TOME Ji
mission *. Bononia était des plus échauffés contre les vérsions de l'Écriture en langue vulgaire, et il soupçonnait d’hérésie ceux qui les autorisaient (c,. Il fit imprimer un livre à Louvain , lan 1555, sur les matieres de la prédestination. Je rapporterai cidessous le jugement qu’en a fait un janséniste (A).
* Géry (qui n'est autre que le père Quesnel), n'avait pas, dit Leclerc, assez de sincérité pour donner une idée exacte d’un ouvrage qui n’était pasgde son goût.
(c) Là méme, pag. 495.
(A) IL fit un livre... Woici le jugement qu'en a fait un janseniste.| Cet our Re dédié à Charles V, a pour titre, De æœternd Dei Prædestinatione et Reprobatione, etc. « L’au- » teur y fait voir quelque subtilité » d'esprit, mais une solidité médio- » cre, et il se forme sur la grâce et sur » |a prédestination un système tout » particulier , dont il se vante d’a- » voir pour garant saint Chrysostome, » sans paraître faire grand fond sur » la doctrine de saint Augustin, ni » comprendre les sentimens de ces » deux saints. Je ne sais même sAl » entendait bien les siens propres :
» car on y trouve des contradictions » assez grossieres. Îl a des expressions » qui semblent donner à la grâce un » pouvoir souverain sur le cœur de » l’homme, et lui attribuer une opé- » ration efficace et déterminante; et » une page ou deux après, vous trou - » vez qu'il donne tant à la volonté, » qu'il la croit capable de rendre » inutiles toutes les opérations de la » grâce sur elle. Enfin c’est un homme » qui brouille tout, qui croit quel- » quefois combattre le sentiment des » catholiques , lorsqu'il n’attaque que » celui des hérétiques ( 1)... Il » a cru que l'opinion qui fonde la » prévision du bon ou du mauvais » usage du libre arbitre et de la » grâce ( car il distingue ces deux » opinions), sont contraires à l'apô- » tre, à saint Augustin, et à la foi » même, n'étant autre chose que le pur pélagianisme (2). » Il a re-
(1) Géry, Apologie des Censures, etc., p. 82 (2) La même, pag, 52.
Je
connu que les idées, sur quoi il fonde son système particulier, sont nouvelles, et si éloignées de la doctrine commune des écoles, qu’il a presque désespéré de pouvoir faire tomber d’abord un seul théologien dans son sentiment (3).
(3) Géry, Apologie des Censures , pag. 53.
BORE (CATHERINE DE) , femme de Martin Luther , était fille d’un simple gentilhomme (a). Elle sortit du monastère de Nimptschen, où elle était religieuse, l'an 1523. Ce fut un certain Léonard Coppe, sénateur de Torga, qui l’en fit sortir elle et huit autres religieuses. Gette action, commise pendant la semaine sainte, ayant fait crier, et causant beaucoup de scandale , l'électeur de Saxe ne jugea point à propos de l’approuver hautement: 1l se contenta de pourvoir par des gratifications secrètes à la subsistance de ces religieuses dévoilées ; mais Luther publia une apologie pour ces nonnes, et pour Léonard Coppe , qui les avait si bien
assistées dans le dessein qu’elles :
avaient pris de sortir de leur couvent (b). On a dit que Catherine de Bore , ayant été menée à Wittemberg , y vécut avec toute sorte de libertés parmi les jeunes étudians de l’académie (c), et qu’elle leur accorda des baisers avec profusion (d), jusques à
(a) Seckendorf, Hist. Lutheran., lib. F7, pag. 273, lit. d.
(b) Id. ibid., pag. 272.
(c) Maimbourg, Hist. du Luthér., Ziv. IT, pag. 120. Post biennium in sæculo , vagä inter scholares academicos conversatione Wittembergæ exactum..…… facta est Luthero (si Diis placet) uxor. Cochleus, de Act.
et Script. Lutheri, pag. 102.
(d) Bellam illam Catharinam jam annos aliquot Wittemberg'æ varia per sludiosorum os(ula volutatam, Sibiuxorem duxit. Lindanus, Dubitantii dial. I, pag. 104.
BORE
ce qu’au bout de deux ans Martin Luther l’épousa ; mais les luthériens soutiennent qu’elle se comporta honnêtement , et qu’elle était bien famée (e). Ceux qui disent que Luther, revêtu encore de l’habit de l’ordre, ayant vu les neuf religieuses quiavaient déserté le couvent de Nimptschen, trouva celle-ci fort à son gré, à cause qu’elle était tres-belle (A), etse la destina pour femme, n’ont guère consulté ses lettres.
Ils y eussent vu que la pensée de l’épouser lui vint tout à coup,
Van 1525 (B), et qu’il l’exécuta
avec une extrême promptitude , pour faire plaisir à son pere , et pour fermer la bouche à la médisance (C). Il est même vrai qu'il se hâta , parce que croyant mourir bientôt, et ne voulant pas mourir garçon , de peur de violer un précepte , et de retenir quelque chose du papisme,
et de frustrer les désirs de son
bon homme de père, qui aurait déjà voulu être aïeul , il ne croyait pas qu'il y eût du temps à perdre (D). Qui plus est, :1l entra un peu d'envie de faire dépit aux papistes dans le dessein de son mariage ( f). Cette fille refusa l’homme qu'il lui conseillait d’épouser , et alla dire à Amsdorf, qu’un tel mariage ne lui plaisait pas, mais que si Luther , ou lui Amsdorf , la voulaient pour femme, elle était
rête à accepter l’un ou l’autre (E). Lé bruit courut qu’elle fut bientôt en couche après ses noces (F); mais Érasme, qui avait écrit cette nouvelle à quelqu'un de ses amis , en reconnut la
(e) Seckendorf, lib. IT, pag. 15.
(f) Voyez la remarque (E).
BORE
fausseté dans peu de temps. Luther , quelque intrépide qu'il fût, se laissa d’abord décontenancer par les murmures que son mariage excita au dedans et au dehors (G). Il reprit courage dans la suite, et même assez promptement , et parut fort sa tisfait de son marché; de sorte que peu apres que sa femme lui eut donné un fils, il témoigna qu’il ne changerait point sa condition avec celle de Crésus, tant il éprouvait que Dieu lui avait donné une bonne femme (H).
Il pensa mourir d’une rétention d'urine l’an 1537; et encet état, il se loua beaucoup de son épouse (g). Dans le testament qu'il fit en 1542, il lui témoigna beaucoup d’amitie, et fit des dispositions avantageuses pour elle (2). Il ne prétendait pas qu’elle n’eût point de défauts; mais il croyait qu’elle en avait moins que les autres (;). On a remarqué qu’elle s’en faisait un peu trop accroire, et qu’elle était trop impérieuse (k); mais cela était excusable, vu la gloire qui environnait son mari. Elle était d’un côté trop ménagère, et de l’autre trop prodigue : elle épargnait quant à l’intérieur de son domestique, et faisait trop de dépense en bâtimens. Cest le propre d’une habile femme qui aime le faste. Apres la mort de Luther , elle s’entretint honnétement avec sa famille , joignant aux biens médiocres du défunt les assistances qu’elle recevait de l'électeur de Saxe , et des comtes
(g) Seckendorf, lib. IIT, pag. 165, num. 4.
() Id. ibid., pag. 651.
(i) Voyez la remarque (H).
(k) Seckendorf, 4b. III, pag. 657, lit. r, Woyez la remarque (K), citation (49).
7 à 563 de Mansfeld. Enfin elle se retira de Wittemberg à Torga, et y mourut le 20 de décembre 1552 (2). Si Érasme ne se trompe point, lorsqu'il dit qu’elle se maria à l’âge de vingt-six ans (m), elle en devait avoir cinquantetrois quand elle mourut. M. Varillas à commis un prodigieux nombre de fautes en parlant de cette femme (1).
