TOME II
4o2 ARNAULD.
sermons, et clans des ouvrages cette paix : il alla faire la révéimpriraçs , comme rempli d'une rence au roi et au nonce , et patrès-pernicieuse doctrine. Les rut autant qu'il voulut en pudisputes sur la grâce, qui s'é- blic , jusqu'à ce qu'en 167g, il chauffèrent en ce temps-là dans se retira volontairement hors du l'université de Paris , ne servirent royaume , parce qu'il sut que ses qu'à fomenter l'animosité réci- ennemis le rendaient suspect au proque des jésuites et de M. Ar- roi {h). On ne doute point qu'il nauld. Ce docteur soutint le n'ait vécu depuis ce temps-là parti de Jansénius par des écrits dans le Pays-Bas, mais il ne s'est d'ime grande force , soit en ré- jamais fait connaître qu'à un pefutant les trois sermons de M. Ha- tit nombre d'amis aflidés. On bert et l'apologie que le prédica- l'inquiéta à Liège , l'an 1 690 (F). teurenfit, soit en réfutant M. le La réflexion qui a été faite sur Moine , professeur de Sorbonne cette entreprise est digne de l'at- (o-), et quelques autres. On ne tention de ceux qui gouvernent trouva lieu de le censurer juri- (i). Il a continué ses exploits de diquement , que loi'squ'il eut plume contre les jésuites avec pviblié deux /e«re,y sur une aven- une grande force jusqu'à sa ture du duc de Liancour , grand mort. Il continua aussi pendant ami dePort-lloyal (D). On trou- quelque temps à écrire contre va , dans la seconde de ces let- ceux de la religion ; mais un mitres , deux propositions que la nistre , le plus exposé à ses attafaculté de théologie condamna ques, employa en \683 un stral'an ï656. M. Arnauld fut en tagème qui fit cesser ses irrupmême temps déclaré exclus de la tions sur le parti protestant. Je faculté. Il y eut bien des irré- parle de l'auteur de I'Esprit de gularités dans les procédures (E). M. Arnauld (G). Nous pourrions Il y avait déjà plusieurs années donner une longue liste des fausqu'il ne se montrait jjoint; car, setés de fait qui regardent ce depuis qu'à l'occasion des trou- docteur, mais nous nous contenbles de la fréquente communion terons d'en rajjporter quelquesil se vit cité à Rome, et que ce unes. On l'a fait huguenot (k) ; ne fut qu'à force de remontran- on l'a mis de l'assemblée de ces que l'on fit révoquer à la Bourg-Fontaine (H) : on l'a fait reine mère les ordres qu'elle lui aller au sabbat {1); on l'a envoyé avait donnés de partir incessam- commander les troupes vaudoiment , il demeura ou caché en ses (K) ; on lui a donné la charge divers lieux , ou comme solitaire
àPort-Rojal des Champs. Cette vie de retraite dura près de vingt-cinq années , jusqu'à la paix du jansénisme conclue l'an 1668.
M. Arnauld fut compris dans
(g) Cette réfutalion a pour titre. Apologie pour les saints pères de l'église, défenseurs de 1,1 (irâce de Jésus-Christ.
(//) Tiré, ou d'un lii're imprimeTan 1690 , sous le titre de Question curieuse si M. Arnauld, docteur de Soibonne, est liéréfique, ou d'un livre qui est une seconde édition de celui-là bien augmenté , et publié l'an 1695, sous le titre c/'Hisloire abrégée de la vie et des ouvrages de M. Arnauld. Voyez aussi la préface du Causa Arnaldina.
(1) Voyez la remari/uc (A) de l'article de (Jacques Le Kossu ).
