‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 107 sur 109 · Voyez aussi Camerarius, in Vita Melancthon., pag · texte numérisé non relu

Voyez aussi Camerarius, in Vita Melancthon., pag

(») Victus causä fenestrario opificio se aliquando addixit. Hoorn., Summa Controv.

pag: 356.

(ë) Hoorn. , Summä Controv., pag. 356.

(A) Il eut une conférence avec Luther l'an 1522.] Les premières fureurs de l’anabaptisme éclatèrent à Zwiccaw , où Nicolas Storch, Marc Stubner, et Thomas Munzer, s’érigérent en prophètes , et se vantérent d’avoir avec Dieu beaucoup d’entretiens. Ils s’attirérent par-là un grand nombre d’auditeurs : car ils promettaient qu’on verrait bientôt le nouveau règne du Messie. Pendant ce temps-là, Luther se tenait caché : il ne laissa pas d’apprendre la levée de bouclier de ces fanatiques, et les progrès qu'ils faisaient à Wittemberg, où ils avaient même un peu ébranlé Mélanchthon (1). Pour ce qui est de notre Cellarius,

(1) Voyez Seckendorf, Histor, Lutheran., Hi.

TI, pag. 192, 793.

BORRI. à

ils le gagnérent entièrement : il devint aussi Zélé qu'aucun d’eux. Von paucos in suam sententiam perducebat ( Marcus Stubnerius) quorum caput fuit Martinus Cellarius, qui istis pertinacissimè did sanè adhæsit, et causam hanc egit atque defendit (2). Luther, sortant de sa retraite, arriva à Wittemberg au mois de mars 1522, et arrêta par ses sermons les progrès de ces gens-là. Leurs disciples mêmes l’écoutérent avec beaucoup de vénération; mais dès que Stubner, qui était sorti de Wittemberg pour quelque affaire, y fut revenu, ils s’attachèrent à lui comme auparavant, et l’encouragérent à soutenir ses opinions. Cellarius l’y exhorta principalement (3).

Stubner demanda à conférer avec Luther, et obtint enfin jour et heure pour cela : il se rendit à l’assignation, accompagné de Cellarius et d’unautre.

Luther n'avait avec lui que Mélanchthon. Vous allez voir dans le passage latin que je rapporte, que Cellarius fit paraître plus d’emportement que Stubner, et comment ces fanatiques sortirent de Wittemberg ce jour-là même , pour se retirer à Chemberg, d’où ils écrivirent à Luther une lettre pleine de malédictions. Audivit Lutherus placidè narrantem Marcum sua.

Cüm dicendi finem fecisset, nihil contra illa aded absurda et futilia disserendumratus Lutherus , hoc modo monuit; viderent quid agerent. INihil eorum quæ commemorässent, Sacris litteris niti, commentaque esse cogitalionum curiosarum aut etiam fallacis et fraudulenti spiritts deliras et perniciosas subjectiones. [bi Cellarius et voce et gestibus vesanis, cum et solum pedibus et propositam mensulam manibus feriret , exclamare et indignarti, ausum esse Lutherum suspicaritale aliquid de divino homine. At Marcus pauld sedatior, ut scias, inquit, Luthere, me spiritu Dei præditum esse, ego , quid in animo tuo conceperis, sum indicaturus, idque est : Te incipere inclinari ad hæo ut meam doctrinam veram esse credas. Cm Lutherus , ut ipse pastea dixit, istam, deditd operd sententiam cogitando esset

(2) Camerarius, ir Vità Melanchthon. , pag.

ke

À (3) Tnque omnibus maximè et ardentissim è M. Cellarius. Camerarins, in Vità Melanchthonis, pug. bo.

un 583

complexus : Increpet te Deus, Satana.… Post hœc plus verborum faciendum Lutherus non putavit, et minantes gloriantesque eos dimisit, ac nescio quid pollicentes de mirabilibus effectionibus , quibus probaturi sua essen?, cum hoc modo dixisset : Is Deus quem ego.

veneror et colo, facilè vestra numina, ne quid tale efficiatur, coëércebit; eo die oppido illi excesserunt, et Chembergo distante passibus amplius millibus quinque literas plenas maledictis.

et execrationibus ad Lutherum miserunt (4).

(B) ZI fit des livres. T IL publia des Notes sur la Politique d’ Aristote, Van 1545; un Commentaire sur La Rhétorique du méme Aristote, V'an.

1591 ; un Commentaire sur le Pentateuque, Van 1557 ; un sur Esaïe et sur l'Apocalypse, Van 1561 ; un sur Job et sur lEtcclésiaste, Van 1564, Je n’ai point vu ce qu'il a fait sur la Logique et sur les Mathématiques (5), ni son Commentaire sur le livre des Juges et sur ie livre des Rois(6).Konig:

lui donne un ouvrage de philosophie, divisé en trois livres, de Censurd vert

et falsi (7).

; (4) Camerarins, 7 Viià Melanchthon. , pag, dE ,192.

(5) Præter scripta logica et mathematica , libris aliquot commentarius in Vetus T'estamen-tum se ecclesiæ Dei commendavit. Spanhemius, de Orig. et Progr. Anabapt., num. 2.

(6) Hoornbeek, Summa Controvers., pag.

356, en fait mention.

(7) Kouig, in Biblioth. vet. et novä, pag. 126.

