‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 10 sur 109 · TOME Il · texte numérisé non relu

TOME Il

mières parties furent imprimées à Lucques, lan 1554, ën-4°., et la quatrième à Lyon , l'an 1573, in-8°. Je m'étonne que M. Ménage n'ait point mis ce religieux dans le catalogue des ecclésiastiques qui ont fait des vers ga-

lans (g) (G).

(g) Ilest à la fin de l'Anu-Baillet.

(A) LL contracta avec Jules Scaliger une amitié... qu'il cultiva.…. dans la Guienne. | On ne connaît guère cela que par ces paroles : £’odem tempore Mantucæ degebat Matthœus Bandellus Ansuber dominicanus, vir eloquentissimus, ét optimus , qui posteà per aliquot menses episcopus Aginnensis fuir, et Mantuæ Marium æquicolum summd observantid coluit, atque ibi cum Julio C&æsare arctissimd amicitiæ necessitudine conjunctus fuit , quam ab eo tempore, ad supremum usque vitæ diem , in Aquitanid perpetuavit. Îs, quum unam historiarum suarurn, quas Aginni etruscd lingu& Boccatium imitatus conscripsit, Julio dedicaret, eum non solüm S'caligerum agnoscit , sed etiam illustrissimum vocat in epistold dedicationis. Et quüum in quatuor tomis ingentibus, singulas singulis summis, et nobilissimis ac generosissimis viris dedicaverit » NerminEm Eorum majori honorè , quam Julium affécit, quüum tamen aliquot êx illis illustres vocare nulla fuisset invidia (1). Lucrèce de Gonzague écrivit deux lettres au pére Bandel, qui nous insinuent qu’il fut élevé à quelque charge. La première (2) marque qu’il était en France , et la seconde (3) qu’il était en Guienne :

dans la première on le nomme reverendo padre , mais dans l’autre, on le qualifie monsignor P. Bandello, et on l'y félicite de sa nouvelle dignité.

La date d'année ne s’y trouve point, Il n’était pas encore évêque *, lors-

(x) Joseph. Scaliger , in Confutatione Fabulæ burdonianæ, pag. 269 , 270.

(2) Elle est a la page 61 des Lettres de Lucrèce de Gonzague, imprimées à Venise, l'an 1552.

(3) Elle est à la page 63.

* [1 paraît au contraire que Bandel était évêque d'Agen dès 1550; mais, dit Leclerc, Bandel ne commenca sans doute à résider qu'après le

départ de Scaliger. Un suffragant remplissait les fonctions d’évêque.

Va 8]

ue Jules-César Scaliger luiécrivit une lettre (4) sur la mort de Fracastor. La réponse (b) qu'il lui fit est datée de Bassenni , 22 novemb. 1553.

(B) Ses Nouvelles ont été traduites en français... Voici le jugement qu'en a fait le traducteur.] Notez avant toutes choses, que les six premières furent mises en français par Pierre Boaïisteau, et les autres par Belleforest, L’avertissement au lecteur à la tête du 1°. volume (6) contient ces paroles : 7e priant , au reste, ne trouver MAUVAIS, SL JE ne MC SULS ASSUjecty au style de Bandel ; car sa phrase ma semblé tant rude, ses termes impropres, ses propos tant mal liez, et ses sentences tant maigres, que j'ay eu plus cher la refondre tout de neuf, et la remettre en nouvelle forme , que me rendre si superslitieux imitateur, n'ayant Seulement prins de luy que le subject de l’histoire , comme tu pourras aisément découvrir, si tu es curieux de conférer mon style avec le sien. Voici un fait assez curieux. Belleforest, travaillant à la traduction de la Nouvelle xxxvir, fut saisi d’un tel remords de conscience, qu’il résolut de laisser là cette occupation. Je quitte donc ict les armes, dit-il (3), et laisse désormais ces sujets qui peuvent estre tournez à toutes mains, et desquels les uns prennent enseignement , et les autres exemple pour s’en servir en leurs folies et jeunesses ; car ce que j'en ay fait à ceste fois à esté plus pour gratifier à quelque mien amy, que de désir que j'eusse que tel œuvre sortist de ma boutique. IVon que l’äge me dispense de parler de ce qui ést joyeux et Saillard ; mais le temps est divers à ces gaillardises | quelque chose qu'y soit cachée dessous, et qui puisse coulourer les délicatesses trop molles que les amours requièrent lors- .que l’on en discourt : et aussi que j'ai des desseins d’autre conséquence que des histoires du Bandel, ni Les amours de ceux qui par leur exemple nous deussent dégouster de suivre tant nos sensuels appétits, qu'a la fin nous

(4) C'est la LVTS. de ses Lettres, pag. 186, édition de Leyde, en 1600.

(5) C'est la LVile. lettre parmi celles de Jules-! ésar Scaliger.

(6) IL fut imprimé & Paris, l'an 1567, et réimprimé la méme année, à Anvers.

(7) Belleforest, Histoires tragiques, tom. III, pag. 53,54, édition de Rouen, en 1604.

BANDEL.

servions de compte à la postérité par la mémoire de nostre sotise. Ce roi (8) donc fermera le pas à nostre-course, et donnera fin à ce que” d’icy en avant je prétens de faire qui soit pro- Jane, si quelquefois une histoire plus solide ne me fait esveiller l'esprit, et un discours plus long ne fait que je songe plus longuement que je n’ay fait a suivre assez simplement les pas de l’autheur, que j'ay plus orné et amplifie que suivy , ni imité. Pour excuser le passé , il ajoute cette remarque: « Je » décris lesamours, non comme lascif, » ains comme celui qui me moque des » folset me ris de ceux quisetranspor- » tent à crédit ,et se laissent vaincre » par leurs concupiscences : et accuse » les adultères, déteste les infâmes, » abhorre les meurtriers, et suis mar- » ri que le monde voye des hommes » si insensez , qui se laissent mourir » pour un plaisir si peu durable que » l’aise du corps. En somme, je loue la » vertu, et accuse le péché, souhait- » tant que moi changé en mieux par » ceste lecture, je voye aussi les au- » tres sentir la fin de leur folie, avec » l’améliorement de leur vie. Que si » quelqu'un prend plus de plaisir aux » contes joyeux qui sont dans le » Bandel, qu’il s’y déduise à son aise :

» quant à moi ( comme j'ai dit}, je » lui en quitte ma part, et de mesme » lui laisse l’heur et gloire qu’il en » rapportera , ayant enrichi, et cest » autueur stérile, et nostre langue, » avec la douceur naïfve de son élo- » quence (9). » Voilà un laïque français qui fait scrupule de traduire ce qu'un religieux italien avait écrit de l'amour ; mais ce scrupule ne dura guére , car Belleforest acheva cette traduction, et y joignit même des supplémens.

(C) M. Ménage ne l’a point mis au nombre des ecclésiastiques qui ont fait des vers galans.]Bandel en a fait, eten a été félicité par'ses amis. Voyez l’épigramme de Jules-César Scaliger de Bandelli Amoribus thuscd linguä decantatis (10), et les quatre vers que Je vais copier.

(8) C'est-u-dire, Henri VIIT, roi d'Angleterre.

559) Belleforest, Hist. tragiq., tom. III, pag.

(ao Je la rapporte dans la remarque (B) de l’artiêls de (Lucrècede) Gonzacues.

BANDOLE.

Dum teneros loquitur dulcis Bandellus amo-

res , Ipse suf oblitus tela remisit amor.

Seu canit Aonium fontem fontisque sorores, Fonti ipsi ex illo luciea vena fluit (11).

Le catalogue de la bibliothéque de Nicolas Heinsius (12) m’apprend que les Canti XL, etc. dal Bandello furent imprimés à Agen , l'an 1545, in-8°.

(11) Julius César Scaliger, ër Heroïbus, pag. 327 partis I Poëmatum.

(z2) À la page 200 de la II. partie.

BANDOLE * ( ANTOINE DE) ,

avocat au parlement de Provence, a paru à la tête d’une traduction française de X7phi- Tin , imprimée à Paris l’an 1610, in-4°. 1] fit aussi imprimer dans la même ville , en 1609, #1-4°., les Parallèles de César et de Henri IF, à la tête des Commentaires de César , traduits en français, et commentés par Vigenère.

* Ce nom est un pseudonyme, et le personnage n’est très-probablement autre que Jean Beaudouin ; mais il faut remarquer que c’est une addition de 1720, où l’on n’aurait pas dû admettre un article si court et si informe, Il est singulier que Leclerc ni Joly n'aient rien dit d’un article aussi extraordinaire.

