‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 106 sur 109 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

S77 sur sa fable, et si elles y laissaient quelques chose , elles linfectaient d'une puauteur horrible. {ls les poursuivirent jusques aux îles Strophades, et ils les eussent tuées, si une voix inconnue ne le leur eût défendu de la part des dieux (48). « Dans les jeux » qu’Acaste , fils de Pélée, célébra , où » tous les Argonautes se trouvèrent, » Zéthès et Calaïs furent victorieux :

» În ludis quos fecit Acastus, Pelei » filius ; vicerunt Zethus Aquilonis » filius dolichodromo , Caluës -jusdem » filius diaulo. ». Je tire cela des notes sur l’Aristée de Virgile. Le passage latin est d’Hyginus, au chapitre CCLXXIIT. Z{s furent tués, continue l’auteur de ces notes, par fercule, en l’île de Ténos , aux obsèques du roi Pélias, pour avoir pris la querelle de Tiphis , le patron du navire Argo, contre Télamon, qui voulait que l’on attendit Hercules, qui s'était éloigne d'eux, pour chercher son cher Hylas.

Les dieux touchés de leur mort les convertirent en vents , qui pour l’ordinaire précèdent de huit jours le lever de la Canicule, d’où ils sont appelés æpodpouo, comme qui dirait précurseurs.

Toutefois Hyginus, au chapitre XI, dit qu’ils furent inhumés, et que l’on voil leur sépulcre s'émouvoir au souf:

Île de leur père (49). On donne d’autres raisons de la colère qui porta Hercule à les tuer (60); mais on ne dit rien d’un sujet de jalousie qui lirrita peut-être plus que toute autre chose.

Properce raconte que ces deux frères , s'étant aperçus qu’Hylas , le mignon d’Hercule , allait chercher à lécart une fontaine, le poursuivirent et le caressérent passionnément (51).,

Callimaque a fait mentiou de trois filles de Borée, qui portèrent des offrandes à l’île de Délos (52). I les nomme Oupis , Loxo, et Hecaerge. On dit aussi que l’enlévement d’Orithye n'est pas le seul acte de cette espèce que Borée ait commis : on prétend qu’il

(48) Ex Valer. Flacco , lib. IF,

(49) Notes sur l’Aristée de Virgile, pag. 141. L'auteur a copié ceci de Vigenère sur Le Glaucas le Poutique de Philostrate, pag. 741, 542 du I*. tome, in-4°. La source est dans Apollonius, Argon., Lw, I, vs. 1300 et suivant.

(5o) Voyez Natalis Comes, Mythol., Ub.

VIIT , cap. XI , pag. 863, 864. Il a puisé dans le Scholiaste d’Apollon. , Liv. Z. É |

(51) Propert., eleg. XX, lib, T.

(52) Callimachi Hymn. in Delum, vs. 202.

euleva Chloris, fille d'Arcturus, et qu'il en eut une fille. Memoriæ proditum est à Cleanthe, in primo libro de Moribus, Boream rapuisse Chlorim quoque Arcturi filiam, atque illam in coltem ÎViphatem asportässe, qui pos- £ea Thorus Boreæ vocatus fuit , antequäm déceretur Caucasus, de qué filiam suscepit Hyrpacem (53). Voyez la remarque (H).

(G) LI y a quelques variations sur les circonstances de l'enlèvement d’Orithye.] Les uns disent qu’elle était au bord de la rivière d’Ilisse quand elle fut enlevée. C’est le sentiment d’Apollonius (54), de Pausanias (55), et de Denys Periegete. « Tzetze suit ce » sentiment dans ses Chiliades. Tou- » tefois, Â'érile dit que ce fut au bord » de la fontaine Céphise , et Simonide » auprés du fleuve Brilisse (56). »

L'auteur, dont j’emprunte ce passage, avait puisé dans Natalis Comes. Il aurait dû prendre garde que l'original ne dit point que Brilisse fût un fleuve. On n’y voit que ces paroles: Simonides tamen poëla non ab [lisso, sed à Bridisso raptam fuisse Orithyiam putavit (57). Cela est tiré du scoliaste d’Apollonius. Voici ce qu'il dit : Tay dè "QOpiôuiay Zmuœwvidhs ro Bpiurooÿ quoir - praytirar, ériThy Eaprndoviav Tlérpav ris Oparnc éveXBnveu. Orithyiam verd Simonudes ait raptam à Brilisso in Sarpedoniam Peiram Thraciæ allatam esse (58). Il y a beaucoup d’apparence que son Brilissus est la montagne Brilessus, dont Thucydide (59), Strabon (60), et Pline (61), ont fait mention. Elle était au pays d’Attique.

