‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 77 sur 113 · US · texte numérisé non relu

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communion de l'église d'Alexandrie , mais qu'ils se trompèrent ; que le peuple ne l'y voulut jamais admettre ; qvie Constantin , averti de la continuation des troubles , fit venir Arius à Constantinople, et obtint de lui, sans aucune difficulté , la signature du concile de INicée ; qu'ensuite il le renvoya aux évêques , qui étaient alors asseinblés à Constantinople ; qu'il le leur renvoya, dis-je, afin qu'ils le reçussent à la communion dans cette ville impériale; que celui qui en était évêque ne voulut jamais y consentir, quoiqu'on lui î-eprésentât qu'Arius avait signé tout ce qu'on avait voulu ; qu'Eusèbe n'eût pas laissé nonobstant cela de faire rendre la communion ecclésiastique à son ami dans la grande église de Constantinople; qu'il l'y menait comme en triomphe , accompagné d'une grande troupe de ses partisans , mais que , comme on approchait de la grande place , Arius , pressé d'une nécessité naturelle, se retira à la hâte dans un lieu public, et y mourut surle-champ , tous ses intestins s'étant écoulés avec son foie et avec sa rate , l'an 336 (c). De fort savans hommes rejètent cette chronologie (E). La secte d'Arius ne mourut pas avec lui , elle a subsisté assez long-temps , et avec éclat , en divers pays du monde. On ne saurait assez admirer qu'un ministre , qui passe pour fort habile , ait ignoré un fait si notoire (F). Il en a ignoré un autre qui n'est pas moins évident; car il a débité

(c) Tire de /'Arianisme de Maimbourir, Iw. I et II.

ARIUS. 375

que Ton ne s'était point servi de ^A^stA:p*'^<* >*/> «xo»;? j^ri t«ût« xk^ «..

lois pénales contre cette secte (G). Une autre chose qu'il a débitée, ne l'a pas médiocrement embarrassé; car on s'est extrêmement prévalu de ce qu'il a dit touchant la croyance des pères qui ont précédé l'arianis— me (H). Cette secte a été tour à

KtKHV u7roç-r\3-iTai.i TifjLoipîct'i (1). lllud etiam denunUo , quod si quis librum ab Arto compositum occultasse deprehensus sit, iiec eum stattm oblalum igné combusserit , niortis pœnam subibit. Je ne me souviens point d'avoir lu aucun auteur qui ait remarqué l'étrange et surprenante disparate de Constantin. Il se contenta de bannir l'iiérésiarque : il n'ordonna point la

tour persécutrice et persécutée P"":*^ ^% "1^''': *'""*'■'' ^^}'\ ^M,» «"i" ,y> t fi II ' • I vraient 1 arianisme , et il lordonna

(Ij ; et entin elle a peri jDar la contre ceux qui cacheraient quelque voie de l'autorité (K). Je ne vois " ' - • •

presque point d'auteur qui ne fasse un crime à Arius d'avoir mis en vers ses sentiraens , pour les faire chanter à ses disciples.

On condamne et la matière et la forme du poëme, qu'il avait intitulé Thalie (L). Il pourrait bien y avoir du préjugé dans tout cela. Un auteur moderne , qui était du sentiment de cet héré-

ouvrage d'Arius. Qui vit jamais une plus énorme disproportion entre les peines et les fautes? Ne peut-on pas être très-orthodoxe et curieux de savoir ce que disent les hérétiques , et de garder les livres rares , comme le deviennent ordinairement ceux que l'on condamne au feu? S'il fût donc arrivé à un orthodoxe de garder quelque livre d'Arius, par un principe comme celui-là , on l'aurait pendu sur-le-champ , et l'on aurait laissé vivre un homme qui aurait fait pro-

, . fession de l'arianisme. Quoi de plus

tique, a écrit quelques ouvrages bizarre, pour ne pas dire qu'il y a

pour montrer que les pères des contradiction à laisser vivre les héré-

trois premiers siècles avaient eu tiques, et à leur défendre, sous peine

la même opinion (M). Il n'eut f '«ort, de garder les livres de leur

, ^ , \ '^ , . tondateurr On peut ajouter ceci. Anus

pas beaucoup de peine a compi- et quelques évéques , ses adhérens ,

1er des passages , car il les trou- furent bannis : leur conversation était

va tout assemblés dans les Dos- ^^^"^"^^ Pl"^ dangereuse que la lecture

mata theologica du père Pétau. f," ^^"""^ ^^''''^'- ^^°\ V^f '^«"'^ 'l"^

y. 1 ' 1 • ^ 1 • 1 on ue menaça point du dernier sup-

Ueux théologiens anglais {d) et plice tous ceux qui fréquenteraient ces

un français (e) ont fait contre '>^i'«'=' lui l'apologie des anciens jîères.

