NI US
puissance de Dieu, et le droit suprême qu'a le Créateur de disposer de ses Créatures comme bon lui semble.
Mais plutôt , o homme , qui es-tu , toi qui contestes contre Dieu ? La chose formée diratelle à celui qui l'a formée, pourquoi m'as-tu ainsi faite (i3)? Il reconnaît làuneincompréheusibilité qui doit arrêter toutes les disputes, et imposer un profond silence à notre raison, O profondeur des richesses et de la sapience et de la cnsnoissance de Dieu ! s'écrie-t-il (i4) ; que ses jugemens sont incompréhensibles , et ses voies impossibles à trow ver'. Tous les chrétiens doivent trouver là un arrêt définitif prononcé en dernier ressort et sans appel , toucliant les disputes de la grâce ; ou plutôt ils doivent apprendre , pascette conduite de saint Paul, à ne jamais disputer sur la prédestination , et à opposer du premier coup cette barrière à toutes les subtilités de l'esprit humain, soit qu'elles s'offrent d'elles-mêmes pendant qu'on médite ce grand sujet, soit qu'au autre homme nous les propose. Le plus court et le meilleur est d'opposer d'abord cette forte digue aux inon-^ dations des raisonnemens , et do considérer cette sentence définitive de saint Paul comme ces rochers inébranlables au milieu des ondes, contre lesquels les vagues les plus enflées ont beau s'élancer ^ elles écument , elles battent inutilement , elles ne font que se rompre. Tous les traits qu'on décochera contre un tel bouclier, auront le sort de ceuxde Priam.
Sic fatus senior, telumque imbelle sine ictu Conjecit : rauco quod proUn'us œre repulsum. Et swnmo cl/pei neauicquam umbone pependit (i5).
C'est donc ainsi que l'on doit agir dans cette dispute , quand elle se, passe de chrétien à chrétien. Que si l'on trouve à propos de donner quelque occupation à l'esprit , on doit pour le moins sonner la retraite un peu de bonne heure, et se remettie derrière la digue dont j'ai parlé. Si Arminius avait fait cela toutes les fois que sa raison lui suggérait des difficultés contre l'hypothèse des ré-
(i3) Là même, vs. îo.
(i4) Là même, chap, XI , vs. 33.
(i5j YirgiUns, iEneid. , lib. II, vs. 544.
formateurs , ou toutes les fois qu'il se plus pernicieuse que la coagulatioii
voyait appelé à répondre à des disputans , il aurait tenu une conduite parfaitement sage et apostolique , et il aurait employé comme il fallait les
(17). J'excepte les cas où il y va du salut des âmes , et où il s'agit de les arracher de la gueule du démon ; car alors la charité ne doit pas permettre
lumières de son esprit. S'il trouvait que l'on se tienne en repos , quelque
des duretésdans la doctrine ordinaire, ' ~~^ "''""
s'il se trouvait soulagé en adoptant une méthode moins rigide , il pouvait se mettre au large pour son usage particulier ; mais il devait jouir de cette commodité en silence , je veux dire sans attaquer les droits de la possession , puisqu'il ne les pouvait attaquer sans que des tempêtes périlleuses s'excitassent dans l'église. Son silence lui eût épargné à lui-mênie bien des maux ; il eût très-bien fait de se souvenir d'un vieux apologue :
Sed tacilus pasci si possel corvus , haberet Plus dapis et Tixœ muUà miniis invidiceijue {16) •
Voyez la remarque (D) de l'article de ( Joseph ) Hall.
Mais , dira-t-on , n'eut-il pas été prévaricateur , et indigne du ministère, s'il eût négligé de travailler a l'instruction de ses auditeurs, qu'il croyait
grandes que puissent être les émotions que l'on causera par accident. Il faut se remettre de toutes ces suites aux soins de la providence. Sur ce piedlà , Arminius n'avait rien qui le pressât de s'opposer à la doctrine commune : il ne croyait pas que l'on courût aucun risque de son salut en suivant les hypothèses de Calvin.
Voyons l'autre endroit par où il se rendit inexcusable. Il substituait , à un système rempli de grandes difficultés, un système qui, à proprement palier , n'en entraîne pas de moins grandes. On peut dire de son hypothèse ce que j'ai dit des innovations de Saumur (18) : elle est mieux liée et plus dégagée que le sentiment de M. Arayraut j mais , après tout , c'est un remède palliatif , car à peine les arminiens ont-ils répondu à certaines objections , qui ne peuvent être réfutées dans le système de Calvin " ""
engagés dans une fausse doctrine? U ^^,.,^ prétend'ent , qu'ils se trouvent
osés à des argumens dont ils ne se
vent tirer que par un aveu sincère
firmité de notre esprit , ou que
qu'il désapprouvait fût préjudiciable au salut; l'autre , que sa nouvelle méthode était inutile pour lever les principales difficultés qui se rencontrent dans les matières de la prédestination.
Avouons que la plus petite vérité est digne , absolument parlant , d'être proposée , et qu'il n'y a point de fausseté, pour si peu considérable qu'elle soit , dont il ne vaille mieux être guéri, que d'en être imbu ; mais lorsque les circonstances des temps et des lieux ne souffrent pas que l'on propose des nouveautés , vraies tant qu'il vous plaira , sans causer mille désordres dans les universités , dans les familles , dans toute la république, il vaut cent fois mieux laisser les choses comme elles sont , que d'entreprendre de les réformer. Le remède serait pire que le mal : il faut se conduire comme à l'égard de certains malades, à qui l'on ne saurait faire prendre de médecines sans remuer plusieurs mauvaises humeurs dont l'agitation est
(i6j Horat. , Epist. XVII, lit/. I, vs. 5o. ticle Amiraut
par la considération de l'infinité incompréhensible de Dinu. Etait-ce la peine de contredire Calvin ? Fallait-il tant faire le délicat au commencement , puisque dans la suite on devait avoir recours à cet asile? Que ne commenciez-vous par-là , puisqu'il y fallait venir tôt ou tard? Vous ne devez pas vous imaginer , qu'après être entré en lice avec un grand disputeur , il vous laissera triompher , sous prétexte que vous aurez eu d'abord quelque avantage sur lui. Un athlète , qui, au tiers ou au milieu de la carrière, devançait son antagoniste, ne méritait point pour cela d'être couronné ; on ne lui donnait la couronne, qu'en cas qu'au bout de la course il eût gagné l'avantage. C'est la même chose dans les controverses : il ne
( 1 1) Expediebat quasi cegrœ sauciœque ReipublictB requiescere quotnodocunque ne vulnera curalione ipsà rescindereiKur. Florus , lib- IIÏ, cap. XXI 11.
(18) Voyez ci-dessus la remarque (E) de l'ar-
ARNAULD
uffit point de pai-er les premiers Pe„ de temps après ce mariage ,
ff aux in- -i ■ ., , ,K . 4 . . o '
coups , il faut aussi satisfaire aux in stances, jusqu'à ce que tous les doutes soient bien éclaircis. Or c'est de quoi l'hypothèse d'Arminius , ni celle des molinistes , ni même celle des sociniens , ne sout point capables (19).
La méthode des arminiens n'est propre qu'à faire obtenir quelque avantage dans ces préludes de combat où l'on détache des enfans perdus pour escarraoucher 5 mais quand on en est à un combat décisif , il faut qu'elle se retire comme les autres derrière les relranchemens du mystère incompre'hensible.
(F) Ses écrits, ] En voici les titres : Dispiitationes de difersis christianœ religionis capitibus ; Orationes, itemque Tractatus insigniores aliquot; Examen modestnm libelli Guilhelmi Perkimii de Prœdestinationis modo et ordine , itemque de amplitudine Gratiœ dii'ince ; Analysis capilis ix ad Romano$ ; Dissertalio de i>ero etgenuino sensu cap. f^ll. Epistolœ ad Romanos ; Arnica Collatio cum D. Francisco Junio , de Prœdestinalione, per tilteras habita ; Epistola ad Hippolyturn a CoUibus ; etc.
(ig) Voyez M. Jurieu , au Jogement surlesMéthodes rigides et relâcliéej d'expliquer la Grâce.