M. Mayer (n), à qui je dois témoigner 1ci ma reconnaissance de la faveur qu’il m’a faite de marquer publiquement qu'il m’honore de son amitié , a fait une dissertation qui me fournira des suppléments tres-curieux (K), Je ne pense pas que personne puisse me blâmer, si je publie dans cet endroit de mon Dictionnaire une lettre qui n’a jamais vu le jour, et qui avait été écrite par Érasme, avant qu’il fût desabusé du faux bruit qui avait couru que Catherine de Bore était accouchée peu de temps après ses noces (L).
; (£) Seckendorf , lib. IIT, pag. 651, lit, o.
(m) Voyez la remarque (F), citation 22.
(n) Dont j'ai parlé ci-dessus dans la citation (35) de l’article de BELLARMIN.
(A) Ona dit qu'elle était très-belle.] Écoutons le père Maimbourg. Æntre ces neuf religieuses libertines et dévoilées, qui étaient toutes filles de qualité, il y en avail une nommée Catherine de Bore, que Luther, qui était encore en habit religieux , trouva FORT BELLE, et dont ensuite il devint fort amoureux (1). Érasme loue la beauté de cette fille. Lutherus, dit-il (2), duxituxorem , puellar M\RÈ VENUSTAM, ex clard familiä Bornæ(3), sed ut narrant indotatam, quæ ante annos
(x) Maimbourg, Hist. du Luthéran., div. IT,
(2) Erasm. , epist. XI, li. XVIIT.
(3) IL fallait dire; ou Boriæ ou ä Bore.
complures (4) vestalis esse desierat.
M. Seckendorf trouve là beaucoup d’exagération à l'égard de la beauté (5). Personne n’est plus croyable que lui là-dessus *. Disons donc que la ferme de Luther n'était pas fort belle. Mais faisons une réflexion sur les vues artificieuses et malignes de ceux qui aflectent de représenter cette religieuse comme une trés-belle fille.
Ils ont pour but, la plupart du temps, de critiquer le choix de Luther, et d’en conclure qu’il était trop adonné à ses plaisirs; et qu'il ne s’engagea point dans le mariage, par le seul motif de refréner son incontinence, mais afin de satisfaire la nature dans le souverain degré de la convoitise.
Ils empoisonnent une chose qui peut être fort innocente : il n’est défendu à personne, en cherchant à se marier, de choisir plutôt une belle femme qu’une femme qui n’est pas belle ; et l’on peut même avoir un très-bon motif dans cette sorte de préférence.
On peut craindre un fâcheux refroidissement de l’amitié conjugale , trèsopposé aux devoirs d’un mari chrétien ; on peut, dis-je, craindre cela, en cas qu’on choisisse une femme peu agréable : si donc, afin de se flatter raisonnablement qu’on sera toujours un bon et tendre mari, comme la raison et la religion le veulent, on choisit une belle femme préférablement à toute autre, n'est-il pas vrai qu’on se propose une fin honnête ? Et qui nous à dit, que si Catherine de Bore eût eu beaucoup de beauté , Luther ne l’eût pas choisie entre les neuf religieuses par ce louable motif?
Je pourraisdire , que plus lobjetétait beau , plus Luther était excusable de n'avoir pu résister à la tentation; et il est fort apparent que, s’il avait épousé une laide fille, ses ennemis auraient crié que la corruption de lincontinence était en lui si outrée, qu’elle w’avait nul besoin d’amorce pour s’embraser. En un mot , Je pourrais diré qu’on pardonnerait plutôt à ceux qui rompraient un jeûne d’obli-
(4) IL n'y avait que deux ans.
(5) Histor. Lutheran. , Lib. TI, pag. 18, num. 15. . |
* Leclerc observe que Seckendorf, né en 1626 , c'est-a-dire, soixante-quatorze ans après la mort de Catberine de Bore, ne peut pas être plus croyable qu'Érasme, contemporain de Luther. Cette observation est juste.
BORE
gation à la vue d’une perdrix bien apprêtée, qu’à ceux qui feraient la même chose à la vue d’un morceau de lard bien rance. Mais franchement, ce moyen d’apologie ne me paraît pas trop sûr : il a dôx faces ; il vaut donc mieux le laisser : car on pourrait soutenir , toutes choses étant égales d’ailleurs , que de deux hommes, qui auraient la liberté de choisir ou des ragoûts fort délicats, ou un simple morceau de bœuf, celui qui se contenterait du morceau de bœuf, ferait un acte de sobriété, et montrerait qu'il ne mange qu’afin de vivre, et par des raisons de nécessité naturelle ; au lieu que celui qui choisirait les ragoûts ferait un acte de gourmandise et de friandise , et montrerait qu'il ne cherche qu’à contenter son appétit voluptueux. L’application est aisée : si Luther n'avait pour but que de trouver simplement un remède d’incontinence , qui lui donnât lieu de procurer des eufans à l’église et à la patrie, il aurait imité celui qui préfère le morceau de bœuf aux mets les plus délicats. On ne gagneraît donc rien à mesurer ces sortes de choses sur le parallèle du manger. Mais outre la raison de fait , Je veux dire outre que Catherine de Bore n’était point fort belle, on aurait des raisons de droit à alléguer en faveur de Martin Luther *.
(B) La pensée de l’épouser vint à Luther tout à coup l’an 1525.1 Huit jours avant ses fiançailles (6), 1l écrivait à Ruhélius, que si son exemple était nécessaire au cardinal de Brandebourg, archevêque de Mayence, il $e marierait bientôt, quoiqu'il eût douté jusque-là sil était propre au mariage : que d’ailleurs, c’est sa pensée de se marier avant que de quitter la terre; ce qui ne serait peut-être
w’un engagement semblable à celui 4 saint Joseph. Sielector forté dicet, cur ego ipse non ducam uxorem , qui omnes ad nubendum incito , respondebis, me semper adhuc dubitässe an idoneus ad id sim. Atiamen, si meo matrimonto elector confirmari posset, propediem paratus essem ad exemplum
* Joly blâme Bayle d’avoir défendu le mariage de Luther.
(6) Le 3 de juër 1525 : le jour des fiancailles Jfutle onrième de juin. Voyez Seckend. , lis. IE, pag, 16, nun. 3.
BORE
ei præbendum. ÎNam et aliüs cogito , antequam ex hâc vitd discedam, ut matrimonium contraham, quia id à Deo exigi puto, licet fortè futura esset desponsatio Josephica (7). C’est le langage d’un homme qui regarde encore le mariage en éloignement. Il faut donc que Luther ait changé d’avis à l’improviste. Il crut que son changement fut un coup du ciel, et il dit que les sages de son parti, qui blâmaient tant son mariage, étaient contraints d'y reconnaître le doigt de Dieu. F’ehementer irritantur sapientes inter nostros : rem coguntur Dei Jateri, sed personæ larva tam meæ quam puellæ illos dementat, impia cogitare et dicere facit(8). Ailleurs il parle de cette manière : Dominus me subito aliaque cogitantem conjecit mirè in conjugium cum Catharind PBorensi moniali ill& (9). Remarquez néanmoins que, dans une lettre du 5 mai de la même année, il témoigne avoir dessein d’épouser sa Catherine.
(C)...... pour fermer La bouche à la médisance.| Voici ce qu'il écrivit à Ruhélius, le 15 de juin 1525. Postulante paire meo, conjugium ini, et ut linguas maledicorum et impedimenta vilarem, congressum nuptialem properanter institui (10). Si l’on n’avait que ce passage, l’on ne connaîtrait pas bien certainement la nature des médisances qu’ilse proposait d'éviter :
on pourrait croire qu'il n’avait pour but que de couper cours à mille sots contes , qui se débitent dans les villes pendant les recherches de mariage.
Chacun se mêle alors de dire tout ce qu’il sait, et tout ce qu’il ne sait pas; et il n'arrive que trop souvent que les brodeurs de nouvelles empêchent la conclusion : mais quand l'affaire est conclue, elle ne sert guère d’entretien aux compagnies. On pourrait donc dire que Luther ne voulut pas que ces brodeurs eussent le temps de faire courir par la ville les nouvelles de son dessein, et que, pour cet effet,
(7) Lutherus, Operum tom. III, folio 140, apud Seckendorf, lib. IT, num. 2.
