TOME I
endroit, que le bisaïeul de son trisaieul fut gratifié de trois paroisses en Languedoc, par la comtesse Alix (8).
Théophile donne une toute autre idée de la famille de M. de Balzac.
(C)...... qui mourut dädgé de cent ans.] Je me suis servi du nombre rond, après M. de Girac , que j’ai cité; mais je dois ici rectifier un peu la chose par le moyen d’une lettre de M. Guez à son fils, signée Guez , et datée du 20 novembre 1642 (9). LL était alors entré dans la quatre-vingt-neuvième année de son âge. Il n’avait donc pas cent ans le 20 septembre 1650, qui fut le jour de sa mort, Cettre lettre est une exhortation pressante à faire imprimer quelques manuscrits , surtout les Apologies contre Phyllarque.
(D)... Et qui eut une fille dont M. de Balzacparle assez souvent,] Elle fut mariée avec M. de Campagnolle, qui mourut capitaine aux gardes au siége de Montauban , et qui était frère d’un brave dont M. de Thou parle quelquefois (10). Ce capitaine aux gardes laissa un fils, qui fut tué au siége de Lens(r1), et une fille, qui est la demoiselle de Campacnozze, dont il est quelquefois parlé dans les Lettres de M. de Balzac(12). Il témoigne beaucoup d’amitié pour cette nièce, et donne de forts bons conseils pour l’élever. Voyez ses Lettres choisies page 197, et les lettres XLVI, XLVIT, et XLVII du VIE. livre, dans l'édition in-folio. J'ai trouvé dans une lettre de Costar un passage qui concerne la demoiselle de Campagnolle. À Balzac,, dit-il (13), vous verrez une nièce qui est belle et spirituelle, qui discerne fort bien la vraie galanterie d'avec la fausse, et à qui il ne manque rien pour vous que de l'aimer un peu davantage. C’est ce qu’il écrivait à Voiture. J’ai vu un autre livre, où il y a quelque chose qui pourrait bien regarder cette demoiselle. On y
(8) Lettres choisies, pag. 367.
(9) Elle est à la page °65 des Lettres choisies de Balzac, édit. de Hollande.
(xo) Voyez les Poésies latines de Balzac, pug. 112, édition in-x12.
(15) Voyez le vol; des Lettres à Conrart, Liv. V, lettre TITI.
(12) Voyez la LXVNIIS, lettre du VIe. livre, et la XLTI®. du IX.
(13) Voyez la XXIXS. lettre des Entretiens de Voiture et de Costar., pag, 240.
conte que Langlade (14), lun de ceux que le cardinal Mazarin employait le plus dans les négociations secrètes, avait aimé dans son pays , avant que de venir à la cour, une fille de quaté qu'on appelait mademoiselle de Campagnol (15). « Il n'avait pas osé » Jui proposer de l’épouser ; mais » il avait exigé d’elle qu’elle ne se » mariât point, promettant de l’a- » vertir quand sa fortune serait en » état de la pouvoir rendre heureuse.
» Il fit confidence à Gourville dela pa- » role qu’il avait donnée à cette fille, » et lui témoigna avec quelque cha- » grin, qu'il ne se croyait pas avoir » assez de bien pour prétendre à cette » alliance, n’ayanten tout que quaran- » te mille écus. Gourville lui dit que » cela ne devait pas l’embarrasser, » et qu'il pouvait partir avec toute » assurance pour achever son ma- » riage, lui promettant de lui en don- » ner encore autant. Langlade partit » sur cette assurance , et donna beau- » coup de joie à mademoïsele de Cam- » pagnol, quand il lui fit connaître » qu’ilse souvenait encore d’elle. Ils se » marièrent, et Langlade revint à » Paris avec sa nouvelle épouse, où » ils trouvèrent que Gourville leur » avait retenu une belle maison, et » qu’il l'avait superbement meublée.
» Î1 donna à Langlade ces beaux meu- » bles, avec quantité de vaisselle d’ar- » gent et de pierreries pour sa femme, » outre les quarante mille écus : et » Madame de Parville (16) prit grand » soin de faire voir le beau monde à » cette provinciale. Ces nouveaux » mariés vécurent encore long-temps » fort contens l’un de l’autre.»
(14) Galanteries des rois de France, tom. FI, pag. 230 , édit. de Bruxelles, en 1694.
(15) La même, pag. 242.
(16) C'élait une maïñtresse de Gourviile.
BALZAC
dans les lettres qu’il écrivait en ses jeunes ans, que ceux qui les avaient vues en étaient charmés et les louaient partout : de sorte que comme il était au service du cardinal de la Valette (a), 1l fut bientôt connu à la cour avec avantage, et jusque-là que le cardinal de Richelieu , auquel il écrivit plusieurs fois, lui fit l’honneur de lui répondre d’une manière tout-à-fait obligeante. Cette réponse fut imprimée avec les Lettres de Balzac, dont la première édition est de l'an 1624 *, Il se crut en passe d’une fort grande fortune (B): ses Lettres se débitaient si promptement, qu'il fallut en faire plusieurs éditions. On le louait à perte de vue , mais non pas avec le con
sentement unanime de tousfles lecteurs. Il s’éleva des esprits contredisans , soit que l’envie les eût excités, comme il y a bien de l’apparence , soit que l’on eût découvert les lieux faibles des ouvrages de Balzac. Ces dissen— sions , après avoir régné quelque temps dans les compagnies , devinrent une guerre publique en 1627, mais une guerre des plus furieuses qui se soient vues en ce genre-là. L'ouverture s’en fit par un jeune moine, qui com-— posa un petit livre intitulé, Conformité de l’éloquence de M. de
BALZAC (Jean-Louis Guez ne) Balzac avec celle des plus grands
naquit à Angoulême , l’an 1505 * (A). Il acquit de fort bonne heure une réputation extraordinaire.
I y avait un si grand feu d’imagination , tant d’éloquence, et tant de pensées peu communes
Leduchat, d'après d'Olivet, dit 1594,
nais Bayle ne donne cette date que comme une conjecture. Voyez sa remarque (À).
personnages du temps passé et du présent. Quoique cette piece ne
(a) Sorel, Biblioth. franç., pag. 121 de la seconde édition.
* Cette édition, dit Joly, est très-curieuse, et peu conforme aux autres :'dans la seconde partie du tome X des Mémoires de Littérature du père Desmolets, 1l y a trois lettres de Balzac qui n'avaient point encore été publiées. \
BALZAC
fût pas publique, elle ne laissait pas de passer de main en main ; presque comme si elle eût été imprimée ; et personne n1gn0orait qu'un feuillant, nommé frère André, en était l’auteur (C).
M. de Balzac souhaita qu’elle fût réfutée publiquement , et c’est ce qui fut exécuté dans l’Apologie qu'Ogier publia en 1627 (D).
Le général des feuillans, qui se nommait alors le pere Goulu , prit en main la cause de frère André , et, sous le nom dePhyllarque (b), il écrivit deux volumes de lettres contre Balzac, avec un emportement extrême , comme je le rapporte daris son article. Cette querelle donna lieu à quantité de livres (c), et fut une tempête qui pensa abimer M. de Balzac , tant à cause des artifices de ses ennemis , qu’à cause qu’il avait donné quelque prise à ses censeurs par des hyperboles extrêmement froides , par des saillies de vanité, et par des propositions un peu scabreuses. Il laissa passer cet orage, sans répon— dre àson adversaire (Ë), qui, étant mort au commencement de l’année 1629, donna lieu au retour du calme. Le public commença à revenir de la prévention qu'il s'était laissé inspirer contre M. de Balzac, et celui-c1 profitant de sa disgräce, et plus encore du peu de succès de son Prince (F), se fixa à sa maison de campagne, où il épura non seulement son esprit et son style, mais aussi son cœur , et y conserva par son commerce de lettres (G), et par
(b) C'est-à-dire Prince des Feuilles, par si teR à sa qualité de général des feuil-
(c) Biblioth. franç. de Sorel, pag. 121.
Foyez l’article JAVERSAC.
les écrits qu'il publiait de temps en temps, la réputation d’un homme de tres-grand mérite , et de la plus belle plume de France. IL faut pourtant avouer que son style sent trop le travail , et que le tour de ses pensées est quelquefois trop guindé, et rarement assez naturel: mais encore que ses lettres n’aient pas cet air aisé, et cet enjouement heureux qui brille dans celles de Voiture, elles ne laissent pas d’avoir beaucoup d'agrément , et une certaine gaieté vive et sérieuse, qui est presque inimitable (H). On voit aussi dans tous ses écrits plusieurs traits d’érudition bien choisis et bien appliqués.
