‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 78 sur 113 · ARMI · texte numérisé non relu

ARMI

faire des invectives contre la Thalie d'Arius , il faut les avertir de ce que le père Maimbourg publia contre les psaumes que Clément Marot a tiaduits. Il n'en dit guère moins de mal que de la Thalie d'Arius. Ce qu'il dit de la Thalie se trouve dans son Arianisme(37),et voici ce qu'il dit des psaumes , dans son Histoire du Calvinisme (38) : Ce sont la les psaumes qu'on chantait alors , auxquels Bèze ajouta depuis le reste du psautier , et qui furent mis en musique , en un certain air de chanson mou et efféminé , qui n'a rien du tout de deuot et de majestueux comme le chant de l'Eglise catholique. On ne peut tout-à-fait nier ce que raconte Varillas , Que les airs furent choisis parmi les plus belles chansons du temps (Bg). Voyez la divine mélodie de Jéièmie de Pours ( 4o ). Ce n'est pas sans raison que j'ai allégué en exemple les chansons de l'Opéra : j'ai voulu faire connaître qu'il faut éviter plus soigneusement l'imitation des airs du Pont- Neuf dans les cantiques spirituels j autrement on expose trop la religion au mépris et à la risée , comme il paraît par le livre dont l'auteur de l'Evêque de Cour s'est tant moqué (4i)- C'est un recueil de chansons spirituelles , composées par un jésuite et par le père Martial de Brive , capucin , sur les airs les plus burlesques qui eussent été chantés dans les rues , sur l'air de Daye d'en Daye , sur celui de f^ous y perdez uos pas , ISicolas , etc. Je doute que la Thalie d'Arius approchât de l'impertinence de ce recueil , imprimé avec l'approbation de deux docteurs en théologie.

(M) Un auteur moderne.... a écrit quelques ouvrages pour montrer que les pères des trois premiers siècles étaient de l'opinion d^Arius.^ 11 s'appelait Sandius. Ce qu'il a écrit sur cette matière est JVucleus historiée Ecclcsiasticœ , en i668 , in-8°. :, le même livre fort augmenté en 1676, in-/^°. ; Appendix addendorum , confirmandorum , et emendandorum ad

(37) 2'om. /, pag. 81 , édition de Hollande.

(38) Pag. (,9.

(3ç)) "Varillas, Tlist. de l'Hérésie , lif- XXI , pag. 49 ) « ''"" «559.

(40) riV. II ,pa^ 5l7-

(40 Voyez son III'. F.nlreùen , pag. S6 et suiv. Mtion de Hollande , en 1674 , in-12.

NIUS.

JVucleum Historiœ Ecclesiasticœ , cum Re!> ponsionibus ad Gardinerum , en 1678,4/2-4°.

ARMINIUS * (Jacques ) , professeur en théologie à Leyde , naquit à Oude-water (a) , en Hollande l'an 1 56o (A). Il était encore enfant lorsque son père mourut, et il fut redevable de sa première instruction à un bon prêtre, qui avait goûté les sentimens des réformés , et qui , pour n'être pas obligé à dire la messe , changeait souvent de demeure. Il étudiait à Utrecht lorsque la mort lui enleva ce patron.

Cette perte l'aurait fort embarrassé , s'il n'avait eu le bonheur d'être secouru par Rodolphe Snellius son compatriote , qui le mena avec lui à Marbourg , l'an 1575. Il y fut à peine arrivé, qu'il apprit que sa patrie avait été saccagée par les Espagnols. Cette nouvelle le plongea dans une affliction affreuse , et il ne put s'empêcher de retourner en Hollande, pour voir lui-même l'état oii les choses étaient réduites ; mais ayant trouvé que sa inère , sa sœur , ses frères , sa parenté , et presque tous les habitans d'Oude-water avaient été égorgés , il retourna à Marbourg , et fit à pied tout ce voyage. Il ne tarda guère à revenir en Hollande , ayant su la fondation de l'académie de Leyde , et il étudia dans cette nouvelle académie avec tant d'application et tant de succès , qu'il s'acquit une estime toute particulière. Il fut

* M. Slapfer, dans la Biographie universelle , dit que son nom est Harmensen.

