‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 14 sur 109 · tome des Supplémens · texte numérisé non relu

tome des Supplémens

BARCLAT (GUILLAUME), savant jurisconsulte au XVI®. siecle, était d’Aberdeen en Écosse, et d’une tres-bonne maison (A).

Quoiqu'il eût éte en faveur aupres de la reine Marie Stuart, il ne put pas faire aucune Latine à la cour du roi d'Écosse , fils de cette princesse. Cela le fit résoudre à se retirer en France, Van 1593 (a); et quoiqu'il eût près de trente ans *, il ne laissa

(a) La Vie de Jean Barclai, au-devant de l’Argenis, met l’an 1571.

# Barclai n'avait, dit Leclerc, que vingtsept ans en 1573 ; ct ce fut en 1571 qu'il se

pas d'aller étudier en droit à Bourges. Quelque temps apres, il s’y fit recevoir docteur (B) ; et comme il avait beaucoup d’esprit,.

et qu'il s’appliquait extrèmement l’étude, il se rendit bientôt capable de régenter dans le droit.

Le jésuite Edmond Hay, son on-

cle, lui PrOCUES une profession:

en cette science dans l’université de Pont-à-Mousson, par le crédit qu’il avait aupres du duc de Lorraine, qui avait fondé depuis peu cette académie. Ce duc ne se contenta pas de conférer à Barclar la premiere chaire , il le fit outre cela conseiller dans ses conseils, et maître des requêtes dans son hôtel. Barclai épousa, en 1582 (b), une demoiselle lorraine (c), dont il eut un fils qui devint un homme illustre, et qui fut la cause innocente que son père se brouilla avec les jésuites. Ce jeune homme avait tant d'esprit, qu'ils firent tout ce qu'ils purent pour le faire entrer dans leur ordre.

Son père s’en fàcha , ils se fâcherent à leur tour, et lui rendirent tant de mauvais offices auprès du duc, qu'ils V obligèrent : à sortir de porn Il s’en alla à Londres trouver le roi Jacques, qui lui offrit une place dans son conseil , avec de fort bons appointemens ; mais 1l refusa ces offres, à cause de la condition qu’on y avait apposée , c’est qu’il embrasserait la religion anglicane. Il repassa en France au commencement de l’année 1604, et accepta la pro—

rendit à Bourges; car, ainsi que Bayle le rapporte à la remarque (G) , il eut Donneau pour professeur. Or, Donneau quitta Bourges en 1572.

(b) Voyez la remarque (À) de l’article suivant.

(c) Elle s'appelait Anne de Malleville,

fession en droit, qui lui fut offerte par l’université d'Angers.

Il y régenta avec grand éclat(C) jusqu’à sa mort, quiarriva vers la fin de l’année 1605 (D). Il fut enterrée aux Cordeliers (d). Il publia quelques livres (E), et un, entre autres , où il réfuta des auteurs qui, quoique de différente religion , ue laissaient pas de s’accorder en faveur de la religion sur les maximes républicaines(F).

Il avait de l’aversion pour les calvinistes (G), et apparemment l’état où il voyait sa patrie, qu'il avait quittée pour la catholicité (e), entretint cet esprit d’aigreur.

(d) Tiré de M. Ménage, Remarques: sur la vie de Pierre Ayrault, pag, 228 et suivantes.

(e) Quas (litteras) cm idem Guillelmus videret unà cum avitä religione sordescere , principem verû Suamn marcescere in infarnis carceris situ , dolore confectus migrav anno 1571 Lutetiam. Vita Jo. Barclaï.

(A) Il était d'une très-bonne maison. ] Savoir de celle de Barclai, qui est alliée à toutes les grandes maisons d'Écosse , comme il paraît par une patente du roi Jacques, imprimée au-devant de l’Argenis. Je me sers du mot de patente, parce que ce n’est pas une simple lettre écrite au duc de Lorraine , comme M. Ménage l’assure (1), mais une lettre scellée du rand sceau du royaume , et adressée à tout le monde par ces paroles de formulaire , À tous ceux qui ces présentes verront , salut. M. Ménage est fort excusable dans sa méprise ; mais celui qui a fait mettre à l’attestation du roi Jacques cette souscription , Epistola Jacobi , Scotiæ regis, Carolo Lotharingiæ duci , estun trompeur ou un ignorant , qu’on ne saurait excuser.

Il a dû lire cet écrit, puisqu'il Va fait imprimer à la tête d’un ouvrage (2) :

or il n’a pu y trouver de ligne qui ne lui montrât que ce n’était point une

(x) Ménage, remarques sur la Vie d’Ayrault,

pag. 228. à ; (2) IL est imprimé au-devant de l'Argenis,

BARCLAÏT.

lettre égite au duc de Lorraine. Le traductêüur italien de lArgenis (3) nous conte que les parens de la demoiselle de Malleville ne voulurent point consentir à son mariage avec Guillaume Barclai , avant que de voir des preuves de la noblesse dont on se vantait. Îl ajoute que cela ne fut fcheux à Barclai, qu'à cause de limpatience amoureuse qui le transportait, car il lui fallait attendre l’arrivée d’un certificat, avant que de goûter les plaisirs de la jouissance. Les parens de la belle, poursuitl, r’eurent pas plus tôt aperca cette attestation royale, qu'ils furent les premiers à hâter la conclusion. On ne peut qu'être étonné, quand on lit ces choses dans la même page où est le certificat du roi d'Écosse , car ce prince déclare expressément que Barclai avait déjà une femme (4) : et cela est d’ailleurs certain par la date de Pattestation (5).

Cette date est postérieure de plus d’un mois à la naissance de Jean Barclai fils de Guillaume et de la demoiselle de Malleville. Voilà comment l’amoureux Guillaume Barclai se voyait réduit au retardement de sa joie , par l’attente d’un certificat. L'auteur de la vie latine de Jean Barclai était dans la même erreur : l'attestation , selon lui, fut demandée , afin qu’on se pût produire sous le titre d’un homme de qualité aux yeux de l’épouse future.

Cum Annä de Mallavillé contracturus nuplias ex $Scotid regias litieras accersivit, quibus ingenuæ nobilitatis titulos futuræ sponsæ approbaret.

(B) IL étudia en droit à Bourges...

et s'y fit recevoir docteur. ] Cujas présida à cet acte (6). On a débité un grand mensonge quand on a dit que le mariage de Barclai n’interrompit point ses études , et que les ayant continuées depuis ses noces, il devint d’écolier docteur , et de docteur professeur en droit. Le quali (nozze ) non rompendo il bel filo de gli studii di lui, successe che di scolare ch’ egli era , passato al grado del dottorato ,

(3) IL s'appelle Francesco Pona : il à fait le Vie de Jean Barclai, et l’a mise à la tête de sa version de l'Argenis. 1

(4) In Lotharingi4 consedisse ibique affinitatem. genere moribusque suis nOn indignam contraxisse.