En un mot, on ne saurait assez admirer, vu l’état où il trouva la langue française, qu’il ait pu tracer un si beau chemin à la netteté du style. Il ne faut pas trouver étrange queses écrits sentent le travail. L’élévation et la grandeur étaient son principal caractère : on ne va point là sans méditation. Il y a beaucoup d'apparence que les siècles à venir lui feront raison du decri où quelques critiques ont tenu ses productions pendant bien longtemps, ce qui n’a pas empêché qu’un bon nombre de très-excellens connaisseurs n’aient con— stamment persévéré dans leur premiere admiration (d). Il était bon poëte latin, et ses Lettres latines montrent qu’il écrivait en cette langue avec beaucoup de délicatesse. S'il eut beaucoup d’ennemis , qui écrivirent contre
(d) Voyez ce que M. Ménage disait de l’éloquence de Balzac, Ménagiana, pag. 112, 113 et 114. Voyez aussi M. Perrault, dans l'Eloge de Balzac,
lui (1), il eut d'autre côté un très-grand nombre d’amis et d’admurateurs (e), et 1l y avait peu de personnes de mérite à français ou étrangers, qui en voyageant par la France ne se fissent un plaisir de l'aller voir (K). Il fut un des quarante de l'académie française (L). Le car— dinal Mazarin tâcha de le rappeler à la cour (f). La reine Christine lui fit faire des honnètetés , et voulut avoir de ses lettres (g).
Les plus grands seigneurs du royaume lui donnaient dans son désert (k) plusieurs témoignages de leur estime (z). Ce qu'il y eut de plus excellent en lui, c’est qu'il vécut dans sa retraite, et qu'il y mourut, non-seulement en honnête homme, mais aussi en bon chrétien. Il se priva de son vivant de huit mille écus de son bien, pour les distribuer en œuvres pies (k). Il s'était fait bâtir deux chambres aux Capucins d’Angoulème (M), et y demeurait souvent (2). C’est laqu'il a composé son Socrate chrétien.
Il dit de fort belles choses dans le lit de mort, et il ordonna par son testament qu'on l’enterrât à Augoulême dans lhôpital de Notre - Dame des Anges, aux pieds des pauvres qui y étaient
(e) Le grand DESCARTES l’aima et l’estima beaucoup. Voyes sa Vie, par M. Baillet, tom. T, pag. 139 et sui.
(f) Voyez La I". lettre de Balzac à ce cardinal , dans le volume des Lettres à Conrart.
(g) Voyez la lettre XI à Conrart, iv, III et plusieurs autres du méme volume.
(h) C’est ainsi qu’il se plaisait à nommer Le lieu de sa résidence.
(à) Cela paraît par cent endroits de-ses Lettres.
(4) Épitre limin. des Entretiens de Bal- Zac,
(4) Moriscet, Relat. de sa Mort.
BALZAC
déjà inhumés (m). 11 légua douze mille livres à cet hôpital , et il laissa un fonds de cent francs par an, pour être employé de deux ans en deux ans à donner un prix à celui qui, au jugement de l’académie française, composerait le mieux un discours sur un sujet de piété (n). Il mourut le 18 de février 1654 (N). Le sieur Moriscet, chanoine d’Angoulème, fit son oraison funebre, et un autre Moriscet , frère de celui-là, et avocat au présidial de la même ville , fit imprimer un discours à la louange du défunt (0). On fit à Paris une édition de toutes les œuvres de Balzac, l’an 1665, en deux volumes zn-folio , avec une préface de l’abbe Cassagnes , de l’académie française. Consultez les Hommes illustres de M: Perrault , vous y trouverez l’éloge de Jean- Louis Guez *.
(mn) Saint - Romuald, Abrégé chronol., à lann. 1654.
(7) On n’a commencé à exécuter la chose qu’en 1671. Voyez l'Histoire de l'Académie française , seconde édition, pag. 555.
(o) Saint-Romuald, Abrégé chronol., à l’'ann. 1654.
* Joly transcrit un passage du Supplément manuscrit du Ménagiana, qui contient le portrait de Balzac. Il cite les titres de quelques ouvrages dont Balzac est le sujet.
(A) Il naquit à Angouléme, l'an 159b.] Je n’ai trouvé cela dans aucun livre ; mais voici comment je l’ai inféré de deux lettres de Balzac. Il fait mention dans l’une de ces deux lettres (1) d’un Remercîment qu’il avait fait à M. Spanheim en 1649, pour la belle Harangue qu’il en avait recue, et qui lui avait rendu une passion que cinquante-trois ans lui avaient ôtée.
Cette harangue était sans doute l’Oraison funébre du prince d'Orange Frédéric-Henri : l’on peut supposer qu’il la recut l’an 1648; car il n’était pas
(x) C’est la XIV. du I, livre, à Conrart:
le Remercîimentàa M. Spanhsim est la XIX°. du Fe, livre.
BALAACE. 69
prompt à répondre. Il avait donc cinquante-trois ans en 1648 ; il était donc né en 1595. Dans l’autre lettre, datée du 15 d'octobre 1637 (2) , il parle d’un écrit qu'il avait fait à l’âge de dix-sept ans, et il dit qu'il y avait vingt-cinq ans entiers qu'il l’avait fait. Il avait donc quarante-deux ans lorsqu'il écrivait cette lettre ; et par conséquent il était né en 1595. Saint- Romuald met sa naissance à l’an 1598; car il en avait 28, dit-il, l’an 1626 (3), mais il a oublié de prouver cette raison *. Je ne dissimule point que j'ai trouvé un passage qui prouve que Balzac est né en 1596. Je le cite dans la remarque (B).
Au reste le petit écrit qu’il composa à l’âge de dix-sept ans vaut bien une digression. Il avoue qu’en le faisant, il fit une faute et une folie, et il s’en excuse le mieux qu’il peut sur sa jeunesse , et sur ce qu'il le composa en Hollande , sans dessein de le rendre public par l'impression (4). Il trouve fort mauvais qu'Heinsius ait ressuscité cette faute. Je l’ai déjà dit (5), voilà un inconvénient à quoi les auteurs un peu célèbres sont fort sujets : il leur arrive quelque querelle de plume, qui est cause que leur antagoniste recherche avec soin les plûs je fautes de leur jeunesse , pour eur en faire reproche publiquement. Je ne m'étonne point que quelques-uns aient cru que Balzac, en ce temps-là, n’eût pas refusé de faire fortune dans la Hollande, sous la profession d’un huguenot. J’avais cru , avant que de lire l'écrit en question, que c'était un jugement téméraire ; mais J'ai changé de sentiment , depuis que M. Minutoli a eu la bonté de m'envoyer une copie de cette pièce (6).
Il en a un exemplaire imprimé, de édition qu’Heinsius fit faire à Leyde,
(2) C’est la X°, du TITI. livre, à Chapelain.
(3) Saint-Romuald, Abrégé chron., à l'an d Saint- Romuald s'appuie sur un passage d’une lettre de Balzac, mais Leduchat prétend que dans cette leitre Balzac avait la prétention de se faire passer pour plus jeune qu'il n’était, croyant que par-la son savoir lui attirerait plus de respect. :
(4) Lettre X à Chapelain, div. TT.
(5) Voyez ci-dessus la fin de la remarque (C) de l'article de Barne.
(6) IL est fourni d'une infinité de semblables pièces rares , qu'il a eu toujours grand soin de ramasser et de garder.
l'an 1638. Le titre est, Discours politique sur l'Etat des Provinces Unies des Pays-Bas, par I. L. D. B., gentilhomme français. C’est une pièce volante de quatre où cinq pages *t :
on y voit à la fin, par forme de signature, Jean-Louis de Balzuc. L’ouvrage est très-beau , plein d’esprit et de pensées ; mais je suis bien assuré que Baudius , qui était en charge publique à Leyde, et aux gages de la Hollande , n’aurait pas décidé si fortement pour la justice avec laquelle les états dégradèrent Philippe Îl, et qu'il n’aurait pas cherché des louanges si raflinées pour la Hollande, ni des invectives si percantes contre la domination espagnole , ni enfin des maximes si étudiées en faveur de la liberté de conscience. On est donc excusable de soupconner que le gentilhomme français sondait peut-être le gué par cette feuille volante; et que si la république, frappée d’admiration pour une si belle plume, et si bien intentionnée, avait offert une belle charge, l’auteur de dix-sept ans l'eût préférée à son pays, et à son catholicisme.
M. de Balzac fit son voyage de Hollande l’an 1612. Il le fit avec Théophile , auquel, si l’on en croit le père Goulu, il joua alors un mauvais tour (7), qui fut cause de la mauvaise intelligence qui était entre ce poëte et Balzac. La terrible lettre que Théophile fit imprimer contre ce compagnon de voyage, lui reproche deux ou trois aventures malplaisantes. Je ne parle point , lui dit-il, du pillage des auteurs , le gendre du docteur Baudius vous accuse d’une autre sorte de larcin..…... Je ñne me repens pas d’avoir pris autre fois l'épée, pour vous verger du béton.
(B) Il se crut en passe d'une fort grande fortune.] I y a du plaisir à l’entendre raconter lui-même les raisons de ses grandes espérances. Qu’on lise donc la seconde histoire qu’il débite dans ses Entretiens *? ; c’est la
41 Leclerc dit que cet écrit réimprimé dans le tome II des OEuvres de Balzac, ia-folio, n'y remplit pas trois pages, ce qui n’empêcherait pas que l'édition originale en eût quatre ou cinq, comme dit Bagle.