(rf) Gardiner et Bullus.

(e) M. le Moyne , professeur à Leyde.

(A) Constantin i'oulut que tous les liwres d'Arius fussent brûlés , et que qui aurait la hardiesse de les garder jfiit puni du dernier supplice. ] Socrate rapporte la lettre où Constantin ordonna que tous ceux qui trouveraient un livre composé par Arius et ne le brûleraient pas fussent punis de mort sans rémission , dès aussitôt qu'ils seraient surpris dans cette faute. 'EKiTva ^êVTO» TTfOifyoptùm , ùç sï tiç crôyypaijufji.et UTTO 'Aptiùu <nivTa.yh <^a>p!tBtln Kpù^etç , Ktti fAti lôèiceç TrpaiTiviyKciv Trup'i Kturxi/ci-

exilés ?

( B ) Quelques-uns prétendent qu'A-

rius eVttfl la peine du bannissement,^

Baronius affirme , sur la foi de saint Jérôme , qu'Arius fit semblant de se repentir , et qu'ayant souscrit au concile de Nicée il fut reçu à la paix de l'église par ce concile , et ne fut point exilé. On ne peut nier que saint Jérôme ne dise qu'Arius fît sa paix avec le concile de Nicée (2); mais on doit ajouter incomparablement plus de foi à la lettre de ce concile qu'au sentiment d'un particulier qui a vécu depuis ce temps-là. On expose dans cette lettre comment les opinions d'Arius avaient été exami-

(i) Socrat. , Histor. Eccles. , lib. I , cap. IX, pag. 32.

(a) Hieroa., in Dialogo contri Luciferianos.

ARIUS

nées et couclainuees ; mais pour ce qui avait e'te' l'ait contre sa personne, et ce qu^il e'tait devenu , on se dispense d'en parler, afin de ne point paraître avoir envie d'insulter à sa disgrâce.

Parlerait-on ainsi d'un homme à la re'tractation duquel on aurait acquiesce ?

Le docte Henri de Valois , raisonnant sur cette lettre du concile , loue la mode'ration de la compagnie, sur ce qu'elle n'avait point nommément frappé de ses anatliètnes la pei sonne d'Arius , mais en général ceux qui enseigneraient telles et telles hérésies, et sur ce qu'au lieu de solliciter l'empereur à bannir les hérétiques , elle témoignait être fâchée de leur exil (3). (C) ly autres soutiennent qu'il J'ut exilé. ] Sozomène est un de ceux-là , puisqu'il assure qu'Arius fut rappelé peu après la tenue du concile. Où ttokxâ Si uçipov T«î êv NtKnia. St/vôJo:/, "A^sioç iTTi Tjjv i^opittv à.7rat,yôfAivoç , aivix.\n- 6» (4). IVon multô poit Synodum IViccenant Arius ab exilio reyocatus est. La soumission des deux évêques qui furent exclus de leurs églises , et envoyés en exil , fournit une preuve du bannissement d'Arius. Je parle d'Eusèbe et de Théognis. Ces deux prélats furent exilés par Constantin, trois mois api'ès la clôture du concile , comme nous l'apprend PhilostorgLus (5). Ils obtinrent leur rappel trois ans après le concile , comme le même Philostorgius l'assure. Or ils l'obtinrent en se soumettant aux décisions par un écrit qu'ils envoyèrent aux éveques , dans lequel ils remarquent , que celui qui était le chef de ces disputes avait été rappelé de son exil , et qu'il serait absurde, «ju'après la réconciliation de celui-là ils ne fissent point paraître leur innocence (6). Voilà donc deux faits prouvés , l'un qu'Arius fut exilé , l'autre qu'il fît la paix avec les évêques , et qu'il obtint son rappel avant qu'Eusèbe et Théognis obtinssent le leur. Us l'obtinrent en 328, selon Philostorgius, dont l'opinion s'accorde

(3) Valesius , in Sozomenum , lib. II, cap. XVI, pag. 108.

