MISE
soi , et s'engagea de son propre mouvement à cette fameuse expédition. Personne ne s'y distingua plus qu'elle , soit du côté de la tête, soit du côté de la main.
Les raisons qu'elle allégua pour soutenir son avis , qui était de ne point donner la bataille de Salamine (b) , étaient les plus sensées du monde. Elle se tira d'affaire fort habilement dans ce combat ; car se voyant poursuivie par un vaisseau athénien , sans aucune apparence de se pouvoir garantir de cette poursuite , elle attaqua un vaisseau des Perses monté par Damasithymus roi de Calynde , avec qui elle avait eu une querelle , et le coula à fond (c).
Cela fit croire à ceux qui la poursuivaient que son vaisseau était du parti des Grecs (C) , et il n'eurent garde de pousser leur pointe. Par bonheur pour elle il ne se sauva personne du vaisseau de Damasithymus ; de sorte que , sans avoir passé pour la cause de cette perte , elle se défit d'un ennemi , elle évita d'être prise , et fut louée d'avoir couléeà fond un vaisseau grec. Xerxës fut sa principale dupe là-dedans ; car il s'écria que ses hommes s'étaient comportés comme des femmes., et ses femmes comme des hoinm.es (D). Il lui confia la conduite des jeunes princes de Perse ses enfans , lorsque suivant ses avis il abandonna la Grèce pour repasser en Asie. Les Athéniens étaient si fâchés qu'une femme leur fit la guerre , qu'ils promirent une grande somme à ceux qui prendraient Artémise , et qu'ils ordonnèrent à tous leurs
{h) Herod. , lih. Vlll , cap, LXVII.
{(■^ îbid , cap. LXXXFII.
capitaines de vaisseau d'y tâcher lui fait dire ^ savoir, que Lygdamis
(d). On voyait sa statue à Lacé- f *^^' 'f ^ d'Halicamasse (i). Il dit seu-
j / • 11 j ' ' lement qu'Artemise était d'Hahcar-
demone parmi celles des gène- ^^^se , Ju côté de son père ^ et de
raux perses, dans le portique qui Crète, du côté de sa mère. Si je ne
avait été construit des dépouilles voyais point dans ce même historien
de cette nation (e). La ruse dont q"e le Lyedaoïis, qui assista Pisistrate
,, . ^ ^ j et auquel Pisistrate, après s être réelle se servit, pour se rendre tabli à Athènes, donna le commandemaîtresse de Latmus , est aussi ment de l'île de Naxos, était natif de bonne selon le machiavélisme, cette île (2), je le prendrais pour le
que mauvaise selon le christia- i'"^ °" P°"'' ^'^^^"^ f ^. °«*^'-' ^^^^-
^. , . mise. M. Blancard a laisse dans son
nisme : elle mit sei troupes en <;dition d'Harpocration (3) la faute des
embuscade , et s'en alla avec un précédentes , Damls , pour Ly^da-
; équipage de dévotion com- '«« (4)- Les notes de M. de Valois
grand (
posé d'eunuques , de femmes , de trompettes et de tambours , célébrer la fête de la mère des dieux dans le bois qui lui était
avertissent de la correction qu'il fallait faire, et que M. Grouovius a faite en publiant Harpocration l'an 1696.
(B) Elle suii'it en personne le roi Xerxès dans la guerre contre les Grecs (5).] Suidas dit que ce fut contre
consacré auprès de la ville. Les , n - n .. - ,• //;\
, 1 • 'ji- ' 1 < 1 1^^ rerses quelle prit parti (o) , mais
tiabitans , ediiies de ce zèle , ac— ce passage pourrait bien avoir été cs-
coururent là pour admirer sa dé- tropié ; car le bon mot de Xerxès rap-
votion; et pendant cela, les Porté tout de suite par Suidas, les
troupes d'Artémise s'emparèrent '"""'"" sont devenus femmes , elles
J i / r r> J jertinies sont devenues nommes , serait
de Latmus (/). Ces grandes qua- destitué de sens , si Artémise avait été
lités ne la délivrèrent pas des dans l'armée grecque , vu que les
faiblesse amoureuses (E) : elle hommes s'y battirent comme des lions.
■ „ „• ' i t Maussac suppose qu'il v a dans Suidas
aima passionnément un homme * . „ ^q u -^ v- •>
J, t ' T-k 1 tout comme dans Harpocration, x*T*
d Abydos , nomme Dardanus , et ^^ nsp^riK*, tempore belli Perslci (7).
fut si outrée de son mépris , (C) Elle fit croire que. . . . son
qu'elle lui creva les yeux pen- ''aisseau était du parti des Grecs. ]
J . ji J •./ N^T», J„ Hérodote a oublié une circonstance
dantquildormaitCg-). Les dieux très-essentielle, sans quoi sa narra-
pour la punir la rendirent en- tion perd beaucoup de sa vraisem-
core plus amoureuse : de sorte blance. Il ne nous dit point , comme
que l'oracle lui ayant conseillé il .devait faire, et comme Poliaenus a
j> Il , T J /i\ 1 C fait , qu Artemise tit oter de son vais-
d aller a Leucade (A) , le refuge ^^^^ ,^ ^^^^^^^^ ^^^.^^ ^g). Poliœnus lui
des amans désespères , elle y fut fait tenir la conduite de ces pirates faire le saut , et n'en réchappa qui arborent toutes sortes de pavillons point. Elle fut enterrée en ce selon le besoin. Quand elle poursuivait *- - - - un vaisseau grec, elle arborait le pa-
villon des barbares ; mais s'il fallait fuir devant les Grecs , elle arborait leur pavillon. 11 tourne en tant de
lieu-là. Bien des gens la confondent mal à propos avec l'Artémise dont je vais parler (F).
{d) Herod. , lib. VIII , cap. XCIU.
(e) Pausan. , lib. III , pag. gS.
if) Potysenus, Sirat., lib. VIII, cap. LUI. (g) Ptolem. Hephsest. , apud Pliol. , cod. CXC,pag.l^^\.
[h) Voyez l'article Leucade.
(A) Elle était fille de Lygdamis. ] Hérodote ne dit point ce que Moiéri
(i) Herod. , lib. VII, cap. XCIX.
(2) Idem , lib. I , cap. LXI , LXIV.
(i) C'esC celle de Leyde, en i683.
Ci) In'AoTffAïa-ix.
(5) Herod. , lib. VII , cap. XCIX.
(6) 'HpirêfcTê koltÀ rieca-œVj Fortissimo se gessil advenus Persas.
(7) Maussac. , Nolne in Hsrpocrat.
(8) Polysn. Stralagem., lib. VIII, cap. LUI*
manières le combat de cette reine , de l'herbe arlemisia ( c'est celle que qu'il le multiplie en trois ou quatre nous appelons armoise ) , et que la actions diflerentes , et il nous parle femme de Mausole n'a vécu qu'après
d'un fuseau et d'une quenouille envoyés par le roi de Perse à un capitaine de navire , à quoi l'on ne trouve aucun sens , puisque le vaisseau attaqué par Artémise fut coulé à fond , et qu'il ne s'en sauva personne.