(7) Lettres de Phyllarque, Ze, part., pag
*2 Bayle , dit Joly, n'a pas connu les derniers Entretiens de M. Dumas avec M. de Bal
70 BALZAC
sienne (8). On y verra entre autres choses la preuve de ce que j'ai dit touchant les éloges que l’on donnait à ses lettres, avant même qu’elles fussent imprimées, Il nous conte que lPévêque de Lucon , rappelé de son exil (0) , lui fit une infinité de caresses, le traita d'illustre , d'homme rare , de personne extraordinaire, et que l'ayant unjour prié à diner, il dit & force gens de qualité qui étaient àtable avec lui, Voilà un homme (cet homme n'avait alors que vingt-deux ans) à qui il faudra faire du bien quand nous le pourrons, et il faudra commencer par une abbaye de dix mille livres de rente. JV'est-il pas vrai qu'on ne saurait guère voir de plus beaux commencemens ? A Rome , on lui eût la-dessus prété de l'argent , on eut fait des gageures sur ces avances de la fortune. Toutefois, les choses en sont demeurées la. M. le cardinal de Richelieu ne s’est pas souvenu de ce qu'avait dit M. l’évêque de Lucon.
Cela me fait souvenir de cet endroit du Ménagiana : « M. de Balzac avait » premièrement aspiré à être évêque.
» Îl se retrancha ensuite à devenir » abbé; mais il ne réussit ni dans » l'un ni dans l’autre dessein. Il a » même écrit dans quelqu'un de ses » ouvrages, qu'il ne serait jamais » abbé , à moins qu’il ne fondât l’ab- » baye(10).»
(€) On publia contre lui un petit livre... dont un feuillant , nommé frère André, était l’auteur. | C’était un Manceau, qui se réconcilia depuis avec M. de Balzac, et l’alla voir à Angoulême (11). M. de Balzac le régala magnifiquement, Jia avec lui une cordiale amitié quia duré autant que sa vie (12). Il lui a écrit plusieurs lettres, où il le qualifie le révérend père dom André de Saint - Denys.
Voyez nommément l’une des Disser-
zac , 1656, in-40. Ces Entretiens sont au nombre de neuf, et ne se trouvent point dans l'édition des OEuvres de Balzac, in-folio, ce qui a engagé Joly a leur consacrer plus de trois pages in-folio.
(8) Entrei. VIT , pag. 132, édit. in-12.
(o) Cela tombe à l'an 1618.
‘(10) Ménagiaua , pag. 190.
(x1) Saint-Romuald, Continuat. Chronici Ademari, ad annum, 1627.
(:2\ Voyez ses soins pour les intérêts du père André, dans les lettres XVII et XVIII du IVe. livre à Conrart, écrites en x653.
tations imprimées avec le Socrate chrétien, le premier Entretien , et parmi les Lettres latines, le poëme intitulé Lier speratum | précédé d’une lettre où Balzac raconte avec une extrême joie le changement de ce feuillant , et où il se sert de cette belle exclamation parodiée de Virgile (13),
© superi! tanto-ne placuit concurrere motu
Æternitate posthac mentes in pace futuras ?
Une autre lettre latine, qui précède celle-là (14), nous apprend que frère André, qui, selon lexpression de Voiture , avait été l’Hélène de cette guerre, ayant oui dire que M. de Balzac était mort, l'avait pleuré et loué. Or, puis qu'après avoir su que la nouvelle était fausse, 1l devint le bon ami de ce prétendu défunt, il fit voir qu'il n’était pas dans le cas de cette sentence :
Wirtutem incolumem odimus, . . .
. . Sublatam ex oculis quærimus invidi (15).
Il ne faut pas oublier cette circonstance, que ce religieux, qui était alors prieur du couvent de Saint-Mémin proche d'Orléans , n’eut pas plus tôt su la maladie dangereuse de M. de Balzac, qu’il assembla tous ses moines, afin qu'ils priassent Dieu avec lui pour le malade (16). Celui-ci , après sa guérison, donna à l’autel de leur église une cassolette de quatre cents livres, accompagnée d’un revenu annuel, pour y entretenir continuellement les parfums. Si M. Moréri avait parlé des témoignages éclatans que Palzac donna de son bon cœur, en se réconciliant avec frère André -et avec le père Garasse, on ne trouverait pas destitue de jugement cet endroit de son dictionnaire. 4 passa d’abord pour l'homme de France le plus éloquent. Cette réputation lui fit des envieux, et on sait assez la querelle qu’il eut vers l'an 1623 avec le père Golu générai des feuillans , et avec d'autres. Tout le monde était pourtant persuadé de la franchise et de la générosié de M. de Balzac, qui mourut très-chrétiennementcomme ul avait vécu. Quel étrange saut de
(13) Virgil., Æneïd., lb. XIT, vs. 503.
(z4) Pag. 268.
(15) Horat., Od. XXIV , lib. TIT, vs. 31.
(16) Préface des OEuvres de Balzac, et Rekation de sa mort,
BALZAE. as
Van 1627 à l’an 1654, en si peu de lignes ! Et puis, à quoi bon cette franchise et cette générosité, dont ‘tout le monde était pourtant persuadé ?
S’agissait-il de cela ? il s'agissait de savoir si Balzac était bon auteur, éloquent , et orthodoxe.
(D)... cette pièce fut réfutée..….….
dans l’Apologie qu’ Osier publia en 1627.] On a parlé fort diversement sur le véritable auteur de cetouvrage.
Les uns ont cru que celui qui s’en disait le père l'était effectivement, les autres ont cru qu’il n'avait fait que prêter son nom à un ouvrage que Balzac avait fait lui-même. Voici ce que M. Ménage en a dit : Ze prieur Oger (*) répondit à ces livres du père Goulu contre M. de Balzac, par un livre qu’il intitula V Apologie de M. de Balzac (17), qui est un livre écrit avec quelque sorte de doctrine et d’élégance; mais M. Oger n'y a contribué que la doctrine. Tout ce qu'ily a d’élégance est de M. de abs Je l'ai oui dire plusieurs fois à M. de Racan, et à M. de Gomberville, qui avaient vu M. de Balzac travailler à cet ouvrage ; et j'ai lu, d’ailleurs, que M. de Balzac, parlant de cet ouvrage, disait qu’il en était le père, et qw Oger n’en était que le parrain ; qu’il avait fourni La soie, et qu Oger n'avait fourni que le canevas (18). Apparemment ce fut à cause qu’on en parlait ainsi dans le monde , que le sieur de la Motte-Aigron craignit une semblable destinée, et tâcha de la prévenir en déclarant dans la préface de sa Réponse à Phyl- Jarque , que l'avis qui lui était venu de divers endroits qu’on voulait donner un maître à son livre, l’obligeait d’avertir tous ses lecteurs, qu'il n'y avait point la de Roger qui combattit sous les armes de Léon; qu'il n'avait point -la complaisance de ceux qui
(#) IL faut. Ogier. Il était frère de Charles Ogier, dont on parlera ci-après, et il a fait des Actions publiques, en deux tomes, l’Apologie de Balzac, et une Oraison funèbre pour Philippe IV, roi d'Espagne. Cette pièce, suivant Sorel dans sa Bibliothéque française, est excellente. Costar , tom. IT, pag. 48 de ses Lettres, adresse la XVIIe. à M. l’abbé Oger. Il devait aussi dire Ogier. REM. eR1T.
(x7) Je montre dans la remarque (F) de l’ar= ticle Gouru ( Jean), que M. Ménage se trompe en disant que l'Apolosie publiée par le prieur Oger, répondait aux livres du père Goulu.
(18) Ménage, Remerquessnx la Vie de P.
Ayrault, pag. 262.
permettent qu’on leur fasse des enfans ; qu'il ne pourrait souffrir qu’on lui fit ses livres ; et que, pour ce qui regarde la facon de son ouvrage, ses amis lui ont été aussi étrangers que ceux qui vivaient aux extrémités du monde. Il nous apprend là même, que sa préface sur les Lettres de Balzac, avait été attribuée à d’autres qu’à lui très-faussement. On verra ceci plus au long dans son article (19).
(E) I laissa passer l'orage excité contre lui par le père Goulu, sans répondre à son adversaire. | J'avoue qu’il mit la main à la plume dés ce temps-là, pour composer sa Relation à Ménandre | mais cet ouvrage ne fut imprimé que long-temps après. On voit la raison de cette conduite dans ces paroles du XXII. Evtretien de Balzac : Vous vous souvenez de la cruelle persécution qui s’alluma contre moiil y a plus de vingt ans. En ce temps-la , un ange du ciel n'eut pas été écouté, s’il en fût descendu pour plaider ma cause. La brigue était trop forte et trop passionnée pour pouvoir attendre un juste jugement du public. Gräces a Dieu, l'orage a cessé, et le calme est venu après la tempête. Les choses ayant changé de face, il est à croire que le bon droit changera aussi le destin. L'auteur, se voyant alors sollicité de nouveau à publier sa défense , y consentit. Ménandre, auquel il adressa sa Relation, est Mainard (20). Quoique cette relation soit accompagnée de Ia défense de quelques-uns des passages que le père Goulu avait critiqués, elle est plutôt une réponse générale qu’ane réfutation suivie et complète des deux volumes de Phyllarque. Balzac justifia aussi quelques passages qu’un dette de Louvain et un docteur de Besancon avaient critiqué. (21). Je trouve quelque chose à reprendre dans son calcul. Îl paraît, par son Entretien XXVIL, qu'il ne se détermina à publier ses Apologies que plus de vingt ans après la persécution que Phyllarque lui suscita, Néanmoins il est trèscertain que le volume de ses OEuvres
(x9) Voyez la remarque (D) de l'article Mor-
TE-A1GRON. 4
(20) Ménage, Remarques sur Ayrauit, pag.