(8) Lutheri Epist. ad Michael. Stiselium, pag 294 : datée du 10 de juin 1525, citée par Seckendorf, Liv. IT, num. 3.
(9) Lutherus , in Epist. ad Wenceslaum Lincium, datée le 20 juin, citée par Seckendorf, div. IT , num. 6
(10) Lutherns , om. ITIT , folio 150, citée par Seckendorf , Liv. II, num..A4.
il Pexeécuta aussitôt qu’il le forma ; mais nous connaissons par d’autres endroits de ses lettres, qu’il y avait une autre sorte de bruits à faire cesser.
Os obstruxi, dit-1l à son ami Spalatinus, infamantibus me cum Catharinä Borand(11). Vera est itaque Jama, dit-il à un autre(12), me esse cum Catharin& subitd copulatum , antequäm ora cogerer audire tumultuo$a in me, sicut solet fieri. I y a toutes les apparences du monde que lon parlait mal de lui et d'elle, à cause sans doute qu’il la voyait familièrement. Il l’aimait, et il l’appelait sa Catherine. Fortasse etiam rumoribus mota de quibus Lutherus epistolé supra allegat& queritur, quibus tamen ipse aliquam occasionem dedisse videtur , optimé enim cupiebat virgini, et suam vocare solebat Catharinam (13). M. Seckendorf conjecture que ces causeries furent une des raisons qui la portérent à déclarer qu’elle ne voulait pas épouser le docteur Glacius , mais que volontiers elle se marierait, ou avec Luther, ou avec Amsdorf. Joignons à tout cela ce que Mélanchthon écrivit sur ce mariage : $4 quid vulgd fertur aliud indecentius , id mendacium et calumniam esse perspicuum est(14). x
(D) Z{ se hâta , parce que , croyant mourir bientôt , il ne croyait pas qu'il y eût du temps à perdre.] La preuve des deux ou trois faits contenus dans la période qui commence par le texte de cette remarque va être donnée. £cce, quia sic insaniunt, c’est Luther qui parle (15), etilaen vue ceux qui criaient contre lui à cause de la guerre des paysans, ita me paravi, ut ante morlem mean, ir statu; quo creatus sum, à Deo inveniar, et quantum potero, nihil ex priori vitd med papisticä retineam.
Furant itaque tanto acrius, et hæc uliima et valedicioria erunt. Mens
(:3) Luther: Epist,, Lib. IT , pag. 294, citée par Seckendorf , Lib. LT, num. 5. À
(x2) Epist. ad Amsdorfium, Uh. IT, pag.
20 : datée du 22 juin, citée par Seckeudorf, Liv. IT, num. 7.
(13) Seckend., Hist. Lutheran., üb. IT, pag: 17, num. 8.
(14) Melancht., apud Seckend., lib. IT, nunt. T0. À
(15) Epist. ad Ruhelium, tom. TITI, folie 150 : datée du 15 juin , citée par Seckendorf, li.
IT, num. 4.
enim mihi præsagit, me à Deo «ad gratiam suam evocatum iri. [laque , postulante patre meo , conjugium ini.
I parle ainsi dans une autre lettre :
Spéro enim me breve tempus adhuc victurum, et hoc novissimum obsequium parenti meo postulanti nolui denegare spe prolis, simul ut confirmem facta quæ docui (16). Et ailleurs, voici ce qu'il dit, Alias cogito antequäam ex hdc vité discedam ut matrimonium contraham qui id a Deo exisi
puto (17).
(E) Elle refusa d’épouser Glacius;.……, mais pour Luther, ou Ams-
dorf, elle était préte à accepter l’un ou Ll’autre.] Nous savons cela par un mémoire manuscrit, qu'Abraham Scultet a inséré dans ses Annales (18).
L'homme, qu’on voulait marier avec Catheriñe, était un ministre d’Orlamund, nommé le docteur Glacius.Peutêtre pourrait-on dire en français Le docteur la Glace(*). La fille ne voulut point de ce docteur. Vellet Lutherus , vellet Amsdorflius se paratam cum alterutro honestum inire mairimonium : cum D. Glacio nullo modo, Luther, ayant su cela d'un côté, etayant ouï dire de l’autre que , s’il s’engageait au mariage, il ferait rire tout le monde ét le diable même, résolut d’épouser la religieuse Catherine, pour faire dépit au monde et au diable. Hoc ubi Lutherus intellexit audissetque ex D. Hieronÿmi Schurfii ore : Si monachus iste uxorem duceret, risuros mundum universum et diabolum ipsum , facturumque ipsum irritas actiones suas universas : ut ægrè faceret mundo et diabolo, ut parenti etiam hoc suadenti gratificaretur Catharinam sibi uxorem ducendam censuit (19). À cela s'accorde ce qu'il écrivit le 15 mai 1525 à Ruhélius. $i domum venero, ad mortem me Deo juvante præparabo , et novos istos dominos et latrones expectabo.…
(16) Lutheri Epist. ad Amesdorf, citée par Seckendorf, div. IT, num. 1.
(17) Lutheri Epist. ad Rubelium , apud Seckend., Lib. IT, num. 2.
(18) Ad ann. 1525, pag. 254, apud Seckend., pag. 17, num. 8.
(*) Glacius , de Vallemand glass, qui signifie, ou un verre à boire, ousimplement du verre, n’a pas dû être rendu en francais par La glace. £Eyss est le mot allemand qui répond à ce mot français, REM. cri.
(59) Ad qgnn. 1525, pag. 274, apud Sec- Lend, pag. 17, num, 8
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Illis autem ut œgrè faciam, si fieri potest, Catharinam meam uxorem ducam , antequam moriar, si pergere eos intellexero : neque enim os mihi obstruent , nec gaudium adiment (20), Quand je cherche les raisons qui ont pu lui persuader qu'il chagrinerait les papistes en se mariant, je n’en trouve point de plus vraisemblable, que de dire qu'il s’imaginait qu’il leur restait une espèce de consolation, dans la pensée qu’il avait encore quelques égards pour le dogme des vœux monastiques.
(F) Le bruit courut qu’elle fut bien.
tôt en couche après ses noces,] Voici ce qu'Érasme en écrivit : Lutherus, quod felix faustumque sit, deposito philosophi pallio duxit uxorem ex clard familid Bornæ(21), puellam eleganti formé natam annns vigintisex , sed indotatam et quæ pridem desierat esse vestalis. Aique ut scias auspicatas fuisse nuptias, pauculis diebus post decantatum hymenœum nova nupta peperit(22). C'était une insigne fausseté : Erasme le connut par l'événement , et il avoua que ç’avait été un faux bruit. La lettre où 1l fait cette confession, est datée du 13 de mars 1526. Il se contente de dire que la femme de Luther était grosse , et qu’elle n’avait point dompté les esprits féroces de son mari, puisque le livre, que Luther avait composé contre lui Érasme, depuis ses noces, était le plus furieux livre qui fût jamais sorti de sa plume. De conjugio Lutheri certum est, de partu Inaluro sponsæ Vanñnus erat rumor , nunc tamen gravida esse dicitur. Si vera est vulgi fabula Antichristum nasciturum ex monacho et monaché, guemadmodüm isti jactitant | quot ÆAntichristorum millia jam olim habet mundus ? At ego sperabam fore, ut Lutherum uxor redderet magis cicurem. Verum ille prœter omnem expectationem emisit librum in me summé quidem curé elaboratum , sed aded virulentum, ut hactenus in neminem scripserit hostilids (23).
(G) Luther fut décontenancé par
(20) Tbid., num. 9.
(21) Voyez ci-dessus la citation (3).
(22) Erasmus, apud Scultetum, Annal., ad ann. 1525, pag. 278, cilatum à Seckendorfio, pag- 18, num. 11.
(23) Erasm. , Epistolà XXII, Gb. XWITE.
