‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 84 sur 113 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

(Q) On lui a donné des lunettes et un ualet injidèle.] Les écrits publiés sur le commerce de lettres d'un faux Arnauld avec un professeur de Douai, contiennent des choses qui pourraient convenir à cet ouvrage; néanmoins je ne rapporterai «jiie la manière dont M. Arnauld réfute la plainte qu'on lui a imputée d'avoir été ^olé par son valet, et d'avoir de la peine à cause de son grand âge à lire le petit caractère. Comment , dit-il (78) , me pQurrais-je plaindre d'un ualel qui m'aurait uolé et trahi , moi qui n'en ai jamais eu que de très- fidèles , et qui n'en ai eu aucun depuis douze ans que je suis sorti de Paris ? Dans une note sur la lettre de M. de Ligni , il y a, que jamais M. Arnauld ne s'est seT\>i de lunettes , et qu'il ne laisse pas de lire la plus petite lettre aussi bien que la grosse (79). Voilà deux petites singularités , qui méritaient d'être communiquées aux curieux de l'histoire des Hommes illustres. Pour l'intrigue du faux Arnauld, c'est une des plus fines comédies qui ait été jamais jouée : le succès en a été aussi grand que les auteurs le pouvaient attendre. Il n'y a peut-être point d'exemple de mortalité , qui ait enlevé en si peu de temps plus de professeurs à une académie , que cette aflaire en a enlevé à l'université de Douai; et jamais décharge n'éclaircit si bien les rangs ; c'est de quoi se souvenir de cette parole du.

psalraiste , et renoi^abis J'aciem terrce. (R) // s'est battu i^igoureusement contre le père Simon , soit touchant l'inspiration des auteurs sacrés , et les versions de l' l'écriture.... ^ On a vu ci-

censurées par les facultéesde théologie de Louvain et de Douai. Ce sont des propositions qui paraissent limiter ou modifier l'inspiration de l'Écriture.

(7';) Morale pratique, lom. III, pag. 266,

(-j8) Première plainte , pag. g-

(ijg) Imperialis rapporte que François Piccolomtiii , mort àVdge de quatre-vingt-quatre ans, ne s'e'tait jamais servi de lunettes. Le \ale?ian8, pag. 3 , nous apprend qu'Hadrien de Valois, k plus de quatre-vingts aos, écrivait et lisait les caractères les plus menus , sans secours d* iuneties.

(Soi Unpeuttianlla «ilalicntg), t. /'''., p. ai3.

dessus, dans l'article du père Adam (80) , deux propositions des jésuites

M. Simon a pris là-dessus parti contre les censeurs (81) , et a été réfute par M. Arnauld, depuis la page ii3 jusqu'à la page 236 de la Vl^ partie des Difficultés proposées à M. Steyaert. Il s'est déi'endu dans ses Nouvelles 01)servations sur le texte et sur les versions du Nouveau Testament (82) , depuis la page 33 jusqu'à la 91. On peut apprendre bien des choses en comparant exactement les raisons de 1 un avec les raisons de l'autre. Ckacun sait que M. Arnauld est cehii de tous les écrivains catholiques qui a soutenu le plus doctement et le plus solidement l'utilité des versions de 1 Ecriture. Le qu'il a dit à l'égard du droit sur cette matière , est aîîmirable : ce qu'il en a dit à l'égard du fait, c'est-a-dire , pour montrer que , selon l'esprit de rÉolise , les laïques n'ont jamais cte exclus de la lecture de la parole de Dieu en langue vulgaire, est beau et curieux ; mais , si vous lisez attentivement les réponses de M. Simon (83), vous ne saurez que penser touchant l'esprit de l'Église quant à cela. Les sentimens desdocteurs, les jugemens des académies, lesmandemens des prélats, les actes publics , en un mot , allégués de part et d'autre , forment une^ si étrange variété , et surtout lorsqu'on examine les motifs et les principes étalés par ceux qui blâment , et par ceux qui louent la lecture des versions, qu'il résulte de tout cela, que , selon l'esprit de l'Église, il doit être défendu et permis au peuple de lire l'Ecriture Sainte. Il n'y a guère de faits qu'on puisse réduire plus aisément au pyrrhonisme historique, que cette demande-ci : L'Église a-t-elle désapprouvé , ou approuvé, quel Ecriture f dilue par les laïques en langue wulgaire ? Quelle pitié qu'on ne puisse rien établir de ferme sur une telle question, ni à l'égard de la négative , ni à l'égard de l'affirmative! Un corps, qui se vante de l'infaillibilité, ne devrait-il pas êtreplusuniformedans ses procédures?

M. Arnauld, avec les torrens de sou éloquence et de son savoir , entraînerait une infinité de lecteurs à dire

(81) Voyez le! chap. XXI ÎI H XXIV de son Histoire critique <lii Nouveau Testament.

(8a) Imprimées a Paris, Van iCijS, in-!^'.

(83) Dans les Noiivellci Observatians sur le texte «I les versions du Nouveau Testament, depuis la page ffiS jusqu'à la page 584.

que l'on a calomnié l'église romaine , quand on lui a reproché mille et mille fois qu'elle interdit aux laïques la lecture de la parole de Dieii ; il les entraînerait, dis-je, à croire cela, si M. Simon n'opposait des digues à ces torrens. Voilà compjcnt , dans les mêmes communions, un docteur défait le travail de l'autre : l'ennemi commun en profite , et a lieu de s'écrier,

Stepè, preinenle Dec , ferl Deus aller opem.