(21) Voyez les pièces qui sont après le Socrate chrétien.
diverses , dont les Discours à Ménandre sont une très-considérable partie, fut imprimé lan 1645; et que son libraire y faitsavoir que l’auteur n’en avait pu refuser la publication aux instances réitérées de son pére, âgé de quatre-vingt-onze ans.
Si vous comparez à cet avis au lecteur la lettre de M. Guez, dont j'ai parle dans la remarque (C) de l’article précédent, vous verrez que la résolution d'imprimer les À pologies contre Phyllarque est de lan 1644. Comment accorder cela avec le XXVIIE.
Entretien ?
(F) Z{ profita du peu de succès de son Prince. | Les amis de l’auteur avaient promis cet ouvrage comme un chef-d'œuvre qui ferait taire tous les critiques, et surtout ceux qui accusaient Balzac de n’être capable que d'écrire des lettres. L'événement ne répondit pas à ses espérances : ce livre ne fit rien, ni pour la réputation ni pour la fortune de Balzac , et lui suscita des affaires du côté de la Sorbonne. Quoique le marquis d’Aytona l’eût fait brûler à Bruxelles (22), on ne laisse pas d’en parler avec le dernier mépris dans une réponse de l'abbé de Saint-Germain, et comme d’un livre qui avait élé supprimé par la censure des docteurs , et sentence des juges, un mois après sa naissance.
M. Pellisson rapporte, qu’en 1636, Balzac lut à es francaise quelque partie de son Prince , qu’il nommait alors le ministre d'état (23).
Cela montrerait qu'il avait d’abord envie de ne faire que l'éloge du cardinal. Mais il faut savoir que M. Pellisson se trompe. Le Prince fut imprimé en 1631. Îl devait être suivi de deux autres livres , dont le dernier s'appelait #inistre d'état. Quelquesans trouvent que dans son Prince il donne plus de lonanges au cardinal qu’au roi ( Voyez la page 37 du XVE.
tome de la Bibliothéque universelle ) ; mais cela est faux. On voit dans le VIile, livre des Lettres de cet auteur celle que la faculté de théologie lui répondit pour lui marquer qu’elle était contente des offres qu'il faisait de changer lui-même ce qu’on avait
(22) Balzac, lettre XLIIÉ Ur. VIII, Entret.
XIIT , pag. 182.
(23) Histoire de l'Académie française, pag.
321, et 107,
BALZAC
trouvé digne de censure. La lettre la:
tive, qu’il écrivit à un pére de la doctrine-chrétienne , touchant ce procès sorbonique , est admirable. Elle est à la page 187 de ses Epistolæ selectæ , à l'édition de Paris, en 1651, in-12.
Notez qu'il y a des gens qui ont assuré que cet ouvrage est l’un des meilleurs écrits de l’auteur. C’est ainsi, monsieur , que vous l'avez pratiqué vous-même dans votre Prince , et dans vos Relations à Ménandre, qui sont les deux grands miracles de votre art, et les derniers efforts de l'éloquence héroique. Voilà ce que disait Costar dans sa Défense de Voiture. M. Richelet, dans ses Remarques sur des lettres , dit que le Prince et l Aristippe sont les deux plus éloquentes pièces de Balzac (24). Si l’on jugeait du mérite de ce Prince de Balzac , par le nombre des éditions ,; on n’en pourrait faire qu’un jugement trèsavantageux : « D'abord 1l y eut deux » éditions i7-4°,qui parurent en même » temps ; une autre de même forme, » mais en plus petit caractère, et » toute pleine de fautes, imprimée, je » crois, à Niort ou à Poitiers. Ensuite, » il y en eut une in-8°,, assez bonne , » quoique contrefaite. Après quoi , » vint celle de Bouillerot, in-8°. aussi, » mais corrigée ; et enfin lédition »in12 de Courbé. » Ces paroles sont “tirées d’une lettre que M. du Rondel me fit l’honneur de m'écrire le 10 de mai 1698. J’en vais citer un autre morceau, J'ai acheté depuis peu, ditil, le Prince de la première édition , où j'ai vu avec un plaisir indicible ce que M. de Balzac avait écrit , et qu’il a changé et retranché ensuite, ei ce n’est que cette fois-ci que j'ai bien compris ce que voulait dire Scaliger avec son detrahendo fecit auctiorem. Balzac, en égorgeant cinq ou six endroits, a supprimé la langueur , a ranimé la faiblesse , a donné du poids à sa force, et s’est saisi de l'attention qui allait échapper au lecteur. Je me sers d’une édition in-4°., qui est de l’année 1632 :
le lieu de limpression n’y est point marqué , mais sans doute elle est de Rouen. J’en ai vu une en petit octaro, faite à Paris, chez Toussaint du Bray, en 1632. On y voit autitre, seconde édüion corrigée. M. Perrault, qua
(24) Richelet, Lettres, etc. , pag. 97:
BALZAC
tant loué l#ristippe de Balzac (25), n’a dit rien d’avantageux du Prince. Il s’est contenté de dire que cet ouvräge parut aprèsles OŒuvres diverses.
Il trouvera bon , je m’assure , que je.
remarque qu’il s’est trompé. Les OEuvres diverses ne parurent que longtemps après le Prince (26). Finissons par un passage de Gabriel Naudé :
Quibus omnibus velut coronidem accessisse ferunt Balsaci, viri clarissimi, Principem , gallicä modo pumice diligenter expolitum. Ferùmenimverd, guoniam ipse liber post meum è Gallid discessum typis fuit demandatus , ut propterea nondum in manus meas pervenerit ; variaque, ut audio, ac prorsus aneipiti judiciorum aled fuit exceptus : hoc solm de illo pronunciare possum , quod fuit ab antiquis in similt occasione ex formulé usurpatum, non liquet (27).
(G) Zlétait en commerce de lettres. ] Il était si grand ce commerce-là, qu’il accablait M. de Balzac, parce qu’outre qu’il composait avec une extrême peine, il savait qu'on montrait ses lettres, et qu’ainsi il fallait que rien n’y manquât. Voici comment il décrit son état à cet égard. LL est la butte de tous les mauvais complimens de la chrétienté, pour ne rien dire des bons, qui lui donnent encore plus de peine.
Îl'est persécuté, il est assassiné des civilités qui lui viennent des quatre parties du monde , et il y avait hier au soir sur latable desa chambre cinquanie lettres qui lui demandaient des réponses , mais des réponses éloquentes , des réponses à étre montrées , à étre copiees , à étre imprimées... (28), À l'heure que je vous parle , dit-il en un autre endroit (29) , il y a sur ma table une centurie de lettres , qui attendent des réponses : j'en dois à des tétes couronnées. Comme il fut le premier en France, qui se fit un grand nom par cette sorte d’écrits , 1l en remporta le titre de grand épistolier,
25; Perrault, Hommes illustres, pag. 156.
26) Le privilége du Prince est daté du 18 septembre 1631 , et l'approbation est datée du 3 octobre suivant. Les OEuvres diverses furent imprimées l'an 1645.
(27) Naudæus, Bibliogr. polit., pag. 47.
(28) Balzac, Entret. VII.
(29) Lettre VII du We, livre dans le vol. à Conrart. Voyez aussi Les Lettres choisies , pag. 15, et Les Lettres à Ghapelain, pag. 81, édilion de Hollande.
et il se le donnait quelquefois luimême : S'eiat se dignum fuisse invidid magni Franciæ epistolariü (30). Les premières lettres qu’il publia ne valaient pas à beaucoup près celles qu’il fit depuis sa retraite, et néanmoins celles-ci n’ont pas eu le quart du débit des autres. Sorel a eu raison de faire cette remarque (31) ; et le critique de Maimbourg n’a pas eu tort de la répéter (32). On peut juger par-là des caprices et de la bizarrerie du public.
(H) Ses lettres... ont... une certaine gaieté vive el sérieuse , qui est presque inimitable. 1 Écoutons ce qu’en dit Richelet. Balzac, dit-il (33), ne fait point de plainte qui n’ait quelque chose d'ingénieux , de nouveau , et d’éloquent…. [Il avait une mélancolie douce el ingénieuse : elle paraît dans ses Lettres , et il n'en parle jamais sans chatouiller le cœur, et inspirer de la joie... Il y a une certaine mélancolie pleine de charmes , qui vaut mieux que toute la gaieté du monde.
(1) IL eui beaucoup d’ennemis , qui écrivirent eontre lui. ] M. le chancelier Séguier n'ayant pas voulu permettre la publication d’un livre composé contre Balzac en 1636 , recut peu après une lettre de cet auteur (34), où l’on trouve ces paroles : Tant qu'il ne se présentera au sceau que de ces gladiateurs de plume , ne soyez point avare des grâces du prince , et relâchez un peu de votre sévérité. Si la chose était nouvelle , il se peut que je ne serais pas fâché de la suppression du premier libelle qui me dirait des injures ; mais à cette heure, qu'il y en a pour le moins une médiocre bibliothéque, je suis presque bien aise qu’elle se grossisse, et prends plaisir à faire une monjoye des pierres que l'envie m'a jettées sans me faire mal. On peut compter entre ceux qui écrivirent contre lui, outre ceux dont J'ai déjà fait mention, Daniel Heinsius, qui repoussa avec un peu de chagrin la critique que Balzac avait faite de l’Herodes infanticida, Voyez sur cela
(30) Epist. select. , pag. 288.