(A) V oyez la remarque (D) de l'article d'Àaloiae Arnauld l'avocat-
AÎINAULD. 4o3 d'écuyer du Goliath Pierre Ju- Son agonie fut douce , tranquille, rieu (L) ; on a dit qu'il avait été courte. Il eut d'autre côté aubanni de France (M), et qu'il tant de force d'esprit , et de méavait fait l'Apologie pour les ca- moire , et de plume , la dernière tholiques , afin de recouvrer ses année de sa vie , qu'à l'àee de bénéfices (N) ; on lui a imputé quarante ou de cinquante ans, plusieurs livres qu'il n'avait Ce sont deux bonheurs qui arripoint composés (Oj : j'en mar- vent à peu de personnes de letquerai quelques-uns , et je ne très. Il avait écrit peu de mois doute pas que l'on n'en puisse in- avant sa mort quatre lellres condiquer bien d'autres. On a impu- tre le père Mallebranche (m) , té son silence à une fausse rai- et une lettre à M. du Bois , son son (P) ; on lui a donné des lu- ancien ami , toute remplie de nettes, et un valet infidèle (Q). réflexions sur V éloquence des Les principaux livres qu'il a faits prédicateurs {n). Le public a vu depuis sa sortie-de France con- ces derniers ouvrages , et n'y a cernent le système de la nature trouvé aucune marque d'un es— et de la grâce du père Malle- prit diminué. M. du Bois ne branche , le péché philosophi- survécut guère ni à sa récepque , la morale pratique des je- tion à l'académie française , ni suites *, et quelques proposi- à la lecture des Réflexions *', où tions de M. Steyaert. Il s'est il avait pu apprendre qu'il n'abattu vigoureusement contre le vait rien entendu dans la docpère Simon dans ce dernier li- trine de saint Augustin touchant vre, soit pour le Nouveau Testa- l'éloquence de la chaire (o). Je ment de Mons , soit touchant ne sais si le public verra jamais l'inspiration des auteurs sacrés ce que M. Arnauld écrivit enviet les versions de l'Ecriture en ron le même temps *^ en faveur langue vulgaire (R) , soit en fa- de M. Despréaux (T) , mais je ne veur des attestations des Grecs doute point que cette lettre ne (S) , etc. soit admirable. Il y a un autre II mourut la nuit du 8 au g bonheur à considérer dans sa d'août 1694 , âgé de quatre- vie , et qui surpasse ceux que j'ai vingt-deux ans , six mois et deux
Tl ij • 1 J 1.A [m) Voyez /e Journal des Savans , rf« 28
jours. Il reçut du ciel dans cette y„>„ ieg/j^^A les sultans.
grande vieillesse deux faveurs (n) Histoire abrégée de M. Arnauld , ^^a»-.
insignes et tout-à-fait rares ; ^^i To„u av ni,
P, 1 1- 1 -1 Leclerc dit que Dubois mourut avant car la maladie dont il mourut que le manuscrit d'Arnauld fût arrivé à Pane dura qu'une semaine , plus ou ^'^; ,-,,.,
^ ,, * , ^ 1 (o) Ce çuil avait dit sur cela se trouve
moms , et ne 1 empêcha pas de dans la préface de sa traduction française
dire la messe ou de l'entendre ^'' 7"«''/"'-'*" Sermons de saint Augustin.
^i j„ „. -, , , . . , ^oj-f2 /e Journal des Savansc/u 7 /«l'n i6q4.
et de rcciter son bréviaire a peu « j„iy reproche à Bayie d'avoir dit que
près aux heures ordinaires (/). cette lettre était adressée à Despréaux, tandis qu'elle l'était à Perrault en faveur de
* Comme le remarque Leclerc , Bayle lui- Despréaux. Bayle, qui ne dit pas à qui elle
même a transcritdans sa remarque 1,0), n». Il, est adressée, n'a pas pu se tromper d'adresse,
vm passage où Arnauld désavoue cet ou- comme le prétend Joly; et, de plus, il in-
^''^S^- . . , , , dique, ce qui était suffisant, en fareiir de
(/> Histoire abrége'e de M. Arnauld, ^. 279- qui élait cette lettre,
4o4 ARNAULD.
marqués , c'est qu'il fut toujours enterré, et c'est l'une des con-
exact dans la pratique des exer- formités que ses amis ont mar-
cices de piété que son sacerdoce quées entre son destin et celui
exigeait de lui; et ce qui est en- de Moïse (q^. Il souhaita qu'on
core plus difficile , c'est que , portât son cœur à Port-Royal (r).
même dans sa jeunesse il s'éloi- Cela fut exécuté ; mais les vers
gna des plaisirs des sens; et que de M. Santeuil sur ce sujet exci-
la pureté de ses mœurs ne se dé- tërent une guerre fort violente
mentit jamais {p ). On n'a point vu que ses adversaires lui aient donné des atteintes par cet endroit-là , quoiqu'à l'égard de l'orthodoxie, ils aient tâché de le diffamer à toute outrance. Si la lecture des mauvais livres produisait dans le cœur des jeunes gens les mêmes effets qu'en lui , il serait bon de la conseiller (V).