(D) j^ son occasion Xerxès s'écria que ses hommes s'étaient comportés en Jemmes , et ses femmes en hommes. ] Voyons les paroles d'Hérodote : Esffuv /è inrcti KÎyiTO.! ■n-fo; tÀ ^pctl^û/xivct' « O'i Atèv xv<f'ùiç yiyôv a.a-1 //.oi yuva.tx.ic , cli Si yuvHiKi;, àLvSpiçig)-'» UnJè Xerxemferunt ad ea quce narrahantur dixisse.
Hippocrate , il s'ensuit que l'une des deux Artémises a été prise pour l'autre dans ce passage de Pline. Si l'une d'elles a communiqué son nom à l'armoise , il faut que ce soit la fille de Lygdamis , l'habile et la courageuse Artémise qui suivit Xerxès. M. Chevreau , dont j'emprunte cette remarque contre Pline, m'apprend que Léon d'Allazzi , dont il l'avait empruntée, a censuré avec raison Robert Etienne, qui a dit (i3) qu Artémise , femme de Mausole , se signala dans la guerije de Xerxès, en Grèce (i 4)- M. Che-
« l^iri quidem extiterunt niihi femi- vreau a remarqué la même faute dans nœ, feminœ autem uiri. n Joignons-y le Théâtre historique de Chrétien
Matthieu : il ajoute <7we ce m'« pas ete sans quelque raison que Pline , dans le passage qu'il a allégué , donne à Mausole le titre de riche. Je trouve bien cette épithète dans la version de du Pinet , mais non pas dans le Pline du père Hardouin; et je vois que Pline, décrivant en un autre lieu (i5) la magnificence du mausolée , se contente de dire que Mausole était un petit roi de Carie , Cariœ regulus. Le père Hardouin tâche d'aller au secours de son auteur , en soupçonnant que tous les rois de Carie s'appelaient Mausole , comme tous les rois d'Egypte s'appelaientPtolomée , et qu'ainsi l' Artémise , femme de Mausole, à laquelle Pline attribue l'ambition d'avoir fait porter son nom à une herbe , est celle qui vivait du temps de Xerxès ^ mais il me permettra de dire que son auteur, en ce cas-là , serait très-digne de censure par un autre endroit. II eût caractérisé une reine par un titre qui lui aurait été commun avec toutes les autres reines du pays. Le père Hardouin fonde ses soupçons sur un passage où les deux Artémises sont qualifiées reines de Carie (i6). Je laisse là ce fondement , mais je trouve que
celles de Justin : Artemisia regina Halicarnassi quce in auxilium Xerxi venerat , inter primas duces bellum acerrimè ciebat , quippè ut in i^iro muliebrem timorem , ità in muliere t^irilem audaciam cerneres (lo).
(E) Ses grandes qualités ne la délivrèrent pas des faiblesses amoureuses.'] Toutes les femmes de grand courage ne sont pas comme Agrippine , qui s'était défaite des défauts de son sexe, en s'occupant des soins de l'autre.
Agrippina , œqui impatiens , dominandi afida , virilibus curis feminarum initia exuerat (ii). Sémiramis , ambitieuse et guerrière au souverain point, était de la dernière lasciveté.
On remarque que les plus grands hommes de guerre sont pour la plupart de complexion amoureuse , de quoi les humanistes mystiques peuvent faire honneur à Homère, qui a si naïvement raconté les liaisons de Mars et de Vénus ; mais je crois qu'à l'égard des femmes cela n'est pas si commun , et que les grandes affaires les élèvent mieux au-dessus de l'amourette.
(F) On la confond mal a propos awec Artémise , femme de Mausole. ] 11 semble que Pline soit coupable de cette faute , car il dit qu'Artémise , femme de Mausole , donna son nom à l'herbequ'ou appelait partAe/iîs (12).
Or, comme Hippocrate fait mention
(9) Herod. , lib. VIII , cap. LXXXVIII.
(10) Justin., Uh. II , cap. XII. Voyez aussi Polyaenus , Stratagem. , lib. VIII , cap. LUI, et Pausanias , Ub. III , pag. g3.
(il) Tacit. , Annales, lih. VI, cap. XXV. (i3)Plin., Itb. XXV, cap. VII.
(i3) Dans son Thésaurus Lingnœ latinse. Tai remarqué qu}l a fait la même faute dans le Dictionaritim Nominum propriorum, etc. , imprime in-S"., h Cologne, en i558.
(i4) Chevreau, Hist. du Monde, lom. IV, pag. 33. de la première édition de Hollande.
(i5) LU,. XXXVI, cap. V.
(16) Ce passage est rf'Harpocrale; mais on le donnerait à Tzetzès, si l'on suivait rigoureusement l'expression du père Hardouin, tcm. IV, pag. 398.
catomne ; et c'est à la première qu'il faute ,
attribue d'avoir suivi Xerxès. Or tous Deduhanc coniagio labem,
les auteurs conviennent que celle qui ^' dabu m plures ; sicui grcx totus inagrU fit bâtir un magnifique tombeau à f;Zl/™^wl'r '' ^°7^'"'r"i, x
son mari , était iiile a necatomne , et ., „ , ^
femme de Mausole : et que l'Artémise *[' J^enage , ayant rapporté plusieurs
qui suivit les Perses contre les Grecs, choses avantageuses d Artémise, fera-
e'tait fille de Lygdamis. Le grand Scaliger ne passera pas ici à la montre ; il a trop visiblement pris l'une pour l'autre (18) , et cela dans un endroit où il n'était pas facile de se méprendre^ car c'est dans l'extrait d'un livre dont l'auteur a dit en propres termes qu'il parle d'une Artémise , fille de Lygdamis , laquelle avait pris les armes pour les Perses (191. Scaliger, supprimant tous ces caractères , a substitué celui de t'cut'e de Mausole, qui ne peut être appliqué qu'à cette
me de Mausole, et nommément l'honneur qu'on lui fait de la proposer pour un modèle d'amitié conjugale , continue de cette façon : Cependant Pto-
lomée , Jîls d'Héphestion dit
qu Artémise fut tellement éprise d'amour pour un certain Dardanus , etc.