BORRI (Josern-Francois), en latin Burrhus , fameux chimiste, charlatan, ethérétiquedu XVII°.

siecle, était Milanais (a). Il acheva ses études dans le séminaire de Rome (A), où les jésuites l’admirèrent comme un prodige , à cause de sa mémoire et de sa capacité. Il s’attacha ensuite à la cour de Rome, et ne laissa pas d'approfondir plusieurs secrets de chimie. Il donna dans les debauches les plus effrénées , et se trouva oblige l’an 1654 à se ré—

(a) Voyez ci-dessous la fin de la remarque (D).

fugier dans une église. Peu après il fit le dévot, et sema clandestinement des discours de visionnaire (B). 11 communiquait à ses confidens les révélations qu’il se vantait d’avoir eues; mais voyant, après la mort d’Innocent X, que le nouveau pape Alexandre VII

renouvela les tribunaux, et fit.

prendregardede plusprès àtoutes choses , 1l n’espéra point d’avoir le temps nécessaire pour augmenter le nombre de ses disciples, autant que son dessein le demandait : ainsi il sortit de Rome , et s’en retourna à Milan. Il y fit le dévôt, et s’accrédita par ce moyen auprès de plusieurs personnes, auxquelles il faisait faire certains exercices de piété , qui avaient une grande apparence de vie spirituelle. Il engageait les membres de sa nouvelle congrégation à lui jurer le secret; et quand il les vit affermis dans la croyance de sa mission extraordinaire , il leur dicta certains vœux, par la suggestion de son ange , leur disait-1l. L'un de ces vœux était celui de la pauvreté, en exécution duquel il se faisait consigner largent que chacun avait. Lecinquième de ces vœux lesengageait àun zele tres-ardent pour la sainte propagation du regne de Dieu. Ce devait être le règne du Tres-Haut, le regne d’un seul troupeau, selon le jargon de cette nouvelle secte (à).

Borri devait être le capitaine général des troupes qui réduiraient tout le genre humain à une méme bergerie; il serait assisté

(b) Quanto si doveva f'are nello spasio di poch' anni col suo inaginario regno dell altissimo ed ilsuo solo Ovile, Vità del cavagl- Borri, pag, 347. |

BORRI

( d’une façon tres-particuliere par Michel larchange; il avait déjà reçu du ciel une épée sur la poignée de laquelle se voyait l’image des sept intelligences ; et on tuerait le pape même, s’il n’avait pas sur son front la marque requise. Je laisse là le détail des autres visions (c), pour dire quelque chose des nouveaux dogmes du cavalier Borri. Il en seignait , entre autres choses, ue la Sainte-Vierge était une véritable déesse , et proprement le Saint-Esprit incarné; car il disait qu’elle était née de sainte Anne, tout comme Jésus-Christ était né d'elle. Il appelait la fille unique de Dieu conçue par inspiration , et faisait ajouter cela à la messe, lorsque les prêtres ses sectateurs la célébraient (d).

I] disait qu’elle était présente, quant à son humanité , au sacrement de l’eucharistie, et alléguait certains passages de l'Écriture , pour le soutien de ses dogmes. Il s’avisa même de dicter à ses disciples un traité surson systeme (C). J’ai déjà dit qu'il se vantait d’avoir bonne part aux révélations célestes : c’est par cette voie qu’il avait appris que saint Paul lui communiquait la même puissance que Dieu conféra à cet apôtre pour censurer la conduite de saint Pierre. Il se vantait de communiquer aux autres le don d’illumination pour l'intelligence des mysteres , et il se servait de l'imposition des mains, en priant la Trinité de recevoir le novice dans la religion des évangéliques nationaux (e).

(€) F. oyez les remarques.

(d) Voyez la remarque (QG), à la fin.

(e) Coll imporre loro tutle due le mani

BORRI

Son dessein était, en cas qu’il

se trouvât assiste d’un assez grand nombre de sectateurs, de se produire sur la grande place de Milan, d’y représenter éloquemment les abus du gouvernement ecclésiastique , et du gouvernement séculier, d’animer le peuple à la liberté et de s'assurer ainsi de la ville et du pays de Milan , et pus de pousser ses conquêtes le mieux qu'il pourrait. Mais tous ses desseins avorterent par l’emprisonnement de quelques-uns de ses disciples.

Il se sauva bien vite, des qu'il eut su cette premiere démarche de linquisition , et n’eut garde de comparaître aux ajournemens de ce redoutable tribu— nal. Son procès lui fut fait par contumace en 1659 et 1660 : il fut condamné comme hérétique et son efligie fut brûlée à Rome, avec ses écrits, au Champ de Flore, par la main du bourreau, le 3 de janvier 1661 (D). Il s’était arrête quelque temps dans la ville de Strasbourg, et y avait trouvé du support et de l’appui , tant en qualité de persécuté de linquisition, qu’en qualité de rand chimiste : mais il lui fallut un plus grand théâtre. Il le chercha en Hollande l’an 1661, et le trouva à Amsterdam. Il fit un grand bruit : on allait à lui comme au médecin universel de toutes sortes de maladies. Il y parut en magnifique équipage : il se faisait traiter d’excelience ; on parlait de le marier aux plus grands partis, etc.

sovra il capo invocando la santissima triade affinche gradisse d’accettarli nella religione de nazionalisti Vangelici. Vita del Born, pag. 361.