(4) Soiom., lib. Il , cap. XVI, M. de Valois observe que , selon la force de ces mots 'tTTl T>IV î^opieLV, a faut entendre qu'Arius fui rappelé' pendant qu'il allait au lieu du bannissement.

(5) Apud Valesium, in Histor. Ecclesiast Socrat. , lib. I , cap. XIV , pag. 10.

(fi) Sozomen., lib, II , cap. XVI.

fort bien avec l'histoire de ce tempslà : il est donc faux qu'Arius n'ait obtenu son rappel qu'en 335.

(D) que l'empereur ne le rappela

qu'au bout de dix ans."} Le père Maimbourg a suivi cette fausse chronologie.

Ou vient de voir la preuve de son erreur.

(E) .... et qu'il mourut l'an 336.

De fort sat'ans hommes rejettent cette chronologie. ] Henri de Valois prouve qu'Arius n'était point en vie au temps du synode de Jérusalem, qui reçut des lettres de Constantin touchant la réconciliation de quelques principaux membres de l'arianisme :

u4rius hceresiarches diù ante synodum Hierosolymilanam è fii^is excesserat , ut certissimis argumentis probaui in tibro secundo Obsert^ationum E cclesiaslicarum , capite II (7). Ce n'est donc point Arius l'hérésiarque qui fut recommandé à ce concile par Constantin , et qui trouva si favorables les évêques assemblés à Jérusalem. Cependant Socrate dit en propres termes que le concile , transféré de Tyr à Jérusalem pour la dédicace du temple , reçut à la communion de l'Eglise Arius et ses adhérens , en vertu des lettres de Constantin , qui témoignaient qu'il était persuadé de l'orthodoxie d'Arius , et de celle d'Euzoius : "Apfiov fjCtv x.a.\

TQl/ç TTipt CLÙt'ov iS'i^OLVTO TO/Ç jSatSTlXSOlC

■ypifx/Li.cLs-i ■TTitBa.pX.i'v KÎyovTiç , cTf' â)v

«TêlTHAffiKêl etÙTOt; TriTTiHT^CH TTip) TMC

7r«Vêa)ç 'Apilou koÙ EùI^cdiqu (8). Priant quidem unà cwn sociis in commu-nionein recipiunt, obtemperare se di~ centes imper atoris litteris, quibus certiores ipsos fecerat Jîdem se Arii et Euzoii peniliis perspectam habere.

Constantin avait envoyé aux évêques assemblés à Jérusalem la profession de foi qu'Arius et Euzoius lui présentèrent (g) , et saint Athanase dit formellement que le synode de Jérusalem reçut à sa communion Arius et ses fauteurs : r^i<|iovTêc cTsiv iiX- 6)!v<t» "Apaav Kit) Toi/ç a-ùy olÙtu (10) :

(l) Valesii Nota in Socrat. , lib. I , cap.

(8) Socrat. Histor. Ecclesiastic. lib. I, cap.

(9) Elle est tout du long dans Sozomône , au livre II,chap.:XXVII.

(10) Atlianos. , in libro de Synodis , apud Valesium ia bocral. , lib, I , cap. XXXIII, pag. 16.

ARIUS. 377

scrihentes suscipiendos esse Arium et point au peuple (ti). Ce qu'il dit ail

socws. M. de Valois lève la difllcultë en disant qu'il y a deux Arius :

l'un était rhe'résiarque , l'autre sectateur de rhérésiarque : ils avaient ëtë excommunies tous deux par Alexandre , ëvèque d'Alexandrie. Celui qui présenta à Constantin une profession de foi conjointement avec Euzoius , et qui fut réconcilie par le synode de Jérusalem , n'était pas l'hérésiarque , c'était l'autre Arius.

M. de Valois le prouve , non-seule-

leurs est beaucoup plus fort , car il assure que Tarianisme ne fit que passer comme un torrent. On ne peut pas dire , pour l'excuser , que c'est une de ces faussetés que l'on avance par surprise , et faute d'attention :

il a donné ce fait comme une remarque essentielle et fondamentale à son système. Son opinion est, d'un côté , que les hérésies contre le mystère de la Trinité sont fondamentales et mortelles , et de l'autre , que

ment par des raisons qu'il a alléguées Dieu n'a point souffert que les sectes pour montrer que l'hérésiarque était qui étaient tombées dans cette sorte