(S).... soit en faveur des attestations des Grecs.'] J'ai dit ci-dessus (84), que les protestans les ont méprisées , comme des choses que l'on avait facilement obtenues de cette nation vénale. [ Emendicatis undique per legatos regios , consules , missionarios , Grœculorum hdc de re testintoniis , à quibusnihilnonpretioexlorqueas (85).

« M. Arnauld produisit plusieurs atj) testations de prêtres grecs , pour » montrer qu'ils étaient là-dessusdans » les hypothèses des catholiques ro- » mains ; mais il est vrai aussi qu'on « en obtint la plupart à force d'ar- )) gent. M. Wheler assure , dans ses » Voyages de Grèce, qu'il a parlé à » plusieur papas t|ue M. de Nointel, » neveu de M. Arnauld, a tâché de » corrompre de cette manière (86). »

Voilà deux témoins du fait que j'ai avancé. Notez que M. de Nointel n'est pas neveu de M. Arnauld. On le dit là apparemment pour avoir lu dans la réponse de M. Claude (87) que M. de Pompone , neveu de M. Arnauld , et ambassadeur alors en Suède , lui avait procuré des matériaux ] (88). Quoi qu'il en soit , M. Simon a soutenu qu'il y a même des catholiques qui ne s'en rapportent pas tout-'a-fait à ce grand nombre d'attestations (89) 5 et il rapporte les fondemens de leurs doutes. M. Arnauld

(84) Dans la remarque (O), num. I, immédialemenl après la citation (56).

(85) .Spanlieni. Slriclur. ia Expositionem Episcopi Condom.

(86) Bibliotliéque Universelle , tom. XI ,

ve- 445- , . , ,,,

(8n) ClDiMe , Réponse à la Perpétuité defcnaue \ lii'- ly , thap. III , pag. 5g-].

(88) N'Uez que ce qui est ici entre deux crochets était en marge de la remarque (M) , citalion (aj , dans la première édition. C'est dans celle-ci , remarque (O) , citation (5C).

(89) dans son Histoire Critique de 1» Créance du Levant.

etanline tout cela avec une extrême ferveur , et donne un précis de ce qu'il avaitréponduà M. Spanheim dans l'Apologie pour les catholiques (90}.

(T) Je ne sais si le public uerra

jamais ce que M. Arnauld écrivit

enfat'eur de M. Despréaux (*). ] La critique de la X®. Satire de M. Des-

f)réaux (91) étant tombée * entre es mains de M. Arnauld, lui fit naître la pensée d'écrire une dissertation en forme de lettre , oit il prit la défense de la satire avec cette vigueur d'esprit et de style qui ne l'a jamais quitté : le parti des anciens en fut glorieux, et cela a i^alu à M. Arnauld ces beaux uers de M. Dcspréaux , où il préfère a tous ses avantages , même à celui d'élre historien du roi , l'apologie que ce doc leur a faite de sa satire.... Les jansénistes rigides , ou les rigoristes ne furent pas conlens de celte dernière pièce de M. Arnauld. Un docteur blanchi dans des disputes graves et sérieuses parler , à plus de quatre - vingts ans, (le vers, de femmes , de romans, quel désordre ! Le parti en frémit , et se disait à l'oreille que leur chej baissait. La poésie , a les entendre , était un art frivole , qui n'avait pas dil un moment arrêter un si grand génie. Cela vint au.t oreilles de M. Despréaux, et là-dessus il entreprit son poëme sur l'amour de Dieu , pour montrer que la poésie peut embrasser les sujets les plus sublimes Ces particularités m'ont été communiquées par un homme de beaucoup d'esprit et d'érudition (92) , fort connu de M. Despréaux. Mettons ici un passage de la X*. Épître ( \'s. 1 1 5 et suiv. ) de ce grand poète , où il s'adresse à ses vers.

Maii des heureux regards de mon astre étonnant Marquez bien cet effet encor plus surprenant , Qui dans mon souvenir aura toujours sa

place :

Que de tant d'écrivains de l'école d'Ignace

C()o) DifScuU. proposées à M. Sieyaert, part. yj , pag. 275 et suivantes.

[{*^ M. Despréaux l'inséra dans l'édition de ses OKuvres de x^^oi Cette pièce a paru depuis dans toutes les éditions quiontsuivi cellede iro2. .4dd. de l'édition d' Ainsli-rdam ].

fgi) C'est la Satire contre les Femmes.

* Leolerc trouve impropre cette expression, puisque c'était Perrault lui-même qui avait en.voyc sa Critique à Arnauld.

(91) M. Marais , avocat au parlement de Paris.

ARNAULD. 4,9

Elnni , comme fe suis , ami si déclaré,

Ce docteur toutefois si craint, si révère'.

Qui contre eux de sa plnine épuisa l'énergie,

/Jrnauld , le grand Arnauld ,Jit mon apologie (').

Sur mon tombeau futur , mes vert , pour l'énoncer (^i ,

Courez en lettres d'or de ce pas vous placer.

Allei, jusqu'oh l'Aurore ennaissant voit l'Ifyda^pe.

Chercher, pour l'y graver, le plus précieux ' jaspe.

Surtout à mes rivaux sachez bien l'étaler.