Ayant raconté toute l'histoire, il poursuit ainsi : « Il y a eu deux Art^- « mises , toutes deux reines de Carie, î) comme nous l'apprenons de Sui- » das ; celle qui avait épousé Mau- « sole , et une autre plus ancienne ;
reine de Carie, qui'fît tant d'honneur " ^*' ** <^^"^ histoire est véritable, il à la mémoire de son mari. Ce grand " y ^ apparence qu'elle est arrivée à homme a fait errer un autre grand " *=^**^ première Artémise , et que ce homme , puisqu'il a été cause que " P'olopee , fils d'Héphestion , qui Henri de Valois a débité qu'Artémise, ^' 1 attribue à la femme de Mausole, après la mort de Mausole , se voyant " ^^^^ trompé (33). » La conjecture méprisée de Dardanus, qu'elle aimait, ^^ ce savant homme est très-juste , lui creva les yeux ; et puis , se trou- ™^'*, " ^ eu tort de dire que ce Ptovant encore plus amoureuse , s'en alla lo^ee attribue à la femme de Mau- " ■ ■ " - - jQJg l'aventure dont il s'agit. Sarasin ,
faisant parler M. Ménage dans le Dialogue , 5'tZ faut qu'un jeune homme soit amoureux, lui fait débiter qu'Artémise , la même Artémise qui fut si
faire le saut de Leucade,qui la tua (30)
Pour peu qu'on confronte ce passage
avec celui de Scaliger, ou se convainc
pleinement que l'un est la copie de
l'autre. Ce faux pas de M. de Valois m- . j
en si beau chemin , et la diversité a™gee de la mort de son mari , qui
qu'il observe entre Théopompe , qui *f. ""JT»'* le i^isage de pleurs , et qui
•*■-■'■ ■ » •' ■ ■> ■ disait aux astres qui n'en pouvaient
mais ,
fait mourir Artémise de regret pour la perte de son mari , et Ptolomée , fils d'Héphestion , qui la fait mourir d'amour pour un autre homme , à ce que M. de Valois prétend , sont des
Tout ce que fait dire la rage ,
Quand elle est maislresse des sens (24) »
devint ensuite amoureuse de Darda-
choses d'autant plus étonnantes, qu'il nus , et qu'il n'y a point de coquette
avait cité, deux lignes plus haut , le déclarée qui ne tînt a honte d'avoir eu
Vll«. livre de ce Ptolomée , afin de ^^s emportemens de cette reine. Là-
prouver que le père d'Artémise ne s'ap- dessus on cite ce que Scaliger raconte,
pelait point Damis , mais Lygdamis. Voilà donc encore un bel-esprit , ou
Balthasar Boniface , qui rapporte le plutôt deux , M. Sarasin et M. Mé-
même faux conte de la femme de nage , trompés par le savant Scaliger.
Mausole (21) , ne nie point qu'il ne L'ingénieux auteur des nouveaux Dia-
point qu
(17) Tieues, chiliad. XII, Hiit. 455.
(18) Scalig , Ausooiar. Lection. lib. II, cap. XVIII. Vide Ausoninm Tollii.pa^. 329.
O9) Plolem. Hephaest. , apud Phot. , cod. CXC , pag. 4gi.
(20J Valesii Notîe in Harpocrat. Lexicon , pag. II.
(21) fftec Ptolomitus Hephceslionis flius
logues des Morts a supposé qu'Artémise , celle-là même qui pleura tant
apud juniorem Scaligerum recenset. Balth. Borilac, Hist. Ludicr.,/ii. ///, cap.XXXFII.
(22) Juvenal. , Sat. II, vs. 78.
(il^) Ménage, Observât, sur Malherbe, />. 53o.
{l'j) OEuvres de Sarasiu, pag. 181.
son luavi , fut amoureuse d'un jeune ticularisée de ce superbe noonu-
homme (a5).
On ferait une longue énumëration , si l'on marquait tous ceux qui ont confondu les deux Arlemises. Ravisius Textor (26) et les auteurs du Thesûuriis Fabri, sont de ceux-là. Olivier, qui a fait un Commentaire sur Valère Maxime , en est aussi , quoi
ment (b). On la peut voir en français dans l'histoire de M. Chevreau (c), et dans le Supplément de Moréri. Artémise ne survécut que deux ans à son cher mari {d) , qui était mort sans en-
Valére Maxime, en est aussi, quoi- ^ ,\ ^ - • + „„otrû o« qu'il ait su que Strabon et Hérodote fans (e) , après vmgt-quatre ai^ne conviennent pas sur la généalogie nées de règne , vers la fin de la de l'Artémise dont ils parlent (27). , ^ge olympiade (A). Elle mou- II s'est imagine! bonnement que l'un ^^^^ ^^ ^ ^^ ^^ tristesse ( f) des deux se trompait , et n a point ,r^> ? 1 1 ' è^^ compris que l'un parle de l'une, et (B) , ayant que le mausolée fut l'autre de l'autre , et qu'ils ont tous achevé (g). On dit qu elle dedeux raison M. Hofman , à la vérité , trempa les os et les cendres de donne deux articles d'Artémise, mais ^ - j ^^ j,^^^ ^^ il a mis pêle-mêle dans le premier ce , ,, , , ^r- j^ ]-\or. qu'il fallait dire séparément , et il ne qu elle les avala , ahn de lui sersait si la femme de Mausole ec la fille vir d'un tombeau vivant {h). Il de Lygdamis sont une seule personne, f^^j gg souvenir qu'elle lui fit D'ailleurs il cite Vitruve pour des faits ^. j^g^ceiie^s panégyriques, qu il ne touche pas. M. Lioyd 1 avait , ,, 1 o./ "i précédé dans cette fausse citation , et qu elle proposa un prix de qu'il n'avait pas corrigée à Charles grande valeur nour celui
pour
qui
Etienne , sur lequel , d'autre côté , il g'gjj acquitterait le mieux {i)
fait une course assez surprenante 5 il ^héopompe le remporta. On dit
lui ôte tout l'article de l'Artémise qui ^ n^^i^^^i"^ 1
suivit Xerxès : or , cet article était qu'Isocrate, son maître, tut 1 un
fort bon. des orateurs qui se mirent sur
^ HT . les rangs (C). Théodecte de Pha-
fîS) Koy«ie< Nouveaux Dialogues des Morts, "^,., 0''V.^
1 1". part., pag. i5, édition de Hollande. sclide , qui S y mit aussi , com-
(26) In Officinâ. " " " ' ' ' ""
(27) yoffz le Valère Maxime Variorum, pa^. 395 , e'dil' de i655.
posa une tragédie intitulée Mausolus , qui eut plus de succès que sa prose. Mais il ne faut pas xxj.va..^x,^. — , y oublier , qu'au lieu des lamentafille d'Hécatomne (a) , sœur et ^j^^^ ^^ ^^^ ^^^^^^^ ^ ^-^ la pl„ femme de Mausole , s'est immor- ^„ . j^^ ^^nvair^s T^lnn«xpnt Ar-
ARTÉMTSE, reine de Carie,
femme de Mausole , s'est immor- ^ ^^^ écrivains plongent ^Ar-
talisée par les honneurs quelle {^^^-^^ durant sa viduité.', il y rendit à la mémoire de son ma- ^^ ^ ■ ^^-^ f^^^^ f^j^e des conri. Elle lui fit bâtir dans Hali- .^^^ très-vigoureuses (D). carnasse , un tombeau très-magnifique, que l'on appela Mau- (b) Plinius. Zj6. ^^^f/. '^'^P- ^■ solëe, qui a été l'une des sept merveilles du monde , et qui a fait que depuis on a donné le titre de mausolée à tous les tombeaux oli la somptuosité paraissait avec éclat. Pline nous a laissé une description assez par- ,, , ,
(\) Mausnle, son man, mourut...
