvel exemple de ce que nous avons dit ci dessus (5) touchant la Religion du Souverain.

Aristide avait fait jurer une certaine chose aux Athéniens , et il avait lui-même prêté le serment en leur nom. Dans la suite , il leur conseilla de faire ce qu'ils trouveraient à propos pour l'ulilité publique, et de le laisser chargé lui seul du parjure , pendant qu'ils se prévaudraient des circonstances favorables que la fortune leur présentait. C'était sa maxime générale , comme Théophraste l'observe : KstÔ' okov S"' 0 0eô<:fpa,ç-oc <^)M- (r'i Tov a.^S'fa. tos/tov , TTifi to. aïK^nt kcli Toùç TToy^lreLÇ a,Kpa>ç ovto, JVxsttov , ev toiç

JtOIVOK TTûKKci Trpâ^atl TTpOÇ T))V !/7rÔ9êi-IV

Titç Tra.TfiîJ'oç, dç eru'xyyfi àcTwistç «TêOjWJVMV. ( 6 ). In unii'ersuin hune virum ait Tlienphrastus in rébus prii^atis et erga cilles summè justum : in repub. tamen multa ad tempora patriœ quasi multa iniqua illa flagitaret perpétrasse. Malheureux engagement que celui d'être assis au timon ! le bien de l'état ne demande pas une ou deux injustices pendant la vie d'un homme , il eu demande plusieurs. Aristide n'en fut pas quitte peut-être pour cent. Notez que Cicéron nous en donne tout une autre idée (7).

(D) // tirait un sujet de gloire de sa paui^reté. ] Il avait un parent fort riche , nommé Callias, qui se voyant accusé publiquement de ne lui pas

(3) Voyez ci-dessu.< le commencement de la remarque (H) de l'article AMPHURios.

(4) Anson. , mMoscllâ, vs. 386, pag. 4i5.

(5) Dans la remarque (H) de l'article (i'AcÉ- • ILàUS II.

(6) /Ipud Plularch, , in Aristide, pag. 334 > •*•

(7) Ciceio, de Officiis, lib. m, cap. XI, pag. 3i8.

chesses , c'est-à-dire , pour se distinguer de la foule. C'est un grand plaisir aux avares et aux ambitieux de pouvoir objecter cela à ceux qui ne leur ressemblent pas. Mais qu'y gagnent-ils ? Quand il serait vrai que tous les hommes agissent par un principe d'amour -propre , n'est-ce rien que de tirer sa gloire plutôt de ceci que de cela? n'est-ce pas un assez juste motif d'admirer les uns, et de mépriser les autres? Elien raconte une chose qui paraît d'abord peu compatible avec la pauvreté manifeste d'Aristide : Ceux qui avaient fiancé ses Jîlles renoncèrent , dit-il , à ce mariage après sa mort ; c'est h cause, poursuit-il , qu'on connut alors son extrême pau^-reté (10). Il se trompe , ce me semble , dans son raisonnement. On connaissait cette pauvreté pendant la vie d'Aristide , mais on savait en même temps qu'il avait ua grand crédit. Or , les âmes les plus vénales et les plus intéressées ne croient pas s'engager à un contrat désavantageux , en épousant toute nue , pour ainsi dire , la fille d'un favori qui a cent charges lucratives à sa disposition. Voilà ce qui pouvait faire que les filles d'Aristide , sans un sou de dot , trouvaient des partis pendant sa vie; mais, lui mort , on n'avait plus rien à espérer : on les laissait donc là faute d'argent. Un bel-esprit (11) met dans la bouciie d'un favori une réflexion judicieuse:

Un tel se tiendrait honoré de mon

(8) On concluait, en voyant Aristide si mal vêtu , qu'il manquait de pain. Pliitarcb. , in Aristide , pag. 334.

(9) Iilein , ibid.

(10) AJiaiii Var. Illstor., lib. X, cap. XV. (n) La demoiselle des Jardins, duns ses

Exilés de la Cour d'Auguste-

alliance but-à-but , et il croit pourtant foire un sacrifice a ma Joueur , en me demandant ma nièce. Tant il est vrai que lorsqu'on recherche les parentes d'un homme de grand crédit , on songe plus aux avancemens qu'il peut procurer , qu'à la dot de ses parentes.