La chance tourna : on vit baisser sa réputation, soit que ses mi— racles né trouvassent plus de foi, soit que sa foi ne pût faire plus de miracles (f); et une belle nuit , 1l fit banqueroute , et se sauva d'Amsterdam avec plusieurs pierreries , et plusieurs sonmes d'argent qu’il avait escamotées (g). Ilse retira à Hambourg , où était alors la reine Christine, se mit sous sa protection , et lui persuada de hasarder bien de l'argent pour le travail du grand œuvre; ce qui n’aboutit à rien. Il passa ensuite à Coppenhagen, et inspira une forte envie à sa majesté danoise de faire chercher la pierre philosophale. Il acquit par ce moyen les bonnes grâces de ce prince, jusques à devenir tres-odieux à tous les grands du royaume. Immédiatement apres la mort de ce roi, auquelil avait fait faire inutilement des dépenses infinies, il sortit de Danemarck, crainte d'y être mis en prison, et résolut de s’en aller en Turquie (A) Étant arrivé sur les frontières, au temps que l’on découvrit la conspiration de Nadasti, de Serin , et de Frangipani, on le prit à Goldingen pour un des complices : c’est pourquoi le seigneur du lieu le fit prier de venir loger chez lui, et s’assura de sa personne ; et ayant su que son prisonnier

(f ) Cominciando a mancare i miracoli alla sua fede, o la fede a suoi miracoli.

Vita del Borri, pag. 372.

(g) $e ne fuggi di notte carico di gemme e danari alla somma di piu di dodeci mile duppie. Ibid.

(k) On a oublié dans le livre dont cet urticle est extrait, de parler du voyage de Borri à lu cour de Saxe. Voyez le Journal de Leipsick de 1688, pag. 587.

s’appelait Joseph François Borri, il envoya ce nom à sa majesté impériale, afin qu’on vit si cet homme était du nombre des conjurés. Le nonce du pape avait audience de l’empereur , justement lorsque la lettre du comte de Goldingen fut apportée.

Il n'eut pas plus tôt oui le nom de Borri , qu'il demanda au nom du pape que ce prisonnier lui fût livré. L'empereur, y ayant consenti, fit venir à Vienne le chevalier Borri, lui obtint promesse du pape qu’on ne le ferait point mourir, et l’envoya à Rome, où 1l fut condamné à passer toute sa vie dans les prisons de lVinquisition, et à faire amende honorable (E). Quelques années apres , 1l obtint la liberté de sorür, pour traiter le duc d’Étrée, que tous les médecins comptaient déjà pour perdu, et 1l le guérit :

ce qui fit dire qu’un hérésiarque avait fait un grand miracle dans Rome (F). Le duc obtint qu’on’ le changerait'de prison, et qu’on l’enverrait au château Saint- Ange. Le bruit a couru depuis ce temps-là qu'on lui permettait de sortir deux fois la semaine, et de se promener par la ville avec des gardes (7) (G). On imprima à Genève, en 1687, quelques écrits qu’on lui attribue ‘(H). On verra dans les remarques ce que Sorbiere pensait de ce personnage (1). Ce sera un assez curieux supplément de cet article. J’indiquerai aussi ce que

(à Tiré d'un livre intitulé Breve Relazione della Vita del cavagliere Gioseppe Francesco Borri Milanese, imprimé à Genève ( le titre porte in Colonia, appo Pietro del Martello), en 10681, avec un autre traité qui a pour titre la Chiave del Gabinetto del cavagliere Gioseppe Francesco Borri.

BORRT.

Monconis en a pensé (K). M.

Frischman , résident de France à Strasbourg , a fait un écrit qui

mérite d’être lu touchant le sieur Borri (L). Le supplément du Voyage de M. Burnet n’est pas exact sur ce chapitre (M). La gazette flamande d’Utrecht, du 9 de septembre 1695, annonça que Borri, âgé de soixante et dixneuf ans , était mort depuis peu au château Saint-Ange *,

* Il existe un Précis de la vie de Joseph- Francois Borri par M°.I. D. B., 1786, in-12 de 32 pages. On y fait mourir Borri en septembre 1606.

(A) Il acheva ses études dans le séminaire de Rome. | L'auteur de sa Vie omet ici une circonstance qui méritait bien d'être rapportée. Je a donnerai selon les termes d’un mémoire qui m'est venu de la part de M. Baudrand le géographe. « Borri » étant dans le séminaire des jésuites » yexcita contre eux une sédition, et » s’enferma avec les autres durant » trois jours, en sorte qu'il fallut » faire venir le barigel ou grand pre- » vôt avec ses archers , pour réduire » à la raison ces écoliers avec Borri, » qui, en 1653, fut secrétaire du » marquis Mirogli , résident de l’ar- » chiduc d’Inspruck à Rome , où je le » vis alors, amsi qu’en 1654; mais » on ne parlait pas de ses hérésies , » et en l'an 1655 il s’en aila à Ins- » pruck , et puis à Milan. » Voilà des faits qui s'accordent peu avec la Vie imprimée de ce cavalier.

(B) Après avoir donné dans les débauches les plus effrénées , il fit le dévot, et sema clandestinement des discours de visionnaire. Affectant les.

apparences d’un grand zéle, il déplorait le déréglement des mœurs qui régnait à Rome, et il assura que la maladie était venue à son comble , et que le temps de la guérison approchait : temps heureux, auquel il n’y aurait sur la terre qu’un seul bercail, dont le pape serait l’unique berger.

« Quiconque refusera, disait-il, d’en- » trer dans cette unique bergerie se- » ra détruit par les armées papales.

» Dieu m'a prédestiné pour être le

, BORRI

général deces armées. Je suis as- » suré que rien ne leur manquera :

» Jachèverai bientôt mes travaux » chimiques , par l’heureuse produc- » tion de la pierre philosophale; et » par ce moyen j'aurai autant d’or » qu'il en faudra, Je suis assuré du » secours des anges , et particulière- » ment de celui de Michel l’archan- » ge. Lorsque je commencçai de mar- » cher dans la vie spirituelle , J’eus » une vision de nuit, accompagnée » d’une voix angélique, qui m'assura » que je deviendrais prophète : le si- » gne qui m'en fut donné fut une » palme qui m’apparut toute entou- » rée des lumières du paradis (r). »

Il se vanta que l’archange saint Michel avait pris poste dans son cœur, et que les anges venaient par troupes lui révéler les secrets célestes , et ce qui se passait dans le conclave d'Alexandre VII Je ne rapporte qu’une petite partie de ses chimères :

cela peut suflire pour faire juger du total.