{a) Stral.o, lib. XIV, pag. 45i. Suidas, in uers la fin de la io6<=. olympiader^
'h-n'jjiiTici Presque toutes les éditions de Pline
(c) Liv. y II, chap. III.
\d) Diodorus Siculus , lih. XVI.
(e) Slrabo, lib. Xir , pag. 471.
( f) Voyez la remarque (D).
{g) Plinius , lib. XXXri, cap. V.
[h) Aulus Gellius , lib. X, cap. XVIII. Val. Maximus , lib. IV , cap. VI.
(i) Aulus Gellius, lib. X, cap. XVIII. PIutarcli. , in Vitâ Isocratis.
portent que Mausole , roi de Carie , Thëopompe , un Cicéron , un Stramourut Tan a de la loo''. olympiade, bon. Les termes de The'opompe sont le 3o2 de Rome (1). Mais le père Har- bien forts : "Hv ^»ti ©êô-rauTroc «^SivicTi douin a mis dans la sienne , suivant via-a) Mt^bils-ttv «Tiat t-mv xc/cthv «t« toi/ les meilleurs manuscrits, la 106®. àvJpèç ko.) à.S'iX^ou Mavo-wkou , Àvoaitolympiade , et l'an ^oi de Rome, vtïv (6). Quant Theopompus ait tabe Obiit oljmpiadis centesimœ sextœ correptam prœ artimi dolore , quem nnno secundo , urbis anno CCCCll. desideriodefunctimaritiet/ratriscon- M. Chevreau observe qu'Ussérius a ceperat , obiisse. Ceux de Cicëron ne jugé que le passage de Pline e'tait cor- le sont pas moins : Arlemisia illa , rompu , et que Mausole est mort la dit-il (7) , Mausoli Cariœ régis uxor, quatrième année de la loG^. olyra- quœ nobile illud Halicarnassl fecit piade , Tan du monde 365i (2). Cela sepulcrum, quamdiù t4xit , (^«arit in s'accorde parfaitement avec ces pa- luctu , eodemque etiam confecta convoles du père Hardouin : Quid quod labuit. Huic eral illa opinto quotidiè et Diodorus non ad olympiadis CP^I recens , quœ tiim deniquè non appelannum allerum Mausoli obilum , sed labatur recens cum l'ctustate exaruit. ad quartum refert. , lib. 16 , l'ers. Il est presque indubitable que Cicé- 435 (3) , et avec ta durée des règnes ron a ignoré qu'Arlémise ne survécut de ceux qui ont succédé à Mausole jus- que deux ans à son mari, rar , s il qu'à l'expédition d'Alexandre. Voyez Tavait su , il n'aurait i)as employé des la remarque (A) de l'article Ada. Il est expressions qui signifient une très-lonoertain que Mausole était déjà mort , gue tristesse. Mais voyons ce que dit et qu'Artémise , qui ne lui a survécu Strabon : *9iVsi tT' à.7roBetvoÔ3-yiç «Tia Trsvque deux ans, n'était pas encore morte âoc toS àvJfôç (3), prœ desiderio maritl lorsque Démosthène harangua pour la tabe contahuit.
liberté des Rhodieus. Or il prononça (C) On dit qu'Isocrate fit son pacette harangue l'an 2 de la 107®. olym- négyrique.'] J'ai cité deux bons gapiade , comme on le peut recueillir rans (9), et je puis en ajouter un troide Dcnys d'Halicamasse (4) : il faut sième , qui est de grand poids : c'est donc que Mausole soit mort la der- Théopompe. 11 se vanta publiquement nière année de la 106"=., et que l'ano- d'avoir remporté le prix sur Isocrate , nyrae qui a décrit les olympiades se son maître (10). Mais je n'ignore point soit tr.ompé en mettant l'oraison fu- que Suidas, sans faire aucune mennèbre de Mausole , par Theopompus , tion d'Isocrate l'Athénien , parle d'un à la première année de la io3*. olyra- autre Isocrate , disciple et successeur piade. M. de Valois a commis la même de celui-là , et né ou à Héraclée ou à i'aute. Hœc ytrtemisia in funeremariti ApoUonie , sur le Pont-Euxin. C'est tigones ctlebravit olympiade io3 (5). celui-ci , selon Suidas , qui disputa Ceux qui, à l'exemple de Calepin, de le prix d'éloqiience avec Théodecle , M. Lloyd , de M. Hofman , etc. , nous Théoporape et Erythrée (11). Ce derrenvoient au VII*. livre d'Hérodote , pïer était de Naucratis , en Egypte : pour y apprendre des nouvelles du il faut donc trouver une faute dans mausolée , ne consulteront pas bien Aulu-Gelle , à l'endroit où nous lisons les tables chronologiques : il faudrait que Théopompe , Théodecte et Nauqu'elles fussent bien mauvaises, si l'on crites disputèrent ce prix-là (12). Nau-
crites n'est point le nom propre de
(6) Jpud Harpocrat.
(n) Cicer., Tusculan. III. Ce passage est mal cite dans le Valëre Maxime Variorom : la dernière période en caractère romain est sans la particule non; ce qui fait un galimatias impene'lrable.
(8) Slrabo , lit). XIV, pag- 452.
(<l) Plutarchus, in Vitâ Isocrat. A. Gellius .
i,b: X , cap. xvm.
(10) Voyez r.usèbe , Préparât, evatigel.. lib. X, cap. ill , pag. 464. ^
(11) Suidas , in 'l<ro)C/)otTllC.
; 12} Aulus Gellius , lib. X, cap. XVI.'f
y trouvait la mort de Mausole avant celle d'Hérodote.
(B) Elle mourut de regret et de tristesse.^ Nous avons, pour ce fait-là, plusieurs témoins d'importance , un
(0 Plloius, Ub. XXXVI, cap. V, pag. 280, et cap. VI , pag. 288.
(2) Ctevreau, Hist. du monde, H", VII, chap. III.
(3) Harduinus in Plinium, lom. V, pag. 280. (4j Dion. Ilalicarnass. , Epist. de £tate et
Scriptii Dcmosth.
(5) Valcsii >'ot.-e in Harpocrat. Lesicon, ,
Tun de ces concurrens : ce n'est que son nom de ville , un peu alte'ré , car il faudrait dire Naucratites (i3). Olivier les nomme Theopompus , Theodates et Naucrales (i4)- Si l'on veut préférer Aulu-Gelle à Suidas , de quoi je suis bien d'avis, il faudra dire qu'il y a une faute dans celui-ci à l'endroit où nous lisons, ci/xx rS, 'EpuQpctla> N*uxp«.t/tii S'i>tya>vl<rx'To (i5), unà cum Erythrœo Naucratitâ ceitafit. Photius favorise Aulu-Gelle , puisqu'il suppose que Naucrates d'Érythre'e e'tait l'un des concurrens de Theopompus (i6).