ARNAULD ♦, ûimille noble et ancienne d'Auvergne. Il y a plus de deux cents ans qu'une fille de cette maison fut mariée à un seigneur de la Fayette , petit-fils de celui qui était maréchal de France sous Charles VI. HeiVRI Arnauld épousa , vers l'an 1480, Catherine Rariot , parente de celui qui fut conseiller au parlement de Paris , et maître des requêtes , sous Louis XI {a).
* Les nouveaux éditeurs de \z Bibliothèque Historique de la France, par le père Lelong ^ tome II, a". 29087, disent qu'il fallait écrire Arnaud. Au a°. 19779 ils avaient dit que ce fut Antoine Arnauld , docteur de Sorbonne, né en 1612 (dont on verra l'article ci-après) qui ajouta une la son nom , et que quelquesuns de ses parens l'ont imité. En traduisant son nom en latin, Antoine avait écrit /Irnaldus.
{a^ De lui sont sortis M. Bnriot , marquis de Mous.'ty , et MM. Bariot , comtes d'Honneuil et du Mazy.
il vint s'établir à Riom , ou il fut attiré , avec plusieurs autres personnes de mérite , par Pierre de Bourbon comte de Reaujeu (A) , qui y faisait sa résidence ordinaire. Ce prince était marié avec Madame Anne de France , fille de Louis XI, laquelle gouvernait absolument l'esprit de Charles VIII son frère , et était régente pendant sa minorité. Henri Arnauld se fit estimer du comte et de la comtesse de Beaujeu. Il devint écuyer du comte , et gouverneur de la ville et du château de Hermant. C'était le lieu de sa naissance , à huit lieues de Riom , sur les frontières de la Marche du Limosin , près d'Ussel. Ce gouvernement lui fut continué par le connétable de Bourbon , gendre du comte de Reaujeu. La charge d'écuyer lui fut aussi conservée. Il rendit un très-grand service à ce connétable, en faisant ferrer ses chevaux à rebours (b) , lorsque François I". , qui le traitait de rebelle , envoya des gens pour le prendre. Ces gens-là , jugeant par la trace des chevaux qu'il était parti du lieu oii au contraire il s'était caché , allèrent courir inutilement oii il n'était pas. Henri Arnauld avait lié une amitié très-étroite avec Florimond de Robertet, secrétaire du comte de Beaujeu , et depuis secrétaire d'état sous François P'., et il ne tint qu'à lui de procurer à son fils un mariage très-avantageux par la générosité de cet
(/»") On voit dans les Galanteries des rois de France, imprime'es en Hollande l'an l6'()^, à la page 189 du premier tome, que la maison d'Arnauld fut pillée à cause de cette ruse.
3gti
ARNAULD
mais il voulut répondre à procureur général , et procureur
du roi au présidial de Riom , qui en ce temps-là avait plus de quarante lieues d'étendue (d). Il se distingua fort dans ces deux
cette générosité par une autre (B). Il laissa deux fils, Jean et Antoine. Le premier mourut sans enfans : il se donne, dans
les registres baptistairesde la ville charges. Il prend dans tous les de Riom , en 1 542 , la qualité de actes qui restent de lui la qualité
commandeur de Hermant. Aiv- ToiNE Arnauld , son cadet , a continué la postérité. Il épousa en premières noces Marguerite Mosnier-Dubourg , proche parente du chancelier de ce nom , sœur du fameux Anne Dubourg conseiller au parlement , et de Jean Dubourg lieutenant criminel de Riom. Il n'eut qu'un fils de ce mariage , savoir Jean de la Motte-Arnauld, dont parle M. de Thou dans son histoire avec tant d'éloge , qui , à la tête d'une compagnie de cavalerie dont il était capitaine, s'enferma dans la ville d'Issoire, qui tenait pour le roi contre la ligue , et en soutint long-temps le siège avec les
de seigneur de la Motte , de Chantegrenelle , de Fontainebleau , de Pessac , et de Bonnefilles , qui sont des fiefs et des châteaux à une demi-lieue de Riom. Il épousa en secondes noces Anne Forget , fille du preinier maître d'hôtel du connétable de Bourbon (e). Il vécut jusqu'à l'âge de cent et un ans, et mourut à Paris , oii la reine Catherine de Médicis l'avait appelé. On l'enterra dans l'église de Saint-Sulpice , à la première chapelle qui y ait été bâtie , dont il était le fondateur. Le titre de la fondation porte qu'il avait une charge de correcteur des comptes , et de contrôleur général des
seigneurs de Chabanes et de Cha- restes (C) , et qu'il était seigneur zeron; après quoi, il fit une vi- de Corbeuille , près de Paris. De goureuse sortie , à la tête de trente maîtres, et tua de sa propre main le comte de Randam (c) , chef de la ligue en Auvergne.
Cette mort fit lever le siège , et fut cause du gain de la bataille qui se donna ensuite , et qui assura toute l'Auvergne à Henri IV, le même jour et la même année qu'il gagna la bataille d'Ivry. Le père de ce Jean Arnauld suivit d'abord le parti des armes. Il leva une compagnie de chevau-légers , et se trouva en diverses occasions. Mais Catherine de Médicis , le connaissant capable et fidèle , le fit son
(c) Madame, de Senecey, gouvernante du roi, eUiii sajilk-
son second mariage sortirent douze enfans mâles {f) , et entre autres Antoine Arnauld , dont je parlerai à part; Isaac Arnauld , qui fut intendant des finances ; David Arnauld , capitaine , tué au siège de Jerzeau ; Louis Arnauld , général des finances à Riom ; un autre Louis Arnauld , secrétaire du roi à Pa-
(d)Les présidiaux deGuéret, de Clermont et d Aurillac n''en avaient pas été démembrés encore.
(c) M. Forget , secrétaire d'état sous Henri ly, et président à mortier, était de la même famille.
(f) Dans le Discours historique de la Vie de M. Arnauld, docteur de Sorbonne , pag. 2, édition de TAége, en 1702, on ne donne que huitjils , de lieux lits , à Antoine Arnauld.
ris ; et Pierre Arnauld , le plus jeune des douze frères , et celui qui se distingua le plus dans la profession des armes. Il fut maréchal des camps et armées du roi Louis XIII, gouverneur du Fort-Louis , et colonel du régiment de Champagne. C'est celui dont le sieur de Pontis fait une si honorable mention : il ne craint point de l'égaler aux plus fameux capitaines qui aient jamais été parmi les Grecs et les Romains.
Il dit que c'était l'homme du monde qui savait le mieux l'ancienne discipline militaire , et qui la faisait le mieux observer par les soldats , et qu'ils l'aimaient jusqu'à l'adoration. Isaac Arnauld , dont il a été parlé cidessus, fut père d'un autre Isaac Arnauld , qui fut gouverneur de
ARNAULD. 391
par quel cas fortuit il est arrive que tant d'Auvergnats ont paru à la cour
pai de France , dans les postes les pins sublimes , sous Charles VIII , Louis XII , et François I'^^ La comtesse de Beaujeu les avait tires de leur province , et leur avait mis la fortune en main. Sans elle , ils seraient morts dans l'obscurité , leurs grands talens ne seraient jamais sortis hors de terre. Concluez de là que la gloire particulière d'une province , en certains temps , ne dépend que de ces sortes de patronages. Vous trouverez un supplément de ceci dans la suite du Ménagiana , aux pages 3o4 et 3o5 de l'édition de Hollande.
(B) Il était intime ami de Robertet. . , et il répondit a sa générosité par une autre. ] Voici ce que c'est. Florimond de Robertet , quittant Montbrison sa patrie , fut s'établir dans î\iom , et devint secrétaire du comte de Beaujeu.
Il le gouYernait absolument , comme il gouverna ensuite l'esprit de Charles VIJI , à qui la régente le donna , et celui de Louis XII , après la mort du cardinal d'Amboise , et enfin celui de
Philisbourg, et mestre-de-camp François 1er., dont il futsecrétaire d'édes carabins, un des plus bra- tat. Il aimait si fojt Henri Arnauld,que, ves hommes, et des plus beaux esprits de son siècle : il est célèbre dans les écrits de Voiture.
Sa sœur fut mariée à Manassé de Feuquières , qui commandait l'armée du roi devant Thionville, l'an lôSg {g).