(C) Z! s’avisa de dicter à ses diseiples un traité sur son système. ] Il le retira d’entre leurs mains, quand il commenca de connaître que l’inquisition avait oui dire quelque chose de leurs assemblées nocturnes , et cacha tous ses cahiers dans un monastère de filles. C’est de là qu'ils tombérent entre les mains de l’inquisition : on y trouva des doctrines tout-à-fait extravagantes , comme, que le Fils de Dieu, par un principe d'ambition, et pour devenir égal à son père, le poussait à créer des êtres ; que la chute de Lucifer était venue du refus qu'il avait fait d'adorer en idée Jésus- Christ et la Sainte-V’ierge ; que Les anges qui adhèrent à Lucifer, non par délibération , mais par désir seulement , sont demeurés dans les airs ; que Dieu se servit du ministère des anges rebelles, pour la création des élémens et des animaux ; que l'âme des bétes est une production, ou plutôtune émanation de la substance des mauvais anges, el que c’est pour cela qu’elle est mortelle : que La Sainte- Vierge était sortie condéifiée du sein de la nature divine , et qu’autrement elle n'aurait pu devenir l'épouse du

LA

(x) Gli apparisce una palma circondata d'ognrintorno, da lumi paradisalë Vita del cavagliere Borri , pag. 342.

Saint-Esprit, à cause de la disproportion des natures (2). J'ai dit dans le corps de cet article, qu’il la nommait la fille unique de Dieu : je m’en vais citer mon auteur. Chiamava la Vergine , sagratissima Dea, ed unispirata figlia dell altissimo , e da que’ S'acerdoti suoi sciocchi sieguaci Jaceva aggiugnere al canone della

essa la parole Unixsrinara rizta (3).

(D) Son effigie fut brülée à Rome..... Le 3 de janvier 1661.] On lux attribue la même pensée que plusieurs attribuent à Henri Étienne ; c’est d’avoir dit qu'il n'avait jamais eu plus de froid que le jour que l’on le brûla à Rome. De Dominis se servit, dit-on, de la même raillerie. Gl pervenne la nuova che la sua effigie era abbrucciata, e si lascio intendere, che non aveva mai avuio tanto freddo quanto quel giorno , all’ imitazione di Marco Antonio de Dominis, che disse lo stesso, mentre ritrovandosi egli in Inghilierra si faceva della sua effi= gie simil’ esecuzione (4).

(E) I fut condamné à passer toute sa vie dans les prisons de l'inquisition, et à faire amende honorable. | On sera bien aise de trouver iciplus au long ce que j’aitouchéen gros touchant la peine qui fut infligée au chevalier Borri. Il « fut condamné le der » nier dimanche du mois d’oétobre » 1672 de faire une abjuration de ses » erreurs en l’église de Minerve, pour » lequel effet on le mena sur un » échafaud qu’on avait fait exprès , » où l’une de ses parties, qui était un » prêtre , lut le procès tout haut, » avec sa confession et abjuration.

» La sentence fut prononcée par le » saint office, lui étant à genoux avec » un cierge à la main, pendant qu’on » lisait son abjuration ; ce qu’étant » fait, ilse leva , et remercia le sacré » collége de Ja douceur dont il avait » usé envers lui, en ne lui imposant » point une plus dure punition, qu'il » confessait avoir bien méritée. Cela » se fit en présence d’une infinité de » personnes, qui furent curieuses de » voir un homme si fameux , et une » action si solennelle et si extraordi- » naire. Îl était environné d’une

(2) Vita del cavaglierc Borri, pag. 354 et Suiv.

» (3) La même, pag. 351.

AHOERONPTS (4) Li même, pag. 360.

grande quantité d’archers et ofliciers du saint office. Î] y avait aussi quantité de prélats, qui y étaient presens, avec le sacré collége , et une innombrable multitude d'autres personnes. Ledit sieur Borri, voyant tant d’archers et autres gens de même étoffe autour de lui, tomba jusqu’à deux fois en pamoison, La cérémonie étant achevée, on le ramena en prison , d’où on le mena à Lorette , comme étant un instrument trop pernicieux en la chrétienté, avec ordre exprès de » ui faire dire tous les jours le credo, » et toutes les semaines les psaumes > pénitenciels une fois (5)... . On lui » avait aussi ordonné dans sa sen- » tence de communier tous les jours une fois, lorsqu'il serait arrivé à Lorette (6)...... Devant que de sortir des prisons de l’inquisition , » il fut visité par plusieurs hommes » et femmes , et même des princes, » des princesses, chevaliers, et au- » tres personnes de qualité. Lorsqu'il » sortit de la prison , on le fit passer » par une troupe de lanciers du pape, » qui étaient rangés en haie. Il mon- » ta sur l’échafaud avec les mains » liées, eutre lesquelles il avait un » cierge ardent, et demeura à ge- >» noux tout le temps qu’on lui pro- » noñça sa sentence, par laquelle il » fut condamné à une prison perpé- » tuelle , pour avoir été { ce sont les » propres mots de sa sentence) in- » venteur d’une nouvelle héresie , et » à porter pour pénitence toute sa » vie l’habit de l’inquisition, avec une croix rouge sur la poitrine , et une au dos. Il fat fort étonné d’entendre parler d’une prison perpétuelle : mais les inquisiteurs le consolèrent par cette raison, que si on n'eût trouvé cet expédient favorable pour lui, on lui aurait assurément ôté la vie, et qu’on lui faisait cette grâce, parce qu'il avait fait abjuration de ses erreurs il y » avait treize ans (7); ce qu'il rati- » fia entre les mains des inquisiteurs

(5) Mercure hollandais de l’année 1692 , pag. 463, 464-

(6) La même, pag. 465 , 466.

