TOME I
l’exemple des bétes, proposezmot celui des pigeons et des moineaux (c)(C). Elle vieillit à Gratz, dans la Bohème, sans renoncer à ses débauches(d) ,et y mourutenviron l’an 1451. Les Bohémiens ne laisserent pas de lui faire de magnifiques funérailles à Prague, et de lamettre dans le tombeau de leurs rois, comme l’assure Bonfi-
nius, au VII. livre dela ITI°. décade. Pratéolus ne l’oublie point dans son Catalogue alphabétique des Hérétiques , et en cela il se rend tres-ridicule, car elle n’avait point forgé de nouveaux dogmes, et ne s'était point érigée en chef de secte ; elle donna dans des im-## piétés communes à tous les temps.
En tout pays, les profanes et les impies se sont toujours moqués des personnes qui s’exposent par principe de religion aux brûlures de la chair, au lieu de suivre le penchant de la nature (e).
(c) Æneas Sylvius, ir Addit. ad Ant. Panorm., zum. b, pag. 56.
(d) Gretii in Bohemid in vit turpi et fœdis libidinibus infami consenuit. Mathias, Theatr. histor. , pag. 998.
(e) Barbara. ., stulias appellabat virgines, quæ pro Christi nomine passe fuissent, proptereà quod voluptatis gaudia non gustässent. Prateolus, pag. 85.
(A) Ce qu'il y eut d’extraordinaire en elle fut l'athéisme..….… , Qui n'a presque point d’exemple parmi les Jemmes.] Je n’ignore pas ce qu'on vient de publier dans une satire du sexe, le chef d'œuvre, ce me semble, de M. Despréaux. On veut dans cette nouvelle pièce que limpiété même soit un des déréglemens des femmes.
Dans le sexe j'ai peint la piété caustique.
Et que serait-ce donc si, censeur plus trugique,
J'allais t'y faire voir l'athéisme établi,
Et non moins que l'honneur le ciel mis en oubli ?
Si j'allais 'y montrer plus d'une Capanee,
Pour souveraine loi mettant la destinée,
Du tonnerre dans l'air bravant les vains earreaux ,
Et nous parlant de Dieu du ton de des Barreaux ? [ Satire X , vs. 653. ]
Mais tout cela ne peut être vrai, encore qu'il n’y ait pas plus de quatre ou cinq femmes en France qui aient donné dans ces maximes impies.
Je ne voudrais pas nier que ce prodige ne soit devenu un peu moins extraordinaire , depuis que le sexe ne se pique pas d’ignorance autant qu’il faisait. Il faut un certain degré de fausse métaphysique, pour tomber dans le malheureux abîme de l’irréligion. Quoi qu’il en soit, je suis trèspersuadé avec l’auteur des Pensées sur les Cemètes , que ce n’est point par cet endroit-là que les femmes méritent censure. Ce n’est point leur vice que l’athéisme ; elles se font une vertu de n'entrer point dans les grands raisonnemens : ainsi elles en demeurent à leur catéchisme, bien plus portées à la superstition qu'a l’impiété ; grandes coureuses d’indulsgences et de sermons, el si fort occupées de mille passions qui leur sont tombées comme en partage, qu’elles n’ont ni le temps ni la capacilé nécessaires pour révoquer en doute les articles de leur foi(x). À coup sûr, elles trouveront plutôt le secret d'accorder ensemble les passions et la religion, fallût-il donner jusque dans Île molinosisme , que l’expédient de ne rien croire.
(B) lle ne croyait ni paradis nien- Jfer.] Voici le portrait que Bonfinius nous a laissé de cette femme. Barbaram imperatricem edtempeslate Græci diem obiisse ferunt, indomitæ libidinis mulierem , quæ inter adulteros publicé vitam duxit , prostitutoque pudore viros sæpius pelit quam peteretur.
Quüum ab omni religione destituta foret, superos ac inferos esse negabat :
religiosas ancillas, jejuniis aut orationi rebusque divinis intentas gravius increpabat, nullis asseverans molesdis ac inedid corpus esse macerandum : immo lautè pascendum , in delitiis et voluptatibus alendum, et post mortem, cum nihil supersit , nullam deorum animorumque curam esse Su beundam (2).
(C) Si vous avez, disait-elle , a me proposer l'exemple des bétes, proposez-moi celui des pigeons et des moineaux.| C’est un des plus beaux lieux
(x) Pensées diverses sur les Comèt., num. 142,
(2) Bonfinius, Rerum ungaricar. decade IIT, Ub, VII , pag. 344, 345.