mort long- temps avant l'année 335 ; mais aussi par la requête d'Eusèbe et de Théognis. Ces deux évêques demandèrent grâce , en protestant de leur innocence , l'an 828 , et alléguèrent que le chef et l'auteur de ces controverses avait été réconcilié et rétabli. C'est ce qu'on ne pouvait pas dire de cet Arius qui fut réuni à l'Église dans le synode de Jérusalem 5 car la requête , ou la profession de foi que lui et Euzoius présentèrent à Constantin un peu avant ce synode , c'est-à-dire environ l'an 335 , témoigne qu'ils étaient encore dans l'exil et dans l'excommunication. Cette mort subite d'Arius , oii les orthodoxes ont trouvé tant de mystères , arriva après le concile de Jérusalem. 11 faut donc que l'Arius qui mourut de cette manière ne fût point l'hérésiarque , et que l'on ait transporté en un temps ce qui était arrivé dans une autre conjoncture. Il est étrange qu'il y ait si peu d'ordre et si peu d'exactitude dans l'Histoire Ecclésiastique : on ne saurait avérer l'exil d'Arius , la durée de cet exil , et choses semblables , qu'en raisonnant sur divers faits , dont les uns sont attestés par celui-ci , les autres par celui-là. Un bon historien, quand tous les autres seraient perdus, suffirait à donner la suite des événeraens principaux.

(F) La secte d'Arius..,. a subsisté long-temps.... un ministre, qui passe pour fort habile , a ignoré unjait si notoire. ] Voici ce qu'il dit : Je suis même persuadé que l'arianisme n'a jamais fait un grand corps dans le monde- Il est t^rai qu'il y a eu beaucoup d'éuéques qui en ont fait profession ; mais celte hérésie ne passait

d'hérésie durassent long-temps , et fissent figure dans le monde. Dieu ne saurait permettre, dit-il (12) , que de GRANDES sociétés chrétiennes se trowent engagées dans des erreurs mortelles , et quelles y persévèrent LONG-TEMPS : OU moins , à juger des choses par l'expérience , nous ne devons pas croire que cela soit possible , puisque cela n'est pas arri' vé. M. Nicolle est le premier qui lui ait donné des leçons sur les paroles de la page 1^9 : il 1^ fit sans aigreur ni insulte , et en ces termes : « Ce » que dit M. Jurieu est très-vérita- » ble , étant entendu du grand feu » de l'arianisme, qui passa comme » un éclair ; mais il serait moins » exact pour les temps qui ont suivi » celui-là. Quoique l'Église eût repris )» tout son éclat dans la plus grande » partie du monde , il y avait néaa- )) moins des corps considérables , » comme les Vandales en Afrique , )) les Goths en Asie , en Italie , dans 1) une partie de la France , et en Esj) pagne , qui faisaient très-nettement » profession de l'arianisme, et où les )) choses étaient assez éclaircies pour w que le peuple y prît parti (i3). »

M. Pellisson vint à la charge quelque temps après, et voici comment :

« Ces ariens l'importunaient néan- )) moins aussi -bien que les phanati- » ques d'aujourd'hui , les sociniens , )j et ceux qu'il nomme photiniens de » Pologne et de Transilvanie. Un res- )) te de pudeur l'empêchait de s'asso- » cier avec eux dans une même égli-

(11) Jurieu, vrai Système de l'Eglise , pag

(13) Idem, ibid. , pag- 2 36.

(i3) Nicolle, pag. i5 eL iG, de la préface de l'Usité de l'Église.

ARIUS

j) se. Il a trouvé un moyen de s'en 3) défaire, sans entrer dans cette dis- 3) cussion, ni appeler des experts pour 3) savoir si le fondement était ruiné, i> ou ruiné en en lier, ou ruiné en par- 3) tie. Il n'entend comprendre, dit-il, » dans cette église, une et étendue , 3) que les sociétés qui font corps. Les 3) ariens n'ont point fait de corps, au 3) moins de grand corps ( et cela , 5) contre la foi de toute l'histoire , 3) qui nous marque partout leur cora- 5) munion, leur assemblée, leurs ba- 3) siliques ou églises , entièrement sé- 3) parées de celles des orthodoxes ).