(t) On varie sur ses dernières heures.... Séncque y a fait une lourde faute. ] Aristide , selon lui , fut condamné à mort : tous ceux qui le rencontrèrent , quand il allait au supplice, baissèrent les yeux en gémissant, excepté un fripon, qui lui cra- justice était plus grande dans ce siè

été dit au commencement , mais selon la forme qu'on croit la meilleure. Qu'il se soit trompé quant au fond , il est clair par le récit de Pliitar(|ue. Cet historien avoue que quelqu'un a dit qu'Aristide mourut exilé ; mais il réfute cela (i5). A plus forte raison , faut-il rejeter comme une fable ce que dit Sénéque. Notez que Lancelot de Pérouse n'a point relevé cette faute : il la connaissait peut-être , mais il aima mieux supposer cela comme un fait certain , afin d'avoir lieu de soutenir que l'in-

cha au visage. Aristide se mit à sourire , et dit aux magistrats qui l'accompagnaient : Ai'eriiiisez ce personnage de ne pas ouvrir la bouche une autre fois si filainement. C'est ainsi que Sénèque narre la chose : Ducebatur Alhenis ad supplicium Aiistides, cui quisquis occurrerat , dejiciebat

delà que la justice , puisque le sénat d'Athènes fît mourir une personne dont la vertu était si brillante (i6j.

(i5) Phit. , in Aristiile , pag. 335.

(iCi) Voyez Z'Hogs'idi del Padre Seconiîo Lancelloli daPerugia, lom. Il, pag. Bgg et seq.

ARISTON , natif de l'île de

oculos , et ingemiscebat non tanquam Chios , s'écarta un peu des senti-

niens de son maître Zenon , le chef des stoïques , comme on l'a pu voir dans le Dictionnaii'e de Moréri , avec quelques-uns de ses doermes. Povir ne pas redire magistratui: ^i Admone istum ne pos- ce qu on trouve la, ]e me con- 3) tea tam improbè oscitet {11). » tenterai d'observer , que la rai- Lipse a fort bien remarçiué sur ce son pour laquelle il rejeta la passage que Sénèque a pris l'un pour i • .1 1 ^-^ ,„ f,,+ ,.,,'^1

{'autre, lî a donne' à Aristide ce qu'il Î^S^^"^ ""^ }"" pliJSique , fut qu il fallait donner à Phocion. C'est Pho- )"gea que la logique ne nous sert fut condamné à la mort ; de rien , et que la physique sur-

in hominem justum , sed tanquam in ipsam juslitiam animadverterelur . Inventus est tamen qui fociem ejus inspueret : poterat ob hoc molesté forte , quod sciebat neminem id ausurum puri oris. At die abslersit faciem , et subridens ait comitanli

cion qui

c'est à lui que l'on cracha au visage , lorsqu'on le menait à la prison où il devait boire la cigué j et c'est lui qui, se tournant vers les magistrats qui l'accompagnaient , leiu' demanda si quelqu'un n'arrêterait pas l'insolence de ce cracheur (i3). Sénèque a tourné à sa manière ces paroles ; il y a mis une pointe : yerha noster etiam per argutiolam invertit (i4)- Apparemment ce n'est pas la première fois qu'il a changé et les choses , et les paroles. 11 serait à souhaiter qu'il fftt le seul qui prît cette liberté. On aime trop à rapporter un bon mot , non pas tel qu'il a

(12) Seneca, Consol. ad Helviam, cnp. XIII,

(i3) Plat., in Phocione.