Le inême scoliaste est celui qui nous fait savoir le sentiment de Cherile.

Xospinoc dé, dit-11 (62), dpraobves ga oùv aura àv0n auényovoar üro Tds ToU Knoivouù muyas Choœrilus verd dicit raptam Juisse illam colligentem flores ad fontes Cephissi. On pourrait entendre par ces dernières paroles la

(53) Natalis Comes, Mythol., ub, VIII, cap. XI, pag. 864 (54) Apollon, Argon. , Lib. I, vs. 215.

(55) Pausanias, lib. T, pag. 17.

(56) Notes sur l’Aristée de Virgile, pag. 101, EE) Natalis Comes, Mythol. » PA: 864.

(58) Scholiast. Apollon., én lib. ZI, vs. 217: (59) Thueyd., lib. IT.

(6e) Strabo, lib. TX, pag. 275.

(61) Plinius, üib. IF, cap. VIT, pag. 423.

{G2) Schol. Apoll, , &x Uib, T, vs. aux,

BORÉE

source de la rivière de Céphisse proche de Liléa dans la Phocide (63); mais il vaut mieux les entendre d’une fontaine particulière , nommée Céphisse, proche d'Athènes (64). Nous n’avons pas dit encore tout ce qui regarde les varlations des auteurs sur le lieu de l’enlévement. Platon observe qu’il y avait une tradition, qu'Orithye fut enlevée de l’aréopage. "H 4£ ’Apélou méyou n6- VETA ap aû Hal OUTOS OAoVoc, us ExelOey AN oux év0évde npräcôn. Vel ex areopago. Est enim et alia fama non ex hoc loco sed ex illo raptam fuisse (65).

Il venait de toucher l'opinion la plus commune, savoir que l’Ilissus était le lieu d’où elle fut enlevée. Ne prenons point pour un nouveau sentiment ce que dit M. Guillet, que ce fut au quartier Agra ou Agræ , que Boréas enleva la jeune Orithye, et que la déesse Diane prit la première fois Le plaisir de la chasse (66). Ce quartier était le lieu où l’on voyait l'autel de Borée , et le temple de Diane Agræa; et il était au bord delIlisse. C’est ce qu’on peut recueillir de deux passages conférés ensemble, l’un de Platon (67) , l’autre de Pausanias (68).

Voici les diversités qui se rapportent aux occupations d’Orithye. Quelques-uns disent en général qu’elle se divertissait (69), d’autres qu’elle cueillait desfleurs (70), d’autres qu’elle traversait l’Ilisse (71), d’autres qu’elle dansait, d’autres qu’elle se baignait.

Platon insinue fort clairement cette dernière opinion (72); et nous trouvons la quatrième en propres termes dans ces vers d’Apollonius :

» [nd LA » 2 5 Erxari Opyrnc durxemépou #10 dpa THAY Ve.

Opnixioc Bopénc dvepilarTo Kexporinbey , ‘Tuocoÿ rporépoile Xp vs divevoucay.

Tn ultüimé intempest& Thracié, quo islam

(63)'O rorauos évratba ÉXer Taès mu- LATE FHic sunt amnis ipsius fontes. Pausanias , lib. X, pag. 357.

(64) Plimius , Lib. IV, cap. VII. Voyez aussi Aulu-Gelle , div. XP TITI, chap. X.

(65) Plato, in Phædro , pag. 1211.

(66) Guillet, Athènes ancienne et nouvelle, pag. 264. î

(67) Plato , èn Phædro, pag. 1211.

(68) Pausanias , Lib. I, pag. 17.

(69) Idem , ibidem. à

(j0) Voyez ci-dessus la citation (62).

(gx) Apollod., Lib. IIT, pag: 247.

(72) Plato , in Phædro, pag. 1210.