(5) Le 19 de mars 1582. Moréri la met au 28.

(6) Ménage, remarques sur la Vie d’Ayraült, pag, 228

BARCLAT.

riceve una lettura principale di Leg-

gt (7):

(C) Il régenta à Angers avec grand éclar.] « Lorsqu'il allait faire sa lecon, » il était suivi de son fils et de deux » valets , et vêtu d’une robe magni- » tique , avec une grosse chaîne de » au cou (8). »

(D) 2! mourut vers la fin de l’année 1605. ] M. Moréri, trompé par Nicius Erythræus et par d’autres , a mis l'année 1609 au lieu de l’année 1605.

Il croyait avec raison que notre Barclai alla régenter le droit à Angers en 1604 , et il trouva dans Nicius Erythræus que ce professeur vécut cinq ans depuis la prise de possession. 4b Andibus optimis conditionibus evocalur , ut in ipsorum gymnusio primariam juris civilis cathedram obtineret, ubi cum jam quinquennium docuisset est mortuus (9). Il était aisé de conclure qu’il ne mourut gw’environ l'an 1609. Mais l’auteur italien se trompe, puis qu’outre l'autorité de M. Ménage

je puis alléguer cette raison : Guillaume Barclai était mort avant que les différens de Paul V et des Vénitiens fussent assoupis. Æccendebant hominem et pietate et jam senectd liberiorem illæ turbæ quas multi ominabantur, cum pontifex in Anglum Venetosque districtus , illum quidem ne a sacris nostris alienum acerbare, hos autem alienare videbatur. Sed tam pium conatum intercepit felix et in Christo obitus. C’est ainsi qu’on parle dans la préface du livre de Potestate Papæ (10). Les différens du pape et de la république de Venise furent terminés l'an 1607. Le sieur Witte, trompé peut-être par le seul Moréri, a mis la mort de Barclai à l’an 1609 (11).

(E) ZZ publia quelques livres. ] Entre autres Præmetia sur la vie d’Agricola , et un Commentaire sur le titre des Pandectes de Rebus creditis et de

(7) Francesco Pona, dans la Vie de Barclai, au-devant de la traduction italienne de l'Argenis.

(8) Ménage, remarques sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 231.

(a) Nic. Erythr. Pinacoth. I[f, pag. 76. Paul Freher, Theatri pag. 1515, fait durer cinq ans lu profession : il cite Imperialis et Thomasin.

(10) M. Ménage attribue cetle préface à Jean Barclai ffls de Guillanme. Voyez la page 228 de ses remarques sur la Vie d’Ayrault,

(11) Witte, in appendice Diari Biographici.

Jurejurando, Y le publia à Paris, l'an 1605. Mais les deux ouvrages qui ont le plus fait parler de lui sont le Traité de la Puissance du Pape , et le Traité de la Puissance des Roïs. Le premier a pour titre, de Potestate Papæ , an et quatenüs in Reges et Principes seculares jus et imperium habeat ; le second est intitulé , de Regno et regali Potestate , adversus Buchananum , Brutum ,; Boucherium, et reliquos Monarchomachos. I] publia ce dernier ouvrage à Paris , en l’année 1600 , et le dédia à Henri IV. L’autre n’est sorti de dessous la presse qu'après la mort de l’auteur, qui n’avait pas même osé témoigner qu'il y travaillât. Æ1 quidem de Regno bros quibus porularem ambitum exagitabat null dissimulatione conscripsit. $ed hoc opus (de Potestate Papæ) secretd aggressus est, cum tunc aliquid pontifici negare hœæresis censeretur (12). Il entreprit ces deux ouvrages lors qu’il vit les désordres de la ligue , les sujets en armes contre leur roi, et les possesseurs légitimes de la couronne déclarés déchus de leur trône par des bulles papales. La Lorraine, où il était avantageusement établi , fut entraînée par ce torrent : elle approuva la révolte des sujets, et les attentats de la cour de Rome sur le temporel des princes.

Il me laissa pas de demeurer ferme dans ses principes : aussi les avait-il appris en bonne école ; car il ne faut point douterque les séditions des Écossais n’eussent été à cet égard son principal catéchisme. Rien n’est plus propre à faire haïr les maximes républi= caines que de voir qu’elles ont produit des troubles qui ont aboli la religion que l’on croit la véritable , et renversé du trône une reine de laquelle on était aimé. Quoi qu’il en soit, le professeur de Pont-àMousson témoigna une fermeté peu ordinaire. La plupart des gens changent de principes à mesure qu'ils changent de pays et d'intérêts : pour lui, au milieu de la Lorraine , 1l persévéra dans les maxiqu’il avait eues en Écosse, quoique la situation des affaires fût bien changée.

L'autorité du peuple élevée sur la puissance royale servait en Écosse à la ruine du papisme , et en France à la ruine des protestans. N'importe, Bar-

(x2) In præfat, operis de Potest, Papæ.

clai ne changea point d'avis : il l'avait trouvée injuste en Ecosse , où elle était contraire à la religion catholique , il ne la trouva pas moins injuste en France, où elle faisait un grand bien à cette même religion. Il est rare de voir cette fermeté dans un docteur; mais, à chaque pas , on trouve des gens dont les principes vont comme les girouettes. J’ai dit que Barclai n’osa pas même témoigner qu'il écrivait contre les maximes des ultramontains : cela ne doit s'entendre que du temps que dura la ligue; car lorsqu’elle eut été dissipée , il ne fit plus mystère de son ouvrage ; il le donna à Pimprimeur , et le dédia à Clément VI (13). Mais ille retira de l'imprimerie , et le garda près de dix ans, pendant lesquels il y ajouta plusieurs choses , et en retrancha encore plus.

fl se hâtait d'achever à la vue des brouilleries que l’on craignait entre le pape et les Vénitiens ; mais la mort lempécha de mettre la derniére main à son ouvrage (14).

(F) Il réfuta des auteurs qui, quoique de différente religion, ne laissaient pas de s'accorder en faveur de La religion sur les maximes républicaines. | Il réfuta deux protestans, Buchanan et Hubert Languet ; il réfuta aussi Boucher, l’un des curés de Paris , et très-violent ligueur. Celutci soumettait au peuple l’autorité souveraine, pour le bien de la catholicité ; ceux-là faisaient la même chose, pour le bien du protestantisme. Ils étaient donc tous trois réunis dans la thèse générale, et tous trois adversaires de Barclai.

(G) ZL eut de l'aversion pour les calvinistes.| Cela paraît par ses écrits.

Lisez ces paroles de M. Ménage : « Il » était grand ennemi des calvinistes » et des luthériens. Dans son com- » mentaire sur le titre au Digeste de » Rebus creditis, il dit en parlant de » Doneau, docteur régent en droit » en l’université de Bourges : Hugo » Donellus, unus ex præceptoribus » meis, vir civilis, disciplinæ peritus ; » sed malus, quia hæreticus calvi- » nista (15). »

(13) Vide Præfat. operis de Potest. Papæ.