(g) Tiré d'un Mémoire communiqué à l'auleiir du Mercure Galant , et inséré au mois de décembre 1693.
(A) Il fut attiré h Riom , avec plusieurs autres personnes de mérite , par Pierre de Bourbon , comte de Beaujeu. ] On montre encore dans Riom les maisons des Montboissier , Montmorin , Chazeron , Florat , Chasteaugay , Mariliac , Dubourg , Duprat , f orget , et Robertet , qui tous furent les principaux officiers et favoris du comte et de la comtesse de Beaujeu , et du connétable de Bourbon , leur gendre , par qui ils furent tous avancés dans la suite aux premières dignités de l'épée et de la robe (i). Voilà
(i) Tiré d'un yiémo'iie insère' dans le Mercure Galant du nwis de décembre 1693, pag. 43.
lorsqu'il quitta Riom , pour s'établir à la cour de Charles VIII , il y amena tous ses enfans , hormis Jeanne de Robertet sa fille aînée , qu'il laissa à Riom entre les mains de la femme de Henri Arnauld , exprès afin qu'ils la mariassent avec Jean Arnauld leur fils aîné , quand elle serait en âge.
Mais les tuteurs ne trouvèrent pas leur fils un parti assez bon pour elle ; ainsi ils la marièrent au plus riche jeune homme de Riom , nommé Amablede Ceriers, fils d'une Mariliac (a).
(C) // était correcteur des comptes, et contrôleur général des restes.'} Depuis la première édition de cet ouvrage , j'ai reçu un petit mémoire écrit par un des premiers généalogistes de l'Europe. J'y ai trouvé ce qui suit :
« Antoine Arnauld, sieur de la Mothe » et de Villeneuve , procureur du » roi en la sénéchaussée d'Auvergne )> à Riom , solliciteur général des » restes du parlement en i568 et » 1570, puis auditeur des comptes » à Paris, et procureur général eny suite de Catherine de Médicis , fut
(2) Tire' du inémeMèmoite.
» anobli en décembre 1577 ' ^"^ :» qualité d^auditeur des comptes. Il » était fils d'Henri Arnauld , bailli du » lieu d'Hermant en Auvergne , et de » N. Colonges. Il avait épousé Anne » Forget , fille de Jean Forget sieur 5) de Bidoigne procureur du roi en » Auvergne, et de Jeanne Godinet, et V il mourut à l'âge de cent et un an, en- » vironl'an iSgi. Voyez les Mémoires 3) de Sully , tom. IV, folio 71. w Mais , d'autre côté, lisez aussi la suite du Ménagiana, à la page 3o5 de l'édition de Hollande.
ARNAULD (ANTomE (a), avo-
ARNAULD
du plaider , qu'il le prit dans son carrosse *', l'amena dîner, et fit mettre sa fille aînée Catherine Marion auprès de lui. Après le dîner , il le tira à l'écart , et lui demanda ce qu'il pensait de sa fille ; et ayant su qu'elle lui semblait d'un grand mérite , il la lui donna en mariage (d). Une des plus fameuses causes qu'Antoine Arnauld ait plaidées , est celle de l'université contre les jésuites,
cat au parlement de Paris, fils ^ «^ »^94- Nous verrons ci-des-
d'un autre Antoine dont j'ai par- ^^^* ^"«1^ «« fut la recompense
lé dans l'article précédent, s'ac- (B). Quelques-uns disent qu'il
nuit par son éloquence une mer- Publia un livre , l'an 1602 , pour
veilleuse réputation. Henri IV, empêcher leur rappel (C) , mais
voulant mener le duc de Savoie 4" ajant bien prévu qu ils reviendraient , et qu ils
au parlement , fit choisir *' un jour qu' Arnauld devait plaider ime belle cause (b). Il donna à cet habile homme un brevet de conseiller d'état *^. La reine Marie de Médicis le fit son avocat général , et voulut le faire secrétaire d'état; mais il refusa cette charge , et dit à la reine
et qu ils seraient redoutables , il tâcha de le supprimer. Il avait été conseiller et procureur général de la reine Catherine de Médicis. Ceux qui ont débité qu'il était de la religion , ont débité un très-grand mensonge (D). Il eut de son mariage avec Catherine Marion
gic'ilsen'irait mieux Sa Majes- vingt-deux enfans (e) (E). Il té étanta.ocat, que s'il était se- ^«^rut environ 1 an ib.8 «. crétaire d'état. On a insinué ce Notez que 1 une de ses filles reforfait dans son épitaphe( A). M. l'a- mal abbaye de Port-Royal (F). vocat général Marion (c) fut un . I^ » acquitta de la profession
jour si satisfait de l'avoir enten-
(a) Konig le nomme Marc- Antoine. La lettre M, que lui ou d'autres ont vue au-devant d'Antoine, dans quelques livres français , où elle signifiait maître ou monsieur, a été apparemment la cause de cette méprise.
*' Matthieu , suivant la remarque de Lecleic, dit au contraire que le président de Harlay, ayant su que le roi les voulait venir voir, avait fait choisir une cause pour y être plaidée. Leclerc ajoute que cela arriva en 1600. TjB roi assista incognito à l'audience.
{b) 11. s'agissait de la peine des calomniateurs. Voyez dans Matthieu, à /'Histoire de Henri IV, tome 1 , pag . l[55 et Suiv. , les Plaidoyers sur cela.
" Il n'oul jamais de brevet, dit Leclerc.
(t) MM. Marion , comtes de Druys , descendent de lui.
du barreau , avec tant d'honneur, et d'une manière si élevée, que « dejDuis lui il ne s'est trou- » vé personne , à la réserve de
*' Leclerc prétend qu'en 1587, e'poque de ce mariage , Marion n'avait certainement pas de carrosse puisqu'il n'était alors que simple avocat. Ce no fut qu'en iSgÔ qu'il devint conseiller au parlement , puis président en la seconde chambre des enquêtes , et en iSgy avocat général.
{d) Tiré du Mémoire inséré dans le Mercure Galant au mois de décembre 1698.
** Leclerc, d'après Quesnel, dit qu'Antoine Arnauld n'eut que vingt enfans.
(c) 7'iré du Mémoire inséré au Mercure- Galant de décembre lôgS.
*^ Ce fut , dit Leclerc , le 29 dc'ccmbre 1619, dans sa soixantième année.
ARNAULD
» M. le Maître son petit-fils , gratis cette cause si fameuse. L'uni-
« qui l'ait exercée avec plus d'é- versité fit un acte dans les formes
^ ^ , , 1 j- -i ' c • les plus authentiques , par letiuel elle
«Clat et plus de dignité. Sa mai- ^'engagea à une éternelle reconnais-
» son était continuellement plei- sance , tant envers lui qu'envers sa
» ne de princes et de grands sei- postérité'. Voici les termes du décret ,
« gneurs , qui venaient le con- Q"»propter , chm consultomm di-
'-' , ' ^, , . . serlissimus et disertoium cnruuilissi-
» sulter sur leurs plus importan- „„,, ^ Antonics Arnaidus, injoro Pa-
« tes affaires; et il fut partout risiensl speclatus a mullis annis patro-
» en telle vénération , qu'après nus pro defensione juris academici
.. sa mort il fut exposé sur son '"«'"/'«'■^ desudMi • et lon^â comtâ-
,. , / ^ que oratione . quœ doctorum nianibus
» ht pendant quelque temps , 7^^^,^^ ^ probârit Ckmque idem
» pour satisfaire au public qui le pro defensionis laboribus et patrocinii
» demanda avec instance {/). » 7"'^ oblatum sibi ab academiâ hono-
On a eu grand tort de lui imputer une apologie de Phalaris (G).
(y") Perrault, Hommes illustr. , pag. 5^, 55 , édition de Hollande.
(A) Il refusa d'être secrétaire d'état.,.. On a insinué ce fait dans son épitapke. ] M. le Maître , petit-fils et filleul d'Antoine Arnauld l'avocat , est l'auteur de cette e'pitaphe. Ceux qui la voudront lire n'auront que faire de la chercher ailleurs que sur cette page ; ceux qui n'eu seront point curieux n'ont qu'à passer outre. Ils le feraient bien sans attendre mon avis.
Passant, du grand Arnauld révère la mémoire.