BORÉE. lu

Thracius Aquilo rejecerat è Cecropié, Cum se propter Ilissum in choro circumage-

bat (73);

Je ne cite ce passage qu’afin qu’on voie la témérité de l’historien d’un autre Apollonius. Il suppose que son héros , censurant les Athéniens, leur dit que si Orithye avait dansé , elle v’aurait point donné d'amour. Cet endroit de Philostrate est assez curieux pour mériter que Jen rapporte la version latine. Oportet ventos venerari, præsertim chm socii vesiri sint , et pro vobhis maximè spirent, neque Boream affinem vestrum, qui maxtimè ventorurm omnium masculus est, joœminam facere decet , neque enim ipse Boreas Orythiam amdsset, sieam sidisset tripudiantem (74). Artus Thomas sieur d’'Embri, qui a commenté cet ouvrage de Philostrate , aurait dû nous avertir de l'opposition qui se rencontre entre le discours d’Apollonius le poëte, et le discours d’Apollonius le philosophe. Il se serait fait plus d'honneur, en observant les impertinences de ce dernier , qu’en nous cor tant, 1°., que Les uns font Borée fils d'Astrée, et les autres disent qu’il était Thracien ; 2°. que Simonides appelle Brillisse {a rivière près de laquelle Orithye fut enlevée (75). Ce sont deux fautes : car être fils d’Asirée, et être de Thrace , ne sont pas deux choses contraires; et Simonide ne dit point que Brilisse fût une rivière. Qu'on ne me dise pas qu’Apol- Jonius eût été blâämable, si, ayant envie de corriger les Athéniens, il eût réfaté les rêveries qu'ils racontaient de Borée : il ne faut point, dis-je, que l’on m'allègue cela, puisqu'il y avait un bon milieu à tenir entre choquer des traditions ridicules, et les supposer comme véritables. Il n’en faliait point parler : c'était le partique devait prendre un philosophe persuadé qu’une réfutation de ces sorneltes piquerait les auditeurs. Mais quel désordre! les Athéniens si fins, si polis, si éclairés, se laissent persuader que la fille de l’un de leurs rois donna de Pamour à un vent, qu’elle coucha avec lui, qu'elle en fut engros-

(73) Apollonius, Argonaut,, lib. I, vs. 213, Ré AE

(54) Phil., ën Vitâ Apolloni, lib. IF, p. 167.

(75) Artus Thomas , sieur d'Embri, dans ses

Annotations sur la Vie d'Apollonius , traduite en français par Vigenère, tom. Î , pag. 801.

sée, que ce mariage établit une al” liance entre eux et ce vent, et qu'ils tirèrent de grands secours de cet allié, en lui demandant son assistance dans la guerre contre les Perses, Ils furent si persuadés de toutes ces choses, qu’ils les confirmèrent par des décrets publics, par l2 construction d’un autel, par la célébration d’un anniversaire.

Ce que je remarque, afin que personne ne m'objecte que l'enlèvement d’Orithye était regardé dans Athènes comme une fiction poétique, et un jeu d’esprit. Cette objection est trèsfausse. Tout ce que je viens de dire du vent Borée était un article de foi parmi les Athéniens. Je crois bien qu’au commencement ce ne fut qu’une fantaisie de poëte, chantée dans les carrefours; mais enfin elle se fourra dans le système de la religion publique.

Disons la même chose Le autres par= ties de la religion païenne, etremarquons par-là une différence notable entre le mahométisme et le paganisme. Un imposteur a fondéle mahomé.

tisme : 1l a eu cela pour but; mais le paganisme s’est formé sur les jeux d’esprit de quelques poëtes, qui ne songeaient point à canoniser leurs fictions , et qui ne les inventaient que pour s'amuser. C’est d'eux que l’on pouvait dire hæ nugæ seria du: cent in mala. Depuis qu’une fois ces badineries furent regardées comme un point de foi, elle ne déchurent

. 7: , dv jamais de leur crédit. C’est à cet

égard que les Égyptiens pouvaient dire aux Grecs, vous étes toujours enfans (76) ; mais les Grecs pouvaient encore mieux leur faire le même reproche à cet égard-là (77). Aussi Pon ne trouve point d’auteur parmi eux, qui soit digne de l’honnêteté qu’un Romain à eue pour Diodore de Sicile, dont il a dit, c’est le premier entre les Grecs qui ait cessé de niaiser (78).