(31) Sorel, Biblioth. franc., pag. 135,
(32) Préface des Nouvelles Lettres sur le Galvinisme de Maimbourg.
(33) Richelet, Lettres, pag. 81, 82.
(34) C'est la XLIII®. du IETC, livre de la IT, partie des Lettres choisies.
4 LS l’'Entretien XXXV de Balzac, et la XXVe. lettre du Ier. livre à Chapelain, et la XXe. du livre II. M. de Saumaise, ennemi de Heinsius , et ami de Balzac , écrivit sur cette dispute, et adjugea la victoire à son ami ; mais un ministre de Languedoc , nommé Croi (35) , prit feu contre Balzac, en faveur de Heinsius , et néanmoins il écrivit peu après fort durement contre Heinsius : il est vrai que ce fut sur d’autres matières. Comptez aussi Nicolas Bourbon, de l’académie francaise. Voyez ce que l’historien de Pacadémie a dit Éd on (36). N'oubliez point Costar qui, ayant cru que Balzac avait engagé par jalousie M. de Girac à critiquer Voiture , lui adressa la défense de Voiture , et y fourra cent railleries piquantes. Le coup fut senti, et la chose dégénéra enfin en guerre ouverte. Costar leva tout-à-fait le masque. Voyez les reproches que lui en fait M. Girard dans la préface des Entretiens de Balzac. On trouve dans le Ménagiana quelques faits qui pourront avoir ici de l’emploi fort à propos.M. de Balzac, aprés avoir obligé M. de Girac à écrire en latin contre les Lettres de Voiture , engagea aussi M. Costar à prendre la défense de oiture , et à écrire contre M. de trac : c'était pour s'attirer des louanges de l’un et de l’autre côté. Je passais par le Mans pour revenir à Paris, dans le temps que la Défense Jut achevée. M. Costar m’en donna deux exemplaires, l'un pour étre envoyé à M. de Pinchesne, neveu de IT. de Voiture , et l’autre à M. Conrart. Îl me dit qu'il se soumettrait volontiers à tous Les changemens qu’on Y voudrait faire, soit qu'on voultt y ajouter ou retrancher. Une des copies Jut communiquée à M. de Balzac , qui envoya des corrections ; cependant l'ouvrage s’imprima ; et , parce que ses corrections arrivèrent dans le temps que l'impression fut achevée, on lui manda qu'elles étaient venues trop tard , et le livre parut tel qu’il était ,
(35) C'est lui qu est l'auteur de la Réponse anonyme à la Lettre et au Discours de Balzac sur une tragédie de Heins, intitulée, Herodes infanticida ; laquelle réponse fut imprimée 4 Genève, (quoique Le titre ne Le porte pas ) , en 1642.
(36) Pag. 260, édit. de 1672. Voyez aussi la XXPIIIS. et la XXXE, lettre du TTC. livre à €hapelan.
BALZAC
dont il eut quelque chagrin (37), Je laisse les coups de dent qu’on donne à Balzac dans l’Hexaméron rustique.
Voyez la plainte que fait M Ménage, d'y avoir été introduit pour parler contre M. de Balzac (38). Je laisse de plus ce qui se passa entre M. du Moulin et lui, car ce ne fut qu’une légère escarmouche de controverse , où chaque partie recut de l’encens. Il en sortit d’autres disputes qui furent plus envenimées (39); mais, autant qu’il m'en peut souvenir , Balzac n’y recut que ce petit coup , vir ingento compto et gallicæ eloqueniiæ laude clarus Balzacus , sed in religionis negotio plusquam infans. Ce fut M. du Moulin qui le lui donna, dans l’épître liminaire de sa Réponse à Petra-$ancta. On fit semblant d'ignorer l’insulte :
voyez la onzième lettre du Ie. livre à Chapelain. Je serais trop long, si j’entreprenais de parler d’un certain de Vaux (4o), et de tous les autres adversaires de Balzac.
(K) 1 y avait peu de personnes , .……… qui. ne se fissent un plaisir de l'aller voir. ] Cela lui était à charge , comme il paraît par ces paroles de son VII.
Entretien. IL vient ici des importuns en personne , quelquefois de plus de cent lieues, et tout exprès , si on les veut croire , qui lui donnent le dernier coup de la mort, lui disant pour leur premier compliment, que sa haute réputation, et La célébrité qu’il a donnée au lieu où il est, les ont obligés de venir voir cette personne si connue , et ce village si renommé, qu’il ne doit point trouver mauvaise une st juste et si honnéte curiosité que lu leur. Un de ces curieux lui commença il y a quelques jours sa harangue par : le respect et la vénération qu’il avait toujours eue pour lui, et pour messieurs ses livres. 1 n’est rien de plus historique que ceci , et vous pouvez voir par-là jusqu’où peut aller le style des complimens. Ce n'étaient pas seulement les gens de lettres qui lallaient voir , les grands seigneurs le faisaient aussi ; et
(37) Ménagiana, pag. 166, 167.
(38) La même, pag. 323. 4}
(39) Le jésuite Silvestre à Petra-Sancta, ayant écrit durement contre la Réponse de du Moulin à Balzac, fut payé en méme monnaie par du Moulin et par Rivet.
(40) Il publia le Tombeau de l'Orateur fran-
çais.
BALZAC
je suis fort trompé, si le comte de Pigneranda ne lui fit point cet honneur, lorsqu'il passa par ce pays-là, en retournant en Espagne. M. de Balzac est bien aise de nous apprendre , que ce comte [ui avait reproché le zèle ardent de sa plume pour défendre l'honneur de la France. Il’nous apprend cela dans la lettre où il réfute le bruit qui courait , qu’il avait composé un manifeste pour le prince de Condé en 1651 (41).
(L) IE fut un des quarante de l’académie française. ] M. Pellisson , ayant dit conformément aux registres de l'académie , que le treizième jour de mars 1634, M. de Boisrobert fit voir une lettre qu’il écrivait de son chef à M. de Balzac , pour l’avertir que , s’il témoignait à la compagnie par ses lettres qu’il désirait d'y être admis , elle le lui accorderait volontiers : M. Pellisson , dis-je, ayant dit cela, ajoute, qu’il ne voit pas dans le registre ce qui suivit , mais qu'infailliblement M. de Balzac sur sa réponse fut reçu peu de temps aprés dans l'académie (42).
M. de Balzac ne trouve pas qu’en cela M. Pellisson ait été fidèle historien :
il reconnaît que M. de Boisrobert l’avait exhorté plusieurs fois à faire un compliment par écrit à l’académie , et l'avait même menacé de la part de M. le cardinal, si ce compliment ne venait pas ; mais il suutient qu’il n’avait rien répondu, et qu’au bout de cinq ou six mois on lui apprit qu’il était de l'académie , et qu’on avait vu son nom dans le soleil du petit bon homme M. de la Peyre (43). D'où il conclut , que si l’on avait présenté à l'académie une lettre de sa part, on avait fait une fausse lettre. Voilà ce qu’il écrivit à M. Conrart, le 22 de septembre 1653. On ne sait pas quel éclaircissement il en reçut , mais on voit par une lettre du 3 de novembre de la même année , que cet éclaircis-
sement l’avait détrompé. Peu s’en faut :
qu'on ne soupçonne que M. Conrart
(41) Elle est imprimée à la fin du Socrate
chrénen.
(42) Hist. de l'Acad. , pag. 2or.
(43) La Peyre dédia en 1635 son livre de l'Éclaircissement des Temps à l'académie, avec ce titre : à l'Eminente. 17 y fit mettre le portrait du cardinal, en taille douce, avec une couronne de rayons tout autour, chacun desquels était
marqué par le nom d'un académicien. Hist, de l'Acad., pag. 105.
vie) lui écrivit qu'il avait vu l'original de son compliment , d’où il faudrait conclure que même les plus grands esprits ne se souviennent pas quelquefois de leurs lettres du temps passé *.
Ce qu’il y a d’incontestable , c’est que M. de Balzac s’est tenu pour bon et véritable académicien ; car le registre du 14 d'avril 1636 fait foi Ain à l'académie quelque partie de son Prince (44), et on à prouvé par ses lettres imprimées , qu'il envoya à M. du Chatelet quelques ouvrages de sa facon , le priant de les lire à l’acudémie, et de les accompagner de quefquesunes de ses paroles , qui sufftraient ( disait-il ) pour le tenir quiite envers elle non-seulement du remerciment , mais encore de la harangue qu'il lui devait (45). 1 venait de dire que l'honneur que l'académie lui avait
J'ait de le mettre de son corps, sans
l’obliger d’aller à Paris , étaient deux grâces singulières qu’il avait reçues d'elle en même temps. Je me souviens de deux endroits de ses lettres, où il reconnaît pour ses confrères messieurs de l’académie. Le premier est à la page 16 de ses Lettres choisies , et le dernier à la page g5 de ses Lettres à Chapelain.