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Les murmures que son mariage excita au dedans et au dehors.] I1 avoue lui-même que son mariage le rendait si méprisable , qu’il espérait que cette humiliation donnerait de la joie aux anges, et du chagrin aux diables. Sic me vilem et contemptum his nuptiis Jfeci, ut angelos ridere et omnes dæmones flere sperem (24). Mélanchthon le trouvait siafiligé de ce changement de vie, qu'il lui écrivait des lettres de consolation. Quoniam vero ipsum Lutherum quodammodo tristiorem esse cerno , , et perturbalum ob vilæ mutationem, omni studio et benevolentié consolarieum conor (25). Il ajoute que le tort que faisait ce mariage à la grande réputation de Luther produirait apparemment un bon eflet: il voulait dire que cela préviendrait la vanité dont les têtes les plus sages ne se remplissent que trop dans Péclat d’une grande gloire. Ærit etiam , meo quidem judicio, nec inutilis quidem casus iste ad demissionem quandam pertinens , cum altè sustolliet efferri semper sit periculosum, non solum sacerdotio fungentibus, sed cunctis mortalibus. Nam actionum felicitas occasionem dat pravitatis elati animi, non modo , quemadmodüm orator inquit, dementibus , sed interdüm etiarr sapientibus. Ce n’était pas tant le mariage , que les circonstances du temps, et la précipitation qu’on y avait apportée, qui faisaient blâmer Luther. Il se maria tout d’un coup, et dans le temps que l'Allemagne était la plus désolée parila guerre des paysans; guerre que lon mettait sur le compte du luthéranisme. On ne podvait rien comprendre à cette précipitation. Luther avait alors quarante-deux ans : il avait gardé jusque-là un célibat chaste, pendant les plus chauds bouillons de la jeunesse; on ne peut donc point dire que l'incapacité de se contenir l'ait obligé à conclure du soir au matin son mariage. Je veux , comme l’insinue Mélanchthon , que la vie un peu relâchée que Luther menait, se plaisant trop aux compagnies, ait réveillé la nature que la retraite claustrale avait en
(24) Lutheri Epist. ad Spalatinum, apud Seckendorf., pag. 18, num. 3.
(25) Extat hæc Epistola (quæ in editione Londinensi est XXIV, lib. IV°,) è Græco versa, apud Seckendorf., pag, 17, num. 10.
quelque façon fait dormir : en un mot, je veux qu'il ait été nécessité au mariage par les brûlures de la chair; fallait-il pour cela que l’on passât par-dessus les formes ? Nauraiton pas pu différer pendant quelques mois, afin de communiquer la chose à ses amis, et de préparer le pablic aux nouvelles de l’hymen par certaines recherches préliminaires ? Je ue m'étonne point que, faute de bonnes raisons pour expliquer ces difcultés, Luther et d’autres aient reconnu dans ce mariage quelque chose de divin, 8#ioy ri, comme dans certaines maladies(26). Quod autem in re intempeslivum et inconsulium inest,, (in quo maximèé delicias obtrectandi et accusandi studium adversariorum faciet) videndum, ne nos conturbet.
Isto enim sub negotio fortasse aliquid occulli, et quiddam divinius subest, de quo nos curiosé quærere non decet neque curare nugas deridentium, et convitia facientium quorumdam, à quibus neque pietas ad Deum, neque ad homines virtus exerceretur (27).
(H) .….. mais ensuite ,\il n'aurait point changé sa condition avec celle de Crésus , tant il trouva qu’il avait.
une bonne femme. | Voici un morceau de la lettre qu’il écrivit l’onzième d’août 1526 à Michel Stifelius. Salutat te Ketha costa mea, et gratias agit quôd eam litteris tuis tam suavibus dignatus es. Ipsa bellè habet Dei dono, mihique morigera et in omnibus obsequens est ,et commoda plusquam ausus Juissem sperare ( Deo gratia,) ita ut paupertatem meam nollem cum Crosi divitiis commutare (28). On lui a oui dire qu’il ne troquerait point sa femme contre le royaume de France, ni contre les richesses des Vénitiens (29) ; et cela pour trois raisons : 1°. parce qu’elle lui avait été donnée de Dieu, dans le temps qu’il implorait l’assistance du Saint-Esprit touchant la rencontre d’une bonne femme ; 2°. parce qu’encore qu’elle ne fût point sang
(26) Ci-dessus dans la remarque (B), citation (8).
(27) Melancht. , Epist. ad Camerar. apud Seckend. , pag. 179, num. 10. Voyez aussi la remarque (B), citation (8).
(28) Luther. Epist., pag. 318, apud Seckend., pag: 18, num. 10.
(29) Cela est rapporté par Bavaras ,tom. ZI, pag- 229, apud Seckend,, lib. IIT, pag. 651, un
défauts , elle en avait moins que les
autres femmes ; 3°. parce qu’elle lui
gardait la fidélité conjugale qu’elle lui devait. Il lui rendit dans son testament un bon témoignage de probité, de fidélité, d’honnéteté ; il reconnut qu’elle l'avait constamment aimé et servi, qu’elle avait été féconde, etc. (30). Il n'entend point qu’on la soupconne d’avoir fait sa bourse, et il lui laisse une pleine liberté de convoler en secondes noces (31).
(1) AZ. Varillas a commis un trèsgrand nombre de fautes en parlant de cette femme. | I] dit que Catherine de Bore,et huit de ses compagnes, furent tirées d’un monastère qui était dans une petite ville appelé Vimigue, à deux lieues de Wittemberg (32). Mais, 1°. I] n’y a Jamais eu de monastère qui aït porté ce nom-là, ni au voisinage de Wittemberg, ni ailleurs. 2°, Le couvent qui était proche de Wittemberg, et qui se nommait Niémec, était de chanoines réguliers de saint Augustin, et ne doit pas être confondu , comme il l’a été par quelques auteurs, avec le couvent de Nimptschen. 5°. Ce fut de Nimptschen sur la Mulde, proche de Grimma, à deux journées de Wittemberg, que les neuf nonnes furent tirées. 4°. Léonard Coppe, qui les en tira, n’élait point, comme Varillas l’assure, prevôt des écoliers à Wittemberg : on ne connaît point dans les universités d'Allemagne cette sorte de caractère ou de fonction.
Il était conseiller de la ville de Torga, sa patrie. 5°. Il n’est pas vrai que Catherine de Bore , la mieux faite de toutes , ait été dès lors destinée pour femme du docteur Luther. Il ne songeait à rien moins qu’à se marier en ce temps-là. Une lettre, qu'il écrivit vers la fin de l’an 1524, certifie que Dieu pouvait le changer ; mais que pendant qu’il aurait le cœur disposé commeill'avait toujours eu, etcomme il lavait encore , 1l ne se marierait jamais. Ce n’est pe , ajoute-t-il , que je ne sente ma chair et mon sexe : Je ne suis ni du bois, ni une pierre ; mais j'ai de l'éloignement du mariage,
(30) Son testament est daté du x6 septembre 1542 : il avait alors cinq enfans vivans.
(31) Voyez Seckendorf, liv. FIL, pag. 651:
LnAls
(22) Varillas, Histoire de l'Hérésie, Liv, PT,
pag. 0.
BORE
à cause que je me prépare au supplice dont on punit les héretiques (33).
Voyez ce qui a été touché ci-dessus (34) de la précipitation avec laquelle il conclut son mariage avec Catherine de Bore, au mois de juin 1525. 6°. Il ne fallait point parler du mariage de Luther sous l’année 1526, mais sous l’année précédente, n°. Il n’y a jamais eu aucune abbesse de Misnie.