(•4) Lipsius in Seoccs Coosolat. ad Helviam, pag. 785.

passe les forces de notre esprit [a). J'ajoute à cela, qu'ayant retenu d'abord la morale , il en retrancha ensuite beaucoup ; car il voulut qu'on n'enseignât rien sur les devoirs particuliers du mari envers sa femme , ou du père envers ses enfans , ou du maître envers ses valets ; et qu'on enseignât seulement en gros ce que c'est que la sagesse. Sénèque l'en blâme avec raison (A) , et montre que les préceptes particuliers

(a) AS'J.WV TOV iUSV, êl'vatl ÙTTif ilf/.â,Ç, TOV

<r oôS'iv Trpoç n/xoLÇ. Dicens alterum qjiidem esse supra nos , alterum l'Cro nihil ad nos, Diogen. Laërt., lib. Fil, num. itii.

et les sentences peuvent être neri pœdagogus (i). Il le réfute assez d'une merveilleuse utilité fB) au long dans uu autre lieu (2). Ariston disait que la nature de ^^^ ^% sentences , selon Sénèque ■p.. ,, . ^. a "«Luit, ue peuvent ctre a une nier^'eilleuse utdi-

JJieu n était pas intelligible. Cela té. ] Il dit que, quand elles sont en porte à croire qu'il négligeait '^^^s > ou en prose resserre'e , elles absolument la contemplation des ^''appent vivement l'esprit , et allu- ^Kr^coc ;i.Tr.»,^„ fn\ T1 r 1 1» X ment les semences de l'honnêteté, qui Choses divines (C). Il fut 1 anta- ,^^^ naturelles à notre âme. Ipsàquœ goniste d Arcesilas sur l'hypothè- prœcipiuntur , per se viulikm habent se de l'incertitude ; mais , si l'on ponderis .- utique siaut carmini intexta ajoutait foi à Diogène Laërce ^unl , aut prosd oratione in sententiam ^^ „ „• •. P . - ' coarclata. Sicut nia Catoniana :Em3i3

on croirait que le scepticisme non quod opus est , sed quod necesse était alors, et mal attaqué et est. Quod non opus est , asse carum mal défendu (D). On ditqu'Aris- ^^t. Qualia simt itla, aut reddita oraton était fort chauve , et que ce 1"^° ' ""' ,1"«'^'« : Tempori parce ; fut ce qui lui causa la mort , le soleil lui ayant brûlé la tête (^).

11 était devenu voluptueux sur ses vieux jours. Ératosthène et Apollophane , ses disciples , nous

apprennent cette particularité /'^<^^«* V«o* tangunt, et naturâ fim dans Athénée (r\ Te ne sai<; iia« f"**"" exercenle proficiunt. Omnium udU!> Amenée {c). Je ne sais pas honestarum rerum semina animi ge- Si ce tut en ce temps-là qu'il de- runt , quœ admonitione excitantur : vint flatteur d'un philosophe {d), 'î"'* aliter quant scintilla Jlatu lefi qui était très-bien à la cour d'An- «f//"'« > ignem suum cxplicat (3). Il

Te nosce. JYuniquid rationem exiges , ciim tibi aliquis hos dixerit cersus ?

Injuriarum remediiim est oblivio.

Aiidenles fortuna juvat.

Piger sibi ipie osbtal.

Adi'Ocatum. ista non qucerunt : af-

tigonus (e). Sa secte ne dura que peu de temps (E). Il disait une chose , qui peut rendre moins odieuse la doctrine d'Aristippe qu'elle ne l'est ordinairement (F).

ajoute qu'elles font sentir quelquefois leur force aux plus ignorans, et qu'Agrippa, favori d'Auguste se reconnaissait très- redevable à un apophthegme sur la concorde. Quis negayerit , feriri quibusdarn prœceptis ejficaciter etiam imperitissimos? welut lus brei^is-

On lui donnait des ouvrages qui simis uocibus , sed multhnihabentibus étaient d'ARiSToiv de Céa , philo- ponderis : sophe péripatéticien (G). Nous

aurons à remarquer quelques niéprises de Vossius (H).

(6) Diog. Laërt., lib. yil, nitm. 164.

(c) Athen. , lib. Fil, cap. Vl , pag. 281.

(d) Il s'appelait Persée.

(e) Athen., Ub. VI, pag. 25l.

(A) Il retrancha beaucoup de la

morale Sénèque l'en bldnie ai^ec

raison. ] Lisez ces paroles : Aristo Chius non tantiim supcrfacuas esse dixit naturaleni et rationalem , sed etiam contrarias ; moralem quoque qunm solain reliqucrat , circumcidit.