BANGIUS (Tnomas), docteur et professeur en théologie dans l’université de Coppenhagen, naquit lan 1600 (a). Il acheva ses humanités au collége d’Ottensée , dans l’île de Funen, et puis il passa à Coppenhagen vers la fin de l’an 1621, où 1l continua d'étudier avec beaucoup de progres. Gaspard Brochmand, professeur en théologie, et évêque de Sélande , lui donna son fils à instruire. Bangius fut précepteur en même temps de Christien Friis, fils aîné du chancelier de Danemarck. Apres avoir

(a) Flemlosiæ Finorum. J'aime mieux

rapporter le nom de sa patrie en latin, que de ne pas bien rapporter le nom vulgaire.

BANGIUS. 53

eu cet emploi plus de cinq ans, il obtint pension du roi, et s’en.

alla à Rostoch , d’où il repassa à Coppenhagen , lorsque les troupes de l’empereur s’approchèrent de la mer Baltique. Il acheva son cours de théologie sous le professeur Brochmand , et puis il fitun voyage à Franeker, où il apprit le rabbinisme et le chaldaïsme sous Sixtinus Amama, dont il se fit fort estimer. Il étudia ensuite à Wittemberg : il y reçut, en l’année 1630 , une lettre du recteur et du conseil académi-

ue de Coppenhagen, par laquelle on lui offrait la profession de l’hébreu. Il s’en excusa , alléguant qu’il n’était pas assez docte pour s'acquitter dignement de cette charge; mais comme 1l se vit exhorté par le sieur Brochmand , qui était alors recteur, à ne refuser point ce qu'on lui offrait, il l’accepta pourvu qu'il lui fût permis d’employer les revenus de cette charge à étudier quelques années l’arabe et le syriaque sous Gabriel Sionite (db). Cette condition ayant été agréée, il se rendit à Coppenhagen, et prit possession au mois de septembre 1630 de la profession en hébreu , et peu après du doctorat en philosophie. Il exerça cette profession avec beau coup d'utilité pour les étudians, jusqu’en l’année 1652, qu'il monta à la profession de théologle vacante par la mort du sieur Brochmand. Il fut promu au doctorat de la même faculté l’an 1653 , en présence du roi et de la reine. Trois ans après, on lui conféra la charge de bibliothécaire de l’académie, et 1l fit la

(b) IT enseignait alors à Paris.

dédicace du temple de la Trinité par une prédication latine (c).

Étant tombé malade 1e onzième d'octobre ‘1661 , il donna ses principaux soins aux intérêts de son âme : il se confessa et communia le sixième jour de sa maladie , et mourut le 27 du même mois (d). Il avait épousé en 1638 la fille d’un sénateur : il en eut quatorze enfans , huit fils et six filles. Ses écrits font foi de sa science (A).

(c) Ce temple fut destiné aux exercices de religion pour les étudians.

(d) Tiré de son Programme funèbre, composé par Pierre Scavenius, recteur d'e l’academie de Coppenhagen, cité par Wiitte, Memor. Theolog. renov. , pag. 1387.

(A) S'es écrits font foi de sa science. | Ïl fut auteur avant que d’être docteur ; car il publia dès l’année 1627 l’exposition d’un passage de Jérémie (1).Ses V'indiciæ locorum Genes. XLVIIT, 16, Genes. 1W,1; Psalm. XIX,1, parurent l’an 1630. Il publia l’année suivante, Fontium Israëlis Trias, Jona, Michea, Ruth ; et Van 1634, son Exercitatio glottologica de ortu linguarum. Ses EÉxercitationes octo litterariæ antiquitatis parurent l’an 1638.

Les deux livres Observationum philologicarum parurent deux ans après.

L’'Aermes et Pan hebraïcus, quo vi-

vum absoluti hebraïci lexicographi exemplum proponitur , fut imprimé en 1641 (2). Le Phosphorus inscriptionis hierosymbolicæ , quo Siellæburgum regium hafniense illustratur, parut l’an 1648, et fut suivi l’année d’après du 7ropæum protevangelicum , quo ex scriplis pontificiorum ostenditur veram esse lectionem , Ipsum conteret tibi caput, et soli Christo convenire.

#/ Exercitatio elenchtica de Nephilinus, gigantibus vulso dictis, opposita Jacobo Boulducco, fut un fruit

e l’an 1652; e iva sacræ pacis de l 652 ; et l'OL P repurgata, un fruit de Pan 1654 ; et le Cœlum Orientis et prisci Mundi,

(x) C'est le verset 24 du chap. XXTIT.

(2) Le père Labbe, Biblioth. Bibliothecar., pag. 198, parle de ce livre quoi qu’il n'ait aucun rapport à son dessein : et l'attribue & Thomas Bengus.

BARANZAN.

un fruit de l’an 1657. Je laisse les titres de quelques autres ouvrages , qui n’ont pas été omis, ni dans le programme funèbre, ni par Albert Bartholin (3). Quelques-uns des livres dont j'ai rapporté les titres sont de simples harangues : l’'Oliva sacræ Pacis repurgata est de ce nombre. Elle n’a pas laissé de faire mettre l’auteur dans le catalogue des pacificateurs de religion (4), et d'être insérée toute entière par Jean Duræus dans l’{renicorum tractatuum Prodromus.

(3) In libro de Scriptis Danorum.

(4) Voyez He‘degger. de Concordiä ecclesiat., Prot. , pag. 208.

BARANZAN (RenemPTus), religieux barnabite, a été dans le XVITI®. siècle l’un des premiers qui ont osé s’écarter de la route d’Aristote , en philosophant. La Mothe-le-Vayer dit qu’il le peut mettre entre les premiers esprits de notre siècle (a), et que les ouvrages de sa jeunesse suflisent pour cela (A). Il ajoute que ce bon barnabite l’avait beaucoup de.fois assuré, et toujours sous le bon plaisir de Dieu, qu’il se ferait revoir à lui, 577 partait le premier de ce monde. 11 ne tint pas sa parole, la providence en ayant autrement ordonné, et il vérifia la sentence d’un poëte latin :

Qui nunc it per iter tenebricosum , Tlluc undè neg'ant redire quemquam (b).

Je parlerai ailleurs (c) de quelques personnes qui ont fait de telles promesses. Baranzan était de Verceil *; il enseigna les

(a) La Mothe-le-Vayer, Discours chrétien de l’Immortalité de Fâme, au IVe, tome de ses OEuvres, in-12, pag, 172.

(b) Catuli., Epigr. JIT.

(c) Dans l’article BONFADIUS,

* Il était seulement du diocèse de Verceil.

Né à Serravalle en 1590 , il mourut le 23 décembre 1622. Leclerc renvoie au reste à l’article curieux que le père Nicéron barnabite a consacré à son confrère , dans le tome IT de ses Mémoires.

BARBARUS

mathématiques et la philosophie dans la ville d'Annecy en Savoie.

Naudé, à la page 70 de l’Instruclion qu'il publia lan 1623 sur les frères de la Rose-Croix, parle de lui comme d’un homme déjà mort.

(A) On le peut mettre entre les premiers esprits de notre siècle : les ouvrages de sa jeuuesse suffisent pour cela.| Il entend sans doute le livre de novis Opinionibus Physicæ , imprimé à Lyon, l’an 1619. Konig fait mention de deux ouvrages de ce moine :

Edidit, dit-il, Uranoscopiam et campum philosophicum , an. 1620 (1). J'ai eu entre mes mains un exemplaire du Campus philosophicus , imprimé à Lyon en 1619. Il ne contenait qu'un volume , et ne traitait que de la logique , et cela d’une manière assez conforme à celle des péripatéticiens ; mais l'approbation me fait croire que ce volume n’est que la première partie du Cours de philosophie de Baranzan, et que ce Cours a pour titre général Summa philosophica Anneciacensis ; ce qui confirme ce que j'ai dit, que cet auteur avait enseigné dans Annecy.