Les protestations qu'il a faites de son attachement à la vraie foi , et de son zèle pour Dieu ,
(AA) , et qui a bien diverti plusieurs personnes. On cria beaucoup contre les jésuites , sur ce qu'ils obtinrent que M. Perrault fût obligé à supprimer le feuillet qu'il avait destiné à M. Arnauld dans son Recueil des portraits et des éloges des hommes illustres de la nation française (BB). Je n'oublierai pas l'estime que ce docteur de Sorbonne mérita auprès de M. Descartes (CC). J'ai ouï dire à des gens qui avaient
pax-aissent en divers endroits de été admis à sa familiarité , que
ses livres, et surtout dans le Ze,î- c'était un homme fort simple
tament spirituel (X) qu'il fit le dans ses manières , et qu'à moins
i6 de septembre 1679 , oii il qu'on lui proposât quelque ques-
prend Dieu à témoin des dispositions avec lesquelles il s'est engagé à faire tels et tels livres. On a reconnu enfin à la cour de Rome ce qu'il valait (Y), et il n'a tenu qu'à lui d'être cardinal. Il n'est pas besoin de dire qu'il combattit de toute sa force les relâchen^ens de la morale , et
tion , ou qu'on lui demandât quelque instruction , il ne disait rien qui fût au-dessus des conversations communes (DD) , et qui put faire conjecturer qu'il était habile; mais dès qu'il s'agissait de répondre à ceux qui le voulaient mettre sur quelque matière de science , on le voyait qu'il fut toujours un docteur et comme transformé en un autre un directeur d'austérité. On homme , on l'entendait débiter
trouve qu'il s'écarta un peu de la voie étroite, dans l'affaire qui donna lieu à un factum de M. Des- Lyons (Z). Notez qu'on ignore le nom du lieu oii il mourut :
on croit que ce fut dans un vil-
cent belles choses avec beaucoup de clarté et beaucoup d'érudition , et l'on trouvait qu'il avait un don tout particulier de se rendre intelligible aux esprits les inoins pénétrans. Je crois que
lage du pays de Liège. On sait j'insérerai dans quelque endroit encore moins le lieu oii il a été
(ç) Voyez /'Histoiie abrégée de sa vie , (p) Prœfat. Causae Arnald. , pag. ix, pag- 3o3. Voyez austi l'Histoire abrégée de sa rie, (r) Perrault, Hommes Illustres, pag. paf. a6. 57.
ARNAULD. 4o5
de mon ouvrage (s) une lettre du Calvinisme de M. Maimbourg, a que l'on supposa que le roi lui Çru.que la haine de M. Arnauld pour
écrivit l'an 1678. Au reste, ceux L^' Vnf.?'*''' ""^^'^'r ^'^^^f. ' ' "on- VOICI ses paroles (4j '• -^^ ^ f"
qui furent cause qu'il prit la résolution de s'exiler volontairement y oat plus perdu que gagné; car il n'eût rien écrit contre eux dans Paris : il eût obsei'vé
autrefois comparé a Annibal trop opiniâtrement persécuté par les Romains (5j : je ne sais si je ne pourrais pas le comparer au même yînnibal promettant à son père dès ses plus tendres années , qu'aussiiot (pûil
en cela les conditions de la paix ; serait en âge de porter les armes , il
au lieu que, se voyant hors du ferait la guerre a ces mortels ennemis
•1 ui- ' c ^ de sa patrie. On suit que M. Arnauld
royaume, il a publie un fort est fils de ce célèbre luoine Arnauld,
grand nombre d écrits , qui ont m'ocat au parlement de Paris , qui
fait beaucoup de tort aux jésui— plaida si éloquemment pour iuniuer-
tes it). On prétend même qu'il *"^' contre les jésuites , l'an \5<^\ , et
est devenu l'apôtre du jansénisme en Hollande (EE).