(7) L'auteur de sa Vie ne fait nulle mention de cela : il dit que Borri fut condamné par contumace , et qu'il s'enfuit de Milan, dès qu'il se vit découvert.

| | BORRI

» Casanatta et Pozzohonelli : sur quoi » Je pape entendant ja confirmation » de cette abjuration, fut si aise, » qu'il donna indulgence plénière de » tous péchés à tous ceux qui étaient » là présens , car cette cérémonie » dura plus de cinq heures durant » (8). » : ji

M. Baudrand m'a fait savoir : 1°.

qu'il west pas vrai que notre Borri ait été envoyé à Lorette après son abjuration ; 2°. que linquisition ne pouvait pas le faire mourir, puisqu’il n’était point relaps , et qu’il faisait abjuration de ses erreurs à la Minerve devant les cardinaux de la congrégation du saint oflice. Je souhaite que tous ceux qui voudront copier le Mercure hollandais sachent les deux fautes qu’on m'a indiquées. , :

(EF) 11 guérit le due d’Eîtrée ; ce qui fit dire qu'un hérésiarque avait fait un grand miracle dans Rome. | Les médecins avaient abandonné le malade : on le comptait donc pour mort ; on regarda donc sa guérison comme une résurrection. Sendo cosa strana che un eresiarca abbia fato un miracolo di resuscitar un morto , come veniva creduto da’ medici (9).

(G) On a dit qu’on lui permettait de sortir deux fois La semaine... avec des gardes.] Je sais de bonne part que la reine de Suëde l'envoyait quelquefois quérir en carrosse; mais que depuis la mort de cette princesse , il ne sortait plus, et qu'il a failu même une permission expresse du pape pour lui parler *, On m'a assuré qu’il n’a point prétendu être en prisan au château Saint-Ange ; mais être logé là comme dans un grand palais, afin de vaquer à l'étude , et à des opérations chimiques , et qu’il a négligé les occasions de s'évader qui se sont quelquefois offertes.

Notez que M. Masclari , ayant lu ce queje viens de dire, mefit savoir qu'au temps qu’il était à Rome (ro), il vit plu-

(8) Mercure hollandais de 1672, pag. 465, 66 F

(a) Vita del Borri, pag. 379-

* Sur le témoignage de Misson, auteur du Voyage d'Italie, LI , 31, l'auteur des Observations misérées dans la Bibliothèque française, XXIX , 192, dit que ce n’était pas uniquement à la reine Christine que le pape accordait des visites de Borri, et qu’on permettait quelquefois à Borri de venir dans la ville quand il y a des malades de quwlité qui désirent en étre visités.

(10) C’est-u-dire ; en 1079 et 1680.

BORRI

sieurs fois le cavalier Borri, et qu’il sait très-bien que ce prisonnier ne pouvait descendre que jusqu'ü une certaine porte qui est au milieu du degré du donjon du château Saint- Ange, jusqu’où il venait accompagner ceux qui le venaient voir ; qu’il avait un assez joli appartement, qui consistait en trois chambres et un laboratoire ; qu'il fallait avoir un billet du cardinal Ci

bo , si l’on voulait étre admis ; et qu’il regardait ce château comme une véritable prison pour lui, dont il ne dés- ‘espérait point que M. le duc d’Etrée ne le délivrdt. On peut accorder la différence de ces relations par le Distingue tempora; et ceux qui savent le caractère de notre Borri voient sans peine, qu'après avoir obtenu la permission de sortir de temps en temps, il a été capable peut-être de dire , en grand hâbleur , qu’il n’était plus prisonnier.

(H) On iruprima à Genève, en 1687, quelques écrits qu’on lui attribue. | Ils peuvent être réduits à deux, à des Lettres sur des matières de chimie, et à des Réflexions politiques. Le premier de ces deux ouvrages est intitulé : La Chiave del guabinetio del cavagliere Gioseppe Francesco Borri Milanese. I contient dix lettres, dont les deux premières, datées de Coppenhagen l’an 1666, ne sont autre chose en substance que le Comte de Gabalis, que M. l'abbé de Villars publia l'an 1650. Je donne à examiner aux curieux lequel de ces deux ouvrages doit passer pour l'original. Les autres lettres roulent sur des questions de chimie, excepté la dernière ; car on soutient dans celle-ci l’opinion de M. Descartes sur l’âme des bêtes.

L'autre traité a pour titre fstruzioni politiche del cavagliere Gioseppe Francesco Borri Milanese, date al re di Danimarca, Ce sont quelques aphorismes de politique , accompagnés d’un assez long commentaire. La Vie du cavalier Borri apprend qu’il publia , lorsqu'il demeurait à Strasbourg , une lettre qui courut par tout le monde (11). La Bibliothéque des médecins fait mention de deux de ses lettres , imprimées à Coppenhagen

(1) Stampà la lettera di restituire l’occhio ad un cavallo, che corre per tutio il mondo. Vita del cav. Borri, pag. 370. Il savait fort bien guérir les maux d'yeux. Voyez la remarque (K).

l'an 1669, et adressées à Bartholin lune de Ortu Cerebri et Usu Medico, l'autre de Artificio oculorum humores restituendi (12). Konig lui attribueun autre écrit intitulé Votitia gentis Burrhorum.