Je ne prétends pas que tousles Athé-

(76)°Q ZSérwy, Zokwv, EnAnvec de) raides êce..…. véor 6çè (eimeiv) rdc Luxe maäavrTec. O Solo, Solo, Græci pueri semper estis. . . juvenis semper vobis est animus, Blato, in Timæo, pag. 1043, C.

(97) Quis nescit, Wolusi Biüthynice, qualiæ

demens

Ægyptus portentatcolat, etc.

à Juvenal., Sat. XV, enite

(78) Apud Græcos desiit nugari Diodorus.

Plin. , in Præfat,, pag, 10.

miens fussent assez simples, pour ajouter foi à ces beaux contes. Je me souviens de Ja réponse que Platon à mise dans la bouche de Socrate interrogé s’il croyait que la tradition de l’enlévement d’Orithye fût véritable, aan ere mpôs Ads, @ EwupaTec nai oÙ Toÿro ro puborcynua meiln œanBèc eiyæi:

sed dic per Jovem, Socrates, tu ne hanc fubulam putas veram fuisse (19)?

« Sije croyais avec les sages, répon- » dit-il, qu’elle est fausse, je ne se- » rais pas absurde. » *AAN 45 arisoinv, dorep oi odoi , ox àv àToros einy. Jam si non putarem ut sapeintes, absurdus non essem (80). On voit, d’un côté, par ces paroles, que les personnes les plus éclairées jugeaient de cela comme il fallait, et de l’autre, qu’on gardait

uelques mesures en s’expliquant làde dans un ouvrage public. Quoi qu’il en soit, une infinité d’Athéniens pleins d'esprit et de bon sens en toute autre chose, cent fois plus capables de tromper que de se laisser tromper, croyaient bonnement ce qu’on leur disait de Borée et d’Orithye. C’est là un sujet d’étonnement : on y trouve une belle moralité sur la faiblesse de l’entendement humain. Jugeons de l’ancien par le moderne. Aujourd’hui, dans Rome, où il y a tant d’esprit et tant de prudence, on croit communement la plupart des traditions qui fondent le culte de quelques chapelles particulières. Un petit nombre d’esprits plus forts n’en croient rien.

C’est ainsi qu’il faut raisonner à l’égard de l’ancienne Grèce.

(H) f’oici une ‘observation sur un passage de Natalis Comes. ] Nous avons vu (81) que cet écrivain assure que Borée enleva Chloris, fille d’Arcturus, et Ja transporta sur le mont Niphate, qui fut eusuite nommé le lit de Borée ; et qu’il eut d’elle ane fille, qui eut nom Hyrpace. Natalis Comes prétend que Cléanthe racontait cela dans le Ie, livre de Moribus ; mais voici ce que Plutarque nous apprend (82). Le mont Niphate fut appelé le hit de Borée , depuis que ce Dieu y eut transporté Chloris, fille d’Arcturus (83). IL en eut un fils qui fut appelé

(59) Plato, an Phædro, pag. 1211, À.

(80) Idem , ibidem. .

(81) Ci-dessus , citalion (53).

(82) Plutarch., de Fluviis, pag. 18.

(83) C'était la rivière que l’on nomma ensuite Phasis.

BORGARUTIUS.

Harpax, et qui succéda au roi Heniochus. Cette montagne fut ensuite appelée Caucase, parce que Saturne s’y étant réfugié, après la guerre des géans, et par la peur que lui firent les menaces de son fils, ÿ tua un berger nommé Caucase. Il fut chassé de cet asile, et précipité dans le Tartare. Jupiter l’y précipita, et voulut que la montagne fût appelée Caucase, en l’honneur de ce berger, et y attacha Prométhée. C’est ce que Cléanthe racontait au IIIe, livre de la Théomachië. Il n’est pas cértain que Plutarque l'ait cité à l'égard des choses qui concernent le vent Borée ; et ainsi Natalis Comes est censurable par bien des endroits.