]VaiH eum locum qui nionitiones continet, sustulit, et p(cdagogi esse dixit non philosophi : tanqunm quîdqiiain aliud sit sapiens qu'ain Iniiaani ge-

Nihil nimis.

Avarus animus niillo satiatur lucro.

Ab alio exspectes alteri quod feceris.

Hœc cum ictu quodani audimus , nec ulli licet dubitare, aut interrogare.... M. Agrippa , i>ir ingentis animi, qui solus ex his quos cii>ilia bella claros potentesque fecerunt ,felix in publicum fuit , dicere solebat , mulliim se huic debere sententiœ : nam concordiâ parvœ res crescunt , discordiâ maximre dilabuntur. Hâc se aiebat, et fratrem , et amicum optimum factum (4). Ceci confirme admirablement

(1) Seneca, Epistolà LXXXIX, pag. 360.

Vorei-le au.ui, Epist. XCIV , et Sexlus Empilictis ajversus Malhematicos, lib. Vil.

(s) Seneca , Kpin. XCIV.

(3) Idem , dnâ. , paii: 387.

(4) Idem, ibiU., pag. 388.

l'une des pensées dont je me servis deorumlib. i, iribuit Aristoni (9).

dans le projet de ce Dictionnaire (5). Faute d'attention , Elraeniiorst a cru

J'observai qu'une sentence tirée de que l'^mto de Minucius était un da-

Tite-Live ou de Tacite, et débitée tif ou un ablatif; mais c'est un no-

comme ayant autrefois servi à porter minatif. Au reste , il ne serait pas im-

d'ua certain côté le sénat romain , est possible que le père Lescalopier attri-

capable de sauver l'état , etc. buât à notre Ariston ce qui convient

(C) Ariston disait que la nature de à Socrafe. Célèbre Jioc proi'erblum

Dieu n'était pas intelligible. Cela porte a croire qu'il négligeait la contemplation des choses divines. ] Car puisqu'il abandonna la physique , à

Sacrales habuit ; « Quod supra nos , » nifiil ad nos (10). » Lactance infère de là qu'il méprisait la religion. J^.jus viri ( Socratis ) quoties de cœlestibus

cause qu'il n'y pouvait rien corapren- rogabalur nota responsio est: « Quod

dre , il est vraisemblable , que par la » supra nos , nihil ad nos (i i). >' Ko-

même raison il abandonna la théo- tez que, généralement parlant , on ne

\o^ie. Dii^inarumrerum pariim studio- doit pas soupçonner de négligence

sus t'idetur fuisse , cùm islud sœpè dans le service divin ceux qui recon-

jactaret , qu^e supra nos , nihil ad nos, naissent que la nature de Dieu est

ut niirum sit Aristonem theologos in- inexplicable ; car il y a bien des gens

ter hic a f^elleio ascribi. Ces paroles à qui c'est une raison d'adorer Dieu

sont d'un jésuite qui a commenté avec plus d'humilité , et avec plus de

i'ouvrage de Cicéron de JValurd Deo- respect. Ainsi la remarque que Ton

rum (6j. Il fait une faute , quand il fait contre Ariston est quelque chose

s'étonne que Velleius , l'un des inter- de personnel ; elle est fondée sur ce

locuteurs , ait mis Ariston parmi les que l'on sait d'ailleurs que l'incom-

théologiens; car ce philosophe n'était préhensibilité était pour lui un motif

pas moins digne de cette place que de négligence. Je ne voudi'ais pas

les autres dont Velleius a rapporté les senlimens. Voici la doctrine de celuilà : Cujus ( Zenonis ) discipuli Aristonis non miniis inagno in errore sentenlia est : qui neque Jormam Dei in-

même assurer positivement qu'il ait négligé la religion : je m'arrête à la seule probabilité; car, n'en déplaise à Lactance, la maxime de Socrate , que j'ai rapportée (12) , n'engageait point

telligi passe censeal , neque in diis ce philosophe à négliger la théologie sensum esse dicat , dubiletque omnino Sa doctrine là-dessus était aussi belle