(1) Voici ce que Sorbière pensait de ce personnage.] « Il me reste seule- » ment à vous dire deux ou trois mots » de ce fameux chevalier Borri, que » j'ai vu à Amsterdam, en cette der- » mière course que jy ai faite. Vous » voulez savoir comment il est arrivé » qu'il a fait de si loin tant de bruit » à Paris, que des gens de qualité se » sont fait porter en brancard en Hol- » lande, pour être guéris par ce char- » latan ; et que d’autres gens d’esprit » y sont allés tout exprés pour visiter » un si grand homme. Que dirai-je à » cela, monsieur, si ce n’est qu’il est » vrai aujourd'hui, de même qu’il a » été vrai autrefois, que notre pau- » vre humanité pourrait être définie » par linclination au mensonge, et » par la crédulité : Homo est animal » credulum et mendax ; l’homme est » un animal crédule et menteur, &:- » AoAnpoy Cwoy. Ceux qui ajoutent foi » si aisément aux histoires que l’on » raconte de ces faiseurs de miracles, » tel que Borri a ‘été tenu avant que » le monde en fût détrompé , n’ont pas » manqué sans doute d'écouter atten- » tivement en leur enfance les contes » de Peau d’Ane; et cela marque un » bon naturel, avec un esprit fort » disciplinable. Jaurais bien à philo- » sopher là-dessus (13)... Il arrive, » après que l’on... s’est moqué des » médecins ordinaires, que l’on donne » tout à coup une entiére croyance » aux promesses d’un charlatan, et » qu’on se laisse piper à sa nouvelle » méthode, quoiqu'il ne débite que » les mêmes denrées. Celui dont je » vous veux faire la peinture est » un grand garcon noireau, d’assez » bonne facon, qui va bien vétu, » et qui fait quelque dépense. Elle » n’est pourtant pas telle qu’on se » J'imagine, et qu'on lexagère ; car » huit ou dix mille livres peuvent

(12) Mercklinus , in Lindenio renovato , pag. 289, au mot Francisceus Josephus Burrhus. Le Journal des Savans du 2 septembre 1669 parle amplement de ces deux iettres.

(13) Sorbière, Relation d'un Voyage en Angleterre, pag. 195.

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aller bien loin à Amsterdam. Mais une maison de quinze mille écus athetée en un bel endroit, cinq ou six estafiers, un habit à la française, quelque collation aux dames, le refus de quelque argent, cinq ou six richedales distribuées en temps et lieu à des pauvres gens, quelque insolence de discours, et tels autres artifices, ont fait dire à des personnes crédules, ou qui eussent a voulu que cela fût, qu'il donnait des poignées de diamans, qu’il faisait le grand œuvre, et qu'il avait la médecine universelle (14). Le fin de tout cela est que le sieur Borri est un fin matois, fils d’un habile médecin de Milan (15), qui lui a laissé quelque bien ; maisil y a ajouté celui qui lui vient par l’industrie que je vais vous représenter. Comme ilne manque pas d'esprit, avec un peu d'étude il a su gagner celui de quelques princes, qui ont fourni à l’appointement sur l'espérance qu’il leur a donnée de leur communiquer la pierre philosophale, qu'il était sur le point de trouver. Il a sans doute quelque habileté, ou quelque routine aux préparations chimiques, quelque adresse pour la métallique, quelque imitation des perles et des pierreries, et peut-être quelques remèdes purgatifs ou stomachiques, qui d'ordinaire sont fort généraux ; comme c’est de cette région que viennent la plupart des maladies.

Par ce leurre, il s’est insinué auprès de ceux dont il a eu besoin, et il y a eu des marchands, aussi-bien que des princes, qui ont donné dans le pannéau. Témoin une promesse de deux cent mille livres qu'il avait faite à un certain Demers, qui avait fourni à ses dépenses, et pour laquelle des héritiers de ce marchand sont en procès avec le spagirique ; car le galant homme l’a conçue d’une manière si bizarre, qu’on n’y comprend rien. Ce fourbe, pour se mettre en crédit, et faire parler de soi, prétendit d’abord à se rendre hérésiarque. Îl avait ouï dire que les médecins étaient soupçonnés de ne pas croire assez; c'est pourquoi il fit semblantde croire plus qu’il ne faut:

{14) Sorbière, Relation d'un Voyage en An-

gleterre, pag. 158.

(15) Voyez la fin de cette remarque, num. I.

BORRI

[el

et comme si sa dévotion se fût piquée d’honorer la Sainte-Vierge au delà de ce que l'église l’ordonne , il s’avanca de dire qu’elle était une quatrième personne de la divinité.

Il en fut recherché par l’inquisition, et condamné au feu par contumace.

Il passa à Inspruck (16), où le feu archiduc devint la première de ses dupes. Et, par son moyen, continuant sa route en Hollande, il se fixa à Amsterdam, comme en un pays propre à faire sonner haut la persécution qu’on luifaisait à Rome :

et où il trouverait des bourses ouvertes pour de grandes avances à recouvrer sur le lucre qu'il ferait espérer. Il s’est mis là à faire l’homme d'importance. Îl a acquis du crédit au commencement parmi cette bourgeoisie ; et il s’y est maintenu quelque temps, par l'appui d’un vieux bourgmestre, qu'il a refocillé avec ses eaux cordiales, jusques à ce que chacun a reconnu sa friponnerie, et s’est moqué de ses artifices. Ils ne vont tout au plus qu’à trouver le moyen de mettre en pratique impunément quelque bil- Ionnage, ou à quelque altération de métaux , qui n'est pas encore bien découverte; car pour ses cures des malades, on ne s’en prévaut non plus là où 1l est, qu’en cette ville on se prévaut des remèdes d’un célébre faiseur d'affiches , qui a presqu’autant de réputation au pays de Liége et en Hollande , que Borri en a à Paris (17) … Quelques-uns ont voulu dire, que Borri s'était trouvé à la peste de Naples, et qu'ayant un excellent préservatif, il était entré dans les maisons pestiférées , abandonnées Pi linfentiôn etla mortalité ; et que là, il n’avait pas mal fait ses affaires. Je ne sais ce qui en est. »