{s) Voyez la remarque (A) de l'article Ypres. [C'ait à la lettre I, comme si l'on écrivait Ipiies , qu'il faut chercher cet article]
(t) foyex /'Histoire abrégée de sa vie , ?««•• «79-
(A) // est fils d'Antoine Arnauld tauocat.^ Cette filiation est sans doute l'origine de la grande haine des je'suites pour M. Arnauld , et de M. Arnauld pour les jésuites. L'auteur de la Question curieuse (1) ne m'en de'savouera pas tout- à -fait, puisqu'il parie ainsi (2) : M. Arnauld i^int au monde le 6 de février l'an 161 2 , et eut pour père M. Antoine Arnauld, si célèbre dans le barreau , et connu dans l'histoire des jésuites par le fameux plaidoyer qu'il fit contre eux pour l'unii'ersité de Paris, en iSg^...
Par la raison que je uiens de dire , M. Arnauld naquit avec un second péché originel , que nul sacrement ne pjut effacer, et le crime du plaidoyer ayant rendu le père cahiniste et ministre de l'Antéchrist dans l'esprit des jésuites (3) , quoique toujours bon catholique et bon chrétien partout ailleurs , le fils ne poui^ail manquer de naître à leur égard enfant de colère, et d'être hérétique, et pis encore, ai'ant que d'être chrétien. L'un des protestans qui ont e'crit contre l'Histoire
(1) Voyez dans le texte de cet article , citation (h), quel livre c^esl.
(3) Voyez la remarque (D) de l'arlicle ti'Antoine Arnauld l'avocal.
qui n'oublia rien pour persuader aux juges, qu'il ne fallait point les souffrir dans le royaume. Cette action le rendit odieux à toute la société , autant ou plus que la société ne lui était odieuse. Il est fort apparent quil inspira à ses fils les sentimens qu'il aidait pour les jésuites ; au moins, est-il bien certain qu'en cela ils n'ont point dégénéré de la wertu de leur père.
(B) Ilfit soutenir des thèses , ou il témoigna d''une manière fort remarquable sa bonne foi , sa docilité, son humilité.] a A la iin du cours de » philosophie, qu'il re'genta au col- » lége du Mans dans l'université' de » Paris , il fit soutenir des thèses à » plusieurs de ses écoliers : entre » lesquels étaient le sieur Barbey, de- )i puis célèbre professeur de philo- » Sophie dans la même université, » et M. Wallon de Beaupuis, ecclé- » siastique de Beauvais , d'une grande » piété, qui vit encore, et qui a » laissé ce fait par écrit. Ce dernier » soutenant ses thèses le a5 juillet j> 1641, M. de la Barde , savant prêtre » de l'Oratoire , alors chanoine de » l'église cathédrale de Paris , y dis- » pusta , et poussa si vigoureusement » son argument , que le professeur « fut obligé de venir au secours de
(4) ÎVouvelles Lettres sur le Calvinisme de Mairub. , pag. ii5.
(5) C'est dans la V'. Lettre de la Critique générnle, pag. 9S. Quand je me figure ce gran l bomme reluit à la dure nécessité de se tacher , je songe au fameux Annibal, et aux dernières paroles que les injustes persécutions des Homains lui arrachèrent ; Liberemus diuturnd cura popiiluin Eomanum, quandb inorteni seni< expectc.re longum eenseal. Tite-Live, iib. XXXIX.
ARNAULD
« l'ecoliei'. Mais il fut lui- même si 5) vivement presse' par l'illustre disî» putant , qu'il vit bien qu'il n'y » avait pas de bonne réponse à lui » donner. Il ne lui aurait pas été dif- 3> ficile de se tirer d'affaire par une i> distinction telle quelle , comme » font souvent les professeurs 5 mais w cela ne s'accommodait pas avec sa )) sincérité et son amour pour la vérité. V II lui dit donc publiquement et » sans façon , qu'il croyait qu'il avait 5) raison , que son sentiment lui paj) raissait le plus véritable, et qu'il 3) le suivrait lui - même à l'avenir. Il » n'y manqua pas 5 car environ trois M ans après, son même disciple ayant i> à soutenir enSorbonne sa tentative » pour le baccalauréat, il pria M. Ar- 3> nauld de lui composer ses thèses.