(V) Si la lecture des mauvais livres produisait dans le cœur des jeunes gens les mêmes effets qu'en lui , il serait bon de la conseiller, ] Voici ce qu'il nous apprend lui-même. « Je me souviens d'avoir lu autrefois , étant fort jeune , dans les Muses ralliées ( c'était le titre de ce livre, si je m'en souviens bien ) , quelque » chose de fort méchant sur ce sujet.

|> C'est un poète qui se glorifie d'avoir obtenu ce qu'il n'avait pu demander sans crime ^ et la raison qu'il rend d'être venu à bout de son dessein est tout-à-fait abominable C'est , dit-il, que cette personne avait l'esprit trop sfilide pour ne pas regarder comme d'invisibles chimères ces vieux contes d'honneur qui naissent au cerveau des maris et des mères. Je suis certain que ce qui est en italique était dans ces vers j car j'en fus tellement choqué que cela m'est toujours depuis demeuré dans l'esprit. Ce poète suppose donc qu'il u'y avait que la considération de ïhonneur qui eût pu > empêcher cette femme de le satisfaire j mais qu'elle s'était mise au dessus par la force de son esprit (94). «

(X) // a fait un Testament spirituel. ] J'en ai un exemplaire de l'édition de Liège , en 1696. On y a mis une préface où l'on tiésavoue l'édition qui avait déjà paru

(Y) On a reconnu enfin à la cour de Rome ce qu'il valait. ] Le pape

(*) M. Arnauld a fait une Dissertation où il me justifie contre mes censeurs, et c'est son dernier ouvrage. [ Celle note de Bnileau lui-même n'est pas exacte , puisque la Lettre à Perrault est tlu mois de mai 1694 , et que , depuis encore, Âruaiild a composé ses quatre lettres à Malebranrlie.]

^9^) C'est ainsi qu'il y a dans l'édition dont je me sers , qui a été faite dans i/uelque ville det Provinces-Unies,

<94) Arnauld, cinquiùme Dénonciation da Ptché Philosophique , pag. Sn , ."ÎS

ARNAULD

Clément X , ayant lu quelques ouvrages de M. Arnauld , les loua extrêmement , et déclara que l'auteur lui ferait beaucoup de plaisir s'il lui en envoyait un exemplaire, ou s'il le faisait donner à son nonce (gS). Le cardinal Altiëri , qui avait fait voir ces Lettres au pape , ne pouvait assez les louer, et finit vingt fois ses éloges par ce témoignage honorable : « M. Ar- 3) nauld a rendu de très-grands servi- » ces à l'Eglise : il serait à souhaiter 3) que la mort ne lui enlevât jamais » un si grand homme. » De ecdesid optimè meritus est Arnaldus ; optandum esset ut talent ac tanium uirum mors illi nunquam ereptura esset (96).

L'estime et l'affection d'Innocent XI pour ce docteur ont été connues du public. Voyez la lettre qu'il lui fit écrire par le cardinal Cibo , le 2 de ■janvier 1677 : elle est à la fin de la lettre que M. Arnauld écrivit à M. l'évêque de Malaga , le 2 de décembre 1688. On a une lettre de M. Favoriti , secrétaire do ce pape, datée de Rome le 3 d'avril 1680, où l'on voit de grands éloges et de fortes marques de la douleur qu'avait ce pontife de la persécution qui était faite à M. Arnauld (97). Il eut envie de l'élever à la pourpre , et il ne tint ([u'au docteur que cela ne s'exécutât. De y4rnaldo in purpuratorum proceruni ordinem adlegendo aliquando Sanctitatem suant cogitasse , etsi certuni est et pluribus notuni , nollem tamen hic commemorare , nisi eminentissimus cardinalis , intimnruni Romance u4ulce consiliorumtestis locupies , id nuper Parisiis ei'ulgdsset , asseruissetque per ununi Arnalduni stetisse quominiis is eminenlissimâ illâ dignitate ornaretur ( 98 ). Alexandre VIII , qui avait eu, avant qu'il fût pape , beaucoup d'amitié et d'estime pour M. Arnauld , ne changea point de dispositions depuis qu'il fui élevé sur la chaire de saint Pierre. Il lui accorda quelques grâces, et il lui en aurait accordé bien d'autres , s'il eût vécu plus long-temps, ou si M. Arnauld lui en eût fourni les occasions fgg).

Notez que l'évêque de Malaga fit brûler presque tous les exemplaires

((iS) Priefat. Causse Arnaldinic , pag. lix.

(gC) Ibidem, pag. Ix.

U)',) Ihtdem.

(98) Ibidem , pag. Ixj.

(çip) Ibidem , pag. Ixj , Ixij.

de la jiremière édition de sa Querirnonia Catholica, dès qu'il eut su que , sans son consentement , on y avait donné la qualité d'hérétique à M. Arnauld. Celui qui brûla de ses propres mains les exemplaires en a donné une attestation en forme (100).