(M) LL s'était fait bétir deux chambres aux Cupucins d’'Angouléme. 7] Je n'ai lu que dans le Wénagiana , qu'il ait eu dessein de prendre lhabit de cet ordre. « M. de Balzac se mit si » fort dans la dévotion , qu’il entra » dans un couvent de capucins , où il » voulait prendre l’hbabit : il n’y est » pourtant pas mort (46). » Peut-être que, comme bien d’autres, il demanda de mourir dans l’habit de saint Francols. © (N) A mourut le 18 de février 1654. | La liste des académiciens , imprimée à la fin de la seconde édition de l'Histoire de l’Académie, fait vivre M. de Balzac jusqu’en 1657, vu que
* Joly conclut de la lettre de Balzac que même les plus grands esprits sont sujets à manquer d’attention dans leurs lectures, et pense, 1°. que l'académie française avait reçu, dès son établissement, une lettre au nom de Balzac; 20. que cette lettre n'était pas de lui: 3°. que Conrart ne cherchait pas à persuader à Balzac qu'il était l’auteur de la lettre écrite en san nom, mais que cette lettre était d’une personne autre que celle qui était soupçonnée par Balzac.
(44) Hist, de l'Acad., pag. 227.
(45) La même , pag. 106.
(46) Ménagiana, pag. 238.
celle année-là elle lui donne pour successeur Hardouir de Péréfixe , archevéque de Paris *. Au contraire la liste des académiciens morts, imprimée à la fin de l’État de la France l’an 1680, fait mourir M. de Balzac assez longtemps avant l’année 1654, puisqu'elle le place au - dessus de Baro et de Baudouin, qui étaient morts avant l’année 1651. Si M. Pellisson avait eu part à la seconde édition de l'Histoire de l’Académie, on ne verrait pas dans la liste les deux fautes que J'ai cotées, dont l’une regarde le temps auquel M. de Balzac est mort, l’autre regarde la personne qui lui succéda , qui n’est point M. de Péréfixe. D’ailleurs M. de Péréfixe n’était point archevêque de Paris l'an 1657. Mais M. Pellisson n’est entréen rien de tout cela.M.Baillet, qui acru sans doute le contraire, est bien excusable d’avoir estimé que sur une telle caution il pourrait placer la mort de Balzac à l’année 169 (47). Quant au jour de cette mort, c’est le 28 février, selon Moréri , Saint-Romuald (48), Henningus de Witte (49), M. Perrault et plusieurs autres. Mais des gens que j'ai consultés m'ont répondu que c’est le 19 de février , selon le contrat passé avec l’académie francaise touchant le fonds que Balzac lui a laissé, et selon une lettre manuscrite du sieur Moriscet. Enfin, c’est le 18 de février, si l’on s’en rapporte à ces deux choses : l’une est que , dans la préface sur les œuvres de Balzac, on assure que la relation de sa mort fut écrite dès le lendemain ; l’autre est que cette relation est datée du 19 de février 1654.
* Joly infère de cette phrase que Bayle nie que Péréfixe fut le successeur de Balzac à l'académie. Comme l'observe Bayle, Pellisson n’eut point de part à la seconde édition de l'Histoire de l'Académie française, où sont les deux fautes cotées par Bayle. Pellisson n’a conduit cette histoire que jusqu’en 1652. La troisième édition , continuée par d'Olivet depuis 1652 jusqu’en 1700, contient la liste de tous les académiciens. Péréfixe y est désigné comme successeur de Balzac en 1054 ; mais l'archevêque de Paris , ou ne prononça pas de discours de réception, ou ne le fit pas imprimer; car il ne se trouve pas dans le recueil de l'académie, ce qui est à regretter ici.
(47) Baillet, Jugemens sur les Poët., tom. IF, num. 1487.
(48) Dans la table de son Journal. chronol., imprimé en 1664; car il ne dit rien de Balzac sous le 28 février.
(49) Diar. Biograph., ad ann. 1654.
BANCK ( LAURENT ), natif de Norcopin , eu Suède, a été pro-
BANCK.
fesseur en jurisprudence, dans l’académie de Franeker, pendant quinze ans (a). Le séjour qu'il y avait fait en qualité d’écolier, lui avait acquis de la considération , de sorte qu'y etant revenu après ses voyages de France, d'Italie, d'Espagne, etc. , on lui donna une chaire de jurisprudence , avec de bons appointemens (b). Il mourut le 13 d'octobre 1662 (c). Je parlerai ci-dessous de ses ouvrages (A), et particulièrement d’une édition qu'il procura du fameux livre de la Taxe de la Chancellerie romaine (B). C’est un ouvrage assez singulier pour nous arrêter un peu, et qui mérite bien que je fasse quelques réflexions , tant pour rectifier ce que j’en ai déjà dit ailleurs (d), que pour éclaircir ce qu’en rapportent différens auteurs, qui ne s’en expliquent pas avec assez d’exactitude.
(a) Witte, Diarium biogr. ad ann. 1662.
(b) Banckius, Epist. dedicat,, Taxæ Cancellariæ romanæ.
(c) Witte, Diarium biogr. ad ann. 1662.
(d) Dans la remarque (S) de. l’article PINET. =
(A) Je parlerai ci-dessous de ses ouvrages. | Il publia à Franeker, en 1649, un livre intitule , de Tyrannide papæ in reges et principes christianos.
Sept ans après il publia Roma triumphans, seu Inauguratio Innocentii X*.
uant à ses écrits de Bancæ Ruptori< bus ; de Duellis, de Consiliis et Consiliariis principum, etc.(1), je n’en connais point la date.
(B)..... et une édition qu’il procura de la Taxe de la Chancellerie romaine. ] J’ai rapporté, en un autre endroit (2), diverses choses qui concernent cette taxe , et j’ai parlé nommément de l'édition que du Pinet en
* Sur le témoignage de Nicérou, Joly dit que la Roma triumphans était imprimée dès 1645, c'est-à-dire, quatre ans avant, et non sept ans après le de Tyrannide papæ.
(x) Witte, Diarium, ad ann. 1662.
(2) Dans la remarque (B) de l'article Piner.
BANCK. 5
procura l'an 1564. J'ai dit aussi que d’Aubigné cite l'édition de Paris 1520.
Ce n’est pas la première, comme quelques-uns l'ont cru ; car l’édition de Bois-le-Duc 1664 (3) m’apprend que ce livre fut imprimé à Rome l’an 1514, et à Cologne (4), l'an 1515, et qu'il est intitulé ARegule, Constitutiones, Reservationes cancellarie $. Domini nostri Leonis pape decimi, noviter edite et publicate, et qu’on y trouve, au feuillet 67, T'axe cancellarie per Marcellum Sulber, alias Franck, Rome, in campo Î'lore, anno moxiv, die xvii novembris, impresse, finiunt feliciter.
C’est ce que témoignent deux échevins de Bois-le-Duc , qui avec le secrétaire de la ville avaient collationné mot à mot cette édition de Rome avec celle qu’Estienne du Mont, libraire de Bois-le-Duc, donna l’an 1664, et dont le titre est Taxcæ cancellariæ apostolicæ, et Taxæ sacræ Pœnitentiariæ apostolicæ.On y trouve (5) le passage que d’Aubigné cite de l'édition de Paris en 1520 (6) : Æbsoluio pro 60 qui matrem ; Sororem , aut aliam consanguineam vel affinem suam , aut commalrem , cCarnaliter cognovit , gr, #. (7) ; Absolutio pro ea qui virginem deflordrit, gr. »j. Onle trouve aussi dans l'édition de Franeker en 1651 (8). Je suis étonné de ne le voir point dans l’édition de du Pinet, intitulée Zaxe des parties casueldes de la boutique du pape. Elle est en latin et en français, avec plusieurs notes de cet auteur. Il a eu grand tort de ne point dire sur quel exemplaire 1] la donnait ; car elle diffère des autres , et quant à l’ordre des matières, et quant à la qualité des monnaies.
Elle ne marque que tournois, ducats, et carlins, les autres ne marquent que gros ; et c’est pour le moins fort rarement qu'elles font mention de ducat, ou de carlin. D’Aubigné assure (9) que l'édition de Paris porte que, pour avoir tué son père, ou sa mère, il faut un ducat et cinq carlins ; mais
(3) Elle est en laun et en flamand , in-8°. Voyez-en la préface, et la page 130.
(4) Apud Gosuinum CARE !
5) Taxæ Cancellariæ ost., pag. Op se de Bois-le-Duc. db oops
(6) Voyez la remarque (B) de l’article Piner.
(7) C'est-a-dire , qu'il doit payer cinq gros.
(8) C'est celle que L. Banck a procurée. Voyez
1lapage 127.
(a) Voyez la remarque (B) de l'article Piner.
dans l'édition de Franeker (10), et dans celle de Bois-le-Duc (11), ily a Absolutio pro eo qui interfecit patrem, mairem , SOTOrem , uxorem...…, g. v. vel vij (12). Je m'étonne, encore un coup, que cet article de l’inceste manque à l’édition de du Pinet (13), dans laquelle il se trouve des articles plus énormes ; ceux-ci, par exemple :
ÆAbsolutio à lapsu carnis super quocunque actu libidinoso commisso per clericum , etiim cum monialibus , intra et extra septa monasterit , aut cum consanguineis vel affinibus, aut filid spirituali, aut quibusdam aliis, sive ab unoquoque de per se, sive simul ab omnibus absolutio petatur cum dispensatione ad ordines et beneficia, cum inhibitione, tur. 36, duc. 3. Si verd cum illis petatur absolutio etiam à crimine comimusso contra naturam , vel cum brutis, cum dispensatione ut suprà et cum inhibitione, turon. 90. duc.