3) Il le lit, et y mit l'opinion contraire 3) à celle de ses thèses de philoso- 3) phie (6). 3) Il manque dans ce narré une partie essentielle ; on n'y dit point quelle est l'opinion que M. Arnauld avait soutenue, et dont il connut la fausseté par les fortes objections de l'opposant. Suppléons ce!a , et disons que la thèse que M. de la Barde attaqua était celle-ci. JSns synonimè cotwenit Deo et Creaturœ (7). L'auteur du narré juge bien des choses , quand il dit que cette action de M. Arnauld était grande devant Dieu, et rare devant les hommes , et que ce qui rient d'une grande droiture de cœur , d'un amour constant et uni- J'ornie de la uériié , d'une grandeur d'âme qui est au-dessus du désir de vaincre et de la crainte d'affaiblir sa
réputation est toujours grand (8) :
mais il me semble qu'il tiaite avec un peu îi'op do mépris les solutions que l'on peut donner aux argiimens de ceux qui soutiennent que l'idée de l'être ne convient pas univoquement à Dieu et aux créatures. J'ai autrefois examiné cette dispute, qui est fort célèbre dans les écoles , et il me parut que ceuxqui nient Tunivocalion de l'être ont pour eux la foule, le grand nombre (9) , mais non pas les
(6) Hi.sloire abrégée de 3T. ArnauH , png. 46.
(7) Prcejal. Causa; Aniiililina;, jag. xviij.
(8) Histoire abrégée de M. Arnauld, pag. 47-
(g) Sed illos
Pcfenflit numeius , junctirquc vmhone pha-
. langes.
Juvenal, , Sat. II , vs. ^5.
plus solides raisons j c'est pourquoi je choisis le sentiment qu'ils combattent. Je l'ai soutenu souvent dans des disputes publiques , et n'ai jamais éprouvé qu'on me proposât aucune objection embarrassante. Ce n'est pas que l'on ne sautât d'abord à l'objection , que Dieu est Vêlre par excellence , l'élre nécessaire, infini, souverainement parj'ail , au lieu que celui des créatures n'est que précaire. Je ne trouvais aucune force dans cette objection ; car les élémens de la doctrine des universaux nous instruisent, que les idées du genre se séparent entièrement des propriétés spécifiques par la précision de notre esprit. Mais si j'avais su que M. Arnauld, ayant soutenu cette opinion , avait été déterminé par le choc de la dispute à y renoncer , j'aurais soupçonné qu'il y avait là certaines difiicultés que je n'avais rencontrées dans aucun des scolastiques espagnols c|ue j'avais examinés. Souvenons-nous qu'on remarque qu'il ne f\if point nécessité à changer de sentiment. Cela porte à croire qu'il ne trouva point insoutenable son premier dogme; mais seulement , que l'analogie de l'être lui parut une meilleure doctrine que l'iinivocation. Erudito discipulo sub yalidissimorum argumcntorunujue mole J'aliscente (10) , suppelias uenit magister, diiique conjlictatus , non cedendi necessitate coactus , sed ueritate et t'eritatis amore rictus , rictum se ultra piofessus est, et a senlentid suâ discessurum publiée spnpondit. Promissis stetit, etc. (11).
(C) M. FEscot empêcha que M. Arnauld ne fut admis à la société de Sorbonne.2 11 n'y eut que deux docteurs qui ne furent pas favorables à la requête de M. Arnauld. Ils alléguaient contre le sentiment des autres la loi et la coutume , qui roulaient que le cours eût été fait ai-ant la licence : et sur ce différent , qui derail être décidé a la pluralité des roix, ils furent d'aris qu'il en j allait rendre juge le cardinal de Richelieu , proristur de Sorbonne , ce qui était contre les lois et contre la liberté de la niai-
(10) Notez qii'en France, ceux qui pre'sidenl h une dispute ne prennent la parole que lors que leur écolier est il haut. En d'autres pays, ils parlent presque toujours , et ii peine lui donnent-ils In loisir de répéter l'argument.
(11) Prœfat. Causx Arnaldiua;, pag. xix.