(14) TIbidem.

(15) Ménage, remarques sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 220,

BARCLAT.

BARCLAI (Jean), fils du précédent , naquit à Pont-à-Mousson le 28 de janvier 1583 (A). Les jésuites de cette ville, sous les— quels il étudia, furent tellement charmés de la beauté desonesprit, qu’ils firent tous leurs efforts pour latürer dans leur compagnie. J’ai déjà dit que cela fut cause que son père s’en alla trouver le roi Jacques, qui était parvenu depuis peu à la couronne d'Angleterre. Il mena son fils avec lui, son fils, dis-je, déjà auteur (B), et tout prêt à faire éclore de nouveaux ouvrages ; car il avait publié un Commentaire sur la Thébaide de Stace en 160o1(a), etil publia un poëme latin sur le couronnement du roi Jacques , et la première partie de l'Euphormion, en l’année 1603. Ces deux pièces plurent beaucoup à sa majesté britannique ; qui aimait et qui entendait les sciences. Jean Barclai lui dédia ce commencement de l’'Euphormion. Il repassa en France avec son père, qui ne voulut point le laisser aupres du roi Jacques, de peur que ce prince, qui avait tant souhaite de le retenir , ne l’engageât à l’abjuration de la foi romaine. Il demeura à Angers jusqu'a la mort de son pere, puis il s’en alla à Paris, et y prit femme (C), et passa bientôt à Londres. Il y était des l’année 1606, et ce fut alors quil fit connaissance avec M. de Peiresc. [1 avait publié depuis peu l'Histoire de la Fougade d’Angleterre. C’est un écrit de six feuillets (b), qui fut imprimé à

(a) II fut imprimé à Pont-à-Mousson, et dédié à Charles III du nom, duc de Eorraine,

() Intitulé : Serics patefacti divinitùs Par-

BARCLAT.

Amsterdam. Il publia à Londres, en 1610 (c) l’Apologie de l’'Euphormion, et le traité de son père de Potestate Papæ (D). Il fit imprimer à Paris en 1612, un livre qu’il intitula Pretas(E).

Cest une réponse au cardinal Bellarmin , qui avait écrit contre le livre de Guillaume Barclai touchant le pouvoir du pape.

Deux ans après, 1l fit paraître VIcon Animorum. Ce fut à Londres qu'il le publia. Il sortit de cette ville l’an 1616 , et s’en alla à Paris, où il fut présenté à M. du Vair garde des sceaux, par son bon ami M. de Peiresc. Il alla ensuite à Rome, attiré par le pape Paul V, et y publia un livre de controverse, intitulé Parænesis ad Sectarios. I reçut beaucoup d’honnêtetés du cardinal Bellarmin, quoiqu'il eût écrit contre lui. Il mourut à Rome, le 12 d’août 1621 (d), pendant que son Ærgenis $imprimait en France (e) (F). Son corps fut porté en l’église Saint Onuphre sur le Janicule. Son fils lui fit élever un tombeau de marbre à l’église de Saint-Laurent sur le chemin de Tivoli (f).

Nous dirons dans les remarques pourquoi la veuve fit ôter de là le buste de son mari (G). Plusieurs croient que Jean Barclai fit profession en Angleterre de la religion protestante (H) : il l’a nié publiquement (T). Ses livres decontroverse n’ont pas eu beau-

ricidii in maximum regem regnumque Britanniæ cogitati et instructi.

(c) Voyez la remarque (D) à La fin.

(d) Sur la taille-douce au-devant de VArgeuis , on met le 12 d'avril.

(e) Tiré des Remarques de M. Ménage sur la Vie de P. Ayrault, pag. 228 et suivantes.

(f) Nicius Erythræus, Pinacoth. #IE, pag. 80.

coup dé succes ; les autres ont eu quantité d’admirateurs (K), et n’ont pas manqué de censeurs (L). Pour ce qui est de la fortune qu'il fit à Rome, on en parle diversement. Les uns disent que Maphée Barberin, qui J'aimait beaucoup, ayant été créé pape, lui fit de grands biens, et conféra à son fils aîné un bon bénéfice , et la charge de camérier de sa sainteté (2); les autres disent qu’il eut besoin de se plaire à la culture des fleurs, et que sans cela, iln’aurait pas pu chasser le chagrin de se voir si peu avancé (k) (M). Ce qu'il y a de certain , est qu'il mourut avant que Maphée Barberin fût élu pape. Il se mélait de poésie, et plusieurs connaisseurs prétendent que les vers latins qu’on a.

de lui sont excellens (7). On a

arlé confusément de ses ouvrages dans le Dictionnaire de Moréri (N). Il retouchait son Euphormion afin de le publier.

T1 laissa l'Histoire de la conquéte de Jérusalem (k), et quelques feuilles de l'Histoire de l’Europe {l). On n’a point pu dire qu’il fut envoyé en ambassade par le roi Jacques à la cour de l'empereur, à celle du roi de Hongrie, et à celle du duc de Savoie (0). Il ne dit rien de cela, lorsqu'il fait la description de la vie qu’il a menée auprès du roi

(g) Nicius Erythræus, Pinac. ZIT, p.70.

(2) Imperialis et Tomasinus, apud Paulum Freherum , Theatri pag. 1515.

(i) Foyez Baillet, Jugement sur les poëtes, tom. IV, pag. 152 , et Pope-Blount, Censura Autorum, pag. 655. :

(4) Ha lasciato dopo se l’Historia de Bello sacro, c’è la médesima c’ha il Tusso can tato nel suo Goffredo. Francesco Pona, dans la Vie de Jean Barclai.

(1) Là méme.

Jacqués(m), et tout ce que l’on pourrait présumer , ce me sem— ble, serait que ce prince se servit de lui pour envoyer aux souverains quelques exemplaires du livre qu’il composa sur leurs communs intérêts, contre la prétention de la cour de Rome.

On a traduit en français son Euphormion et son Argenis (P).

me) Barclaius, in præfat. Parænes. ad Seclarios,

(A) Inaquit à Pont-à-Mousson le 28 de janvier 1553.] Jai suivi aveuglément M. Ménage, mais je me réservais la liberté de le redresser ici par lui-même. Il rapporte dans la page 228 ce qui sert de texte à cette remarque, et puis dans la page 232 il assure que Jean Barclai décéda le 12 du mois d'août de l'année 1621 , dgé de trente neuf ans et de six mois. Îl était donc né les premiers mois de l’an 1582. Cela se confirme par un autre fait que M. Ménage rapporte. Jean Barclai dédia au roi d'Angleterre , en 1603, la première partie de l’'Euphormion (x), et il déclare dans l’apologie de l’Euphormion, qu’il n'avait que vingt et un ans lorsqu'il fit imprimer cette première partie (2). Un auteur qui n'a que vingt ans et quelques mois ne dit pas qu'il n’a que vingt et un ans ; il ne parle ainsi que lorsque sa vingtdeuxième année n’est pas avancée :

1l fallait donc que Barclai eût pour le moins vingt et un ans accomplis en 1603 ; il n’était donc pas né l’an 1583 , mais l’an 1582; de sorte que si son jour natal est le 28 de janvier, il faudra mettre le mariage de son père sous l’an 1581 , et non pas comme a fait M. Ménage, sous l’an 1582.