(a) Ce mot en Flamand t'eut dire vieille eau , et de là i'ient que le nom de pairie que l'on donne à Arininius, dans le litre de ses lii'res, est Vcléra(ju»nas.

envoyé à Genève l'an iSSa , aux jusqu'à ce qu'il eût fait entendre dépens des magistrats d'Am- à toute l'église les beaux talens sterdam , afin d'y perfectionner qu'il avait pour la prédication, ses études , et il s'attacha prin- 11 gagna par ce moyen l'amour cipalement aux leçons de Théo- et l'estime de tout le monde. Se» dore de Bèze, qui expliquait en propres collègues rendirent homce temps-là l'Épître aux Romains, mage à son savoir, et avouè- II eut le malheur de déplaire à rentque ses sermons leur étaient quelques suppôts de l'académie , utiles. Martin Lydius , professeur parce qu'il soutenait en public en théologie à Franeker, le juavec beaucoup de chaleur la phi- gea extrêmement propre à réfulosophie de Ramus , et qu'il l'en- ter un écrit oii la doctrine de seignait en particulier : il fallut Théodore de Bèze sur la prédesdonc qu'il se retirât , et il s'en tination avait été combattue par alla à Bâle , oii il fut reçu avec quelques ministres de Deift. Arapplaudissement. Il y fit des le- minius , déférant à ses prières , çons publiques (B) , et il y par- entreprit de réfuter cet ouvrage; vint à une telle considération, mais à force de l'examiner , et de que la faculté de théologie vou- balancer les raisons de part et lut lui donner le doctorat sans d'autre , il passa dans le sentiexiger de lui aucune dépense, ment qu'il voulait détruire, et II s'excusa modestement de rece- puis il alla encore plus loin que voir cet honneur, et s'en retour- ces ministres de Delft. Il comna à Genève, oii, ayant trouvé damna avec eux le supralapsaire moins échauffés les adversaires du Bèze, et ensuite il ne reconnut ramisme , il modéra aussi sa d'autre élection que celle qui ferveur. Il souhaita de voir l'I— avait pour fondement l'obéissantalie , et surtout afin d'entendre ce des pécheurs à la vocation de à Padoue les leçons philosophi- Dieu par Jésus-Christ. On Ivii en ques du fameux Jacques Zaba- fit des affaires à Amsterdam : on relia. Il satisfit cette curiosité , l'accusa de s'écarter de la doc— et employa six ou sept mois à ce trine commune ; mais l'autorité voyage , après quoi il revint à des magistrats réprima cette dis- Genève , et ensuite à Amster- sension. Il fut appelé à la prodam , oii il trouva qu'on l'avait fession de théologie à Leyde , bien calomnié au sujet de son l'an i6o3 , et il fallut remuer voyage en Italie (C) , ce qui avait toutes sortes de machines , pour refroidi un peu l'affection des obtenir que ceux d'Amsterdam magistrats , ses patrons et ses lui donnassent son congé. On en Mécènes. Il se justifia facilement vint à bout enfin ; et après qu'il auprès des personnes sages ; eut dissipé les mauvaises impresmais il y eut des esprits faibles sions qui avaient été données de et ombrageux qui s'arrêtèrent à sa doctrine, il fut créé docteur cette pierre d'achoppement (b) , en théologie à Leyde (c) , et in-

(6) Infirini quidam fratres factuni illud (c) Il fut le premier à qui cq lilrc fut conpirpctuo insectari, et in lirailis suggillare. féré solennellement dans l'académie de liertius, in Oratione fuueliri J. Aiminii. Lej'de Ce fut François Gomarus, qui le lui

stalle en la place du professeur réri d'Amsterdam indique quel-

François Junius. Il avait exercé son ministère dans l'église d'Amsterdam pendant quinze années.

Les disputes sur la grâce s'échauffèrent bientôt après dans l'académie , et il fallut que les

ques auteurs qui peuvent instruire de ce fameux démêlé. J'y ajoute les histoires de Triglandius et de Boxhornius , et un ouvrage assez nouveau d'un professeur de Tubinge {/). Cette

états de la province ordonnassent grande dispute fut très-féconde

des conférences entre lui et ses adversaires. Il fut mandé à la Haye diverses fois , et il y alla rendre compte de sa doctrine.