(Z) Ontroui'e qu'il s'écarta un peu de la ^oie étroite , dans inffaire qui donna lieu a un faclunt de M. Des- Lyons.'\ Une nièce de M. Des-Lyons , docteur de Sorbonne , et doyen de Senlis, fut assez adroite pour engager M. Arnauld à des démarches qui ne lui font point d'honneur. Elle plaidait contre son père ; il la protégea dans ce procès autant qu'il put. Cela n'est point d'im casuiste rigide. Outre cela , c'était une fille si bizarre dans ses dévotions , et si mal tournée , que M. Arnauld fut mal servi de la faculté qu'on nomme discernement des esprits, lorsqu'il se laissa tromper par cette hypocrite. M. Jurieu , qui avait ouï parler du factura de M. Des-Lyons, souhaita passionnément d'en avoir un exemplaire , et le fit demander plusieurs fois à une personne qui aurait pu le lui fournir. H employa principalement l'intercession du libraire qui imprimait à la Haye, l'an i685, sa Justification de la Morale des Réformés (101). C'était fort bien s'adresser, car si quelqu'un pouvait obtenir cela, c'était sans doute ce libraire j mais le possesseur du factum ne voulut jamais s'en dessaisir en faveur dun écrivain qu'il connaissait disposé à tirer de là unenouvelle matière d'insultes et d'invectives. Il savait de quelle manière cet auteur empoisonnait toutes choses quand il s'agissait de déchirer M. Arnauld. Or, prenez garde, je vous prie, à ce petit tour de souplesse. M. Jurieu, ayant manqué ce coup-là, voulut persuader au public qu'il ne s'était point soucié de cet avantage , et qu'il avait été assez modéré pour y renoncer volontairement : Et même , ce sont ses paroles (loa), pour J'ai re voir au. public que nous ne recherchons pas auec grand soin ce qui serait capable de rendre M. Arnauld odieux , nous

(100) Ihid. , pag. Ixir.

(loi) // est plein de vie : on peut s'informer de lui .fi je dis la ve'rite'. Te'cris ceci le 1 d'avril •699.

( 102) Jurieu , pre'face de la Justification de 1b Morale des Réforroés , édition de la Haye , en i685.

ARNAULD

laissons h pari tout ce que le facluin de M. Des-Lyons nous aurait pu fournir contre lui. ]1 y a bien des mensonges de préface qui passent pour des péchés véniels, non-seulement dans les barreaux de la republique des lettres, mais aussi dans les barreaux de l'église : celui-ci doit être exclus de ce privilège dans Fun et dans l'autre de ces tribunaux. Lesiésuites n'ont pas laisse tomber le factum de M. Des-Lyons :

ils en ont pesé malignement les circonstances , et ils en ont tiré le sujet de beaucoup de réflexions et de railleries. Voyez un ouvrage qu'on croit être du père le Tellier , et qui parut l'an 1688. En voici le titre : Lettre apologétique pour M. Arnauld , écri

M. de la Fémas en fît celte traduction l'rançaise :

Enfin , après un long voyage, Aroauld revient en ces saints lieux .• // est au Port, maigre' les envieux , Qui croyaient ifuil ferait naufrage.

Ce martyr de la ve'rité Fut banni , fut perse'cute' , Et mourut en terre e'trangère, Heureuse de son corps d'être dépositaire I Mais son cœur toujours ferme , et toujours

innocent , Fut porte' par l'amour, à qui tout est possible, Dans cette retraite paisible , D'où jamais il ne fut absent (io5).

Dès que ces deux pièces, imprimées ensemble , eurent été répandues dans le monde , les jésuites flrentyaJre des reproches ci M, Santeuil sur son procédé Il fit la sourde oreille, se

te à un abbé de ses amis , sur trois des flattant que tous les murmures qui s'é-

derniers Hures qui ont été faits contre ce docteur ; 1°. l'Esprit de M. Arnauld. ■i" .Obserfalions sur la nouvelle Défense de la Version française du IVoureau-Testament, imprimé a Mons .

3", Réponse de M. Des-Lyons , docteur de Sorbonne , doyen et théologal de Sentis , au.x lettres de M. Arnauld.

(A A) Les vers de M. Santeuil sur le cœur de M, Arnauld excitèrent une guerre fort fio lente.] Les dames de Port-Royal des Champs reçurent le cœur de M. Araauïd ai>ec les transports qu'on se peut imaginer , et le placèrent dans le lieu le plus honorable qu'il leur fut possible. Le coeur étant placé , il fut question d'une épitaphe. On crut ne pom-oir mieux s'adresser pour cela qu'à M. Sanleuil Comme l'affaire était délicate, les religieuses crurent dei'oir prendre M. Sanleuil à leur avantage. Pour cela , elles l'invitèrent h venir passer quelques jours a Port- Royal , avec un de ses confrères , qui en était supérieur (io3) , et , durant le séjour qu'il y fit , il composa les vere suivans :

j4d sanctas rediit sedes ejectus et exul : Hoste triumphato , tôt tempestatibus actus , Hoc porta in placido , hac sacrd tellure

quiescit Arnaidus , veri defensor, et arbiler aiqui. Jllius ossa memo'r sibi vindiaet exlera tellus ; Hue calestis amor rapidis cor transtulit alis , Cor numquàm avulsum , nec amalis sedibus absens («o4).

(io3) Histoire des Troubles etusés par M. A iiaald après sa mort ; oa le Uéinclc de M. Santeuil «vec les jésuiles, pag. S, tdil.de iCgC.

(io4) L'a même, pag, fy>.

levaient alors se dissiperaient d''euxniêmes insensiblement (j 06). Mais lorsqu'il \\t fondre sur lui une pièce en-

oyée de province ( 107) il prit

les voies de satisfaction, (c II en fut frappé comme d'un coup de foudre , et accourut aussitôt au collège des jésuites, demandant miséricorde , avec les termes du monde les plus humbles et les plus touchans ; conjurant tous ceux qu'il rencontrait de ne le point perdre ; qu'il avait toujours été ami de la société ; et que l'épitaphe en question n'était point de lui, mais qu'elle avait été supposée par ses ennemis pour le brouiller avec les jésuites.