Tirez les mêmes conséquences de ce qu'il dit (3) que Barclai, en 1607 n'ayant que dix-neuf ans, fit imprimer un Commentaire sur Stace. Il remarque que celui qui a écrit la vie de Jean Barclai, imprimée au-devant de d'Argenis, s’est étrangement trompé en disant que Jean Barclai était né à

(1) Ménage, remarques sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 229.

(2) La même, pag. 231.

(3) La même, pag. 228 , 229.

BARCLAIT.

. Æberdeen (4). S'il s’est trompé sur le lieu de la naissance, il ne s’est point trompé sur le temps, quiest , selon lui, le 28 de janvier 1582. On a mis sur la taille-douce de Jean Barclai , au-devant de l’Argenis, qu'il est né le 28 de janvier 1682 * , et voilà comment les graveurs nous trompent, aussibien que les imprimeurs.

(B) ZE fut bientôt auteur. | Nous venons de voir qu’à l’âge de dixneuf ans il publia un Commentaire sur Siace : il est donc digne d’être inséré dans la seconde édition des enfans célèbres, et il en serait encore plus digne , si son âge avait été bien connu à Nicius Érythréus ; car, en ce cas-là , il aurait été auteur à quinze ans. En effet, Erythréus assure que Barclai n’avait que dix-sept ans lorsqu'il fit un Poëme sur le couronnement du roi Jacques, c’est-àdire , en 1603. Annum tum agebat Joannes decimum septimum cüm de regis inauguratione elegantissimum carmen edidit, maximo verborum sententiarumque splendore illuminatum ; quod lectum rex aded probavit, ut etc. (5). Sur ce pied-là , il n’aurait eu

. Que quinze ans , lorsqu’en 16o1 il publia un Commentaire sur la Thébaide dc Stace. Comptons ici une nouvelle méprise de cet auteur italien , contagieuse pour M. Moréri, et tellement contagieuse , qu’elle en a produit une autre. M. Moréri ne s’est pas contenté de dire que Barclai n’avait que dixsept ans lorsque le roi Jacques fut couronné, il a converti le poëme imprimé de cet auteur en une harangue prononcée. Paul Freher met la naissance de Jean Barclai à l’an 1585, et le panégyrique sur le couronnement à l’an dix-sept de son âge (6).

(C) Z£ alla à Paris, et y prit femme.| « Il épousa Louise Débonnaire, » fille de Michel Débonnaire , tréso- » rier des vieilles bandes, et d’Ur- » sine Denisot. .. Il passa ensuite en.

» Angleterre, avec sa femme, où il

(4) La même, pag. 228.

* Leclerc ayant dit : « j'en ai une où ily a » 1582, » Joly se contente de dire : « j'en ai vu une où il y a 1582. » La faute peut avoir été corrigée sur des exemplaires et le 5 substitué au 6.

(5) Nicius Erythræus ,

(6) Freheri Theatrum, pag. 1515.

Pinacotheca II,

BARCLAT.

» eut d'elle deux garcons et une fille » (7), » Îlne se maria point à Rome.

M. Moréri, qui le débite, n’a point entendu son Nicius Erythréus, qui pouvait lui apprendre si aisément que Barclai s’'évada d'Angleterre avec sa femme et son fils , et se retira à Rome, où sa femme lui donna encore un fils. Jbi Barcolaius ex uxore quam habebat masculam prolem suscepit.

Sed aliquanto post.....clamex Anglid una cum uxore et filio se fugd surripuit, ac Romam venit.... (8).

Romæ novam ex uxore su& masculam prolem accepit, ac cive uno urbem nostram auxit (9). Maphée Barberin , qui depuis a été le pape Urbain VII, fut le parrain de ce nouveau fils de notre Barclai (10). On ne croirait jamais, en lisant ces paroles d’Erythréus, que la femme de Barclai n’alla à Rome que quatre ans après son mari : cependant M. Gassendi assure que cela est vrai. Lisez l'endroit où il raconte les bons offices que M. de Peiresc rendit au mari en l’année 1616, et à la femme et au fils en l’an 1620. Præterea fuisse Peireskio non minorem circa Barclaiü uxorem, filium , et Jo. Eudovicum Debonærum uxoris germanum , CUIR QUARTO post ANNO profecti Romam ad illum sunt (11). Si M. Ménage avait bien pesé ces paroles de Gassendi, il n’aurait point dit que Barclai alla à Rome l’an 1617, et que sa femme, son fils et son beau-frère l’y furent joindre l’an 1619 (12). Il ajoute que le fils de Barclai vint à Paris avec sa mère l’an 1652, que ce n’était pas un grand personnage , qu'il faisait des vers latins , et qu'il fit imprimer en ce temps-là, à Paris, une élégie latine.

Érythréus parle de la veuve de Barclai comme d’une femme présomptueuse et fière. Voyez ci-dessous la remarque (G). Dans la Vie latine de Jean Barclai on dit faussement qu’il se maria avec [Louise Débonnaire aprés avoir été employé en diverses ambassades par le roi Jacques.

(7) Ménage, remarques sur la Vie d’Ayrault ,

DUC Eoyibrous, } Nicius Érythræus, Pinacoth. IIL, pag. nn.

(9) Tbidem, pag. 79. COR

(10) Zbidem. \

(11) Gassendi, in Vitä Peireskii, ad ann. 1616, pag. 283. Voyez aussi pag. »88.

(12) Ménage, remarques sur la Vie de P.

Ayrault, pag. 231, 232.

(D) IL fit imprimer le traité de son père de Potestate Papæ.] L’impression de ce livre lui fit perdre, si nous en croyons M. Ménage (13), une partie de la bonne volonté que le roi d’ Angleterre avait pour lui. Je ne saurais comprendre d’où cela pourrait être venu , puisque c'est un livre qui rembarre fortement les prétentions des ultramontains , et les raisons de Bellarmin nommément , et où lindépendance des rois est vigoureusement soutenue. Pouvait-on rien écrire qui dût être plus agréable au roi Jacques ?