Ce contraste, son assiduité au travail , et le chagrin de voir sa réputation flétrie par une infinité de médisances {d) , affaiblirent de telle sorte sa santé , qu'il tomba dans une maladie dont il

en écrits de part et d'autre. Un professeur en théologie à Cologne , déguisé sous un faux nom {g) , en donna la liste , selon l'ordre des années, dans un ouvrage qu'il intitula Pacijicatorium dissecti Belgii. Je doute que son catalogue soit bima complet. Il est difficile de n'oublier pas quelque chose dans une telle

mourut le 19 d'octobre i6o9(D) , multitude de pièces. Quant aux avec de grands sentimens de pié- écrits d'Arminius (F) , voyez no

té et de patience (e). Il eût été à souhaiter qu'il eût fait un meilleur usage de ses lumières (E) , car encore qu'il soit vraisemblable que ses intentions

tre dernière remarque *.

if) Joli. Wolfgangus Jager. Son ouvrage estintUiilé)\istOTiA ecclesiastica Sieculi XVII. La l'-'". Décade fut imprimée Van 1692.

(g) JEgidius Afliackerius. // prit le faux , . , - j- 5-| nom de Salonion TUeodotiis. Voyez Val.

étaient bonnes, on peut dire qu il Andreœ bibiiot. Belg. , pag. 22.

innova sans aucune nécessité , et * Gaspajd Brandt adonné, depuis la mort

dans des circonstances où l'inno- ^« ^Ijy'; ',"° ^'^''"•'« ^'\^J^ ^''""7' '724.

in-o". (réimprime en 172D, avec des notes et une préface de Moslieiini, d'où est extrait ce qui compose l'article ArminiUS , dans le Dictionnaire de Cliaufepié. Joly ignorait en 17^8 , que l'ouvrage de Brandt fût paru. Il n'en parle que comme d'un ouvrage annoncé en 1716. Joly renvoie aussi au Sorberiana.

vation fut une source de désordres, qui aboutirent à un schisme .

Il laissa sept fils et quelques filles , et un grand nombre de disciples qui continuèrent si ardemment la dispute , qu'il fallut avoir recours à l'autorité d'un synode national. Ils y furent condamnés , et ne se soumirent point, et ils formèrent une secte à part , qui subsiste encore , et qui s'est chargée peu à peu de plusieurs autres erreurs beaucoup plus considérables. Le Mo-

conféra. Bertius , in Oratione funebri J.Armiuii.

((/) Non pas à l'égard des mœurs , mais à l'égard des opinions.

(e) Tiré de son Oraisoa funèbre, prononcée par Vierre Betlius.

(A) Il naquit.... l'an i56o.] Bertius s'amuse à donner à cette année natale d'Arminius deux caractères, sur lesquels il veut sans doute que l'on fasse des réflexions : il remarque, dis-je, que ce fut en cette année-là que Philippe Mélanchthon mourut, et que le colloque de Poissy fut tenu, où les députés des protestans plaidèrent la cause de deux mille cent quatre-vingt-dix églises qui demandaient humblement au roi la liberté de conscience (i).

Passons-lui ce calcul, qui n'est pas peut-être fort exact, mais disons-lui qu'il s'abuse quant à l'année : le col- Ci) Bertius, in Oratione funebii Jacobi Armioii.

loque dePoissy fut commence au mois de septembre 1 56 1. Commencez l'année, ou à Pâques, ou le i"'. de janvier, vous ne disculperez jamais Bertius.