BORGARUTIUS { PROSPER ), médecin italien, a vécu au XVII°.

siècle. [1 publia quelques ouvrages , dont le premier fut un 7rarté d’ Anatomie. TI le composa en sa langue maternelle; et ayant vu qu'on l’approuvait à un tel point, que les professeurs d’anatomie dans les universités d’Italie ne faisaient point difficulté d'adopter ses propres paroles , il résolut de le traduire en latin, et d’y ajouter plusieurs nouvelles observations qu'il avait faites pendant qu'il enseignait publi quement l’anatomie à Padoue. Il ne se contenta pas de communiquer au public les lumières que la disséction des corps peut donner, il travailla aussi sur les remèdes des maladies , et fit imprimer quelque chose là-dessus , quoiqu'il eût juré de n’avoir jamais affaire avec les libraires (A).

Il fit un voyage à la cour de France , l’an 1567 : et comme il se qualifie Medicus regius, médecin du roi, je conjecture qu’il obünt alors ce titre. Il trouva à Paris le manuscrit de la Grande Chirurgie de Vesalius, et l’acheta, etle fit imprimer à Vemise

BORGARUTIUS.

(a), lan 1569, in-6°. (B). Son épitre dédicatoire , datée de Padoue , le 13 de septembre 1568, n’a fourni ce que je viens de rapporter.

(a) Ex oficinä Valgrisiané.

(A) IL fit imprimer quelque chose…., quoiqu'il eût juré de n'avoir jamais afue avec les libraires. La peine qui l’accablait, pendant le cours de l’impression de son livre d’Ænatomie, et les chagrins qu’il rencontrait dans ie travail des imprimeurs, lui firent faire par dépit un tel serment; mais lorsqu'il se vit enfin tiré de dessous la presse, il se dégagea de sa parole. fl se compare là-dessus aux femmes, qui, pendant le travail d'enfant , protestent qu’elles se donneront bien garde de s’y exposer de nouveau : et néanmoins, {a douleur étant passée , elles oublient leurs protestations :

Quod accidere universis parturientibus solet, mihi planè contigisse videtur, ut dum in labore quidem versanlur se jurent amplis non parituras :

postea verd, extra discrimen positæ, rursus et concipiunt et pariunt. ÎVam quod haud ita pridem Contemplationem ÆAnatomicam , daboriosissimum parlum , exarandam in publicam Studiosorum commoditatem curarem ; ac parlim quidem immensis laboribus fractus, partim præli difficultates ac molestias summas pertæsus , constituissem , ac propemodum apud me dejerässem, non futuram mihi amplius rem cum typographis : posteaquam fœtus jam editus est in lucem , violare jusjurandum compulsus fui, fabricam Pharmacopolitereon (ut interim de meo Pestulentis morbi Tractatu, ac … Methodo de Morbo Gallico verba facere non curem) duodecim classibus digestam publicè educavi, ac meo quidem lacte tam diù sustuli, donec hinc indè se ipsa audacter evolavit (1). 1] ajoute que son zèle pour Putilité du public l’obligea à violer son serment ; car il voyait que les fautes que l’on commettait dans la composition des remèdes avaient besoin de correction, et qu’il pouvait s’y employer eflicacement. Je ne sais s'il a mis au jour les

(1) Prosper Borgarutius, epist. dedicat, Chirurgiæ magnæ Andreæ Vessali.

quatre livres qu’il promettait de Morborum Puerorum curandi ratione (2).

On ne les marque point dans Lindenius renovatus, ni dans l’Épitomé de la Bibliothéque de Gesner (3), ni au Supplément L Ja même Bibliothéque :

ce serait une mauvaise raison de conclure qu’il n’a point donné cet ouvrage ; car ilena fait quelques autres, dont ces bibliothécaires ne parlent pas.

Chacun sait le conte de cette femme , qui faisait les protestations indiquées ci-dessus, et qui néanmoins ne fut pas plus tôt délivrée, qu’elle demanda qu’on éteignit la chandelle bénite qui brûlait encore sur sa table :

elle pourra me servir une autre fois, ajouta-t-elle. On ne peut point ici appliquer juste ce que disent les Italiens, Passato il pericolo, gabbato il santo ; qu’on envoie paître le saint quand le péril est passé. On sait fort bien les raisons particulières et indispensables qui dégagent très-justement de ce que les femmes auraient juré dans cette occasion. Il n’en va pas de même des vœux que lon fait sur mer pendant la tempête, et que lon oublie trop souvent après qu’on est arrivé au port.

Il u’y à point d'auteurs aussi sujets que les poëtes à oublier qu’ils ont promis solennellement de ne faire plus rien imprimer.