3) Les phanatiques , les sociniens , les 3) photiniens d'aujourd'hui n'ont point 3) encore d'assemblées réglées , ni de 3) police , ni d'union ensemble. Il ne 3) les faut compter pour rien. Mais » par ses principes , si Dieu , pour 3) punir nos fautes et nos misérables 3> divisions, permet que ces ennemis 3) communs se multiplient, quils se )> règlent et se forment en un corps , 3) les voilà au rang des autres. Il n'y )) aura pas de difficulté qu'on ne se 3) sauve parmi eux (i4)- " L'auteur, répliquant à M. Nicolle , avoua que les ariens ont fait un grand corps ; mais il soutint qu'i/s ont Jort peu duré au monde , et que Dieu a fait périr leur communion à cause de cela quelle ne consentait pas les vérités fondamentales (i5). Un troisième censeur s'est élevé, qui a soutenu , comles deux autres , que l'arianisrae a eu non-seulement beaucoup d'étendue , mais aussi une durée considérable , et que c'était une hérésie qui passait au peuple. Voyez le livre intitulé Janua Cœlorum reserata ( i6).

On y montre ( 17 ) que l'arianisme subsista avec éclat plus de trois cents ans 5 qu'il fut pendant près de deux siècles la religion dominante en Espagne ; qu'il fut sur le trône et dans l'Orient et dans l'Occident ; et qu'il régna dans l'Italie , dans la France , dans la Pannonie et dans l'Afrique.

Jamais auteur ne fut ballotté, ni roulé de conséquence fâcheuse en conséquence plus fâcheuse comme l'a été l'auteur du Système par le feint Ca-

(i4) Réflex. sur les différens de la Religion , //*. part. , pag. 4^9 , it^o.

(i5) Jurieii , de l'Unilé de l'Kglisc, pag. 564. (iG) Il fui imprimé à Amsterdam , en i6g2. (.7) Pàg.Sl-

rus Larebnnius (18). On lui a mon tré que si Dieu n'a jamais permis que de grandes sociétés chrétiennes se trouvent engagées dans des erreurs mortelles , et qu'elles y persévèrent long-temps , et que si Dieu a fait périr l'arianisme à cause qu'il ne conservait pas les vérités fondamentales , il s'ensuit de toute nécessité , 1°. que les erreurs de l'église romaine ne sont point mortelles 5 2°. que le mahométisme a conservé les vérités fondamentales. L'auteur du Système prétend que le mahométisme est une secte sortie du christianisme , et il ne saurait lui disputer ni l'étendue, ni la durée. Voilà des objections à quoi il est impossible que la chicane la plus outrée réponde. Les synodes n'en sauraient prétendre cause d'ignorance , et néanmoins ils n'ont jamais censuré cette doctrine du Système , quoiqu'elle justifie pleinement l'église romaine , et convainque par conséquent de schisme les réformés.

(G) .... il a débité que l'on ne s'était point servi de lois pénales contre cette secte, ] Rapportons un beau passage du Préservatif contre le chan-

l'Exposition Catholique de i'évêque de Condom. Voici ce qu'il dit à la page II ( 20 ) : L'Eglise a souffert des persécutions , m,ais elle n'en a jamais fait. Elle a eu le dessus sur le paganisme , comme le paganisme l'avait eu sur elle ; mais elle ne lui a jamais rendu la pareille. Elle ne s'est pas servie de l'autorité des Constantin et des Théodose pour ensanglanter les temples des faux dieux du sang de leurs adorateurs , comme les païens avaient employé les épées des Néron , des Maximin, des Décie et des Dioctétien, pour baigner ta terre du sang des chrétiens. Il faut être peu savant dans l'histoire de l'Eglise , pour ignorer que dans tes démêlés qu'elle a eus avec les ariens , les eutychiens et les autres hérétiques, elle ne s'est servie que d'exhor-

(18) C'est le nom qu'a pris l'auteur du Janua Cœlorum reserata.

(19) Je crois que la première édition est de Ruufn, en 1680 : il s'en est fait d'autres en Hollande.

(20) Édition de la Haye, en 1682.

ARIUS

talions , que de raisons , que de conciles, et d'autres semblables armes.

L'auteur du Commentaire philosophique s'étonna avec raison qu'un professeur en théologie , qui passait en France pour un homme fort éclairé dans l'histoire ecclésiastique , eût déhité une ignorance comme celle-là (21). Mais il fut encore plus étonné de ce qu'après le grand pur où le père Thomassin avait mis la chose , un autre écrivain français eût dit , ea s'adressant à iM. l'évêque de Meaux.