Deus animons necne sit (7). Minucius Félix a parlé du même dogme , et il a dit que Xénophon et Ariston sentaient la grandeur de Dieu par cela même qu'ils désespéraient de l'entendre, Socralicus JCenopfion Jormam Dei ueri negat fideri posse , et ideà quœri non oportere ; Aristo Chius comprehendi omnino non passe : uterque majestatem Dei intelligendi desperatione senserunt (8). Un commentateur s'abuse ici puérilement : il croit qu'il y a de la différence entre la personne dont Cicéron a parlé , et celle qui est mentionnée dans ce passage de Minucius ; il le croit , dis-je , parce qu'il suppose que Minucius a parlé d'un homme nommé Aristus. Quod Minucius Aristo Chio , id Cicero , de Naturd

(5) Voyet-en le paragraphe IX, a la fin du XV'. volume de cette édition.

(6) Lescalopier in Ciceroa. , de Natutâ Deoifum , lib. I, pag. 60.

(•j) Cicero, ibid. , cap. Xlf.

(8) Minucius Félix, pag. i54.

qu'on pouvait l'attendre d'un païen (i3); et il semble qu'il n'ait voulu qu'opposer des bornes à la curiosité humaine, par des raisons que nos plus pieux docteurs ont adoptées : c'est qu'il faut vouloir ignorer ce que Dieu n'a pas voulu que nous sussions ; c'est qu'il y a du péril dans ces recherches profondes. « En un mot , il ne vou- » lait point qu'on recherchât trop cu- » rieusement l'artifice admirable avec M lequel les dieux ont disposé tout l'u- » nivers , etc. (i4)- " Vous trouverez la suite de ce passage dans la remarque (Sj de l'article Anaxagoras (i 5) , et vous y verrez sans peine que , par

(9) Elmeoliorst. , in Minucium Felicem , pag, i54.

(10)1301101. Divin. Instit- , lib. III, cap.

(11) Minutius Félix, pag. 112.

(12) Ci-dessus, citation (10).

(i3) Voyez Xénophon , au /"■. lifre des Choses mémorables de Socralc.

fi4) Là mnne , lii: IV, pa^. 3S6.

(i5) Citation (202).

les choses célestes dont Socrate n'ap- dessus , attitra deux jumeaux dont prouvait pas trop l'étude , il faut en- l'un confia un dépôt à Ariston , et tendre , non pas les matières de reli- l'autre le ledemanda ^ et parce qu'Agion , mais l'astronomie. riston se tint en suspens , il fut re'-

(D) Selon Diogène Laërce , le scep- futë par Persee (18). J'ai de la peine ticisme était alors , et mal attaqué , et à comprendre ce que veut dire cela. mal défendu.'] Ariston soutenait con- Ces deux jumeaux se ressemblaient-ils tre Arcésilas le dogme de l'évidence ; parfaitement , et de telle sorte qu'il et il crut , voyant un monstre , je fût impossible de les discerner l'un de veux dire un taureau qui avait une l'autre , ou etaient-ils dissemblables , matrice , que son adversaire en tire- comme le sont ordinairement tous les rait im bon argument pour l'incom- jumeaux ? C'est ce que Diogène prèhensibililé. Malheureux que je Laè'rce n'observe point. Sa brièveté suis, s'ècria-t-il , foilh une forte est quelquefois si insupportable, qu'on preufe fournie à arcésilas (16). Cela dirait que nous n'avons que des exnous apprend que les dogmatiques , traits mal digérés de son histoire des voulant soutenir que la nature des philosophes. Si ces deux jumeaux animaux était clairement connue , étaient faciles à discerner , d'où poualléguaient que nous distinguons avec vait venir 1 embarras d' Ariston ? S'il certitude les mâles et les femelles de n'était guère possible de les discerner, chaque espèce, y ayant certaines par- sa suspension n'était point blâmable , ties si propres à celles-ci , qu'elles ne etne pouvait point servir à le réfuter j se voient jamais dans ceux-là. S ils carcela même qu'ilsetenaiten suspens raisonnaient de la sorte , il est sûr était une preuve de son respect pour que le taureau dont j'ai parlé servait la maxime : Le sage n'opine jamais. à les réfuter : mais d'ailleurs , il faut (E) Sa secte ne dura que peu de convenir qu'ils employaient un argu- temps. ] Cicéron en parle comme ment très-infirme ; car les sceptiques d'une secte dont les dogmes avaient ne niaient pas , que , selon les appa- disparu : Sententiœ. . . . Aristonis , rences , il n'y eût de la distinction Pyrrhonis , Herilli , nonnullorumque entre les mâles et les femelles, ils soute- aliorum evanuerunt (19). Sn^e , dit-il nalent seulement, qu'on ne savait pas ailleurs (ao) , Arislotelem et Theosi leur nature était telle qu'elle parais- phrastum... sequuti sunt , siue... etiam sait. Or il ne sert de rien d'alléguer Aristonis difficileni atque arduani , contre cela l'existence de ce taureau, sed jam tamen fractam et convictam Ne pouvaient-ils pas répondre : Nous sectam sequuti sunt. Il était bien difne saisons pas si en ejfet il est pouri^u ficile que des sentimens aussi outrés de matrice ; ce n'est peut-être qu'une que les siens fissent fortune : il ne apparence.'' Ariston demanda un jour à mettait de la différence qu'entre le nn acataleptique : f^ous ne t'ojes donc vice et la vertu : « les autres choses , pointcethommeopulent,quiest assis au- >, disait-il , ne valent pas mieux et ne près deuous?]Von,répondYa{\tre. Qui «méritent pas mieux d'être souhai- ^-OMS a creué les yeux , reprit Ariston j, tées les unes que les autres. » H^s (17)? C'était se défendre puérilement, contrarius Aristo Chius prœfractus , puisque le dogme de l'incompréhen- ferreus , nihil bonum nisi quod rectum sibilité ne suppose pas que Ion soit atque ho nestum est (21). 11 allait plus