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communs de la morale, que de faire voir à l’homme ses désordres, en comparant sa conduite déréglée avec la régularité des bêtes. Les hommes se déchirent lesunslesautres ; l’homme est un loup à l’homme (3); mais les bêtes de même espèce ne se battent point entre elles, C’est-par là qu’Horace a tâché de couvrir de honte les Romains qui s’engageaient aux guerres civiles. Les loupset les lions, dit-il, ne font point cela. I] suppose que son objection est si puissante, que ceux à qui elle est proposéese trouvent réduits à un silence honteux.
Neque hic lupis mos, nec fuit leonibus nquam , msi in dispar , feris.
Furorne cæcus , an rapit vis acrior?
An culpa ? responsum date.
T'acent, et ora pallor albus inficit, Mentesque perculsæ stupent (4).
Juvénal a employé la même morale dans sa XV°. Satire , vs. 150.
Sed jam serpentum major concordia : parcit Cognatis maculis pis à era : quand leoni Fortior eripuit vitam Leo ? quo nemore unquäm Exspiravit aper majoris dentibus apri? * Indica tigris agit rabida cum tigride pacem Perpetuam , sævis inter se convenit ursis : Ast homini, etc.
a CCE QT Re
M. Despréaux a parfaitement bien traduit le latin de ces deux poëtés , et y a joint de nouveaux exemples (5).
Voit-on les loups brigands , comme nous inhumains,
Pour détrousser les loups, courir les grands chemins ?
#1 25) celine a lede
baine Ne fait point appeler un aigle à la huilaine: Jamais contre un renard chicanant un poulet Un renard de son sac n’alla charger Rolet.
Jamais la biche en rut n'a, pour fait d'im- Puissance, # Traîné du fond des bois un cerf à l'audience , Et jamais juge entre eux ordonnant le congrès, De ce burlesque mot n'a sali ses arrêts.
Quelque beau ane puisse être ce lieu cômrun ; et quelque capable de frapper, il a néanmoins son faible; car premiérement, on peut l’éluder par un trait de plaisanterie, et, en second lieu, on peut le combattre sérieusement par la maxime
Nil agit exemplum, litem quod lite resotvit (6);
(3) Homo homini lupus. Erasm. Adagior., chil. I, centur. I , num. 70, pag. 48.
(4) Horat. Epod. VII.
(5) Voyez'sa NII. Satire I, vs. 125.
(6) Harat., Satira III, vs. 103, lib. FE.
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c’est-à-dire , qu’on peut le rétorquer, et qu’en tournant la médaille on gagnera le vent sur le moraliste. Je ne prétends point approuver ceux qui opposent des railleries aux raisons , mais je dis que c’est un trés-grand désavantage aux raisonnemens, que de pouvoir être tournés en ridicule par des gens qui aiment à plaisanter. Prouvons cela par un exemple. Si quelqu’un avait entrepris d’obliger M. de Bautru à croire qu'il vaut mieux choisir une vieille maîtresse qu’une jeune, ‘et qu'il lui eût cité l’endroit de Pline où 1l est dit que Les beliers cherchent plutôt les vieilles brebis que les jeunes, ce quelqu'un n’aurait:il pas été démonté et confondu par cette réponse donnée d’un air moqueur (7) :
C’est que les beliers sont des beliers (8) ? Une dame romaine se. servit d’ane pensée semblable auprès d’un homme qui ne pouvait comprendre par quelle raison les femelles parmi les bêtes ne désirent le mâle que lorsqu’elles veulent devenir mères. C’est, lui répondit la dame, parce que ce sont des bétes.Simile dictum Populiæ Marci filiæ , quæ miranti cuidam quid esset quapropter aliæ bestiæ nunquam marem desiderarent nisi cùm prægnantes vellent fieri, respondit :
bestiæ enim sunt (9). N’était-ce pas rompre bras et jambes à l’'admirateur?
Voilà pour le premier inconvénient.
L'autre n’est pas moindre; car enfin un homme qu: vous voudrez envoyer à l’école des animaux pour y apprendre son devoir, vous dira qu’il ne demande pas mieux. J’y apprendrai, vous dira-t-il, à soumettre le droit à la force : un dogue plus fort qu’un autre ne fera point scrupule de lui ôter sa portion. Qu'y a-t-il de plus ordinaire que de voir des chiens qui s’entrebattent ? Les poulets ne s’entrebattent-ils point à la vue de leur commune mère ? Les cogs ne s’acharnent-ils pas si furieusement l'un contre l'autre, qu’il n'y a quelquefois que la mort de l’un qui fasse cesser le combat ? Les pigeons , le symbole de la débonnai-
(7) Voyez Meénagiana, pag. 323 de la première édition de Hollande.
(8) Fervecum in patrid , crassoque sub aëre nasci.
Juvenal. Satir, X, »s. bo.
(9) Macrob, Saturnal., Lib. IT, chap. VF, in
fine,
reté, n'en viennent-ils pas fort souvent aux coups ? Quoi de plus furieux que le combat des taureaux ? [N'est-ce pas la force qui décide de leurs droits: en matière d'amour ?