(1) Le Catal. d'Oxford dit Uranoscopia , seu umversa Doctrina de cælo, 1617. /

BARBARUS (Francois), noble vénitien, a été un homme :illustre dans le XV°®. siecle. Ilavait non-seulement beaucoup de savoir , mails aussi beaucoup d’adresse à manier les grandes af- faires ; il n’était pas moins homme d'état qu'homme de dettres, et il le témoigna dans tous les emplois publics qui lui furent confiés , et principalement lorsqu'il fut gouverneur de Bresce. On ne peut assez admirer la vigilance, la fermeté, la souplesse et les autres grandes vertus , avec quoi il défendit cette ville contre les forces du duc de Milan, commandées par le fameux Picinin. Il eut à combattre et les ennemis

de dehors et ceux de dedans, et il vint à bout des uns et des autres. Les divisions étaient extrêmes dans la ville :4es Avogadri et les Martinenghes étaient les chefs de deux factions opposées ; 1l les engagea par son élo— quence à se réunir , et à travailler de concert au bien de la cause commune. La longueur du siége ou du blocus causa la famine dans la ville , la famine y causa la peste; et néanmoins, parmi tous ces embarras , 1l eut l'avantage de rendre inutiles les efforts de l'ennemi pendant trois ans, et de le contraindre de se retirer. Ceci arriva environ l’an 1439 (a). Il y a des auteurs qui croient que notre François Barbarus est celui qui a fait un livre de Re uxori& , quelques Lettres et quelques harangues. C’est le sentiment de Volaterran (b) qui ajoute qu’il avait été disciple de Chrysoloras , et qu’il oublia tout son grec dans sa vieillesse. Volaterran pourrait bien s’être trompé en quelque chose(A). François - Barbarus *mourut l’an 1454 (c).

(a) Tiré de Vianoli au XVIII. livre de l'Histoire de Venise, tom. I. Voyez aussi ce qu’il dit au XX. livre, pag. 768.

(b) Volater., Lib. XXI, pag. 773.

* On peut, dit Joly, consulter sur ce savant Vénitien la dissertation du cardinal Quirini, mise en tête de l’édition des Lettres de Barbarus ou Barbaro, Brescia, 1743, iu-4°., mais M. Ginguené (Biogr. universelle ) dit qu'il serait à désirer que dans cette dissertation il y eut plus d'ordre et moins d'erreurs,

(c) Vossius, de Histor. Lat., pag. 620.

(A) Volaterran pourrait bien s'être trompé en quelque chose touchant F.

Barbarus.| Voici d’où me vient un tel soupcon. Je trouve dans le Viano- Li, que François Barbarus, qui défendit si heureusement la ville de Bresce, fut père de Zacharie , et que Zacharie

fut père d’Hermolaus Barbarus (1). Je trouve dans la Bibliothéque de Gesner, que Francois Barbarus, auteur du livre de Re uxori&, a traduit du grec de Plutarque la ie d’ Aristide , et celle de Caton, et qu’il les a dédiées à Zacharie son frère. Je trouve dans Volaterran (2), qu'Hermolaüs Barbarus était neveu (3) de ce Francois Barbarus qui défendit la ville de Bresce. Volaterran avait parlé de ce François Barbarus dans la page 773, et en avait dit entre autres choses ce que l’on va voir. « Il entendait bien la lan- » gue grecque, mais il l’oublia tout-à- » fait dans ses vieux jours, comme je > l'ai oui dire à Hermolaüs Barbarus » son parent.» fic postremd senescers, uli ab Hermolao ejus necessario accepi, ditterarum græcarum quas probè tenebat, erat omnind oblitus. Les autres choses que Volaterran avait dites de ce Francois Barbarus sont qu'il avait été disciple de Chrysoloras, qu'il a écrit un livre de Re uxoriä , quelques harangues et quelques Lettres, et qu’il s’acquit une grande réputation en défendant Ja ville de Bresce. Dum Brixiæ prætoressei, eam urbem à Philippi ducis obsidione magn& cum laude liberavit. Cela pourrait faire soupconner que Volaterran a joint pêlemêle ce qui convient au père, et ce qui convient au fils. Le passage de Gesner témoigne que Francois Barbarus, auteur du livre de Re uxorié, et traducteur de la fie d’Aristide, était frère de Zacharie Barbarus. Or, selon le Vianoli, Zacharie Barbarus était fils de celui qui défendit Bresce, et père d’Hermolaus : il faudrait donc dire que celui qui defendit Bresce, eut un fils nommé Francois Barbarus qui a fait le livre de Re uxorid, et traduit du grec de Plutarque Ja ie d' Aristide et celle de Caton, et qui fut oncle d'Hermolaus Barbarus. Selon cela, Volaterran aurait attribué au père certaines choses qui ne conviennent qu’au fils. D'ailleurs celui qui défendit Bresce aurait pu avoir un frère nommé Zacharie, auquel il aurait dédié ses deux traductions : et ainsi toute la faute de Volaterran consisterait à n'avoir point su que Fran-

(x) Histoire de Venise de Vianoli, tom, 7, div. XX, pag. 768.

(a) Lib. XXI, pag. 777:

{3) Ex fratre nepos.

BARBARUS

cois Barbarus était l’aieul d’Hermolaüs. Si j'avais les œuvres de Francois Barbarus, j'y trouverais apparemment de quoi décider la question.

Ne les ayant pas, j'ai prié M. de Larroque d’éclaircir mon doute, et voici ce qu’il m’a répondu : « M. Joli (4) prou- » ve que l’auteur du livre de fe » uxorid était l’aieul d'Hermolaüs , et » qu’il le publia vers le temps du con- » cile de Constance; car Poggio et » Paul Verger parlent de ce livre » dans des lettres datées de la ville de » Constance. La lettre de Poggio est » écrite à Guérin de Vérone , et celle » de Verger à Nicolas Léontin. Elles > louent Fr. Barbaro d’avoir su si bien » écrire du mariage, quoiqu'il fût » très-jeune et non marié. Il dédia à » son frère Zacharie la version des » Vies d’Aristide et de Caton, et mou- » rut l'an 1454. M. Joli distingue deux » Daniel Barbaro. » Notez qu’on m’a dit que cette préface de M. Joli , que Jai citée, contient plusieurs éloges de Pauteur du livre de Re uxori&, et léclaircissement de beaucoup de choses qui concernent les hommes de lettres.

Gesner et Vossius citent une lettre d'André Brentius, par laquelle l’on peut apprendre que Francois Barbarus, aïeul d'Hermolaus, et père de Zacharie, avait composé et traduit beaucoup de livres. ÆVimirüm in te omnia Francisci Barbari pairis virtutum lumina elucescunt : cui certè multm latina lingua debet, tot tantisque ab eo libris compositis, partim conversis, à quo minime degenerat Hermolaus filius , te tanto patre non indignus (5).

‘Il est très-certain, par le témoignage

même d’Hermolaus (6), que son père s'appelait Zacharie ; de sorte que Philippe de Bergame s’est fort abusé, quand il l’a fait fils de Francois Barbarus, et petit-fils de Zacharie : Francisci Barbari filius, Zachariæ Barbari nepos (7) M. Moréri, tant ici qu’en

(4) Dans la préface de la traduction française du livre de Re uxoriâ, imprimé à Paris, l'an 1665.

(5) Andreas Brentius, patavinus, Fpistolà ad Zachariam Barbarum, apud Vossium, de Hist.

lat., pag. 621. Dans l'Appendix de M. Cave, pag. 159, on assure qu'Hermolaüs était fils de François. .

(6) Foyez la XXXIIEC. lettre du XII, livre de celles de Politien. à

(7) Philip. Berg. apud Vossium , de Histor.

lat. , pag, Gox,

BARBARUS

mille autres lieux, traduit repos par neveu.C’est une très-lourde faute.Ceux qui se piquent de la belle latinité ne se servent de nepos que pour désigner un petit-fils. Ceux qui ne sont pas si scrupuleux en fait de style latin se servent à la vérité du mot repos, pour dire neveu, mais ils ajoutent ordinairement ex fratre, ou ex sorore, afin d’ôter léquivoque ; s’ils disent repos tout court, ils entendent petit-fils.

BARBARUS (HERMoLAUS), petit-fils du précédent , a été un des plus savans hommes du XV°.

siècle Il naquit à Venise le 21 de mai 1454 (a). Il fit de grands progres dans les études, si promptement, qu'il commença à faire des livres la dix-huitieme année de son âge (A). Les emplois publics , dont il fut chargé de bonne heure, ne l’empéchèrent pas de cultiver avec ardeur les belles-lettres (B). Il fut envoyé par les Vénitiens à l'empereur Fridéric, et à Maximilien son fils, roi des Romains; et cette députation , bien loin d'arrêter sa plume, lui fournit de quoi soutenir le personnage d'auteur : car non-seulement 1il publia la harangue (C) qu'il récita devant ces deux princes à Bruges , l’an 1486, mais il fit aussi un Zraité de l'Accord de l’ Astronomie avec la Médecine :

il le fit , dis-je, la même année, en passant par la ville de Colo— gne pour s’en aller à Mayence.