Je conjecture que le latin ‘de Gassendi (14) a fait illusion à M. Ménage; et cela nous montre de plus en plus combien il est malaisé d'écrire en latin bien clairement. Quand on y regarde de près, on comprend que cet auteur n’affirme pas que le livre de la Puissance du Pape ait refroïdi le roi Jacques ; mais on peut se limaginer, si l’on n’emploie pas quelque sorte d'attention. Les jésuites ne crurent pas que l’impression de ce livre eût déplu au roi de la Grande-Bretagne, au contraire ils réprochèrent à Jean Barelai de l'avoir mis sous la presse avec l'agrément de ce prince, et avec les corrections des théologiens d’Angleterre. /Veque verd nisi ejus (regis) nutu patris tui librum à britannicti evangelii ministris ad libidinem deformatum , Londini typis excusum (15).

Au reste, M. Ménage n’a pas bien marqué l’année de l'impression. Cet ouvrage fut imprimé Van 1609. La congrégation de Vindex le condamna cette même année par son décret du 9 de novembre,

(E) ZI fit imprimer à Paris un livre qu'il intitula Pietas, | Pour donner tout le titre , il faut ajouter : sive publicæ pro regibus ac principibus, et privatæ pro Gul. Barclaio parente , Vindiciæ contra Bellarminum.

La lettre d'Eudæmon Joannes, que j'ai citée , témoigne que Barclai fit un voyage à Paris pour l'impression de cet ouvrage , et cela, afin de rendre plus de service aux protestans d’An-

(13) Idem, ibid.

(14) Joannes Barclaius, qui post edilum de summo ponlifice opus, nec jam solilé apud regem, suosque pollens gratid.…... subduxil sese ex Anglid. Gassendi Vita Peireskii, pag. 282.

(15) Eudæmon Joannes, Epist. monitoria ad Jo. Barclaium , num. s.

gleterre , « car il crut , » disait -on, » qu'il serait moins soupconné d’in- » telligence avec les ennemis de l'Eglise, s’il publiait cet ouvrage hors de l'Angleterre. » Ac nunc quoque non dissimili consilio te Lutetiam è Britannid demigrässe, ut cum el coram apud viros principes , et scriptis apud cæteros, Ecclesiæ causam calumniis tuis traduceres, tamen quanto majore locorum intervallo ab rege disjungereris , hoc longiüs abesses à suspicione fraudis (16). Voilà une des plus fines et des plus ordinaires touches de l’Onium Tarozocicum. Ceux qui ne savent comment répondre aux objections qu’on propose contre la commune traditive, s’acharnent sur les personnes qui proposent ces objections : ils disent que ce sont autant d’ennemis cachés qui s'entendent avec les adversaires, et qui ne retiennent la profession extérieure de l’orthodoxie , qu’afin de pouvoir porter des coups bien plus dangereux.

(F) I! mourut ..... pendant que son ÂArgenis s’imprimait en France. | M. de Peiresc ,son bon ami, auquel il avait envoyé le manuscrit, eut soin de lui trouver un imprimeur à Paris (17). Sachons donc que la première édition de ce fameux livre est celle de Paris, en 1621. Il a été traduit en diverses langues, en francais, en anglais, en italien, en flamand, etc.

Nicins Érythréus remarque que ce fut pour satisfaire la curiosité des femmes qu’on le mit en italien. Les louauges qu’elles entendaient donner à ce livre leur inspirèrent un désir ardent de savoir ce qu’il contenait, ÆEâdem ingenii fecunditate peperit egregium illud opus, ÆArgenida nonine , quod et argumenti novitate et vérborum splendore, ac rerum varielate , tantüm commendationis habuit, ut mulierum etiam quæ illud miris in cœlum laudibus efferri audiebant, ad cognoscendum quid illud afferret, studia commoverit ; adeo ut quidam quo animum illis explerêt , in üalicum sermonem illud converterit (18). M. de Peiresc fit mettre la taille-douce de

(16) Eudæmon Joannes , Epist. monitoria ad Jo. Barclaium, num. 1.

(17) Gassendi Vita Peireskii, pag. 288, 290.

(18) Nicius Erythræus, Pinac. III, pag.

en, 113 78;

BARCLAI.

l’auteur au-devant du livre, avec ur distique qu'il pria Grotius d’y joindre (19). Voici ce distique.

Gente Caledonius, Gallus natalibus', hic est Romam romano qui docet ore loqui.

(G) Voici pourquoi sa veuve fit ôter de l’église de Saint-Laurent le buste de son mari, | Le tombeau de Jean Barclai était à la porte du cimetière, vis-à-vis d’un autre tombeau que le cardinal Francois Barberin avait fait faire à Bernard-Guillaume son précepteur. Les deux tombeaux étaient semblables en toutes choses. La veuve de Jean Barclai, choquée d’une si grande ressemblance, eût voulu détruire le tombeau de son mari, et ne le pouvant point faire, elle en fit du moins ôter le buste qui était de marbre, et le fit porter en son logis. Sa fierté ne put souffrir que son mari, illustre par sa naïssance , et plus encore par son esprit et par son érudition , fût mis là en parallèle avec un chétif pédagogue.

Quod uxor Barclaii mulier tumido , ut ajebant, animo aique elato, cüm vidisset, statim viri sui imaginem ex sepulchro illo, quod totum demoliri non posset, detrahi jussit ac domum sua afferri : quèd acciperet indigné, eum, cui ipsa nupta fuisset, generis splendore clarum , sed ingenit et eruditionis famd clariorem, cum homine obscuro, ac nullius ferë ingenü , et ut ipsa dicebat , pædagogo ; componi (20).

(H) Plusieurs croient que Jean Barclai fit profession en Angleterre de la religion protestante. ) Le jésuite Eudæmon Joannes lui reproche que, pendant qu’il avait vécu à la cour du roi d'Angleterre, il avait été, ou hérétique ; ou tenu pour hérétique. Il ajoute qn’on disait que ce prince se servit de lui pour mettre en latin sa préface touchant le serment de fidélité, et pour la porter aux princes.

IVam te quidem aliquot annis in aulä regis ila versatum ferunt, ut hæreticus aut planè esses, aut haberere quidem certè. Cui nonnullam etiam latinè reddendé , deferendäque ad principes præfatione ejus monitorid operam abs te navatam memorant (21), Erythréus

(19) Gassendi, Vita Peireskii, pag. 290.

(20) Nicius Erythræus , Pinac. IL, pag 81.

(21) Fudæm. Joannes, Epistola monit. ad Barclaium , num. 1.

BARCLAI.

m’osant pas dire positivement que Barclai fut hérétique en Angleterre, ou du moins qu’il fit profession de l’hérésie , ne laisse pas d’assurer , comme l'opinion de tous les papistes de ce pays-là, que le roi Jacques se servit de la plume de Jean Barclai pour la composition du livre qui a pour titre, Funiculustriplex , et Cuniculus triplex. Voici comme il parle, Uirum autem, apud resem ; incOrruptam catholicam religionem semper conservaverit , vel saltem, si non animo , specie tenus hæreticorum se erroribus oblinierit , incertum est mihi :

illud autem certum , catholicorum onmnium in Angli& fuisse opinionem, regem illum in eo libro, cui titulus est, Funiculus triplex, et Cuniculus triplex, componendo, usum fuisse Barclaio adjutore atque magistro (22).