ARNAULD
son ! mais c'eût été un crime alors de lettre , M. Arnauld se crut obligé de refuser un tel juge. On lui députa réfuter les faussetés et les calomnies donc M. Hardlviliers archevêque de dont ils étaient remplis , en faisant Bourges , et M. Hubert théologal de imprimer une seconde lettre , qui rél'église de Paris ('■*)■ Le caidi- pond a neuf de ces écrits {iS).
nal ne jugea pas à propos que la com- (E) Il fut exclus de la faculté. Il y pagnie fît rien contre ses lois et ses eut bien des irrégularités dans les procoutumes. Mais c'était moins le zèle cédures. ] « On nomma pour commis-
de l'ordre et du règlement qui lefai sait agir et parler aimi , que la connaissance qu'il allait de V étroite union qui était entre M. Arnauld et M. de St.- Cyran , le dépit de ce ministre de
» saires ( à JM. Arnauld) ses plus dë- » clares ennemis , contre qui il avait » e'crit sur ces matières, et qui étaient » connus de tout le monde pour les » plus ardens à sa perte , et tout ce
ce que M, Arnauld n'aidait point re- » qu'il put faire représenter sur cela
cherché sa protection durant sa licence, » ne lui servit de rien (16). Tous les
et enfin le crédit qu'avait M. l'Escot » docteurs de la communauté de
sur l'esprit du cardinal, son pénitent. » Saint-Sulpice, continue-t-on, contre
Car ce docteur était l'un des deux » qui la lettre de M. Arnauld était
opposons , et avait pris , comme j'ai » écrite, eurent la durefë et l'injustice
remarqué, un grand éloignement de » de demeurer ses juges , nonobstant
M. Arnauld, par un esprit de jalou- » sa récusation , au lieu qu'il ne leur
sie et de vengeance. Il était assuré- w fallait qu'un peu d'honneur , pour
ment plus glorieux à M. Arnauld » les porter à se récuser eux-mêmes ,
d'être exclus de la société de cettema- » comme font les honnêtes gens dans
nière , que d'y être reçu comme la » les tribunaux même laïques (17). »
plupart des autres. Il y fut néanmoins On verra plusieurs autres irrégularités,
reçu après la mort du cardinal, la innovations , contraventions à l'ordre
Sorbonne ayant recouvré alors sa li- toujours observé en ces rencontres , et
berté , aussi-bien que beaucoup d'au- violemens même de l'équité naturelle ,
très (i3). M. l'Escot « s'en dëdomma- si on lit l'acte de protestation que M.
V gea dans la suite, en le faisant Arnauld fit signer à la faculté (18). J) exclure, et de la maison de Sor- L'ouvrage qui a été publié à Liège
» bonne , et de la faculté, par la l'an 1699, sous le titre de Causa Ar-
» censure de i656, dont il fut le naldina, peut servir d'instrnclion
» promoteur, avec M. le Moine, suc- complète touchant cette procédure
» cesseur de sa chaire et de ses des théologiens de Paris , et louciiant
» sentimens (i4)» le fonds du dogme qu'ils censurèrent.
(D) // publia deux lettres sur une On a recueilli dans cet ouvrage plu-
aventure du duc de Liancour , grand sieurs écrits que M. Arnauld et ses
ami de Port-Royal.^ Ce duc faisait partisans firent imprimer en ce temps-
élever sa petite-Glle à Port-Royal, et là, pour soutenir la justice de sa
avait chez lui M. l'abbé de Courzeys. cause.
Il se présenta en 1 655, pour la confes- (F) On l'inquiéta a Liège, l'an sion , à un prêtre de St.-Sulpicc sa 1690. ] Six supérieurs s'assemblèrent
paroisse , qui lui déclara qu'il ne lui pour exploiter canoniqnement contre
pouvait donner l'absolution, a moins lui. Ce furent le garclien dos rccol-
qu'il ne lui promît de rompre tout lets , le gardien des cordeliers , le
commerce avec ces messieurs- , de re- sous-prieur-vicaire des augustins , le
tirer sa pelile-ftlle de Port-Royal , et recteur des jésuites , le vicaire des
de congédier de chez lui cet abbé
Cette affaire ayant fait grand bruit dans Paris et par toute la France, jyi. Arnauld fut prié défaire imprimer une lettre pour la justification de ce seigneur Un grand nombre d'écrits ayant été publiés contre celle
Îia) Histoire abrégée de M. Arnauld, ;><7^. 5o. lî) L'a même , pag. 5i , Sa.
(i4) Là même, pag. 33.
(i5) Question curieuse , pag. 58 et Sg.
(16) L'a même , pag. 6g, 70.
(1-) Ce lerma fera rire bien des gens, qui ne croient pas que l'es tribunaux civils puissent être comparés aux fcclêsiastiques , que comme le bon au moins bon.