Ce Fat. à la prière de Théodoric Flas, médecin de Nuis, qu’il le composa (b). Comme il savait fort bien le grec, 1l entreprit les traductions les plus malaisées, et il commenca par un célèbre paraphraste d’Aristote , je veux (a) Gesner., in Biblioth., fol. 246, ex

Trithemio.

(b) Gesner. , in Biblioth, , foi. 317.

dire par T'hemistius. I] attaqua ensuite Droscoride , dont il corrigea le texte le mieux qu’il put, et dont 1l fit une traduction à laquelle il ajouta un fort docte Commentaire. On dit qu'il travailla aussi sur deux traités de Plutarque , qui sont les plus difficiles. (c) Je ne sais si cette version a jamais paru en public. If avait dessein de traduire toutes les OEuvres d’ Aristote (D), et il dit dans l’une de ses épîtres dédicatoires , que l’exécution de ce dessein était déjà fort avancée.

Il avait une facilité extraordinaire à faire des vers, et l’on prétend qu'il en composa plus de douze mille (E). Mais de tous ses ouvrages , il n’y en a point qui lui ait donné autant de réputation que ce qu'il a fait sur Pline. 1 ÿ corrigea pres de cinq mille passages, et par occasion il en rétablit trois cents dans Pomponius Méla (d). I n’a pas manqué de censeurs à l'égard de ce beau travail (F), non plus qu’à l’égard de ses autres livres (G). I était ambassadeur de la république de Venise auprès du pape Innocent VIIT, lorsque le patriarche d’Aquilée vint à mourir. Aussitôt le pape lui conféra ce patriarcat. Hermolaüs eut limprudence de l’accepter sans attendre le consentement de ses supérieurs (H), quoiqu'il ne pût pas ignorer que la république de Venise avait fait des lois pour défendre à tous les ministres qu’elle envoyait à la cour de Rome d’accepter aucun bénéfice.

(c) De Iside et Osiride, et cur Oracula desierunt. Gesner., ir Biblioth., fol. 317.

(d) Herm, Barbar., in prefat, ad Alexandrum. VI.

Les excuses d'Hermolaus , fondées sur ce que le pape l’avait contraint d’embrasser la prélature, ne furent point écoutées.

Le conseil des Dix lui signifia fort sechement qu'il eût à renoncer au patriarchat , et que, s'il ne le faisait point , son pere serait dégradé de toutes ses dignités , et verrait bientôt ses biens confisqués. On fut inflexible. Zacharie Barbarus employa tous les moyens imaginables pour obtenir le consentement de la république au patriarcat de son fils; et n’ayant pu rien agner , il en mourut de chagrin (1). Son fils le suivit de pres : on a voulu dire que lui aussi fut emporté par le chagrin (K); mais il y a plus d'apparence qu'il mourul de peste. Piérius Valérianus l’a mis en tête de ses sa— vans malheureux. Il a, ce me semble, outré les choses lors— qu'il a dit qu’on ne sait pas méme si Hermolaus Barbarus fut enterré (L). Ce grand personnage mourut à Rome l’an 1403. Il témoigne dans ses Lettres une grande résignation et beaucoup de tranquillité d’esprit par rapport au traitement qu'il avait recu de sa patrie (e). Je ne crois point qu'on puisse dire qu'il a été fait cardinal (M). On a débité qu’il eut recours au démon , pour savoir le sens d’un mot grec (N) dont Aristote s’est servi. N'oublions pas que Laurent de Médicis lui donna des marques d’une estime singulière (0).

M. Varillas a fait un récit fort agréable et fort étudié touchant Hermolaüs Barbarus , mais 1l - s'est trompé en beaucoup de cho- (e) Voyez la remarque (K).

BARBARUS

ses , et bien plus souvent que Mo réri (P).

Je citerai un passage d’Alcyomius, où l’on verra que notre Hermolauüs se félicitait de sa disgrâce, et qu'il n’étudia jamais avec tant d'application que depuis que sa patrie l’eut maltraité (Q).

(A) 1! commenca à faire des livres la dix-huitième année de son âge. | C’est Gesner qui nous l’apprend. 4b octavo decimo ætalis suæ anno scribere exorsus multa elegantissima opuscula composuit (1). Vossius a voulu dire la même chose ; mais, parce que son imprimeur oublia deux lettres, ik a été cause que M. Teissier à dit qu'Hermolaüs Barbarus commença d’écrire à l'âge devingt-deux ans (2). Voilà la traduction de ces paroles de Vossius : 4h anno œtatis duo vigesimo scribere orsus fuit (3); et voilà de quelle conséquence sont quelquefois les fautes des imprimeurs. Il est clair que Vossius avait mis duodevigesimo : deux lettres supprimées de ce mot ont ôté quatre ans de gloire à un auteur. On voit dans la page 157 de l’Appendix de M. Cave la faute de M. Teissier.

(B) Ses emplois publics... ne l’empéchèrent pas de cultiver... les bellesletires.]| Entendons ceci avec quelque restriction ; car il est certain que ces emplois le détournérent considérablement de l'étude. Æonores, dit-il (4), in republicé gessi multos et magnos :

qué fide, qué opinione , qu& gratid , non dixerim. Placet quidem impendisse annos penitus duodecim, sed octo reipub. continuos : totum id tamen tempus litieris feré periit.

(C) Z{ publia une harangue. ] Elle fut dédiée à Carondelet, qui était alors premier secrétaire du roi des Romains. L'auteur avoue qu’il ne ia publie point toute telle qu'il la récita, mais il déclare en même temps qu’il la donne toute telle qu’il l'avait préparée, S'il ne récita point tout ce

(x) Gesner. Bibliothec., folio 317.

(2) Teïissier, Addit. aux Eloges de M. de Tbhou, pag. 354.

(3) Vossius, de Hist, lat., pag. 622

(4) Herm. Barbar., epistolà XXXI , Xb. XII inter Politiani Epistol.

BARBARUS

qu’il avait préparé, ce fut à cause que les .courtisans lui recommandérent d’être court, et de venir d’abord au fait, Ils n'ignoraient point que l’étude des belles-lettres florissait alors en Italie, et que les ambassadeurs de ce pays-là se plaisaient à réciter de longues harangues , parées de tous les ornemens de la rhétorique. Il fallut même réduire à une les deux harangues qu'Hermolaus et son collègue avaient préparées ; et comme il fallut faire l’abrégé et la réduction dans Vespace d’une heure et demie, jugez de la présence d’esprit d'Hermolaüs, qui surmonta heureusement toutes ces difficultés. Obsecro ne mirere si qua leges in hoc libello queæ tunc dicta non fuerunt. IVec enim addidi nunc ea, sed detraxi tunc, admonitus ab aulicis extempld quam limen attigi, ne longus essem , ambitiosa reciderem , oplima quæque dicerem , patientissimis omnind , sed occupatissimis tamen principibus parcerem. Amputavi subito consilio multa..…….. Considerans hoc et æstimans quod sesquihoram anlequam principes adiremus significatum nobis fuerit non duas orationes seorsum, ut cogitabarius et paraveramus, sed unam duobus junctim habendam et recitandam esse (5).

(D) Z{ avait dessein de traduire toutes les œuvres d'Aristote.] Voici comme il parle dans la préface de son Pomponius Méla (6). F’ocant nos ma- Jora quædam studia, urgemusque nostrum illud vetus omnes Aristotelis libros in latinum veriendi exponendique propositum. Quod si ad exitum perduxero ( nam bona ejus pars jam pridem peracta ést ) non dubito futurum , quin de reliquo in litieris Labore gratia mihi fiat. Sa traduction de la Rhétorique d’Aristote fut publiée aprés sa mort. Voyez l’article suivant.

(E) ZE avait une facilité extraordinaire à faire des vers : il en composa plus de douze mille,] Entre autres piéces de poésie , il fit un ouvrage de six

cents vers , dont le titre est le même

que celui de louvrage de son aïeul François Barbarus ; je veux dire que ce poëme est inlitulé de {te uxorit , mais 1l est fort différent de l’ouvrage

(5) Herm. Barbarus, Epist. ad Carondeletum, inter Epistolas Politiani XLF Libri XII.

(6) 4pud Gesnerum, Biblioth., folio 317,

perso.