Ses vertus à sa race ont servi d'ornement , Sa plume à son pays , sa voix au parlement , Son esprit à son siècle , et ses faits à l'histoire ".
Contre un second Philippe, usurpateur des lis, Ce second Démosthène anima ses écrits , Et contre Emtnanuel arma son éloquence *'. // vit comme un néant les hautes dif^nités , Et prêtera l'honneur d'oracle de la France A tout le vain éclat des titres empruntés.
(B) Il plaida pour V uniuersité contre les jésuites f^oici quelle en
fut la récompense.} 11 renvoya à l'université le présent qu'elle lui avait fait donner : il voulut avoir plaidé
*' Il manque ici, dit Joly, quatre vers à celte épitaphe qui est un sonnet. Il est surprenant, dit-il, que Bayle ne se soit pas aperçu de cette lacune. Voici les quatre vers qui composent le second quatrain :
Ses discours aux héros dispensèrent la gloire. Par lui la vérité triompha puissamment, Des princes et des rois il fut l'élonnement Et les eut pour témoins d'une illustre victoire. *^ C'est (Paprès ce vers et sur le témoignage de Guichenon , que Bayle attribue à Arnauld la preraièreA'ai'Oi'tj'cnne; mais la Bibliothèque historique de la France, n». 19779, élève des doutes là-dessus.
rariitrii remiseril , gratmtamque suam opérant esse foluerit ; ne apud nos ingrati animi culpa résident , placuit rectori, quatuor facultatibus, et singulis nalionibus , ut perpétua tanti beneficii memoria publicis tabiilis consignata et testata apud posteras extaret , huicque sacraniento se omnes academiœ ordines obslringerent , se eu offi^ cia quœ a bonis clienlibusfido patrono soient deferri , oninia in illcm ejdsque LiBEROs ac posteras collatitros , nec eorunt unquam honnri , cominodis , fa~ mœque defuturos (i). Vous trouverez amplement ce fait dans la préface d'ua livre imprimé à Liège , l'an 1699 , et intitulé : Causa Arnaldina , seu Antonius Arnaldus doctor et socius sorbonicus à censura anno i656 sub nomine facultatis theologicœ Parisiensis fulgatâ uindicatus.
(C) Il publia un lii^re pour empêcher le rappel des jésuites ; mais il tacha de le supprimer, ] C'est un petit livre de i^i^pa^es in-ia, intitulé : Le franc et i^éritable discours au roi , sur le rétablissement qui lui est demande pour les jésitites *. Le père Richeome le réfute dans sa Plainte apologétique, où il réfute aussi le Catéchisme des jésuites qui avait paru en même temps, et qui venait de la plume d'Etienne Pasquier. J'ai lu dans les remarques sur la confession catholiaue de Sancy (j), un fait que je m'en vais rap-
(i) Prœfat. Causie Arnaldinae, pag. xcvij.
* Lecleic dit que cet ouvrage n'est pas d'Arnauld , parce que le style n'en est pas assez impétueux. Leducbat, au contraire, apporte des preuves à l'appui de son opinion, qui est qu'Arnauld est auteur de ce li\Te qu'on a réimprimé en 161'» à l'occasion de la mort de Henri IV, et en i-'W .nvec préface et notes de l'abbé Goujet.
(2) Liv. H 1 chap. FI, pag. 535
porter en simple copiste. «L'avocat ta. Antoine Arnauld , homme très- 3) Arnauld ne repondit point : ce ne éloquent , fut employé pour plaider la
iporte
» rait à la fin sur toutes les raisons » qu'on pouvait avoir de laisser sub- « sister contre eux l'arrêt de leur ban- :) nissement. En effet , le pauvre » homme eut même tant de peur d'en » avoir trop dit dans son petit livre, ;> que j'en ai vu un exemplaire , où 3J un habile homme de ce temps -là » avait fait de sa propre main l'obser- 5> vation suivante : Ce lifre (Le Franc 3) et véritable Discours ) composé par » IH^. Antoine Arnauldleur bon ami; 3> et plus bas , les copies retirées par î> l'auteur, w
(D) Ceux qui ont dit qu'il était de la religion ont débité un très-grand mensonge. ] L'auteur de V Ampliitheatrum honoris , déguisé sous le nom de Clarus Bnnarscius , qui est l'anagramme de Carolus Scribanius , son véritable nom, traite nettement de calviniste, Ant. Arnauld l'avocat. Ij"" Imago primi seculi soc. Jesu le fait aussi. L'auteur de l'Apologie de Jean Châtel dit, page 2o5 , que le nom d'Arnauld vient d'«.p- ^wy-tti, qui signifie renier ou aposta-
quil ne le jut jamais, laissé des enfans très-i'ertueux et trèszélés à la religion catholique. C'est une chose étrange, qu'un historien , qui n'était pas du commun , ait pu se laisser tromper sur la profession de religion d'un si célèbre avocat , qui avait pris à témoin de sa catholicité tout le parlement, dans le plaidoyer même qui donne lieu à Dupleix de parler de lui. Voyons ce qu'il dit dans ce plaidoyer. Si d'aventure ils ne sont si impudens, et ceux qui les soutiennent , d^oser dire que la Sorbonne estoit hérétique en i554 , lorsqu'elle Jit ce décret contre eux :
tout ainsi qu'ils sont si eshontez , que de publier parmi les femmes de leur congrégation , que tous ceux qui poursuivent cette cause sont hérétiques , qui viennent de Genève et d'Angleterre.
Que si moi, qui parle , n^estois cogneu depuis mon enfance instruit dans le collège royal de IVavarre , et que ma profession si notoire et ma réception en charges publiques et honorables dès l'an 8o et 85 ne m'exemptoient
sier, et qu'il approche de celui de l'an- trop manifestement de leurs impostu-
lechrist , où se trouve le nom de la Bête ; et page 206 : Digne ministre de celui auquel a esté donné gueule proférante grandes choses et blasphèmes , Apocal. i3 (4). Dupleix débita le mensonge dont il s'agit , et s'en rétracta publiquement. Il avait dit dans L\ première édition de son Histoire d'Henri IV , en parlant du procès qu'eurent les jésuites avec l'université de Paris, l'an i594, qu'Antoine Arnauld faisant profession du calvinisme., le choix que les agens de l'université avaient fait de lui fut trouvé grandement scandaleux , et de mauvaise grâce. Mais voici comment il se rétrac-
(3) L'auteur des remarques avait ditpag. 534 ifue Richeonie, sous le nom de François de la Montagne, a^ajl répondu l'an i5qI\ au plaidoyer de Pasquier , par un livre qui avait pour litre , L.1 Vérité défendue, f Au lieu de François de la Montagne et de plaidoyer de Pasquier, il faut, dit Leclerc, lire François des Montagnes et plaidoyer d^Anl. Arnauld. La Vérité défendue n'e.-'t point une réponse au Franc discours.^
(4) Ceci a clé lire de la Question curieuse, si M. Arnauld est liérctiquc? p«^. i3.
res , ils me feindraient volontiers envoyé de là mesmes , pour plaider contre eux. L'expérience lui montra, et nous montre encore aujourd'hui, qu'il avait tort de se croire à couvert de l'imposture^ car, outre les écrivains que j'ai cités , il s'est trouvé depuis peu deux nouveaux accusateurs. Le premier est le père Hazart, le second ne s'est donné qu'un faux nom (6) j mais il a produit une lettre d'un gentilhomme nommé M. d'Heucourt(7), qui atteste que le père de M. Arnauld, docteur de Sorbonne , est né et mort huguenot. J'ai raison de dire que le père Hazart a renouvelé l'accusation, car voici ses paroles : La rétractation de M. Dupleix ne m'incommode point, ni ne me ravit la liberté de prendre son
(5) C'esl-à-dire , de l'université.
(6) Celui de Sainte-Foi , dans les Avis importans à M. Arnauld sur le projet d'une nouvelle Bibliotliéque d'auteurs janscuistes C'est une lettre datée de Paris le a8 de septembre ilf)!.