(B) Il fit des leçons publiques a Bdle.'] Le professeur Jacques Grynaeus y assista quelquefois, et lui

tio tibi nia arriserunt , exculere , priusquam approbes ; in omnibus deniquè iitis promplo et alacri ingénia tibi concesso modère ris. Ego quidem certè per Dei gratiam non prorsits hebes de hoc ipso à magno illo i>iro beatœ memoriœ Johanne Calvino admonitus ita

donna bien des louanges. Il ne faisait Jacere stalhn ab initia sludui, ciimad point difEcultë, en soutenant une sacra studia me toturii canueiterem

thèse, de lui donner la commission de répondre aux argumens qui paraissaient forts : Que mon Hollandais réponde pour moi , disait-il. Soient Basileœ feriis uindemialibus dactiores studiosi publiée interdiim in acadeniid exercilii gratid aliquid extra ordinem

JVeque me hujus consilii unquam poenituit , nec, ut spero , pœnitebit (3). Philippe Pareils avait l'original de cette lettre de Théodore de Bèze , et il ajoute que Jacques Grynœus donna un semblable avis à Arminius. In quant sententiain clarissimum et saga-

docere. Eumlabarem Arminius noster ciiij'mMm JacobumArminium, noui pela-

liaud ini'itus suscepit, laudatus ob id ' ^ . .

h rcferendo l'iro D. Jacobo Qrynœo ,

qui etiam lectignes ipsius prœsentid

sud aliquoties cohoneslai'it : idem

quoque in disputationibus publiais ,

si quid grat^ius proponeretur , aut

dignus cindice nodus occurreret , non

est veritus , honoris caussd , Àrnii-

nium nostrum medid in studiosorum

turbd sedentem citare , et ( uf Gryncei

candorem agnoscas ) dicere , « respon-

» deal pro me Hollandus meus ("i).»

Notez qu'il lui connut un penchant à

raffiner, et qu'il lui donna de bons

avis là-dessus. Ce n'est point Bertius

qui me l'apprend , c'est Philippe Pa-

reus. Il rapporte que Théodore de

Bèze avertit un de ses amis de refréner

la subtilité de son génie, comme

d'une chose dont Satan s'était servi

gianismi instauiatorem in Belgio ciim jut^enis opérant darel S. Tlieologiœ in Academiâ Basiliensi , graviter quoque admonituni fuisse a i^enerando sene D. Jacobo Gryneo , cujus memoria sit in benedictione ! Ipsemet mihi , quando ad pedes ejus in Rauricd disceulium synagogâ sederem , narrawit{^). Si quelqu'un m'accuse de ne rapporter ces deux passages tout du long , que comme des aides à faire un gros livre , il fera connaîtie sou peu de discernement ; car ils sont très-propres à fournir des réflexions profitables à plusieurs personnes , et nécessaires à quelques lecteurs. Souvenez-vous ici de la maxime de saint Paul , la science enjle (5) ; mais prenez garde qu'il y a un autre talent qui enfle encore davantage. Un homme

en plusieurs rencontres pour tromper d'une mémoire et d'une lecture près

j j„ „ ..^^ .. !«„ „„.,. „„ qyg infinie s'applaudit de son savoir,

et devient superbe ; mais il s'applaudit et il s'enorgueillit encore plus, lorsqu'il croit avoir inventé une nouvelle méthode d'expliquer ou de traiter une matière. On ne se regarde pas aussi pleinement comme le père de la science que l'on a puisée dans les livres , que comme le père d'un éclaircissement ou d'une doctrine dont on se croit l'inventeur. C'est pour ses inventions que l'on sent toute la force de l'amitié et de la tendresse ; c'est là qu'on trouve les charmes les plus

de grands personnages. « Ne vous en- .1) gagez point, continuait Bèze, dans )) de vaines subtilités :, et , s'il vous 3) vient certaines pensées nouvelles , j) ne les approuvez point, sans les » avoir approfondies, quelque plai- )) sir qu'elles vous fassent d'abord.

)) Calvin me donna ce conseil : je l'ai 3) suivi , et m'en suis très-bien trou- » vé . i> Sicut magnoperè te hortor , ut Dei dona in te collata omni studio excolas ; ità cum te dyX.^'^oia. non t^ulgari donatum esse videam , quâ sœpè ad maximos decipiendos uiros non irrita conatu Satanas est abusas, uelini te diligenter cat^ere , ut nul lis inanibus argutiis le ipsum irretias : et quoties noi'a quœdant tibi in mentent ^'enieat , diligenler illa , quantum libet in ini-

(a) Bertius , in Oratiooe fan«bri Jacobi Ar-

;/)inli.

Page 1