8. Et en tout cas, cette dignité n’a Jamais appartenu à Catherine de Bore.
M. Varillas, qui la lui donne dans la page 86, avait dit dans la page, qu'elle était simple religieuse, et qu’elle se sauva avec huit autres, le Vendredi Saint, pendant que les Su- PÉRIEURES étaient extrêmement occupées. Ou par Misnie il entend une ville, ou une province, S’il entend une province, il tombe dans une grande absurdité ; il suppose qu’il n’y avait qu'un monastère dans un pays où il y en avait jusqu'à trente. S'il entend une ville, il la nomme mal : il la devait nommer Misne. 9°. il est faux que Catherine de Bore fût d’une illustre maison, et qu’elle eût des parens qui eussent un grand pouvoir à la cour de Saxe. Elle avait un frère, qui eut bon besoin que Luther le recommandât au nouvel électeur de Saxe , Van 1542 (35;. Luther supplia qu’on lui donnât quelque office à la place de celui qui lui avait été ôté ; ainsi les parens de sa femme avaient plus de besoin de son crédit, que lui du leur. Quelle protection peut-on attendre d’une famille qui ne peut doter une fille ? Voilà le cas où se trouvait le père de notre religieuse, selon le récit de l’auteur que “fous critiquons (36). 10°. Les fréquentes visites que l’on assure que Luther rendit à Catherine dans le monastère de Misnie (37), sont des chimères. Par Misnie, il entend sans doute la ville de Misne. Accordons - lui pour un temps la fausseté qu’il suppose, savoir que Catherine était abbesse de Misne, il ne laissera pas d’avoir supposé trés-
(33) Lutherus, : Epist. , Lib. IT, pag. 314, num. 2. ÿ
(34) Citation (6).
(35). Voyez Seckendorf , Liv. TITI, pag. 381, num. 22.
(36) Varillas , Histoire de l'Hérésie, Liv. VIT, pag. 86.
(39) La même, pag. 87.
BORE
faussement que Luther faisait beaucoup de visites à cette abbesse; car comme la ville de Misne appartenait en partie à l’évêque, et en partie à George, duc de Saxe, grand ennemi de la réforme, Luther eût couru de très-grands périls dans Misne. Ajoutez que si l’abbesse avait recu ses visites si facilement, il n’eût pas été besoin d'enlever Catherine de Bore par adresse, pendant que les supérieures n’y pouvaient pas prendre garde.
Ainsi l’on trouve quantité de contradictions entre la page 7 et la page 86 de Varillas. Enfin ces visites fréquentes sont fortement réfutées par les deux journées de chemin qui se trouvent entre le couvent de Catherine de Bore, et la ville de Wittemberg. 11°. 27 paraït par les premières lettres de Luther, qui ont été données au public, qu’il avait pensé à se marier dès de temps qu'il s'était séparé de la communion de l'Eglise. C’est M. Varillas qui l’assure ; mais c’est une marque qu’il n’a jamais mis le nez dans ces lettres-là. On y trouve manifestement que Luther ne songeait à rien moins qu’au mariage durant les premières années de sa réforme, et qu'il s’y détermina tout d’un coup l’an 1525.
N’aije pas montré qu’il voulait marier à un autre sa Catherine? 12°. Les premières mesures qu'il prit avec Jean Fridéric, frère et successeur de l’électeur décédé (38), furent qu’il lui permettrait d'épouser l’abbesse. Nouvelle bévue de M. Varillas. Jean Frédéric n’était point frère de l'électeur décédé, et ne lui succéda point. Celui qui lui succéda se nommait Jean , et était son frère : il fut père de Jean Frédéric, qui ne parvint à l'électorat qu’en 1932. Il ne paraît point que Luther ait communiqué son mariage à l’électeur Jean, occupé à la guerre des paysans ; qu’il le lui ait, dis-je, communiqué avant que de le conclure.
13°. Enfin ces noces ne furent point si magnifiques , qu’elles ne différaient en rien de celles des personnes les plus qualifiées de l'empire (39). Qui peut comprendre qu’un historien si célébre entasse un si grand nombre de telles fautes en si peu de mots ? À peine y
(38) IL s'appelait Frédéric.
(39) Presque toute cette critique de M. Varillas est empruntée de M. de Seckendorf, Histor. Luiheran., Lib. I, pag, 273, 274,
pourrait-on réussir, si on le faisait exprès et à gages.
(K) M. Mayer. a fait une dissertation, qui me fournira des supplémens très-curieux. | C’est un écrit de 92 pages in-4°., intitulé De Catharind, Lutheri conjuge , Dissertatio , et imprimé à Hambourg, l’an 1698.
L'auteur n’a rien oublié de ce qui pouvait servir à une pleine instruction touchant l’histoire de Catherine de Bore , et il rapporte un détail exact et curieux des enfans qu’elle donna à Luther. Il marche toujours muni de trés-bonnes preuves, et qui réfutent solidement les faussetés de Cochleus , de Maimbourg , de Varillas, et de plusieurs autres écrivains. Il fait voir que l’exemple des huit religieuses, qui sortirent avec elle du couvent de Nimptschen (40), fut suivi bientôt après par seize nonnes du monastère de Widersteten, dans le comté de Mansfeld , et que ce fut le fruit de la bonne et saine doctrine que Luther avait enseignée sur lPhonnéteté du mariage, et sur l’iniquité des vœux monastiques (41) ; qu'il n’y eut dans tout cela aucune sorte d'enlèvement, vu que ces filles étaient bien persuadées qu’elles pouvaient retourner au monde, et le voulaient bien (42) ; que Maimbourg a tort de prétendre que Luther n’osa épouser Catherine , pendant que l'électeur Fridéric vécut, car pourquoi ce prince eût-il condamné le mariage de Luther , après avoir bien permis que Veltkirchius , Carlostad, et quelques autres ministres, se mariassent (43) ? et que l’on a parlé avec hyperbole de la beauté de Catherine. Luther était devenu amoureux d'une religieuse de qualité, et d'une beauté rare, qu’il avait tirée de son couvent.Ce sont des paroles de M.de Meaux, que M. Mayer rapporte (44), et, afin de faire voir qu’elles sont outrées , il produit la taille-douce de cette femme.
Il Va fait tirer sur trois portraits comparés ensemble, qui furent faits du vivant de Catherine , par Luc Crana-
(Go) Nimitschense Cisterciensium (de l’ordre de Cîteaux) Monasterium , Mayer, Diss. de Luthèéri Conjuge, pag. 11.
(4x) Idem, ibid. , pag. 14.
(42) Ibidem , pag. 14.
(43) Ibidem, pag: 10. à
(44) Mayer, Diss. de Lutheri Conjuge , pag. 21. TL cite l'Histoire des Variations, tom. I,
pag. 49.
50 | BORE
chius , excellent peintre (45), et l’un de ceux qui assistérent au festin nuptial de Martin Luther (46), c’est-àdire au repas qui fut donné à petit bruit le jour des noces; car au bout de quelques semaines, on fit un festin plus solennel et plus pompeux, aux frais duquel le sénat de Wittemberg contribua quelque chose, Senatus Witebergensis nonnulla ex publico ærario suppedilavit, ut videre est in consiliis Witebergensibus, parte IV, pag: 9. M. Mayer nous renvoie à la page 22 de la IVe, partie du Consilia Witebergensia et au VIe. chapitre du Defensio Lutheri defensi de Jean Molérus contre Charles de Creusen , Jésuite de Prusse ; il nous y renvoie, dis-je, pour y voir la réfutation de la calomnie qui avait couru, et les excuses de ce que Luther s’était marié sans avoir fait publier dans une église
. les annonces de son mariage. Ses en-
nemis divulguérent qu’il n'avait agi avec cette précipitation ; qu'à cause que Catherine se trouvait grosse (47).
Cela était faux (48). On voit ensuite dans la Dissertation de M. Mayer plusieurs preuves de l'amitié et de l’estime que Luther avait pour son épou-
se. Elles sont tirées de 5es lettres, et.