D'un côté ou d'autre, on a pris le nom propre pour le nom de ville. Notez que Cicëron (17), Denys d'Halicarnasse (18) et Quintilien (19) , parlent d'un Naucrates , disciple d'Isocrate. Au reste , le passage de Plutarque a e'te' traduit par Amiot tout autrement que par Volfius , et par Xylander. Ceux-ci trouvent que le Panégyrique de Mausole , par Isocrate , e'tait perdu ; mais, selon Amiot , c'est tout le contraire. Isocrate , dit-il, combattit au jeu de prix que la reine Artémisia institua sur le tombeau de son mari Mausolus , et on troui>e encore la l'oraison qu'il y fit à la louange du défunt. La diverse manière d'accentuer a produit sans doute ces traductions différentes : les uns ont lu to i'î îyx.ùcif/,iov où erail^i'ra.i, sed ea laudatio non extat; les autres ont lu TO <fê iyx.âifÂiov ou crci^iTett , hœc autem laudatio ibi sert>atur.\o\\À comment la fortune se joue des manuscrits : un point ôtë , ou ajouté , ou change' , fait passer les choses du oui au non.
(D) Quelques écrivains lui font faire des conquêtes très-uigoureuses . ] Je ne parle pas de la harangue de De'mosthène , qui a été citée ci-dessus (30) , quoiqu'il soit certain , par la manière dont cet orateur s'exprime , qu'on ne se représentait point Artéraise , dans
(i3) Moréri et Hofman disent Naucrites.
(i4)01ivar. , in Valer. Maxim., pag. SgS , edit. Lugd. Bat., ann. i655.
(iS) Suidas , m 'la-o»pa.T«ç.
(iC) Photius, in Bibliotli., cod. CLXXVI , pag. 392.
(17) Ciccro, de Oral. , lib. III, et in Oratore.
(18) Dion. Halicarn. , in Judicio de Isbbo , pag. 228.
(19^ Quintil. , lib. III , cap. VI , initia.
(20) C'est celle de Libertate Rliodiorum , h la paye 'ji de ses OEuvrcs, édition de Genhvc, en i'jii7, in-folio.
Athènes , comme une veuve désolée qui séchait sur pied , et qui négligeait les affaires de son royaume , pour ne songer qu'à la mémoire de son mari.
Les Athéniens la considéraient comme une femme qui était en état de se faire craindre , car l'une des raisons que Démosthène eut à combattre était tirée des mouvemens qu'Artémise pourrait faire , si les Athéniens se mêlaient des intérêts du peuple de Rhodes. Je laisse cela, pour passer à quelque chose de plus fort. Vitruve nous dit qu'après la mort de Mausole les Rhodiens , indignés qu'une femme dominât dans la Carie , entreprirent de la détrôner (21). Leur dessein échoua promptement , par un stratagème d'Artéraise , qui fut promptement suivi d'un autre qu'elle exécuta en personne , avec tant de vigueur et tant de bonheur, qu'elle se vit maîtresse de Rhodes en très-peu de temps.
Elle y fit dresser un trophée de sa victoire, avec deux statues de bronze, dont l'une représentait la ville de Rhodes, et l'autre représentait Artemise , qui marquait d'un fer chaud cette ville-là. Vitruve ajoute que les Rhodiens n'osèrent jamais ôter de sa place ce trophée, car c'était une chose que la religion défendait, mais qu'ils l'environnèrent d'un édifice qui en dérobait la vue. Voit-on là l'état d'une veuve inconsolable , qui ne fait que gémir et soupirer , et qui use tellement sa vie par sa tristesse , qu'elle en vient à bout dans deux ans. Qu'on ne me dise point que Vitruve parle de l'autre Artémise : je sais bien que M. Chevreau l'a cru (22) ; mais deux raisons invincibles réfutent cette pensée ; car , premièrement , l'Artémise de Vitruve avait été femme de Mausole ; en second lieu , elle s'empare d'une ville qui ne fut bâtie que pendant la guerre du Péloponnèse , lorsque Xerxès et Artémise n'étaient plus au monde. 'H «Tè vûv ttôxiç êWio-Ô» KitTot, TliM7rovvyicnct.x.et inro tou a.v'tnu àp^iTêx.- Tovoç, ûJc (^tLtnt, ô<p' où X.dù 0 riêipstlêt/f (23).
Urbs quœ nunc est , Peloponnesiaci belli tempore extructa est ab eo ipso architecto , ut aïunt , qui Peirœum
(,i\'\ Vitruvius , de Architect., lib. II , cap.
riii.
(22) Clievreau, Histoire du monde, {(<>. Vil,. chap. III.
(23) Sjrabo , lib. XIV, pag. 45o.
ASCLÉPIADE. 47.7
eedificant. Ce n'est donc pas sans rai- dessein était de vivre ensemble ,
son que Tzetzés a dit que l'une et j^ ,^ ensemble , après même
l'autre Artemise ont commande des i^,,., ° ^„^^,„„ . '■ .,., . ,,
armées, */.^a, ^. rp^T.yi'v.U, , y..- î^"^ renoncement au célibat. Ils
v*i'rt,ç à.//<^oT£p*c (a4). On ne sait que jugèrent doue nécessaire dechoi-
penser des auteurs quand on voit sir leurs femmes avec une pré-
qu'ils ont débité des choses si incom- caution qui leur pût promettre
patibles d'une même reine. 11 n aura , ^^„^„1j„ J^™ +■ ■ 1
fallu qu'un homme sensible à ses libc- ^^ concorde domestique , et ils
ralites , pour persuader au genre hu- crurent avoir trouve leur fait
main que le regret d'avoir perdu son dans une famille oii il y avait
mari l'avait tuée. Les écrivains l'au- ^^g femme mère d'une fille,
rontcent fois répète demain en main, ,, + i> * '4^ » jj».