J'ai à l'eus dire , monseigneur , que dans toute Vhistoire ancienne et moderne tout ce qu'il y a eu de t'oies défait exercées par les princes en matière de religion , n'a été jamais regardé que comme des spectacles d'horreur , et que le nom de ces princeslà ne se profère encore aujourd'hui qu'ni'ec exécration. Je mets ici la réflexion du commentateur : Quoi! les Constantin , les Théodose , les Honorius , les Marcien , les Justinien , qui ont fait exécuter tant de lois pénales contre les sectaires , qui ont condamné h mort ceux qui persét^éraient dans l'idolâtrie païenne, dans te manichéisme , etc. , ou ceux qui liraient ou garderaient les livres des hérétiques , sont des noms qu'on ne projère encore aujourd'hui qu'auec exécration ? Comment proui'erait-on txla (22) ? Le théologien qui publia le Préservatif a mieux étudié les antiquités ecclésiastiques depuis sa transplantation en Hollande. Il a appris à réfuter la tolérance par l'autorité des Constantin , des Théodose et des Charlemagne. Le paganisme , dit-il (iS) , serait encore dehout , et les trois quarts de l'Europe seraient encore païens , si Constantin et ses successeurs n'avaient employé leur autorité pour l'abolir. Il trouvait fort mauvais enFrance qu'on employât l'autorité du bras séculier , et il trouve fort mauvais en Hollande qu'on dise qu'il ne le faut pas employer :

et après cela , qu'on nous vienne dire qu'en changeant de climat , on ne change point d'opinion :

Calum, non animum mutant qui irans mare currunt (24) ■

(îi) Comment. Pbilosophiq. , pag. 354 '^" Supplément.

(22) Là même, pag. 355.

(ai) Droits des deux Souverains , pag. î8o. (24) llorat. , Epist. XI , lib. I, vs. 27,

11 y a une foi locale et une foi à temps , dont on n'a point encore parlé dans les divisions du genre en ses espèces. Voyez la remarque ( H ) de l'article de saint Augustin.

(H) . ... et l'on s'est extrêmement prévalu de ce qu'il a dit touchant la croyance des pères qui ont précédé l'arianisme. ] H a soutenu dans ses Lettres pastorales , que ces pères ne croyaient pas l'égalité des personnes de la Trinité , et qu'ils admettaient une génération temporelle du Verbe , laquelle avait conféré à la seconde personne sa pleine et sa parfaite existence. Il est clair que ce sentiment ne diifère de l'arianisme que du plus au moins , et qu'il renverse la Trinité éternelle des personnes. M. de Meaux a poussé là-dessus M. Jurieu avec tant de force (25) , qu'il l'a contraint d'abandonner le silence à quoi il l'avait réduit sur d'autres articles ; mais la réplique à fait plus de tort que n'aurait fait le silence ; il a fallu se contredire et désavouer bien des choses j et après tout , on n'a rien gagné. M. de Meaux est revenu à la charge , a poussé son homme à bout , et l'a réduit à n'oser plus se montrer : de sorte qu'entre les éloges les plus caractéristiques dont on régale ce prélat , on n oublie point qu'il a fait taire la critique la plus hardie ( 26 ). A peine M. Jurieu était-il sorti des mains de M. de Meaux qu'il tomba dans celles de Carus Larebonius , qui lui fît voir que si les pères des trois premiers siècles avaient eu sur la Trinité et sur la génération du Verbe le sentiment qu'il leur impute , il s'ensuivrait nécessairement que l'hérésie des ariens , ni celle des sociniens ne seraient pas mortelles et fondamentales ( 27) . Il faut bien prendre garde que les victoires remportées sur ce ministre ne regardent que ses sentimens particuliers , et nullement la doctrine de son église.

C'est de quoi l'Histoire des ouvrages des savans (28) a donné avis au pu -

{25) Dans ses Averlîssemens.

(26) Korez le Discours prononcé par M. de la Bruyère , lorsqu^il fut reçu à rAcadémie Française.

(27) Voyet Janua Cœlorum reserata, pag.

119 , H seq.

(28) Mois de mai 1692, article IX, pag. 391 et suif.