Von nous avertit d'y ajouter plus de foi qu’à une lettre de Pontanus, écrite à l'électeur de Saxe après la mort de Luther. Ce Pontanus accusait d’orgueil Catherine de Bore, et d'avoir trop dépensé en bâtimens, et surtout dans une métairie où son douaire lui avait été assigné. Huic itaque (Luthero), potiüs testi credamus quam Pontano, apud S'eckendorfium, lib.3, pag, 657, qui in litteris post mortem Lutheri ad electorem Sax, scriptis arguit eam animo fuisse elatiore et imperioso , tenacemque in victu domestico , etsi sumptuosam in ædificia, imprimis in prædium Zeulsdorf, quod ei in testamento dotalitii nomine Lutherus assignavit (49). Quelques-uns ont prétendu que Luther s'était soumis à Vempire de son épouse, et ils ont cité les lettres où 1l la nommait son
(45) Mayer, Dissert, de Lutheri Conjuge,
pag. 22.
(46) Tbid., pag. 24.
(47) Voyez Lindanus, de Voto Virginitatis, pag: 13.
- (48) Voyez la remarque (F).
(49) Mayer, pag. 55.
seigneur. M. Mayer avoue qu'il a vu de telles lettres; mais il soutient que ce n'était qu'un jeu d'esprit (50), et que Luther, qui avait laissé à son épouse une pleine autorité de conduire le ménage, se réserva toujours les droits de mari. Tu mihi persuades quicquid vis, totum habes Dominium, In œconomid quidem tibi éoncedo Dominium , salvo jure meo. Mulierum enim Dominium nihil boni unquäm effecit (51). Il a l'original d’une lettre où Luther se déclara fortement contre l’'infirmité de ces maris qui se laissent maîtriser par leurs épouses, et anima l'un d’eux à réprimer l’insolence de sa femme {52). Voici un fait qui témoigne l’amitié conjugale de Catherine de Bore. Luther, voulant faire l'exposition du psaume XXII, prit du pain et du sel, et s’enferma dans son cabinet, et y demeura pendant trois jours. Sa femme le cherchait partout, et se désolait ; elle frappait à la porte, elle l’appelait; et enfin, ne pouvant résister à sa douleur, elle fit enfoncer Ja porte , et le trouva méditant. Il se fâcha de ce qu’on interrompait ses méditations sur un sujet si sacré, et d’une telle importance ; mais enfin il ne put désapprouver les soins et les inquiétudes de sa femme (53). Elle témoigna sa tendresse et sa constance en même temps, avec un très-grand éclat, dans une maladie qu’il eut Pan 1527, qui fut si grande et si dangereuse, qu’il fit son testament, et qu'il dit adieu à sa femme et à son fils (54).
Notre Catherine passa la première année de son veuvage à Wittemberg,
uoique son mari lui eût conseillé d’aller ailleurs. M. Maver la justifie de cette désobéissance (55). Elle sortit de Wittemberg l’an 1547, lorsque la ville se fut rendue à Charles-Quint.
Elle avait recu avant cela un présent de cinquante écus de Christien IT, roi de Danemarck ; et comme l’élec-
(50) Quis non videl, genii præsertim beati viri non ignarus, hoc innoxio joco ab illo factum? Mayer, Dissert. de Lutheri Conjuge, pag. 56.
(51) Luther., apud Mayer, ibid., pag. 51.
(52) M. Mayer la rapporte celte Lettre, la même, pag. 57, 58.
(53) La même. pag. 59. Il cite Reinhard Bakius ad Psal. XXII.
(54) Mayer, de Lutheri Conjuge, pag. 59 el seq.
(55) Ibid. , pag. 66.
BORE
teur de Saxe et les comtes de Mansfeld lui firent sentir de bonnes marques de leur libéralité, elle eut le moyen de s’entretenir commodément avec sa famille, ces assistances étant jointes aux biens que Luther lui avait laissés.
Elle retourna à Wittemberg, après que la ville eut été rendue à l’électeur, et y vécut pieusement, jusques à ce que la peste l'ayant fait résoudre d'en sortir l’an 1552, elle vendit ce qu’elle y avait, et se retira à Torga, bien résolue d’y finir ses jours. Un accident du voyage lui fut funeste :
les chevaux s'étant cabrés, elle sauta du chariot, et tomba , et se fit beaucoup de mal; de sorte qu’elle mourut peu après (56) à Torga, le 20 de décembre 1552. Elle y fut enterrée dans la principale église, où l’on voit encore aujourd'hui son tombeau et son épitaphe. L’académie de Wittemberg, qui était alors à Torga (57), fit un programme public concernant la pompe funèbre (58). On le trouve tout entier dans l'écrit de M. Mayer, elil avait été imprimé l'an 1553, in Intimationibus Witebergensibus (59). Je l'avais lu au feuillet 441 et 442 d’un livre imprimé à Wittemberg, lan 1560 , in-8°., et intitulé : Seriptorum publicè propositorum à professoribus in academi& Witebergensi, ab anno 1540, usque ad annum 1553. Tomus primus .
(L) Je rapporterai une lettre, écrite par Erasme, avant qu'il fut désabusé du faux bruit des couches de Catherine de Bore peu après ses noces. ] Elle fut écrite à un homme illustre, savoir à Nicolas Everard , président du haut conseil de Hollande à la Haye.
J'en ai vu l'original, qui est en trèsbon état : le cachet d’'Erasme, avec le Deus Terminus, etle Vulli cedo, y paraissent dans leur entier. M. de Wilhem, conseiller à la cour de Brabant (60), a eu la bonté de me montrer cette lettre originale, et de m'en donner une copie, que j'ai moi-même collationnée à l'original. J’ai cru qu’on
(56) Au bout d'un peu plus de trois mois.
P'ayez le Programme funèbre.
(57) La peste de Wittemberg en élait cause.
(58) Mayer, Dissert. de Lutheri Conjuge, pag. 66 et seq.
(59) Idem, pag. 69.
(60) Je parle amplement de lui dans la remarque (G) de l'article Wicurm.
bn
ne serait pas fâché de la trouver imprimée dans cet endroit de mon Dictionnaire, puisque personne ne l’avait encore donnée au public.
$. P, Ornatissime præses , Solent comici tumultus ferè in matrimoniuni exire, atque hinc subita rerum omnium tranquillitas. Verium hanc catastrophen plerumque nunc habent principum tragœædiæ, non admodum Lœætam populo , sed tamen bellis potiorem. Malebat ille compilari quam venire. Similem exitum habitura videtur Lutherana tragæœdia. Duxit uxorem monachus monacham ; et ut scias nuptias prosperis avibus initas , diebus à decantato hymeneo fermè quatuordecim enixa est nova nupta. Lutherus nunc mitior esse uncipit, nec perindé sœvit calamo. Nihil est tam ferum quod non cicuret uxor. Ego seduld hortor utramque partem, ut æquis conditionibus jungant foœdus, ei insana prælia dirimant. Vis scire quantum proficiamus Quantüm solent it, qui tnter duos armatos ird vinoque furentes intercedunt dirempturi, et utrimque vuinerantur. Opinor te legisse Apologiam meam adversüs Sutorem. Quis credidisset tam stupidum animal latere inter theologos et cartusianos ? Et tamen hoc portentum habet theologos applaudentes. Si venduntur isthic desultorit (61) libri Jodoci Cluhovei, quæso ut legas in Anti-Luthero 3 libri cap primum, num. 3; nam Beda litieris indicavit , eum locum ad me pertinere; quod si verum , quis non intelligit in ullo pediculoso capite nullam esse micam sanæ mentis ? Et tamen hujusmodi nebulones Lutherus armavit in nos. IVullum video finem nisi si quis Deus à machin&, quod aiunt, apparens, fabulam explicet. Lutherana factio nunquäam sustulit majores spiritus.
Et altera pars aded nihil remittit , ut in dies astringat priora vincula. Habent novum dogma , sed simpliciter. insanum: totos hos tumultus exortos ex linguis et bonis litteris. Hoc jam principibus aliquot persuaserunt. Quoniamn te videre aliter non licet, per litteras saluto. Dorpium amisimus ante diem.