Personne, que je sache , n’a été plus décisif sur cette question , que l’Imperialis. Il dit nettement que Barclai embrassa la religion anglicane, et qu’ensuite il l’abjura ; mais qu’on fut si mal persuadé à Rome de ia sincérité de sa conversion, que l’on fit ôter après sa mort l’inscription et la statue que son fils avait fait mettre sur son tombeau (23). Paul Freher attribue cela aux jésuites : Statuam et inscriptionem quam ejus demortui gloriæ filius in templo Sancti - Laurentü extra ‘muros erexerat Jesu sublatam et deletam voluerunt (24). Il est difficile de savoir au vrai ce qui en est. Il se peut faire qu’on trouva parmi ses papiers on ailleurs, de quoi connaître qu'il était protestant dans le fond de l’âme, et que là-dessus on ordonna quelque peine contre son tombeau. Il se peut faire aussi que la seule vanité de sa femme ait fait du désordre sur ce tombeau, et que cela ait donné lieu à des esprits soupconneux , et à ces fainéans comwentateurs des bruits de ville, de trouver là du mystère, et une procédure occulte du tribunal de l’inquisition.

(D)... 1l la nié publiquement. 7 I faut renoncer aux maximes les plus sûres selon lesquelles on juge des faits, ou convenir que Jean Barclai ne renonca point en Angleterre à la pro-

(22) Nic. Erythræus, Pinac. IIL, pag. 77.

(23) Imperialis, in Musæo historico.

(24) Freherus , in Theatro, pag. 1515. Il cite [mperialis et Tomasin.

, paires soc.

1 09 fession du catholicisme. Il déclare publiquement qu’il est né et qu’il a toujours été catholique (25), et qu’encore qu’il eût une charge chez le roi Jacques (26), il n’assistait point aux exercices de l’église anglicane, et ne s’'absentait point des assemblées des catholiques. J'étais assidu, ditl, à ces dernières. Il prend à témoin les ambassadeurs de France et d’Espagne, et leurs pères confesseurs, qui étaient aussi des miens, dit-il. Voici quelque chose de plus fort. Il prend à témoin le roi Jacques, dont il se vante d’avoir obtenu le privilége de ne pouvoir être inquiété sur sa religion catholique. Le roi Jacques était plein de vie quand Barclai publia ces choses , les ambassadeurs qu’il prend à témoin n'étaient pas tous morts, comment croire qu’il débite une fausseté ?

IT se justifie d’une autre chose dont on l’accusait , c’est d’avoir été l’auteur on le fauteur d’un sanglant libélle qui parut contre le roi Jacques, dès que lui, Barclai, fut sorti de l’Angleterre.

Enfin il déclare qu’il révoque certaines doctrines qui sont dans le livre qu’il avait écrit coutre le cardinal Bellarmin. Il n'oublie point de dire qu’il était sorti avec bon congé. Veque furtum mei feci : impetraté regis pace publicè cum famili& à Britanniæ or solvi.

(K) Quelques-uns de ses livres ont eu quantité d’admirateurs. | Voyez dans les livres de MM. Pope Blount (27) et Baillet (28), plusieurs beaux éloges qui ont été donnés à Parclai.

Le plus grand, sans contredit, serait celui-ci, eu égard à la qualité d’auteur. On a débité que le cardinal de Richelieu ne cessait de lire l’Argenis, et que c'était de ce livre qu'il tirat les conseils et tous les expédiens politiques avec quoi il mit la France dans une si avantageuse situation. 4#d immortalitatem Barclai una sufficiet

(25) In Præfat. Parænesis ad sectarios. Ce livre fut imprimé l’an 16:17.

(26) In regis famili& esse... inter domesticos. Érythréus dit que le roi le fit son sécrétaire: ab Epistolis, et consiliorum omnium participem babuit. Freher qui cite Imperialis et Tomasin, dit que sa charge était celle de gentilhomme de la Chambre, uitulo nobilis cubiculi regii honestatus.

(27) Censura Authorum, pag. 655.

(28) Jugemens sur les Poëtes, tom. IF, pag. 15.

itlius Argenis, quam Richelœus ævi nostri nuraculum aussiduis, ut aïunt (29) , vérsabat manibus, habebatque quasi præceptricem àc directricem illius regiminis quo deinceps Galliam senerabilem juxta terribilemque gentibus cæteris fecit (30). + (L)..... et n'ont pas manqué de censeurs. ] Nous avons vu le distique que Grotius composa pour être mis sous le portrait de Barclai (31). C’est un grand éloge du style latin de cet auteur. Tout le monde n’a point approuvé ce style. « L'auteur anonyme » du livre intitulé Censura Euphor- » mionis , imprimé à Paris en 1620, » pafle du style de l’Euphormion en » ces termes: £t quod miretur aliquis, » ldtinitas quoque ipsa ronanas uures » péregrinitate radit , ét veteris sapo- » ris tmbutum palatum offendit. On » croit, pour le marquer ici en pas- » sant, que Seton, Ecossais, est l’au- » teur de ce petit livre. Joseph Scali- » ger, dans une de ses lettres à Charles » Labbé , qui est la 311°. de ses let- » tres, ne parle pas plus avantageu- » sement de cette satire de Barclai.

» Quanti Euphormionem Barclæi fa- » cidi ex eo cognoscere potes, quod » vix sex folia ejus legere potuerim.

» C'est ainsi que porte l'original de » cette lettre, que J'ai vu entre les » mains de Charles Labbé; car dans l’é- » dition des lettres de Scaliger , au lieu » d’Euphormionem Barclæi, \ y aun » astérique. Il en parle à peu près de » la même facon dans ses Scaligerana » secunda : 2! y a un pédant à An- » gers, qui a fait un Satyricon, qui » au commencement semble étre quel- » que chose, mais puis ce h’est rien » du ‘tout (32). Pierre Musnier, cha- » noine de Vezelai , a répondu au li- » vre intitulé Censura Euphormionis, » par üun autre livre intituié Censura » Censuræ Euphormionis ; maïs il y a » mal répondu , et c’est vraisembla- » blement ce qui a obligé Jean Bar- » clai d'écrire lui-même l’Apologie de » son Euphormion (33). Mais, comme

(29) Foila un on dit qui a l'air d'une grande fable.

(30) Dans la Vie de Barclai, au-devant de l'Argenis.

(31) Voyez la fin de la remarque (F).

(32) Foyezrles secondes Additions de M. Ménage, à la Vie de P. Ayrault, pag. 530.

(33) M. Ménage a dit dans la page 231, que Barclai publia à Londres en 1610, l’Apologie de

BARC£LAI.