38o ARIUS.

blic. Ceci n'est point une matière sur les rigueurs qu'il fallut que Re'-

usurpe'e , elle appartient de droit à carède exerçât , et il les excuse sur

mon Dictionnaire critique ; car c'est ce que la nécessité les demandait ,

une fausseté de fait que l'hérésie d'A- et qu'elles ne déplurent pas aux peu-

rius ait été enseignée implicitement pies : ContigU autcm Recaiedo, qund

kaud scio an ret^um ulli , ut religione perniutandd, qiiod propemodùin necesse erat , motus existèrent , sed neque diuturni admodùm neque graves , et seueritas animaduersionis non modo invidiosa non esset , quia ne cessario suscipiehalur , sed etiam popularis et cum bonis omnibus , tuni infimo cuique gratissinta (3i). L'auteur que j'ai cité ci-dessus remarque que si nous avions les plaintes que tirent les ariens , nous verrions apparemment un fort long détail de violences , et qu't-n tout cas , ce n'a été que par accident que l'arianisme a été ruiné sans de rigoureuses persécutions; car puisque, selon Mariana, les peines ne furent employées que lorsque la nécessité le demandait , il faut conclure , i". que si on thodoxes n'aient °e les employa pas très - souvent , car nous avons c'est parce que les ariens ne furent pas opiniâtres ; 2°. que s'ils avaient fait les difficiles , on les aurait réduits de gré ou de force au point où on les voulait i^rt). Cet auteur fait voir en passant (33) une contradiction très - grossière où tombent les écrivains qui se mêlent de parler de conveisions. Ils posent pour maxime générale que l'opiniâtreté est le caractère de l'hérésie; et néanmoins, pour mieux cacher les violences des convertisseurs, ils disent que les conversions se sont faites facilement ; et ils tirent de cette facilité une preuve de l'hérésie des convertis. On ne quitte pas avec tant de facilité , diton, la vraie église : la résistance que les ariens firent au roi Récarèdej^uf si faible et si courte , qu'on poui'ait bien juger de là même que ce n'était que pour le mensonge qii^on combattait , et non pour la t^érité , qui est seule capable de dominer les esprits raisonnables , et leur inspirer de ta

par les pères des trois premiers siècles. Il est bien étrange que M. Jurieu , ayant parlé de l'arianisme par tant de côtés , ait toujours donné à gauche. Cela est si diflicile , qu'on aurait moins de peine à rencontrer un gladiateur qui ne sût jamais frapper un taureau : Taurum loties non ferire difficile est (29). 11 ne faut pas omettre que , sur la question du lait qui regarde les lois pénales de Constantin et la durée et l'étendue de l'arianisme , les auteurs que j'ai cités ci-dessus lui ont marqué son erreur fort honnêtement , et sans recourir aux insultes et aux duretés dont il se serait servi en pareil cas contre un adversaire.

(I) Cette secte a été tour a tour persécutrice et persécutée. ] On ne peut nier que les " ' été les agresseurs vu que Constantin employa la peine du bannissement contre les principaux chefs de l'arianisme , et qu'il menaça de mort tous ceux qui ne jetteraient pas au feu les écrits de l'hérésiarque ; mais il est certain que Constantius , son fils , et Valens, qui firent monter sur le trône l'arianisme , traitèrent plus rigoureusement les orthodoxes , que Constantin n'avait traité les ariens. A cela près , il semble, généralement parlant, que ceux-ci aient eu plus de tolérance que ceux-là , et c'est une thèse que le commentateur philosophique a entrepris de prouver dans le supplément de son ouvrage (3o). Il se sert, entre autres raisons , de ce qu'au temps que Récarède extirpa l'arianisme dans l'Espagne , les évêques catholiques étaient en beaucoup plus grand nombre que les évêques ariens, quoique depuis près de deux cents ans la religion arienne fût la dominante. C'est un i)uissant préjugé qu'on fermeté {3^) n'inquiétait guère les catholiques.

(K) .... elle a péri par la voie de l'autorité.^ Mariana coule doucement

(19) Voyei Trcbcllius Pollion , dans la. Vie 6e Gallien.

(3o) Aux chapitres XXX et XXXI.

(3i) Mariana, Hist. Hispan. , lih. V, cap. XI V. Consultez le Supplément du Comment. Philoâopliicjup, f/ag. 373.

(Sa) Supplément du Comment. Philosophiij., pag. 373, 37G.

(33) I.a même, pag. 377.