«+. « .« . Ignotis perierunt mortibus illi Quos Venerem incertam rapientes MORE FERA | RUM Viribus editior cædebat ut in grege Tau- RUS (10).
Ill alternantes multâ vi prælia miscent Vulneribus crebris : lavit ater corpora sanguis, Versaque in obnixos urgentur cornua vasto Cum gemiju : reboant silvaque et magnus Olympus : :
Nec mos bellantes una stabulare , sed alter Victus abit, longèque ignotis exulat oris Multa gemens , ignominiam plagasque superbi Victoris, tam quos amisit inultus amores, Et stabula aspectans regnis excessit avitis (xx).
N'apprendrai-je pas à l’école où vous m'envoyez la barbarie la plus dénaturée ? N'y at-il pas des bétes qui dé-à vorent leurs petits ? IV'y apprendrai-” je pas l'inceste?
. - + . Sed enim damnare negatur
Hanc Vencrem pietas, coëunique animale nullo
Cætera dilectu , nec babetur turpe juvencæ
Ferre patrem tergo : fit equo sua filia conjux,
Quasque creavit init pecudes caper, ipsaque cujus
Semine concepta est ex illo concipit ales.
Felices quibus ista licent : humana malignas
Cura dedit leges , et quod natura remittit
Invida jura negant (12)... . ., .. Se
N'y apprendrai-je pas à m'accommoder de tout ce qui sera à ma portée ; pour faire mes provisions comme la fourmi ?
M els EE RIM CNSIQUE
Parvula, nam exemplo est magni formica laboris ;
Ore trahit quodcunqne potest atque addit acervo
Quem struit, haud ignara ac non incauta futuri (x3).
IVe m'y délivrerai-je de la dure servitude qui fait gémir tant de gens, et qui leur arrache ces complaintes s:
douloureuses ?
Que votre bonheur est extrême,
Cruels lions , sauvages ours,
Vous qui n'avez dans vos amours
D'autre règle que l'amour même !
Que j'envie un semblable sort!
Et que nous sommes malheureuses ,
Nous , de qui les lois rigoureuses
Punissent l'amour par la mort (14)!
(1x0) Horat., Satir. III, Lib. T, vs. 108.
(1) Virgil., Georgic. , lib. TIT, vs 290.
(12) Myrrha apud Ovidium, Metam , 4b.X, vs, 323.
(13) Horat., Satirâ I, Lib. I, vs, 32.
(x4) Ces vers sont du Pastor Fido, selon ls version de la comtesse de la Suze,
On ne saurait donc disconvenir que l'exemple qu’on peut trouver de toutes sortes de déréglemens dans l’école des bêtes brutes, n’affaiblisse un peu les moralités dont j'ai parlé au commencement de cette remarque ; car
uisque selon la théologie toutes les bêtes sont exemptes de péché , on ne peut pas dire qu'en punition de quelque faute les unes sont tombées dans le désordre , et qu’en récompense de quelque bonne œuvre les autres sont demeurées dans l’ordre. Ainsi tout ce qu’elles font est également réglé, et quand on vous demandera , comme fit la veuve de Sigismond , pourquoi voulez-vous que j'imite La tourterelle, plutôt que la colombe ou que le moineau ? vous n'aurez rien de bon à répondre , à moins que de consulter les fondemens de morale que vous seriez obligé de consulter , si vous ne vous serviez point de l’exemple de la tourterelle, Que répondrait M. Despréaux à un sophiste, qui lui soutiendrait que sa biche en rut est une très-fausse comparaison ? car afin qu’elle fût bonne , il faudrait que cette espèce de béte se pût trouver dans le cas où sont les femmes qui ont mis en justice un homme pour cause d’impuissance.
Or une biche se peut-elle trouver dans le cas ? Engage-t-elle sa foi à un seul cerf? Si l’un lui manque , n’en trouvetelle pas d’autres ? L’invective et la piquante censure de M. Despréaux serait bien fondée dans un pays où les lois du mariage seraient inconnues ; mais on est bien assuré qu’en un tel pays les hommes ne seraient pas plus exposés que les cerfs à un procés d’impuissance, et que personne ne se verrait condamné au congrès par arrêt du parlement.
Ce que je viens de dire ne n’empéche pas de croire que les moralités dont il s’agit sont très-propres à toucher la plupart des gens. Je ne blâme donc pas François de Sales , qui a proposé l'éléphant pour un exemple d’honnêteté, et je condamne la réponse de l’impératrice Barbe. Il y aurait mille choses à débiter sur ce sujet.
Les actions des bêtes sont peut-être un des plus profonds abîmes sur quoi notre raison se puisse exercer , et je suis surpris que si peu de gens s’en apercoivent, Mais rapportons les paroles de François de Sales. L’éléphant,