» il a été remarqué, Jean Barclai » n'avait que vingt-un ans, quand il » fit imprimer la première partie de » cette satire. Son Argenis , qui a été » écrite dans un âge plus avancé, est » mieux écrite ; et si on en croit celw » qui a écrit la vie de Jean Barclai , » imprimée au-devant de l’Argenis, » le cardinal de Richelieu estimait » extraordinairement cet ouvrage. Il » me reste à remarquer qu’un reli- » gieux bénédiclin , nommé Bugnot , » qui régentait la rhétorique dans » l’abbaye de Tiron , a fait des notes » latines sur cet ouvrage. Ces notes » ont été imprimées à Leyden, en » 1644, avec l’Argenis (34). »

C’est la moisson du savant M. Ménage : voyons si l’en pourra trouver des glanures après lui, et commencons par ces paroles de Balzac : Un académicien de Rome , confident , et, comme il parlait, intrinsèque du redoutable Sciopius, sachant l'amitié qui était entre M. Barclai et moi, et l'amour que j'avais pour son Argenis, afin de modérer, disait -il, la violence de ma passion, s'offrit à me montrer dans cette nouvelle ‘histoire que nous avions écrite à la main, quinze cents impropriétés de compte fait, et jene sais combien de péchés originels, et de locutions étrangères (35). Sorel , ennemi de Balzac jugeait comme lui du style de l’Argenis. £n ce qui est de l’'Argenis, dit-il (36), si l’on estime son langage, je vais bien au contraire ; car ily a une infinité de nouveaux mots , qui n'eurent jamais cours à Rome : de sorte que si Salluste revenait au monde , à peine les pourrait-il entendre. 1] prétend ne suivre en cela que l’cpinion des plus doctes, jusquela méme qu'il y a eu quelqu'un qui a dit que Barclai parlait plutôt français que latin (37). Il ne se contente pas de blâmer le style, il condamne aussi

son Euphormion, qu'il dédia à Charles Ema-

-nuel duc de Savoie. Comment. peut-il dire ici

que la méchante réponse qui fut faite à une Censure, imprimée l'an 1620, obligen Barclai à faire lui-même son Apologie?

(34) Ménage, remarques sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 232, 233.

(35) Discours seizième parmi les OŒEuvres diverses, pag. 4ob.

(36) Berger extravagant, lv. XIIT, pag. 83.

(35) Sorel, remarques sur le Berger extravagant, pag. 698. l’oyex aussi sa Bibliothéque française , pag. 182,

BARCLAT.

l’économie de l’ouvrage , et il fait le procès à l’'Euphormion fort durement (38). C’est une histoire d’un homme de basse qualité, dit-il (39), mais elle est extrémement niaise.…….. « Ce qui a » donné cours à ce livre a été qu’il est » en latin, et que l’on n'avait pas ac- » coutumé de voir des romans mo- » dernes en cette langue ; mais l’on » n’a pas considéré aussi qu'il vient » bien pour l’auteur, de n’avoir pas » écrit en langue vulgaire, pour ce » que l’on ne remarque pas qu’il n’en- » tend rien à faire parler chaque per- » sonnage selon son esprit , ce qui est » la grâce d’une satire. Il a au lieu » force discours pédantesques, et fera » parler un valet avec les termes d’un » maître d'école qui sait l’histoire » grecque et latine : tellement que » tout cela étant considéré avec la » bassesse des aventures, l’on voit » que la Satire d’Euphormion est » l'ouvrage d’un écolier qui com- » mence à se déniaiser (40). » Quand il fut devenu vieux, il adoucit un peu sa critique , mais il conserva du dégoût pour l’'Euphormion (41). Cette Satire, a été, dit-il (42), composée en latin par Jean Barclai, et traduite en français par Jean Berault, doc-

teur en médecine de la faculté de.

de Paris. On y trouve beaucoup d'érudition, avec des censures de quelques vices du siècle, mais l'invention n'en est pas des plus ingénieuses et des plus agréables qui se puissent trouver.

Nous avons déjà vu ce que Scaliger pensait de l’ouvrage même d’Euphormion. Voici le jugement qu’il faisait du style : {/y a bien des fautes que tout le monde ne connaîtra pas ; comme aux vers de M. de Bëze, il y a beaucoup de gallicismes (43). N'oublions pas que ce livre eut le même sort que le “Fraité de la Puissance du Pape : il fut condamné par l’inquisition. Le décret ordonne qu’onen retranchera certaines choses : mais Nicius Érythréus m’apprend qu’il fut fait défense aux libraires de le vendre , et à tous les particu-

(38) Sorel, Liv. XITI du Berger extravagant, et aux remarques sur le XIII. livre et ailleurs.

(39) Remarques snr le Berger extravagant, pag. 763.

(4o) Lu même, pag. 765.

(41) Bibliothéq. franc. , pag. 182.

(42) Bibliothégq. franc., pag. 193. Voyez la fin au texte de cet article.

(43) Scaligerana, pag. 23.

iTi

liers, de le garder et de le lire; et qu'avant cela , il en avait lu quelque chose. Partem Euphormionis degustavitüum , cum nondum lata lex erat, ne bibliopolæ cuipians liceret eum vendere, aut cCuiquam domi habere aut legere (44). Qu'on remarque bien ces paroles, et qu’on les compare avec quelques autres qui sont à la page 77, on sera surpris que la cour de Rome ait tant méprisé la congrégation de l’Index : on verra que Jean Barclai fut recu à Rome avec cent carésses, ‘ét qu’il recut du pape de grands bienfaits, à cause de la réputation qu’il s'était acquise par l’'Euphormion. Romam venit, ubi cum pro eo quod ex Evrnormionr , quem ediderat, celébralum ejus nomen esset , est ab omnibus humaniter exceptus , et à Paulo F, qui tum romanam ecclesiam pontifex administrabat, bonis omnibus, quibus sponté se exuerat, amissis , in victu, veslitu, ac ceteris omnibus ad vitam neécessariis, magnificè ac liberaliter habitus (45). M. Ménage a critiqué une chose dans l’épître dédicatoire de l’Argenis (46). Barclai, s'adressant au roi Louis XIII, lui dit que le prince dont il était né, méritait que pendant sa vie on lui donnât le surnom de Grand qui ne lui fut conféré qu’après sa mort. Lo es parente genitus, qut vel confessione hostium , sæculi sur summus Magni cognomen ferre vivus debuerat, quod vos modestius extincto addidistis (47). C’est un mensonge :

le père même de Jean Barclai, en dédiant son livre de Regno à Henri IV, l’au 1609 , le traite de Hexricus Macnus. M. Ménage confesse qu'il doit cette observation à M. Nublé *.

(M) On veut qu’il ait été chagrin de se voir si peu avancé, | L'auteur de la version italienne de lArgenis avoue que les bienfaits de Paul V et de Grégoire XV ne furent nullement proportionnés au mérite de Jean Bar-

(44) Nicius Erythræus, Pinac. IIT, pag. 74.

(45) Idem, ibid., pag. 71.