&o ; ; "4 en prose qui porte le même ütre, François Barbarus prescrit des règles, tant à ceux qui se marient, qu’à ceux qui sont déjà mariés (7): 1l entre dans un si grand détail, qu'il fait un chapitre de coïtus ratione. Hermolaüs se borne à cette question : si un homme sage se doit marier (8), etil conclui pour la négative.

(F) Zl n’a pas manqué de censeurs à l'égard de son travail sur Pliue.] On a prétendu qu’il avait trop lâché la bride à ses conjectures et à sa meémoire. Pintianus le poussa très-rudement là-dessus. Ceux qui lui pardonnent les défauts de sa mémoire, ne lui pardonnent pas ses coups de témérité, et disent fort librement qu'il se méla de corriger plosieurs choses qui n’étaient point faute, mais qui passalent son intelligence. Il est vrai que dans plusieurs éditions de Pline on a eu de grands égards pour les corrections d’Hermolaüs, puisqu'on les a fourrées au texte ; mais il y*a long-temps qu’on a dit que ce prétendu médecin de Pline lui avait fait plus de plaies qu’il ne lui en avait guéri. Rapportons cela dans les termes du père Hardouin.

Ipse ( Hermolaüs ) in üs quæ attisit , sæpé nimium conjecturæ , memorit etiam plus quam hominem deceat, tribuit : ut} pauld acerbius eam ob rem invectus in eum Pintianus olim exprobravit. Sed concessd facilè venid pvnpoxOy duaprnuaärey, quod mins mirumsii memoriam excidere aliquarum reruim, quant constare omniumt : at non venié dignus æquè, cum neglectis veterunt exemplarium vestigiis, et priscarum ante se.editionum securus, plurima pro arbürio, eruditè magis quam cautè ac verè, mutavit, vel planë pessumdedit: chm plurima ex is quæ castigavit, non errata illa sint, sed parm intellecta. Tantm nihilominus auctorilati Barbari subsecuta ætas , eruditionique tribuit , ut conjecturas illius, ceu totidem xupiac d0Éæc in contextum inseruerit, undè eliminandæ à nobis vartis argumentis fuére. Sensit jam dudm hanc labem operi Pliniano illatam auctor Epigrammatis alias haud perelegantis, in Commentarios à Stephano Aquæo editos , de

(7) Voyez le titre des chapitres de son ouvrage dans la Bibliothéque de Gesner , folie 246, verso.

(8) Gesner. Biblioth. , folio 317:

quibus agendum mox eric. Sic enim ile :

Dum facere Hermoleos medicinam Barbarus optat

Non paucis lacero vulneribus Plinio, Perizsum gravius conjectà vulnerat arte :

Nec minus incautä plurima turba manu.

In tantum ut Latio jam deploratus abiret,

Ob multa in Stygias vulnera fessusaquas, etc. Felicior aliquanto Sicismunous GeLe- NIUS, qui uno duntaxat archetyporum præsidio, collatis inter se exemplaribus , non pauca restituit, quæ Hermolao latuerant (9). J'ai rapporté ce long passage afin de mieux convaincre M. Varillas de s'être trompé sur une chose qui n’était guère inconnue.

Mais je ne laisse pas d'être trés-persuadé que le travail d'Hermolaüs sur l'histoire naturelle de Pline est digne d’admiration , vu le grand nombre d'auteurs qu’illui fallut consulter, et le peu de temps dont il eut besoin pour cela. Vingt mois lui suffirent, dit:il :

1l rompait la glace aux autres :il trouvait Pline dans un très-mauvais état, et semblable à une terre qui a été long-temps inculte, et à un logis pestiféré, ou infecté des Intins. we érant in Pliniano codice flagitia, propter quæ non parum multi divinum opus tanquam senticetum , imÔd verd quasi pestilens aut lemuribus infame domicilium vitabant. La nos græcis et lLalints auctoribus perlectis omnibus lucubratione viginti mensium revellere ac publicare curavimus (10). Quant à la pensée de Volaterran, que c'était une occupation peu convenable au caractère d’Hermolaüs Barbarus, opus impar ejus dignitati et vilæ instituto (11), elle a été condamnée très-justement, tant parce qu'Hermolaüs s’était engagé dans ce travail avant que d’être homme d’église, que parce qu’il serait à souhaiter que plusieurs prélats fissent de semblables fautes. Utinam sic à multis ejus dignitatis atque instituti peccaretur (12). Vossius ajoute une autre raison : c’est que Pline

(9) Harduini Præfat, in Plinium , ad usum Delphini. k

(10) Herm. Barbarus, in epilogo Operis, pag.

425, edit. basiliensis, ann. 1534.

(15) Volaterranus, lib. XXI, pag. 771.

{x2) Cogitare debwerat Volaterranus , jam antequam ad Episcopatum provectus esset, parat&æ majori ex parte habuisse, quæ ad istud opus pertinerent. Vossius, de Histor. lat., pag. 623. Hermolaüs dit simplement : Plinianas Castigationes, quas legatus Romæ, nec dum sacris initiatus, inchoaveram. Præfat. ad Alexandrum VE.

BARBARUS

ne faisait pas négliger au patriarche les fonctions épiscopales, témoin les $S'ermons que l’on garde en manuscrit à Padoue. J’aimerais mieux dire que puisque les Vénitiens ne voulurent point souffrir qu’il acceptât cette dignité , il ne dérobait rien à ses fonctions patriarchales en faveur de Pline.

Notez qu'ayant publié cet ouvrage Van 1492, ily joignit un appendix qu’il nomme secundæ Castigationes , et qui est daté de Rome le 13 de janvier 1493.

(G) ..….. non plus qu'a l'égard de ses autres livres. | Sa version de Themistius n’est point fidèle, si nous en croyons Vossius. /pse ille Themistius ab Hermolao Barbaro dum nimium studet elegantiæ , tantd conversus est libertate , ut sæpissimè longè aliud dicat quam senserit Themistius (13) : et il a témoigné dans la version de la Rhétorique d’Aristote, qu'il n’entendait pas assez le grec, si l’on s’en rapporte à Francois de Escobar (14).

On prétend qu’il était si remph de Pline, qu’il accommodait trop souvent à ses paroles celles de Dioscoride, en traduisant ce dernier. Cette traduction a été souvent critiquée par Marcellus Virgilius. Docté quidem et eleganter translati, sed( ut nonnullis videtur ) nimis ad imitationem Plinü, querr dum ubiquè sequitur à Dioscoridis verbis aliquandd recedere videtur. Marcellus Virgilius , qui post Hermolaüm eosdem libros transtulit , plerumque interpretationem ejus carpit (15).

(H) Hermolaüs eut l’imprudence d'accepter le patriarchat d’Aquilée , sans attendre le consentement de ses supérieurs. ] Personne, que je sache, n’a mieux réussi que Pierre Bembus à conter ce fait : c’est pourquoi il sera commode et agréable à tous ceux qui n'auront pas cet historien de voir ici ce qu'il en dit. £o mortuo Innocentius patriarchatum ( sic enim appellant ) Aquileiensium...… Hermolao Barbaro , legato apud se veneto attribuit. Quod ubi civitas intellexit, tametsi Hermolaüs ad senatum scripserat, coactum se à pontifice vestem senaloriam mutavisse : quoniam tamen

(13) Vossins , de Philosophiä , pag.

(14) Apud Andream Schottum, bispan. , pag. 333

(15) Gesner., in Biblioth. , folio 317 , verse.

Biblioth.

BARBARUS

sacerdotiis cooptari cives veneti, qui legati Romæ essent , lege prohibebantur ; graviter tulit, ausum illum contra leges patrias facere. Auxit ejus rei magnoperè invidiam, quod antea ex Hermolai litteris, quas ail senatum de Barbi morte dedérat, more institutoque majorum comiliis senatoriis præjudicium patres fecerant , cujus ipsi civis nomen ad id adipiscendum sacerdotiunm fnnocentio commendarent.

Itaque deceptus in eo sese, ac propè delusos querebantur. ÆErat omnind Hermolai, propter ejus summam 1n lüterarum , atque optimarum artium studiis præstantiam , magnum apud exleras nationes nomen, apud suos quidem certè maximum ; nam ad doctrinæ singularem opinionem , etiam vilæ perpeltuam innocentiam adjunxerat. Simul is multum patris opibus, et gratid , qui summo proximum in civilate magistralum gerebat ; muliim clientelis, necessitudinibus , propinquitatibusque pollebat, Quibus tamen in rebus omnibus satlis sibi præsidii non habuit : cm pluris à patribus una legum charitas, majestasque, quam ullorum civiun omnibus aucta nominibus dignitas, atque claritas, fieret.