liosi'S itaient

frappe mes jeux ; mais néanmoins ,je d'être souhaitées , encore qu'elles ne

ne comprends pas certainement si cet servissent pas à l'acquisition du souvehornme On

des stoïques

cipalement à celui-ci: Le sage n'opine

iam^/s. 11 y eut un philosophe nommé (18) /<i., i6<Vi., n«m. 162.

Persée, qui, pour le combattre là- (.9) Cicero Tu.0.,1. , '-*•/. ÎJÇ- ^^^-

' 1 ' t (20) £ifc. / de Legiliiis , cup. A7i/.

(,6) Diog. I,aérl.. lib. FIT, num. .G.. (-) ^f" ' '" "'"■'*°*'°' "'""' ^■''■"""" ■

(.7) I.tCn , il>ul. , num. .C3. ^«^^ prslfacluro.

comprends pas certainement si cet servissent pas a 1 acquisition au souvt-

'ime existe , ni quelle est sa nature, ^ain bien. Il n'y avait gi^ère de jus-

a observé , qu'entre les dogmes t^sse dans ce d,ogme , mais enfin il

stoïques , Ariston s'attacha prin- ^i^{i moins rebutant que celui d'A-

ARISÏON. 349

car qui peut comprendre autre philosophe péripate'tîcien , qui

riston

que la santé ne soit pas plus souhaitable que la maladie ? Ut Arislonis esset explosa senlenlia dicentis , nihil dijlferre aliud ab alio , nec esse res uLlas pnvler virtutes et f'itia , tnter quas quicquani omnino interesset, sic errare Zenonem , qui nulld in re nisi in virtute aiit i'itio prnpensionem, ne miniini guident inomenti ad summum bonum adipiscendum esse diceret. El quitm ad bcatani vitam nullum niomentum ea res haberet , ad appetitionem autem rerum , esse in his monienta diceret ; quasi uerb hœc appelitio non ad sumnii boni adeplionem pertineret ^2a).

Se faut-il étonner que cette secte n'ait guère duré , puisqu'Ariston même se relâclia dans l'âge le plus favorable à ses maximes ? 11 devint ami des plaisirs dans sa vieillesse (23) , lorsqu'il lui eût ëte' plus séant d'être rigide et de fer , prcefractus etferreus.