On lui dit qu'on souhaitait que ce

3u'il avançait fût vrai , mais que ce ésaveu simple ne suffisait pas , et qu'il fallait détromper le public par un désaveu authentique qu'on lui demandait pour gage de sa sincé- > rite. Il promit tout ce qu'on voulut; mais l'embarras fut d'efl'ectuer sa promesse (108). » Le panégyrique mposant et flatteur qu'il fit de leur compagnie ne servit de rien (109). Ils s'aperçurent « du tour de souplesse dont il s'était servi pour esquiver la difficulté : ils le traitèrent d homme double et de mauvaise foi ; il se vit , en moins de rien , inondé d'épigrammes qui venaient fondre sur

(io5) Là même , pag. 4i.

(106} ha même, pag. «j.

(107) Intitule'e Santolius vindicatus.

(108) Histoire des troubles causés par SI. Arnauld après sa mort , pag. g.

(109) Là même- pag. xo.

)) lui de tous côtés , et où les jeunes j) jésuites du collège , qu'il appelle 3) dans un endroit Pubes jesuhiva ia- }) giVaria , avaient bonne part. Les » jansénistes , de leur côté, n'étaient ■» pas moins choqués de sa lâcheté , » que les jésuites Tétaient de sa du- •» plicité , et ils lui en donnèrent des :» marques par une pièce en vers bur-

qu'il ne pnni'ait abandonner le sapcres sans choquer les janscnistes. Enfin , après longues délibérations , il prit le parti de serwir chacun à peu près selon son goiit. Iljil donc tirer deux sortes de copies : les unes , oit il y at^ait sapïds, pour les jésuites , en leur disant de t'iVe voix qu'il le prenait dins le sens du sapies ; et les

)) lesquts, qu'ils firent contre lui , et autres , oit il laissait le saperes, pour

faire sa cour aux jansénistes (ii3). ^ cela , il joignit l'interprétation de

5) qui commence par

« SanleuU, ce renommé poite.

»> Ainsi il se trouva bien loin de son j) compte , et il vit qu'en voulant raé- >j nager tout le monde, il n'avait couî) tenté personne. » Tout bien pesé , il résolut de sacrifier les jansénistes aux jésuites : il fit à ceux-ci par lettre une humble confession de sa faute i niais cela ne les contenta point : ils voulurent une rétractation (i lo).

11 se vit pressé là-dessus tous les jours par épigrammes sur épigramme» qu'il recevait continuellement , et qui ne lui donnaient point de repos (m).

Il écrivit une lettre au père la Chaise, où il interpréta le mieux qu'il put quelques termes de l'épitaphe. La réponse qu'il reçut de ce jésuite augmenta ses inquiétudes (112) ; il fallut songer à une seconde apologie. L'endroit le plus délicat , et sur quoi roulait toute la difficulté, était celui oit il disait de M, Arnauld ,

Ictus illo fulmine (Vaticano) Trabeate doctor , jam milii non ampliùs Arnaide saperes.

C'est-h-dire ,

Si vous aviez été frappé de la foudre du Vati» can , je vous renoncerais absolument.

Or , c^était ne rien dire. Les jésuites voulaient qu'il mît sapies , au lieu de saperes. ( Car tout ceci se passait sur Vepreui'e , auant que les copies fussent tirées. ) De mettre sapies, c'eût été déclarer M. Arnauld excommunié et condamné. Un de ses amis , h qui il en parla , lui donna une ouverture pour trouver un milieu entre saperes et sapies : c'était de mettre sapias , qui pouvait se prendre également dans les deux sens divers des deux autres mois; mais il sentait bien

(110) Là même, pag. 11.

(m) Là même, pag. 14.

(112) Là même, pag. 17.

quelques autres endroits de l'épitaphe. Il ne contenta ni les jésuites , ni les jansénistes. Ces derniers firent courir contre lui une pièce fort piquante (i i4) : les autres ne le poussèrent pas moins fortement. Le père Commire s'en mêla. 11 était demeuré sans combattre , comme le corps de réserve ; « mais il parut enfin dans le » champ de bataille ; et, pour termi- J) ner une dispute qui ne finissait « point , et empêcher M. Santeuil de » dire tant de fois le pour et le con- » tre , il vint tomber sur lui . et lui )) passa dans la bouche un bâillon » qui l'a toujours fort incommodé de- » puis. Je parle du Linguarium , que » tous les savans attribuent à ce grand )) poète (ii5). » Un poète de l'université , et nullement ami des jésuites , se mit sur les rangs , et fit une pièce intitulée Santolius pendens, c'est à-dire , Santeuil au gibet. C'est une des meilleures qui aient paru durant cette longue guerre poétique. U a paru , je pense , trois relations de ce difiérent. Je n'ai point vu la première : celle que j'ai citée est la seconde : la troisième est de l'an 1697 , et postérieure à la mort de M. Santeuil : elle contient les lettres qui furent écrites à ce poète par divers jésuites , et n'est point conforme à la seconde , quant à certaines circonstances.

Il est certain que cette querelle fit beaucoup de bruit , et c'est pourquoi l'auteur de la relation se crut obligé d'employer ce préambule (116).