(18) Il en a la page 71 de /a Qnestion curieuse, forez dans les Nouvelles de la République des Lettres, mois de Juin 1686, art. HT. ce que M. de Launui jugeait de celle censura sorbonique.
ARNAULD
carmes déchaussés , et le prieur des jacobins. Ils rappelèrent un certain Arnold ; mais , ne leur en déplaise , cela ne fait point d'honneur à leurs communautés : il y a là , ou une
M. Arnauld partout où il le trouverait dans le diocèse (21) ; mais il traite cela d'une insigne fausseté (m).
(G) Je parle de fauteur de /'Esprit DE M. Arnauld.] Il y aurait cent cho-
ignoranoe impardonnable à des gens ses à rapporter touchant cet ouvrage ;
de lettres, ou une aflectation d'airs dédai{<npnx, qui ne sied pas bien à des personnes consacrées au service divin, el <|ui décrètent pour la foi. Il n'y a point d'homme de It-ttres qui puisse dire , sans s'exposer à la risée des savans , un certain Scaliger , un certain Sirmond , un certain Pétau, un certain Saumaise, un certain Grotius , un certain Seldeniis et (s'il s'agit du docteur de Sorbonne ) un certain Arnauld. Les disputes où ce
mais comme on aura apparemment d'autres occasions d'en parler, on se bornera ici à un petit nombre d'observations. L'auteur de ce livre avait publié un écrit qui eut beaucoup de succès. Ceux qui eurent soin de l'impression à la Haye , l'intitulèrent la Politique du clergé de France. Ce sont des dialogues où il y a beaucoup d'agrémens et de politesse , mais peu de solidité de raisonnement, et trèspeu de circonspection dans le débit
certain i\rtiauiu. uca .j.ojj...v.., v^... — peu ae ciicuiispci^nun uau.i iv. ui dernier s'est vu engagé ont fait tant jg plusieurs faits notoirement fa
de bruit, et sont remarquables par tant de grands exploits de part et d'autre , que tout homme d'étude qui se verrait soupçonné de les ignorer, aurait sujet d'opposer à ces soupçons injurieux ces quatre vers de Virgile :
Quis genus jt^neadum, ijuis Trojœ nesciat
urbem, yirtutetque, virosque, aut lanli incendia
belh?
Non oblusa adeb geslamus pectora Pœni, JSec tam advenus equOi Tjiid sol jungit ab
uvbe (19).
Quoi qu'il en soit , je ne saurais m'empêcher de mettre ici le décret des six réguliers de Liège (20) : la latinité en est si exquise , qu'elle pourra délasser un peu mon lecteur. Nos infr'a scripti superioies conventuales regularium in cii^itate Leodiensi, certiorati de conventiculis , quœ habentur apud CERTUM Arnoldtjm doctrinam suspectant spargentem , censemus D. f^icariuni chaiilatii'è cerliorandwn, ut similia confenticula dissipare , et prohibere non dedignetur etiam cum dicto Arnoldo com^ersaliones. Dalum in conv^entu minorurn hâc aS Augusti 1690. Ad qnem effectum commisimus K. P. M. Ludouicum Lamet , priorem doniinicanorwn . ad noniine nostro
M. Arnauld réfuta ce livre (■23) avec un peu trop de hauteur , et d'une manière d'autant plus désobhgeante , qu'il convainquait manifestement son adversaire d'avoir très-mal raisonne, et d'avoir avancé plusieurs faussetés.
Il entama un autre ouvrage du même auteur (24) j il ht paraître qu'il avait envie de répliquer à l'Apologie de la morale des réformés au sujet de l'inadmissibilité de la grâce; en un mot, l'auteur de la Politique du clergé prévit très-bien quïl allait avoir en la personne de M. Arnauld un adversaire qui ne lui laisserait aucun repos, et qui ne lui passerait aucune contradiction , aucun faux raisonnement, ni aucune fausseté de fait. Cela n'accommodait nullement un homme qui voulait publier beaucoup de livres, et qui ne se donnait guère la peine de revoir ce qu'il avait une fois écrit. Il s'abandonnait à son feu et à son imagination , et c'était une source iuépuisable de fausse logique, et de contradictions grossières. Il chercha donc les moyens de n'avoir plus M. Arnauld à ses trousses , et rien ne lui parut plus propre pour cela que de l'attaquer personnellement, je veux