Hic longè supra centunr millia rusti-
(61) Il y a begultarii dans la copie. M.de Wilhem m'« dit qu'aucun de ceux qui ont aide à déchiffrer l'original, n'a pu venir & bout de ce mot. Je conjecture, à tout hasard , qu'il faut lire desultorii.
corum interfecta sunt, et quotidiè sacerdotes capiuntur, torquentur , suspenduntur, decollantur , exuruntur.
ÎVon nego necessarium remedium , quamvwis immite, sed Germani magis novimus malefacta punire quam excludere.
Tibi, uxori tuæ , tuisque liberis precor omnia læta.
Qui has reddet est Franciscus Dilft, qguondam convictor meus , juvenis honesto loco natus, moribus mirè civilibus. Quem cupio ut digneris cognoscere.
Datum. Bas. pridie Natal. Domini, an. 1525.
Erasmus Ror. veré tuus,
Ex tempore manu proprid.
Von vacabat relegere | ignosce.
BORÉE , en latin Boreas , Jun des quatre vents cardinaux (a), et l’une des divinités du paganisme, était fils d’Astræus et de Aurore (A), et avait son siége dansla Thrace (B). Pindare le nomme le roi des vents(b). « Je » pense avoir lu qu’on lui donna droit de bourgeoisie en une ville de Grece. J’ai encore lu » qu’on lui bâtit des temples , et » qu’on lui ordonna des sacri- » fices en une autre ville : une » fois, pour avoir coulé à fond » une flotte des ennemis ; et » une autre fois, pour.avoir jeté » de la poussière aux yeux à » une armée de terre de ces » mêmes ennemis. Si je ne me » trompe, il fut appelé solen- » nellement , et par décret pu- » blic, le gendredes Athéniens, » à cause de sa femme Orithye, » qui était Athénienne (c). »
L'auteur, dont j'emprunte ces paroles , et dont j'indiquerai les sources (C), fait une remarque sur ce qu'Orithye ne se plaignit
(a) Celui qui souffle du septentrion.
(b) Pindar., od.IV Pythior.
(c) Balzac, entret. V, chap. IT, pag. 80.
BORÉE
point de la froideur d’un tei mari (D) : mais cette remarque est plus jolie que solide; car Borée, quelque froid qu’on le fasse, était fort ardent en fait d'amour (E). Il eut un assez bon nombre d’enfans, et entre autres Zétes et Calais , dont je donnerai l’histoire (F). Les Meépalopolitains l’honoraïent comme leur principale divinité (d). J'en parle dans les remarques , comme aussi du culte que les Athéniens lui rendaient (e). Il y a quelques variations sur les circonstances de l’enlévement d’Orithye (G).
L’anonyme, qui publia une traduction francaise de l’Aristée de Virgile ( f ) avec des notes , l’an 1668, debita beaucoup de recueils touchant l’histoire et les qualités de ce vent, et en pariculier sur la violence qui lui est propre, et qu'Ovide décrit sx bien (g). Gelui qui le nomme artisan des naufrages: (h), garderait cette épithete pour d’au— tres vents, s’1l voulait s’accommoder à ce qui se passe dans la Manche, et sur les côtes du Pays-Bas. Ce n’est point le vent Borée que l’on y craint, mais le Nord-ouest, ou le Sud-ouest : ce sont là les deux artisans des naufrages. Je fais cette observation , afin de montrer que les poëtes, imitateurs trop serviles de l’antiquité , nous donnent souvent des descriptions, peu convenables à leur pays.
Je dois ajouter à ce que jai déjà dit une observation sur un
(d) Voyez la remarque (C), num. IT.
(e\ Voyez la méme remarque , num. III.
(f) C’est un épisode des Géorgiques.
(g) Ovid., Metam. , lib. VI, circa fin.
(4) Voyez Balzac, entretien XXXVI, pag. 351.
BORÉE
passage de Natalis Comes (H) , que j’ai rapporté à la fin de la remarque (F) de cet article.
(A) I était fils d’Astrœus et de l' Aurore. ] Natalis Comes avoue qu’il n’a jamais lu que les inventeurs des fables aient dit quels furent le père et la mère de Borée, Boreas ë quibus parentibus ortus sit fabularum inventores non tradiderunt , quod ego legerim (1), et cependant il avait cité Hésiode, qui raconte que le dieu Astræus , ayant couché avec la déesse Aurore, engendra les quatre vents (2).
Voici les trois vers qu’il rapporte :
’Açpaio d'H'os dyéuous TÉLE xapTepo-
Büpous, ‘
’Apyésuv, Zéupoy, Bopény T° æidnpoxé- Aeuboy ;
Kai Nôroy, év quacrnrs 0eœ Bed eûvn- Beice.
Astræo verd Aurora ventos peperit magnanimos ,
Argesten, Zephyrum , Boreamque rapidum , Er Notum , in amore cum deo dea congressa (3).
Marquons ici une faute de M. Hofman. I] dit que le vent Borée était fils d’Astræus, selon quelques-uns ; ou de Strymon, selon quelques autres. Ce n’est pas ainsi qu'il se fallait exprimer ; il fallait dire qu’il y a des gens qui ont soutenu que le ravisseur d’Orithye n’était pas le vent Borée, mais le fils de Strymon. ‘Hrayopac de &v rois Meyapiuoic, Tov Tv Qpibuiay wpmäéravræ Bopéav , dièy ZTpupuoyoc Ghoivs oÛ ci dé roy àveuov. Hesagoras in Megaricis Boream à quo rapta Orithya filium fuisse ait Strymonis, non verd ventum (4). |
(B) Ll avait son siège dans la Thrace. ] Une infinité d’auteurs ont dit cela : vous trouverez là-dessus quantité d’autorités dans le Dictionnaire de Lloyd (5) , et dans le docte Commentaire de M. Spanheim sur Callimaque (6). L'origine de cette hypo-
ARS is Mythol., &ib. VIII, cap.
ae Idem , ibidem, lib. VI, cap. II, pag.
(3) Rte à à , in Deor. Generat., vs. 378, F6) Schol. Apollonii in lib, I, vs. 21x.
(5) Au mot Boreas.
(6) Ezech. Spanhemius in Callimachum, pag.
thèse est que les poëtes qui ont parlé de ce vent demeuraient dans un pays qui avait la Thrace au septentrion. Je parle des poëtes grecs. Les Latins, grands imitateurs des phrases et des épithètes de ceux-là, ont donné au vent Borée la même patrie, quoiqu’ils n’en eussent pas la même raison. Lisez ces paroles de M. Dacier : elles sont tirées de son Commentaire sur Île Thracio bacchante magis sub interlunia venio (7).
« Horace parle à la manière des Grecs, » qui appellent le Borée ou l’Aqui- » lon , T'hracien , parce qu’il leur ve- » nait de Thrace. » Je crois que l’on eût bien fait de commenter de la sorte cet endroit du même poëte,
Nunc mare, nunc sylvæ Threicio Aquilone sonant..… (8) ,'
sans prétendre que «le Borée , ou l'A- » quilon, c’est-à-dire , le Nord-Nord- » Ést, était véritablement vent de » Thrace pour les Romains comme » pour les Grecs, car la Thrace s’é- » tendait fort loin (9). » Je ne saurais croire qu'Horace ait eu en vue, ni la ‘grandeur de ce pays-là, ni la subdivision des vents. Îl ne songeait qu’à copier l’épithète grecque du vent septentrional; et l’on pourrait ici lui faire la même critique, que sur cet endroit de l’ode XII du IVe. livre :
Jam veris comites , quæ mare temperant, TImpellunt animæ linteæ Thraciæ (10).
Je ne crois pas devoir omettre ce passage de Balzac, puisqu'il est critique. « Cet Aquilon originaire de » Thrace fait des courses et des voya- » ges par toute la terre; mais s’il en » faut croire notre homme d’Afrique, » qui parle des pierres et du fer, tant » son Style est raboteux et dur, il fait » particuliérement sa demeure au » Pont-Euxin. À combien de lieues de » la Thrace? Je vais présentement le » demander à la carte. Tant y a que » l’Aquilon habitera pour cette heure » le Pont-Euxin : Ubi dies nusquamz » patens, sol nunquam liber, unus » aer nebula ,totus annus hibernum, » omne quod flaverit Aquilo est. Ou » en passant prenez garde, je vous » prie, s’il n’y a point une espèce de (7) Horat., od. XXV, lib. I.