Decemviri enim litteras ad eum severè scriplas dederunt , mord omni , excusalioneque sublat&, sacerdotium repudiaret : id si non faceret, patrem magistralu remoturos et bona ejus publicaturos præ se tulerunt. At pater, perspecté civitatis voluntate, omnibus tentatis rebus, cm jam eam flecti et leniri posse diffideret, ægritudine animi est mortuus. Filius non multd post Romæ , editis Plinianis castigationibus , immensi propè laboris opere, privalus plebeio morbo periit. Eum vitæ finem Hermolaüs habuit , omnium ex su@ civitale, qui ante illunt nati essent, Latinorum et Græcorum litteris planè doctissimus (16).

(1) Son père... mourut de chagrin. | Nous venons d’entendre Bembus qui l’assure. La chose est assez vraisemblable , car c'était un homme âgé, et qui occupait un des premiers postes de la république. Une si rude épreuve de la décadence de son crédit dans sa vieillesse, et au préjudice d’un fils illustre que l’on aime tendrement , est pour l'ordinaire un

(16) Bembus, Histor. Venetæ, Lib, T, folio

18 , verso.

SE coup qui desole. Zacharie Barbarus mourut l’an 1492, fort résigné aux ordres de la providence : il était entré dans sa soixante-dixième année :

il fut fort regretté : sa pompe funébre fut magnifique. Voyez la lettre qu'Hermolaus écrivit à son ami Antonius Calvus (17). .Æccedit quod Septuagesimum ingressus annum, quan did in familid nosträ vixit nemo; quod Junctus omnibus honoribus ; quod republicé incolumi ; quod liberis honesto loco positis ; uncredibili desiderio et amore oivitatis excessit, frequentiä funeris 1antd (ut audio) quanta in ‘cive nunqguäm.

(K) …… on a voulu dire que lui aussi fut emporté par le chagrin. ] Volaterran l’afirme. Romæ decessit ex aænimi dolore exacerbante quôd orator à Venetis missus , præter ejus autoritatem senalis, patriarcha Æquileiensis ab Innocentio fuerat creatus, ac proptereù contumax et exul (18).

Je crois fort qu’il mourut sous la note de rebelle et de banni, car il se donna toujours le titre de patriarche, nonobstant les ordres précis qu'il avait recus de son souverain de renoncer au patriarcat ; mais je crois qu'il mourut-de peste, et non de chagrin.

Ma raison est, 1°. que depuis qu’il fut en disgrâce, jusqu’à sa mort, il s’occupa à un travail qui demandait une grande liberté d'esprit, et une ferme santé (19) ; 2°. que Pierre Crinitus', qui vivait en ce temps-là, assure qu'Hermolaus mourut de peste (20). Il ne l’assure point d’une facon vague ; il ajoute à son récit une circonstance bien précise , c’est que Pic de la Mirandole , ayant appris à Florence qu'Hermolaüs avait la peste, lui envoya le plus promptement qu'il put un antidote qu'il croyait trèssouverain ; mais le messager arriva trop tard. Paul Jove débite le même fait. Mors ante diem irrepsit, et pestilenti quidemr morbo properata, adeô ut quod à Pico Politianoque Florentid& laboranti per dispositos equos mittebaturmiræ potestatis antidotum , veneni celeritate præverterit (ar). Ainsi

(17) Elle est la XXXII°. du XTIC. livre de celles de Politien,

(x8) Volaterranus, 4h. XXI, pag. 777.

(19) À la correction de Pline.

(20) Crinit. de honestâ Disciplinä, 4b. I, cap. VIT.

(21) Jovius, Elog., cap. XXXPI.

je n’ai point de peine à ajouter foi au témoignage qu'Hermolaüs Barbarus se donne à soi-même, d’avoir supporté sa disgrâce sans chagrin , et de s'être même fchcité d’une injure qui le remettait dans la pleine liberté d’étudier (22). Ses amis craignaiént qu'il ne succombât, et ses ennemis publiaient qu’il succomberait. Ces ad niers furent sans doute ceux qui, pour lui dérober la gloire de sa constance et de sa tranquillité, imputérent au chagrin ce qu'il fallait imputer à la maladie contagieuse. Voyez dans la remarque (P) ce que je cite d’Alcyonius.

(L) Pierius Valerianus..… dit qu'on ne sait pas si Hermolaüs Barbarus fut enterré. | Je le dis encore un coup, je crois que Pierius Valerianus a outré les choses, quand il a dit que ce patriarche, étant mort dans la pauvreté et dans l'abandon, fut privé de la sépulture : Ob susceptum inconsulto senatu suo Aquileiense sacerdotium exsul factus, et de possessione ejectus vitam inopemaliquandiutraxit, A lexandri pontificis summi sportuld quodamiodo sustentatus : paucis verd post mensibus pestilentiä contactus , desertus ab omnibus , infelicissimo mortis genere oppressus est; quique laudalione, et eloquentid sud innumeros ætatis suæ homines illustraverat , et Junere, et honore sepulchri ita de- Jraudatus est, ut ubi sepulius, quove hominis cadaver conjectum fuerit , ignoretur (23). Paul Jove, qui a écrit aprés Pierius Valerianus, ne se contente pas de dire qu'Hermolaüs Barbarus fut enterré , il marque le lieu où est son sépulcre. Scilicet ut nimis severa patria optimi civis ossa non haberet, quæ sub colle Hortorum ad Flumentanam: portam sepulchro condita è Campo Martio ab erudiut& Romand juventute salutantur (24). M. de la Rochepozai (25) et le pére Oldoïni (26) désignent plus élairement le lieu de sa sépulture : ils le mettent à Sainte- Marie del Popolo. Si Valerianus se fût contenté de dire que la crainte de la

(22) Voyez la XXXI®. leitre eu XII. livre de celles de Politien.

(23) Pier. Valerian. de Litteratorum Infelici- ‘late, pag. 0.

(24) Jovius, Elog. cap. XXXVI.

(25) Rochepozai, in Nomencl. Cardinal.

(26) Oldoïni, in Athen, Romano.

BARBARUS

peste fit deserter ceux qui auraient dû assister le patriarche (27), il n’eût pas donné dans l’hyperbole.

(M) Je ne crois pas qu'on puisse dire qu’il a été fait cardinal. | Pierius Valerianus n’a garde de lPassurer : il dit des choses trop incompatibles avec cellé-là ; mais Paul Jove, qui l’a si clairement démenti à l'égard de la sépulture d'H:rmolaüs Barbarus, ditil que ce patriarche ait obtenu le chapeau? Nullement : il se contente de dire qu’on lui destinait cette dignité. Tulisti quippe æquo animo suffragiorum severilatem , quum ex eo lamen pari merito Libi purpura parareiur. Sed mors ante diem irrepsit (28).

L'auteur du ÂVomenclator Cardinalium rapporte que Trithème, suivi en cela de Pierius Valerianus et de plusieurs autres, assure qu'Hermolaüs Barbarus parvint au cardinalat.

Pour lui, il n’aflirme rien , il se contente de ces paroles : Cardinalis designatus, sed, ut fertur, nondum evulgatus. Vossius a cité le cordelier Jean Rioche, qui assure { 29 ) qu Hermolaus fut fait cardinal (30). Le pére Hardouin aflirme la même chose (31).

(N) On débite qu’il eut recours au démon pour savoir le sens d’un mot grec. ] Ce mot est si essentiel à la physique péripatéticienne , que pendant qu'on ignore ce qu’il signifie, on ne peut connaître ce qu'Aristote a voulu dire touchant la nature du corps. Je parle du mot éyrexéy era, que quelques Latins, après en avoir cherché d’autres qui ne leur revevaient pas , ont enfin rendu par celui de perfectihabia. Pierre Crinitus parle comme si Hermolaüs s'était lui-même vanté de cette consultation magique , et comme sl avait dit que la réponse fut donnée d’un ton si délié qu'on ne put y rien comprendre, Et revera perexilis vocula dæmonum etexigua est, quod olim noster quoque venetus Hermolaus dicebat , vocem se dæmanis prœtenuem et penè subsibilantem audisse , qu ille de Aristotelis forté entelechi& interrogatus , sibi ipsi et

(27) Voyez ci-dessous le passage d'Alcyonius.