12, carl. 16. Si verd petatur tantum absolutio à crimine contra naturam, vel cum brutis, cum dispensatione, et inhibitione, turon. 36. ducat. 0. Æbsolutio pro moniali, que se permisit pluries cognosci intra et extra septa monasterit , cum rehabilitate ad dignitates illius ordinis , etiam abbatialem , turon. 36, duc. 9. Absolutio prô concubinario , cum dispensatione ad ordines et beneficia, turon. 21.
duc. 5, carlin 6. (14) C’est-à-dire, « L’absolution et pardon de tous ac- » tes de paillardise commis par un » clerc, en quelque sorte que ce soit, » et fût - ce avec une nonnain, dedans » ou dehors le pourpris de son mona- » stére, ou avec ses parentes ou al- » liées, où avec sa filleule, ou avec » autre femme qu’elle soit; soit aussi » que ladite absolution se fasse au » nom du clerc simple, ou de lui et » de ses putains, avec dispense de » pouvoir prendre ses ordres, et tenir » bénéfices ecclésiastiques, avec aussi » la clausule inhibioire , coûte 36
(10) Pag. 132.
(11) Pag. 103.
(12) C'est-à-dire, qu'il doit payer cinq ou sept
gros:
(13) Elle est de Lyon, en 1564, et a éle controfaite à Leyde en 1607, et avec une nouvelle version française, à Amsterdam, er 1507. Ces trois édilions sont in-3°.
(14) Taxe des Parties casuelles de la Boutique du Pape, pag. 55, et suiv. Édition de Lyon, en 1564, in-8°,
» tourn. et 9 ducats, ou 3 ducats. Et » si, outre ce que dessus, il y a ab- » solution de bougrerie , et péché » contre nature, et fût-1l fait avec » des bêtes brutes , et que la dispense » que dessus, et la clausule inhibi- » toire y soit, il faut 90 tourn. 12 » duc. 6 carlins. Mais s’il y a simple » absolution du péché de bougrerie , » ou de péché commis contre nature » avec les bêtes brutes, avec dis- » pense et la clausule inhibitoire, faut » 36 tournois et 9 ducats. Une non- » nain, ayant paillardé plusieurs fois » dedans et dehors le pourpris de son » monastère , sera absoute et réha- » bilitée à pouvoir tenir toutes Jes » dignités de son ordre, voire la digni- » téabbatiale, moyennant 36 tourn.
»'eto duc. L’absolution pour un qui » tiendrait à pot et à feu une concu- » bine, avec dispense de pouvoir » prendre ses ordres et tenir bénéfi- » ces ecclésiastiques, coûte 21 tourn.
» 5 duc. 6 carlins (15). » Je conjecture que du Pinet suivit l'édition que les princes protestans firent insérer dans leurs causes de réjection du concile de Trente, et qui a pour titre, Taxa. sacræ pœnttentiariæ ( 16 ).
M. Heidegger en rapporte des morceaux qui ressemblent parfaitement à l'édition de du Pinet (17). Quelqu'un observe que l’épitomé de la taxe de la chancellerie de Rome se voit à la page 603 et aux suivantes d’un ouvrage intitulé Luculenta deductio causarum recusati concilit tridentini a proteslantium Germanicæ Principibus publicatarum, et au-devant du livre de Hunnius de Indulgentiis , et à la page 216 et suivantes des Lieux communs de Musculus (18). Celui qui publia en 1612 le livre intitulé Simonia Curiæ romanæ, y inséra cet endroit de ces mêmes Lieux communs (19). Conférez ceci avec la remarque (A) de l’article
Turpros *.
Disons quelque chose de l'édition que Laurent Banck a procurée. Elle
(15) Je me sers de la traduction de du Pine.
(16) Voyez Heideggeri Myster, Babyl, magnæ, tom. IT, pag. 350 et 547.
(x7) Tbidem, pag. 350 et segq.
(18) Daniel Francus, Disquisit. Academ. de Andicibus lib. prohib. et expurgand., pag. 115, edit. Lips., ann. 1684, in-4°,
(19) Lydii Analecta in Clemang., pag. 17.
# Bayle n’a pas donvé cet article,
BANCK.
parut à Franeker , Van 1651, in-8°.
1 dit qu’il consulta les plus anciennes copies, imprimées ou manuscrites , et que les conférant mot à mot, il suppléa par les unes ce qui n’était point dans les autres. Il se servit de l'édition de Cologne en 1523, de celle de Wittemberg en 1538. de celle de Venise en 1584 (20), et d’un manuscrit qui lui avait été communiqué par Jean-Baptiste Sibon , religieux de Saint-Bernard , et lecteur dans le collége de Rome. il rendit par-là son édition un peu plus ample que toutes celles qui avaient paru. Il y joignit des notes , où il expliqua beaucoup de termes dificiles à entendre : c’est une espèce de glossaire. Il y joignit aussi un petit écrit italien , qui contient la taxe dont on se servait sous le pape Innocent X , et il expliqua le prix des monnaies selon l’usage de ce temps-là.
Ses notes ont bien servi à celui qui ajouta des remarques à l'édition de Bois-le-Duc. Notez que, dans la préface de celle-ci, on observe que les inquisiteurs ont mis la Taxe de la Chancellerie parmi les livres condam:
nés. /Vascentem suffocare conati sunt ipsi authores, et in Indice librorum prohibitorum , ex patrum concilii tridentini authoritate | Hispaniarumque regis et ducis Alban. decreto , Leodi anno 1570 edilo, inter primæ classis authores atro calculo notérunt (21). Je n'ai point cette édition de l’{ndex Librorum prohibitorum. Celle dont je me sers, et qui fut faite sur l'édition de Madrid en 1667 , in-folio , n’a rangé
ue sous la troisième classe Praxis et SH officiniæ pœnitentiariæ papæ, ab hæreticis depravata (22) ; et remarquez bien qu’on ne la condamne, qu’en supposant que les hérétiques l'ont falsifiée; l’{ndex, publié à Rome, par ordre d'Alexandre VIE, se sert des mêmes paroles que celui d’Espagne (23). Mais on a beau supposer que les hérétiques l’ont dépravée, les Pat on qu'on ne peut désavouer , comme
(20) Il entend celle qui est insérée au XP, tom., part. Îre., folic 368, du Fractatus Tractatuum , seu Oceanus Juris univérsi.
(23) Préface des Taxæ cancell. et pænitent, Apostol. de l'édition de Bois-le-Duc, 1664.
(22) Indices lib. prohibitor. et expurgandor. hispanicus et romanus, edit. Genev., ann. 1667, in-folio, pag. 859, colon. 2.
(23) Tbidem, in Indice Romano ejusd. edil.:
pag. 106.
ne, a
BANCK.
aelle de Rome , en 1514 ; celle de Cologne, en 1515; celles de Paris, en 1520, en 1545, et en 1625 (24) ; et celles de Venise (25), l’une dans le VIc. volume de l'édition de l’Oceanus juris, faite en 1533, et l’autre dans le XV®. volume du même recueil, réimprimé en 1584 : ces édilions, dis-je, sont plus que suflisantes à Justifier les reproches des protestans , et à couvrir de confusion l’église romaine. Notre Laurent Banck a ignoré presque toutes les éditions que je viens d’articuler , et celle de Francfort, en 1612, in-4°. (26). Rivet, Voetius , Hottinger et plusieurs autres helluones librorum, ont cru faussement que l'édition de 1520 était la première (27) ; car ils ont opposé celle-là principalement aux catholiques romains, qui ne voulaient pas convenir que la Taxe de la chancellerie eût jamais paru avec privilége. Voetius raconte qu’en 1653, un conseiller de Bois-le-Duc déclara qu'il abjurerait le catholicisme, si on lui montrait les horreurs que les protestans citaient comme tirées de la Taxe de la chancellerie de Rome. On eut recours à Rivet, qui prêta son exemplaire de édition de Paris, en 1520 (28). Voetius ne raconte point cela sans exhorter pathétiquement les bibliothécaires des académies protestantes à conserver et à ramasser les exemplaires authentiques de cet ouvrage. Quia autem, dit-il (29), hic Taxæ pœnitentiariæ mentio facta, moneo exemplaria pauca hodiè haberi posse ( quä et quorum arte facilè prudentiores conjiciant); aliqua tamen in manibus nostrorum superesse editionis parisiensis 1520, in -4°!, apud Tussain Denis. Edita etiam est Venetiis, cum quam plurimis aliüs tractatibus in Oceano juris. Addo, rem et librum à pontificiis passim negari, ubi ila usu venit, ut nostri, allegando illam
(24) M. Drelincourt cite ces trois éditions de Paris. Voyez ses paroles dans la remarque (B) de l’article Piner.
(25) Heideggeri Myster. Babyl. magnæ, tom.
1, pag. 547-
(26) Catalogus Bibliothecæ oxoniensis, pag.