Oh! combien l'homme est inconstant , divers,

Faible, léger , tenant mal sa parole!

J'avais juré , même en assez beaux vers,

De renoncer à tout conte frivole.

Et quand juré ? c'est ce qui meïconfond :

Depuis deux jours j'ai fait cette promesse.

Puis fiez-vous à rimeur qui répond

D'un seul moment. Dieu ne fit la sagesse Pour les cerveaux qui hantent les neuf sœurs. .

C’est ainsi que parle l’ingénieux la Fontaine au commencement de l’un de ses contes (4). M. Ménage à fait deux chapitres (5) pour prouver que les poëtes , après avoir juré de ne faire plus de vers , ne laissent pas d’en faire encore (6).

(2) Idem , ibid. , sub fin.

(3) Où on le nomme Bergarutius, au lieu de Borgarutius.

(4) La Fontaine, au conte de la Clochette, tom. TZ, pag: 192.

(5) Dans l'Anti-Baiïllet, chap. CXXITII et

Suiv.

(6) Voyez l'Index de l'Anti-Baillet, au mot Poëtes.

(B) Il trouva à Paris le manuscrit de la Grande Chirurgie de Vesalius… et le fit imprimer à Venise, l’année 1569 , in-8°.] Îl le corrigea, et digéra, et en fit en quelque manière son propre ouvrage, comme il le marque dans le titre,

Andreæ Par , Bruxellensis, Philippi His- \ paniarum regis Medici, Chirurgia magna, in septem libros digestw, In qué nihil desiderari potest ; quod ad perfectam atque integram , de curandis humani corporis mabis, Methodum pertineat. Ab excellentissimo Philosopho , ac Medico regio Prosp&ro BorGARUTIO recognita, emendata , ac in lucem edita. Formæ etiam instrumentorum., guibus Chirurgi utuntur, his in libris apprimè descripiæ sunt. Wenetiis, ex officin4 Valgrisian4#, 1560.

BORRHAUS (Marrin), professeur en théologie à Bâle, fut prenuerement connu sous le nom de Cellarius. Il était né à Stuttgard, au pays de Wittemberg, l’an 1499 (a), et il fut disciple de Capnion (b). Il reçut à Heidelberg le de-

gré de maïtre en philosophie (c); et puis s’en étant allé à Wittemberg , 1l y acquit l'amitié de Mélanchthon , avec qu il avait déjà eu quelque habitude à Tubinge (d). Comme il ne manquait ni d'esprit, ni de savoir, il trouva beaucoup de disciples à instruire, etil gagnait à cela bien de l'argent. Ce fut par la recom-— mandation de Mélanchthon, qu’il fut admis à cet emploi. Il se laissa misérablement séduire par Stubner, l’un des premiers fondateurs de l’anabaptisme , ‘et 1l travailla avec beaucoup de chaleur à établir cette secte (e). Il eut une conférence avec Luther, lan 1522 (A), et y fit paraître un grand fanatisme. Étant allé en Prusse, lan 1525 ,il y fut

(a) Konig., Bibl. pag. 126,

(b) Fridéric Spanhémius, de Origine et Progressu Anabapt., num. 2,

(c) Hoorn., Summa Controvers., p. 356.

(d) Camerar. , in Vitâ Melancht., pag. 48.

(e) Ex eodem , ibid., pag. 47, 45.

BORRHAUS..

mis en prison par l’ordre da prince, et1l ne laissa pas de fai re beaucoup de livres pour soutenir ses erreurs ( f). Mais quand il eut vu que sa secte recevait de jour en jour de grands échecs , et que l’espérance qu’elle avait donnée du renouvellement de toutes choses se trouvait trompeuse , il se convertit, et se re tra à Bâle Pan 1536 (2). 11 quitta non-seulement l’anabaptisme, mais aussi le nom de Cellarius , et se fit nommer Borrhaüs. 11 se maria, et s’appliqua quelque temps à un métier pour gagner sa vie (h). Enfin il fut agrége au nombre des professeurs de l’académie, et il enseigna premierement la rhétorique, et puis la théologie. 11 fit des livres (B) , et mourut de peste à Bâle, l’an

(F) Camerar., in Vità Melancht., pag.

(8) Hoornbeek, Summa controv., pag.

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