y a deux choses à remarquer sur ce

récit de Sorbière. 1°. L’un est, que l’auteur de la Vie de Borri ne marque point qu'il fût fils d’un médecin, et insinue le contraire. /Vacque in Milano, dit-il, figlio del signor Branda Borri, di famiglia antica della citta di Milano. 1] ajoute que le cavalier Borri se vante d’être descendu de Burrhus, gouverneur de Néron. 2°, P’autre est que le même auteur raconte que

(16) La même , num. IT.

17) Là meme, pag. 163.

Borri, en se retirant d'Italie, passa en Suisse, et de là à Strasbourg, à Amsterdam, à Hambourg, etc., évitant les pays des catholiques. Il Borri ; dit-il (18), uscito d'Italia, e passati li monti con quella fretta che ricercava il suo scampo se ne passo nel Elvezia, ed indi ad Argentina, fuggendo à piu potereilpassare per paesi catolicr. ne laisse pas d’être vrai que Borri a distillé avec l’archiduc. Voyez Monconis, He, partie, pages 149, 404.

(K)..... Et ce que Monconis en a rapporté. | H le vit à la Haye, l’an 1663, et lui entendit dire diverses choses sur des secrets de chimie. On en voit le précis dans la Relaiïion de ses Voyages (19). Borri était déjà mal dans ses affaires : il craignait ses enuemis , et se défiait de ses plus affidés , et parlait de se retirer en Turquie (20). Il lui était indifférent , disait-il, qu’on le crût docte ou ignorant ; et par la même indifférence, il ne se mettait point en peine de justifier la vérité de sa croyance (21) : il ajoutait qu'on ne pouvait étre bon phulosophe , sans étre bon chrétien.

Comme je lui dis, c’est Monconis qui parle , qu’on l’accusait d’avoir dit que le Saint-Esprit s'était incarné dans la Vierge, et que son écuyer eûl répondu, Pourquoi est-ce que l’on laccusait d’une chose dont on n'avait jamais eu de preuve , ne pouvant pas montrer aucun de ses écrits où il y eût de ces choses ? il répondit Si bene dans un que le pape avait eu , qui était le seul qui par hasard était resté lorsqu'il avait brülé tous les autres; que touchant aux choses surnaturelles , il ne lui devait jamais arriver de malheur dont il ne fut averti par une étoile, qui paraissail devant lui quand même il fermait les yeux. Voyez dans la page 155 de la même Relation les contes qu’on fit à Monconis sur les fourberies du sieur Borri, et dans la 178 une cure admirable d'œil. Le peintre Otho apprit à Monconis, que Borri l'avait par- J'aitement guéri d'un cancer qu’il avait dans l'œil, qui lui était la vue et l’empéchai de travailler | que tous les médecins tenaient incurable (22), (x8) Vita del Borri, pag. 368.

(19) Monconis, Voyages, II. partie, pag.

335, 139, 145,146, 145, elc. , édition de Lyon. (20) La même, pas. 144, 145.

(21) La méme, pag. 147.

(22) La méme, pag. 178.

BORRE.

(L) M. Frischman a fait un écrit qui mérite d'étre lu touchant Borri. ] En voici le titre, Monumentunt in laudem gentis Burrhorum, Calend.

Jan. MDCLX. Francisco Josepho Burrho medico ltalo structum. Les quatre lettres F. R. C. R., qui désignent le nom de l’auteur, signifient Frischmannus Regis Christianissimi Residens. Celui qui m’apprend cela , indique de cette sorte la matière de cet écrit : {n quo , dit-il (25), potens artifex plantas in cineres , earumdem cineres ad eandem pristinam speciem, ignis beneficio rité suppositi balneo Mariæ deducens, Romæ ut fama, sed incerta est, similem suam maryyéveciay , quæ est combustorum & cineribus resurreclio , expectans , laudatus est. On nous renvoie à Tuldenus, qui rapporte les procédures de l'inquisition contre Borri, c’est-à-dire, les procédures de l’an 1659 et 1660.

(M) Le Supplément du Voyage de urnet nest pas exact sur som chapitre. ] On a nommé Supplément de ce Voyage , trois lettres touchant l’état présent d'Italie, qui furent traduites de l’anglais, et publiées à Amsterdam, en l’année 1688. On y conte que Burrhi (car c’est ainsi que le traducteur le nomme ), est un gentilhomme du Milanais, qui avait de patrimoine environ 8000 écus de rente (24). 1 voyagea en sa Jeunesse, et étant de retour à Milan , il y tint des conférences sur la nouvelle philosophie et sur la chimie. Il fut mis à l’inquisition; mais, comme on ne put rien prouver contre lui , on le relâcha (25).

Il s’en alla en Allemagne et en Hollande. L’inquisition fit des plaintes de lui à l’empereur, 11 fut arrêté à Vienne, et puis après renvoyé en dtalie. On l’accusa d'opinions étranges, qui furent toutes prouvées contre lui, quoiqu’il proteste qu’il n'y a jamais pensé (26), et il fut obligé d'en faire abjura-

(23) Deckherrus , de Script. Adespot., pag.

(24) Pag. 140 et suivantes.