« C'est le destin de ceux qui ont cau- » se de grands troubles durant leur

(ji3) Histoire des troubles causés par M. Arnauld après sa mort, p»^. 20.

(ii4) Intitulée Santolius pœnilens. frayez i'ïlistoire des troubles , elc.^ pag, 20.

(il 5) La même, pag. ii-

(iiG) Là même, pag. 3 et 4.

ARNAULD

« vie , d'en cansrr encore après leur M mort. Celle d'Alexandre n'éteignit « pas la guerre dans l'Asie : elle la ral- 5' luina au contraire avec plus de fuw reur , par l'ambition de ses lieutew nans, qui se disputèrent long-temps » la couronne, li est arrivé quelque J' chose de pareil à M. Arnauld , s'il « est permis de comparer un docteur » à un conquérant. Sa mort, qui sem- J> blait devoir terminer tous les trou- 5J blés qu'il avait canse's durant sa >' vie, en a au contraire suscite de 5' nouveaux. Chacun sait la manière '> indigne dont les janse'nistcs se sont " déchaînes contre un saintabbé(i 17), ^> pour s'être explif{ué trop clairement 3) dans cette occasion , en disant, au M sujet du grand chef de parti qui ve- " nait de tomber dans la personne de '> M. Arnauld , Heureux qui n'en a » point d'ilutre que celui de Jésusw Christ. Voilà ce que produisit la » première nouvelle de la mort de » M. Arnauld. Mais son cœur ayant )) été depuis rapporté en France , il 3) ne put y rentrer sans y répandre >' encore des semences de division , >» par le démêlé qu'il fit naître entre 3) M. Santeuil et les jésuites. « Plusieurs personnes se souviendront ici d'une plainte de Balzac contre l'épitaphe du père Goulu (118); mais si d'un coté les jésuites ont pu dire que le tombeau même de M. Arnauld leur faisait insulte , les jansénistes ont pu crier d'autre côté , que même dans le tombeau on ne laissait pas en repos ce théologien :

El ee rCesX, pas assez de payer en la vie, Iljaiit vajT encore au delà du trépas (iiQ^-

(BB) M Perrault fut obligé a supprimer le ^'uillel qu'il destinait à J\l, Arnauld dans.... ses Hnnirues illustres de la nation française ."l Voici ce qu'on trouve dans une lettre (juifut rendue publique l'an 1697. « M. Per- )> rault , de l'académie , a donné au )) public les Eloges des Hommes il- » lustres de ce règne. M. Arnauld et » M. Pascal y tenaient leur place à » juste titre. Baptiste et Molière y

(11?) Cesl-à-dire l'abbé de la Trappe.

(118) Voyez la remarque fM), de l'article du pire GoDtr, général des feuillans.

(119' Ce sont deux ver' de l'opéra qui fui foué l'an ifi-4 : il s'intitulait, ce ine semble, le Triomphe d'Âlceile.

» sont dans leur rang , comme des » illustres dans leur genre. Le livre » était Imprimé avec privilège , les » portraits gravé?. Il devait paraître » il y a quatre mois ; mais les pères » jésuites ont tant remué auprès des )) puissances , qu'ils ont fait donner » ordre à l'auteur et au libraire de M retrancher .M. Arnauld et M. Pas- » cal, et de supprimer leurs éloges.... w M. Arnauld a été un des plus grands » hommes de ce siècle. Il a rendu » service à l'Église, en combattant le » calvinisme, et en défendant la foi » de l'Eucharistie. 11 a vécu et il est » mort dans la communion de l'Égli- » se , et dans une parfaite obéissance » au saint siège , qui aurait assuré- » ment récompensé son grand raéri- » te , si la profonde humilité de ce » savant personnage ne lui eût fait » rei'user plus d'une fois une des plus )) émincntes dignités de l'Église. Mo- » lière a vécu comme un impie , et » il est mort comme un réprouvé dans )) l'excommunication. Cependant M.

)) Arnauld est effacé du nombre des » hommes illustres , et Molière v est » conservé (120). » On a fait ces réflexions-là par toute la France et dans les pays étrangers ; et Ton n'a pas oublié ce qu'a dit Tacite sur ce que l'image de Cassius , ni celle de Brutus ne parurent point aux funérailles de Junia : Prœfulgebant Cassius atque Brutus eo ipso quôd effigies eonim non uisehanlur (i3l). On a fait l'application de cette pensée à MM. Arnauld et Pascal ; les vers qui ont été faits là-dessus ont couru toute la terre, car ils ont été insérés dans les Nouvelles historiques et politiques qui se publient à la Haye tous les mois. Ajoutons que beaucoup de gens se figurent que les jésuites n'ont eu guère de prudence dans cette affaire, puisque le meilleur moyen d'attirer les yeux et l'attention du public sur ces deux illustres , était de faire que M. Perrault flM obligé de supprimer leur éloge et leur portrait. Cet acte ne pouvait servir qu'à rehausser le mérite que l'on voulait effacer : il menait tout droit au passage de Tacite j et ce ne pouvait être qu'une vive source d'exclamations et de ju-

(120) Lettres d'une dame de qualité à une autre dame savante , pag. 24 t 25.

{fil) Tacit. , Anoal. , lib. III , injin.