(8) Tdem, od. XIII Epod.
(9) Dacier, sur Horace, 1om. F, pag. 260, 26: , édition de Hollanie. à
(10) Voyez l'épiire XXIV du IT, ivre de M, le Fèvre,
» contradiction en ces mots de IVe- » bula et d’ÆAquilo; car, à mon avis, » ils ne peuvent pas bien compatir » ensemble (11). »
(C) J’emprunie ces paroles de Balzac : j'en indiguerai les sources. | Il y a des livres où il est permis, et méme louable, de ne nommer point les auteurs de qui l’on a pris ce que l’on allégue. Cela est fort commode pour un écrivain qui a de la vanité; car ces termes vagues, j'ai lu quelque part, un certain auteur rapporte, elc., donnent une idée avantageuse : on s’imagine que celui qui parle de la sorte ne le ferait point sil s'agissait d’un ouvrage connu des autres savans. On croit donc qu’il a trouvé cé trésor dans un manuscrit très-rare. En un mot, si Balzac eût dit, j'ai lu dans Pausanias, ou dans Hérodote, il ne se fût point rendu si recommandable à ses lecteurs. Pour moi, qui cherche principalement à satisfaire la curiosité de ceux qui me lisent, je nomme toujours les auteurs de qui je prends ce que je rapporte, et je tâche même de découvrir d’où les modernes ont tiré ce qu'ils allèguent. J'ai pu en venir à bout à l'égard de ce passage des Entretiens de Balzac (12).
I. Élien observe que les habitans de Thurium , ayant été délivrés d’un graud péril par une tempête qui ruina la flotte de leur ennemi (13), offrirent des sacrifices au vent Borée, qui avait fait ce ravage, et lui conférérent la bourgeoisie de leur ville. Ils lui assignèrent une maison, avec un revenu fixe, et célébrérent toi les ans un jour de culte en son “honneur (14).
IL. Les Mégalopolitains lui consacrerent un temple, où ils lui offraient des sacrifices un certain jour de l’année ; et il n’y avait point de divinité qu'ils honorassent plus que celle-là. C'était en reconnaissance d’un grand secours qu'ils en recurent, lorsqu’Agis, roi de Lacédémone , assiégeait leur ville.
La machine des assiégeans battait la muraille avec tant de force, que sans
(11) Balzac, Entretiens , chap. II, pag. 80, Fa
(z2) Celui que j'ai rapporté dans le corps de cel article. Woyez ci-dessus, citation (c).
(x3) C'était Denys le tyran.
(14) Æban. , Diversat, Histor. , Lib, XII, cap. EXT.
BORÉE
doute la brèche eût été fort grande le lendemain; mais il s’éleva un vent septentrional, qui renversa cette machine. C'est ce que Pausanias raconte (15).
II. Hérodote nous apprend qu’un oracle ayant ordonné aux Athéniens d’appeler leur gendre à leur secours , ils invoquèrent Borée ; car comme il était marié avec Orithye, fille d'Ærechthée , leur roi, ils le prirent pour leur gendre. C’est pourquoi, la te de Xerxès étant abordée à la côte de Magnésie, ils implorèrent par des victimes et par des prières l'assistance de ce vent, et celle de son épouse; et comme ils se persuadèrent que la tempête qui maltraita cette flotte fut un effet de ce culte, ils firent bâtir un temple à Borée sur les bords de lIlisse (16). Ils crurent que les mêmes divinités avaient déjà fait périr la flotte des Perses proche le mont Athos (15). Je n’ai pu encore trouver lauteur qui parle du grand service que ce vent rendit aux Grecs, en jetant de la poussière aux yeux d’une armée des Perses. Jai bien lu dans Xénophon, que les Grecs, qui repassèrent l’'Euphrate après la défaite du jeune Cyrus, souffrirent beaucoup de froid à cause que le vent Borée leur donnait sur Île visage; mais qu'il sapaisa dès qu’on lui eut fait un sacrifice selon le conseil d’un devin (18). Notez qu’Apollonius représenta aux Athéniens , que Borée était leur proche.
parent (19); Balzac eût pu ajouter que.
l’on jurait à Athènes par la divinité de Borée , et que l’on y célébrait sa fête avec beaucoup de solennité, et en faisant bonne chère (20). Casaubon va nous l’apprendre dans son Commentaire sur ces paroles de Matron,
# \ / DUAL # Tawy xeri Bopéns HpaTTATo TETTOMEY AY, Quarum dum coquerentur, sie recens coc-
sarum , vel Boreas poterat affici desiderio (21). U >.
« Sensus autem est : adeo bonos pa-
» nes illos aut placentas fuisse , ut
» etiam Borealia celebrantibus appo-
(15) Pausan. , lib. VIII , pag. 266 et 259.
(16) Rivière d'Athènes.
(17) Herodot., lib. VII, cap. CLXXXIX.
(18) Xenophon, de Cyri Expedit., lib. IF, pag, 143.
(19) Philostrat., in Vità Apollonii, lib. EF, pag. 167.
(20) Libanius, Declam. XX.
(21) Matron , apud Athenæum, uib. IF, cap.
F, pag. 254.
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» ni potuerint. Moris fuit Athenis » Boreæ sacra facere , demerendi il- » lius gratid. Magné solemnitate is » dies celebrabatur, atque in primis » lautis opiparisque epulis. Bopea£er » hoc dicebant et Bopeazuèy supersti- » tionis hujus ritum. Hesychius, Bo- » peaoquo}, Abiviaiy oi dycvres Ta Bopéa » éopras mai Boivas iva dverus (malim » dyoru) ryémaiv. éxænouTo dé Éopouuoi, » Videtur dicere thiasotas horum sa- » crorum fuisse appellatos Bopeaapouc.
» Ego arbitror Bopsaæauèy id esse quod » jam diximus : at qui superstülionis » hujus sacra concelebrarent , eos esse » dictos Bopsasas , ut sixadis ès, TéTpæ- » diç&c, et simileis (22). Castellan n’a point parlé de cette fête (23); mais Fazoldus ne l’a pas oubliée (24). Je fnis par dire qu’il est fait mention de l'autel du dieu Borée dans un dialogue de Platon (25) : on y trouve même qu'il fut bâti où l’on croyait qu’Orithye avait étéenlevée. Nous ferons cidessous (26) une réflexion sur cette sottise des Athéniens.
(D) Orithye ne se plaignit point de la froideur d’un tel mari. ] Balzac, après les paroles que j'ai rapportées dans le corps de cet article, continue de cette facon : « Sur quoi un Veignor » Dotiour, que j'ai céans depuis quel- » ques mois , à qui j'ai communiqué » de vos observations, vous prie de » considérer que les femmes de ce » temps-là étaient bien plus retenues » et plus endurantes que celles de ce » temps-ci ; et que si une Orithye » d'aujourd'hui avait épousé un mari » aussi froid que le vent de bise , elle » l’accuserait d’impuissance dès le » lendemain de ses noces, et présen- » terait requête pour la dissolution .» de son mariage. La dame d’Athè- » nes néanmoins ne s’est point plainte » à l’aréopage, n’a point eu d'avocat » qui ait allégué le titre de frigidis, » n’a point fait mauvais ménage avec » Borée , ou autrement avec Aqui- » Jon (25). »
(E) Porée était fort ardent en fait
(22) Casaubon. , in Athen., lib. IV. cap. F, pag. 254.
(23) In Tractatu de Festis Græcorum.
(2%) Fazoldus, in Lerologiâ, pag. 124:
(25) Plato, in Phædro, circa init. , pag.x2x1r.
(26) Dans la remarque (G).
(27) Balzac, entret, V, chap. IT, pag. 80,