(■j) C'est ainsi qu'il faut dire, cl non pas Reucour , comme dans l'imprimé.
premier sentiment pour le fils légitime Le public a vu cela dans le jourde sa meilleure connaissance, et le nal de M. Basnagc (12), et dans un second pour celui de sa complaisance livre qui a paru depuis la premièrepour la parenté du sieur Arnauld , qui impression de cet article • je veux dire était lors d^un suffisant crédit pourga- dans l'Histoire abn'ge'e de la Vie et des gner ou obliger un auteur a quelque Ouvrages de M. Arnauld. Voici de " ' " quelle hauteur celui qui l'a composé a traité cela dans les pages 17 et 18. On ne s'amuse point à réfuter ici l'impertinent auteur d'un Avis important à M. Arnauld , etc. , oii l'on produit l'extrait d'une prétendue lettre de M. le marquis d'Heucourt , pour prouver que M. Arnauld était né call'inistc , aussi-bien que son père- Tout cela n'est qu'imposture. On a en main, non-seulement l'extrait du baptistère , que ce donneur d'avis désirait que l'on produisît , mais encore un désaveu en
chose de cette nature (8). On lui a répondu qu'il faut avoir l'esprit trèsmal fait « pour préférer ce qu'un M historien reconnaît avoir dit sur de » mauvaises instructions à ce qu'il » assure comme constant et indubita- » ble, étant mieux informé. S'il y 3) avait bien des gens d'un si méchant ') caractère , le mal qu'aurait fait un » historien , en publiant sur de mau- » vais mémoires des faussetés préjudi- ^> ciables à l'honneur du prochain , i> serait irréparable , puisqu'il aurait
M beau se rétracter (9) : » on se re- Jorme de la main de ce marquis , daté
trancherait dans la réponse du père Hazart. f^oila cependant , conclut-on , M, Dupleix bien récompensé d'at-'oir
de Bronton , près de Londres , le \5jiS mai 1693 ,où il déclare qu'il ne sait ce que c'est , que la lettre ne fut
été si partial pour les jésuites dans son jamais de lui , et que c'est une pièce
histoire. Ils lui font bien de l'honneur, en voulant qu'il ait eu si peu de conscience , que n'ayant rien dit que de frai , lorsqu'il avait assuré que l'avocat qui avait plaidé contre eux était religionnaire , il s'en soit rétracté en mentant par complaisance. Je ne sache point (10) qu'on ait répondu à la sommation * de celui qui a publié la lettre de M. d'Heucourt. La sommation était néanmoins pressante , car voici les termes dont on se servait en parlant à M. Arnauld : Cette lettre , monsieur, dont on m'a remis l'original pour vous l'envoyer , demande absolument que vous produisiez votre baptistère; car ce ne sont plus les jésuites vos ennemis , qui vous reprochent d'être né huguenot. Mais on n'a pas laissé de confondre celui qui a fait imprimer la lettre , puisqu'on a informé le public (11) que M. d'Heucourt la désavouait.
(S) Voyei le IV«. Faclnin pour les petits-neveux de Jaosénins, pag. 20.
(9) L'a même.
(10) On écrit ceci l'an i6g4-
* Le Baptistère ayant été imprimé i la page 4 de la Justification de M. Arnauld, docteur, etc., 17OÎ, Leclerc reproche à Bayle d'avoir dit qu'on n'avait point répondu à la sommation. Bayle avertit lui-même dans sa remarque, note (10), qu'il écrit en 1694. La seconde édition est de 1702 , et 1 impression en était avancée, peut-être même achevée , quand parut la Justification ; Bayle ne pouvait donc en parler.
(11) Dans /'Histoire des Ouvrages des Savans, mois de novembre 1692» pig. '34.
malicieusement et faussement compO' sée. Je trouve infiniment probable qu'un des frères de notre Arnauld l'avocat se fit huguenot (iS); car une personne , qui pouvait bien le savoir , m'a écrit que madame de Feuquières (i4) , et madame d'Heucourt sa sœur , qui , du côté paternel , étaient nièces de cet avocat, ont été de la religion jusqu'à leur mort. La même personne m'a écrit qu'IsAAC Arnauld , ministre de la Rochelle , et auteur d'un livre intitulé Mépris du monde, était de la même famille que M. Arnauld. Cet ouvrage a été imprimé plus d'une fois • car l'édition de Rouen , en iGS^ , porte qu'il a été revu , corrigé et augmenté de trois traités par l'auteur : savoir, Résolutions vertueuses; de l'Obéissance due au roi ; Méditation sur la vieillesse *. (E) Il eut de son mariage vingtdeux enfans. ] L'aîné s'appelait Robert. C'est celui qui s'est rendu si célèbre sous le nomd'ARNAULD d'Andilli :
(12) C'est-a-dire, dans /'Histoire des Ouvrages des Savans. Voyez la citation précédente.
(i3) Voyez la remarque (A), de l'article dr (Samuel) Durant.
fi4) Femme de celui qui fut battu dcvan: Thionville.
* Bayle donne la remarque (A) de son articlr Durant comme pouv,int se joindre ici. Voye- (i-drssus sa note (i3). Leclerc croit que Bayle a commis quelque erreur dans sa généalogie de li famille Arnauld.
396 ARNAULD
voyez l'article suivant. Le second est perpétuelle de Port-Royal-des-Champs,
mort evtque d'Angers, au mois de reforma cette abbaye sur le pied de
juin 1692. Il s'appelait Hemri Ar- la reforme de Clairvaux , et la rendit
HACLD *' , et s'était fait fort estimer e'iective et triennale. Cinq de ses
sous le nom de l'abbé de Saint-Nico- sœurs, avec leur mère, se firent re-
las, avant que de parvenir à la mitre, ligieuses dans ce couvent, et y ont
Etant à Rome, il sauva par son adresse mené' jusqu'à la mort une vie très-
et par son courage l'honneur et les austère (i6j.
biens des Barberins, contre les entre- Notez que dans l'Abre'gé de la vie
prises des créatures et des parens d'In- de M. Arnauld, page 20, on assure,
nocent X. Le prince de Palestrine, et i°. qu'il était le vingtième et le der-
les cartlinaux François, Antoine, et nier des enfans d'Antoine Arnauld,
Charles Barberin, firent , par recon- et de Catherine Marion. Cela ne s'ac-
naissance , non - seulement frapper sa corde pas avec le mémoire que j'ai
médaille et tirer son portrait, dont cité (17) , qui leur en donne vingt et
ils remplirent toutes leurs maisons ; deut^ 2°. que lorsque le père de tant
mais ils lui érigèrent aussi une statue d'enfans décéda , il n'en restait plus
dans leur palais de Rome, avec un vers que dix , quatre garçons et six filles. que Fortunat *" avait composé pour (P) Une de ses filles réforma l'ab'
saintGrégoirede Tours (i5),Ilestmort haye de Port- Royal. "^ Le nom de
en odeur de sainteté à Angers, dans Port-Royal fait tant de bruit, et les
son diocèse, d'où il n'était jamais sorti Arnauld sont si mêlés là-dedans, et
depuis près de quarante-quatre ans tout cela est si peu connu en détail,
qu'il étaitévéque*'.CATHERiNEARNAcLD, qu on peut être très-assuré que les cu-
l'aînée des filles d'Antoine, fut ma- rieux liront avec joie ce qu'on pourra
riée à M. le Maître, conseiller du roi et leur apprendre de particulier sur ce
maître des comptes à Paris , dont elle sujet. J'ai donc cru que je ferais plai-
eut Antoine le Maître, fameux avocat, sir à mon lecteur , si je transportais
et Isaac le Maître de Sacy , connu par dans mon livre ce que j'ai lu dans un
sa traduction de la Bible , par celle de Factum (18). Ces sortes d'écrits sont
l'Imitation de Jésus-Christ , par la Vie ordinairement inconnus à une inûni-
de dom Barthélemi des Martyrs, et té de gens (19).