comme une chose non-seulement rare, I «ne et 1 autre en état d être
mais aussi qu'il est important de pro- mariées. Menedème épousa la
poser en exemple. Les embellisscmens nière , et Asclépiade la fille (/"),
les plus singuliers viennent tôt ou Celle-ci étant morte, Menedème
céda son épouse à son ami , et se maria avec une fille riche; mais
, il voulut que tout le gouverne-
ASCLEPIADE, natif de Phlie ^ent de la maison fût entre les
(a) au Péloponnèse, tient un mains de la femme d'Asclépia-
rang considérable parmi les an- jç n ^^ i^i f^^ ^^^ difficile de
ciens philosophes. Il fut disciple trouver un bon parti , car il avait
deStilpon (6), et il attira Me- \^ principale autorité dans la
nedème à la même école; Mène- ville où il demeurait (g-) : je veux
tard sur ces sortes de traditions (24) Tzetx. , ehil. XII, vs. 966, Hisl. 455,
dème , dis-je , avec qui il contracta une si tendre amitié (c) , qu'on pouvait la comparer à
dire dans Érétrie , son lieu natal. Asclépiade y mourut fort vieux {h). Il vécut avec beau-
celle d'Oreste et de Pylade (A), coup de frugalité dans l'opulence
Après avoir étudie sous Stilpon Ju logis de son ami {i) , et il sup-
à Megare , ils passèrent à Elide , po^ta tranquillement le malheur
et y conférèrent avec les disci- ^^'ii eut de perdre la vue (C)
pies de Phédon {d). Ils étaient Qn put connaître que sa mort
tousdeuxfortpauvres,etilfal- n'éteignit point l'amitié que
lut qu'à la sueur de leur corps Menedème avait sentie pour lui
ils gagnassent de quoi vivre (Bj. (D). Puisque j'ai dit qu'il fut dis-
Ils ne laissèrent pas de s'appli- ciple de Stilpon , il n'est pas né-
quer a l'étude , et de devenir cessaire que j'observe qu'il a
de bons philosophes. Menedème fleuri un peu après la mort d'A-
etait plus jeune que son ami (e) : lexandre. Il eut un fils , qui se
ils ne se réglèrent point sur la gouverna très-mal , et que Mé-
difference de leur âge , quand nedème chassa du logis , sans
ils voulurent se marier. Leur daigner lui dire un mot. Cela
{a^ *M«t3-ioc , Phliasius , Diog. Laërt., de Vitis Pbilos. , lib. Il, in Menedemo, circa initiuin, pag. l53, edit. Amstel. ann. 1692.
(6) Uiogen. Laèrt., lib. II, pag. i53.
(c) Idem, ibid. , pag. 169, niim. 187.
(</) Idem, ibid., pag. i53, mim. 126.
{e) Diog. Laërt., pag. lâg, nuin, 137,
ignei
{f) Idem , ibid.
(g) Idem , ibid.
[h) Idem, num. l38.
C') lu^itreLi; tS MiviJ'^fjicf) a-^'nS'fa. tù- T4Xû)ç Àtto /J.tya.Xcev» Cumin magnis opibiis friig aliter adtnodum vixisset cum Menedemo. Diogcn. Laërtius , lit II , num. i3S
4^8 ASCLÉPIADE
fut cause que ce jeune débauché se corrigea (k).
(A) Plutarchus, «le Discrim. Adulât, et Amici, pag-, 53.
(A) On pouvait comparer son amitié pour Ménedème a celle d'Oreste
donner deux cents dragmes. On les eût punis , s'ils n'eussent pas indiqué un fonds de leur subsistance.
(C) Il supporta tranquillement le malheur qu'il eut de perdre la vue.'] Je ne doute point que ces paroles de Cicéron ne concernent notre Asclépiade. ^sclepiademj'erunt non igno-
et de Pjlade.^ Voici les paroles de bilem,nec inexercitum philosophum. Diogène Laèrce . */xoç t6 «v //.â-h^ça. ^^ -'——■■ ^ —• — — ■J— ' — '.:>-.-
(MêVê<r«//Oç) eiç «TjÏXOV SX TMC TTpOC 'AçKKVt-
-Tritt-Sm a-u/Li'n'volxç , oJcTiv ti cTia-^iêpot/o-nc TluKÂ^ov <^i>.oçrof,ylctç{i)- Aniicitias pièque sanctèque tuebatur ( Menedemus ) ut ex ed quœ cum Asclepiade fuit conjunctione constat , quœ profectb adeo insignis eral , ut nihil à Pyladis distaret beneuolenliâ. Après cela , cet auteur rapporte qu'Archépolis ayant voulu leur donner une bonne somme d'argent , sa libéralité leur fut inutile 5 car il s'éleva entre eux une louable contestation à qui prendrait le dernier 5 et , comme ils ne purent finir cette dispute , ils ne prirent rien ni l'un ni l'autre.
(B) Il fallut qu'à la sueur de leur corps , lui et son ami gagnassent de quoi vii're.'] Ils firent le métier d'aide à maçon. Asclepiade n'en eut point autant de honte que Ménedème : il ne se souciait point qu'on le vît nu (2),
Quùnt quidamquœreret quideicoecitas allulisset, respondisse ut puera uno esset comitatior (5). « La perte de mes » yeux, disait notre philosophe, )) me procure cet avantage , (|ue je ne ') vais jamais seul : j'ai toujours un » garçon de plus à ma compagnie. »
(D) Lamort n'éteignit point l'amitié de Ménedème... pour lui.] Ayant su que ses valets fermaient la porte au mignon d' Asclepiade, il commanda qu'on le fît rentrer: Sachez, dit-il, au' Asclepiade, quoi qu'il soit dans le tombeau , lui oui^re ma porte. "On ' AiTx.KUTnat.S'riç ctÙTU, ko.) KctTÀynç aiv,Ta.ç âv/>*ç (hoiyiilfi). Asclepiades, etiam sepultus , ei januas aperit. Ce mignon se présentait afin de dîner avec Ménedème.
(5) Cicero, Tusculan. ,QuaEstion., lib. V, cap. XXXIX.
(6) Diogen. Laërt. , lib- II , num. i38.
portant du mortier sur le toit de la ASCLÉPIADE , natif de Pruse
maison ^ mais , pour Ménedème , il dans la Bithynie , fut un des
s'allait cacher s'il voyait venir quel- pi^g célèbres médecins de l'antiqu'un (3). Athénée, qui ne parle point -^ j^ ^^^-^ contemporain de
de cela, fait un autre conte encore plus n l ,
singulier. Les AreopagUes, dit-il (4), Mithridate , comme il parait de
firent ajourner Ménedème et Ascle- ce qu'il ne voulut pas aller à sa
piade , deux jeunes hommes , éludians ^ouj- ^ oil l'on tâcha de l'attirer en philosophie , et fort pauvres et ^^^ promesses magnifiques
leur demandèrent : « Comment Jaites- 1 . -, ^ ^ x J» ,«^
. ^ous pour être sigras? Tous n'avez («)• H se contenta d y envoyer
I) rien; vous passez toute la journée des remèdes par écrit {b). Il fut
)) sans travailler ; vous ne l'employez ^^gf d'une nouvelle secte (c) , et
,> qu'a ouïr des philosophes.» <^Y^âi\.<is .j ^^.^^^^ j^ méthode de faire « venir un meunier , » répondirent . • - 1 ' ■ j„„
cesdeux écoliers. On en fit Venir un, servir le Vin a la guenson des
qui déclara qu'ils venaient toutes les malades {d). Cet usage , et celui
nuits au moulin, et qu'ils travail- ^g l'eau froide, qu'il leur per-
laient à moudre, et gagnaient deux dragmes. L'aréopage , admirant cette conduite , leur fit l'honneur de leur
(j) Diogen. Laërt. , lih. II, nuin. li'].