ARNAULD

cemens en faveur des deux personnes de commerce un marchand qui passe

suppi'irae'es , et contre les instruraens pour riche , et qui ne l'est pas , lait

de la suppression. Mais tout le mon- mieux ses aifaires qu'un marchand

de n'est point demeure' d'accord de «pii serait riche, et qui passerait pour

cette imprudence prétendue. Plu- pauvre? Les autres conditions de la

sieurs connaisseurs en cette espèce vie humaine sont semblables à celle-

d'affaires ont soutenu que la faction là , quant à ce point. Si c'est une

ennemie de M. Arnauld n'a rien fait imprudence de s'engagera certaines

qui ne ressente la plus fine et la plus choses , c'est une imprudence enco-

efligies de Cassius et de Brutus ne se- toutdirc. Ce principe n'est pas moins raient point vues parmi tant d'autres actif dans les guerres de robe Iondans une pompe funèbre ? 11 connais- gue , que dans les guerres proprcsait bien le relief de cette absence 5 ment ainsi nommées (1201). Enfin, il mais il trouva un plus grand incon- est connu de tout le monde que , venient à laisser paraître ces àeax dans les procès de grande importanassassins de Jules César parmi les ima- ce , l'une des parties se pourvoit congés de leurs familles : c'eût ëtë en tre toutes les démarches qui peuvent quelque façon réhabiliter leur me'- favoriser l'autre. La politique vent moire , et il était de son intérêt de donc que l'on n'acquiesce point par ne faire aucune démarche qui tendît son silence aux procédures des janle moins du monde à cela. Les jésui- sénistes. Il faut se précautionner, et tes ont sans doute très-bien prévu contre les épitaphes , et contre les aussi le relief de la suppression que auteurs d'éloge, et multiplier les pa- M. Perrault ferait 5 mais , tout bien piers du sac , afin de mieux soutenir compté , ils ont cru , en habiles gens, le grand procès , et de mieux entreque ce serait un désavantage beau- tenir le problème ou la Question cucoijp plus petit , que de donner lieu rieuse si AJ. arnauld est hérétique ? à l'autre faction de se prévaloir de Question étrange , et sur laquelle les ce que M. Arnauld et M. Pascal se- catholiques romains prennent tous raient placés avec privilège sur le les jours , les uns l'affirmative , les Théâtre des Hommes illustres. En les autres la négative impunément. Ce faisant disparaître, on se munit d'un qui montre qu'il y a dans le genre nouvel acte qui peut servir dans le humain une source d'anarchie que procès ; on les détient sous la flétris- l'on ne saurait boucher. Elle trouve sure ; on empêche que personne ne principalement des conduits dans les puisse alléguer comme un signe de corps ecclésiastiques j car puisque l'éréhabilitation le privilège obtenu par glise romaine n a point le secret de M Perrault: et, ce qui est bien con- fixer la liberté de dire le oui et le sidérablc , on empêche que le public non à l'égard des mêmes choses , ne s'imagine qu'on n'a plus le même qu'elle autre église le pourra faire ? crédit qu auparavant. Il n'est pas ai- Les autres églises n'ont point comme se de croire que le public se figurera celle-là des tribunaux que l'on reconque si les portraits et les éloges de naisse infaillibles. Elles ne se gouces deux messieurs ont une pleine li- vernent pas avec des airs d'autorité berté desefaire voir dans un ouvrage et de grand éclat comme celle-là. On autorisé , c'est parce que les jésuites doit donc moins s'étonner que des n'on eu nulle envie d'y former aucun ministres protestans s'entr'accusent obstacle : il est plus naturel de croire d'hérésie dans des livres imprimés , qu'on prétendra qu'ils ne l'ont pu em- que de voir un grand docteur de pêcher. Or c'est un jugement terri- Sorbonne déchiré comme un héréble ; les suites en peuveut être de con- tique par la faction des molinistes , séquence : il faut donc le prévenir ;

car les influences de la réputation (l'z) Marcellus muUa magnis ducibut Hcut

sont d'une efficace extrême , soit pour "<"' «Sfedienda, Ua semel aggressU non di.

.. Il/' nuUenda esse iltcrnao , (]iaa maina fainœ ino-

avancer, soit pour reculer les eve- ,nentamulrnmqueparle,nferenl,tennUneinco-p-

neraens. Qui ne sait qu'en matière to abùetur. Titus Livius, W. /f', decad. lll.

ARNAULD

penJanl que trois papes l'honorent essais de la sienne (126). On l'ap-

de leur amitié , de leur estime et pelle donc carte'sien * aussi abusi-

de leurs louanges , et que les plus vement que janse'niste. Lisez ce qui

illustres prélats mettent des appro- suit. Jl aidait puisé dans leur source

bâtions solennelles à la tête de ses ses seutimens sur la grâce ; c'esl-a-

ouvrages. Il y a près de soixante ans dire, dans saint Augustin, avant que

que ce procès dure (i^S), et l'on le Uirede M. d'Ypres eiilparu.\\\es

est encore aussi libre que jamais, ou pour nier , ou pour affirmer. Les divisions des ministres ne durent pas tant. On les accorde pour l'ordinaile après le troisième ou le quatrième libelle , et on leur assure la réputation d'orthodoxie que les uns voulaient enlever aux autres. Mais cela même ne laisse pas de ressentir un peu l'anarchie et cet état de nature où l'attaquant n'a presque autre chose à craindre que la résistance de l'attaqué , et non pas les châtimens d'un Juge commun. Les corps politiques ne sont pas sujets à un tel désordre , on n'y laisse pas la liberté à un chacun d'appeler les autres ou fripons ou gens de bien ; voleurs , traîtres , homicides , prostituées ou personnes de bonne vie (1 î^)- On y fixe un peu mieux l'état et la qualité des réputations.