par ses Poésies sacrées. Angélique Ar- << Port-Royal est originairement un
NAULD, autre fille d'Antoine, abbesse " monastère de religieuses bernardi-
« nés , à six lieues de Paris. Une des
*; Ce Henri avait d'abord été avocat, dit „ s^urs de M. d'Andilli en fut faite
Licclerc Un trouve ilansle tom. II des jl/e/noiref ri . j
de tiue'raiure du père Desmolets , un Mémoire " abbesse au Commencement de ce
sur la vie et sur la mort de feu messire Henri » siècle , n'ayant que onze ans. C'était
Mna,dd,e'i>équed\4ngers. j, g^ (.g tcmps-là un désordrc asscz
» commun , dont Dieu a tiré un » grand bien. Car , dès l'âge de dix- 11 sept ans. Dieu lui donna une si )) forte pensée de réformer son ab- » baye , quoiqu'il n'y en eftt aucune , )) ni d'hommes , ni de filles, qui fût » réformée dans tout l'ordre de Cî- » teaux, qu'elle l'entreprit , et en vint » à bout avec assez de facilité , tant » Dieu donna de bénédictions à ses j) bons desseins. Elle en bannit toute )) propriété , toutes ses religieuses à
Leclerc nie IVxistence de la médaille : il se fonde sur ce que, dix-sept ans plus tard , l'abbé Faydit ayant, à la tête d'un poëme latin de sa composition, fait graver les armes de M. de Pompone, y mit pour inscription :
Alpibiis arvernis en mens mons altior ipsis,
Ménage et les gens de lettres qui assistèrent à ses mercuriales regardèrent l'application de ce vers comme une pensée toute neuve. Du reste Linagc de Vauciennes, qui publia «n 16781e Différend des 'Barberins avec le pape Innocent X, dit que « les Barberins ne furent pas satisfaits d'Arnauli). »
(i5) Le voici :
Alpibus Arvernis veniens mons allior ipsis. £.es Barherint fairaienl allusion aux armes et à la patrie des Arnauld. Cette famille est d'Auvergne , et porte pour armes une montagne. Mémoire du Mercure Galant, dpcemhre itig3.
*^ Il n'avait pas ciuaranle-quatre ans d'épiscnpat, dit Ledcrc , puisque nommé en janvier 1649, sacre en iG5o , il est mort en i6()2. Il était .sorti une seule fois de son diocèse, pour aller à Thouars travailler à de Tarente.
(16) Tiré du même Mémoire.
{17) C'est celui qui a été inséré dans le Mercure Galant , au mois de décembre i6g3.
(18) C'est le 1V«. pour les petits-neveux de Jansénius , contre le père Hazart.
(19) Depuis la première impression de cet article , les factums pour les petits- neveux de
à ramener à l'Eglise le prince Jansénius ont été insérés dans le Vlll^. vol. de la Morale praticjue des Jéjuiles.
ARNAULD
» son exemple ayant mis en commun j> ce qu'elles avaient en particulier.
j> Elle y établit une exacte clôture , » l'abstinence perpétuelle, l'office de j) la nuit, les jeAnes , le travail, le 3) silence , selon la règle de saint 5> Benoît. Et c'a été cette odeur de » sainteté, comme le parfum de l'éj) poux , qui a attiré dans cette mai- 3> son ses sœurs, et ses nièces, et sa » mère même, chacune en leur temps.
J) Le dessein d'une si parfaite réforme, » si courageusement entrepris et si ■» heureusement exécuté , la mit en 3) une si grande estime dans l'ordre , ■» qu'elle fut choisie n'ayant que vingt- )) sept ou vingt-huit ans , pour réforî) mer la célèbi'e abbaye de Maubuis- )) son. Elle y passa quatre ou cinq » ans , ce qui l'obligea de laisser à sa » sœur, qu'on a depuis appelée la » Mère Agnes , la conduite de sa ■>) maison de Port-Pioyal , en qualité de »» coadjutrice. Ce fut en ce temps-là , j) et pendant qu'elle était à Maubuis- » son , qu'elle vit saint François de }) Sales, qui était venu à Paris , pour » y établir une maison de la Visitation. 3) Elle le lit prier de la venir voir , et j) se mit sous sa conduite , et on peut » voir par les lettres de ce saint l'es- » time qu'il faisait de sa chère fille » l'abbesse de Port-Royal. »
L'auteur du factum ajoute que la veuve d'Antoine Arnauld , mère de cette abbesse , eut une forte inspiration de se faire religieuse , sous la conduite de sa fille ; et que comme Dieu lui donna ce désir dans le même temps que l'on avait conseillé à l'abbesse de transférer son monastère des Champs à Paris, « elle acheta dans « le faubourg Saint-Jacques une mai- » son et un jardin fort beaux et fort M grands, qu'elle donna à l'abbesse , » couvent , et religieuses de Portj) Royal , pour y faire leur établisse- M ment, comme elles le tirent en ef- » fet , ayant mis la maison de Paris , » avec une très-grande dépense, en 3) l'état où elle est maintenant , par la » bénédiction qu'il a plu à Dieu de » donner à leur charité et à leur dés- » intéressement. Ce fut là que cette » heurouse mère de tant de pieux en- » fans prit sa fille pour sa mère , en 3> se consacrant à Dieu par la pro- )) fession religieuse , pour vivre sous » SA discipline : ce qu'ayant fait pen-
» dant quatorze ou quinze ans , avec )) une ferveur et une humilité très- )) édifiante, elle eut la consolation, » avant que de mourir, de donner sa » bénédiction à ses sis filles , et à ses » six petites-filles, qui étaient toutes )) dans le monastère , et qui y ont » toutes été religieuses , hors une qui » est morte jeune y étant pension- D naire. » Enfin , on voit dans ce factum , que l'abbesse de Port ■ Royal était titulaire perpétuelle, et une de ses sœurs coadjutrice ; mais que l'une et l'autre , n'ayant en fue que le plus grand bien de leur maison , voulurent bien quitter leur titre , pour y établir l'élection triennale. M. d'Andilli obtint du roi la permission nécessaire , quoique cela lui enlevât les moyens de retenir toujours cette abbaye dans sa famille. Joignez à ceci ce que nous dirons dans son article.
( G ) On a eu grand tort de lui imputer une apologie de Phalaris .J; Les paroles du père Abram , que je vais copier , se rapportent visiblement à notre Arnauld. De Phalaridis Agrigentorum tyranni immani crudelitate superi^acaneum J'uerit dicere , citm et pleni sunt aliorum libri, et ipse se nefarium , immanem, et sccleratissimum in epistolis scepè J'alealur. Unus int^enlus est Arnaldus , qui non ita pridem , orationem dicam an nugas ? de ejus laude conscripserit : uidelicet ex eodem calamo Phalaridis Apuleiique laudatio et societatis nostrœ criminatio manauit , ut quibus se similem esse mallet , liquidiùs ostenderet ( 20 ). La méprise est lourde ; car celui qui fit le discours pour Phalaris est un Arnaud provençal. Voyez la remarque ( M ) de l'article d'EpiccRE.
(30) Abramns , in Ciceron. , Orat., tom. I, pag. 8o3.
ARNAULD D'ANDILLI (Robert) , fils aîné du précédent , a été une personne de grand mérite. Voyez son éloge dans le Dictionnaire de Moréri , et dans les hommes illustres de M. Perrault. 11 épousa mademoiselle de la Bodrerie , fille de celui qui a été si long-temps ambassadeur en Angleterre , et petite - fille
d'une sœur du chancelier de Sil- à M, Arnauld le docteur , ils inleri. De ce xiiariage sortirent diquèrent une autre personne , cinq filles , toutes religieuses à savoir Arnauld d'Andilli , com- Port-Royal (dont l'aînée , sœur me on s'en est enfin expliqué Angélique de saint Jean , a passé fort nettement (c). Mais l'auteur pour un prodige d'esprit , de sa- des factums des petits-neveux de voir , et de vertu ) , et trois fils. Jansénius a fait voir par de so- L'aîné est M. l'abbé Arnauld , lides raisons , que cette seconde abbé commanda taire de Chômes, application des deux A. A. était (a) qui , ayant porté les armes absurde (B). M. d'Andilli se relong-temps pour le service du tira au couvent de Port-Royal , roi, dans le régiment d'Isaac Ar— en 1644 (C) , et y a passé le reste nauld son cousin , mestre-de- de ses jours dans une application camp des carabins , se retira continuelle à des ouvrages de auprès de M. l'évêque d'Angers piété. Il y composa beaucoup de son oncle. Le second est Henri livres {d) , que le public a reçus Arnauld, sieur de Luzancy , qui favorablement , et qui sont en a passé sa vie dans la solitude, telle quantité , qu on en a impri- Le troisième est Simon Arnauld me huit volumes in-folio (e). Il y marquis de Pompone , ci-devant mourut le 2'j de septembre 1674? ministre et secrétaire d'état , et dans la quatre-vingt-sixième anà présent encore ministre d'état , née de son âge (J). connu par ses ambassades de II avait perdu sa femme , Hollande et de Suède (b). M. Ar- l'an 1637 , et il est bon de savoir nauld d'Andilli fut mis de bonne la réflexion de Balzac sur cette heure dans le grand monde. Il y perte (D).
a eu divers emplois qui l'atta- ,^-^ ^^„^ ;„ Réponse du père Hazart,
chaient à la cour , et à la suite au factum des petits-neveux de Janse'nius.
du feu roi, et il ne se laissa f^oye^JeurlW^ kctum pajl^.