(28) Valerian. , de Litterator. Infelicitate, pag. 0:

(29) In Compend. historico.

(30) Vossius , de Hist. lat., pag. 621.

(31) Præfar. in Plinium.

BARBARUS

Georgio Placentino responsitavit (32).

Je crois être allé à la source de ce fait en citant Pierre Crinitus. La plupart des gens (33) ne citent que la Démonomanie de Bodin , où je n’ai pas encore trouvé cette action d’H:rmolaüs (34) *. Quelques-uns citent Monlorius, qui en parle dans son Traité de Entelechid. Au reste, quelquesuns prétendent que Budé est l’inventeur du perfectihabia. Vous trouverez ces paroles dans du Verdier-Vau- Privas : £1 mesmes ceux qui l'ont bien voulu louer ont dit de lui, Est felicissimus quidem , sed audacissimus in novandis vocabulis, comme quand il a tourné l’entéléchie d’ Aristote, perfectihabiam (35). Notez que plusieurs soutiennent que Cicéron a très-mal traduit ce mot d’Aristote (36).

(O) Laurent de Médicis lui donna des marques d'une estime singulière.] Il fut au-devant de lui, sansavoir égard au mauvais état de sa santé, et le recut magnifiquement dans sa maison de plaisance. Lisez ce latin : Cùm Hermolaüs Barbarus reipub. V’enetæ nomine legationes fortè per Italiam obiret et ad urbem Florentiam obiter

accederet, Laurentius Medices (qui

Florentinam rempublicam non minore tüm consilio , quäm fortuné gubernabat) statim tantoviro cum amicis pluribus (ut fit) obviam procedit : nihil veritus , quod ægros pedes haberet, ac summis doloribus vexaretur, Tüum in Caiand villé (quam infinitis prop sumptibus ædificabat ) honorificentissimé illum accepit , sinulque tanti hominis ingenio, et doctrind singu- ‘—dari provocatus , eam quoque liberalissimè studiorum nomine illi obtulit, cum insigni atque instructissimd bibliothecä, quam ad exemplum Philadelphi nuird tm industrid parave-

(32) Crinit. , de Honestä Disciplinä, Lib. PT, cap. XI.

433) Le père Rapin, Réflex. sur la Philosoph., pag. 350. Teissier, Eges, etc. , tom. I, pag.

(34) Je n'ai pas eu le loisir de chercher cela page par page, mais je ne l'ai point trouvé aux endroits où il y avait le plus d'apparence que je le trouverais

* Joly reconnaît que c’est une erreur de Rapin et de Teissier.

(35) Du Verdier, Bibloth. francaise, pag.

#72, rapportant ce que Genebrard «a dit de

udé.

(36) Joannes Ferrerius pedemontanus les réfute au traité de Entelechiâ.

ral, ut in €0 quasi musarum secessu simul cum Pico Mirandulé honestioribus disciplinis, ac philosophiæ sacris pro arbitrio incumberet. In quo Hermolaüs Barbarus (ut homo maximè humanus) libenter se dixit, et studiorum causd , et Laurentii merito talem animum agnoscere , villamque ipsam, si per publicas curas liceret, excipere (37).

(P) M. Farillas a fait un récit fort agréable... touchant H. Barbarus, mais il s’est trompé en beaucoup de choses, et bien plus souvent que MW, Moréri.| Il dit (38), 1°. qu'Hermolaüs Barbarus passait à Venise pour celui de tous les nobles qui faisait profession de la plus haute et de la plus fine galanterie. 2°. Que personne ne le vit jamais étudier, et qu'on qu'on ne voyait aucun livre dans sa chambre, ni dans son cabinet. Je doute de la première de ces deux choses, et je tiens pour fausse la seconde. 3°. Que s'étant chargé du plus grand travail qu’il y eût alors dans la république des lettres ( c’était la correction de Pline (39) , il se servit de l'autorité des manuscrits, et de celle des écrivains grecs et romains qui avaient travaillé sur ‘les mêmes matières ; el que dans les endroits où ces deux secours lui manquaient , il meltait en usage ses propres conjectures , avec tant de vraisemblance et de bonheur , qu'il n'y en a eu pas une de rebutée. Voyez la réfutation de cela dans la remarque (F). 4. Que ce fut par cette ingénieuse voie, qu'il découvrit que Pline était né à Côme, et qu'il en composa une dissertation qui convainquit ous ceux qui la lurent. De tous les auteurs que j'ai consultés sur la liste des ouvrages de Barbarus, je n’en ai trouvé aucun qui Jui attribue une telle dissertation. Il est vrai que, dans la préface de Pline, il semble préférer la lecon Catullum congerronem meum, à celle de Catullum conterraneun meum, par oùil élude l'argument très-fort que l’on tire de ce passage , pour prouver que Pline était de Vérone. Il est vrai en-

(37) Petrus Crinitus, de honestà Disciplinä, lib XV, cap. IX, pag. Loo.

(38) Varill., Anecdotes de Florence, pag.

187 et suiv.

(39) M. Varillas dit que l'Histoire naturelle de Pline contient 36 livres : il fallait dire 87.

core qu’indépendamment de la lecon congerronem qu’il ne veut ni admettre , nirejeter absolument, il déciare que Pline était de Côme, et non de Vérone; mais 1l ne s'étend point là-dessus ; trois lignes lui suffisent. Ce n'est donc point ce qu’on nomme une dissertation en forme. Or, quand même M. Varillas aurait raison en ce point, il ne laisserait pas d’avoir débite un grand mensonge; car il n'y a presque point d’habile critique désintéressé , qui n'ait toujours adjugé Pline à ceux de Vérone. Causam dudüm adjudicdrunt l’eronensibus eruditi , inter quos præcipui Polycarpus Palermus singulari opere de Plinii patriä , et Scaliger in Euseb. chron. pag. 190 (4o).

Les paroles de Paul Jove mal entendues ont apparemment trompé M. Vavillas. /Vovocomensibus €. Plinium secundum civem suum ab imperitis invidiosè surreptum, erudit@ præclardque sententid reddidisti (41). 5°. Le désir admirable , nous dit-on dans les anecdotes, qu’eut Barbarus de remédier aux désordres de la médecine, lui fit entreprendre de faire sur Dioscoride la méme chose qu’il avait exécutée sur Pline. C’est renverser

l’ordre du temps. Barbarus, depuis la,

publieation de son travail sur l’Histoire naturelle de Pline , vécut si peu, qu’il ne forma point de nouveaux desseins : il avait assez de livres à achever, etje ne doute point qu'il n'eût travaillé sur Dioscoride , avant que de s'appliquer tout entier à Pline (42).

6°. Les amis d'Hermolaüs lui conseiilaient de jouir , en se reposant, de la gloire qu'il avait acquise par son Plineet par son Dioscoride; maisilleur proposa lui-même qu il devait traduire ce que Thémistius nous avait laissé sur Aristote, et il l'exécuta comme il l'avait proposé. Voilà un nouvel anachronisme : la traduction de Thémistius est une des premières que Barbarus ait publiées. Themistit peripatetici Paraphrases in oliquot Aristotelis libros admodüm adolescens

latinas effecit (43). I la dédia à Six-

(4o) Harduin. , in Plin. , tom. I, pag. 2:

(41) Jovius , in Elogiüs, cap. XXXWI.

(42) Voyez la remarque suivante, vers la fin.

(43) Gesner. Biblioth., folio 318. Ces paroles du Journal deLeipsick, pag. 465 de l'ann. 3685, ne sont pas exactes : Hos libros Themistii paraphrasticos Hermolaüs Barbarus... Venetiüs A.

BARBARUS

te IV, qui était mort depuis huit ans, lorsqu’il publia ses notes sur Pline.

7°: Hermolaüs fit justice à la république contre ses propres intéréts, et avoua qu'elle avait raison de lui étre contraire. Îl conjura le pape de con- Jérer le bénéfice à celui qui lui serait présenté par l'ambassadeur de Venise, et déclara formellement qu'il n'en voulait point , s’il fallait encourir à ce prix l'envie de ses citoyens. Ceci paraît un pur roman : nous avons vu ci-dessus (44), dans le passage de Pierre Bembus, que le père d’Hermolaüs ne voulut jamais démordre , et qu’il tâcha seulement de fléchir la république. Il est certain d’ailleurs , que le nouveau patriarche conserva toujours son titre, et ne se soumit point à ses supérieurs temporels.