(2) Je croit qu'il faut entendre ceci , non pat d'une r.udilé proprement dite, mais de l'étal ou vff mettent les ouvriers dans un temps chaud.
(3) Diog. Laert., lib. II, num. i3i.
(4) Ailieo. , lib. IF, cap. XIX, pag. 168.
mettait (e) , lui donnèrent beau-
(a) Spretis legalis et polUcitationibus Mithridalisregis. Piinius, lih. VII, C. XXXVII.
(b) Idem, lih. XXV, cap. IL {c)Idem, lib. VII, cap. XXXVII.
[d) Idem , ibidem, et lib. XXVI, cap. III,
pag-. [^'\l!^■
(<;) Traliebaf prœUi-eà mentes artifcio mi-
ASCLÉPIADE
coup de vogue (/). Ayant gué- livres, qui sont tous perclus. Pli-
n une personne dont on allait faire les funérailles (A) , il s'acquit une réputation incroyable ; mais la gageure qu'il fit contre la fortune fit encore parler de lui avec plus d'admiration (B). Il s'engagea à ne point passer pour médecin , s'il était jamais malade : et il gagna la gageure; car il mourut d'une chute, dans une grande vieillesse. Ce fut à Rome qu'il se signala. 11 y était venu pour y enseigner la rhétorique (ff) ; mais voyant que cet emploi n'était pas assez lucratif, il se tourna du côté de la médecine :
et comme il ne connaissait pas les remèdes qui étaient alors en usage, il prit le parti de les condamner , et d'en inventer de nouveaux. Il s'attacha à des inventions commodes , et dont
ne , Celsus et Galien en ont cité quelques-uns. Il eut aussi plusieurs disciples, qui furent célèbres (i). La délicatesse de Pline me paraît trop grande : il ne pouvait soulFrir qu'un tel homme, qui n'avait étudié la médecine que pour gagner de l'argent , fut devenu un législateur si utile au genre humain (E). Suidas, qui a confondu notre médecin avec un Asclépiade de Myrlea , grammairien , en a été repris par M. Moréri , conformément aux observations de Vossius. C'est pourquoi je n'en parle pas , et je me contente d'indiquer les sources. Je remarquerai seulement les fautes de quelques autres auteurs (F). Celles de M. Moréri ne sont pas considérables (G). Il y eut un autre Asclépiade , mé—
chacun se pouvait servir sans decin célèbre sous l'empire d'Hal'aide du médecin. Cela les fit drien (H), recevoir agréablement : tout le monde courut à lui , et le regarda comme un Dieu donné [C).
Entre les choses qui lui furent favorables pour s'accréditer, nous ne devons pas omettre la sotte crédulité que l'on avait eue par rapport aux vertus magiques de certaines herbes; car étant aisé de persuader que la plus grande partie de ces vertus étaient chimériques, il fut facile à Asclépiade de faire perdre tout le crédit des anciens remèdes (D). Il ne croyait point que l'âme fut distincte de la matière (h). Il composa plusieurs
rabiU , vinum promittendo œgris , dandoque tempestifè tum at/uam frigidam. Plinius, lib. X\ri , cap. m, pag. 444.
(/) Tiré de PHne , lw\ XXKI , chap. III, pag. 44/i.
(g) Idem , ibid.
(Al Voyez TertuUien au livre de Ânimà , chap. XF
(i) Voyez-en les noms dans laheUre XL VI de Reinesius à Rupert , pag. 3c(5.
(A) Il guérit une personne , dont on allait faire les funérailles.'] Voici ce que Pline nous en apprend. Summa auterti ( fama est ) Asclepiadi Pru-
siensi relalo è funere homine et
servato (i). Il observe ailleurs qufi cette espèce de re'surrection fut nécessaire pour établir la réforme qui fut introduite dans la médecine, et qu'il ne faut pas s'imaginer qu'une si grande innovation se soit faite sans des motifs considérables. Magnd nuctoriiate, nec minore famd., ctiin occurrisset ignoto funeri relato homine ah rogn aUjue seri^ato , ne quis letibus monte ntis la ntam coni'ersionem factam. exiitimet (2). Ceise n'a parlé qu'en passant de cette admirable guérison.
In l'icino sœpè quœdam notœ positœ non bonos sed imperitos medicos decipiunt ; quod Asclepiades sciens ,funeri
(i) Plinius 58 , 5.J.
(2)ld,!,n, lib. XXn, cap
lib. m, cap. XXXVII, pag.
m, pag' ^5.
ASCLÉPIADE
obvius inclamacit, euni uwere qui efferebaturi^). Mais Apulée en a étendu les circonstances , sans oublier que les héritiers n'étaient pas bien aises qu'Asclépiade soutînt que cet homme n'était point mort. Asdepiades Me, dit-il (4) inter prœcipuos medicorum, si ununi Uippocratem excipias , cceteris princeps , primus etiam t^ino opitutari œgris reperit : sed dando sci-
cine , mais son mari n'en fut pas frop aise. Voici ce conte. « Dans un village » de Poitou, une femme eut une )> grosse maladie, à la fin de laquelle « elle tomba en léthargie ; son mari et w ceux qui étaient autour d'elle la w crurent morte. Ils l'enveloppèrent » seulement d'un linge , selon la cou- « tume des pauvres gens du pays , et i> la firent porter en terre. En allant à
licet in tempore ; cujus rei obserua- n l'église, celui qui la portait passa tionem probe callebat : ut qui dili- » si près d'un buisson , que les épines
„„... ..—i -„; 1.....^..-. ,.^„^^..^ „ l'ayant piquée elle revint de sa
M léthargie. Quatorze ans après , elle » mourut encore , au moins le crut- M on ainsi. Comme on la portait en » terre , et que l'on approchait d'un « buisson , le mari se mit à crier deux « ou trois fois : N'approchez pas des « haies (5). «
(B) La gageure qu'il fit contre la fortune fit parler de lui auec admiration.^ Je ne crois pas qu'aujourd'hui les charlatans les plus hâbleurs osassent faire de tels paris , et surtout si l'on exigeait qu'ils consignassent une somme. Quoi qu'il en soit, je me persuade qu'on sera bien aise de trouver ici le texte de Pline : Summa autem Asclepiadi Prusiensi ( fa-
maest) maxime sponsione factâ
cuni fiortunâ , ne medicus crederetur ,
gentissimè animad^'erteret t^enaruTU pulsus inconditos, uel prceclaros. Js igitur cùm forte in cluitatem sese reciperet, et rure suo suburbano rediret , aspexit in pomariis cit^itatisfunus ingens locatum , plurimos homines ingenti multiiudine qui exequias i'enerant circumslare, onines tristissimos et obsoletissimos vesiitu. Propiiis accessit, ut etiam incognosceret, more ingenii humani, quisnam es set , quoniant percontanti nemo responderat. uit ferb ipse aliquid in illo ex arle deprehenderat. Cerlè quidemjacentifiomini acpropè deposito fatum abstulit. Jam miseri illius membra omnia aromatis perspersa ,jam os ipsius unguine odoro dilibutum , jam eum pollinctum , jam cœnœ paratum , contemplatus eum diligentissimè quibusdam signis animad-
vertit : etiam atque etiam pertractai^it si unquam i?u'alidus ullo modo fuisseî corpus hominis : et ini^enit in illo l'i- " "" '' '
tam latentem. Confestlm exclamai'it , viuere hominem , procul ergà faces abigerent, procul ignés amolirentur , rogum demolirentur , coenam feraient à tumulo ad mensam referrent. Murmur interea exortum , partïm medico credendum dicere, parthn etiam irridere medicinam. Postreiîio propinquis etiam hominibus int^itis , qu6d ne jam ipsi heredilatem habebant , an qubd adhuc illifidem non habebant : œgrè tamen ac difficulter Asdepiades impetravit brei^em morluo diiationem.