. ' . • {d) Voyez-en la liste à la fin de son^tAoge,
point corrompre au mauvais air ^^^^ /e Journal des Savans , du 9 deseptem-
que l'on y respire (A). On peut Are 1675.
voir dans le recueil de ses lettres .}$ ^^V''^^ "r™"' ''^"*""' ''"*' '^*^'
- , édition de Hollande.
le difterent qu il eut avec le pre- (y^ Moréri, pag. 346.
sident de Grammond , qui avait , . , „ ,. , . -,
, , j 1 • j u-\ • ^ i„ ( A) Il eut du'ers emplois... a la
parle de lui dans son histoire la- ^^J^^ >| ^^ .^ ^^ ^^ ^^,./^ ^^.^^ ^^,. tine autrement qu il ne devait, rompre au mawais air que l'on y res- Ceux qui forgèrent le roman de pire. ] C'était « l'un des hommes de l'assemblée de Bourg-Fontaine , " F^n" qui a eu pendant toute sa T , . , ^ , ?.. i A » Vie à la cour, a Pans , et dans les désignèrent par les lettres A. A. ^^ provinces , une réputation mieux l'un des prétendus complices du „ établie * , et plus généralement redessein que l'on suppose qui y .^^^^^^^ ,^^,^^ , ^^^^^^^^ i„,,,ée a-abora
fut pris d introduire le déisme ; âansUs Nouvelles delà Ee'pubUque des LeUres, . 1 •! • A 1„4. avril inoi. et aiii se retrouve, boit dans les edi-
et quand ils virent que ces let- ,V„', dés lV«rfeBa,i.,soi't dans les 0£«.r«
très ne pouvaient pas convenir diverses S^Barle, Oe^Uatieaun, sut Utemo,-
*■ -T gnage de Duliois d'Annemelz , pa;;e et favori du
. , -, ^ duc d'Orléans, peint Arnauld d'Andilli soas de
(a) // est mort au mois defei>rier ibgg. ^-^^^ y.laines couleurs. Le père Bougerel écrivit
(i) Tiré du Me'moire inséré dans le Mer- à ce sujet une lettre à des Maizeaux; il y prend
cure Galant, au mais de décembre iCigS. vigoureusement la défense d'Arnauld. Des M««-
ARNAULD
pour sou-
» il y a plus de cinquante ans , un au- tenir le personnage qu'on fait jouer a
» teur célèbre , qu'il ne rougissait tous les auteurs de la fable de Bourg-
» point des vertus chrétiennes , et ne I^ontaine. Il savait de la religion ce
tirait point de vanité des morales h. qu un homme de grand esprit en peut
Voilà ce qu'on trouve dans le IV* factum des petits-neveux de Janse'nius ( I ). On y trouve aussi ( a ), « qu'a- » vant même qu'il eût quitte' le mon- )• de, et lorsqu'il était à la cour, il a » voulu que tout ce qu'il avait de génie pour les vers ne fût consacré
apprendre par le catéchisme , par les livres de piété, par la conversation avec des personnes fort saintes , en lisant la parole de Dieu et l'entendant prêcher; mais moins il savait ce qu'on en enseigne dans l'école, plus il était incapable déformer des doutes sur la » qu'à la gloire de son Sauveur , et à vérité de nos mystères (7) , parce qu'il » faire goûter les vérités chrétien- s'était accoutumé de bonne heure à » nés ; car il ne s'était point encore captiver son esprit sous l'autorité di-
» retiré, quand il a fait son poè'me » de la vie de Jésus-Christ (3) , et ses » stances sur les plus belles et les plus )> édiûantes vérités de notre reli- » giou
vine , qui nous est manifestée par l'Eglise, et que jamais personne n'a été plus éloigné de chicaner avec Dieu , et de vouloir comprendre par la raison faible et superbe ce que l'on se doit
(B) On a fait voir que l'appli- contenter de croire par une humble
cation qu'on lui faisait des deux A . ^., f
pour le faire membre de l'assemblée de Bourg-Fontaine, était absurde.} Je ne rapporterai pas toutes les raisons qu'on a alléguées pour le montrer , je dirai seulement qu'on a observé, entre autres choses, qu'il était de tous les voyages que le roi Louis XIII faisait toutes les années, avant et après le temps de l'assemblée chimérique de Bourg-Fontaine (4) , pour dompter ceux de ses sujets que leur fausse religion avait engagés dans la révolte (5). Ce lui était une occasion, ajoute-t-on (6), d'avoir plus de zèle pour la religion catholique , par l'aversion que ces sortes de guerres font avoir de Vhcrésie ; mais ce n'était pas
zeaux, frappé des raisons da père Bougerel, envoya sa lettre aux rédacteurs d'un journal , et y joignit un petit billet dans lequel il reconnaît avoir eu tort. Jordan, qui dans son yoragc liUéraire , pag. 120, loue des Maizeaux de s'être retracté, et Joly qui copie Jordan en le citant, n'indiquent ni l'un ni l'autre ou l'on peut trouver la lettre de Bougerel et le billet de des Maizeaux. La Bibliothèque historique de la France ne mentionne pas même ces deux pièces, qui sont imprimées àaosln Bibliothe'que raisonne'e des Ouvrages des Savans , tom. V, pag. 356, et tome VI , pag. 71.
(1) J la page 12.
(2) Page 18,
(3) Forez ci-dessOHs la remarque (C) , citation (g).
(4) Ce temps est Vannée 1621.
(5l IV». Factura des petits-neveux de Jansénius, pag. 18.
(6) Lit même.
(C) Il se retira dans le couvent de Port-Royal.] Continuons à citer le IVe. Factura. « Ce fut à Port-Royal » des Champs qu'il se retira l'an 1644, » où ses neveux, M. le Maître l'avocat, » et un de ses frères, qui était d'épée, » s'étaient retirés ily avait cinq ou six » ans , lorsqu'il n'y avait point encore )) de religieuses. Car ce ne fut qu'en » 1648 , que la maison de Paris obtint » de M. l'archevêque d'envoyer une » partie des religieuses à leur maison ') di's Champs. » C'est à mon lecteur à choisir entre l'auteur de ce factum et M. Richelet (8) , qui ne donne poui' lieu de retraite à M. Arnauld d'Andilli que sa maison de Pompone : je me contente de mettre de front ces deux diverses autorités*, et je rapporte d'autant plus agréablement ce que l'on va lire , que l'on y trouve quelques-unes de ces choses particulières concernant la vie des grands
(7) Ces paroles sont très-notables, et confirment ce que plusieurs soupçonnent , qu'il r^y a guère de gens moins persuadés que ceux qui emploient le plus de temps à disputer et à enseigner dans les écoles.
(8) Voyez le jugement qu'il fait de M. Arnauld d'Audilli a la tête du recueil des Lettres , qu'il a publié, pag. 10 , édition d'Amsterdam en 1694.
* Leclerc dit qu'Arnauld , retiré en 1644 .'1 Port-Royal des Cbamps, y resta jusqu'en 1664 ou environ. Il alla .ilors à sa terre de Pompone oit iiicliclet le vit en 1667. Il se retira dans la suite \ Port-Royal el y Cuit ses jour».
