‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 13 sur 109 · BARBERIN · texte numérisé non relu

BARBERIN

dit-il (15), n'est qu'une grosse béte , mais la plus digne qui vive sur La terre, et qui a le plus de sens. Je vous

veux dire un mot de son honnéteté :

il ne change jamais de femelle, il aime tendrement celle qu’il a choisie , avec laquelle néanmoins il n'habite que de trois en trois ans , et cela pour cinq jours seulement, et sisecrètement, que jamais il n’est vu en cet acte ; mais il est bien vu pourtant le sixième jour, auquel avant toutes choses il va droit a quelque rivière, en laquelle il se lave entièrement tout le corps, sans vouloir aucunement retourner au troupeau, qu'il ne se soit auparavant purifié. IVe sont-ce pas de belles et honnêtes humeurs d’un tel animal, par lesquelles il invite les mariés à ne point demeurer engagés d'affection aux sensualités et voluptés , que selon leur vocation ils auront exercées , mais icelles passées de s’en laver Le cœur et l'affection, et de s’en purifier au plus tôt, pour par après avec toute liberté d'esprit pratiquer les autres actions plus pures et plus relevées, etc. Ce qu’il dit de l’éléphant est pris d’Aristote (16), de Pline (17), et d'Elien (18). Claude Despense, dans son traité de l'Etat de F'iduité , où 1l parle de la Monogamie , avait déjà remarqué cela de l'éléphant , et l'avait donné , avec la tourterelle , pour des exemples insigues de pudeur et de chasteté , aux persoûnes chrétiennes.

(15) Introduction à la Vie dévote, part. III, chap. XXXIX, de l'Honnêteté du lit nuptial.

(16) Arist., Hist. Animal., lib. P', cap. XF.

(17) Plin., Lib. VIIT, cap. V.

(18) Ælian. , Historia Animal., &b. VIII, cap. XVII.

BARBERIN (Francois), l’un des bons poëtes de son temps, naquit l’an 1264, à Barberino, dans la Toscane. Comme sa mère était de Florence, il fut s’établir dans cette ville, où la profession de jurisconsulte , mais surtout la beauté de ses poésies, le firent extrêmement considérer. On a perdu la plupart de ses ouvrages.

Celui qui avait pour titre Les Enseignemens d'Amour (A), à eu une meilleure destinée. I] sor-

IT

BARCLAI.

tit de dessous la presse aRome ,

orné de belles figures, l'an 1640.

Ce fut par les soins de Frédéric Ubaldini, qui prit cela pour un bon moyen de faire sa cour aux puissänces ; ; car la maison Barberin, descendue de ce poëte, jouis— sait alors de la papauté. Il mit à la tête de cet ouvrage la vie de l’auteur , quelques éloges CU comme 1l y a dans ces vers plusieurs mots qui ne sont plus en usage, il y joignit un glossaire , qui les explique, et qui en éclair-

cit, ou prouve le sens par l’autorité des poëtes contemporains (a).

(a) Tiré du Journal de Leipsick, à la section VII du I°T. tome des Suppléme»s,

pag. 349.

(A) On a conservé son poëme qui avait pour titre les Enseignemens d'Amour. T Cela est équivoque on se pourrait figurer que ce poëme est une école de coquetterie , comme ceux d’Ovide de ‘Arte amandi ; mais on se tromperait fort : il n’y a rien de plus moral que ce poëme de Barberin. Il ne contient que des règles qui apprennent leur devoir à ceux qui aiment la gloire, la vertu, et l'éternité (1).

(x) Journal de Leipsick., pag. 349 du T°r.

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