Au reste , la suppression ordonnée â M. Perrault n'a point empêché que les exemplaires de son livre, qui ont paru en Hollande , ne continssent les éloges de MM. Arnauld et Pascal. On a seulement vu quelque petit dérangement au chiffre des pages. L'édition de Hollande a remis les choses en ordre '•'.

(CC) M. Arnauld mérita l'estime

de M. Descartes. ] Il est l'auteur

des quatrièmes Objections contre les

Méditations de ce philosophe , et tout

le monde a iugé que ce sont les plus „„i:j„» : -• i „i' • '

avait soutenus publiquement , en la présence des éi^êques , quatre ou cinq ans awant que le lii^re de ce prélat eût été publié (127). 11 les avait embrassés sans savoir seulement que Jan-

sénius trai'aillât sur la grâce A

peine savait-il qu'il y eût un M. Jansénius au monde (128).

(DD) Il ne disait rien qui fût audessus des conversations coinmunes .'\ Il faut entendre ceci avec quelque restriction ; car autrement on ne pourrait point le concilier avec ce qu'on trouve dans le récit de sa vie.

On y trouve des heures de conversation après le repas , dans lesquelles il y avait beaucoup a apprendre avec lui , parce qu'étant homme a réflexions, il en faisait toujours de forts solides , soit sur les événemens humains , sur la conduite de la vie , sur les règles de la morale , ou même sur les choses de science , et sur les affaires publiques. Souvent les conversations étaient employées à lire des livres nouveaux , et il en jugeait toujours si bien que le Jugement qu'il en portait , mais rarement d'un air décisif, était de lui-même décisif et sans appel. Sa mémoire , à l'occasion des choses qui se lisaient ou que l'on disait , lui fournissait toujours quelque chose de ce que les auteurs avaient de plus beau sur le sujet ; et on était souvent surpris de lui voir réciter un grand nombre de vers , soit lutins ou

solides qui aient été proposées con- français , qu'il n'avait lus que dans

tre cet ouvrage. M. Descartes en fit sa jeunesse , ou que depuis beaucoup

ce jugement : voyez son histoire com- d'années. Il possédait fort bien les

posée par M. Baillet (ia5). H faut no- poètes latins , et il en appliquait les

ter que M. Arnauld avait enseigné plus beaux endroits avec beaucoup

dans Paris la même philosophie que de justesse , et avec une grande précelle de M. Descartes avant que celui-ci eût encore publié les premiers

(i23) On écrit ceci en 169g.

(154) On entend ceci par rapport aux accusations publiques.

* Il y a dans ceUe remarque , dit Leclerc , beaucoup de choses qui ne sont nullement exacte s , mais je ne m'y arrêterai pas.

(125) Baillet, Vie de Descartes, tom. II , jmg. i7^ et suivantes. Vorei aussi Perr.-iulc , Hommes illustres , pag. 5-] ,58.

116 Là même, pag. 544' f^ojrez aussi

C'est d'après les antorilés qu'il cite, que Bayle prend ses conclusions; mais Leclerc prouve qii'Arnauld ne commença d'enseigner son cours de pliilosopliie qu'en 1639 , et le Discours sur la Méthode de Descaries était imprimé depuis deux ans, après avoir couru quelque temps eu manuscrit.

(127) nist. abrégée de M. Arnauld, pag. 35.

(128) Là même-, pag. 'ii.

426 ARNGRIMUS

sence d'esprit , selon les occasions qui naissaient dans la com^eisation (129). Disons donc que ses entreliens n'étaient simples etvulgaires que lorsqu'il était avec des gens qui n'avaient pas avec lui une liaison d'habitude , et qui ne l't^ngageaient point par leurs questions à étaler ce qu'il savait.

(EE) On piétend qu'il est dei'enu l'apôtre du jansénisme en Hollande.l Il parut en 1698 un petit livre (i3o) où l'on assure (i3i) que M. Arnauld, après afoir erre quelque temps dans les Pays-Bas catholiques , t^int enfin se réfugier en Hollande. M. de JSeerkassel , euéque de Castorie , et l'icaire apostolique dans les Protnnces- Unies , le reçut comme un homme de Dieu , et le logea dans son béguinage de Delft , où. M. Arnauld demeura quelques années sans être connu que de ceux qui étaient dans sa confidence. Là, il gouvernait absolument l'esprit du prélat , et celui-ci n'afait rien plus h cœur que de lui adresser tous les jeunes théologiens en qui il troufait de l'esprit , afin qu'il les Jormât. Les plus assidus auprès de lui étaient M. de Codde, aujourd'hui archevêque de Sebaste , et successeur de M. de Castorie dans le vicariat apostolique ; M. l'an Huyssen C'est

donc proprement dans le béguinage de Delft qu'est né le jansénisme de Hollande , t^ers l'an 1689.

(129) Histoire abrégée de M. Arnauld , pag. 387 , 288.

(i3o) /nliiuir Mémoire touchant le PrORrès du Jansénisme en Hollande.

(i3i) Pag. 8 el 9.

ARNGRIMUS, savant homme, natif d'Islande. Cherchez

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