8°. Je ne sais où M. Varillas a lu que l'unique remède pour la guérison d'Hermolaüs, était de lui envoyer du bézoard pur, et qu'il y en avait à Florence dans un vase d’agathe , dont le soudan Caithey avait fait présent à Laurent de Médicis. Pierre Criuitus, qui le devait savoir autant que personne , dit que l’antidote appartenait à Pic de la Mirandole, qui en savait la composition. Pharmacon contra pestém quod ille sibi si quando incidisset asservabat diligentissimè , curat ut Romam quam celerrimè ad Hermolaum devehaiur, Dicebat autem Picus ilud ipsum ex oleo scorpionum linguisque aspidum, et aliis ejusmodi venenis confectum (45).

Les fautes de M. Moréri consistent à dire, 1°. que le sénat n’approuva point le choix qu'Innocent VIII fit d'Hermolaüs Barbarus pour le patriarcat d’Aquilée ‘: 2°, qu'Hermolaüs Barbarus donna au public l’Histoire naturelle de Pline, Le sénat n’aurait pas moins désapprouvé l'élection d’une autre personne ; et ce ne fut point à cause d’Hermolaüs Barbarus, que la république fut fâchée de ce qu'Innocent VIII avait fait. Elle se fâcha de ce que le pape prétendit disposer du patriarcat sans la consulter, et de ce qu'Hermolaüs avait reconnu le prétendu droit du pape,

1570 , iu-folio edidit. ; car cette édition a suivi de loin la mort de l'auteur.

(44) Citation (16). rs.

(45) Petrus Crinitus, de Honestâ Disciplinä, lib, I, cap. VIT:

BARBARUS

en acceptant cette dignité contre les lois de sa patrie. Il publia ses corrections sur Pline sans le texte même de Pline (46).

(Q) Un passage d’Alcyonius Jera voir qu'Hermolaüs.………. n'étudia jamais avec tant d'application que depuis que sa patrie l’eut maltraité.] Voici ce passage: c’est le cardinal Jean de Médicis (47) qui parle. Æxsilium igitur Barbaro non solm calamitatent detraxit , sed etiam dignitatem auxit , guod quidem ita constanter moderatèque ferebat, ut facetissimè jocarelur musas illud sibi à patrid impeträsse , quoniam ægrè ferrent hominem suis sacris initiatum ambitione vulgarium honorum distineri, et plebeis occupationibus impediri. Itaque plura scripsit biennio exsul quam XX ante annos cum patrid frueretur et honoribus illius florentissimus essel, recognitionem erratorum Pliniani codicis, explanationem librorum de animä Aristotelis, cm tamen ante ejusdem philosophi libros talis argçumenti in latinum convertisset, et ÀÂVI libros de Ratione disserendi , veteres peripatetici organon eos gppellant ; et FRèhetoricos et unum Poëticum , ocitoque Dioscoridæ Medicos , quos alio etiam opere instruxerat quod Corollarium inscribebat. Adjecerat quoquepulcherrimam expositionem ad libros Analyticos posteriores Aristotelis antè in latinum translatos (48). Il semble que ceci réfute ce que j'ai dit ci-dessus(49) :

mais, prenez-y bien garde, je n’en ai rien à craindre ; car outre qu'il pourrait y avoir quelque défaut d’exactitude dans ce dénombrement d’Alcyonius , il est certain qu’une partie des écrits qu'il articule sont plutôt une révision , ou une plus ample exposition de ce qu'Hermolaüs avait déjà fait , qu'une entreprise tout-à-fait nouvelle : et il paraît manifestement, que Dioscoride lui avait passé par les mains avant son exil, et avant ses corrections du texte de Pline. C’est une confirmation de ce que J'ai dit contre M. Varillas. De plus, il faut

(46) Tout cet alinéa était à la fin dela remar= que de l’article de (François) Barsarus dans la première édition.

(47) Il fut ensuite le pape Léon X.

(48) Petrus Alcyonius, in Medice legato priore

éeExilio.

(49) Dans la remarque (P), num. F'et VI.

observer que les écrits de cette liste n'avaient point été publiés avant la mort de l’auteur : on ne pouvait donc pas l’exhorter à l’oisiveté par la raison que son Pline, et ensuiteson Dioscoride lui avaient acquis assez de gloire. Nous allons voir qu Alcyonius observe que ces oùvrages de Barbarus étaient conservés en manuscrit dans une bibliothéque. Et hæœc quidem omnia (50) adhüc diligentissimé asservari vidi à Jratribusillius , cm sedecim abhinc annos (51) V’enetiis bibliothecam illius excuterem , atque incredibili sum Lætitid elatus, cum cognovi doctissimi amicissimique hominis elucubrationes non intercidisse |, quod ne evenisset magnoperé verebar, cùm in suburbano Olveriü Caraphæ collegæ mei ex pestilentid obiisset , et domestici intimique familiares fugé saluti suæ consuluissent, omniaque tanquam bona caduca in medium reliquissent. Sed ejus generis scripta ab interitu et furto vindicata fuisse narrabant Zenotelis cujusdam operd, quum ille habebat ad manum (52). Je ne puis nier que Barbarus, dans lépilogue de ses Corrections sur Piine, ne promette une édition de Dioscoride : $crie oportet

dit-il (53), annotamenta hæc.. Dioscoridi quoque propediem emittendo profutura ; mais je persiste à dire que M. Varillas na point distingué les temps. On avait vu un ouvrage de cet auteur sur Dioscoride , avant qu'il donnât ce qu’il avait fait sur Pline

et aprés qu'il eut donné une para :

phrase de Thémistius. Voyez ce qui suit : Primum quidem dm Themistii nobis paraphrasin atque id juvenis adhuc eam eleganter latinè loquentem producit : mox edito in Dioscoridem corollario tam variam ac reconditam doctrinæ rerum omnium supellec-

tilem depromit : postremüum Plinio….

succurriut(54,). |

(50) I! fallait excepter le travail sur Pline, publié par l'auteur même.

(51) Alcyonius suppose que le cardinal Jean de Médicis disait cela environ l'an 1512.

(52) Alcyonius, in Medice legato priore.

(53) Herm. Barbarus , in monito æ lector. ad calcem Castigat., pag. 52x.

(54) Jo Oporinus, Epist. dedicat. Castigat Herm. Barbari in Plinium.

BARBARUS (Daniec), petit neveu du précédent, se fit esti-

mer par sa science. [1 publia un Commentaire sur les cinq voix de Porphyre, Van 1542. Deux ans apres, il publia un Commentaire sur les trois livres de la Rhétorique d’Aristote à T'héo— decte, qui avaient été traduits en latin par Hermolaüs Barbarus. Il avait écrità Gesner, qu'il espérait de publier incessamment plusieurs ouvrages d'Her— molaüs (a). Nous lui devons Pédition des Dialogues de Speron Sperone.

(a) Tiré de la Bibliothéque de Gesner, Jolio 192 , verso.

BARBARUS * (DaniEL), de la même famille que le précédent, ‘a été patriarche d’Aquilée, et illustre par sa science. Il s’etait fort attaché aux mathématiques et à la philosophie, avant qu'il eüt une dignité dans l’église ; mais depuis sa promotion à l’épiscopat, 1l s’appliqua tout entier aux études de théologie. Il était si prévenu pour Aristote, qu'il lui aurait volontiers prêté serment de fidélité, sil n'avait pas été chrétien (a). Il était ambassadeur de Venise en Angleterre, lorsque le pape Paul IV le nomma coadjuteur du patriarche Grimani (b). Il fut un des peres du concile de Trente, et 1l s’y-comporta avec beaucoup d’attache-— ment pour le pape. Il opina fortement contre ceux qui deman-

* Leclerc pense que ce personnage est celui qui a déjà eu l’article précédent , et qu'il n'y a eu qu'un Daniel Barbarus, 1 ajoute qu'il ne fut pas patriarche, mais seulement coadjuteur : nommé en 1559 , il l’était encore en 1567, et mourut avant Grimani.

(a) Tiré de M. de Thou, livre XEPT, pag. 912.

(b) Pallavic., Hist. Concil. trid,, Gb, XVI, cap. IV, num. 22.

Me

BARRE

daient la communion sous les deux espèces (c). Il mourut en 1509, à l’âge de quarante-un ans (d). Il avait publié divers ouvrages (A); et s'il eût vécu plus long-temps, il en eût sans doute publié bien d’autres (e).

(c) Idem, lib. XVIIT, cap. IV, num. 4, ad ann. 1562.

(d) Vossius, de Scient. mathem., pag.

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