(25) S'il eût été pris et jugé présent par l'inquisilion , l'auteur italien de sa Vie ne dirait pas qu'il se sauva, et qu'on lé cita; et que, comme il ne comparut point, on le condamna par contumace. é

(26) Cependant, il ne nia point à Monconis , qu'il n'eüt enseigné l’Incarnation du Saint-Espri dans la Sainte- Vierge. Voyez la remarque (K), vers la fin.

tion en l'an 1668 (27). Il fut condamné à une prison perpétuelle. De ces 8000 écus par an, on ne lui en jaisse que 3v00 (28); car les bons pères ont eu la charité d’en retenir ooc pour eux:

et ces 3000 sont tellement rognés par ceux par les mains de qui cet argent passe , qu’il n’en touche pas 1500 tous les ans. L'auteur des trois lettres s1magine , que tout le fondement des hérésies de Borri est d’avoir parlé des choses de la religion dans le jargon mystérieux et inintelligible de certains chimistes. Je connais des gens qui croient que Borri a prétendu expliquer la Trinité, l’Incarnation , etc., par les principes de la chimie. M. Baudrand assure que Borri n'avait que trés-peu de bien de son patrimoine , en sorte qu'iln’en pouvait pas subsister.

(27) Ce fut en 1672. Vo

marque (E).

(28) Il n'y a nulle apr ace que Borri eût

ci-dessus la re-

alors tant de patrimoine. ni que l’inquisition-

lui ait laissé neuf mille livres de rente.

BORRICHIUS (OLaus), l’un des plus doctes personnages de son siecle, était fils d’un ministre luthérien au diocese de Ripe dans le Danemarck, et naquit le 7 d'avril 1626. Il fut envoyé à l'académie de Coppenhagen l’an 1644, et s’y appliqua à plusieurs sortes d'étude pendant six ans; mais de telle sorte , qu’il donna ses principaux soins à la médecine. Il régenta une classe dans le collége de Coppenhagen , et s’acquitta très-bien de cette fonction ; car il était infatigable dans le travail , et ses mœurs étaient bien réglées. Cela lui acquit l’estime de Caspar Brochman , évêque de Selande, et celle du chancelier du royaume , etil obtint par leur recommandation un canonicat à Lunden. Il refusa le rectorat de l’école illustre d’'Herlow, qui lui fut offert par M. de Rosecrantz, apres qu’il eut régenté quatre années cette classe de

BORRICHIUS. |

Coppenhagen : il le refusa, disje , parce qu'il le crüt contraire au dessein qu'il avait forme de voyager, et de se perfectionner dans la médecine. Il commença de la pratiquer pendant une hor-° rible peste qui fit mourir beaucoup de gens dans la capitale dr.

royaume. La contägion étant cessée , 1l donna encore un an aux soins de sa classe; apres quoi, il prépara toutes choses pour les voyages qu’il avait dessein de faire. Mais il fallut qu'il les renvoyät à un autre temps ; car M. Gerstorff, premier ministre d'état, le voulut avoir dans sa maison comme précepteur de ses enfans. 11 exerça cet emploi pendant cinq années , et ensuite 1l satisfit son inclination à voyager : mais, avant que de parur, il eut l’avantage d’être désigné professeur en philologie , en poésie, en chimie, et en botanique , dans l’académie de Coppenhagen. Il partit au mois de novembre 1660; et après avoir vu à Hambourg quelques médecins célebres, il vint en Hollande, et s’y arrèta assez long-temps.

Il y fut joint par les fils de M. Gerstorff (a) , et les prit sous sa conduite. Il leur fit voir le Pays-Bas espagnol , et l’Angleterre, et 1l les mena à Paris, où il s'arrêta deux ans : leurs tuteurs les rappelerent , et cela fut cause qu'il continua ses voyages avec plus de liberté. 11 fut promu au doctorat en médecine à Angers:

il vit les principales vilies du royaume ; et ensuite il passa les monts , et arriva à Rome au mois d'octobre 1665. Il y de-

(a) Il était mort depuis Le départ de Borrichius. É

BORRICHIUS.

meura jusques à la fin de mars 1666; après quoi il fallut songer au retour : la charge qui lui avait été conférée dans l’acade- ‘mie de Coppenhagen demandait la résidence. Il traversa l’Allemagne et arriva en Danemarck au mois d'octobre 1666. Le profit de ce long voyage ne pouvait pas être médiocre, puisque Borrichius s'était fait connaître dans chaque ville aux plus savans hommes qui y fussent (A). Il fit voir dans l’exercice desa charge, qu’il était tres-digne de la remplir :

laborieux au souverain point, et rempli d’une grande variété de connaissances , les livres qu'il publia le témoignerent authen-— tiquement {B). Il ne voulut jamais s’engager au mariage: car il craignit que cela ne diminuât

la liberté de philosopher (b). Il

fut élevé à la charge de conseiller au conseil suprême de justice l’an 1686, et à celle de conseiller de. la chancellerie royale l’an 1639. Il commença de senür les attaques de la pierre cette même année (c) : le mal crüt de jour en jour; et énfin, n'y voyant plus d’autre remède que de se faire tailler , il se résolut à subir les risques de cette rigoureuse opération le 13 de septem-— bre 1690. Elle ne réussit point :

la pierre se trouva si grosse et si dure, qu'al ne fut possible, ni de l’arrachér , ni de la couper. Il soutint cet accident et toutes ses

() À conjugio tot4 vilé abstinuit, ut ed philosopharetur expeditius. Borrichius ir Vità suà, Voyez La citation suivante.

(c) Tiré de sa Vie, ecrite par lui-même, et mise au-devant de ses poésies latines, au T1. lom. des Weliciarum quorundam Poëtarum danorum, recueillies par Fridérie Rostgaard , et imprimées à Leyde , l'an

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