Atque ita uispillonum manibus extortum , i^elut ab inferis , postliminio domum retulit, confestimque spiritum recreai'it , confestimque animant in corpnris lattbulis delilescentem quibusdam medicamentis prouocafit.
Le conte de la femme deux fois portée en terre viendra ici à propos. Elle fut ressuscitée sans le secours de la méde-
(3) Celsus, de Medicinâ, Uh. // , cap. FI , pag. 57.
(4) Apukius, in Floridis , pag. 363.
ipse : et uictor, supremd in senectâ lapsu scalarum exanimatus est (6).
Ce fut une étrange témérité que celle de ce médecin ; mais le bonheur de n'avoir pas été démenti par l'événement me paraît encore plus singulier.
Je remarque qu'en certaines choses il tenait du charlatan. Il mit en usage le vin pour certains malades , et il vanta de telle sorte son remède , qu'il dit que la puissance des dieux égalait à peine celle du vin. Asdepiades utilitatent uini œquari uix deorum potentiâ pronunliavit (7).
(C) Tout le monde courut a lui , et le regarda comme un Dieu donné.^ On va voir encore dans les paroles de Pline une image de l'ascendant que prennent encore aujourd'hui certains médecins. Torrenti ac meditatâ quotidiè oratione blandiens omnia ( reme-
(5) Ménagiana, pag. 11^, 118, de la première e'dition de Hollande.
(6) Plinlus, lib. VU, cap. XXXVII, pae. 58, 59.
(7) Idem , lib. XXIII, cap. I , pag. 25i.
ASCLÉPIADE
dia ) abdicavit , totamque medlcinam plde Pontince paludes, tantùmque as ri
suburbanœ reddatur Italiœ . IVam quœ apud eundem Democritum inuenilur compositio medicamenti , quo pulchri tonique etforiunati gignantur liberi, cui unquàm Persaruni régi laies dédit?
Mirum esset profecto , fiucusquè proueclam credulitatem antiquorum , saluberrimis ortam initiis , ii in ullâ re modum humana ingénia novissent atque non hanc ipsam medicinam ab ^sclepiade repertam , suo loco probaturi essemus euectam ultra Alagos etiani. Sed hcec est omni in re aniniorum conditio , ut a necessariis orsa primo , cunctapercenerint ad nimium.
Le père Hardouin rapporte ceci à l'endroit où Pline étale l'autorité que certains médecins s'étaient acquise, quoicju'ils rejetassent les remèdes les uns des autres. Hinc iltœ , dit-il (lo) , circa œgros miserce senttntuirum cnn^ certationes , nullo idem censente ne fideatur accessio allerins. Hmc illa inj'elicis monunienti inscriptio, turbâ se medicorum periisse. Mutatur ars quotidiè loties interpolis , et ingeniorum Grœciœflalu impellimur. Palamque est , ut quisque inter istos loquendo polleal, imperatorem illico uitœ nostrœ necisque fieri.
(E) Pline ne pouvait souffrir
qu'un tel homme fût devenu un législateur si utile augenre humain.^Ses paroles sont remarquables : Id solumpossumus indignari , unum hominem è leuissimdgente, sine opibus ullis orsum, uectigalis sui causa , repente Iffges salutis humano generi dédisse , quas tamen poslea abrogauêre multi (il).
(F) f^oiciles fautes de quelques
auteurs touchant Asclépiade.'\ Meursius a été repris pour avoir cru qu'Asclépiade de Myrlea , et Asclépiade de Nicée étaient deux personnes. Malè Meursius hune Myrleanum et Nicenum tanquam duos distinctos recenset (12). Jonsius prétend que c'est une erreur , et que le même Asclépiade, qui était né à Myrlea et originaire de Nicée , est surnommé Myrleanus et JVicenus indifféremment. Pinedo était dans la même erreur que Meursius (i 3). Dansl'in-
ad causam, reuocando , conjecturée fècit, quinque res maxime communiuni auxiliorum professus, abstinentiam cibi-, alias vint , fricationem corporis , ambulationem , gestationes :
quœ ciim unusquisque semetipsum sibi prcestare posse inlelligeret ,favenLibus cunctis ut essent vera quœ facillima erant , universum propè humanum genus circumegit in se, non alio modo, quam si cœlo emissus advenisset (8).
(D) La plus grande partie des vertus magiques des herbes étant chimériques , il fut facile à Asclcpiade de faire perdre le crédit des anciens remèdes.^ C'est le propre de l'homme de ne garder point de milieu. Ne l'avertissez pas que l'on coud des faussetés à l'intini avec les faits véritables , il croira tout. Désabusez-le d'une partie des faussetés , en lui montrant avec évidence qu'il y avait été trompé , il doutera de tout. Voilà comment les impertinences des remèdes qu'on nommait magiques aidèrent Asclépiade à renverser les choses mêmes qui pouvaient être fondées. Pline va nous peindre heureusement cette inclination aux extrémités , qui se remarque dans le cœur humain. Super omnia , dit-il (9) , adjuvêre eum ( Asclepiadem ) magicœ wanitates , in tantum evectœ , ut abrogare herbis fidem cunctis passent. jEthiopide herba amnes ac stagna siccari conjectu , tactu clausa omnia aperiri.
yichœmenide conjectd in aciem hostium , trepidare agmina , ac terga vertere. Latacen dari snlitam a Persarum rege legatis , ut quocumque bénissent omnium rerum copia abundarent ; ac multa similia. Ubinam istce fiiêre , ciim Cimbri Teutonique terribili Marte ulularent , aut ciim Lucullus tôt reges Magorum paucis legionibus sterneret ? curve romani duces primam semper in bellis commerciorum habuére curam ? cur hercule Cœsaris miles ad Pharsaliam famem sensit, si abundantia omnis contingere unius herbœ felicitate poterat ? Non satius fuit jEmilianum Scipionem Carthaginis portas herbd patejacere , quam machinis claustra per tôt annos quatere ? Siccentur hodiè jEthio-
(8) Idem, lih. XXFI , cap. III , pag. 444-
(9) Idem , ibid. , cap. IV , png. 446-