(F) Il disait une chose , qui peut rendre moins odieuse la doctrine d'Ariitippe qu'elle ne l'est ordinairement. ] 11 disait qu'un philosophe pouvait nuire à des auditeurs qui douuaieut un mauvais sens à ses paroles; que , par exemple , ceux d'Aristippe pouvaient devenir dissolus. N'est-ce pas déclarer que la doctrine de ce philosophe ne produisait cet effet , que lorsqu'elle était mal entendue ?

Aristo Chius dicere solebat , nocere audienlibus philosophos iis qui bcnè dicta malè interpretartntur ; passe enim asolos ex lAristippi , acerbns è Zenonis Scholâ exire {i^). Il auraitdû ajouter que tout docteur est donc obligé de s'abstenir d'une maxime ambiguë, ou de prévenir les fausses gloses.

(G) On lui donnait des oui'rages , qui étaient ^'Ariston de Céa philosophe péripatéticien. ] Diogène Laè'rce , ayant rapporté le titre de plusieurs ouvrages de notre Arlston , ajoute que Panaetius et Sosicrate les don~ liaient tous hormis un au péripatéticien Ariston (aS). 11 ne dit pas que ce péripatéticien fût natif de l'île de Céa j mais je conjecture qu'il lui faut donner cette patrie , parce qu'on ne peut entendre cela d' Ariston l'Alexandrin,

(22) CIcero, Ub. IV ie Finib. , cap. XVII.

(23) Alhen. , Ub. VII , pag. 281.

(24) Cicero, de Naturâ Deorom, ^16. ///, £ap^ XXXI.

(25; DIogen. Laërt., Ub. Fil, mm. i63.

a vécu sous Auguste , et duquel par conséquent Pana;tius n'a pu rien dire ; car on peut prouver qu'en l'année 65o de Rome il ne vivait plus ('iôj. M. Moréri s'est donc trompé quand il a dit qu' Ariston d'Alexandrie est celui à qui plusieurs attribuent quelques traités d'Ariston de Chio. Celuici fit un ouvrage de Senectute , dont Diogène Laérce n'a point parlé : peuté!re n'élait-il qu'une portion de quelque autre livre. Hune librum de li'enectnle ad te misimus ; omnem autem sermonem tribuimus non Tiihono ut jirislo Chius , pariim enim esset auctoritatis in fabula, sed M. Caloni seni , qub majorem auctorUatem haberet oratio (17). Aldobrandin cite ce passage de Cicérou , comme s'il fallait lire Aristo Ceus (28) , mais les meilleures éditions portent ^/"tito Chius.

Il a donc tort de prétendre qu'Ariston de Céa , philosophe péripatéticien , est l'auteur du livre de Senectute. 11 est mieux fondé à lui ajjpliquer cet endroit de Cicéron : Hujus ( Stratonis ) Lysias et oratione locuples , rébus ipsis jejnnior. Concinnus deindè et elegans hujus Aristo : sed ea , quce desideratur à magnn philosopha , gravitas in eo non fuit. Scripta sanè et muUa et polita , sed ncscio quo pacta autoritatem oratio non habet{iQ).Ce\d ne se peut entendre que d'un Aristoa philosophe péripatéticien : c'est pour-

3uoi l'on peut reprendre M. Ménage 'avoir cru que ces paroles latines concernent notre Ariston (3o).

(H) f^aici quelques méprises de f^ossius. ] 11 dit qu'Ariston d'Alexandrie , philosophe péripatéticien , au temps d'Auguste , est l'auteur d'un Traité du Nil (3i). Sa raison est que Straboa observe qu'il avait vu de son temps deux livres touchant ce fleuve , l'un composé par Eudore , et l'autre par Aristou le pé-

(26) Voyez JoDsiiis, de Scriptor. Hist. Philos., pag. 179 , i8u.

(27) Cicer. de Senect. , cap. I .

(28) Aldobrand., in Diogen. Laërtium , 2(i. ni , num. i63.

(29) Cicer., de Finib., Ub. V, cap. V.

(30) Menag. , in Diogen. Laërt. , lib. Vil , num. i63. On approuve ceUe Note de M. Ménage dans le Commentaire sur Cicéron de Senectute , editionis Grceviaitee.

C3i) Vossius , de Hist. Grscis , Ub. Il , cap. IV , pag. 17g.

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