ARMI
que l'on fait et ce qu'on souhaite. Il eût cent fois mieux valu à Arminius d'être hëbe'të, que d'avoir beaucoup d'esprit ; car la gloire de donner son nom à une secte qui fait figure dans le monde , et qui a produit d'habiles gens , est un bien très-chimërique , en comparaison des maux réels , des chagrins, des douleurs, des amertumes , qu'il sentit pendant sa vie , et qui abre'gèreat ses jours , et qu'il n'aurait point sentis , s'il avait e'té un théologien à la douzaine , un petit esprit , un niais , enfin de cette classe de gens dont on fait cette prédiction , ils ne feront pninl d'hérésies (lo). Juvénal aurait allégué un tel exemple dans sa X^. satire s'il y eût eu des disputes de religion , en ce tempslà, qui eussent causé la mort à l'un des tenans.
(E) Il eût été a souhaiter qu'il eût fait unmeilleur usagedeses lumières.] Je veux dire qu'il se fût réglé sur la méthode de saint Paul. Ce grand apôtre, inspiré de Dieu , et immédiatement dirigé par le Saint-Esprit dans tout ce qu'il écrivait, se proposa l'objection que les lumières naturelles peuvent former contre la doctrine de la prédestination absolue : il comprit toute la force de l'objection ; il la rapporta, sans l'afl'aiblir le moins du monde. Dieu a compassion de celui qu'il veut , et il endurcit celui qu'il feut (il). Voilà le dogme de saint Paul , et voici la difficulté qu'il se proposa. Or ta me diras , pourquoi se plaint-il encore ; car qui est celui qui peut résister asa volonté (la) ? On ne saurait pousser plus loin cette objection : vingt pages entières des plus subtils molinistes n'en diraient pas davantage. Que pourraient-elles conclure, sinon que, dans l'hypothèse de Calvin, Dieu veut que les hommes pèchent? Or c'est justement ce que saint Paul a reconnu qu'on lui pouvait objecter. Mais que répond-il ?
Cherche -t-il des distinctions et des adoucissemens ? nie-t-il le fait ? en avoue-t-il seulementune partie? entret-il dans quelque détail? ôte-t-il les équivoques des mots? Rien de tout cela , il n'emploie que la souveraine
(lo) C'est un proverbe en France pour désigner un esprit pesant.
(il) Epître aux Komains, chap. IX, vs. i8. (12) Epître aux Romaios, chap. IX, vt. 19.