4oo
ARNAULD
(D) // perdit sa femme en 1637f^oici la réflexion de Balzac sur cette perte.'^ Ce qu'il écrivit là-dessus fait beaucoup d'honneur à notre Robert Arnauld , et à sa famille. « La nouvelle » de la mort de madame d'Andilli » m'a touché sensiblement. Je prends » part à tous les bons et'mauvais suc- » ces d'une famille qui doit être chère « à la France , et qui est née pour la » gloire du nom français. Mais je X plains particulièrement notre ami » qui , n'ayant jamais eu de passion ') défendue, perd en sa femme toutes » ses maîtresses et tous ses plaisirs.
» Il est néanmoins si savant en la » doctrine chrétienne, et a tant de » sa vans de sa race à l'entour de lui, M qu'il n'a pas besoin de la philoso- » phiestoïque, ni d'aucun autre se- » cours étranger , pour se défendre )) contre les attaques de la fortune.
)< Tout raisonne , tout prêche , tout 5) persuade , en celte maison , et un » Arnauld vaut une douzaine d'Epic- » tètes (il)."
(i j) Balzac, lellre XIX du II'. livre à Chapelain, datée du 14 d'août 1687, pag. 82.
ARNAULD (Antoine), docteur de Sorbonne , fils d'Antoine Arnauld l'avocat (A) , naquit à Paris le 6 de février 161 2 , le vingtième enfant du mariage de son père avec Catherine Marion. Il fit ses humanités et son cours de agnê , et surtout à cul- philosophie dans le collège de ■bres II lui venait de si (. j ■ ,. ^^ -^ -j commença s, qu il en envoyait tous ,, , ,. ^ , . ' • j •
•^ ,..-'... d étudier la jurisprudence ; mais
il fut bientôt retiré de cette étude , et déterminé à la théologie , par les soins de sa mère secondée par l'abbé deSaint-Cyran.
'tare des arbres, est attestée par Après cette détermination , il se M. Perrault, dans ses Hommes illus- ^^[^ Jj étudier dans le collège de très, à la page i43 de l'édition de Sorbonne (Z/) , et prit le traité de Hollande. - - -—
personnages > desquelles tant de gens sont si curieux. « Arnaud d'Andilli...
}) servit vingt ans le roi et l'état. On J) lui donna pour récompense de ses » services huit mille livres de pension, i) quifurent réduites à six : avec cela, J) il se retira à Porapone , village J) à 7 ou 8 lieues de Paris. Là , s'étant J) détrompé des vanités du monde , }) et menant une vie véritablement 3) chrétienne, il composa plusieurs i) ouvrages. Ses lettres , le poème sur » la vie de Jésus- Christ (9) . • . Josephe, J) de l'IJistoire des Juijs , les œuvres » de sainte Thérèse, et celles de Daj) vila, sont les fruits de sa solitude... 3> La meilleure de ses traductions est J, celle de Josephe (10). Un jour que 3, Richelet l'alla voir à Pompone , 3) qu'il n'y avait pas long-temps qu'elle 5) était publiée , la conversation, en Si suite de quelques discours , tomba 3) sur la manière dont les auteurs 3) travaillaient. Comme il savait que 3) Richelet connaissait particulière- 3) ment le célèbre d'Ablancourt, il lui » demanda combien de fois cet ex- 3) cellent homme retouchait chaque » ouvrage qu'il donnait au public :
3) Six fois, répondit Richelet : Et moi, •j> lui répliqua M. Arnauld, /ai refait V dix fois l'Histoire de Josephe ; j'en 3) ai châtié le style avec soin, et l'ai 3) beaucoup plus coupé que celui de 3) mes autres oeuvres. Arnauld d'An- 3) dilli... dans sa retraite , après 7 ou 3) 8 heures d'étude chaque jour , se 3) divertissait à prendre les plaisirs 3) de la camp 3) tiver ses ar
3) beaux fruit , .
3) les ans à la reine Anne d'Autriche j 3) et cette princesse les trouvait si à 3> son goût , que dans le temps elle ■n demandait qu'on lui en servît. »
Cette application au jardinage, et à philosopher profondément sur la na
(g) Cela est contraire à ce qui a été dit cidessus dans la remarque (A) , citation Ci).
(10) Les critiques y trouvent beaucoup de fautes. Voyez les Sentiment de quelques ihéolosicns de Hollande. J\ii ouï dire que M. le Moyne fut prié par les amis de M. rf'Andilli de marquer les endroits oît il croyait que le traducteur se serait trompé , et qu'il s'en excusa , crainte d'en marquer trop.
la Grâce sous M. l'Escot. Comme il ne trouva point conformes à la doctrine de saint Paul les leçons
(a) Il ne subsiste pins, les nouveaux édi- Jîces de Sorbonne ayant été élevés sur ses ruines.
(t) Van i()33.
ARNAULD. 4oi
de ce professeur de Sorbonne, il (e) ; mais les principaux docteur» voulut étudier cette matière l'ayant fort pressé de penser dedans saint Augustin , et il j^ré- rieitsement à y entrer et lui fera le système de ce docteur de ayant promis que , pourvu qu'il la grâce à celui de M. l'Escot. régentât un cours de philosophie C'est ce qu'il témoigna publique- on ne prendrait point garde à la ment par la tentative (^i^\\ sou— circonstance du temps, il entretint l'an 1636, pour prendre le prit cette affaire , sans s'arrêter degré de bachelier (c). Il employa à l'obstacle qui se présentait à V étude les deux années d^inter- cest qu! étant en sa licence , le i>alle qui se doivent trouver, selon temps dans lequel les statuts les lois de la faculté de Paris , prescrivent que soit fait le cours entre la tentative et la licence ; de philosophie était passé . . . après quoi , il commença les ac- Les deux années de ce pénible tes de sa licence à Pâques de travail étant achevées, il sup— Van i638, et les continua jus- plia la maison de V admettre à qu'au carême de i64o. Il sou- la preuve de son cours , et de détint l'acte de vesperies le 18 de libérer sur l'honneur quil lui décembre 164 1 , et le lendemain demandait <ï être reçu dans cet il prit le bonnet de docteur. Il illustre corps. M. l'Escot trouva avait composé et enseigné publi- là une occasion de se venger. // quement un Cours de philoso- n'avait point appris au cardinal phie durant sa licence (d). A la de Richelieu, sonpénitent, à parfin de ce cours de philosophie , donner , et il avait appris de son qu'il régenta à Paris dans le col- pénitent à ne pardonner pas (f). lége du Mans, il fit soutenir des II empêcha que M. Arnauîd ne thèses oii il témoigna d'une ma- fût admis à la société de Sor— nière fort remarquable sa bonne bonne (C). Il n'eut pas le même foi , sa docilité , son humilité (B). crédit après la mort du cardinal; Il (ut ordonné prêtre aux quatre mais s'il fut contraint de voir temps de septembre de li^^i , et entrer ce jeune docteur dans il célébra sa première messe le cette société , l'an i643, il n'oujourdela Toussaint de la même l>lia pas de travailler à l'en exannée , après une retraite de clure, dès que l'occasion lui en
quarante jours // avait fut offerte. Le livre de la Fré-
commencé sa licence , sans quente Communion publié par avoir eu dessein d'être de la mai- M. Arnauld *, l'an i643, déson de Sorbonne . . . . . Il s'était plut extrêmement aux jésuites. contenté de jouir des droits de Us le réfutèrent, et dans leurs Vhospitnlité qui lui donnaient la
liberté de InfTPr rlnuv In mm\nn J^^^ ^^ ^ "'"*'' ^'^ "^'"'^ '^ ^' d'octobre
iweiie ae loger dans ta maison ^q^^^^^ q^^^^ Araald. p,,p/. , pag-. xx^j.
if) Ufut confesseur du cardinal de Ri-
(ci CeUe Thèse fut de'die'e au clergé de chelieu , et puis évégue de Chartres.
France assemblé alors à Paris. « Leclerc prétend que dans cet ouvrage il
{d) Notez une chose, que l'auteur que je n'y a guère que le style qui soit de M. Ar-
copie ne distingue pas , c'est que M. Arnauld nauld. 11 dit que l'ouvrage est en partie de
ne commença de régenter ce cours de pliilo- l'abbe' de Saint-Gyran, et en partie de M. Le-
gopliie, que la deuxième année de sa li- maislre et de M. de Sacy, son frère : mais
t^ence. ce fut Arnauld qui le publia.