(46) Ménage, remarques sur la Vie d'Ayrault,

(47) Barclai, Epist. ded. Argenid,

* A l'appui de l'opinion de Bayle, Leclerc rapporte que, lors de l'entrée de Heuri IV à Lyon, en 1505, l’arc de triomphe dressé par les comtes, a l'entrée de leur cloître, portait : Henrico magno, Galliarum et Navarræ regi. Hen-* ri IV eut donc le titre de Grand dès le 5eizième siècle.

clai, soit, dit-il (48), que la fortune

se plaise à persécuter partout La vertu, soit que le pape se souvint que la pauvreté est la véritable mère de la science (49). Il insinue que Barclai n’était pas bon économe , et que sa nombreuse famille , et son humeur libérale , le réduisaient un peu à l’étroit.

dvi dunque si tratieneva il Barclaio con facolta non poco anguste rispetto la numerosa fanuglia , e gli suoi spiriti generosi. Barclai, dans des vers latins où il introduit sa femme qui se fait peindre, ne se donne que deux garcons. Dans sa vie latine, on cite ces vers, pour prouver qu'il avait deux garcons et une fille. Quel jugement !

(N) On a parlé confusément de ses ouvrages dans le Dictionnaire de Moréri.| 1°. J'ai déjà dit dans les remarques (B) et (C), que cet auteur a converti une pièce de poésie en une harangue ; 2. et qu'il a mis faussement à Rome la scène du mariage de Jean Barclai ; 3°. et sa naissance à l’année 1586. 4°. Il a tort de croire que le Satiricon Euphormüionis de Barclai contienne cinglivres. Proprement parlant, il n’en contient pas plus de deux; car le III. n’est que l’apologie des deux autres : le V£. n’est point de Barclai, mais de Morisot, et le IV£. n’est point bâti sur le modéle des précédens. C’est le livre que l’auteur intitula Zcon animorum. 5°. M. Moréri n’en savait rien, puisqu'il a parlé de cet {con animorum comme d’un ouvrage qui n’avait rien de commun avec les cinq prétendus livres du Satiricon Euphormionis.

6°. Sije ne me trompe, tous les ouvrages publiés par Jean Barclai contre ceux de la religion se réduisent à la Parænesis ad sectarios , qu'il apporta toute faite en Italie, et qu'il publia à Rome dés qu'il y fut arrivé. Néanmoins M. Moréri nous conte que Barclai publia des livres contre les protestans, pendantla vie mélancolique et solitaire qu’il menait à Rome, au milieu des bienfaits de Paul V et de Grégoire

XV, son successeur. La Parænesis ad

(48) Francesco Pona, dans la Vie de Jean Barclai. eur

(4o) Cette proposition est bien incertaine , et souvent très-fausse. Voyez le

Haud facilè emergunt quorum virtutibus obstat

Res angusta domi... et curta suppellex de Juvéual, à La Satire IL, vs. 164. Foyez aussi la Satire VII aux vs. 56 el suiv.

BARCOCHEBAS. |

sectarios, fut imprimée l’an 1617. Grégoire XV ne fui élu qu’en 1627. n°. Il ajoute que Barclai publia aussi en ce temps - là l’Zcon Animorum, Cela est faux. Cet ouvrage fut imprimé à Londres, en 1614, deux ans avant que l’auteur allât à Rome.

(0) On n’a pas du dire qu’il fut en-

voyé en ambassade. | Un élogiste , un faiseur de vies, se jette trop volontiers sur les grands mots. Qu’un prince choïsisse quelqu'un pour porter quelque paquet d'importance, vous verrez bientôt qu’un voyage de courrier sera convertien députationextraordinaire, ou même en vraie ambassade. Je veux croire, que si les présens d’auteur que le roi Jacques fit aux princes furent confiés à Barclai, ce ne fut pas comme à un simple porteur ; on lui rendait assez de justice pour donner à la commission quelque sorte d’agrément; mais enfin ce message fait si peu de bruit , que c’est se moquer du monde que d’oser dire : {lius (regis Magnæ Britanniæ) zomine legationes obivit ad Rodolphum imperatorem , ad Matthiam Pannoniæ regem, et ad £manuelem Philibertum (bo), ducen Æilobrogum (51).

. (P) On a traduit en français son Euphormion et son Argenis. | J'ai déjà cité Sorel (52), qui observe que V'Euphormion a été traduit en francais par Jean Berault : j'ajoute que cette version fut imprimée à Paris, l’an 1640 , in-8°., et qu’elle avait été précédée de deux autres, dont les auteurs, de peur de s'attacher trop superstitieusement uu mot pour mot , avaient laissé l'ouvrage pour le moins aussi difficile qu’il était (53). Berault a mis une clef et un commentaire à la fin de sa version, La traduction de l'Argenis a été imprimée à Paris, chez N. Buon , en 1624, in-8°.; mais le traducteur ne s’est point nommé.

(5o) Le duc de Savoie en ce temps-la s'appeétait Charles-Emmanuel.

(51) Voyez la Vie de Barclai, au-devant de

l'Argenis.

(52) Ci-dessus , citation (32).

(53) Voyez l'avertissement du libraire, audevant de la traduction de Berault.

: BARCOCHEBAS, ou BARCO- CHAB(a), excita mille désordres

(a) C'est-à-dire, Fils de l'Étoile. Z! s’appliquait l’oracle du livre des Nombres,

BARCOCHEBAS.

dans la Judée par ses impostures, et attira sur sa nation une horrible calamité sous l’empire d’Hadrien. C'était un Juif, qui se débita pour le Messie, et qui trouva un fameux rabbin qui ap-

laudit à cette impie prétention (b). Ce faux Messie s’accommoda merveilleusement aux préjugés de ce misérable peuple:

il ne parla que de guerres, que de batailles, que de triomphes ; et la premiere leçon de son Évangile fut qu'il fallait se soulever contre les Romains. Il eut d'autant moins de peine à persuader cette doctrine, qu'il prit son temps lorsque le zele de la religion mettait les Juifs dans une colère ardente contre l’empereur. Ce prince venait de fonder une colonie proche de Jérusalem (c), et d’y établir l’idolätrie. Les Juifs regardaient cela comme une abomination insup— portable, et comme une profanation prodigieuse des saints lieux; c’est pourquoi ils avaient beaucoup de disposition à se soulever. Quelques-uns prétendent qu’on leur avait défendu la circoncision (À) : c'était les violenter en leur conscience. Le Talmud allegue une autre raison de leur prise d'armes (B). On dit que leur imposteur employa la même ruse qu'Eunus avait pratiquée dans la Sicile, pour inspirer aux esclaves la résolution de se révolter; c’est-à-dire, qu’il allumait de la paille dans sa

chap. XXI, vs. 17. Une étoile sortira de Jacob.

(b) Il se nommait AKIBA. Voyez son article.

(c\ Qu'il nomma Ælia Capitolina , de son nom et de celui de Jupiter Capitolin auquel il y fit bâtir un temple.

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