(34J Thoniassin, de l'Unilé de l'Eglise, pag-

ARIUS

(L) On condamne et la matière et

la forme du poërne , qu Arlus avait intitule Tbalie] On a une très-grande raison de condamner les hérésies et de plaindre ceux qui les professent de bonne toi , et d'avoir en abomination ceux qui les enseignent sans les croire ; car de tels docteurs sont des monstres d'ambition et de malice ; mais je ne saurais comprendre qu'il faille faire des crimes particuliers à des docteurs hérétiques de ce qu'ils se servent d'une méthode proportionnée à l'esprit des simples,

fiour les instruire selon les fausses umières de leur conscience. Depuis çu'Arius était sorti Je L' Eglise , il s'était avisé de faire diverses chansons pour des matelots , pour des ifoyageurs , pour ceux qui travaillent au moulin , et il en avait aussi mis en air quelques autres , qu'il croyait capables de toucher ses sectateurs , selon leurs différentes dispositions ; tâchant d'inspirer son impiété par la douceur de ses chants , aux personnes les plus simples et les plus grossières Mais sa Thalie était beaucoup plus célèbre que tous ses autres ouvrages. Il en avait emprunté le nom et le modèle d'un ancien poète nomvie Sotade .... Ce poète burlesque avait affecté un style si mou dans cette chanson , et la cadence en était si efféminée, que les païens mêmes le traitaient avec le dernier mépris , comme un homme ridicule : et il n'y a en cela nulle exagération dans les paroles de saint Alhanase , puisque les poètes les moins chastes , et qui écrivent avec plus de licence , rougissent de l'impureté des chansons de cet infâme poêle de l'antiquité. C'était à l'imitation de cet auteur, quy4rius avait donné à son ouvrage le nom de Thalie , qui signifie proprement un festin et une assemblée de jeune i gens , ou une chanson faite pour être chantée dans ces sortes de festins ( 35 ). M. Hermant rapporte ensuite un fort long passage de saint Atlianase (36) , où Arius est appelé lin je ne sais quel Sotade , qui est ridicule aux païens mêmes.... et un hérétique qui n'a eu de l'émulation que pour les discours ridicules de So-

(35) Hermant, Vie Je saint Athanase tiy. I, cliap. XIII , pa^. 6i.

{'iH) Ex Or»t. Il contra Arianos.

tade seul. On voit dans le même passage le commencement de la Thalie, et un autre morceau qui contient l'iiérésie d'Arius touchant Jésus-Christ.

On ne saurait ne pas condamner l'orgueil ridicule et insupportable qui paraît dans cet exorde de la Tlialie ; mais, encore un coup , bUlmons Arius de ce qu'il a été hérétique , et non pas , cela supposé , de ce qu'il a mis en vers un formulaire de sa créance , car autrement nous donnerions lieu aux hérétiques et aux infidèles de condamner les véritables chrétiens, non-seulement de ce qu'ils professent le véritable Evangile , mais aussi de ce qu'ils chantent , outre les psaumes de David , plusieurs hymnes et plusieurs cantiques dont les vers et les airs peuvent être très-semblables aux chansons les plus profanes et les plus coquettes de l'Opéra.

Généralement parlant , il vaut mieux que chacun , dans sa religion, chante des vers de piété , que kes vers lascifs et satiriques : le matelot et le meunier ariens, dans le malheur d'être ariens , faisaient mieux de chanter leur catéchisme , que de chanter leurs amours. Ce serait alléguer une mauvaise raison , que de dire que les païens mêmes se moquaient des chansons des ariens ^ car je ne crois pas que les gentils missent une grande diflerence entre les ariens et les orthodoxes : ils les haïssaient également^ les ariens n'étaient pas plus favorables que les orthodoxes au culte des idoles païVnnes. Mais je ne sais si M. Hermant a raison de dire que les païens mêmes traitaient Arius avec le dernier mépris , comme un homme ridicule ; car les ]>aroles qu'il rapporte peu après montrent manifestement que c'est de Sotade, et non point d'Arius , que saint Athauase a dit qu'il était ridicule aux païens mêmes. Je le dis , et je le répète , on peut faire des vers pieux sur les mêmes rimes et de la même mesure que les chansons de l'Opéra ; on en pouvait faire par consé({ucnt sur la mesure des vers sotadiques.Ce n'est point danscette conformité qu'est le mal j il est plutôt dans le prétexte que l'on fournit aux railleurs de mépriser le cantique. Je mets ici à part la matière du poémej et pour faire voir aux protestans en particulier le jugement qu'ils doivent

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