(25) Franc Disquis. de Indicibus lib. prohibit., pag, 115, 116.
(28) Voetii Disputat. theolog., tom. IT, pag. (29) Idem, ibid.
Taxam, mendacii et calumniæ suspecti
Jiant , imÔ et arguantur. Accidit anno 1633, ut quis J. Consultus idemque
senator Sylvæducensis, desertionem et rejectionem papatis minaretur ( more ipsis non insolito ), si quidem tam
abominanda, qualia ex Taxd nostri referunt , demonstrari possent. Ut ampliss. et consult. huic viro ex asse satisfieret , quæsitum apud exemplari (80), me de etiam à.me postulatum
est, Quod cum mihi ab ipsis pontificiis editum nullum esset , petii commodato à celeberrimo theologo Andred Riveto. Ante biennium alibi concerta-
tione inter nostros et pontificios quosdam obort& super eadem héc Taxd, denud consultus, commonstravi bibliothecam D. Riveti, in qu certo
scirém exemplar edit. Paris, 1520 haberi ; quippè quod ipse ante annos ali-
quot manibus et oculis meisusurpässem, et fratribus Sylvæducensibus ex summi illius theologi concessione aliquan-
di usurpandum misissem. Velim häc
occasione obtestatos omnes publicos
reformatarum scholarum, ecclesiaruin, politiarum , bibliothecarios, exemplaria, Si qua in ipsorum potestale sint, capsis inclusa diligenter custodiant , ne à plagiariis auferantur ; aut si non
sint, hoc agant, ut à privatis sive bibliopolis, sive viris litteratis, prece
aut pretio quovis redimant.
Je crois que les controversistes romains , qui ne peuvent s'inscrire en faux contre l’édition de Rome, ni contre celle de Paris, se trouvent dans un fort grand embarras. On le peut connaître sur la Réponse de labbé Richard aux Préjugés de M. Jurieu.
Ce ministre avait étalé l’abomination de la Taxe de la chancellerie (31).
L'abbé répondit, que ce n'étaient que des faits particuliers , qui n’avaient jamais été autorisés par des Lois et par des canons de l'Eglise romaine (32).
« On trouve bien, continue-t-1l (33),
(30) Il y a une faute dans cet e1droit. L'errata de l'auteur avertit qu'il faut lire : me de exemplari. Cela n'ôte pas l'erreur. Daniel Francus , Dissert. de Indicibus lib. prohib., pag. 115, citant ce passage, dit quæsitum apud alios de Exempiari , etiam à me postulatum Exemplar.
(31) Jurieu, Préjugés légit. contre Le Papisme, tom. TL, pag. 205 et suiv.
(32) Richard, Examen des Préjugés de M. Jurieu, pag. 218.
(33) La même, pag, 219.
» que M. Jurieu rapporte (**) des taxes
su vieux livre de la chancellerie » de Rome. Mais n’est-1l pas du der- » nier ridicule, de vouloir faire pas- » ser pour des lois et des canons , un » livre de taxe ? ne serait-ce pas » se rendre la fable de toute la ju- » risprudence, de vouloir insérer » dans le code, et mettre au nombre » des lois, les Taxes des bureaux ? Ne » serait-ce pas faire grand honneur à » messieurs les intéressés ? Que M. Ju- » rieu apprenne donc ce que c’est » que lois et que canons dans l’église » romaine , et qu’il sache cependant » que ces vieilles taxes de la chancel- » lerie de Rome, non - seulement ne » sont de nulle autorité dans l'Eglise, » mais qu’elle les a eues toujours en » horreur. Ces Taxes de la chancel- » lerie ne commencèrent que sous le » pontificat de Jean XXII, environ » l’année 1320; et les Taxes dela péni- » tencerie ne parurent que vers l’an- » 1336, sous Benoît XI1(”?) ; et les » unes et les autres furent inconti- » nent supprimées, et ensuite même » mises au nombre des livres défen- » dus, selon la remarque du sieur » Dumont, qui les fit imprimer l’an- » née 1664; ce qui fait assez voir » l'horreur que l’église romaine a eue » de ces taxes, bien loin qu’elle les » propose ou tienne pour ses règles, » comme M. Jurieu voudrait nous le » faire accroire. Qu'il sache donc que » lés faits des officiers de la cour de » Rome sont des faits particuliers, et » ne sont point des faits de l’église. »
Cette réponse n’est point bonne, car en premier lieu l’église romaine n’a pas fait voir , par la suppression de ces taxes , qu’elle les eût en horreur. Elles ont été imprimées trois fois à Paris, deux fois à Cologne, deux fois à Venise ; et il y a quelques-unes de ces éditions qui ont été faites depuis que Claude d'Espence eut crié publiquement contre les énormités de ce livre, Nous avons vu que l’inquisition d’Espagne , et celle de Rome, ne l'ont condamnée qu’en supposant que les hérétiques Pavaient corrompue. J’ajoute, en second lieu, que la suppression d’un tel ouvrage n'est pas un sigue que les règles qu’il contient soient
(xt) re. part. , pag. 295 de ses Préjugés.
(x?) Polyd. Virgil., de Inventorih. rerum, Lib. VIII, cap. II.
BANDE
désapprouvées. Cela peut signifier seulement qu’on s’est repenti d’avoir souffert qu’elles parussent aux yeux du public, et qu’elles donnassent lieu aux hérétiques d’insulter la cour de Rome, et d percer l’église romaine par les flancs du pape. On a dû juger que c’étaient de ces mystères d'état, arcana imperii, qui ne doivent pas être divulgués (34). Ne s'est-il pas trouvé des personnes qui jugeatent ainsi à l'égard des cérémonies (35) ?
J’omets plusieurs autres considérations, qu’un controversiste pourrait alléguer contre l'adversaire de M. Jurieu , mais je ne me contenterai pas d'observer que Claude d’Espence déclama très-fortement contre l’abomination de ces taxes (36) : je dirai aussi que les controversistes protestans citent cela en toutes rencontres, et que l’inquisition d’Espagne a voulu que l’on effacât ce passage du livre de ce docteur (37). Notez que celle de Rome a condamné l'édition des Taxes
de Laurent Banck (38).
. (34) Conférez ce que dit Horace , de Arte poëtica , vs. 182.
Non tamen intus Digna geri promes in scenam : multaque tolles Ex oculis, quæ mox narret facundia præsens.
(35) Voyez la remarque (D) de l'article Grassis.
(36) Voyez ses paroles dans un passage de M. Drelincourt cité dans la remarque (B) de l’article Pine.
(37) Index Hispan, Lib. prohib., pag. 232, col, 1.
(38) Index Rom. lib. prohib., pag. 124, col.
2 et pag. 261.
BANDEL (Mara), né à Castro-Novo , dans la Lombardie, a fleuri au XVI®. siecle (a). Il était jacobin *. Moréri (b) a dit de lui la plupart des choses que Vossius en avait dites; mais il au-— rait dû y joindre d’autres faits curieux , et ne pas omettre deux circonstances que Vossius a touchées ; l’une, que la traduction
(a) Ces paroles de Nossius, circa annum 1500 vivebat Matthæus Bandellus , à la page 677 de Histor. latinis, ne valent rien.
* Ileatra dans l'ordre en l’an 1500, dit Joly.
(b) Moréri, sous le mot BANDELLA.
BANDEL..
d'Égésippe est en Italien *; l’autre , que les habitans de Fer— me firent mettre dans leurs ar chives la Harangue que Matthieu Bandel avait faite à la louange de leur ville, Van 1513 (c). Voici quelques supplémens. Ce religieux, étant à Mantoue, contracta avec Jules-César Scaliger une amitié tres-étroite, qui dura autant que sa vie, et quil cultiva soigneusement dans la Guienne (A). Il fut évêque d’Agen pendant quelques mois, et ce fut dans cette ville, qu’il composa en langue italienne les Histoires ou les Nouvelles Galantes , qui l’ont rendu si fa— meux *2. Je les ai citées dans la remarque (M) de l’article Léon X, et dans la remarque (1) de l’article Manomer II. Elles sont dédiées chacune à quelque personne de sa connaissance (d). La XXI. de la seconde partie est dédiée à Lucrèce de Gonzague , dont il avait été précepteur (e).
Il en dédia une autre à son ami Scaliger. Elles ont été traduites en français, et il faudra dire un mot du jugement qu’en a fait le traducteur (B). Le catalogue de la bibliothéque de M. de Thou (f} m’apprend que les trois pre- *? Un savant Italien ayant, dit Leclerc, composé dans sa langue un roman intitulé, Histoire de Tite Romain et d’Egésippe Athénien, c’est de cet ouvrage qu’à la prière de ses amis le Bandel donna une traduction latine sous ce titre : Tili Romani, Egesippique Atheniensis amicorum Historia in latinum versa.
(ce) Vossius, de Histor. latinis, pag. 677.
*2? Il y en composa seulement quelquesuns, dit Leclerc. Il était arrivéen cette ville environ l’an 1535 avec César Frégose , son protecteur; mais il avait fait une partie de cet ouvrage plusieurs années auparavant tant à Milan qu’à Mantoue, Vérone et ailleurs.
(d) Voyez la remarque (A).
(e) Voyez l’article de cette dame. (f) À la page 408 de la IT°, partie